jeudi, 12 avril 2018

L'ascendant, d'Alexandre Postel.

L'ascendant

L'ouvrage:
Le narrateur, vendeur de téléphones portables, semble avoir une vie sans histoires. Il a des aventures avec des femmes mariées, ce qui lui permet de ne pas se fixer.
Un jour, il doit se rendre chez son père (celui-ci étant décédé), afin de mettre ses affaires en ordre...

Critique:
Voilà un livre sombre, oppressant, dont le personnage principal n'est pas sympathique. Chez son père, il fait une découverte extrêmement déstabilisante qui le met en face de lui-même, qui le force (en quelque sorte) à se reconnaître, à se révéler. Sa réaction l'oblige à voir ce qu'il est vraiment. Il est assez lucide pour le percevoir, mais bien sûr, se cherche des excuses. C'est humain. Qui ne le ferait pas, à sa place? C'est en cela qu'il est effrayant. Il agit mal, mais n'est pas assez «malade» pour penser que ce n'est pas grave. Il sait que cela l'est, et cherche à se dédouaner.
Pendant cinq jours, il raconte son présent, revoit des pans de son passé, émet des hypothèses quant à ses réactions. À le lire, on le sent englué en lui-même.

En peu de pages, l'auteur parvient très bien à dépeindre cet individu inquiétant. Son prénom ne nous est jamais donné, ce qui renforce l'opacité autour de lui, de sa personnalité. C'est d'autant plus dérangeant que pendant de nombreuses années, il a vécu parmi ses semblables, n'éveillant les soupçons de personne. Malheureusement, c'est souvent le cas lorsqu'on a affaire à des gens dangereux. C'est en cela qu'Alexandre Postel frappe, avec justesse, là où ça fait mal. Son personnage trouble est criant de réalisme.

À un moment, j'ai trouvé que le roman traînait un peu, mais en fait, cela n'est qu'une autre manière d'immerger le lecteur dans cette ambiance noire, aux côtés de ce narrateur sordide. Ce que j'ai trouvé lent n'était qu'une façon de renforcer le malaise causé par le récit et le protagoniste principal.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 9 avril 2018

Take me with you, de Catherine Ryan Hyde.

Take me with you

L'ouvrage:
Californie, début de l'été.
August s'apprête à traverser plusieurs états pour se rendre à Yellow Stone. Il veut y accomplir quelque chose. Mais son mobile home a besoin d'une réparation, ce pourquoi il s'arrête au garage de Wess. Pendant son escale, il sympathise avec Seth (douze ans) et Henry (sept ans), les fils du garagiste. C'est alors que celui-ci demande quelque chose d'incongru à son client: August peut-il emmener les enfants avec lui jusqu'à Yellow Stone? Wess a besoin que quelqu'un les prenne en charge pendant les trois mois à venir. Embarrassé, mais ressentant de la compassion pour les garçonnets, l'homme accepte.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Catherine Ryan Hyde fait de cette rencontre improbable un beau moment d'amitié, de solidarité. À mesure que nos trois protagonistes se découvrent, chacun tentera de résoudre les problèmes de l'autre à sa façon. August apprendra des enfants, tout comme ils apprendront de lui. Cet été est une sorte de parcours initiatique.

Les deux enfants sont très différents. Chacun est attachant. Seth veut être parfait, pour qu'on n'ait pas de raisons de lui en vouloir. Puis il se met en tête de résoudre le problème de son père, et s'aperçoit que cela n'est pas si simple. Henry semble très secret, voire introverti, mais il comprend très vite qu'il n'a pas à être sans cesse sur ses gardes. Ce voyage procurera aux personnages des moments d'amusement (notamment lorsque Seth s'extasie sur tout ce qu'il voit), de tendresse (surtout quand Henry montre sa confiance, que les enfants participent à la mission qu'August s'est donné), de gravité, et de jeux (quand Woody, le chien, s'en mêle). Cette amitié entre deux jeunes enfants et un adulte n'est pas étrange. Elle abolit les barrières et montre que si on le veut, certaines choses sont possibles.

À un moment, j'ai pensé qu'il allait être difficile pour l'auteur de faire une fin acceptable. Pourtant, elle a trouvé une bonne solution. En effet, l'été mémorable de nos héros n'est qu'une partie du roman. L'histoire ne s'arrête pas lorsqu'il prend fin. Voilà pourquoi la romancière a pu continuer.

Des éléments paraîtront peut-être un peu faciles à certains, mais pour moi, l'auteur a su amener son récit. Elle ne tombe pas dans le larmoyant, soulève des questions avec justesse, et montre que tout n'est pas si manichéen que ce qu'on pourrait croire. Par exemple, August et Seth sont en désaccord sur un sujet, et chacun a beaucoup de mal à accepter le point de vue de l'autre. Wess a un travers qui le rend peu aimable, mais ce n'est pas un monstre. Il lui est simplement (et malheureusement) impossible de se débarrasser de ce travers. Il sait d'ailleurs très bien que c'est ce qui cause l'éloignement moral de ses fils. Ne pouvant agir sur lui-même, il tente de contrer cet éloignement autrement...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jeff Cummings pour les éditions Brilliance audio.

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93 lectures

jeudi, 5 avril 2018

Point cardinal, de Leonor de Recondo.

Point cardinal

L'ouvrage:
Depuis son enfance, Laurent Dutillac ressent un mal être qu'il ne s'explique pas. Aujourd'hui, il est marié et a deux enfants de seize et treize ans. Il aime profondément sa famille. Peu à peu, il comprend d'où vient son problème: moralement, il est une femme.

Critique:
Au départ, je pensais ne pas chroniquer ce roman, parce qu'il ne m'a pas autant plu que ce à quoi je m'attendais. Mais après tout, pourquoi ne pas donner mon point de vue quand même?

Certains de mes reproches se sont atténués à la fin, parce que l'auteur donne une explication qui me satisfait. Je trouvais que Laurent était excessif lorsqu'il se travestissait en Mathilda, même s je comprenais confusément que cela venait justement du fait qu'il ne pouvait être une femme physiquement: lorsqu'on n'a pas quelque chose qu'on souhaite ardemment, on en fait forcément trop. Laurent lui-même le reconnaît plus tard. J'ai aussi râlé que le personnage principal s'attache aux signes de féminité selon la société, caricaturant la femme. La femme se maquille, porte des dessous en dentelle, des robes, des chaussures à talons, a les cheveux longs... Je me disais que s'il était une femme moralement, il n'était pas obligé de souhaiter avoir absolument tout cela. Ce reproche est normal venant de moi qui n'aime pas les clichés, et qui, en plus, dédaigne la plupart de ces soi-disant signes de féminité. Tout en râlant, je comprenais que là aussi, le personnage en faisait trop parce qu'il ne pouvait avoir tout cela.

J'ai aussi tiqué lorsqu'il explique qu'étant enfant, il n'aimait pas le foot et la brutalité de ceux de son âge qui s'y adonnaient. Ne pas aimer le foot n'est pas une caractéristique féminine. Être sensible non plus. C'est la société qui veut que les femmes soient sensibles et que les hommes ne le soient pas. L'auteur ne dit pas que cette aversion de Laurent explique forcément sa féminité morale, mais elle le sous-entend. Cela m'a gênée.

Ensuite, j'ai trouvé que la romancière en faisait trop concernant Thomas, le fils de Laurent. Pourtant, les réactions excessives de ce genre existent sûrement. Bien sûr, Leonor de Recondo montre d'autres réactions. Solange, la femme du héros, fait un long chemin avant de faire la part des choses. Malgré son refus, puis ses réticences, elle se remet en question. Ses actes sont compréhensibles, même si le lecteur ne les approuve pas toujours. Claire, la fille de Laurent, a un cheminement moins tortueux, et malgré sa peur et ses incertitudes, comprend beaucoup de choses en allant à la source de ce qui l'effraie, et en se mettant à la place de tout le monde.

La romancière montre un éventail de réactions dues au vécu des gens, à leur intolérance, ou parfois à un sentiment qu'ils ont davantage de mal à expliquer. En cela, le livre est bien pensé. Pourtant, je lui préfère le témoignage d'Andréa Colliaux ou même «Royaume interdit», de Rose Tremain. J'ai oublié beaucoup d'éléments de ces livres, mais j'en garde un bon souvenir, et il me semble que je n'ai pas eu de reproches à leur adresser. Ma perplexité est renforcée quant à ce roman parce que je sais que beaucoup de mes reproches ne sont pas vraiment fondés. Peut-être cela a-t-il à voir avec le style de l'auteur? Peut-être est-il, à mes yeux, trop dépouillé pour cette histoire... J'aurais peut-être préféré qu'un auteur comme Jodi Picoult s'empare du sujet, et en fasse un pavé où toutes les réactions seraient analysées en long, en large, et en travers, où certains personnages seraient davantage nuancés... En conclusion, je conseille ce livre, car malgré mes reproches, je pense que c'est un bon roman.

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 26 mars 2018

La femme comestible, de Margaret Atwood.

La femme comestible

L'ouvrage:
Marian partage un appartement avec une amie, a un travail qui ne lui plaît pas vraiment, sort avec Peter... Un jour, elle se rend compte que la viande l'écoeure. Elle est embêtée, mais se résout à devenir végétarienne, puisque son corps semble l'avoir décidé. Cependant, les choses ne s'arrêtent pas là.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai apprécié de voir les choses à travers les yeux de Marian (même lorsqu'elle n'est pas la narratrice). Ne sachant pas trop ce qui lui arrive, ne comprenant pas certaines de ses réactions, la jeune femme se laisse porter par les événements, et parfois, est très étonnée de faire quelque chose qu'elle n'avait absolument pas planifié. N'étant pas un personnage du roman, je glanais les indices que Marian laissait sans pouvoir les interpréter, et j'essayais d'expliquer son malaise. Je ne comprenais pas pourquoi elle tentait de se rendre consciente de la vérité par certains actes, mais je sais que parfois, on agit étrangement sans pouvoir expliquer pourquoi sur le moment. C'est ainsi que Margaret Atwood raconte une succession d'événements au cours desquels je ne me suis pas du tout ennuyée, mais dont j'avais du mal à voir ce qu'il en sortirait. L'héroïne peine à accomplir le chemin vers la vérité, parce qu'elle se fait une idée précise d'elle-même. Elle veut entrer dans un moule, n'ose pas aller contre ce qu'attend la société, veut être «normale».

En parallèle de ce qui arrive dans la vie privée de la jeune femme, l'auteur la confronte à certaines situations à la fois cocasses et désespérantes. Par exemple, sa colocataire est assez casse-pieds. Elle ne pense qu'à elle, et arrive à ses fins par des moyens quelque peu pervers. Cependant, a-t-elle vraiment le choix? Puis un autre paramètre entre en ligne de compte, et elle doit le considérer... Ce qui m'a surtout agacée, c'est que malgré sa détermination, elle ne semble pas réfléchir par elle-même. Elle veut ça, et fera tout pour l'obtenir. On lui dit que le résultat pourrait être désastreux, alors, sans se poser de questions, elle se précipite sur une solution qu'elle sait être mauvaise. D'un autre côté, son obstination et sa crédulité sont drôles. Je ne sais pas si c'est une féministe qui se débrouille avec les moyens du bord, mais elle m'a semblé écervelée.

On rencontre également Clara et sa petite famille. La jeune femme, non préparée à ce qu'est très rapidement devenue sa vie, se débat entre ses aspirations, ce qui se fait, et ce qu'elle a ou n'a pas le courage de faire.

Quant à Duncan, il est sûrement le plus anti-conventions des personnages du roman. Cela lui confère une part de mystère, d'ombre, d'excentricité, mais cela ne le rend pas aimable, car il se fiche de blesser les autres. De plus, il ne semble pas très net.

Suivre ces personnages, les voir tenter de faire la part des choses m'a plu. Scènes cocasses (le sondage chez Duncan), étrangetés (le jeune homme ayant besoin de repasser des vêtements ou de mettre le feu à la maison pour qu'il se passe quelque chose), gravité sous-jacente (les ennuis de Marian et de Clara), etc., tout cela donne un roman riche et abouti. Je n'imaginais pas du tout ce que ferait Marian à la fin. C'est une sorte de symbole, de manière de s'affirmer, de s'accepter et de faire la paix avec elle-même. C'est peut-être un peu incongru, mais ce qui compte, c'est que cela n'ait nui à personne, et que cela l'ait aidée à se comprendre.

Éditeur: Robert Laffont
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michelle Rivet pour l'INCA

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samedi, 24 mars 2018

La guerre des mères, de Kaui Hart Hemmings.

La guerre des mères

L'ouvrage:
Mele Bart, vingt-huit ans, mère d'Elie (deux ans), s'inscrit au Club des Mamans de San Francisco (CMSF). Son but est d'échanger avec d'autres personnes qui font face à la même situation qu'elle: élever un enfant. Le club organisant un concours de recettes de cuisine, Mele décide d'y participer. Pour ce faire, elle demande à des amis de lui raconter des anecdotes qu'elle associera à une recette.

Critique:
À la lecture du résumé, je m'attendais à un roman où des jeunes femmes se serreraient les coudes et partageraient leurs astuces sur les petits ennuis du quotidien. J'imaginais que tendresse et humour seraient au rendez-vous. J'ai été très déçue. Je me suis très vite ennuyée. Comme il y a beaucoup d'anecdotes différentes, le tout est décousu. En outre, je n'ai pas vu le rapport entre ces récits et les recettes. De plus, aucun personnage ne m'a paru sympathique. Mele dit du mal de tout le monde, soupire après son ex, et n'accepte de s'en désintéresser que pour penser à entamer une relation avec un autre homme. Il n'y a aucun moment de complicité et d'amour entre sa fille et elle. Certes, il y a bien les scènes où l'une dit qu'elle aime l'autre et où l'autre surenchérit, mais c'est tellement cliché (j'ai trouvé ce genre de scènes dans des livres sirupeux) que ce n'est pas crédible.

Entre les anecdotes et les réflexions de Mele, on a droit à une succession de clichés que la drôlerie rattraperait, si elle était présente. Par exemple, l'histoire de la narratrice très stressée qui va en repérage dans une école où elle compte inscrire son enfant, et découvre, en plein milieu de l'entretien, qu'elle a une culotte sale coincée dans une jambe de pantalon... Cela ne m'a pas fait rire, parce que j'imagine que, normalement, pour un rendez-vous auquel elle accorde une telle importance, elle va faire très attention à tout.
Autre exemple: la discussion sur le racisme. En substance: «Oh làlà! Si je dis à ma fille que non, ce n'est pas le père de Robert, mais qu'il lui ressemble, je vais avoir l'air raciste!» Pourquoi la mère n'a-t-elle pas expliqué à sa fille que les deux hommes ont la même nationalité, mais que c'est bien deux personnes différentes? Je ne vois pas où était la drôlerie dans cet exemple.

On rencontre, entre autres, une mère dont l'enfant est rejeté parce qu'il n'interagit pas avec les autres. C'est censé moquer ce genre de réactions, mais je n'ai pas vu où c'était amusant...

Je vais arrêter ma chronique ici, car je n'ai rien de positif à dire sur ce roman. Je suis très étonnée qu'il ait fait rire tant de gens...

Service presse des éditions Denoël. La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Titre: La guerre des mères
Auteur: Kaui Hart Hemmings
Éditeur: Denoël
Nombre de pages: 310
ISBN: 978-2-20713-692-8
Traduction: Mélanie Trapateau
Date de publication: 8 février 2018

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