jeudi, 19 mai 2022

Tant que le café est encore chaud, de Toshikazu Kawaguchi.

Tant que le café est encore chaud

L'ouvrage:
Japon.
Ce jour-là, le petit ami de Fumiko veut lui annoncer son départ pour les États-Unis. Il va pouvoir réaliser son rêve: travailler dans le jeu vidéo. Cela veut dire qu'il abandonne sa relation amoureuse avec la jeune femme. Il ne le lui dit pas, mais c'est une évidence. C'est au Funiculi Funicula, un café, qu'ils échangent leurs derniers mots. Frustrée par cette entrevue catastrophique, Fumiko se triture les méninges pour parvenir à modifier le cours du destin. C'est alors qu'elle se rappelle une légende urbaine concernant le Funiculi Funicula: il permettrait de revenir dans le passé...

Critique:
Lorsque ce genre de romans passe à la portée de mes mains, je souhaite toujours les lire en espérant que la sacro-sainte règle selon laquelle le passé ne doit pas être changé n'est pas en vigueur. Dans «Tant que le café est encore chaud», cette règle ne peut pas être transgressée, car quoi qu'on fasse lors d'un retour dans le passé, on ne changera pas le présent. Cependant, les personnages réfléchissent, et s'adaptent le plus possible. Ils ne peuvent pas changer le présent, mais ils peuvent, par exemple, adopter l'attitude la plus en adéquation avec ce qu'ils aimeraient que soit leur présent. L'auteur a choisi des situations que n'importe qui pourrait vivre, ainsi, il montre au plus grand nombre qu'il ne faut pas perdre espoir. Cependant, certaines situations ne peuvent pas être exactement comme dans le roman. Par exemple, celle de Fumiko ne pourrait pas être celle de chaque personne dont le petit ami part travailler dans un autre pays. Celle de monsieur et madame Fussaki, en revanche, est peut-être celle qu'on retrouve le plus souvent chez les personnes dans leur cas.

Il y en a une que je n'ai pas appréciée. Lorsque je la trouve dans certains romans, je ne parviens pas à accepter qu'elle contente tout le monde, qu'une personne semble ravie de se sacrifier pour quelque chose qu'elle ne verra jamais... On trouve cette idée dans «La commode aux tiroirs de couleur», d'Olivia Ruiz, concernant la mère de l'héroïne. C'est une idée qui me déplaît souverainement. Certes, je suis une sale égoïste... ;-) Il faudrait que je rencontre quelqu'un qui réagirait de cette manière, afin de lui poser toutes mes questions à ce sujet.

D'une manière générale, Toshikazu Kawaguchi présente de sympathiques personnages, et décrit leur caractère et les situations dans lesquelles ils sont de façon à faire ressentir de l'empathie au lecteur, excepté, me concernant, à propos de la dernière situation évoquée.

Outre cette idée de retour dans le passé, le romancier crée une ambiance très agréable. Les clients habitués discutent avec les patrons, ceux-ci et la serveuse sont chaleureux (même si cette dernière fait parfois semblant de ne pas l'être), et certaines situations sont cocasses. Par exemple, le fait que la femme en blanc ne se lève qu'une fois dans la journée, et que certains attendent cela comme le messie. À ce sujet, un événement drôle arrive, parce qu'une habituée souhaite ne pas trop attendre. L'anecdote de la malédiction est également amusante, parce que ladite ne fait pas vraiment de dégâts, et qu'elle est simple à arrêter.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Spiteri pour les éditions Audiolib.

Philippe Spiteri fait maintenant partie des comédiens que je retrouve avec plaisir, après l'avoir entendu sur deux romans. Son jeu n'est jamais ni trop sobre ni affecté. Ici, il a naturellement interprété les personnages, entrant dans leur peau sans difficultés apparentes.

J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge 2022 NetGalley.

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lundi, 18 avril 2022

Où vivaient les gens heureux, de Joyce Maynard.

Où vivaient les gens heureux

L'ouvrage:
Pour son mariage, Al a invité sa famille. C'est l'occasion pour Eleanor, la mère d'Al, de revoir deux de ses enfants, son ancien mari...

Critique:
Pour moi, Joyce Maynard est une autrice «dangereuse», car j'ai beaucoup aimé l'un de ses romans («Les règles d'usage»), n'ai pas aimé «Les filles de l'ouragan», et suis mitigée quant à «De si bons amis». Je suis contente d'avoir gagné mon pari, et d'avoir eu raison de tenter «Où vivaient les gens heureux». Ce roman m'a plu, même si j'ai un reproche à lui adresser. Cela tient à sa structure. Joyce Maynard a fait ce que je n'aime pas: son prologue décrit une scène récurrente du passé, et ses premiers chapitres se déroulent dans le présent, au moment du mariage d'Al. Les chapitres 4 et 5 décrivent un moment du passé lointain d'Eleanor où elle a environ vingt ans. À partir du chapitre 6, l'histoire d'Eleanor est racontée de ses seize ans jusqu'au mariage d'Al. Au chapitre 98, nous revenons au mariage d'Al, jusqu'au chapitre 100, le dernier. D'une manière générale, je n'aime pas ce genre de structures, mais il m'est arrivé de reconnaître que certains romanciers avaient eu raison d'en user. Ici, ce n'est pas le cas. En faisant ainsi, Joyce Maynard fait l'erreur que je pardonne le moins: elle révèle certains éléments dès le départ, alors qu'il aurait été plus intéressant de les apprendre au fil de la lecture. Je pense surtout (mais pas seulement) à ce qui concerne Al. J'aurais préféré suivre son cheminement, et voir si je le comprenais, plutôt que de savoir dès le départ à quoi m'en tenir à son sujet. Ce n'est pas le seul exemple que je pourrais donner, mais un autre me ferait faire ce que je reproche à l'autrice.

Au long du roman, certains personnages m'ont forcée à me demander comment j'aurais agi à leur place. Je blâmais Eleanor pour une chose, la plaignais pour une autre, blâmais Cam pour autre chose... Certes, mais qu'aurais-je pait à leur place? Pendant longtemps, Eleanor ne parvient pas à pardonner quelque chose à quelqu'un, cela la rend dure et injuste à un moment où elle aurait peut-être pu sauver quelque chose. Certes, mais me connaissant, j'aurais eu la même difficulté qu'elle. J'espère que cela ne m'aurait pas rendue cruelle, mais je ne peux pas le savoir. Tant qu'on n'a pas connu une situation de cette gravité, on ne peut pas garantir sa manière de réagir.
J'ai tenté de faire preuve de la même mansuétude envers Cam, mais il y a quand même une chose qui, pour moi, n'est pas passée à son propos: son mensonge aux enfants. C'est ce mensonge couplé à l'attitude d'Eleanor (celle-ci se débattait entre sa loyauté et son ressentiment) qui, pour moi, ont causé le plus de dégâts. Cam ne dirait pas cela, car les dégâts ne l'ont pas touché. C'est aussi pour cela que c'est à lui que j'en veux le plus. Eleanor n'agit pas toujours bien, mais elle souffre. Cam souffre également, mais auprès de ses enfants, il joue le rôle du gentil, tout en sachant très bien qu'il a tout fait pour que ceux-ci pensent qu'il n'a rien à se reprocher, et qu'il est injustement maltraité. De plus, j'ai eu du mal à supporter son côté trop léger concernant l'argent. Il s'empresse de dire qu'Eleanor ne s'intéresse qu'à cela, mais sans argent, on ne va pas loin. Il semble que Cam ne l'apprenne jamais...
D'une manière générale, de mauvaises choses arrivent à cause des malentendus et des non-dits qu'Eleanor n'a pas la possibilité de dissiper.
L'attitude de chaque personnage est intéressante (même si je ne les évoque pas tous), car chacun a quelque chose à dire. Pas toujours adroitement, certes. C'est ce qui rend le tout réaliste.

L'autrice n'oublie pas d'insérer de petites pointes d'ironie dans certaines situations. Ayant du mal à trouver Cam sympathique (sauf lorsqu'il s'occupe de Toby) je n'ai pu m'empêcher de penser que certaines déconvenues (je le tourne ainsi pour ne pas trop en dire) qu'il finit par avoir étaient méritées. Sur ce point, Eleanor est plus sympathique que moi.

Comme souvent, j'aurais souhaité des chapitres supplémentaires. Pour moi, tout n'est pas dit, à la fin.

J'ai trouvé un peu dommage que le livre ne soit pas davantage situé dans le temps. Grâce à des événements célèbres arrivant pendant telle phase de la vie des personnages (le mariage du prince Charles, la mort de John Lennon, celle de la princesse Diana) le lecteur parvient à se situer à peu près dans le temps, mais j'aurais aimé que cela soit plus précis. Mon côté maniaque, sans doute...

Un roman qui fait réfléchir quant au rapport que nous entretenons les uns avec les autres.

Service presse des éditions Lizzie par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anny Romand.

Je ne connaissais pas du tout cette comédienne. J'ai apprécié sa voix calme et sa lecture ni trop sobre ni cabotine. Sans excès, elle est parvenue à jouer les sentiments des personnages. De plus, elle n'a jamais modifié sa voix à outrance pour les rôles masculins.
En tant que pinailleuse, je déplore qu'elle ait prononcé des «é» fermés alors qu'ils auraient dû être ouverts, par exemple les «ais», «ait», «aient».
De plus, parfois, j'avais l'impression qu'il aurait fallu qu'elle se racle la gorge.
Enfin, si elle prononce la plupart des noms sans affectation, sa prononciation de Diana («Daïana», à l'anglophone), et de Russell (avec le «r» anglophone) ne m'a pas plu. Heureusement pour moi, ces deux prénoms apparaissent peu.

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lundi, 14 mars 2022

Tu me manqueras demain, d'Heine Bakkeid.

Tu me manqueras demain

L'ouvrage:
Thorkild Aske vient de sortir de prison. Il est dépendant de certains médicaments, et remâche la perte d'un être qui lui devenait cher. Avant sa détention, il était policier. Maintenant, il est au chômage, et on lui fait miroiter une carrière dans... un centre d'appels.
C'est alors qu'un personnage de son passé, estimant que Thorkild a une dette envers lui, lui demande de retrouver son fils. Celui-ci était dans un phare qu'il comptait reconvertir en hôtel, sur une île du grand nord norvégien. Voilà une semaine qu'il a disparu en mer. La police de l'île dit qu'il n'y a qu'à attendre que le corps remonte à la surface. À contrecoeur, Thorkild accepte d'accomplir cette mission.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il est placé sous le signe du froid. Beaucoup de scènes (dont des cruciales) se déroulent dans la mer, alors que la météo est peu clémente. Ce froid extrême avec lequel il faut toujours compter ajoute un élément de tension dans les péripéties vécues par Thorkild.

L'auteur ne s'amuse pas à traîner péniblement son lecteur jusqu'à la fin. Alors que Thorkild commence son enquête, un rebondissement survient. Ce qui arrive ensuite fait que deux hypothèses sont possibles. Là encore, l'auteur ne traîne pas avant de convaincre son lecteur quant à ce qu'il doit croire. Il n'a pas besoin de faire du remplissage, car les éléments s'enchaînent naturellement. Lorsque l'enquête n'est pas au centre de l'action, le romancier expose la psychologie et les hantises de Thorkild. Cabossé par un élément de sa vie, désespéré, il parvient à ne pas s'effondrer, même s'il flanche, et souhaiterait se laisser aller àl'écroulement. Il a même parfois certains traits d'humour. Le romancier, malgré la tension omniprésente, insère des scènes assez amusantes. Je pense par exemple au fait que Thorkild assiste à l'autopsie de quelqu'un que je ne nommerai pas, et que le pathologiste le prenne à parti.

À l'heure où beaucoup d'auteurs écrivent d'insipides prologues décrivant la presque fin du roman, et étant censés faire mariner le lecteur (c'est tellement artificiel que je méprise ce genre de prologues) Heine Bakkeid montre qu'il est tout à fait possible d'écrire un prologue plein de tension et de suspense qui ne divulgue rien des éléments finaux. Même s'il ne lira jamais ma chronique, je le remercie de se montrer plus intelligent que tous ces auteurs qui se contentent, en guise de prologues, de copier-coller une partie de la résolution de l'énigme.

Il est ironique de voir comme on est mauvais juge lorsqu'on est concerné: j'approuve ce que Thorkild pense du mari de sa soeur, et j'approuve ce que Lise pense de Frei, mais Thorkild et Lise ne peuvent se résoudre à accepter que l'autre a raison. Pour Frei, c'est certes plus délicat, car beaucoup moins manichéen. Certains lecteurs trouveront d'ailleurs sûrement que Lise n'est pas objective, car elle n'a pas voulu tout prendre en compte.

J'aurais souhaité quelques chapitres supplémentaires à la fin. D'abord, j'aurais aimé savoir comment les policiers ont su ce qui était réellement arrivé. Aucune scène ne montre quelqu'un le leur expkiquant. Ensuite, j'aurais voulu savoir ce que ferait Thorkild à la fin. Peut-être y aura-t-il une suite...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Blanc pour les éditions Lizzie.

Therry Blanc fait partie des comédiens qu'il me plaît de rtrouver. Ici, il a pris certains paris risqués. Par exemple, jouer les pleurs de Thorkild à la fin d'un chapitre, ou assortir certaines répliques du personnage de soupirs éloquents. Pour moi, toutes ses initiatives sont heureuses. En effet, le comédien a davantage joué certains éléments que ce à quoi on aurait pu s'attendre, et il n'est jamais tombé dans le cabotinage.

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vendredi, 4 mars 2022

L'incroyable voyage de Coyote Sunrise, de Dan Gemeinhart.

L'incroyable voyage de Coyote Sunrise

L'ouvrage:
Coyote a bientôt treize ans. Voilà cinq ans que son père (Rodéo) et elle font le tour des États-Unis à bord de Yageur, un ancien bus scolaire qui est maintenant leur maison. Ils sont comme les deux doigts de la main, semblent goûter cette vie nomade... Tous les samedis, Coyote téléphone à sa grand-mère à midi exactement. Ce samedi-là, celle-ci va annoncer à sa petite-fille une nouvelle qui va remettre en question la vie que cette dernière mène depuis cinq ans, qui, en tout cas, va remettre en question l'un des plus grands interdits instaurés par Rodéo.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. C'est un livre à côté duquel il ne faut absolument pas passer. À travers ses personnages, Dan Gemeinhart nous rappelle que rien n'est jamais simple. Coyote et son père sont complexes. Au départ, la fillette ne veut pas voir cette complexité, cependant, ce que lui annonce sa grand-mère la force à voir certaines choses en face, et notamment à admettre que son père ne parvient pas à faire quelque chose qui s'avère nécessaire. L'attitude de Rodéo et ce dont finit par se rendre compte Coyote font que le lecteur se posera forcément une question: vaut-il mieux réagir comme Rodéo ou comme sa fille face à la souffrance à laquelle ils sont confrontés? Franchement, je réagirais davantage comme Rodéo, tout en sachant que c'est Coyote qui a raison. Je suis du genre à dire: «Je ne veux pas oublier, mais je ne veux pas me souvenir.»

Si le thème principal du roman es douloureux, l'auteur n'oublie pas l'humour. Il y en a dans beaucoup de situations. Les premiers chapitres sont plutôt drôles. Il y a des moments cocasses alors que la situation est tendue, comme pendant le concert de Salvador. Le romancier insère aussi des touches de gravité drôle avec les trois questions dont les réponses seront le sésame (ou pas) pour monter dans Yageur. L'auteur s'y entend également pour montrer la naissance de belles amitiés. Et puis, il n'oublie pas le côté déjanté sans lequel il manquerait sûrement un petit quelque chose. Ce côté se devine chez Coyote, mais il prend de l'ampleur après que Rodéo lui a donné la permission de «remonter jusqu'à ses racines»... En écrivant cela, je m'imagine une certaine scène de ce roman transposée dans un film... Elle serait à la fois source de tension et d'hilarité.

L'intrigue ne traîne pas. Une chose m'a paru un peu grosse. Je ne comprends pas pourquoi la police n'a pas tout de suite écouté Val, mais j'imagine que ce genre de procédures est aussi casse-pieds que les multiples paperasses à remplir pour un dossier quelconque.
À un moment, j'ai eu peur que l'auteur finisse par en faire trop: le monde entier semblait conspirer pour que Coyote n'atteigne pas son but. Cependant, tout est resté crédible.

L'écrivain ne bâcle rien, on ne reste pas sur sa faim. Cependant, j'aimerais qu'il y ait une suite, parce que j'aimerais côtoyer à nouveau Coyote, Rodéo, Ivan, Lester, Salvador, Esperanza, et Concepcion. Je sais que cela n'est pas possible, parce que l'auteur ne pourrait pas faire un roman où tous ces personnages se retrouveraient pour discuter, s'amuser, etc, mais j'aimerais bien.

Comme certaines de mes chroniques, celle-ci ne me satisfait pas, car je pense n'avoir pas assez rendu justice à ce roman qui dépeint si bien la vie et ses sentiments complexes. J'espère qu'il touchera pléthore de coeurs.

Remarques annexes:
Je ne connaissais pas du tout «Le seul et unique Ivan». Il va falloir que je le lise.
Je ne connaissais pas non plus les granités. Il va falloir que je goûte... sauf ceux à la pastèque.
J'aurais bien aimé connaître le vrai prénom de Rodéo.

Éditeur: Pocket Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Maude Morel pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je n'ai lu qu'un autre roman enregistré par Maude Morel. J'avais apprécié son jeu. Là encore, sa prestation m'a plu. Je pense que ce livre n'est pas facile à lire à voix haute, et je sais que certaines comédiennes (j'ai des noms) seraient tombées dans le pathos, ce qu'il ne faut absolument pas faire! En outre, il ne faut pas non plus être trop sobre. Maude Morel a su adopter le ton adéquat, la dose de jeu nécessaire. Sa lecture est vivante sans surjeu ni monotonie.

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jeudi, 17 février 2022

La laveuse de mort, de Sara Omar.

La laveuse de mort

L'ouvrage:
Kurdistan, 1986. Frmesk naît. Outre qu'elle est une fille, elle a une mèche de cheveux blanche en forme de coeur sur la tête. De plus, on a du mal à l'alimenter. Son père menace de la tuer. Sous prétexte qu'elle pourra plus facilement être soignée, sa mère, Rubar, la confie à ses parents, Gawhar et Darouech.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Sara Omar présente le Kurdistan, pays dont je connaissais très peu les moeurs. Je savais que c'était un pays oriental, mais j'ignorais jusqu'à quel point ses habitants partageaient certaines idées. Heureusement l'autrice ne montre pas qu'une seule manière de voir les choses. D'un côté, il y a les esprits étriqués, ne jurant que par des traditions engendrées par des superstitions. Certains ne voient que cela, et refusent de réfléchir. Pour d'autres, c'est l'occasion de régler des comptes avec ceux qu'ils n'aiment pas. D'un autre côté, les grands-parents de Frmesk font preuve d'esprit critique, exhortent leur entourage à réfléchir. Darouech fait beaucoup cela. Gawhar est tiraillée entre ce qu'impose sa religion et le fameux esprit critique. De plus, lorsque l'autrice évoque des scènes de vie de famille entre Frmesk et ses grands-parents, le lecteur sait que rien de mal ne peut arriver à l'enfant.

Le récit alterne des chapitres se déroulant entre 1986 et 1991, et d'autres se passant en 2016. En 2016, si Frmesk semble avoir trouvé une échappatoire, on comprend vite que son refuge est fragile, voire illusoire.

Par certains côtés, ce roman m'a rappelé «Aria», de Nazanine Hozar. La trame est totalement différente, mais «Aria» se passe également dans un pays oriental, et l'héroïne est, tout comme Frmesk, rejetée des uns et choyée des autres. En outre, la version audio opère un autre petit rapprochement, car les deux romans ont été enregistrés par la même lectrice.

Lorsque je suis arrivée au chapitre 45 (il y en a 49), j'ai pensé qu'il restait trop peu de chapitres pour que l'intrigue soit achevée à la fin du roman. Cela s'est confirmé. Heureusement, la note sur l'auteur m'a donné l'explication. «La laveuse de mort» est le tome 1 d'une trilogie.

Il y a beaucoup d'autres choses que je souhaiterais dire, mais j'en dévoilerais trop.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Martine Moinat fait partie des lecteurs qu'il me plaît de retrouver, car j'aime beaucoup sa façon de lire. Elle n'es jamais trop sobre, ne surjoue jamais. Pour ce roman, je redouble de compliments, car elle a toujours prononcé Frmesk sans se tromper. Or, ce mot n'est pas facile à dire (en tout cas pour une personne francophone), et emportée dans sa lecture, elle aurait pu omettre le «r», voire le «m». (J'ai eu ce cas: une lectrice, pendant tout le roman, a dit le nom du héros en omettant une lettre. Je pense que c'est parce que ce nom n'était pas du tout facile à dire.) En outre, Martine Moinat a prononcé Frmesk sans affectation. C'est normal, me direz-vous. Certes, mais à mon avis, beaucoup de lecteurs (bénévoles ou non) ne l'auraient pas dit de façon naturelle.

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