lundi, 13 août 2018

Swimming between worlds, d'Elaine Neil Orr.

Swimming between worlds

L'ouvrage:
Winston-Salem, Caroline du Nord, 1959.
Tacker Hart a fait des études d'architecture. Il a ensuite fait partie d'un programme lui permettant d'exercer ses talents au Nigeria. Il a été renvoyé aux États-Unis après avoir été accusé d'être trop amical avec les nigérians, de trop adhérer à leur culture. Le temps de trouver un travail, il tient l'épicerie familiale. C'est par ce biais qu'il retrouve Kate Munroe (une amie d'enfance), et rencontre Gaines (un noir qui se bat pour les droits des siens).

Critique:
Au vu du résumé, j'ai eu un peu peur qu'on tombe dans une espèce de triangle amoureux. Heureusement, je n'ai pas écouté cette crainte. Il n'est absolument pas question de cela dans le roman.

J'ai beaucoup apprécié Tacker qui réfléchit. Il est sûr que son expérience nigériane lui a ouvert les yeux. C'est possible, mais il devait déjà avoir l'esprit critique. Par exemple, lorsque Kate ne voit pas trop pourquoi il faudrait se battre pour que les noirs puissent avoir accès à certains lieux publics, il lui demande d'imaginer ce que cela lui ferait si elle ne pouvait aller dans tel ou tel endroit. Au début, elle tente d'argumenter, puis entre ses réflexions et l'expérience qu'elle vit par la suite, elle se rend compte que Tacker a raison. Cette ouverture d'esprit du personnage principal s'applique à d'autres détails quotidiens. Par exemple, il encourage Kate dans la voie qu'elle souhaite suivre, et n'imagine à aucun moment qu'elle devrait uniquement se marier et avoir des enfants. Pour lui, une famille n'est pas incompatible avec une carrière. Il a des idées très évoluées par rapport à son temps, et c'est sûrement pour ça qu'il en effraie certains.

Je sais qu'à l'époque, tous ceux qui ne voulaient pas entendre parler des mêmes droits pour tous n'étaient pas à mettre dans le même panier. Kate, par exemple, n'est pas raciste, ou disons qu'elle l'est parce que la majorité des blancs le sont, et qu'elle ne réfléchit pas plus loin. La première fois qu'elle voit Gaines, la situation fait qu'elle croit qu'il a peut-être volé la bouteille de lait qu'il a dans la main. Aurait-elle pensé cela si elle avait rencontré un blanc dans la même situation?
Certains blancs étaient réellement persuadés que les noirs avaient des microbes extrêmement dangereux et contagieux, et que frayer avec eux ne pouvait que rendre n'importe quel blanc malade. Cette croyance s'est implantée parce qu'elle a été véhiculée par la bêtise, mais peu de gens cherchaient à savoir si elle reposait sur quelque chose de tangible. L'ignorance et la peur de l'inconnu donnent souvent un résultat désastreux. J'ai aimé qu'Elaine Neil Orr ait bien contextualisé son roman.

Je n'ai pas trop apprécié Gaines. Je l'ai trouvé un peu froid. Peut-être était-ce de la réserve... Je lui ai préféré sa tante (Frances), et sa petite soeur (Valentine).

Le roman ne souffre pas de temps morts. L'histoire des personnages est inextricablement mêlée à celle du pays. Même Kate, qui préférerait n'avoir affaire qu'à ses problèmes familiaux, sera éclaboussée par ce qui se joue.
Je ne m'attendais pas à ce qui arrive à la fin du chapitre 38. C'est pourtant une possibilité qui traverse tout le roman. C'est seulement que je n'y étais pas préparée.

Le titre est très bien choisi. Outre l'idée que Tacker est une espèce de passerelle qui facilite la communication entre deux mondes, il y a une référence directe à des événements du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Comme d'habitude, j'ai apprécié le jeu subtil de Cassandra Campbell. Les protagonistes ont un accent du Sud des Étas-Unis, donc elle a dû faire cet accent. Moi qui n'aime pas du tout lorsque les lecteurs font ainsi (j'ai déjà reposé un livre enregistré par cette lectrice, malgré son talent, à cause d'accents trop marqués), ici, j'ai trouvé cela supportable.

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lundi, 6 août 2018

Burning down the house, de Jane Mendelsohn.

Burning down the house

L'ouvrage:
La famille Zane se trouve réunie pour le mariage de l'un d'eux. À partir de là, nous la suivons sur à peu près un an.

Critique:
Ce roman m'a plu. De prime abord, la famille Zane n'est pas très sympathique. Cela commence avec Jonathan qui a trompé sa fiancée avec la nounou de ses demi-frères, et qui a cessé seulement parce que celle-ci a été congédiée. Ensuite, il y a Alex, la soeur de Jonathan, qui souffre d'un mal être perpétuel, et semble s'y complaire. En général, si je n'apprécie pas les personnages principaux, j'ai du mal à aimer le livre. Ici, cela n'a pas été ainsi, car l'auteur donne le ton dès le début, et on voit qu'elle-même n'apprécie pas beaucoup Jonathan. Quant à Alex, j'ai oscillé entre compassion et envie de la secouer.

D'autres personnages sont sympathiques. On suit beaucoup Poppy, dix-sept ans, nièce et fille adoptive de Steve Zane, le patriarche. Au début, je la trouvais un peu superficielle, très bornée, et il me semblait qu'elle mettait un point d'honneur à avoir des problèmes. Ensuite, j'ai compris qu'elle était plutôt perdue, et que malgré la sincérité de l'amour paternel de Steve, elle n'avait jamais vraiment trouvé sa place. Il n'est pas facile d'être bien dans cette étrange famille. Chacun semble ne pas vraiment s'intéresser aux autres. Et puis, Steve, pensant bien faire, va provoquer un manque de communication, désespérant ainsi Poppy. Le mal être croissant de la jeune fille et ce qu'il lui fait faire, montre qu'une vérité dévastatrice est souvent préférable à un mensonge par omission.

Outre Poppy, Félix se démarque, d'abord par sa très grande maturité, ensuite parce qu'il éprouve des sentiments. Il est très attachant, et atypique. Il n'est pas à sa place dans cette indifférence générale, mais s'en accommode. Il se rapproche instinctivement de Poppy, celle qui, justement, a davantage de sentiments (du moins les exprime-t-elle) que les autres. Félix trouve aussi un certain équilibre auprès de Neva, la nounou qui remplace celle circonvenue par Jonathan. Neva est également un personnage très fort. Parvenant à ne pas sombrer, elle évolue constamment.

Je n'ai pas apprécié Patricia. Je l'ai trouvée terne. On me dira qu'elle est assortie aux Zane.

Dès le départ, l'auteur fait de petits apartés indiquant que tel personnage prépare sa chute ou que tel événement déclenchera quelque chose. C'est adroitement fait, car même si cela donne de petits indices, cela ne révèle ni ce qui arrive ni comment cela arrive.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Si j'ai trouvé le jeu et l'intonation de Cassandra Campbell aussi bons que d'habitude, j'ai un reproche à lui adresser pour ce roman. Sous prétexte que Neva est russe et que Patricia est italienne, elle leur fait des accents qui, pour moi, ne sont pas naturels. Neva étant arrivée aux États-Unis à l'âge de dix ans, cela m'étonnerait qu'elle ait conservé un accent. Quant à Patricia, elle avait vingt ans, donc ça se discute. Néanmoins, il ne me semble pas que l'auteur précise qu'elles ont un accent. Dans ce cas, il est encore moins logique que le lecteur en fasse un. Je sais que la comédienne n'est pas forcément à blâmer. C'est peut-être l'éditeur qui lui a demandé de faire ainsi. Dans tous les cas, pour moi, ce n'est pas une bonne initiative.

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54 lectures

jeudi, 26 juillet 2018

Le rêve de Ryôsuke, de Durian Sukegawa.

Le rêve de Ryôsuke

L'ouvrage:
Ryôsuke est mal dans sa peau. Ne sachant quoi faire de lui-même, il décide de retrouver un ami de ses défunts parents dont sa mère lui a beaucoup parlé. Pour ce faire, il postule pour un travail de terrassement sur l'île où habite celui qu'il cherche.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai apprécié Ryôsuke et ses amis. Le personnage principal est attachant. Il doute de lui-même, alors qu'il semble être quelqu'un de bien. Plus tard dans le roman, il souhaite faire quelque chose d'honorable, d'autant qu'il traite les animaux dont il a besoin avec amour et respect. Je partageais toujours son opinion, et ressentais ses contrariétés, par exemple lorsqu'il devait faire ce que voulait le président concernant le chevreau, ou lorsque quelqu'un s'en prenait aux chèvres sauvages.

Tachikawa est parfois un peu rude, mais c'est un personnage sympathique. Il s'intéresse au projet de Ryôsuke, et l'encourage, même s'il ne peut pas toujours le suivre. Quant à Kaoru, je l'ai également appréciée, mais je n'ai pas grand-chose à en dire. Elle semble être la plus sympathique du roman, tant parce qu'elle soutient le projet de Ryôsuke que pour sa façon d'être avec les animaux.

Quant à celui que cherche Ryôsuke (et qu'il trouve, bien sûr), je ne sais pas trop quoi en penser. J'ai l'intuition que lorsque Ryôsuke fait semblant d'inventer une histoire à propos de cet homme et de ses parents, il n'invente rien, et cela m'agace. Ensuite, je trouve que ce personnage se conforme trop à ce que les instances supérieures attendent de lui (je pense surtout aux chevreaux). Quant au projet de Ryôsuke, il ne le soutient pas assez, à mon avis. Certes, il en a connu les déconvenues, mais il paraît fermé lorsque le jeune homme trouve des moyens de mieux faire. Je pense, par exemple, à ce que Ryôsuke veut faire de la «cave».

Pour moi, il n'y a pas de lenteurs. On découvre les personnages et l'île à mesure qu'on avance dans le récit. J'espère qu'il y aura une suite, car j'aimerais savoir si ce que tente de faire Ryôsuke à la fin sera couronné de succès.

Audible Studios a publié un autre roman de Durian Sukegawa, «Les délices de Tokyo». Il me tente moins que «Le rêve de Ryôsuke», mais peut-être l'essaierai-je...

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arnaud Romain.

J'ai peu entendu ce comédien, mais avant d'écouter ce livre, j'appréciais son jeu. Ici, il n'a pas démérité. Il adapte sa lecture au texte, rend bien les émotions des personnages et l'ambiance dans laquelle ils sont plongés.

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée. Il y a cinq pistes pour trente-huit chapitres.

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86 lectures

lundi, 23 juillet 2018

Flying at night, de Rebecca L. Brown.

Flying at night

L'ouvrage:
Lance a fait un infarctus. Cela a endommagé son cerveau. Il ne peut pas vivre seul. Sa famille et lui me sont pas vraiment en bons termes. Sa femme et son fils se défilant, c'est sa fille (Piper) qui s'occupera de lui.

Critique:
Ce livre aborde certains thèmes avec délicatesse. Par exemple, Lance a agi en despote envers sa femme et ses enfants, et maintenant qu'il a besoin de quelqu'un, seule Piper répond présente. Étant donné la manière dont il s'est comporté, j'aurais compris que tout le monde le laisse tomber. Piper en voulait à sa famille, et pourtant, elle savait ce que chacun avait enduré. Elle est cependant la seule qui ait accepté d'admettre que Lance n'était plus le même. Malgré cela, elle ne pardonne pas tout ce qu'il a fait en un claquement de doigts. Heureusement, c'est plus complexe.
Je n'ai pas vraiment compris pourquoi Judy n'avait pas divorcé alors qu'elle était jeune. Elle l'explique, mais cela ne m'a pas convaincue. Je sais pourtant que d'autres personnes tiennent ce raisonnement.

D'un autre côté, le fils de Piper (Fred, neuf ans) est très attachant, même si son comportement peut parfois paraître curieux. Le lecteur aguerri (et extérieur à la situation) comprend bien avant que Piper ne doive l'accepter pourquoi l'enfant est étrange. J'ai apprécié que Rebecca L. Brown aborde cela dans cette perspective. Fred est très sympathique. Il a du mal à comprendre le monde dans lequel il vit, mais c'est vers cet être dépourvu d'artifices que se tourne instinctivement Lance après son infarctus. Une amitié feutrée naît très vite entre eux. Parfois, le réconfort qu'apporte le grand-père à son petit-fils tient seulement au fait que son expression est calme et paisible. En effet, Fred étant hypersensible, il souffre lorsqu'il voit que sa mère arbore un visage tourmenté ou que ses traits disent le contraire de ses paroles.
D'autre part, l'auteur montre le garçonnet à l'école, devant faire avec ces codes qui lui semblent absurdes, tentant d'appliquer maladroitement ce qu'il a compris des conseils donnés pour se faire des amis...

Piper est sympathique. Je n'ai pas toujours approuvé ses choix, mais j'ai compris les hésitations et les questions dans lesquelles elle se débattait. Elle aime sincèrement son fils, et si elle est maladroite, et parfois surprotectrice, elle ne veut que le mieux pour lui. Ensuite, lorsqu'elle doit se remettre en question, cela lui est difficile, mais elle le fait. Elle est parfois injuste envers certains, mais ce n'est pas sans fondement.

Je ne sais pas trop quoi penser de Lance. J'aurais tendance à dire qu'il est impossible que quelqu'un comme lui puisse finir par voir pourquoi il a blessé les siens. La romancière explique comment cela est possible, mais j'ai trouvé cela un peu gros. Bien sûr, cela a été l'occasion pour elle de montrer que, parfois, rien n'est figé, qu'une situation peut changer, et en tout cas dans ce livre, certains personnages ont pu se comprendre les uns les autres. Donc même si je reste sceptique, j'ai été sensible à ce message d'espoir que fait passer Rebecca L. Brown.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Penguin Random House Audio.
Les chapitres racontés par Piper (les plus longs du roman) sont lus par Cassandra Campbell, ceux du point de vue de Fred sont lus par Kivlighan de Montebello, et ceux narrés par Lance sons lus par Arthur Morey.

Comme d'habitude, le jeu de Cassandra Campbell m'a beaucoup plu. Avec finesse, elle a su adapter sa voix et son intonation aux personnages et à leurs émotions. Que Piper soit amère, que Lance (dans les souvenirs de la jeune femme) soit méprisant, que Judy soit désespérée, qu'Isaac soit à la fois posé et contrit, la comédienne a été à la hauteur.

Je connais peu Arthur Morey. Ici, il me semble qu'il n'avait pas la partie facile. Il a réussi à introduire une certaine lenteur dans les chapitres racontés par Lance, sans que cela soit pénible. Il a également su adopter le ton un peu perdu qu'on peut imaginer qu'a Lance. Enfin, il est parvenu à y mêler les émotions du personnage.

Je ne connaissais pas du tout Kivlighan de Montebello. D'après mes oreilles, ce serait un enfant, et non une femme qui prend une voix enfantine. En tout cas, son interprétation m'a plu.

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jeudi, 19 juillet 2018

La fille de l'écrivain, d'Henri Troyat.

La fille de l'écrivain

L'ouvrage:
Armand Boisier, quatre-vingt-six ans, est écrivain. Il fait partie de l'Académie française. Depuis qu'il est veuf, sa fille, Sandy, l'aide et le soutient dans l'écriture de ses romans. Un jour, lors d'une rencontre autour de son dernier livre, il est abordé par Jean-Victor Désormieux, qui va publier son premier ouvrage. Très admiratif du travail d'Armand, le jeune auteur lui explique qu'il serait ravi qu'il lise son livre.

Critique:
Comme d'habitude, en peu de pages, d'une plume à la fois fluide et incisive, Henri Troyat présente une situation, envenime le tout, analysant finement et impitoyablement ses personnages et les déboires qu'il leur fait traverser. Ici, le lecteur devine, dès la première rencontre, que des événements rudes arriveront. Toutes les suppositions sont permises.
N'ayant pas pour habitude de traîner, l'écrivain ne fait pas attendre son lecteur.

J'ai apprécié Armand tout au long du récit. Il est loin d'être parfait, ce qui le rend crédible. Par exemple, Sandy laisse entrevoir certaines choses lorsqu'elle le force à reconnaître qu'il a toujours vécu uniquement pour l'écriture. Armand est, en quelque sorte, la cause de ce qui arrive ici, et qui le déstabilise. Quelque part, il est l'instrument de son malheur. Malgré tout, je l'ai préféré à Sandy qui, pour moi, est assez fade. Cette fadeur est en partie due à son père, certes, mais je n'imaginais pas la jeune femme si crédule... Une situation se met très rapidement en place, ce qui aurait dû la pousser à la méfiance, à mon avis. Par la suite, les choses changent, mais je n'ai pas l'impression que Sandy mûrisse...
Quant à Jean-Victor, il n'est pas très appréciable, mais on peut comprendre qu'il ait saisi l'occasion, et ait fait ce qu'on l'a laissé faire. Cela ne l'excuse en rien, mais explique ses actes.

Il y a peut-être une petite faiblesse. L'auteur la souligne d'ailleurs en la présentant comme argument de l'un de ses personnages: il me semble que pour entrer à l'Académie française, il faut être un écrivain bien plus confirmé que ne l'est celui qui finit par y entrer. Bien sûr, cet événement apporte davantage de force à la fin du roman, mais je trouve dommage qu'Henri Troyat ait eu recours à une petite entorse à la réalité.

Pour moi, l'Académie française a quelque chose de sacré: j'ai donc aimé observer le genre de discussions qui peut avoir lieu entre ses membres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Raymond Dombrecht pour la Ligue Braille.

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