jeudi, 26 janvier 2023

Ho to bury your brother, de Lindsey Rogers Cook.

L'ouvrage:
2007. Robinson (dit Rob) Tate vient de mourir, à trente-neuf ans. Sa soeur, Alice, est désespérée. Cela faisait plus de vingt ans qu'elle n'avait pas vu Rob, et autant de temps que le retrouver était son désir le plus cher.
Huit ans plus tard, Alice doit vider la maison de ses parents qui va être mise en vente. Elle y trouve des boîtes contenant certaines choses ayant appartenu à Rob, notamment des lettres adressées à diverses gens, dont sa mère. D'abord déçue de ne découvrir aucune lettre à son nom, Alice décide de retrouver les destinataires de ces missives, afin qu'ils lui disent ce qu'ils savaient de Rob.

Critique
Ce roman a quelques aspects durs, et d'autres plus doux. Alice entreprend une sorte de voyage initiatique à la recherches de personnes qui lui raconteraient son frère, qui l'aideraient à le retrouver un peu. L'histoire de ces deux enfants, séparés à cause de terribles circonstances, dont l'une est une très mauvaise communication au sein de la famille, est douloureuse. Au cours de son périple, Alice apprendra des choses sur Rob, mais elle en découvrira d'autres sur elle-même. Elle commence par oser affronter la douleur due à la disparition de Rob, et elle se penche sur sa vie, ses choix... J'ai apprécié que, concernant la vie privée de l'héroïne, l'autrice nuance certaines choses. Par exemple, vers la fin, Alice reconnaît à voix haute ce que le lecteur a deviné concernant son amour pour Walker. De ce fait, rien n'est manichéen.

Je ne suis pas férue des retours en arrière dans les romans, mais je sais que dans certains, comme celui-ci, ils sont nécessaires. C'est d'ailleurs ces retours qui montrent le caractère de Rob au lecteur. Je ne sais pas comment j'aurais agi à sa place. Certains diront que son enfance a été saccagée, d'autres (comme moi) penseront plutôt qu'il a joué avec le feu sans comprendre l'impact que cela pouvait avoir, ne serait-ce que sur lui-même, et qu'ensuite, les choses lui ont échappé.
Les parents d'Alice et Rob n'ont pas su le comprendre, et il ne les y a pas aidés.
Je préfère ne pas trop dire ce que j'ai pensé des autres personnages, car mes paroles concernant l'un d'eux pourraient mener le lecteur à comprendre des choses trop tôt. Je peux quand même dire que j'ai apprécié Meredith qui, en plus d'être une bonne amie, était toujours signe de détente et de rire pour le lecteur.

Les côtés sombres du roman sont atténués par des événements et des personnages porteurs d'espoir.

Ce livre fait partie de ceux dont j'aurais aimé qu'il ait un chapitre supplémentaire, chapitre qui montrerait l'installation de certains dans leur nouvelle vie. Peut-être aussi que l'autrice aurait pu dire ce qui arrive d'autre au personnage le plus haïssable... Celui-là ne souffrira jamais assez, à mon avis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karissa Vacker pour les éditions Tantor Media.

Karissa Vacker fait partie des comédiens que je retrouve avec plaisir. Je n'aime toujours pas la voix qu'elle prend pour les rôles masculins, mais tout le reste me convient. Son ton est toujours approprié, son jeu n'est ni trop sobre ni affecté.

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jeudi, 19 janvier 2023

La doublure, de Mélissa da Costa.

La doublure

L'ouvrage:
Evie a vingt-trois ans. Voilà cinq ans qu'elle est la petite amie de Jean. Au lieu de s'engager, celui-ci la quitte. Elle décide alors de postuler pour être hôtesse sur un bateau de croisière: quelque chose qui rapporterait beaucoup et lui ferait prendre un bol d'air. C'est en cherchant du travail qu'elle rencontre Pierre Manan. Celui-ci lui propose d'être la doublure de sa femme, Clara, une jeune peintre. Evie devrait accomplir toutes les obligations mondaines dons Clara refuse de s'encombrer.

Critique:
Je n'ai lu que deux romans de Mélissa da Costa, et je commençais à la cataloguer comme celle qui dit toujours qu'il faut prendre le bons côtés de la vie, quels que soient les coups durs que nous subissons. Elle a raison, mais je commençais à être embêtée qu'elle semble toujours arriver à cette conclusion, malgré des situations très délicates. Avec «La doublure», j'ai l'impression qu'elle m'a montré une autre facette de son écriture. Elle aborde des thèmes très délicats, comme la manipulation, l'addiction... Je ne l'imaginais pas écrire un tel roman. En outre, je peux dire qu'elle s'en sort très bien. Elle dépeint avec justesse les états d'âme de son héroïne, ainsi que le caractère de Pierre et Clara. Au cas où elle tomberait sur des lecteurs tatillons, elle prend le temps d'expliquer pourquoi Evie est une proie facile. La jeune fille est sous le coup d'une rupture après cinq ans de relation, sa mère n'a su que la brimer dans son enfance, elle ne voit d'ailleurs plus ses parents... J'aurais fait partie des lecteurs qui auraient pointé l'incohérence si Evie avait semblé mieux armée pour affronter la vie. Bien sûr, je ne cessais de pester après elle en lui disant en pensée que dans telle situation, elle devrait réagir autrement, mais j'admettais qu'elle se soit laissée prendre, car entre son caractère, son vécu, et ce qu'ont fait les Manan pour la subjuguer, elle ne pouvait pas résister, malgré les petites étrangetés qu'elle décelait.

La jeune narratrice entraîne le lecteur dans sa longue descente aux enfers. L'autrice ne fait pas dans la dentelle, déployant de nombreux éléments malsains, tous propres à précipiter l'héroïne dans un gouffre sans fond. Elle maîtrise parfaitement son intrigue et ses personnages. Ce que chacun est capable de faire est assez effrayant.

Pendant les derniers chapitres, j'ai espéré une fin où l'héroïne réagirait comme celle de «How to grow an addict», de J. A. Wright. Mélissa da Costa n'a pas fait cela, mais sa fin est en adéquation avec le caractère d'Evie, tout comme ce qui arrive avant est en harmonie avec le caractère de Clara et Pierre. Donc, cette fin m'a déçue, mais la faute n'en revient pas à la romancière. D'ailleurs, une fin comme je l'aurais souhaitée n'était pas forcément cohérente avec ce que nous savons d'Evie.

Ce roman m'a donné envie de lire les deux livres de Mélissa da Costa qui attendent dans ma pile à lire: «Je revenais des autres» et «Les douleurs fantômes». En effet, maintenant que «La doublure» l'a débarrassée, à mes yeux, de sa casquette d'autrice semi-«feel good», je veux approfondir.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Elvire de Montjou pour la Bibliothèque Sonore Romande.

J'ai été ravie de retrouver Anne-Elvire de Montjou, qui a également enregistré «Les lendemains», et dont j'aime beaucoup le jeu. Ici, un mauvais lecteur serait tombé dans l'emphase, étant donné ce que vit notre narratrice. Anne-Elvire de Montjou a su montrer les sentiments de l'héroïne sans exagération.

Pour information, ce roman est sorti hier aux éditions Audiolib. Ne connaissant pas du tout la comédienne qui l'a enregistré d'une part, et appréciant beaucoup la lecture d'Anne-Elvire de montjou d'autre part, j'ai décidé de lire la version de la BSR.

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lundi, 16 janvier 2023

Rendez-vous au paradis, d'Heine Bakkeid.

Rendez-vous au paradis

L'ouvrage:
Thorkild Aske n'est pas remis de ce qu'il a vécu (voir «Tu me manqueras demain»). Il est toujours dépendant des médicaments. Son psy tente de le sevrer contre sa volonté. C'est alors qu'on lui propose d'aider l'écrivain Milla Lind à se documenter quant à son prochain roman. Elle compte utiliser une affaire de disparition comme toile de fond. Thorkild doit donc enquêter, tel le policier qu'il fut jadis, pour que tout paraisse vraisemblable dans l'écrit final de Milla. Rapidement, Thorkild se rend compte que le roman n'est qu'une couverture. Les enjeux sont tout autres.

Critique:
À l'instar de la précédente aventure de Thorkild, «Rendez-vous au paradis» m'a beaucoup plu. J'ai surtout apprécié que l'auteur ne reprenne pas du tout le même type de trame, n'enferrant pas le lecteur dans quelque chose de trop routinier. Bien sûr, il finit par utiliser une ficelle éculée, mais il la noie un peu au milieu du reste, donc elle est acceptable. C'est celle qui consiste à présenter tous les personnages principaux comme de potentiels coupables. De plus, il insiste fortement sur l'un d'eux, ce qui fait qu'un lecteur aguerri pensera que ce n'est pas lui. J'ai bien eu ce raisonnement, seulement, je ne savais pas du tout qui était le coupable idéal. L'auteur a donc bien joué.

D'autre part, Heine Bakkeid balance un autre fou dangereux dans les pattes de Thorkild, donc le lecteur ne peut pas lui reprocher d'être monotone. ;-)
Tout est vraisemblable et cohérent. Comme souvent, je trouve que certaines choses vont un peu vite, mais le lecteur a toutes ses réponses.

Si Thorkild est mon personnage favori, il reste très agaçant par certains côtés. Bien sûr, je lui en ai voulu de ne pas se battre pour se débarrasser de son addiction, mais je sais que cela n'est pas simple. De toute façon, il semble penser qu'il ne pourra jamais fonctionner à peu près correctement sans ses médicaments... J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt ses relations compliquées avec Gunar et Anne-Marie...
De plus, je dois dire que j'ai l'impression qu'il attache bien trop d'importance à Frei. Mais bien sûr, n'étant pas à sa place, je ne devrais pas avoir une opinion aussi arrêtée...

En parallèle, une autre histoire nous est contée. L'auteur a habilement inséré les chapitres de ce récit dans l'intrigue principale, afin de ménager le suspense. En tant que lectrice voulant rapidement en savoir davantage, cela m'a agacée, mais en tant que lectrice analysant le roman, je dois reconnaître que tout a été bien pensé, bien organisé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Blanc pour les éditions Lizzie.

Comme d'habitude, le jeu de Thierry Blanc est très bon. Quel que soit le personnage et son émotion, le comédien trouve le ton adéquat, et ne cabotine jamais. Comme je suis une incontrôlable pinailleuse, j'ai regretté qu'il ait prononcé Frei de deux manières différentes, et je souligne que je préfère quand il le dit sans rouler le «r», parce que le dire sans me paraît plus naturel.

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lundi, 9 janvier 2023

Mission hygge, de Caroline Franc.

Mission hygge

L'ouvrage:
Chloé est journaliste. Sa préférence va aux reportages dans les pays en guerre. Cependant, voilà plusieurs mois qu'elle est de plus en plus irascible et acariâtre. Après qu'elle a fait un esclandre sans vouloir admettre qu'elle aurait pu éviter ce qui l'a mise hors d'elle, son patron décide de l'envoyer en reportage dans un petit village danois. Ce village est reconnu comme le village où tout le monde est heureux. Chloé doit découvrir les raisons de ce bonheur.

Critique:
Je n'aurais jamais lu ce roman s'il n'avait pas fait partie de l'offre d'Audible «inclus dans l'abonnement», offre qui consiste à proposer aux abonnés certains livres à écouter gratuitement. J'avais peur que ce roman soit tellement prévisible qu'il en serait niais. Je n'ai pas eu absolument tort, mais j'ai quand même passé un bon moment. Certaines choses sont amenées avec de gros sabots. Par exemple, Inga a toujours l'air heureux, alors qu'elle vit quelque chose de très dur. Elle est l'exemple que nous tentons tous de suivre, à savoir prendre les bonnes choses, et essayer de faire en sorte que les mauvaises nous atteignent le moins possible. Soit, mais elle est pénible. L'autrice trouve un moyen de la rendre un peu crédible, à un moment, ce qui sauve un peu les choses: ouf, Inga n'est pas toujours en train de sourire et de se réjouir de tout! ;-)

Ensuite, même si le lecteur souhaite que Chloé s'adoucisse, et prenne plaisir à sa mission, il est un peu gros qu'elle finisse par apprécier absolument tout le monde. Bien sûr, le lecteur aussi apprécie tous ceux que rencontre Chloé, et c'est sympathique. Mais peut-être aurait-il pu y avoir une personne à qui elle aurait pu être indifférente... Quant à moi, si on me demandait quel personnage j'ai le plus apprécié, je dirais Birgit. Elle aussi a certains côtés un peu tirés par les cheveux: elle a toujours l'air ravi de se couper en quatre pour faire plaisir à tout le monde. Mais je lui ai pardonné cela parce qu'elle est drôle et sympathique, et aussi parce que nous découvrons une chose (dont je me doutais un peu) qui montre un petit côté gentille canaille, ce que j'ai bien aimé.

C'est donc un gentil roman qui fait passer un petit moment de détente.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Avant de parler de la prestation de la lectrice, je dois avouer que j'ai failli lui écrire pour lui demander si elle pensait que je pouvais apprécier ce roman. Et puis, je me suis raisonnée, me suis dit de la laisser tranquille, et d'essayer le livre.

Étant donné que Camille Lamache est une comédienne dont j'apprécie beaucoup le jeu, on ne sera pas surpris de lire qu'encore une fois, elle a relevé le défi. Il lui fallait parvenir à ce que le lecteur différencie les personnages sans trop en faire. Ce n'était pas aisé, car étant donné le type de roman, c'est justement la porte ouverte au cabotinage. La lectrice s'en est bien tirée, jouant sans excès. Je me suis même surprise à ne pas trop râler de la voix qu'elle prend pour Birgit. En effet, je n'apprécie pas que les comédiens «marquent» les voix des personnes âgées, car je trouve que c'est un cliché. En effet, je ne connais aucune personne âgée ayant la voix «chevroto-tremblotante» que prennent certains comédiens. Donc pour Birgit, Camille Lamache a pris ce genre de voix, mais je pense que l'ambiance du roman l'exigeait. De plus, la comédienne s'est appliquée à ne pas trop forcer le trait.

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jeudi, 10 novembre 2022

La tentation, de Luc Lang.

La tentation

L'ouvrage:
François est chirurgien. Il est également amateur de chasse. Un jour, il blesse un cerf qu'il surveille depuis deux ans. Il n'a plus qu'à l'achever. Cependant, il se ravise, et décide de le soigner.

Critique:
Ce roman ne m'a pas vraiment plu, mais je sais que la plupart de mes reproches ne sont pas justes. Je n'ai pas approuvé certains choix de l'auteur. Cela ne fait pas de ce livre un mauvais roman, seulement un livre incompatible avec moi. ;-)

Luc Lang s'attache d'abord à montrer François, ancré dans ses certitudes. Soudain, celui-ci prend un chemin totalement inattendu. J'ai trouvé cela intéressant. Au long du roman, François remet certaines choses en question, tente de composer avec ce qui lui déplaît, et qu'il ne peut changer. J'ai apprécié cela, parce que d'une manière générale, on nous martèle que passé un certain âge (âge que François a dépassé) un adulte ne se remettra plus en question. Ici, le personnage principal n'hésite pas.

À mesure qu'on avance, on découvre la famille de François. Son fils, Mathieu, est sympathique, mais un peu trop «jeune loup aux dents longues». Enfin, au début, on pense cela, et quand on découvre les autres personnages, on se dit que Mathieu est très agréable. Maria, la femme de François, dont je n'ai pas compris pourquoi il ne l'avait pas quittée des années auparavant, m'a effarée. Entre ses crises de fanatisme religieux (elle croit posséder des pouvoirs de guérisseuse) et son amour malsain pour Mathieu... Ce ne sont pas les seuls travers de Maria. Ce sont d'ailleurs les moins graves... Ensuite, nous avons Mathilde, la fille du couple. Elle n'a cure de son père, et nous la découvrons engagée dans quelque chose qui pourrait devenir un engrenage. Bien sûr, elle ne s'en rend pas compte, et le lecteur se demande si elle a toute sa tête. Certes, ma perception a pu être biaisée par le fait que le lecteur n'a que le point de vue de François ou presque. Mais il est évident qu'à fréquenter un truand, on s'expose. De plus, les rares fois où celui qu'elle aime s'adresse à Mathilde, il ne lui parle pas gentiment. Là encore, le lecteur n'a pas toutes les données en main, car le couple n'est montré que de rares instants, comparé à tout ce qu'il a vécu. Cependant, Mathilde m'a semblé être une petite dinde dépourvue de jugeote. Je n'ai pas non plus saisi pourquoi elle défendait sa mère. N'avait-elle pas compris?... Ou bien, François a-t-il imaginé ce qu'il dit avoir plusieurs fois vu?

Mon mépris teinté de colère envers Mathilde et Maria a été la première chose qui m'a fait moins aimer ce roman. Ensuite, il y a un phénomène dont je n'ai pas compris l'intérêt. L'auteur raconte des événements. Puis il revient à un moment de ces éléments, comme s'il ne les avait pas encore racontés. Il insère quelques explications, mais je n'ai pas compris l'intérêt de n'avoir pas tout écrit de manière linéaire. Il fait la même chose à la toute fin. Les dernières pages se passent avant toute une série d'événements décisifs. Elles racontent un passage déjà conté en le développant, mais n'apportent rien de plus.

L'élément qui m'a le plus déplu est ce qui arrive à celui que je ne nommerai pas pour ne pas trop en dire. Je ne comprends pas pourquoi François ne l'a pas mis hors de portée des tirs au moment où les choses ont commencé à mal aller...

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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