jeudi, 9 avril 2020

La petite fille et le monde secret, de Maren Uthaug.

La petite fille et le monde secret

L'ouvrage:
Lorsque Knut quitte Rita, et déménage du Nord de la Norvège au sud du Danemark, il emmène Risten, leur fille de huit ans. Celle-ci est complètement déracinée: sa mère et sa grand-mère lui manquent, elle est confrontée à une nouvelle langue, à un nouvel environnement, à la nouvelle épouse de son père (Grete).

Critique:
Au départ, je me suis méfiée de ce livre, parce que je trouvais que la quatrième de couverture en disait trop, et en plus, je n'aimais pas certains aspects de l'intrigue. J'ai finalement décidé de le tenter. Il m'a plu, parce qu'heureusement, les choses sont plus complexes que ce que j'imaginais. Malheureusement, je n'ose pas trop donner d'indices ici quant à la complexité de l'intrigue... Au début, l'autrice nous fait comprendre quelque chose. Cet élément ne m'a pas plu, et j'ai râlé après le personnage qui en était au centre. Il est impossible de penser que Maren Uthaug fait croire quelque chose de faux à son lecteur, voilà pourquoi je pestais. Je ne pouvais pas penser: «Mais de toute façon, cet élément est peut-être absolument faux.» Et puis le livre avance, et la romancière donne des précisions sur le fameux élément. Cela montre que les choses ne sont pas aussi simples que ce que je croyais au début. Pour ce paramètre, Maren Uthaug a finement joué, parce qu'elle ne laisse pas entrevoir qu'il faut lire entre les lignes. Elle donne même des indices tendant à prouver ce que je croyais vrai. De plus, lorsque le livre est achevé, le lecteur ne peut pas s'en prendre à l'autrice, et dire qu'elle a donné de faux indices: elle ne l'a pas fait. C'est au lecteur d'interpréter correctement les indices donnés.

D'autre part, Maren Uthaug montre, avec brio, un personnage en butte au harcèlement psychologique. Pour moi, ce personnage réagit comme il le peut. J'aurais préféré une rébellion plus radicale, mais il ne lui était pas facile de faire autrement. Je regrette que le personnage harceleur (à qui je n'ai trouvé ni aucune qualité ni aucune excuse) n'ait pas été puni.

La fin m'a frustrée. J'aurais aimé que l'histoire se poursuivît. Comment tel personnage va-t-il gérer ceci et cela? Même si certains non-dits trouvent une explication, il me semble qu'il reste des zones d'ombre...

Je me rends compte que je ne peux pas dire ce que je pense des personnages en les nommant, car cela gâcherait la lecture de ceux qui s'apprêtent à lire ce roman. J'ai réussi à parler de certains aspects du récit sans trop en dire. J'espère que cela vous donnera envie de tenter cette histoire.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je me suis finalement décidée à tenter ce roman parce que j'apprécie le «jeu» de cette lectrice. Je n'ai pas été déçue. Je trouve dommage qu'elle ait lu le lexique à part, mais comme il n'y avait pas beaucoup de mots, il ne m'a pas été trop laborieux de coller les définitions des mots du lexique lorsqu'ils apparaissent pour la première fois dans le roman. En outre, ce n'est pas la lectrice qui a décidé de faire ainsi: c'est la BSR qui tient à ce que cela soit fait ainsi, car si on possède un lecteur DAISY, on peut écouter les définitions au moment où les mots apparaissent. N'ayant jamais besoin du format DAISY, et ayant connu des déboires à cause de ce format, quand il y a des définitions de mots lus à part, soit je les déduis, soit je trouve la force (surtout si je décide de garder le livre) de les coller au moment de la première occurrence du mot.

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lundi, 6 avril 2020

The how and the why, de Cynthia Hand.

The how and the why

L'ouvrage:
Cassandra (Cass) McMurtry vit en Idaho. Elle a dix-huit ans, est passionnée de théâtre... Elle mène une vie heureuse. Cependant, sa mère, Kat, est malade depuis presque un an. On craint pour sa vie.
C'est dans ce contexte que Cass commence à se poser davantage de questions que d'habitude sur sa mère biologique.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai apprécié que Cass n'ait aucun problème relationnel avec ses parents, et que, de ce fait, cela ne soit pas la raison pour laquelle elle cherche à en savoir plus sur sa mère biologique.
J'ai apprécié les personnages principaux. L'héroïne n'est pas parfaite, ce qui fait qu'on s'identifiera facilement à elle. Je pense surtout à sa dispute avec sa meilleure amie. Elle souffre, mais dit une chose affreuse. Elle s'en rend compte, et a du mal à présenter ses excuses comme il faut.

Certains diront peut-être que certaines ficelles sont un peu faciles, que l'autrice fait des choses auxquelles on ne croirait pas dans la vie réelle. Cela ne m'a pas gênée parce que je pense que si c'est bien amené, cela ne paraît pas invraisemblable, et cela permet au lecteur de rêver.

J'ai aimé découvrir, au fil des chapitres, la personnalité de S, la mère biologique de Cass. Certains la verront peut-être comme un cliché: la fille dont les parents (surtout le père en l'occurrence) ne se préoccupent pas, qui n'aime pas la seconde épouse de son père, qui fait une bêtise, etc. Cela fait partie des choses que j'ai trouvées bien amenées. Au lieu de sembler clichée, S avait l'air réaliste.

J'avais deviné quelque chose. Cela ne m'a pas gênée, cela m'a plutôt fait sourire. Ensuite, j'ai imaginé autre chose en espérant que cet autre fait serait faux. La romancière a inventé quelque chose dans ce style, mais ce qu'elle a imaginé est moins gros que ce que je redoutais.

J'ai aimé la fin, mais elle m'a frustrée. J'aurais voulu en savoir davantage. En y réfléchissant, je pense qu'en se débrouillant bien, Cynthia Hand aurait de la matière pour une suite. Mais il lui faudrait jouer serré pour ne pas tomber dans du cliché, ne pas plonger son lecteur dans l'ennui, etc. Je pense que c'est possible. S'il y a une suite lue par la comédienne qui lit les passages narrés par Cass, je la lirai.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole (lisant les passages narrés par Cass) et Erin Spencer (lisant ceux du point de vue de S) pour les éditions Harper Audio.

J'apprécie toujours autant le jeu de Phoebe Strole. Ici, elle n'a pas démérité: elle n'a pas fait d'affreux effets de voix pour les rôles masculins, et a bien interprété les sentiments et les émotions des personnages.

Je connais peu Erin Spencer, ne l'ayant entendue que dans «The stranger's game» / «L'autre soeur». Je l'ai autant appréciée que dans cet autre roman. Je pense que je vais lire les résumés des livres disponibles sur audible.fr lus par elle... Je ne la confondrai plus avec Arielle Delisle. Par contre, je confonds toujours un peu Phoebe Strole et Arielle Delisle. J'ai écouté plusieurs romans lus par Phoebe Strole, et je suis peut-être en passe de guérir de cette confusion.

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35 lectures

jeudi, 2 avril 2020

Tout cela je te le donnerai, de Dolores Redondo.

Tout cela je te le donnerai

L'ouvrage:
Ce matin-là, la police frappe à la porte de Manuel Ortigosa. On lui annonce la mort de son mari, Álvaro Muñiz de Dávila, dans un accident de voiture. Il se serait endormi au volant. Manuel n'a pas l'occasion de digérer cette catastrophe, car il apprend qu'Álvaro avait, depuis trois ans, renoué avec sa famille, de riches aristocrates. À la mort de son père, Álvaro a hérité du titre de marquis, et s'est employé à redresser les affaires de la famille. Il a désigné Manuel comme légataire de ses biens. Ainsi, celui-ci va devoir découvrir des pans de la vie de son mari.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il peut paraître un peu long, mais cela ne m'a pas dérangée. En effet, l'autrice analyse la psychologie de ses personnages, prend le temps de les montrer dans diverses situations, etc. Il y a un moment où j'ai trouvé que Dolores Redondo exagérait un peu parce que ce que découvraient les personnages les poussait à soupçonner une personne en particulier, et qu'il aurait été dommage que cette personne fût coupable. Elle a quand même bien amené les choses, à mon avis.

Je m'attendais à ce que la famille Muñiz de Dávila soit détestable, mais l'autrice a quand même su me surprendre. C'est à peu près la même chose concernant Álvaro: on sait très vite que Manuel va apprendre des choses déplaisantes, à commencer par le fait qu'il avait renoué avec sa famille. Cependant, Álvaro ne se révèle pas complètement différent de ce que connaissait son mari. L'autrice n'a pas fait quelque chose de totalement invraisemblable.

La famille Muñiz de Dávila est très vite entourée de mystères. Certaines questions se posent, petites énigmes s'imbriquant dans la grande. Tout finit par être expliqué de manière cohérente. Je n'avais rien deviné. C'est après coup que j'ai pensé que tel personnage avait dit ceci et cela pour telle et telle raison, etc. J'aurais quand même aimé savoir ce qui arrive vraiment à la personne coupable de tout. On s'en doute, mais il aurait été bien que cela soit précisé. Si cette personne est coupable du mal qui arrive dans le présent et qui est arrivé dans le passé proche, deux autres sont coupables de méfaits plus anciens. Je trouve que ces personnages n'ont pas assez souffert.

J'aurais aussi aimé en savoir plus quant à Nogueira. Là encore, on sait ce qui arrive à partir du moment où Laura prend une certaine décision, mais j'aurais aimé que cela soit développé, les personnages ayant d'importantes choses à se dire. Peut-être l'autrice a-t-elle eu peur d'écrire une scène trop larmoyante. Il est vrai qu'elle aurait eu du mal à l'éviter, et que cela m'aurait peut-être cassé les pieds... ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christophe Brault pour les éditions Lizzie.

J'ai déjà pu apprécier la lecture de ce comédien dans «Le meurtre du commandeur». J'ai donc été contente de le retrouver ici. J'ai apprécié son jeu. Il est parvenu à modifier sa voix pour certains rôles sans que cela soit affecté, et en exprimant les sentiments des personnages. En bonne pinailleuse, j'ai regretté qu'à partir du chapitre 13 ou 14, il se mette à dire «Elissa» pour Elisa. Certes, en espagnol, cela se prononce ainsi, mais je ne comprends pas pourquoi il n'a pas voulu le prononcer totalement à la française, comme il le faisait au départ. Quant à Nogueira, parfois, il roule le «r», mais la plupart du temps, sa prononciation m'a convenu.

Je n'aime pas que les chapitres d'un livre commence par de la musique. Dans «Tout cela je te le donnerai», j'ai apprécié que beaucoup débutent par des bruits de la nature. Bien sûr, j'aurais préféré que la piste commence directement par la suite du récit, mais je préfère les bruits de la nature (qui cadraient avec le décor dans lequel se retrouve Manuel) à la musique.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en plusieurs pistes.

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52 lectures

jeudi, 26 mars 2020

Quand je t'ai perdue, de Fionnuala Kearney.

Quand je t'ai perdue

L'ouvrage:
Décembre 2014. Anna, vingt-quatre ans, était aux sports d'hiver avec des amis. Il y a eu une avalanche. Certains s'en sont tirés, on a retrouvé le corps des autres... sauf celui d'Anna et d'un de ses amis.

Février 2015. Jess, la mère d'Anna, fait de son mieux pour ne pas s'effondrer. Heureusement, elle a Rose (sa petite-fille), Léa (sa soeur), et Théo (son meilleur ami). Mais ses tourments ne sont pas près de s'arrêter. Anna avait un secret, et Jess est sur le point de le découvrir.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il explore sans complaisance la psychologie de personnages ordinaires confrontés à de douloureux événements. On voit surtout la manière réagit Jess parce qu'on est souvent dans ses pensées. L'autrice montre intelligemment la douleur de cette mère qui s'efforce de vivre, et de profiter de ceux qui lui restent, et qui, alors qu'elle sait qu'elle ne se relèvera jamais vraiment, reçoit un autre coup concernant sa fille disparue, et ne peut pas lui demander de s'expliquer.

Anna est assez dérangeante. Elle fait quelque chose de mal, le sait, et ne parvient pas à s'arrêter, même après certaines graves conséquences. Certes, comme le souligne un personnage, il ne faut pas la résumer à cette mauvaise action répétée, mais je ne suis pas vraiment encline à la défendre. L'autrice fait justement en sorte qu'Anna, en dehors de cela, soit appréciable. Ainsi, il est dur de trancher la concernant. Si j'ai tenté de me mettre à sa place, j'ai surtout réussi à comprendre ceux qui souffrent par sa faute. Je ne la condamne pas absolument, ma réprobation totale revient à un autre personnage. Lui, je ne lui ai trouvé aucune excuse.

À part la question de la douleur qu'on peut infliger aux siens parce qu'on ne parvient pas à faire autrement, le roman soulève une autre question tout aussi dérangeante: toute vérité est-elle bonne à dire? À l'instar de Jess, si je suis concernée, je préfère que mes amis me disent ce qu'ils sachent. Cependant, Théo et Doug décident de ne pas dire certaines choses à Jess. Même s'ils pensent que c'est mieux ainsi, que cela lui ferait mal pour rien, je pense que ce n'est pas à eux de décider. Si elle souhaite savoir ce qui la concerne, elle en a le droit. J'ai d'ailleurs trouvé étrange que Théo, qui a bien failli être rayé de la vie de Jess à cause de cela, fasse la même chose en lui cachant un autre fait.

J'ai apprécié les autres personnages, et je les ai compris. Sean m'a un peu agacée, au début, mais il était compréhensible qu'il souhaite passer davantage de temps avec Rose.

Pour moi, l'intrigue ne souffre pas de temps morts.

Éditeur: City.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

Yves Vanmeenen fait partie des lecteurs dont j'aime le jeu. Ici, il ne m'a pas déçue.

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128 lectures

jeudi, 19 mars 2020

Douleur, de Zeruya Shalev.

Douleur

L'ouvrage:
Iris est mariée, et a deux enfants. Un jour, elle sent une douleur refaire surface: celle qui résulte du fait qu'elle a été blessée au cours d'un attentat, dix ans auparavant. Au bout de plusieurs jours à la voir prendre des anti-douleurs, son mari la convainc de se faire examiner. À l'hôpital, elle tombe sur Ethan, son amour de jeunesse qui l'a quittée trente ans plus tôt.

Critique:
Ainsi que cela m'est déjà arrivé, j'ai commencé par rejeter l'idée de lire ce roman, parce que je n'avais pas envie de lire le récit d'un adultère. Ensuite, je me suis dit qu'appréciant la lectrice, je pouvais tenter le livre. De plus, certains livres enregistrés par cette lectrice ont commencé par ne pas me tenter, et se sont révélés très plaisants. Quant à «Douleur», mon sentiment est mitigé. Certes, la rencontre d'Iris et d'Ethan aura des conséquences; certes, l'auteur prend soin de montrer que les choses ne sont pas toutes roses entre Iris et son mari afin de mieux faire accepter certains événements... (je trouve d'ailleurs cela très cliché). Cependant, cette rencontre et d'autres éléments du roman font qu'Iris et son mari se remettront en question. Le lecteur voit davantage l'examen de conscience d'Iris, car c'est elle que suit le narrateur omniscient, mais la remise en question de son mari est visible.

Au bout d'un moment, le sujet principal n'est plus Iris et son amour de jeunesse. L'auteur opère progressivement un glissement vers autre chose qui préoccupera forcément l'héroïne et son mari. Iris n'en oublie pas Ethan pour autant, mais ce second bouleversement l'oblige à réellement réfléchir. En outre, une scène assez choquante a lieu entre Iris et Ethan dans un restaurant. Je ne dirai pas de quoi il s'agit, je peux seulement dire que je n'ai pas compris pourquoi Ethan se montre si obtus, si fermé d'esprit. Tout de suite après, il ajoute autre chose de peu aimable à cela...

J'ai donc préféré la seconde moitié du roman, parce que c'est là que l'héroïne affronte ce qui arrive à bras-le-corps, et se penche sur ses fautes passées. Elle teinte tout cela de superstition, ce que j'ai compris, parce qu'à sa place, j'aurais fait exactement la même chose.

La fin m'a en partie satisfaite, mais c'est là qu'il aurait fallu que le livre continuât. Il manque plusieurs chapitres dans lesquels l'auteur aurait raconté comment la famille affronte le cyclone. En effet, à la fin du livre, nous n'en sommes qu'au début, et Iris et son mari ne savent pas comment agir.

Ce qui arrive à Alma m'a rappelé, avec force, par subtiles petites touches, que personne n'est jamais à l'abri de ce genre de choses. Cela m'a aussi rappelé un personnage du roman «Toute la beauté du monde n'a pas disparu» qui, au moment où se déroule le roman, est guérie de cela, et qui en parle avec une très grande lucidité.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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