lundi, 21 août 2017

With love from the inside, d'Angela Pisel.

With love from the inside

L'ouvrage:
En 1997, Grace Bradshaw a été incarcérée pour le meurtre de son fils, William, alors âgé de moins d'un an. Voilà dix-sept ans qu'elle est dans le couloir de la mort, et onze ans qu'elle n'a pas vu sa fille aînée, Sophie. Celle-ci a fini par ne plus croire en l'innocence de sa mère, et a fui. Grace a chargé son avocat, Ben Taylor, de la retrouver.
Ce jour-là, Ben apporte une nouvelle tout autre: l'exécution de Grace a été programmée. Il est d'autant plus urgent de retrouver Sophie.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Au début, je me suis dit: «Bon, d'accord, admettons que Grace soit innocente, mais alors, qui a tué le bébé?» J'imaginais l'auteur s'en sortant avec quelque chose de très peu crédible, et de très mièvre. Heureusement, ce que j'avais échafaudé n'a pas été évoqué. Lorsqu'on découvre ce qu'il en est, une autre objection s'élève. L'auteur la balaie facilement. C'est là que je doute un peu. Je pense (j'espère) qu'elle s'est documentée, mais les tests en laboratoire peuvent-ils à ce point avoir des résultats contraires? Autre chose m'a étonnée.

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Je n'ai pas compris que le gouverneur balaie aussi aisément les nouveautés de l'affaire. Si on lui dit qu'il y a des preuves, même s'il n'y croit pas, il doit s'assurer qu'elles sont recevables ou pas... Que les personnes lambda utilisent cet argument, soit, mais il est étrange que le gouverneur se montre si cavalier, même s'il a des idées bien arrêtées sur la chose. D'un autre côté, ça ne devrait pas me surprendre, étant donné que la politique se moque souvent de l'humain.

Grace est admirable, en un sens. Elle parvient à aller à l'essentiel, à ne pas s'appesantir sur le fait qu'elle a tout perdu, etc. Bien sûr, c'est un travail de longue haleine, et c'est aussi le fait d'avoir eu la force de caractère d'agir ainsi qui la sauve et lui fait profiter de la moindre miette de joie. Elle explique, par petites touches, comment elle en est arrivée là. Elle s'aide de souvenirs de moments heureux, mais aussi de sa croyance en Dieu. N'étant pas croyante, cela m'a un peu agacée, parce qu'on a plutôt l'impression que s'il existe, Dieu n'a fait qu'envoyer des épreuves à Grace. Cependant, l'héroïne n'est pas mièvre, elle n'en fait pas trop. De plus, si se raccrocher à sa foi lui a permis de ne pas s'aigrir, c'est une bonne chose.

À travers ce qui arrive à Ronnie, sa codétenue, Grace raconte les lois de la vie carcérale. Ayant lu d'autres romans évoquant cet univers, je n'ai pas été étonnée, mais l'épisode reste dur, même pour quelqu'un qui a lu «Meurtres pour rédemption».

Quant à Sophie, elle est attachante. Se débattant entre son présent et son passé, elle ne parvient pas vraiment à vivre. Puis elle se remet en question, et ne s'épargne pas.

Je me rends compte qu'il n'est pas simple de parler de ce roman sans trop en dire. J'aurais encore beaucoup de choses à écrire, mais j'en dévoilerais trop.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carol Monda et Andi Arndt pour les éditions Blackstone audio.

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jeudi, 10 août 2017

Il était une fois dans le métro, de Karen Merran.

Il était une fois dans le métro

L'ouvrage:
Maya Mimouni (vingt-huit ans) est chef de produits chez Beauty Corporation. Elle trouve des idées de nouveaux produits pour les cheveux à mettre sur le marché. Pour aller au bureau, elle prend le métro. Un jour, on lui vole son portable alors qu'elle est à la station Saint-Lazare. C'est ainsi qu'elle rencontre Roger (qui tente de rattraper son voleur). Roger est SDF. Il vend le guide des resto pas chers pour gagner quelque argent. Maya se met en tête de trouver l'idée qui fera qu'il vendra davantage de guides.

Critique:
Voilà un petit livre sympathique, dont beaucoup d'aspects m'ont plu, et dont d'autres m'ont agacée.

Karen Merran met deux situations en regard. Elle a choisi à dessein de montrer deux vies totalement opposées. Maya se fait d'ailleurs la réflexion que son travail semble bien superficiel comparé à la vie de Roger. La romancière pose des questions délicates. Maya veut aider Roger, et prend conscience d'une réalité à côté de laquelle elle passait sans la remarquer, mais pourquoi l'aider lui, et pas d'autres? Elle ne peut pas sauver tout le monde. À celui qui lui dit cela, elle rétorque que s'il y avait plus de gens comme elle, plus de SDF seraient aidés. Elle n'a pas tort, mais son point de vue serait à nuancer. Comme le dit Roger, chacun a une histoire différente, certains n'ont pas toujours la force et la volonté de s'en sortir, étant déjà trop bas... Maya aurait-elle tenté d'aider quelqu'un qui lui aurait semblé moins fort moralement que Roger?

Même si Maya est généreuse, ses premières idées sont vraiment ridicules. Ici, Karen Merran a peut-être un peu forcé le trait. En effet, même moi qui ignore tout de la rue (comme Maya), je n'aurais pas proposé ce genre d'idées à Roger. Cela décrédibilise un peu la jeune femme, car à ce stade, ce n'est plus de la candeur ou de l'ignorance, c'est presque de la stupidité.
Finalement, j'aime beaucoup l'idée retenue. Elle met en avant une philosophie de vie, et un peu d'espoir.

La famille de Maya est sympathique. Ses membres sont unis, complices, plaisantent souvent les uns des autres... Comme toute famille, celle-ci s'accroche parfois, à cause de limites que certains ne savent pas respecter. Mais ils ont toujours de bonnes intentions. Leurs repas de famille sont très animés, pour le plus grand plaisir du lecteur. Certaines particularités de chacun (l'obsession de Lauren pour la santé, l'amour inconditionnel de mamie pour Patrick Bruel) donnent lieu à des répliques cocasses.

Ce que vit Maya au travail est assez réaliste. Confrontée à Sabrina, une supérieure carriériste et incompétente, elle doit souvent ravaler sa frustration, sa colère, etc. Si c'est pénible pour elle, c'est assez amusant pour le lecteur, car Karen Merran met Sabrina en scène. On l'imagine très bien, confite dans sa suffisance et son assurance, ayant toujours un ton docte (ce que la lectrice a très bien rendu).

La romancière a eu de bonnes idées, et a su leur donner corps. On s'attache aux personnages, à leur histoire, ils sont crédibles. Voilà pourquoi j'ai été très déçue qu'elle semble avoir bâclé certaines choses. On finit par découvrir le secret de Roger. Ses sentiments à ce sujet sont compréhensibles, mais ce qui est arrivé ce jour-là, et la discussion qui suit le récit de Roger font trop mélodramatiques. C'est dommage parce que si l'auteur avait pris le temps de creuser cela, elle aurait pu faire quelque chose d'aussi crédible que le reste.

J'ai également trouvé dommage que le fait que Maya soit célibataire soit un si gros problème. Elle a raison d'être exaspérée que tout le monde le lui rappelle sur tous les tons, mais finalement, elle aussi en fait une infirmité. Je pense qu'il est normal de souhaiter connaître l'amour, mais je trouve dommage qu'on en soit obsédé...

Remarques annexes:
Le portable de Maya étant dérobé au début du roman, on ne peut la joindre qu'au bureau. Je sais que certaines personnes n'ont pas de ligne fixe, mais cela me surprend toujours...
Je trouve dommage que l'entreprise où travaille Maya ainsi que la marque des produits qu'elle fabrique aient des noms anglais.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Laure Dougnac.

Marie-Laure Dougnac est une voix de mon enfance. Pour les nostalgiques des animes des années 80-90, c'est Tam dans «Signé Cat's Eyes». Depuis cet anime, j'ai toujours entendu sa voix fraîche avec plaisir. J'ai donc été ravie qu'elle enregistre un livre. Comme je m'y attendais, sa lecture est vivante. Elle modifie sa voix pour certains rôles, et c'est très bien. Son interprétation de Sabrina (par exemple) m'a aidée à imaginer le personnage. C'est la même chose concernant Paolo. La comédienne a su trouver la dose nécessaire de jeu pour que cela soit drôle sans être affecté.
Marie-Laure Dougnac fait également des voix d'enfants de manière très naturelle (ici, les neveux de Maya). J'ai l'impression que sa voix n'a pas changé depuis «Signé Cat's Eyes».

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée: il y a deux ou trois chapitres par piste.

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56 lectures

jeudi, 3 août 2017

Le gang des rêves, de Luca di Fulvio.

Le gang des rêves

L'ouvrage:
Après avoir été violée à l'âge de treize ans, Cetta Luminata est persuadée que la vie est impossible pour son fils (fruit de ce viol) et elle dans leur petit village natal d'Italie. Elle décide d'aller tenter sa chance en Amérique.

Critique:
Comme dans «Les enfants de Venise», Luca di Fulvio décrit très bien le contexte historique: New York dans les années 1920. On oscille entre agacement et compassion quant à ceux qui, à cause de la pauvreté, choisissent la facilité à court terme et deviennent des gangsters (à différents niveaux). Je parle de compassion, parce que certains (Joey, par exemple) expliquent que leurs parents y ont vraiment cru et que la réalité les a rattrapés. À côté de cela, on voit ceux qui ont réussi, par exemple, la famille Isaacson. Mais tout n'est pas aussi simple pour eux que ce que montrent les apparences. Le patriarche a réussi parce qu'il n'a pas ménagé sa peine, et qu'il avait un fort caractère. Lorsqu'il disparaît, le lecteur se doute très vite de la manière dont les événements tourneront pour Philippe et Sarah. J'ai aimé cette idée: rien n'est acquis, il faut se battre, s'adapter...

Cetta est parfois déroutante, mais elle n'a éveillé que des sentiments positifs chez moi. Déterminée à s'en sortir, elle ne transige pas avec son intégrité. Elle est très forte. Parfois, elle s'emporte; elle a aussi un moment de faiblesse (je parle de ce qui arrive avec Andrew), mais comment lui en vouloir? Dès le départ, elle sacrifie une part d'elle-même, puis elle ne peut s'empêcher d'espérer certaines choses... Je la préfère de très loin à son fils, Christmas. C'est justement quelque chose qui a fait que je n'ai pas pu apprécier entièrement ce roman. Christmas m'a exaspérée pratiquement du début à la fin! Au moins, dans «Les enfants de Venise», Mercurio ne m'a agacée que lorsqu'il voyait la vie uniquement à travers son amour. Au début, on comprend (dans une certaine mesure) pourquoi Christmas tente d'en mettre plein la vue, pourquoi il joue les caïds... mais c'est très pénible. Il agit souvent de manière grandiloquente. Par exemple, quand il va déposer Ruth à l'hôpital, et ne veut pas partir. J'avais envie de lui dire d'arrêter de faire la star... Quand il ressent quelque chose, tout le monde doit s'arrêter de vivre parce que monsieur doit s'exprimer, se montrer... Il semble être le seul à souffrir. À un moment, ça ne va pas comme il veut, alors, il s'en prend à sa mère (qui a toujours tout fait pour lui). Bien sûr, c'est passager, et Christmas sait très bien (et le montre) qu'il doit tout à sa mère, mais comme il se met en scène 99% du temps, et semble (très souvent) ne penser qu'à lui, j'ai eu régulièrement envie de lui mettre une bonne paire de gifles.
Lui qui distord souvent la réalité, qui passe son temps à l'arranger, il n'est pas logique qu'il croie aveuglément (ou presque) ceux qui lui disent que son ami l'a trahi, alors qu'il sait qu'ils ont tout intérêt à ce qu'il les croie.

Quant à Ruth, il est normal qu'elle souffre, qu'elle ait du mal à surmonter son traumatisme (surtout que ses parents ne l'y aident absolument pas). Il est même compréhensible qu'elle veuille une chose puis la repousse, justement à cause de ce qu'elle a vécu. Mais à la longue, il m'a semblé que l'auteur en faisait trop la concernant. Je pense surtout au moment où Ruth se persuade qu'elle n'a pas droit au bonheur, et souhaite mener une existence terne.

D'autre part, plusieurs éléments sont prévisibles. Ce n'est pas forcément mal, mais ici, c'est trop. Par exemple, j'ai tout de suite su (lorsque les patrons de Karl ont refusé de donner sa chance à Christmas) comment il l'aurait et ce qui en résulterait.
Beaucoup de passages concernant Bill montrent des événements prévisibles... Pour moi, c'était redondant.

Certaines situations sont très bien décrites. Par exemple, lorsque monsieur Filesi et ses collègues viennent aider les membres de la CKC, la solidarité entre les hommes est émouvante: plaisanteries, entraide, etc. Il y a d'autres moments semblables où l'écriture de l'auteur est si vraie qu'on imagine ces personnages et leurs actes comme si on y était.

Sal est assez énigmatique, surtout au début. À mesure que le roman avance, on découvre ses failles. J'ai fini, à l'instar de Cetta, par rire lorsqu'il la rabroue ainsi que Christmas, en disant qu'il est pire qu'elle. La scène où il découvre le cadeau de Christmas est assez cocasse. Le lecteur partage un instant de complicité avec Cetta, car tout comme elle, il sait que Sal est ému. Toutes ses manières bourrues et ses démonstrations étranges y sont: il souffle très fort par le nez, il râle... On me dira que ça aussi, c'est de la mise en scène. Certes, mais c'est l'auteur qui met Sal en scène. Le protagoniste ne se rend pas compte que son attitude peut sembler jouée. Lorsque Christmas se met en scène, il sait pertinemment qu'il joue et se donne en spectacle. Voilà pourquoi Sal ne m'agace pas à l'inverse de Christmas. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce personnage, mais il ne faudrait pas que j'en dévoile trop.

Je n'ai pas compris l'intérêt de la structure du livre, surtout au début. Les premiers chapitres racontent les débuts de Cetta, puis on voit Christmas à quatorze ans, puis à nouveau Cetta à quatorze ans... Ensuite, le récit finit par être linéaire, mais pourquoi ne l'est-il pas depuis le départ? Pour moi, cette structure n'apporte rien d'intéressant. L'auteur a peut-être voulu mettre en regard la situation de Cetta et de Christmas au même âge... Je pense que le lecteur aurait pu le faire seul si le récit avait été linéaire. De plus, le désavantage de cette structure est qu'elle nous donne des clés (maigres, mais elles sont quand même données) quant à ce qui arrive ensuite.

Comme dans «Les enfants de Venise», on retrouve des personnages racistes, blâmant un peuple ou une race pour quelque chose qu'une personne ou un groupe de personnes a fait. Malheureusement, cela se produit très souvent dans la vie: je pense que l'auteur n'exagère pas.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

Tout comme «Les enfants de Venise», ce roman n'est pas facile à interpréter à voix haute, pour les mêmes raisons: il y a beaucoup de personnages, ils ont de fortes émotions... Isabelle Miller a mis la dose de jeu nécessaire sans être ni morne ni cabotine.
Quant à la prononciation des noms propres étrangers, je pense qu'elle conviendra à tous. Il n'a pas dû être simple de trouver une prononciation acceptable pour Christmas. Concernant le prénom Ruth, j'ai entendu tellement de lecteurs mal le prononcer (avec un «r» à l'anglophone, avec un «r» semi-allemand, avec «ou» pour le «u», avec «oeu» pour le «u», avec le «th» à l'anglaise, avec «s» à la place du «th») que j'avais peur. J'avais tort. Isabelle Miller le prononce normalement. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi tant de lecteurs (bénévoles et professionnels) voulaient le dire autrement qu'à la française, ce qui a parfois engendré des prononciations inexactes, quelle que soit la façon (à l'anglaise, à l'allemande) dont voulait le dire le lecteur.

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jeudi, 27 juillet 2017

Les saisons de la nuit, de Colum McCann.

Les saisons de la nuit

L'ouvrage:
New York, 1916. Des terrassiers creusent le tunnel du métro sous l'East River. Sous terre, le racisme n'existe pas: d'où qu'ils viennent, ils sont frères. Un jour, un accident rapproche certains d'entre eux...

De 1916 à 1991, l'auteur raconte l'histoire d'une famille d'ouvriers et de son entourage.

Critique:
Certains penseront peut-être que ce livre n'est qu'une histoire de plus narrant la vie d'une famille dans un contexte donné. Pour moi, elle se démarque de plusieurs manières. Colum McCann commence par relater avec brio le récit de ces terrassiers qui, malgré la difficulté de la tâche, la poussière, la saleté, l'inconfort, mettent leur coeur dans ce qu'ils font, ont conscience de le faire bien, de participer à l'histoire de la ville. Ils parviennent à tirer le meilleur parti de leur situation. Par exemple, Con O'Leary invente le jeu de la balle de revolver, certains font toujours la même blague à Rhubarbe Vannucci à propos de la crème anglaise, etc. Leur fraternité, leur solidarité sont tout de suite évidentes dans de petits gestes, des attentions, une synchronisation parfaite. Le récit de la construction dure peu, mais c'est de là que tout part. C'est après l'accident que Nathan Walker, conscient de ce à quoi il a échappé, mais aussi de l'importance de son amitié avec ses trois équipiers, voudra renforcer les liens, et que les choses prendront un tournant qu'elles n'auraient peut-être pas pris. À partir de là, l'histoire de ces personnes aux destins irrémédiablement entremêlés se déroule.

Colum McCann raconte le racisme. Nathan Walker, qui est noir, épouse une blanche. Avertis, mais jamais vraiment aguerris, nos personnages font face. Parfois en riant, parfois avec leurs poings. Mais l'auteur montre également ce qu'une personne victime de racisme est capable de faire pour tenter de l'éviter. C'est un moment assez fort du roman. La colère et le chagrin de Nathan et de Clarence s'expliquent parfaitement après cette espèce de trahison. Mais comment ne pas comprendre la «traîtresse»? Qu'aurions-nous fait à sa place?

Tout comme lors de la construction du tunnel, les personnages saisissent la moindre occasion de rire. L'exemple qui m'a le plus amusée est celui du pari sur les pigeons. J'ai aussi apprécié ce moment grave et cocasse où les anciens ouvriers vont raconter leur vie à leur ami entre deux stations de métro. Ces petites notes de gaieté montrent des gens humbles, connaissant la valeur de la vie. Et même lorsqu'elle se montrera particulièrement cruelle, Nathan l'affrontera, et se relèvera.

En parallèle de la vie de Nathan, le romancier expose celle de Treefrog, qui, en 1991, vit dans le tunnel construit en 1916. Par petites touches, son histoire se dévoile. D'étranges correspondances entre Nathan et lui s'opèrent: l'importance qu'il accorde aux grues, son amour du jazz, le prénom de sa fille, etc. La situation des sans-abris est mise en regard avec celle des ouvriers. Une drôle d'amitié naît entre Treefrog et Angela, par exemple. Souvent, leurs dialogues à la limite du surréalisme prêtent à sourire. Treefrog est un peu déroutant, mais attachant. On s'interroge quant aux raisons de ses manies, on se demande pourquoi il vit dans la rue... Il ne semble pas toujours équilibré (ceux qui ont lu le livre comprendront le clin d'oeil), et on le soupçonne d'avoir de mauvaises pensées, ce qui ne va pas avec la gentillesse dont il fait preuve, par ailleurs. Bien sûr, on finit par savoir ce qu'il en est...

Dès le début, une ambiance se dégage. Tout est bien décrit, on suit les personnages comme si on marchait à côté d'eux. J'ai eu un peu de mal à entrer dans les premiers chapitres concernant Treefrog, et je m'y suis sentie un peu perdue, ayant l'impression de piétiner. Mais plus j'avançais, plus j'emboîtais les pièces, mieux je comprenais la signification d'un détail a l'air anodin.
Le style d'écriture démarque également ce roman. Les mots sont soigneusement choisis, faisant tout de suite naître des images en tête. La narration est riche, aboutie, fluide. Les dialogues sont parfois crus, mais ce n'est pas dérangeant. Le contraste entre la narration et cette crudité fait encore mieux ressortir les situations dans lesquelles évoluent les protagonistes. Parfois, on ne s'embarrasse pas de fioritures, on dit les choses comme elles sont, comme on les sent, on n'a pas le temps de faire dans la dentelle. C'est aussi ce qui fait le charme de ces personnages.

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La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frantz Confiac.

Je suis déjà passée devant des livres de Colum McCann sans être tentée. J'ai choisi de lire «Les saisons de la nuit» malgré la structure mettant deux personnages en parallèle et les ellipses (deux éléments que je n'aime pas trop), parce qu'il a été enregistré par Frantz Confiac. C'est encore un comédien dont j'apprécie beaucoup les doublages. Son interprétation de ce roman est telle que je la pressentais. Il parvient à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. Moi qui ne suis pas partisane de modifications de la voix, je comprends qu'on lui ait demandé de le faire, parce qu'ici, cela m'a aidée à imaginer les personnages. La partie un peu délicate est la voix d'Angela. Celle de Frantz Confiac étant naturellement assez grave, il est logique qu'il l'ait un peu «montée» pour ce personnage. Il le fait pour d'autres femmes, mais surtout pour le rôle d'Angela. Je trouve qu'il a su doser les aiguës. Il a également réussi à prendre une voix un peu différente lorsqu'il joue Nathan à quatre-vingt-neuf ans. D'habitude, je préfère que les comédiens ne se risquent pas à faire des voix supposément de personnes âgées, car cela tombe très vite dans le caricatural. Frantz Confiac s'en sort bien.
J'espère qu'il enregistrera beaucoup d'autres livres qui me tenteront.

Pour information, la structure du livre a été respectée à 99%: les deux premiers chapitres sont sur la même piste.

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lundi, 24 juillet 2017

Ask me, de Kimberly Pauley.

Ask me

L'ouvrage:
Aria Morse a dix-sept ans. Depuis qu'elle a douze ans, si on lui pose une question, elle répond la vérité, même si elle ne la connaissait pas juste avant qu'on la questionne. Il y a d'ailleurs certaines réponses qu'elle ne connaît que parce qu'on vient juste de l'interroger. C'est un don. Elle le voit comme un mauvais sort. En effet, il lui est impossible de mentir lorsqu'on lui pose une question. Voilà pourquoi elle a souvent son lecteur MP3: lorsque ses camarades et ses professeurs posent des questions, elle ne veut pas les entendre.
Un jour, Jade, une fille de sa classe, disparaît.

Critique:
J'ai bien aimé le début du roman. Le don d'Aria est ainsi fait qu'en plus de dire la vérité, elle répond assez souvent de manière étrange. Tout cela fait qu'elle n'a pas d'amis. On s'attache donc à elle et on comprend qu'elle souffre de cette situation. De plus, ses grands-parents (chez qui elle vit) sont attachants.

Ensuite, on apprend assez vite ce qui est arrivé à Jade. Je me suis alors demandé comment l'auteur allait faire pour poursuivre son histoire sans traîner. C'est là que cela se transforme en polar un peu trop classique à mon goût, renfermant une très grosse ficelle employée avec de gros sabots. L'auteur prend un certain risque: celui que le lecteur devine qui est le «méchant». Malheureusement, je l'ai très vite deviné. À partir de ce moment, j'ai trouvé que les choses traînaient beaucoup, et que Kimberly Pauley en faisait trop. Par exemple, lorsque quelqu'un pourrait poser une question qui approcherait trop Aria de la solution de l'énigme, quelque chose vient interrompre l'échange. En outre, je n'ai pas compris pourquoi la police prenait au sérieux un appel anonyme. Je n'ai pas non plus compris pourquoi Aria accordait si facilement sa confiance à une personne. Certes, c'est expliqué: c'est la seule personne qui essaie de voir au-delà des apparences, et Aria a besoin d'amis. D'accord, mais alors pourquoi ne fait-elle pas confiance à l'autre personne qui essaie de se rapprocher d'elle? Sûrement parce que cette autre personne est étrange, mais Aria devrait savoir mieux que personne qu'il ne faut pas s'y arrêter. De plus, il est un peu gros qu'elle ne décode pas la solution de l'énigme dans sa réponse saugrenue, puisque cette réponse utilise un mécanisme qu'elle connaît. Bien sûr, quand on est impliqué (comme le sont les personnages), il est fréquent qu'on ait le nez sur la solution, et qu'on ne la trouve pas. J'ai été profondément agacée parce que je l'ai tout de suite trouvée, et parce qu'à mes yeux, Aria se comportait comme une sotte.

Si le début du roman m'a enthousiasmée par son originalité et ses personnages attachants, j'ai été très déçue que la suite soit si bancale et poussive.

Remarque annexe:
Si ce livre est traduit un jour, je me demande comment sera traduite la réponse en forme de poème d'Aria.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Blackstone audio.

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