jeudi, 18 avril 2019

Isidore et les autres, de Camille Bordas.

Isidore et les autres

L'ouvrage:
Au début du roman, Isidore a onze ans. Il nous raconte quelques années de sa vie d'enfant normal entouré de frères et soeurs surdoués. Bérénice, Aurore, et Léonard en sont chacun à un stade plus ou moins avancé de leur thèse, Jérémy a déjà composé plusieurs morceaux de musique... Simone, la plus proche d'Isidore en âge (douze ans et demie), entre en Seconde. Elle veut être célèbre, et a décrété que son petit frère écrirait sa biographie.

Critique:
J'ai un énorme reproche à adresser à ce roman: il est... trop court!!! En effet, il m'a beaucoup plu, et je suis triste qu'il ait été si vite fini. Je pense que je l'ai préféré aux deux romans précédents de Camille Bordas. Bien sûr, il faudrait que je les relise pour m'en assurer. Dans «Isidore et les autres», la romancière expose certaines façons de voir la vie, entre autres à travers des réflexions de Simone (notamment sa théorie de l'entonnoir), le désarroi d'Aurore après la soutenance de sa thèse, le souhait de Bérénice de rester étudiante, ce que dit Herr Coffin à Isidore lorsque celui-ci lui dit qu'il désire être professeur d'Allemand... J'ai trouvé tout cela très bien pensé, très justement analysé. Je me suis même dit que Camille Bordas devait avoir fait un tour dans ma tête avant d'écrire ce roman, car elle dit beaucoup de choses auxquelles j'ai déjà réfléchi, et ses conclusions sont les miennes.

Outre cela, j'ai aimé suivre l'histoire de cette famille. C'est la vie que Camille Bordas nous raconte d'une plume fluide, parfois caustique, parfois grave. Tous les personnages, qu'on les apprécie ou non, ont quelque chose à dire.
Je ne sais pas trop quoi penser de Denise. Je ne peux pas blâmer ses parents et dire ici qu'ils auraient dû lui parler davantage, parce qu'ils le faisaient peut-être... Denise a éveillé à la fois ma compassion et mon agacement. Pourquoi est-elle ainsi? Apparemment, il y a des gens comme elle, et on ne peut pas toujours les comprendre... Malgré sa préoccupation majeure, elle savait être drôle. Par exemple, j'ai bien aimé la conversation dans laquelle elle explique à Isidore qu'elle n'aime pas le dîner, et où elle finit par le traiter de conformiste parce qu'il dit aimer ce moment, assortissant cela d'arguments... conformistes.

Je n'ai pas vraiment compris Aurore. Son mal être est explicable, mais ensuite, Isidore et le lecteur n'ont pas toutes les clés pour la décrypter. Ce n'est d'ailleurs pas un personnage qui m'a beaucoup marquée. Simone étant la plus proche d'Isidore, c'est celle que le lecteur connaît le mieux parmi ses frères et soeurs. J'approuve totalement Simone qui est exaspérée par le fait que beaucoup d'adolescents écrivent en faisant énormément de fautes. Son envie de célébrité m'a un peu fait tiquer, mais j'ai apprécié ses raisonnements, ainsi que son amour du petit cocon familial.
J'ai aussi apprécié Daphné. À travers elle, l'auteur pointe du doigt l'hypocrisie de la société.

Dans cette famille entre banale et peu commune (cinq enfants sont surdoués, mais chacun réagit comme tout le monde lorsqu'une douleur frappe), Isidore fait son petit bonhomme de chemin. Il est très attachant. De temps en temps, il fait une fugue pour faire plaisir à sa mère (il est persuadé qu'elle cherche une occasion de crier après un de ses enfants, parce que les surdoués ne lui en ont jamais donné), mais cela ne dure pas assez longtemps. Ces faux départs sont des occasions pour lui d'apprendre certaines choses auxquelles il ne se serait pas attendu, et pour le lecteur de rire un peu. Par exemple, l'une de ses escapades le pousse chez Bérénice, et ce sur quoi il tombe à son arrivée est assez cocasse. C'est très loin d'être la seule situation amusante du roman.

Joies, peines, personnages attachants et bien construits... ce roman est à lire!

Éditeur: Inculte.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisette Vogel pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je connais peu cette lectrice bénévole. Tout comme dans «Mirage», j'ai apprécié son interprétation. Son ton est approprié, jamais affecté.

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lundi, 15 avril 2019

Worthy, de Catherine Ryan Hyde.

Worthy

L'ouvrage:
Aaron est veuf depuis presque deux ans. Il vit avec son fils de quatre ans, Buddy. Ce soir-là, le père et le fils se rendent dans un drugstore où ils ont leurs habitudes. Buddy n'aime pas trop y aller parce qu'il faut laisser la chienne devant la porte, mais aussi parce que son père discute beaucoup avec Virginia, l'une des serveuses. C'est d'ailleurs ce soir-là qu'Aaron, pendant que Buddy donne à manger à leur chienne, invite Virginia à sortir avec lui, un de ces prochains jours. Cela enchante la jeune femme.
Aaron et elle ne pourront jamais sortir ensemble...

Dix-neuf ans plus tard, alors que Virginia vient tout juste de se fiancer, son chien de six ans disparaît. Dévastée, elle le cherche partout, colle des affiches en ville...

Critique:
Après avoir apprécié un livre de Catherine Ryan Hyde, j'ai voulu en essayer d'autres. Cette autrice est risquée: certains résumés de ses livres flirtent avec le niais. C'était un peu le cas pour «Worthy». Heureusement, j'ai trouvé que la romancière s'en sortait bien. Il y a un passage un peu mièvre, à mon avis, mais l'auteur le sauve en montrant que l'événement a débloqué Buddy concernant quelque chose. De plus, certains faits ôtent toute niaiserie à la chose. Par exemple, il est très facile de deviner (même si ce n'est pas écrit de manière explicite) que pendant dix-neuf ans, Buddy a été malheureux. Il n'en fait pas toute une montagne, se rend même compte que son grand-père a fait de son mieux... Mais celui-ci n'a pas essayé de le comprendre, ni de l'aider à surmonter son traumatisme... C'est à cause de cela que, pendant tout le roman, j'ai eu l'impression que Buddy était beaucoup plus jeune qu'en réalité. C'est un personnage très sympathique et attachant. On éprouve rapidement de la compassion pour lui. Lorsqu'il se retrouve à devoir faire face à ce qui l'a traumatisé, il fait preuve de beaucoup de courage, même s'il est persuadé qu'il en est incapable. De plus, malgré ce qu'il a vécu, il n'a pas mal tourné. Enfin, il est très respectueux des animaux, ce qui m'a beaucoup plu.

Virginia aussi est sympathique, mais elle m'a parfois agacée. Par exemple, son empressement à vouloir sortir avec Aaron, le fait qu'elle ne se rende pas compte que Lloyd n'était pas quelqu'un de respectable (il devait bien y avoir des indices, même si le lecteur a seulement été témoin d'un événement). et d'autres petites choses me l'ont rendue moins aimable.

Le lecteur sait très vite un fait que les protagonistes découvrent plus tard. J'ai eu peur que la romancière fasse arriver cette découverte au tout dernier moment, ce qui m'aurait agacée. Heureusement, elle ne la retarde pas trop.

J'ai passé un bon moment avec ce livre.

Remarque annexe:
Si ce roman est traduit un jour, je me demande ce que sera le prénom (celui qui deviendra définitif) du chien.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Brilliance audio.

Nick Podehl lit les chapitres racontés du point de vue de Buddy, et Tanya Eby interprète les chapitres du point de vue de Virginia.
Je connais très peu ces deux comédiens. J'avais un a priori positif quant à Nick Podehl. Il ne m'a pas déçue dans ce roman. Il est très bien entré dans la peau des personnages, et a joué leurs émotions sans exagérer ni déformer sa voix pour les rôles féminins.
J'avais un a priori négatif concernant Tanya Eby parce que j'ai essayé de lire un roman qu'elle a enregistré, et j'ai trouvé qu'elle surjouait. Il s'agissait d'un roman écrit par elle... peut-être s'était-elle mis trop de pression... En tout cas, dans «Worthy», sa prestation m'a plu. Elle aussi a joué sans surjouer.

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jeudi, 28 mars 2019

Mosquitoland, de David Arnold.

Mosquitoland

L'ouvrage:
Mary Iris Malone (dite Mim), seize ans, vit, depuis un mois, à Jackson, dans le Mississippi, avec son père et sa belle-mère (Cathy). Sa mère, Êve, est à l'hôpital, à Cleveland, à 947 miles de Jackson. Mim n'aime pas sa nouvelle vie. Sa mère lui manque. La goutte d'eau est une conversation qu'elle surprend entre son père, sa belle-mère, et le proviseur du lycée où elle va. C'est alors qu'elle décide de partir rejoindre Êve.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Il aborde certains thèmes de manière très fine et juste. Par exemple, Mim tient à sa mère (ce qui est normal), et en veut à son père de s'être remarié si vite après le divorce. De ce fait, elle a pris Cathy en grippe, et lorsqu'elle découvre des faits semblant incriminer cette dernière, elle y voit un moyen de corroborer ce qu'elle pense. Le lecteur étant dans la tête de Mim, il voit les choses de son point de vue. Quant à moi, j'ai commencé à me demander si tout était aussi simple lorsqu'une personne extérieure a demandé à Mim si elle était à ce point sûre de la sournoiserie de Cathy.

Tout voir à travers les yeux de l'héroïne (qui est la narratrice) fait que le lecteur (du moins moi) ne trouvera pas le père de la jeune fille très sympathique. Attention, je ne veux pas dire qu'à la fin, nous découvrons que tout ce que dit Mim est faux, mais plutôt qu'il faut peut-être se mettre à la place de certains personnages au moment où la narratrice explique leurs réactions concernant ceci ou cela. Quant à moi, même après avoir fini le roman, j'en veux au père de Mim pour certaines choses, notamment pour avoir eu peur d'une petite fille de huit ans qui s'amusait à imaginer plusieurs personnages, et à attribuer une voix à chacun. On comprend sa peur, mais elle l'a bloqué, englué dans un raisonnement, et cela n'a pas aidé sa fille.

La jeune narratrice se lance dans une aventure périlleuse, et ne manque pas de faire de mauvaises rencontres. Je dois dire que j'ai adoré lire comment elle se débarrasse de Joe. Mais sa route croisera aussi celles de personnes qu'il aurait été dommage qu'elle ne côtoie pas. Son périple lui fera vivre des événements qui la grandiront, la mettra face à des horreurs, mais aussi à des gens bien. Elle sera ensuite forcée de voir certaines choses, et elle devra vivre avec. Elle perdra une partie de son enfance. On en trouve des traces dans son attachement quasi mystique au rouge à lèvres d'Êve...

Avant d'acheter ce livre, j'ai lu des chroniques à son sujet. Une personne disait quelque chose qui m'a beaucoup plu: ce roman est pour la jeunesse, mais il n'aseptise pas les choses. Je suis d'accord avec cela. J'ai même beaucoup aimé le petit trait d'humour du chroniqueur qui dit que «Mosquitoland» risque d'effrayer les lecteurs de Guillaume Musso, Marc Lévy, et David Foenkinos. ;-)

Je me rends compte que je ne peux pas dire grand-chose de plus, afin de ne pas trop en dévoiler. Je ne peux que conseiller cette lecture. Je ne mets qu'un petit bémol à mes louanges: j'ai trouvé un peu gros que Mim rencontre justement le neveu d'Arlène...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listenning Library.

Phoebe Strole fait partie des comédiens dont j'apprécie beaucoup le jeu. Ici, elle n'a pas démérité. Elle n'a pas exagéré sa voix pour les rôles masculins. Elle a été obligée de prendre un accent anglais pour Êve (Mim précise dès le départ que sa mère est anglaise et a un accent), et même si je n'aime pas cela, je n'ai pas été trop dérangée, parce qu'Êve intervient peu.

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lundi, 25 mars 2019

La saison des feux, de Celeste Ng.

La saison des feux

L'ouvrage:
Shaker Heights, riche banlieue de Cleveland, est une communauté planifiée. Les habitants se doivent d'obéir à certaines règles, car, pensent-ils, il n'y a qu'ainsi qu'on peut être heureux et être de bons voisins. C'est ici que débarquent Mia Warren (photographe), et Pearl (sa fille adolescente). Elles vont louer une maison appartenant à Elena Richardson. Bientôt, Moody Richardson (l'un des quatre enfants de la famille) devient ami avec Pearl. C'est ainsi que celle-ci et sa mère côtoieront davantage les propriétaires de la maison qu'elles louent.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Le seul reproche que j'ai à lui adresser, c'est qu'il se termine trop vite. J'aurais aimé qu'il soit deux voire trois fois plus gros, et que l'auteur continue de raconter la vie de ses créations. J'aurais voulu que certains se revoient, qu'un autre souffre beaucoup (on imagine que ce personnage va souffrir, mais pour moi, ce n'est pas assez).

Celeste Ng aborde des thèmes qui ne sont pas nouveaux, et pourtant, elle a très vite su me prendre dans ses filets. Il était parfaitement logique que Mia et Pearl attirent Izzy et Moody, que la famille Richardson attire Pearl, etc. Il était logique qu'à se côtoyer, ces personnages aux modes de vie différents laissent chacun une empreinte sur les autres... La romancière ne s'amuse pas à montrer qu'une communauté comme Shaker Heights est forcément négative à trop vouloir être positive. Elle montre plutôt que certaines interactions, certaines confrontations de points de vue, certains échanges peuvent être bénéfiques ou non.

La structure est de celles qui me gênent souvent, mais ici, cela n'a pas été le cas. L'écrivain commence par relater un fait. Puis dès le chapitre 2, elle raconte à partir d'à peu près un an plus tôt. Pendant le récit de cette année, elle révèle le passé d'un personnage. D'habitude, je n'aime pas les retours en arrière de ce genre. Ici, j'ai trouvé cela approprié, surtout celui concernant le passé du personnage. J'ai préféré rencontrer ce protagoniste pendant l'année où les Richardson et les Warren se côtoient, puis me poser des questions à son sujet... questions auxquelles l'auteur répond à point nommé pendant son retour en arrière.

J'ai apprécié que Celeste Ng laisse le lecteur se faire quelques idées sur les personnages, puis montre leur évolution. Par exemple, j'ai très vite catalogué Lexie et Trip comme superficiels incapables de compassion. J'ai été soulagée de voir que tout n'était pas simple. Ça ne veut pas dire que j'ai fini par les apprécier, mais j'ai vu qu'ils étaient récupérables. ;-)

Je n'ai pas aimé les McCullough... Ils sont pourtant gentils, et sûrement sincères, mais il ne m'a pas du tout plu qu'ils agissent ainsi. Le lieu qu'ils choisissent à la toute fin (ceux qui ont lu le livre me comprendront) les rend encore plus pathétiques, à mon avis. J'irais même jusqu'à dire que ça fait peur...

Je n'ai pas non plus aimé Elena Richardson. Malheureusement, cette horrible femme et moi avons un point commun. Comme elle, j'aime suivre certaines règles dans mon quotidien, ça me donne l'impression que tout est à sa place. C'est étrange, car dès le départ (alors qu'elle n'a encore rien fait), j'ai eu un mouvement de recul quant à elle. Elle s'avère être le personnage du roman que j'aime le moins. Le pire, c'est qu'elle est convaincue d'agir pour le bien de tous, d'être quelqu'un de bon.

J'ai apprécié Mia, surtout parce que je l'ai comprise. Certains penseront peut-être qu'elle a mal agi envers ceux auprès de qui elle s'était engagée, mais elle a fait de son mieux. Elle a d'abord pris une décision sans en mesurer les conséquences, puis lorsqu'elle s'est aperçue qu'elle ne pourrait s'y tenir, a tenté d'agir le moins mal possible. Elle s'est retrouvée plongée dans une vie difficile à cause d'un enchaînement d'événements, et elle a toujours préservé l'essentiel. C'est également elle qui comprend, sans qu'on ait besoin de lui expliquer, le mal-être de certains membres de la famille Richardson, et qui les aide.

J'ai aussi apprécié Izzy. Elle n'est pas vraiment comprise par sa famille (sauf Moody). Elena explique pourquoi elle est ainsi avec sa fille, mais je n'ai pas été convaincue. Apparemment, c'est un genre de réflexe, ce n'est pas voulu, mais cela ne fait que montrer la stupidité d'Elena, ça ne m'a pas du tout donné envie de la plaindre.

Que les personnages m'aient été sympathiques ou pas, Celeste Ng a très bien exposé leur psychologie, leurs motivations, etc. Cela explique qu'il m'ait été difficile de les quitter.

Remarque annexe:
J'ai ri que Bryan surnomme ses parents Cliff et Claire. ;-) L'auteur explique pourquoi, cela m'a un peu replongée dans mon enfance...

Service presse de la plateforme d'écoute Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Micky Sébastian pour les éditions Lizzie.

J'appréciais déjà Micky Sébastian comme comédienne de doublage, et j'avais aimé son interprétation de «Terminus Elicius». Ici, elle ne m'a pas déçue. Elle rend très bien les divers sentiments exprimés par les personnages. Elle modifie peu sa voix, et le fait toujours avec justesse. Je trouve quand même dommage qu'elle ait prononcé les noms propres où il y avait des «r» en faisant ces «r» à l'anglophone. Pour moi, dans un texte en français, ce n'est absolument pas naturel.

Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée. La plupart des chapitres sont coupés en deux (parfois trois) pistes.

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jeudi, 28 février 2019

Chien-Loup, de Serge Joncour.

Chien-Loup

L'ouvrage:
2017. Lise est un peu lasse de certaines choses très présentes dans la société actuelle. Elle propose donc à Franck (son compagnon) de louer une maison dans un petit village où les nouvelles technologies sont inaccessibles. Franck n'est pas très enthousiaste, mais il accepte.

Critique:
Après avoir adoré «Repose-toi sur moi», j'attendais peut-être trop de «Chien-Loup». Il ne m'a pas autant plu. Lise et Franck ont commencé par m'agacer, chacun pour des raisons différentes, voire opposées. Lise me paraissait trop empressée à faire corps avec la nature et à rejeter tout ce qui était nouvelles technologies, et Franck me faisait soupirer parce qu'il ne pouvait pas vivre sans son smartphone. Vous allez me trouver très tordue, mais j'aurais apprécié de la mesure. Chacun était trop dans les extrêmes, me semblait-il. Ensuite, Franck m'a paru moins pénible. Il évoluait, réfléchissait, et sa curieuse relation avec cet étrange chien qui s'est mis à le suivre m'interpellait. Au long du livre, je l'ai parfois encore trouvé agaçant pour diverses raisons, mais j'ai aimé qu'il se remette en question et qu'il s'attache au chien. À propos de ce dernier, il est un peu étrange que personne ne le connaisse, le village étant petit...

Quant à Lise, je crois ne l'avoir pas trouvée assez consistante. Elle avait un peu l'air d'une caricature de personne appréciant la nature et ses bienfaits. Par exemple, le fait qu'elle cueille des herbes dont elle ignore le nom (elle ne dit pas le savoir) pour les faire infuser, c'est (comme le souligne Franck) un peu dangereux.

L'auteur alterne le chapitres racontant le présent de Franck et Lise avec d'autres se passant dans le même village en 1914-1915. En général, je n'aime pas cette structure. Ici, cela ne m'a pas trop gênée, mais ce qui arrive en 1914-1915 ne m'a pas vraiment intéressée. J'ai tout de suite su ce qui arriverait. Parfois, cela ne me dérange pas de deviner des événements de romans, mais ici, cela ne m'a pas plu parce que ce n'était pas une énigme où il s'agissait de mettre au jour les ficelles de l'auteur. Non, ici, c'était un récit cliché, auquel le romancier a ajouté des fauves censés apporter de l'originalité. J'ai quand même été contente de savoir (grâce à un habitant du village en 2017) comment ce qui a débuté fin 1914 a évolué.

À travers ses deux trames, Serge Joncour a retranscrit une certaine ambiance: un village au mileu de nulle part; d'un côté, des fauves et des villageois cancaniers redoutant les étrangers, et de l'autre, un curieux chien à la fois attachant et effrayant. L'auteur n'a pas oublié de rappeler que pendant la première guerre, les femmes avaient remplacé les hommes aux champs. Cette atmosphère est très bien rendue.

Service presse des éditions Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Dominique Pinon.
Je sais que ce comédien enregistre des livres depuis quelques années, mais je ne l'avais jamais entendu sur un livre entier, parce que rien de ce qu'il a enregistré avant «Chien-Loup» ne m'a tentée. J'ai apprécié son jeu. Par exemple, il rend bien le ton des détracteurs de l'Allemand, il n'exagère jamais lorsqu'il s'agit de jouer les personnages féminins. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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