La couronne verte

L'ouvrage:
Michelle, Anne, et Terry, trois lycéennes, partent pour des vacances à Cancûn. C'est là qu'elles vivront quelque chose qui changera inexorablement leur vie.

Critique:
Laura Kasischke évoque ici un thème sensible et abordé de plusieurs façons dans la littérature. Ce faisant, la romancière pose plusieurs questions. Faut-il se méfier de tout et de tous? La mère de Michelle est méfiante, mais refuse de tomber dans le travers de l'excès. Comment sait-on qu'on est assez prudent? Ici, Anne a suivi un schéma qu'elle pensait classique, immuable, et incontestable: il faut se méfier de l'inconnu plus âgé, alors qu'on peut faire confiance à des gens de notre âge vaguement aperçus auparavant. Pourquoi? Sur quoi se base-t-elle? D'autant que certains indices réfutant la première assertion ont été rapidement fournis. Tout comme les héroïnes de «Rêves de garçons», Anne emploie les conseils de prudence qu'on lui a toujours serinés à mauvais escient. Elle s'englue dans un raisonnement erroné. Cela voudrait dire que malgré la prévention, ces jeunes filles (tout au moins l'une d'elles), sont encore trop inexpérimentées pour savoir se débrouiller dans la vie.
Cependant, Anne a également agi ainsi pour de très mauvaises raisons qu'elle livre sans se chercher d'excuses: la principale était sûrement la jalousie. Michelle était ravie de sa journée, alors qu'Anne dépérissait sur place.

Si Anne est la plus fautive, Michelle n'agit pas forcément mieux. Elle pouvait ne pas suivre son amie. D'ailleurs, au début de cette journée, Anne aurait très bien pu ne pas suivre Michelle. Terry se démarque en choisissant de rester, sûre qu'elle sera mieux sur la plage. Là encore, on peut se demander pourquoi les deux jeunes filles se sont mutuellement suivies. Par amitié? Parce que ce sont des adolescentes qui n'osent pas s'affirmer, et qu'elles suivent celle qui fait preuve d'autorité à un moment donné? À travers cela, la romancière démonte subtilement certains rouages de notre société: jusqu'à quel point est-on influencé? L'âge entre-t-il en ligne de compte? La perception peut-elle être faussée par des sentiments mesquins? Ici, le manque de prudence et de discernement des deux jeunes filles est annoncé par un événement d'apparence anodine: elles oublient de se mettre de la crème solaire avant d'aller se baigner, alors que Terry y pense. Michelle va même jusqu'à se fourvoyer dans le raisonnement suivant: cette imprudence n'est pas grave, car j'ai pu voir la faune marine qui est si belle! Pourtant, elle aurait pu la voir sans attraper de coups de soleil: il suffisait qu'elle s'enduise de crème. Le résultat aurait été le même, excepté qu'elle n'aurait pas souffert.

Laura Kasischke conte une histoire qui paraît simple. On devine vite ce qui va arriver. Cependant, cela n'est pas gênant, car les événements, et la façon dont ils sont racontés analysent des comportements, tout au long du roman.
Quant à la structure, on retrouve une façon de faire chère à l'auteur: le récit d'Anne est parsemé de retours en arrière qui complètent le portrait des deux héroïnes. De plus, les chapitres alternent les points de vue des deux jeunes filles. Seulement, on peut penser que les chapitres Michelle (qui sont à la troisième personne) sont en fait des suppositions faites par Anne quant à l'état d'esprit de son amie.

Pendant ma lecture, j'avoue avoir trouvé Anne agaçante. Cependant, elle n'inspire pas la répugnance qu'inspire la narratrice de «Rêves de garçons». J'évoque encore ce roman, car certaines choses m'y ont fait penser. On dirait que la romancière a pris un thème qu'elle a décliné en deux romans distincts.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman empreint d'une atmosphère étrange: légère puis de plus en plus oppressante, impression renforcée par l'image de l'oiseau présente du début à la fin.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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