jeudi, 27 juillet 2017

Les saisons de la nuit, de Colum McCann.

Les saisons de la nuit

L'ouvrage:
New York, 1916. Des terrassiers creusent le tunnel du métro sous l'East River. Sous terre, le racisme n'existe pas: d'où qu'ils viennent, ils sont frères. Un jour, un accident rapproche certains d'entre eux...

De 1916 à 1991, l'auteur raconte l'histoire d'une famille d'ouvriers et de son entourage.

Critique:
Certains penseront peut-être que ce livre n'est qu'une histoire de plus narrant la vie d'une famille dans un contexte donné. Pour moi, elle se démarque de plusieurs manières. Colum McCann commence par relater avec brio le récit de ces terrassiers qui, malgré la difficulté de la tâche, la poussière, la saleté, l'inconfort, mettent leur coeur dans ce qu'ils font, ont conscience de le faire bien, de participer à l'histoire de la ville. Ils parviennent à tirer le meilleur parti de leur situation. Par exemple, Con O'Leary invente le jeu de la balle de revolver, certains font toujours la même blague à Rhubarbe Vannucci à propos de la crème anglaise, etc. Leur fraternité, leur solidarité sont tout de suite évidentes dans de petits gestes, des attentions, une synchronisation parfaite. Le récit de la construction dure peu, mais c'est de là que tout part. C'est après l'accident que Nathan Walker, conscient de ce à quoi il a échappé, mais aussi de l'importance de son amitié avec ses trois équipiers, voudra renforcer les liens, et que les choses prendront un tournant qu'elles n'auraient peut-être pas pris. À partir de là, l'histoire de ces personnes aux destins irrémédiablement entremêlés se déroule.

Colum McCann raconte le racisme. Nathan Walker, qui est noir, épouse une blanche. Avertis, mais jamais vraiment aguerris, nos personnages font face. Parfois en riant, parfois avec leurs poings. Mais l'auteur montre également ce qu'une personne victime de racisme est capable de faire pour tenter de l'éviter. C'est un moment assez fort du roman. La colère et le chagrin de Nathan et de Clarence s'expliquent parfaitement après cette espèce de trahison. Mais comment ne pas comprendre la «traîtresse»? Qu'aurions-nous fait à sa place?

Tout comme lors de la construction du tunnel, les personnages saisissent la moindre occasion de rire. L'exemple qui m'a le plus amusée est celui du pari sur les pigeons. J'ai aussi apprécié ce moment grave et cocasse où les anciens ouvriers vont raconter leur vie à leur ami entre deux stations de métro. Ces petites notes de gaieté montrent des gens humbles, connaissant la valeur de la vie. Et même lorsqu'elle se montrera particulièrement cruelle, Nathan l'affrontera, et se relèvera.

En parallèle de la vie de Nathan, le romancier expose celle de Treefrog, qui, en 1991, vit dans le tunnel construit en 1916. Par petites touches, son histoire se dévoile. D'étranges correspondances entre Nathan et lui s'opèrent: l'importance qu'il accorde aux grues, son amour du jazz, le prénom de sa fille, etc. La situation des sans-abris est mise en regard avec celle des ouvriers. Une drôle d'amitié naît entre Treefrog et Angela, par exemple. Souvent, leurs dialogues à la limite du surréalisme prêtent à sourire. Treefrog est un peu déroutant, mais attachant. On s'interroge quant aux raisons de ses manies, on se demande pourquoi il vit dans la rue... Il ne semble pas toujours équilibré (ceux qui ont lu le livre comprendront le clin d'oeil), et on le soupçonne d'avoir de mauvaises pensées, ce qui ne va pas avec la gentillesse dont il fait preuve, par ailleurs. Bien sûr, on finit par savoir ce qu'il en est...

Dès le début, une ambiance se dégage. Tout est bien décrit, on suit les personnages comme si on marchait à côté d'eux. J'ai eu un peu de mal à entrer dans les premiers chapitres concernant Treefrog, et je m'y suis sentie un peu perdue, ayant l'impression de piétiner. Mais plus j'avançais, plus j'emboîtais les pièces, mieux je comprenais la signification d'un détail a l'air anodin.
Le style d'écriture démarque également ce roman. Les mots sont soigneusement choisis, faisant tout de suite naître des images en tête. La narration est riche, aboutie, fluide. Les dialogues sont parfois crus, mais ce n'est pas dérangeant. Le contraste entre la narration et cette crudité fait encore mieux ressortir les situations dans lesquelles évoluent les protagonistes. Parfois, on ne s'embarrasse pas de fioritures, on dit les choses comme elles sont, comme on les sent, on n'a pas le temps de faire dans la dentelle. C'est aussi ce qui fait le charme de ces personnages.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frantz Confiac.

Je suis déjà passée devant des livres de Colum McCann sans être tentée. J'ai choisi de lire «Les saisons de la nuit» malgré la structure mettant deux personnages en parallèle et les ellipses (deux éléments que je n'aime pas trop), parce qu'il a été enregistré par Frantz Confiac. C'est encore un comédien dont j'apprécie beaucoup les doublages. Son interprétation de ce roman est telle que je la pressentais. Il parvient à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. Moi qui ne suis pas partisane de modifications de la voix, je comprends qu'on lui ait demandé de le faire, parce qu'ici, cela m'a aidée à imaginer les personnages. La partie un peu délicate est la voix d'Angela. Celle de Frantz Confiac étant naturellement assez grave, il est logique qu'il l'ait un peu «montée» pour ce personnage. Il le fait pour d'autres femmes, mais surtout pour le rôle d'Angela. Je trouve qu'il a su doser les aiguës. Il a également réussi à prendre une voix un peu différente lorsqu'il joue Nathan à quatre-vingt-neuf ans. D'habitude, je préfère que les comédiens ne se risquent pas à faire des voix supposément de personnes âgées, car cela tombe très vite dans le caricatural. Frantz Confiac s'en sort bien.
J'espère qu'il enregistrera beaucoup d'autres livres qui me tenteront.

Pour information, la structure du livre a été respectée à 99%: les deux premiers chapitres sont sur la même piste.

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30 lectures

lundi, 24 juillet 2017

Ask me, de Kimberly Pauley.

Ask me

L'ouvrage:
Aria Morse a dix-sept ans. Depuis qu'elle a douze ans, si on lui pose une question, elle répond la vérité, même si elle ne la connaissait pas juste avant qu'on la questionne. Il y a d'ailleurs certaines réponses qu'elle ne connaît que parce qu'on vient juste de l'interroger. C'est un don. Elle le voit comme un mauvais sort. En effet, il lui est impossible de mentir lorsqu'on lui pose une question. Voilà pourquoi elle a souvent son lecteur MP3: lorsque ses camarades et ses professeurs posent des questions, elle ne veut pas les entendre.
Un jour, Jade, une fille de sa classe, disparaît.

Critique:
J'ai bien aimé le début du roman. Le don d'Aria est ainsi fait qu'en plus de dire la vérité, elle répond assez souvent de manière étrange. Tout cela fait qu'elle n'a pas d'amis. On s'attache donc à elle et on comprend qu'elle souffre de cette situation. De plus, ses grands-parents (chez qui elle vit) sont attachants.

Ensuite, on apprend assez vite ce qui est arrivé à Jade. Je me suis alors demandé comment l'auteur allait faire pour poursuivre son histoire sans traîner. C'est là que cela se transforme en polar un peu trop classique à mon goût, renfermant une très grosse ficelle employée avec de gros sabots. L'auteur prend un certain risque: celui que le lecteur devine qui est le «méchant». Malheureusement, je l'ai très vite deviné. À partir de ce moment, j'ai trouvé que les choses traînaient beaucoup, et que Kimberly Pauley en faisait trop. Par exemple, lorsque quelqu'un pourrait poser une question qui approcherait trop Aria de la solution de l'énigme, quelque chose vient interrompre l'échange. En outre, je n'ai pas compris pourquoi la police prenait au sérieux un appel anonyme. Je n'ai pas non plus compris pourquoi Aria accordait si facilement sa confiance à une personne. Certes, c'est expliqué: c'est la seule personne qui essaie de voir au-delà des apparences, et Aria a besoin d'amis. D'accord, mais alors pourquoi ne fait-elle pas confiance à l'autre personne qui essaie de se rapprocher d'elle? Sûrement parce que cette autre personne est étrange, mais Aria devrait savoir mieux que personne qu'il ne faut pas s'y arrêter. De plus, il est un peu gros qu'elle ne décode pas la solution de l'énigme dans sa réponse saugrenue, puisque cette réponse utilise un mécanisme qu'elle connaît. Bien sûr, quand on est impliqué (comme le sont les personnages), il est fréquent qu'on ait le nez sur la solution, et qu'on ne la trouve pas. J'ai été profondément agacée parce que je l'ai tout de suite trouvée, et parce qu'à mes yeux, Aria se comportait comme une sotte.

Si le début du roman m'a enthousiasmée par son originalité et ses personnages attachants, j'ai été très déçue que la suite soit si bancale et poussive.

Remarque annexe:
Si ce livre est traduit un jour, je me demande comment sera traduite la réponse en forme de poème d'Aria.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Blackstone audio.

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41 lectures

jeudi, 20 juillet 2017

Raison et sentiments, de Jane Austen.

Raison et sentiments

L'ouvrage:
Domaine de Norland, Sussex. À la mort d'Henry Dashwood, son fils aîné (John) hérite de la plupart de ses biens. Sa femme (Fanny) et lui ne désirent pas aider financièrement la seconde épouse d'Henry et ses trois filles: Elinor, Marianne, et Margaret. Celles-ci, n'ayant que le peu qu'Henry a pu leur laisser, finissent par déménager dans le Devonshire. Cela éloigne Elinor de celui pour qui son coeur soupire: Edward Ferrars, frère aîné de Fanny. Quant à Marianne, elle s'éprend rapidement de John Willoughby, qui lui a porté secours alors qu'elle s'était foulé la cheville.

Critique:
C'est avec délectation que je me suis plongée dans ce roman sympathique, dont l'intrigue un peu simple est servie par une brillante écriture. L'ambiance est parfaitement plantée dès le premier chapitre. On a l'impression d'être aux côtés de ces jeunes filles et de leur entourage: entre mondanités, protocole, coups bas, amours naissantes. Le style vivant et relevé de Jane Austen recrée à merveille une époque et une société avec ses codes.

L'un des thèmes du roman est (comme l'indique le titre) la manière dont s'opposent le caractère d'Elinor et celui de Marianne. Marianne, fougueuse, prompte à se précipiter dans une histoire ayant tous les aspects romanesques qui lui plaisent, avec un homme qu'elle sent aussi passionné qu'elle, n'hésite pas à se montrer injuste envers certaines personnes. Elinor, pondérée, ne décide rien à la légère, prend le temps de regarder son entourage, d'analyser les situations. Encore de nos jours, on remarque que pour beaucoup de gens, seules les apparences comptent. Ici, c'est illustré par Marianne qui, ne voyant pas sa soeur souffrir, imagine que tout va bien pour elle. Or, Elinor ne montre pas sa détresse, mais son tourment est aussi grand, voire pire que celui de sa soeur. Je fais le parallèle avec notre société, car malheureusement, les choses restent ainsi: peu de gens creuseront et chercheront à comprendre une personne qui ne montre pas ce qu'elle ressent.

Jane Austen fait rire en exposant les mesquineries de certains. Par exemple, au début, la manière dont John et Fanny Dashwood parviennent à ne rien donner à madame Dashwood et à ses filles tout en se félicitant de leur prodiguer une attention de temps en temps est cocasse. Plus tard, on s'amusera également de John flattant sa demi-soeur, lui trouvant toutes les qualités du monde, tout ça parce qu'il espère qu'un homme riche l'épousera. Beaucoup de choses sont ainsi dans ce roman, et malgré la grande souffrance des deux jeunes filles (épreuve dont Marianne sortira mûrie), la drôlerie reste omniprésente. On dit des horreurs de façon extrêmement bien tournées, avec le sourire, on les enrobe d'une douceur trompeuse, on réplique, on rétorque, on cancane, tout cela pour la plus grande joie du lecteur. Cependant, il ne faut pas penser que tous les protagonistes sont superficiels. Outre les deux héroïnes, madame Gennings est un personnage sympathique. Au début, on a l'impression qu'elle est une cancanière invétérée, alors qu'en fait, elle a beaucoup de coeur. J'ai bien aimé le quiproquo que l'auteur parvient à créer entre elle et Elinor concernant la proposition du colonel Brandon.

Remarque annexe:
Il est amusant que trois personnages s'appellent John. ;-)

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch.

Je pense qu'il vaut mieux lire ce roman en audio. Cachou Kirsch adopte d'emblée le ton et le jeu qui correspondent à l'écriture et à l'époque. De plus, elle modifie sa voix sans en faire trop lorsqu'il s'agit de certains personnages. Son interprétation contribue beaucoup à l'immersion du lecteur dans l'univers dépeint.
J'ai trouvé qu'elle prononçait les noms propres comme il le fallait, sans faire un accent exagéré, sauf pour «Harris» dont elle fait le «r» à l'anglophone. Heureusement pour moi, on voit peu monsieur Harris. ;-)

L'éditeur audio a respecté la structure du livre à 99%: seul un chapitre est coupé en deux.

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44 lectures

jeudi, 13 juillet 2017

Par amour, de Valérie Tong Cuong.

Par amour

L'ouvrage:
Valérie Tong Cuong crée une famille unie à qui elle fait traverser la deuxième guerre mondiale.

Critique:
Moi qui suis souvent agacée par les auteurs qui se jettent sur le thème de la deuxième guerre mondiale et l'exploitent à outrance, j'ai voulu voir ce qu'en ferait Valérie Tong Cuong, dont j'ai lu cinq livres, parmi lesquels trois m'ont plu.
Pour moi, elle a su raconter les faits tout en décrivant habilement les sentiments de ses protagonistes. Les éléments historiques prennent vie sous sa plume. Je souligne cela parce que je fais partie des rares (Y en eut-il seulement?) qui sont restés hermétiques à la lecture (je n'ai lu que le début) de «Elle s'appelait Sarah». J'avais l'impression que l'auteur tentait de faire naître l'émotion avec des clichés sans cesse remâchés. Ici, cela n'a pas été le cas. Mêlant l'Histoire à la vie de ses personnages, la romancière les mène au bout d'eux-mêmes. Leurs réactions et leurs actes sont réalistes, compte tenu de leur caractère. À travers eux, sont montrées les différentes réactions de la population quant aux coups qu'infligea la guerre. Par exemple, l'armistice de 1940 en a réjoui certains qui pensaient que tout valait mieux que cette guerre. Mais d'autres ont tout de suite poussé le raisonnement plus loin, et envisagé ce que serait l'occupation. Il est logique que Muguette, que le lecteur sent tout de suite plus insouciante qu'Émélie, commence par être soulagée par cet armistice. Cela ne fait pas d'elle une lâche ou une mauvaise personne.

Les personnages sont tous attachants. Chacun veut protéger les siens. Chacun le fera à plus ou moins grande échelle. Par exemple, Joseph tente de plaisanter de beaucoup de choses...
Certains choisiront de préserver les autres à coups de mensonges, prenant le risque d'être méprisés par ceux qu'ils aiment. À ce sujet, je pense toujours que la vérité vaut mieux que le mensonge, mais que serait-il advenu si Émélie avait dit la vérité à sa soeur? Qu'aurions-nous fait à sa place?
D'autres personnages se sentent inutiles. Lucie, par exemple, s'en veut de ne pas être assez courageuse.

J'ai trouvé certaines choses un peu moins bien amenées dans l'avant-dernier chapitre. Par exemple, Jean, sachant qu'il peut être un handicap pour sa famille (la suite me donnera d'ailleurs raison), n'aurait pas dû insister pour rester au coeur de l'action (si j'ose dire). En outre, lorsque son père cède, Jean est très content. L'auteur a voulu montrer un adolescent qui souhaite aider sa famille dans un moment pénible; j''ai plutôt trouvé la réaction du personnage peu mature. Ensuite, l'événement le plus marquant du chapitre m'a semblé être là par souci de crédibilité, afin que le livre ne se termine pas trop bien pour la famille, comme si l'auteur avait pensé: «Bon, il faut que je leur inflige un coup plus dur que ceux qui les ont frappés jusque-là.». De ce fait, j'ai trouvé cela un peu artificiel. Certains diront que je me suis imaginé cela parce que, justement, ce coup dur ne m'a pas plu. C'est possible.

Service presse des éditions Audiolib.
La distribution est la suivante:
Lucie et Émélie: Kelly Marot
Muguette et Marline: Émilie Vidal Subias
Joseph et Thuriau: Olivier Martinaud
Jean et Joffre: Benjamin Jungers

Je connaissais déjà Kelly Marot. Je me rends compte que je ne la connais que dans des rôles sérieux, voire graves. Elle prend donc une intonation grave, ce qui va bien à ce roman, mais je finis par me demander si elle pourrait lire des livres drôles. Elle prend une voix un peu plus aiguë pour Lucie, ce qui se comprend, puisque c'est une adolescente.

Je ne connaissais pas Émilie Vidal Subias. J'ai apprécié sa voix et son jeu naturel. Au long du roman, Muguette chantonne quelques airs. La comédienne a joué le jeu, et a fredonné sans cabotiner. Cela m'a plu, surtout que dans d'autres productions audio, certains comédiens ne le font pas. Je me souviens en avoir voulu à Marianne Épin pour n'avoir pas chanté «Joyeux anniversaire».

Je ne connaissais pas non plus Olivier Martinaud. J'ai apprécié sa voix et son jeu. Il avait deux rôles, mais n'a pas tenté de modifier sa voix (ou à peine), ce que je trouve préférable.

Je connaissais à peine Benjamin Jungers pour l'avoir entendu en passant devant le bureau de mon mari qui lisait «Tom petit Tom, tout petit homme, Tom». J'avais un a priori négatif parce que je trouvais qu'il en faisait trop. Ici, il m'a également semblé qu'il en faisait trop, mais pas beaucoup trop. Il a peut-être eu du mal à trouver sa voix pour chacun des rôles... Pour moi, il accentue un peu trop le côté «dramatique» de ce que vivent les personnages. Je sais aussi que cette remarque vient de quelqu'un de sévère, et qu'une personne normale ne trouvera rien à redire au jeu du comédien, car cette accentuation que j'ai remarquée est très subtile.

L'éditeur audio n'a pas respecté la structure du livre. Beaucoup de chapitres sont coupés en deux.

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63 lectures

jeudi, 29 juin 2017

La passerelle, de Lorrie Moore.

La passerelle

L'ouvrage:
Tassie Keltjin, vingt ans, étudiante, trouve un travail de baby-sitter chez Edward et Sarah. Cela lui donne l'occasion d'observer le couple et leurs amis, représentants d'une certaine société.

Critique:
Ce roman m'a un peu surprise. Il est très lent. Au début, cela m'a un peu perturbée, mais quand j'ai compris que ce serait comme ça tout le temps, j'ai cessé de me demander pourquoi la narratrice s'arrêtait si souvent pour faire des remarques, et ai fait davantage attention aux fameuses remarques. Tassie pose un oeil à la fois amusé et étonné sur ce qui l'entoure. Elle semble plus avertie, plus mûre que certains. Elle n'est jamais ennuyeuse (j'avais commencé par le croire, à la lecture de ses espèces de digressions). Avisée, fine observatrice, la jeune fille livre ses pensées par rapport à ce qu'elle voit. Ses remarques sont souvent drôles. D'ailleurs, Lorrie Moore insère des situations cocasses, donnant lieu à d'étranges jeux de mots ou quiproquos. Par exemple, le frère de Tassie entend parfois un mot pour un autre, ou bien associe certains sons, et croit que tel mot veut dire ceci ou cela... Je me suis demandé comment certains jeux de mots avaient été traduits en français. Par exemple: «It's scold outside» ou «their knee grows»... il y en a beaucoup d'autres, dont certains que je n'ai sûrement pas compris.

L'année que nous raconte Tassie est loin d'être amusante, malgré les drôleries distillées par la narratrice et l'auteur. La situation d'Edward et Sarah place le racisme au coeur de certaines conversations. J'ai été aussi choquée que Tassie de certaines remarques. Pour ne donner qu'un exemple: celle de la femme qui voudrait que Mary-Emma soit l'amie de sa fille, parce que cette dernière n'a pas encore d'amis noirs.

Au long du roman, je n'ai pas réussi à apprécier Sarah et Edward. De petites choses s'accumulent à leur encontre, la plus évidente étant qu'ils ne semblent pas vraiment aimer Mary-Emma. Cela se confirme (si besoin était) au chapitre 5. Après ce qui s'y passe, j'ai pensé que Tassie ferait une certaine chose. Pourtant, j'ai vite dû reconnaître que cela n'aurait pas été réaliste. Lorrie Moore aurait sûrement su l'amener si elle l'avait voulu, mais cela aurait peut-être ôté un peu de vraisemblance à ce roman.

Si certains personnages donnent l'impression de ne pas évoluer, d'être égoïstes, de ne pas apprendre de leurs erreurs, Tassie n'est pas de ceux-là. Cette année avec ses joies, ses satisfactions, et ses blessures, lui enseignent la vie.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman riche, abouti, et très bien pensé, mais j'en dévoilerais trop.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mia Barron pour les éditions BBC Audiobooks America.
j'aime beaucoup Mia Barron dont le jeu est naturel et vivant. Si elle modifie un peu sa voix pour les personnages masculins, elle n'en fait pas trop.

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