lundi, 7 décembre 2020

The distance from me to you, de Marina Gessner.

The distance from me to you

L'ouvrage:
McKenna Berney a dix-sept ans. Avant d'aller à l'université, elle souhaite faire une randonnée: le circuit des Appalaches qui va du Maine à la Géorgie. Sa meilleure amie (Courtney) et elle préparent cela depuis plusieurs mois. Seulement, au dernier moment, Courtney annonce qu'elle souhaite rester chez elle, car elle vient de se remettre avec Jay, son petit ami, et veut lui consacrer le plus de temps possible. McKenna décide alors de faire la randonnée seule. Ses parents refuseraient... s'ils le savaient.

Critique:
La quatrième de couverture en dit davantage que mon résumé. Sans entrer dans les détails, je peux préciser qu'une histoire d'amour est évoquée. Cette idée et le fait que dans l'extrait proposé sur Audible, Courtney est extrêmement pénible, tout cela m'a d'abord écartée de ce roman. Je craignais qu'il soit sirupeux à souhait. Deux choses m'ont fait changer d'avis: les chroniques, sur Audible, disent justement que le livre n'est pas niais. De plus, je me suis dit (à juste titre) qu'il était normal que Courtney soit pénible dans l'extrait proposé, puisqu'elle annonçait justement sa défection à son amie. Je suis contente d'avoir finalement acheté ce livre, car il m'a plu. J'ai aimé suivre les efforts de McKenna pour atteindre son objectif. J'ai également apprécié que la jeune fille mûrisse en se voyant confrontée aux dangers de la randonnée, mais aussi à quelqu'un qui lui fait prendre conscience que tout le monde n'a pas le même genre de vie qu'elle. McKenna est gentille, ce qui est une bonne chose. Le fait qu'elle ait une vie privilégiée l'a un peu aveuglée, mais cela ne l'a pas rendue égoïste et sans pitié. De ce fait, lorsqu'elle rencontre une personne cabossée par la vie, elle fait attention, et accepte de reconnaître ses torts, même si elle commence par se fâcher.
D'une manière générale, l'évolution des personnages m'a plu: celle de McKenna, bien sûr, mais aussi celle de ses parents, celle de Sam... Cela ajouté au déroulement de l'intrigue fait que j'aimerais bien qu'il y ait une suite. Certes, ce ne serait pas simple, il faudrait que Marina Gessner trouve des choses à dire. Je pense qu'entre les aspirations de McKenna et les casseroles de Sam, elle pourrait trouver de la matière à une suite.

Le livre ne souffre d'aucun temps mort. En bonne pinailleuse, j'ai regretté que la romancière ait fait une petite chose, qu'elle aurait pu ne pas faire, mais je sais que c'est justement cet élément qui fera que les parents de McKenna accepteront l'autre chose qui est très bien. ;-)

J'aime bien le titre du roman. Je le trouve bien choisi. Il évoque la distance (différente selon les humeurs) entre McKenna et Sam pendant la randonnée, mais aussi la distance sociale entre eux. C'est aussi celle parcourue par notre héroïne en tant que randonneuse et qui l'éloigne un peu de ce qu'elle était.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.

J'ai repéré ce roman parce qu'il a été enregistré par Phoebe Strole dont j'aime beaucoup le jeu. Elle n'a pas démérité. Je n'ai pas trop aimé qu'elle prenne une pointe d'accent du Sud pour le rôle de Sam, mais elle y était obligée. De toute façon, elle n'a rien exagéré.

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jeudi, 3 décembre 2020

Simplement Kate, d'Erin Bow.

Simplement Kate

L'ouvrage:
Kate est la fille du sculpteur du village. Son père lui a appris les ficelles, et elle est déjà très douée. C'est alors qu'une étrange fièvre s'abat sur le village. Pour diverses raisons, l'adolescente n'aura d'autre choix que la fuite.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. C'est une sorte de parcours initiatique en forme de conte dont certains aspects son cruels. La jeune héroïne évolue dans un monde de superstitions, et en sera victime. J'ai toujours compris ses réactions et ses actes. Elle, que les épreuves font grandir trop vite, se révèle très forte et lucide.

Les aspects du conte qu'on retrouve sont surtout les épreuves et la magie. L'une des épreuves (celle de l'enfermement) porte la tension à son comble.

J'ai également compris Linay, même si je ne l'ai pas toujours apprécié. Il est logique qu'il veuille faire son possible pour sa soeur, cependant, il sait parfaitement ce que risque Kate à vivre sans ombre. (J'ai d'ailleurs apprécié de retrouver le thème de l'ombre que quelqu'un souhaite acquérir.) Linay est donc complexe, car on ne peut pas éprouver de sentiments tranchés à son égard.

Mon personnage favori est Taggle, le chat de Kate. Il est très souvent source de rire, et donc de détente. Par exemple, lors d'un moment grave, la jeune fille tente d'alléger un peu l'ambiance en reprenant une réplique de Taggle dirigée contre Linay. De plus, Taggle fait beaucoup pour la jeune fille, n'hésitant pas à se mettre en danger... Je dois dire que j'ai été soulagée de ce que finit par faire Lenor, car cela avait un impact positif sur Taggle... Cependant, certains lecteurs le regretteront peut-être, car cela ne change rien concernant Linay.

À travers les aventures de Kate, Erin Bow pose adroitement certaines questions. Par exemple, elle prévient le lecteur contre une peur irraisonnée. Certains ont peur de Kate, la croyant sorcière, et la rejettent sans tenter de la comprendre. Il est vrai que les circonstances des événements sont particulières, et on comprend que des personnages soient mal à l'aise, mais il est également décevant qu'ils ne se disent pas que c'est justement ce dont a souffert Lenor, et qu'ils sont en train de l'infliger à une autre personne sans défense.

J'espère trouver d'autres romans d'Erin Bow en audio. Sur Audible, il y a une série en deux tomes (en anglais), mais je n'aime pas trop la lectrice...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Brilliance audio.

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jeudi, 26 novembre 2020

Moxie, de Jennifer Mathieu.

Moxie

L'ouvrage:
Petite ville du Texas. Vivian Carter vit avec sa mère, et rend très souvent visite à ses grands-parents. Au lycée, elle fait partie d'une petite bande de filles calmes. Elle-même est sage et obéissante. Cela ne l'empêche pas de remarquer les injustices qui ont cours dans l'enceinte de l'établissement. Beaucoup découlent du fait que le fils du proviseur est élève dans ce lycée, est membre de l'équipe de football, et est absolument détestable... Après un incident de trop et quelques minutes à rêver devant les vestiges de la jeunesse de sa mère, Vivian décide de prendre les choses en main.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai apprécié que l'autrice montre une adolescente plutôt timide et gentille décidant de tenter de mettre fin aux injustices de son lycée de manière réfléchie. Bien sûr, Jennifer Mathieu n'oublie pas de montrer des points de vue nuancés. Vivian elle-même ne croit pas que ses actions vont tout changer en un clin d'oeil, mais elle essaie. Claudia peut paraître un peu agaçante au début, mais il est facile de comprendre qu'elle ait peur. Son but est de ne pas se faire remarquer. Bien sûr, au départ, on pourrait croire qu'elle n'est qu'un mouton, voire pire, car elle et Vivian ne peuvent pas trop parler du sujet sans se rapprocher de la dispute... Seth est rapidement sympathique au lecteur, du fait de ce qu'il fait après le premier numéro de Moxie.
À travers ce que vit Vivian, la romancière montre aussi que beaucoup de personnes ne savent pas faire preuve d'empathie. Il faut que certaines subissent quelque chose pour commencer à comprendre, et à adhérer au mouvement de révolte. Tout cela est très bien cerné, bien exprimé, bien analysé.

La manière de protester de Vivian (et donc de ceux qui la suivent) m'a toujours paru réfléchie, car ce n'était pas de la violence ou de la méchanceté gratuite. Ce qu'appelle à faire la jeune fille dans le deuxième numéro de Moxie donne même lieu à des scènes assez drôles.
Outre les particularités du lycée décrit ici, Jennifer Mathieu évoque le racisme. Elle fait cela sans utiliser de gros sabots. Certaines filles énoncent les faits, et les autres doivent convenir qu'elles ont raison.

La romancière aborde avec finesse les thèmes de la famille, de l'amitié, de la tolérance. Notre héroïne connaît aussi ses premiers émois amoureux, et là encore, le thème est bien évoqué.

Souhaitant savoir si d'autres romans de Jennifer Mathieu existaient en audio (je les aurais lus en anglais) je suis allée sur Audible.fr. Ne connaissant pas la comédienne qui a enregistré la version originale de «Moxie», j'ai écouté l'extrait proposé. Et c'est là que je suis tombée sur une mauvaise traduction. Dans le chapitre 1, lorsque Mitchell fait son petit numéro, il dit à Lucy: «Va faire la vaisselle.» Ensuite, Vivian le raconte à Claudia, et celle-ci devine tout de suite ce que Mitchell a dit, car apparemment, c'est une de ses répliques fétiches. Dans la version originale, c'est «Make me a sandwich.» Pourquoi la traductrice n'a-t-elle pas transposé en «Va me faire un sandwich.»?

Éditeur: Milan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

J'ai découvert ce roman parce qu'il a été enregistré par cette lectrice dont j'apprécie beaucoup les interprétations. Ici, son jeu m'a paru tout aussi naturel que d'habitude. Comme je pinaille, je regrette qu'elle ait prononcé Claodia pour Claudia, et (presque toujours) «Moxie» comme on prononce en anglais «boat» ou «goat».

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lundi, 23 novembre 2020

The mermaid, de Christina Henry.

The mermaid

L'ouvrage:
Un jour, Jack, un pêcheur qui vit seul dans un petit village, trouve une sirène dans ses filets. Il la relâche. Elle a le temps de lire la tristesse de l'homme dans ses yeux: tristesse ce vivre seul, de ne pouvoir la convaincre de rester avec lui... Les yeux du pêcheur ne la laissent pas tranquille. Alors, elle décide d'aller le retrouver.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. J'ai pourtant commencé par m'en méfier. Heureusement, des avis ont répondu à mes interrogations: ce n'est pas une réécriture de «La petite sirène», il n'y a pas d'incohérences... La première partie est comme un joli conte. Ensuite, l'ambiance change. J'ai trouvé l'autrice très forte, car elle a naturellement introduit un élément fantastique (la sirène, Amelia) dans un décor réaliste, et rien ne détone. De plus, l'intrigue est sans temps morts.

Amelia est très attachante. Ses actes et ses propos démontrent l'importance de la tolérance. Lorsqu'elle se dispute avec Elie à propos des missionnaires, et qu'il ne veut pas comprendre son point de vue, j'ai été choquée. Certes, Elie a été éduqué d'une certaine manière, mais au long du livre, on voit que c'est quelqu'un qui ne souhaite de mal à personne, et qui réfléchit. De ce fait, malgré son éducation et les idées de la société de son temps, pourquoi ne réfléchit-il pas sérieusement aux propos d'Amelia concernant la tolérance vis-à-vis de ce qui est différent? Surtout qu'il a bien vu la manière dont était traitée la sirène à cause de sa différence. En effet, outre ce que dit Amelia, les réactions des uns et des autres montrent la bêtise des gens. Le personnage le plus sympathique (et le plus futé, à mon avis), est Carolina. La fillette est amusante, ose tenir tête à son père lorsque c'est nécessaire, et c'est elle qui a la meilleure idée quand les choses semblent perdues.

Dans une note en fin d'ouvrage, Christina Henry précise que si P. T. Barnum a réellement existé, elle n'est pas sûre qu'il ait été tel qu'elle l'a décrit. Elle a décrit l'homme dont elle avait besoin pour son roman. Il est malheureusement (mais heureusement pour la cohérence) très réaliste.
Je ne sais pas trop quoi penser de Charity. Il est logique qu'elle commence par ne pas croire qu'Amelia est une véritable sirène. Ensuite, elle ne s'en laisse pas conter par son mari. Certes, mais j'ai passé tout le livre à me demander ce qu'elle faisait avec un crétin pareil! Elle explique comment les choses ont commencé, mais c'est quand même surprenant.

Un roman avec lequel j'ai passé un bon moment. Il est à découvrir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

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jeudi, 19 novembre 2020

Abigaël, de Magda Szabó.

Abigaël

L'ouvrage:
1943. Gina vit à Budapest avec son père (général) et sa gouvernante. Elle passe des après-midis festifs chez sa tante, son père et elle s'adorent, sa gouvernante l'éduque et lui fait découvrir les arts. Cette vie que chérit l'enfant prend brutalement fin lorsque son père décide qu'elle ira dans un pensionnat pour jeunes filles: Matula...

Critique:
Récemment, j'ai lu (en cherchant quelque chose concernant Magda Szabó) que «Le faon» critiquait le régime en place à l'époque où il a été écrit. N'ayant vu aucune critique du pouvoir dans ce roman, l'ayant apparemment lu au premier niveau, je me dis que j'ai dû rater beaucoup de choses dans les écrits de Magda Szabó. J'ai apprécié tous les livres d'elle que j'ai lus, mais je présente mes excuses à ceux qui verraient une hérésie dans mes chroniques, car je parle toujours du roman, sans creuser... Il en ira de même pour «Abigaël».

La quatrième de couverture en dit trop. Le récit m'ayant beaucoup plu, en savoir un peu trop ne m'a pas gênée, mais je conseille quand même de ne pas lire la quatrième de couverture jusqu'au bout.
«Abigaël» est d'abord l'histoire d'une jeune fille que la vie force à grandir trop vite. Entre ce qu'elle vit à Matula (surtout au début) et ce que son père se voit contraint de lui apprendre, les leçons sont rudes, mais portent leurs fruits. Elles ne mettent pas la jeune héroïne à terre: celle-ci apprend à composer avec.

J'ai été un peu étonnée de la violence d'un élément qui arrive dans les premiers chapitres, et se prolonge jusqu'à l'alerte aérienne. Je ne peux pas dire quel est cet élément, car je souhaite en dévoiler le moins possible. En y réfléchissant, je comprends qu'il ait pu être si excessif: l'effet de groupe, le sentiment que la trahison est immense, le besoin de s'unir contre cette trahison... De plus, ce genre de choses peut avoir facilement lieu entre des enfants, ceux-ci savent être très cruels.
Peut-être faut-il aussi y voir quelque chose qui critique un aspect du pouvoir de l'époque... Le livre se déroule pendant la guerre: peut-être l'autrice veut-elle montrer que la guerre est stupide, et n'engendre que souffrance... Mais ça, messieurs et mesdames tout le monde le savent très bien.

Au long de l'histoire, un mystère plane. Le lecteur trouve très vite qui est la clé de ce mystère. Je trouve un peu dommage que l'autrice fasse tant d'appels du pied pour qu'on le devine, mais au moins, je n'ai pas eu envie de relire le roman pour collecter les indices: je les rassemblais pendant ma première lecture. Gina n'est pas plus bête qu'une autre, et s'est obstinée à ne pas vouloir le deviner, à ne pas vouloir voir au-delà des apparences. Certes, si j'avais été impliquée comme elle, j'aurais peut-être été dupée.

Par petites touches, avec sobriété, Magda Szabó évoque la résistance. Sa façon de faire m'a plu.

À certains moments, de petits apartés de l'autrice donnent certaines indications quant à la vie de Gina après le pensionnat. Cela fait qu'on peut reconstituer certaines choses, notamment concernant le mystère, mais j'aurais aimé des chapitres supplémentaires avec davantage de précisions. Je reconnais qu'il n'y en a pas besoin, mais même si tout est dit, je trouve que certains éléments sont très rapides. Ça doit surtout tenir au fait que le livre m'a beaucoup plu, et que je souhaitais que le plaisir se prolongeât. ;-)

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Martine Moinat fait partie des lecteurs que je retrouve avec plaisir. J'aime beaucoup sa lecture, et en plus, elle m'a fait découvrir des livres vers lesquels je ne serais pas allée. Quand je pense à Magda Szabó, je l'associe toujours à Martine Moinat, car sur les six écrits (en comptant «Abigaël») de cette autrice que j'ai lus, quatre sont enregistrés par cette lectrice.
Ici, j'ai constaté que Martine Moinat ne faisait pas comme la plupart des gens, qui, à mon avis, se trompent, et prononçait «moeurs» sans dire le «s». Comme je l'ai déjà dit dans je ne sais plus quelle chronique, je n'ai jamais eu de cours sur la prononciation de ce mot, j'ai toujours entendu les gens dire «moeurse», et j'ai présumé que cela se prononçait comme ça. Et puis, un jour, j'ai réfléchi (enfin!) et je me suis dit qu'après tout, on ne disait pas «les soeurse» ou «les coeurse», donc pourquoi dire «moeurse»? Maintenant, je fais attention à la manière dont les gens (et surtout les comédiens et les lecteurs bénévoles) disent «moeurs», ainsi que «s'égailler», «gageur», et «dégingandé», mots sur lesquels certains se trompent. ;-) Comme j'aime beaucoup la lecture de Martine Moinat, je suis contente qu'elle prononce «moeurs» comme je pense que cela doit se prononcer.

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