jeudi, 7 janvier 2021

Un peu, beaucoup, à la folie, de Liane Moriarty.

Un peu, beaucoup, à la folie

L'ouvrage:
Ce matin-là, Erika croise son voisin. Celui-ci les invite, son mari et elle, à un barbecue le jour même. Par ricochet, Clémentine et Sam (qui devaient prendre le thé chez Erika et Oliver) sont invités. Lors du barbecue, quelque chose se passe...

Critique:
Après avoir aimé «À la recherche d'Alice Love», j'ai décidé de me lancer dans un autre roman de Liane Moriarty. Celui-là m'a plu, mais moins. D'abord, je n'ai pas apprécié qu'elle traîne beaucoup avant de révéler ce qui est arrivé lors de ce fameux barbecue. Bien sûr, elle le fait exprès. Cependant, je pense qu'elle pouvait le raconter plus tôt tout en préservant le plus important, car à mon avis, le suspense n'est pas ce qui compte le plus dans ce roman. C'est plutôt la psychologie et les motivations des personnages. J'ai aussi trouvé dommage que l'autrice mette tant de temps à nous dire ce qui turlupine Dakota, ainsi que la chose que j'ai très vite devinée concernant Holly.

Au départ, j'ai trouvé Erika et Clémentine détestables. À mesure que le roman avançait, et que l'autrice expliquait certaines choses, je comprenais mieux les héroïnes. Je tentais, comme je le fais souvent, de deviner ce que j'aurais fait à leur place. J'ai également apprécié la manière dont c'est fait: souvenirs du passé couplés à ce que pense tel et tel personnage. J'ai eu le même cheminement concernant les autres protagonistes, mais je n'ai pas commencé par les détester tous.

Je n'aime pas l'idée qu'on puisse penser pis que pendre de quelqu'un tout en lui faisant des sourires, mais je sais que j'exagère. Les personnages de ce roman ne font pas forcément cela d'une manière aussi poussée. Et puis, malheureusement, beaucoup de gens doivent agir ainsi dans notre société. Moi non. Bien sûr, je ne me montre pas absolument détestable avec les personnes que je n'aime pas, mais je ne me force pas à passer du temps en leur compagnie. À la décharge des personnages du roman, beaucoup d'entre eux évoluent au long de l'histoire. À la fin, on se demande comment tourneront certaines choses, mais on peut s'en douter. De toute façon, on a pas mal de réponses.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sophie Frison pour les éditions Audiolib.

J'ai lu peu de romans enregistrés par cette comédienne, et j'ai apprécié son jeu. Ici, elle n'a pas démérité. Elle n'a pas trop modifié sa voix pour les rôles masculins, et a su exprimer les sentiments des personnages.

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209 lectures

jeudi, 31 décembre 2020

Celle qui marche la nuit, de Delphine Bertholon.

Celle qui marche la nuit

L'ouvrage:
Juillet 2017. À cause du travail de son père, Malo, quinze ans, doit quitter Paris et ses amis pour un petit village aux environs de Nîmes. Non seulement l'adolescent est triste de perdre ses repères, mais il ne se sent pas à l'aise dans la maison achetée par son père. Outre l'impression étrange qu'il ressent, il s'avise que sa petite sœur (Jeanne, cinq ans) a un curieux comportement...

Critique:
Ce roman a satisfait la fan de Delphine Bertholon que je suis. D'abord, la romancière est très bien entrée dans la peau d'un adolescent. Je pense que beaucoup en feraient trop s'agissant de cela. Le personnage est attachant. On éprouve d'abord de la sympathie pour lui qui doit abandonner une vie qu'il aime, et se retrouve parachuté dans un endroit où il commence par s'ennuyer. Ensuite, Malo est le seul qui se préoccupe vraiment de ce qui arrive à Jeanne. Les parents finissent par s'en rendre compte, mais après qu'il les a forcés (en quelque sorte) à l'écouter. Puis, lorsqu'il se rend compte de la gravité de ce qui arrive, il accepte de promettre d'aider celle qui en a besoin, alors qu'il digère à peine l'étrangeté de la chose... Bref, dans tout ce qu'il fait (même ce qu'il finit par qualifier d'action «débile») il est sympathique, car il veut bien faire.
D'une manière générale, les autres personnages aussi sont sympathiques.

Le livre est court. C'est ce qui a failli m'arrêter. Pourtant, les choses ne sont pas bâclées. Comme j'appréciais les personnages, j'aurais été contente qu'il y ait quelques chapitres supplémentaires, mais ils n'auraient pas été nécessaires.
Le thème principal a été utilisé dans d'autres romans. Cela m'a un peu fait craindre de trouver du remâché ou du mal amené. Heureusement pour moi, l'histoire ne se transforme pas en un cauchemar horrifiant, et rien n'est mal amené. On ne pourra s'empêcher de se demander ce qu'on aurait fait à la place du personnage coupable. J'espère que j'aurais agi autrement. Je l'imagine, mais on ne peut en être sûr que si on y est confronté...

L'autrice est assez forte pour distiller de la tension, et l'alléger de temps en temps avec de petites notes d'humour. Par exemple, Malo et Agathe discutant du cadeau offert par cette dernière, ou certaines réflexions amusantes et à propos de l'adolescent.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Batteau pour l'association Valentin Haüy.

Le lecteur a une voix sympathique. En outre, sa lecture n'est ni trop sobre ni exagérée. Il met toujours le ton approprié. Je ne le connaissais pas: je vais chercher d'autres livres qu'il a enregistrés.

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231 lectures

jeudi, 24 décembre 2020

Les lendemains, de Mélissa da Costa.

Les lendemains

L'ouvrage:
Après la perte d'êtres chers, Amande ne sait comment elle va pouvoir vivre. Elle commence par quitter son appartement lyonnais pour louer une maison en Auvergne. Là, elle s'enferme dans son chagrin. Mais c'est sans compter l'amour que lui portent ceux qui lui restent, ainsi que les rencontres que lui fera faire le hasard.

Critique:
Au départ, je ne voulais pas lire ce roman, car j'avais peur que les «rencontres» dont parle la quatrième de couverture impliquent une rencontre amoureuse, que ce soit sirupeux, etc. Je me suis laissée tenter d'abord parce que rien, dans la quatrième de couverture, ne justifiait ma peur du mièvre. De plus, le roman a été enregistré par une lectrice dont j'apprécie beaucoup le ton et la voix. Le livre m'a plu. Il n'y a rien de sirupeux. Amande avance pas à pas, apprend a vivre avec l'absence, apprend à trouver du plaisir à faire des choses qui, de prime abord, ne l'attiraient pas. Mélissa da Costa dépeint très bien les états d'âme d'une personne qui souffre, qui sait que rien ne sera jamais comme avant, qui lutte à la fois contre le désespoir et les tentatives de la vie de la ramener à la surface... Elle nous dit que même s'il y a des pertes dont on ne se remet pas, il faut tenter de faire au mieux, et de profiter le plus possible de ce qu'on a. Ce n'est pas facile, et notre héroïne l'expérimente avec crainte, étonnement, et plaisir.

Bien sûr, on pourrait reprocher à la romancière de faire survenir un élément un peu gros, mais elle le prépare très bien. Je fais allusion à l'aptitude que se découvre Amande, aptitude que sa nouvelle amie et elle vont transformer en une opportunité. Bien sûr, cela peut sembler un peu facile, mais pourquoi pas?

Au long du livre, la romancière met son héroïne face à de délicates situations. La plus pénible est, pour moi, ce qui arrive à Yann et Cassandra (je le tourne ainsi pour en dévoiler le moins possible). Amande en souffre, mais sait faire la part des choses, et est très vite heureuse pour eux. Cela fait qu'elle parviendra à prendre part à leur bonheur, et à en profiter.

À un moment, une main maladroite se tend vers la jeune femme. Compte tenu des circonstances et de son passé précautionneux avec ceux qui tendent la main, j'imaginais qu'elle allait la refuser. J'ai été contente qu'elle ait la force de la saisir, et là encore, de profiter de ce que cela lui apporte.

À l'instar de Camille Pagán dans «I'm fine and neither are you», Mélissa da Costa décrit, avec finesse et délicatesse, le chagrin de personnes endeuillées. Amande n'est pas la seule à souffrir, et il est facile de s'identifier à tous ces personnages aimables et chaleureux dont la vie a pris un mauvais tournant.

La romancière ne tombe pas dans la bêtise et la mièvrerie: elle ne règle pas tous les problèmes en un claquement de doigts final. Par exemple, la narratrice ne s'entend pas avec sa mère, et même si elles parviennent à trouver un fragile équilibre lors de la visite de cette dernière, l'autrice ne nous balance pas une réconciliation qui n'aurait pas été crédible, étant donné que les deux femmes ne se comprennent pas, et que l'une a beaucoup de mal à accepter les choix de l'autre.

Voici maintenant deux remarques stupides:
Ce roman est écrit en français et se passe en France. Étrangement, je me suis plusieurs fois surprise à penser: «Tiens, il faudrait que je sache comment telle réplique est tournée en VO pour voir si ça a été correctement traduit.» Je ne pouvais pas m'enlever de la tête que le roman était traduit de l'anglais. Est-ce parce que je l'ai associé au livre de Camille Pagán sus-cité?
Le prénom de la narratrice me perturbait (allez comprendre pourquoi) et dans ma tête, je lui donnais le prénom de la lectrice. ;-)

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Elvire de Montjou pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je n'ai pas été déçue par la lecture d'Anne-Elvire de Montjou. J'imagine qu'il n'a pas dû être facile d'enregistrer ce roman, car il ne fallait absolument pas surjouer les émotions de l'héroïne, mais il ne fallait surtout pas être monotone. Pour moi, la lectrice s'en sort très bien.

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241 lectures

jeudi, 17 décembre 2020

Le bracelet, d'Andrea Maria Schenkel.

Le bracelet

L'ouvrage:
Ratisbonne, 1938. Grete Schwarz est catholique, son mari est juif. La jeune femme sent que vivre en Allemagne devient de plus en plus risqué. Un ami renforce ses craintes, pousse la famille à quitter le pays, et lui donne des billet pour Shanghai. Seulement, le mari de Grete ne peut se résoudre à quitter son pays aimé. De plus, il est persuadé que le gouvernement le laissera tranquille. La mort dans l'âme, Grete part donc avec ses deux enfants, Carl et Ida.

Critique:
Je commencerai cette chronique par un avertissement: la quatrième de couverture du roman contient des éléments inexacts. Ou alors, il y a quelque chose que je n'ai pas compris... De plus, elle en dit davantage que mon résumé. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose dans ce cas...

Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai mis un moment avant de le sortir de ma pile à lire, d'abord parce qu'il parle d'une période qui, pour moi, est trop évoquée par les romanciers, et mal par certains. De plus, la structure n'est pas absolument chronologique, et je n'aime pas trop ce genre de structures. Heureusement, j'ai dépassé mes réticences, et même si j'aurais préféré quelque chose de plus linéaire, je comprends que l'auteur ait fait ainsi. Quant à la période évoquée, pour moi, il n'y a ni grandiloquence ni larmoiements, autant de mauvais ingrédients qu'on retrouve chez ceux qui galvaudent l'évocation de ces années. En outre, cela m'a permis de mieux situer certains éléments de l'époque qui, dans ma tête, étaient flous. Par exemple, l'attitude de la Chine envers les réfugiés allemands, etc. Ce qu'il se passe lorsque le bateau où sont les Schwarz arrive en Égypte est aussi un élément important pour comprendre comment se déroulaient les choses...

Grete éveillera la compassion et l'admiration du lecteur. Elle sait qu'elle doit affronter des épreuves (perte de son mari, de ses repères, adaptation à un nouvel environnement avec peu de ressources) et elle ne baisse jamais les bras. Elle parvient même à faire avec les «imprévus» dont l'un est très douloureux.
Quant à Carl, il réagit presque toujours comme je m'y attendais. J'ai été un peu déroutée qu'il semble «froid» envers sa mère après ce qui arrive en 1947, mais peut-être est-ce sa manière de gérer la situation.

L'attitude de certains (comme Trudi) montre les débordements qu'occasionnait le régime nazi. Si au début, j'ai compris Trudi et éprouvé de la compassion pour elle, ensuite, j'ai été écoeurée par son comportement. Je ressentais un peu la même chose envers Erna. Chacune savait qu'elle agissait mal, mais chacune refusait de l'admettre. Erna, me semblait-il, aurait été plus encline à l'admettre que Trudi, car elle en prenait davantage conscience.

L'intrigue est sans temps morts. J'aurais souhaité que certaines choses soient davantage expliquées. Qu'est-il arrivé à certains personnages? Quant à ce qui arrive en 2010, j'aurais également voulu en savoir davantage.

Je ne sais pas si le titre est une traduction ou si l'éditeur français en a choisi un autre. En tout cas, il me convient. Au départ, le bracelet ne paraît pas si important, mais il finit par mener Carl vers une explication.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est parce que ce roman a été enregistré par cette lectrice que j'ai dépassé mes réticences. J'apprécie sa lecture, et j'ai plusieurs fois constaté que des livres qui ne me tentaient pas enregistrés par elle me plaisaient.

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jeudi, 10 décembre 2020

Les garçons de l'été, de Rebecca Lighieri.

Les garçons de l'été

L'ouvrage:
Cet été-là, Thadée et Zachée sont à la Réunion. Ils doivent rentrer en France dans quelques jours. C'est alors qu'en surfant, Thadée est attaqué par un requin, sa jambe droite est arrachée.

Critique:
Ce roman m'a plu. Certes, j'ai été un peu dérangée par certains aspects, mais c'est voulu de la part de l'auteur. En ce sens, elle a réussi son pari: elle a très bien dépeint certaines façons d'agir et de penser qui dérangent, mais qui, malheureusement, font partie de notre société. En gros, elle m'a forcée à regarder la vérité en face. Par exemple, Mylène m'a très vite paru détestable. Engluée dans son auto-suffisance, dans sa préférence (ignorée de personne) pour son fils aîné et dans l'aveuglement qui en découle, elle m'a très vite donné envie de la confronter à la réalité. Quant à Jérôme, il est peut-être un peu moins méprisable, mais disons plutôt qu'il l'est d'une autre manière. Il est plus lucide que Mylène quant à ses deux fils, mais certains de ses actes sont peu reluisants, surtout qu'il se trouve des excuses pour agir comme il le fait. On me dira qu'il n'aurait pas pu faire quelque chose de radical: Mylène ne l'aurait pas laissé faire. Du reste, lui-même ne s'aventure pas à imaginer ce que cela serait. Il évoque une possibilité d'entre-deux, mais sachant que Mylène refuserait, il ne fait rien.
Ces deux personnages m'ont profondément déplu, mais je dois reconnaître qu'on les retrouve dans notre société. Si cela se trouve, il y en a bien plus que ce que je pense... Quelle horrible perspective...!

L'autrice analyse parfaitement d'autres mécanismes de la personnalité, de l'héritage moral que les parents font passer à leurs enfants, etc. Tout cela est très bien fait à travers différents personnages, différentes façons d'être et de penser...

L'intrigue est sans temps morts. La strucTure est de celles que j'appelle «à la Picoult» (parce que je l'ai surtout rencontrée chez Jodi Picoult, c'est presque sa marque de fabrique): chaque chapitre est raconté du point de vue d'un personnage. Ysé, par exemple, n'intervient que sur un chapitre, mais il est long. Il y a une fin, mais j'aurais quand même aimé savoir ce qui arrive ensuite. En fait, je pense que Rebecca Lighieri pourrait écrire une suite sans problèmes. Peut-être faudrait-il qu'elle s'attachât davantage à Ysé et Cindy, tout en reléguant certains personnages au second plan, comme elle a commencé à le faire à la fin du roman. En effet, j'aimerais savoir comment évoluent Ysé, Thadée, Cindy, Jordy... Tel personnage souffre-t-il autant que d'autres et moi le souhaitons?...

Au début du livre, il est indiqué que Rebecca Lighieri est un pseudonyme d'Emmanuelle Bayamack-Tam. Je n'ai lu qu'«Arcadie» et «Les garçons de l'été», mais je me demande pourquoi elle ne publie pas tous ses romans sous le même nom. Après tout, ce sont des «romans sociaux»... J'imagine qu'à l'instar de l'autrice de «L'assassin royal» (et peut-être d'autres, mais je ne parle que de ce que je connais), elle trouve que ses romans sont trop différents pour cela.

Éditeur: POL.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Une fois encore, j'ai apprécié la lecture fluide et le jeu ni trop sobre ni exagéré de la lectrice.

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