lundi, 13 janvier 2020

Sauveur et fils (tomes 1 à 4), de Marie-Aude Murail.

L'ouvrage:
Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien à Orléans. C'est ainsi que le lecteur rencontre quelques-uns de ses patients: l'adolescente souffrant de phobie scolaire, celle qui se scarifie, celui qui a des problèmes pour être remarqué des filles, la famille dont les membres acceptent mal la recomposition... Une porte sépare le cabinet de consultation de la maison de Sauveur. Le soir, il retrouve Lazare, son fils de huit ans. Mais tout serait trop simple si sa vie privée et sa vie professionnelle ne finissaient par se rencontrer.

Critique:
Ayant lu les quatre tomes de la série les uns à la suite des autres en deux jours, j'ai décidé de trahir l'un de mes grands principes, et de faire une chronique globale. En effet, ces livres pourraient être réunis en un seul volume, sans précisions concernant le passage d'un tome à un autre, même si plusieurs mois s'écoulent entre le 1 et le 2.

Cette série m'a beaucoup plu. Je connais Marie-Aude Murail depuis mon enfance: j'adorais les aventures de Serge et de sa petite bande qu'elle publiait dans Je Bouquine. Au début, j'ai un peu grogné: arf, une adolescente qui se scarifie, une autre qui souffre de phobie scolaire, ça va encore être de la faute de l'école, etc. Heureusement, l'autrice n'a pas du tout fait cela. Ella, celle qui a une phobie scolaire, révèle très vite que ce mal n'est que la conséquence de plusieurs autres éléments qui la minent. J'ai beaucoup apprécié que Marie-Aude Murail aborde intelligemment certains thèmes à travers cette adolescente. Au départ, quand la jeune fille a commencé à se dévoiler, j'ai eu peur que la romancière y aille avec d'énormes sabots, ou pire, tente de montrer qu'Ella déraisonnait, mais heureusement, il n'en est rien. Au contraire, elle expose le mal être de celle qui se sait différente, et ne peut pas vivre si on n'accepte pas cette différence. En outre, j'ai apprécié qu'Ella tisse un lien assez fort (et absolument pas malsain) avec Sauveur. Elle sait qu'à lui, elle peut se confier, qu'il lui donnera de bons conseils, qu'il la comprendra. Le contraste entre Sauveur et le docteur Pincé (le nom va bien au caractère) est peut-être un peu caricatural, mais à mon avis, il est réaliste.

Pour chaque patient que le lecteur côtoie, la romancière s'efforce de ne pas faire de généralités, de ne pas catégoriser... On me dira que certaines situations (celle de Margot, celle de Cyril) sont peut-être un peu clichées. Malheureusement, on les rencontre dans la vie de tous les jours, et souvent, il n'y a pas de personnes comme Sauveur pour les débloquer.

J'exagère peut-être un peu quand je dis que la vie privée et la vie professionnelle du psychologue se rencontrent, mais lorsque Gabin se met à prendre de la place, qu'on se rend compte qu'Alice a un rapport avec une patiente de Sauveur, quand celui-ci va à un certain concert à la fin du tome 3, comment ne pas voir que la frontière entre les deux est franchie?

J'ai aussi beaucoup apprécié que l'autrice ait voulu bien faire comprendre ce qu'était réellement le racisme. Piétinant l'hypocrisie des nombreuses personnes qui proclament: «Moi, je ne suis pas raciste, mais...», elle s'attache à montrer qu'une pensée ou un acte que celui qui s'en rend coupable croit anodin sont, en réalité, des preuves de son racisme. Il va de soi que si on apprécie ou pas quelqu'un, ce sera grâce ou à cause de sa personnalité, et non parce qu'il n'a pas la même couleur de peau, ou la même culture, ou les mêmes goûts vestimentaires que soi. En effet, les préjugés envers une culture ou une façon de s'habiller s'apparentent à du racisme.

J'ai aussi apprécié que l'écrivain nous présente un bon psychologue. En effet, beaucoup de gens ont des préjugés (encore...) concernant ceux qui exercent cette profession. Je ne nie pas que certains sont mauvais, mais dans tout corps de métier, il y a des gens qui exercent bien et d'autres mal. On me dira que la romancière n'allait pas s'amuser à nous présenter un mauvais praticien. Soit, mais son livre rappelle les préjugés quant à cette profession, et indique que, comme pour tout, il ne faut pas en avoir.

J'ai aimé la plupart des personnages récurrents de cette série. Je m'interroge quand même parce que je n'ai pas réussi à vraiment apprécier... Louise. Pourtant, elle est sympathique. Ce qui m'a le plus agacée, c'est qu'elle revendique une place en voulant chasser certains personnages. Bien sûr, je dis cela de manière un peu rude, et en plus, il est normal qu'elle souhaite que ses enfants puissent être accueillis chez l'homme qu'elle aime, mais cela m'a cassé les pieds. Quant à ces deux idiotes de copines, en voilà des clichés du genre! J'aurais cru que Louise (qui semble en avoir dans la cervelle) aurait des amies plus futées que cela!

Certains seront peut-être surpris que j'aie des réserves quant à Louise, et que je ne dise rien concernant Alice. Certes, celle-ci n'est pas toujours appréciable, mais elle s'en rend compte, et apparemment, est perdue. Ensuite, il y a des personnages dont l'antipathie ne fait pas de doute. Nul besoin de les évoquer.

N'oublions pas que l'humour est omniprésent. Malgré beaucoup de situations délicates, Marie-Aude Murail le distille avec à propos. Pour ne donner qu'un exemple (mais ce n'est qu'un parmi tant d'autres), l'ex belle-mère de Louise s'exclame: «Qu'il est beau!» en voyant Sauveur, et celui-ci regarde autour de lui pour voir qui est la personne dont elle parle.

Je suis très loin d'avoir indiqué tout ce qui fait la pertinence de cette série, tout ce qui fait qu'on s'y attache. Personnages et situations complexes, événements qui parleront forcément à la plupart d'entre nous, appel à la tolérance (pas seulement en mettant à bas le racisme), bonne humeur... Je ne peux que conseiller cette lecture à tous!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par plusieurs personnes pour deux bibliothèques sonores. Le tome 1 est lu par Cécile Guérin pour l'association Valentin Haüy, le tome 2 est lu par Danielle Jacoby pour la Ligue Braille, le tome 3 est lu par Marie-Rose Fischweiler pour la Ligue Braille, et le tome 4 est lu par Michelle Noiret pour la Ligue Braille.

J'ai pioché dans deux bibliothèques sonores différentes parce que j'ai des préférences pour certaines lectrices. Le jeu de celle qui a lu le tome 1 pour la Ligue Braille me plaît, mais je préfère celui de la lectrice de l'AVH. Quant aux tomes 2, 3, et 4, je ne connaissais qu'une des lectrices de l'AVH (dont je n'aime pas la façon de lire), et je connaissais, depuis plusieurs années, deux des lectrices de la Ligue Braille: Marie-Rose Fischweiler et Danielle Jacoby. J'apprécie beaucoup leur façon de lire, même si je trouve que Danielle Jacoby fait un peu trop de blancs. Quant au tome 4, je ne connaissais aucune des deux lectrices. Après écoute des deux, j'ai préféré Michelle Noiret, mais la lectrice de l'AVH ne m'a pas déplu.

Partage

26 lectures

lundi, 6 janvier 2020

Les jours de ton absence, de Rosie Walsh.

Les jours de ton absence

L'ouvrage:
Juin 2016. Sarah Mackey rencontre Eddie David. Ils passent une semaine à s'aimer. Eddie part ensuite en Espagne, ces vacances étant prévues. Sarah et lui se promettent de s'écrire, de se parler le plus possible, puis de rapidement envisager de vivre ensemble. Mais si la jeune femme écrit et téléphone à son amoureux, il ne répond pas. De plus, il ne se connecte plus à ses réseaux sociaux. Déboussolée, Sarah est sûre qu'il lui est arrivé quelque chose. Ses amis, Tommy et Jo, pensent que la pauvre s'est fait plaquer de la manière la plus cavalière qui soit...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Je n'aime pas les coups de foudre, mais l'autrice a su atténuer l'invraisemblance de celui-ci. Il y a d'abord la réaction d'Eddie après la semaine de passion. Même si je n'étais pas aussi catégorique que les amis de l'héroïne, j'ai envisagé qu'il se soit bien amusé une semaine, puis ne veuille plus rien avoir à faire avec l'encombrante Sarah. Ensuite, je me suis accommodée de cette aspérité... De toute façon, l'histoire ne souffrant pas de temps morts, et rien d'autre ne me faisant vraiment tiquer, j'ai mis cela de côté. Par ailleurs, à un moment, l'autrice utilise cette idée du coup de foudre pour faire envisager autre chose aux personnages, et comme c'est bien amené et crédible, je lui ai pardonné cette petite mièvrerie.

À certains moments, l'écrivain flirte avec l'incohérence. Pour être sûre de moi, il faudrait que je relise certains passages alors que je connais la suite, mais de mémoire, elle parvient à ne pas être incohérente. Pour moi, elle n'utilise pas de procédés déloyaux afin de fourvoyer le lecteur. Je me suis fait avoir, mais parce qu'elle a bien joué. La version audio aurait pu avoir un désavantage, mais l'éditeur a (à juste titre) choisi de ne pas faire ce qu'il aurait fait si ce procédé (que je ne donnerai pas pour ne révéler aucun indice) n'avait pas été source de gâchis. Je précise cela, parce que si je n'avais pas compris que ce procédé aurait tout gâché, j'aurais été la première à m'offusquer qu'il n'ait pas été utilisé.

À un moment, quelque chose arrive, et le lecteur craint pour la vie d'un personnage. Je n'ai pas aimé que la romancière retarde l'instant où on sait ce qui s'est passé. En plus, pendant ce temps d'attente, elle introduit des éléments qui font qu'un protagoniste et le lecteur peuvent supposer ceci ou cela. Bien sûr, cela devait être trop tentant pour qu'elle ne le fasse pas, mais cela m'a agacée. Je reconnais que c'est de bonne guerre, et que n'importe quel auteur aurait agi comme elle. ;-)

En exposant les relations entre les membres de deux familles, l'écrivain montre à quel point on peut se nuire à soi-même si on ne parvient pas à canaliser et rationaliser une immense douleur. Elle ne nie pas que ce genre de douleurs est impossible à mettre de côté, elle ne dit jamais qu'il suffit qu'on le veuille pour arrêter de souffrir. Cependant, elle met en garde contre ce que cela peut faire si on se laisse submerger et diriger par cette souffrance. Je pense qu'elle a raison. J'ai trouvé qu'elle exagérait peut-être un peu à la fin, concernant ce que fait Carole, mais on m'objectera que justement, je dis qu'il faut tenter de ne pas se nuire, qu'apparemment, Carole commence à s'en apercevoir, et moi, je râle... ;-) C'est vrai, mais il aurait peut-être fallu que le cheminement de ce personnage soit davantage montré. On en a un petit aperçu un peu avant, et on sait aussi que la personne qui accompagne Carole à la fin est très positive, donc on imagine que la façon d'être de cette personne a été bénéfique, mais cela m'a quand même paru un peu gros.

Rosie Walsh aborde peu, mais avec justesse, le thème de l'adolescente qui fait n'importe quoi pour être admise par ses pairs, tout en sachant qu'elle s'avilit, mais ne parvient pas à faire autrement.

Malgré le chagrin exprimé au long du roman, on trouve des notes d'humour. Le fils de Jo, Rudy, est toujours synonyme d'amusement. Certaines répliques (surtout de Jo et Tommy) sont également drôles. De plus, comment évoquer l'humour sans parler de la scène dans le vestiaire après le match?...

L'ex mari de Sarah m'a agacée. Il semble ne jurer que par sa nouvelle petite amie (Kaya), tout ramener à elle, ne voir qu'elle. Je m'attendais à ce qu'il lèche le sol avant qu'elle y pose ses pieds. Quant à elle, elle semblait bien plus mature que lui.

Afficher ne cliquez ici que si vous avez lu le livre.Masquer ne cliquez ici que si vous avez lu le livre.

Plusieurs fois, j'ai eu peur que le roman devienne très mièvre. Voici les hypothèses que j'ai faites quant à certains événements.
Quand Sarah se demande pourquoi Eddie ne répond pas à ses messages, j'ai eu peur qu'on découvre que ce cher Eddie était un espion, un agent de la CIA, un témoin sous protection... bref, un truc extrêmement bateau que j'aurais détesté.

L'amie de Sarah, Jenny, ne peut pas avoir d'enfants, et en souffre énormément. Lorsque Sarah découvre qu'elle est enceinte, j'ai pensé qu'elle allait faire adopter son bébé par Jenny et le mari de cette dernière. Ensuite, lorsque l'héroïne manque d'être renversée, et que l'autrice traîne avant de nous dire que le camion a réussi à l'éviter au dernier moment, j'ai imaginé que Sarah avait été renversée, était dans le coma, avait un électro-encéphalogramme plat, et donc ne pourrait jamais se réveiller. De ce fait, j'imaginais avec horreur les médecins la maintenant ainsi jusqu'à ce que son bébé naisse, et qu'ensuite, sa famille et celle d'Eddie oublient leur rancœurs et s'unissent pour élever l'enfant. Cela dégoulinait de niaiserie! Heureusement, cela n'est pas arrivé.

En bonne pinailleuse, j'aurais aimé davantage de chapitres montrant certains personnages ensemble. Rien n'est bâclé, tout est dit, mais j'aurais aimé (comme souvent) davantage de scènes comme ce que laisse entrevoir le dernier chapitre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Virginie Méry pour les éditions Lizzie.

Virginie Méry est une voix de mon enfance. Je la connais surtout pour ses doublages, et j'apprécie beaucoup son jeu. Je suis déçue que «Les jours de ton absence» ne soit que le troisième roman qu'elle a enregistré. J'espère que je l'entendrai plus souvent. Ici, j'ai autant apprécié son jeu que dans «La menace». Elle ne modifie jamais sa voix à outrance pour les rôles masculins. Elle rend bien les émotions des personnages. Par exemple, à un moment, Sarah raconte quelque chose dont l'évocation est difficile, et la comédienne joue parfaitement: on sent que l'héroïne a la gorge serrée, qu'il lui en faudrait peu pour se mettre à pleurer.
Je n'ai qu'un petit reproche: Virginie Méry fait partie des nombreuses personnes qui ne veulent pas prononcer Ruth comme cela se prononce en français, et qui, pour moi, le prononcent de manière affectée. Elle le dit à moitié à l'anglophone: Rousse. Je ne comprends toujours pas pourquoi, dans un texte en français, les comédiens (sauf Isabelle Miller, bénie soit-elle) tiennent absolument à ne pas prononcer ce prénom à la française. Heureusement pour moi, dans ce roman, on voit très peu le personnage nommé Ruth.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: plusieurs chapitres sont coupés en deux pistes, et un est coupé en trois.

Acheter « Les jours de ton absence » sur Amazon
Acheter « Les jours de ton absence » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

45 lectures

vendredi, 20 décembre 2019

Loin, d'Alexis Michalik.

Loin

L'ouvrage:
2008. Antoine Lefèvre a vingt-six ans, est fiancé, s'entend bien avec sa mère et son beau-père. Un jour, alors qu'il ramasse le courrier de sa mère, il tombe sur une carte postale envoyée dix-sept ans auparavant. La poste vient de la retrouver, et l'a enfin distribuée. Elle émane de Charles, le père d'Antoine, parti sans explications alors que son fils avait sept ans. Intrigué, Antoine décide de partir sur les traces de Charles.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Antoine part accompagné de son meilleur ami (Laurent) et de sa sœur (Anna). Ce mélange est explosif. Avec la combinaison de ces trois phénomènes, n'importe quel voyage sera intéressant. Anna m'a un peu agacée, à chérir sa vie dissolue, à être un parasite, et à mépriser ceux qui préfèrent une vie plus calme. Cependant, chacun évolue au cours de ce périple. De plus, comme le souligne l'auteur lui-même, l'humour du livre n'aurait pu être sans la réunion de ces trois personnages. Le voyage n'aurait pu se faire sans Anna qui pimente les échanges de répliques sur lesquelles les autres se doivent de rebondir, et qui, de surcroît, aide souvent à débloquer des situations, et à en apprendre davantage sur Charles.

Ce livre m'a tentée, sinon je ne l'aurais pas lu, mais j'avais peur que ce voyage souffre de longueurs. Cela n'a pas été le cas. Je regrette même que le roman n'ait pas été plus long, car certaines choses restent en suspens.

Chaque pays visité apporte des renseignements à nos personnages. Tout arrive en désordre, parce qu'ils commencent avec ce qu'ils ont: la carte de Charles postée de Berlin. Ils tirent donc sur ce fil, et ce qu'ils mettent au jour est un autre fil allant dans une autre direction, etc. En général, je n'aime pas les puzzles. Cependant, ici, l'intrigue m'a plu, les personnages aussi, et il ne m'a pas été trop difficile d'assembler les pièces à mesure qu'elles étaient données, car l'auteur ne bâcle rien, ne parle pas à demi-mots, etc.
J'ai aussi apprécié de découvrir un peu de la culture des pays que visitent nos héros.
Bien sûr, j'ai été déçue que certains personnages qui m'étaient sympathiques souffrent, mais ce n'est pas un reproche adressé au romancier. Ces souffrances rendent le tout réaliste.

Venons-en aux quelques reproches que j'adresse à ce roman. À travers Anna, puis à travers certains événements, l'auteur montre qu'il pense qu'il n'est pas bon d'apprécier une vie calme, qu'il n'est pas bon de n'avoir jamais essayé drogue et alcool, qu'il n'est pas bon de ne pas vouloir (même une fois) tromper la personne avec laquelle on s'est engagé. Il semblerait que pour lui, ceux qui préfèrent ces choses sont coincés, ne profitent pas de la vie, etc. Je déteste cette façon de penser. Pour moi, elle s'apparente à de l'intolérance. Je fais partie de ces gens qui n'ont jamais été tentés par la cigarette (l'odeur m'a toujours écœurée) ou l'herbe, qui ne supportent pas le goût de l'alcool, qui sont fidèles, et je ne m'impose rien. Un jour, je me suis imposé de boire un verre de vin (même si je savais déjà que c'était la brûlure de l'alcool que je n'aimais pas, quelle que soit la boisson) pour qu'on ne me dise pas que je ne parlais pas en connaissance de cause. Cela ne m'a pas donné envie de recommencer, ni de tester ces autres choses qui ne me tentent pas. Je trouve donc dommage que l'auteur nous dise que ceux qui n'aiment pas ces choses sont des constipés. Dans le cas du personnage du roman, c'est peut-être un peu nuancé, mais j'ai eu l'impression que l'auteur (à l'instar de beaucoup de personnes) faisait une généralité de cela.

Il y a une incohérence quant à l'intrigue. Comment se fait-il que Charles soit à Nouméa, ou vive sur un voilier, alors qu'Antoine et Anna viennent de retrouver un autre de ses enfants avec qui il vit la plupart du temps?
Je n'ai pas aimé qu'on n'en sache pas davantage quand Anna et Laurent restent à Nouméa. (Je le tourne ainsi pour ne pas trop en dévoiler.)
Je n'aime pas l'espèce de coup de foudre entre deux personnages. Je reproche cela parce que je n'aime pas les coups de foudre d'une manière générale. Je les trouve trop peu crédibles. Je préfère la façon dont se passent les choses entre deux autres personnages du roman.

L'entretien avec l'auteur, en fin d'ouvrage, est très intéressant. Il n'y est pas question d'une suite, alors qu'à mon avis, il pourrait y en avoir une. Bien sûr, Alexis Michalik devrait jouer serré afin que le récit ne s'enlise pas, mais cela apporterait certaines réponses, et permettrait peut-être à l'auteur de nuancer son avis sur les gens qui aiment une vie calme. ;-)

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Damien Ferrette.

Je connais peu ce comédien. Dans ce roman, il a dû jouer de fortes émotions, et certaines n'allaient pas sans un petit côté caustique. Je pense surtout au moment où nos héros croient leurs derniers instants arrivés, et hurlent, totalement paniqués. Damien Ferrette s'est très bien sorti de cette scène. Il est parvenu à transmettre la peur des personnages, sans oublier le brin de rire à destination du lecteur. Tout cela sans en faire trop. Je pense vraiment que cette scène est très facile à mal jouer. Vous comprendrez que si, pour moi, Damien Ferrette a très bien joué ce passage, il s'est habilement tiré du reste du roman. C'est en effet ce que je pense. J'espère avoir beaucoup d'autres occasions d'entendre ce comédien. Puisse-t-il enregistrer d'autres livres qui me tenteront.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: la plupart des chapitres sont coupés en plusieurs pistes.

Acheter « Loin » sur Amazon
Acheter « Loin » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

75 lectures

lundi, 9 décembre 2019

Personne n'est obligé de me croire, de Juan Pablo Villalobos.

Personne n'est obligé de me croire

L'ouvrage:
Mexique. Juan Pablo va bientôt partir à Barcelone: il a obtenu une bourse pour pouvoir aller rédiger sa thèse dans une université espagnole. Peu avant son départ, son cousin le convoque: celui-ci veut le faire participer à un important projet. Juan Pablo se retrouve forcé d'obéir à des truands, dont un certain avocat.

Critique:
Ce roman fait partie, à mon avis, de ceux qui ne bénéficient pas d'assez de publicité. Je continue de déplorer que certains auteurs connaissent un succès qui me semble immérité, et qu'à côté, d'autres ne soient pas autant vantés qu'il le faudrait.

Juan Pablo Villalobos réussit un tour de force. Il ne se contente pas d'une histoire aux thèmes rebattus (les truands qui s'emploient à faire faire leurs saletés à un quidam, la petite amie du quidam qui ne comprend pas sa manière d'agir, et finit par s'éloigner de lui), il parvient brillamment à assortir tout cela d'humour. Par exemple, lorsque le lecteur croise le cousin de Juan Pablo en très mauvaise posture, certains détails de la conversation entre les truands sont drôles. Ensuite, nous rencontrons Facundo, personnage haut en couleur, qui s'attache à traiter tout le monde de couillon. Il est impliqué (Sait-il lui-même jusqu'à quel point?) dans cette histoire, et au départ, le lecteur ne le trouve pas très sympathique. Et puis, on se rend compte qu'il n'est pas méchant, malgré son avis très tranché sur la plupart des gens. En effet, je n'ai pas réussi à savoir qui il ne trouvait pas couillon. Peut-être sa fille...

Tou le roman est un entrelacs d'humour et de tragédie. La plupart du temps, l'une ne va pas sans l'autre. Il n'y a aucun temps mort.

J'aurais souhaité une fin différente. Cependant, celle-là est réaliste... malheureusement.

Le personnage principal ayant le même prénom que l'auteur, je comprends pourquoi celui-ci a jugé nécessaire de préciser, dans une remarque finale, que la mère de son héros ne ressemblait pas du tout à la sienne. Vous n'aimerez pas les truands, mais vous aurez certainement envie de greffer un cerveau à la mère de Juan Pablo. On voit tout de suite qu'elle n'a pas été finie. Elle ne parle d'elle qu'à la troisième personne (sauf au détour d'une ou deux phrases), et semble d'une irrécupérable crédulité, confinant à la bêtise. Elle représente aussi ce mélange d'humour et de tragédie qui est la marque de fabrique de ce roman, car le lecteur se moquera d'elle tout en maudissant sa stupidité.

Un roman qui, du début à la fin, fait rire et dérange à la fois. Des personnages travaillés, des faits réalistes.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Bertrand Baumann enregistre beaucoup de livres, et malheureusement, peu me tentent. J'ai donc été ravie que celui-ci m'intéresse. Encore une fois, l'interprétation du lecteur est adéquate. Il n'est pas trop sobre, et n'exagère jamais (lorsque les truands s'expriment, par exemple), il ne fait pas d'horribles voix pour les femmes...

Acheter « Personne n'est obligé de me croire » sur Amazon

Partage

84 lectures

jeudi, 19 septembre 2019

Après l'incendie, de Robert Goolrick.

Après l'incendie

L'ouvrage:
Virginie, 1918. Diana Cook, dix-huit ans, va assister aux bals des débutantes de la saison. Ses parents espèrent qu'elle ferrera un bon parti. En effet, s'ils possèdent Saratoga, la plus belle maison de l'état, voire du pays, leur fortune décline. S'ils veulent pouvoir garder la maison, Diana doit épouser un homme riche. La jeune fille sait quel est son rôle. Elle n'en veut pas à ses parents, car elle aussi souhaite garder Saratoga.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'en ai été agréablement surprise. En effet, même si j'ai aimé les livres de Robert Goolrick que j'ai lus, j'ai tellement été traumatisée par «Féroces» que mon envie de tenter ses ouvrages se teinte de peur. Cet auteur n'étant jamais mièvre, il peut écrire une fresque familiale avec une histoire d'amour sans que cela soit niais.

Au départ, j'imaginais que les choses tourneraient mal: Diana veut pêcher un gros poisson, mais elle est quand même un peu naïve... Allait-elle se transformer en une femme froide et amère? Robert Goolrick a choisi une autre route qui m'a paru bien plus vraisemblable que ce que j'avais imaginé, car ce qui arrive est plus nuancé. Bien sûr, ce chemin n'est pas de tout repos pour l'héroïne, et on est forcément triste que cela tourne ainsi, mais tout est réaliste.

Plus tard, dans la deuxième partie de son existence (également la deuxième partie du roman) l'héroïne vit d'autres choses, et même si, parfois, je n'étais pas d'accord avec sa façon d'agir, je la comprenais.

Je n'ai pas apprécié Ashton. S'il aimait sa mère, comme il le dit, il aurait pris le temps de réfléchir, et n'aurait pas eu une attitude aussi détestable à un certain moment. On me dira que je suis peut-être trop sévère envers lui, parce qu'avant d'être détestable, il fait tout pour que Diana soit heureuse. De plus, l'héroïne se remémore souvent que lorsqu'il était petit, elle n'avait pas su être à la hauteur. Certes, mais il dit lui-même que ce qu'il ne veut pas accepter est peut-être ce qu'il faut à sa mère pour être heureuse. En outre, je l'ai trouvé bien prompt à se laver les mains de ses vilains actes, puis à réclamer quelque chose comme un sale gosse capricieux.

Le roman ne souffre pas de temps morts, mais le prologue est mal placé. C'est un de ces prologues qui gâchent la lecture en en disant trop sur l'intrigue. Il y a 29 chapitres et un épilogue. Le prologue devrait, en fait, être le chapitre 30. Précédant tout juste l'épilogue, il aurait été au bon endroit.
Je me suis aussi un peu ennuyée lorsque le romancier s'attarde sur Rose. Ce personnage ne me plaisait pas. Quant à Lucius, je l'ai apprécié, et à la place de Diana, je lui aurais peut-être accordé ce qu'il souhaitait. Après tout, ce n'était pas grand-chose, et il n'était pas méchant.

Il y a un fait que l'auteur aurait dû expliquer. Comment deux personnages font-ils pour en retrouver un troisième, après un certain événement?

Le roman est suivi de la nouvelle «Trois lamentations». Elle aborde des thèmes qui, malheureusement, sont toujours d'actualité: le racisme, le rejet de ceux qui ne font pas partie des élèves populaires... Le narrateur, lui, ne s'embarrasse pas de la couleur de peau ou du fait que telle personne n'est pas populaire. Ce qu'il fait, dans l'intention d'abolir les barrières, se révèle très maladroit dans le cas d'une personne, mais surtout à cause de la manière dont cela a été pris par ceux qui en ont été témoin. Je ne sais pas comment il aurait pu agir pour clouer le bec de tous ces idiots. Il est sympathique que son acte ait été bénéfique à une autre personne.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Lizzie. Colette Sodoyer lit «Après l'incendie», et «Trois lamentations» est lue par Xavier Percy.

Après avoir entendu Colette Sodoyer lire une partie de l'audiodescription du film «Les innocentes», je me méfiais d'elle, parce que j'avais trouvé qu'elle en faisait trop. Mes craintes ont très vite été balayées. Elle a très bien rendu les sentiments et les émotions des personnages, sans jamais prendre un ton affecté. Moi qui me demandais pourquoi Audiolib et Lizzie faisaient appel à elle, je l'ai compris en lisant «Après l'incendie».

Il m'a plu de retrouver Xavier Percy. J'avais aimé sa lecture du roman «Une femme simple et honnête». Ici, il ne m'a pas déçue. Son intonation est toujours adéquate.

J'ai trouvé dommage qu'il y ait de la musique au début de beaucoup de chapitres.
Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée. Quelques chapitres sont coupés en deux.

Acheter « Après l'incendie » sur Amazon
Acheter « Après l'incendie » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

141 lectures

- page 1 de 153