lundi, 20 septembre 2021

Ce que nous confions au vent, de Laura Imai Messina.

Ce que nous confions au vent

L'ouvrage:
Un jour, monsieur Suzuki a décidé d'installer une cabine téléphonique dans son jardin. Le téléphone n'est pas branché, c'est le téléphone du vent: chacun peut venir le décrocher, et confier ce qu'il veut au vent. Chacun aime à penser que, peut-être, le vent emporte ses paroles vers les morts.

Yui a perdu sa mère et sa fille dans le tsunami de 2011. Quand elle entend parler du téléphone du vent, elle décide d'aller lui confier sa peine. Elle rencontre Takeshi qui, lui, a perdu sa femme. Ils vont retourner dans le jardin du téléphone du vent une fois par mois, s'y côtoieront, feront le trajet ensemble...

Critique:
Pour écrire ce roman, Laura Imai Messina est partie d'un fait réel: quelqu'un a vraiment installé un téléphone du vent dans son jardin. J'ignorais cela jusqu'à lire la quatrième de couverture de ce livre. Je trouve que c'est un très beau geste: donner aux gens la possibilité de pleurer leurs morts, de leur parler, de se raconter, tout cela dans un décor différent de celui où ils ressassent leur chagrin, c'est une idée très attentionnée, pleine de compréhension, de compassion, et teintée d'abnégation. En effet, il faut être là pour accueillir ceux qui viennent confier leurs mots au vent.

L'autrice évoque surtout Yui et Takeshi, mais au gré de leurs visites, ceux-ci rencontrent d'autres Personnes endeuillées, et apprennent leur histoire. C'est à travers tous ces gens que Laura Imai Messina montre différentes façons de faire son deuil, de ressentir et d'exprimer sa douleur. Il y a quelque chose de réconfortant à avoir la preuve (même si on le sait déjà) qu'on n'est pas le seul à souffrir d'une perte, qu'on est compris, qu'on n'est pas jugé.

L'autrice s'attache à montrer que malgré les deuils, la vie peut apporter des joies. Elle teinte même cette affirmation d'humour dans la scène où Yui et Hanna, complices, s'achètent un monceau de friandises chocolatées, et s'en délectent.

Par la suite, la romancière fait une chose dont certains aspects ne m'ont pas plu, mais cela n'a pas gâché ma lecture.

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Clara Brajtman.

C'est le premier livre enregistré par cette comédienne que je lis. J'ai beaucoup apprécié son jeu. Elle ne tombe jamais dans le pathos, ce qu'un mauvais comédien se serait empressé de faire. Clara Brajtman adopte toujours le ton adéquat, faisant passer les émotions de manière feutrée, se fondant dans les mots de l'autrice, comme s'ils avaient été écrits pour qu'elle les dise. De plus, j'ai apprécié qu'elle prononce les noms propres japonais sans fioritures. J'ai trouvé un peu incongru qu'elle dise le «h» du prénom de la fille de Takeshi, mais j'imagine que cela se prononce ainsi en japonais, et que la comédienne et l'éditeur ont préféré ne pas faire entendre le prénom comme s'il était français.
Par contre, je n'ai pas aimé que Clara Brajtman prononce le nom de l'autrice avec un accent italien. Pour moi, elle en a trop fait concernant cet accent.

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48 lectures

lundi, 13 septembre 2021

The resolutions, de Brady Hammes.

The resolutions

L'ouvrage:
Samantha, vingt-six ans, est danseuse. Elle vit en Russie. La compagnie pour laquelle elle travaille va monter un nouveau ballet. Le créateur est très enthousiaste à l'idée qu'elle en joue l'héroïne...
Jonah, trente-et-un ans et frère de Samantha, étudie le comportement des éléphants du Gabon. Un malheureux hasard fait qu'il croise la route de Slinky, un braconnier contrebandier, et se retrouve pris dans ses filets.
Gavin (trente-cinq ans, frère de Jonah et Samantha), vit à Los Angeles, et est acteur. La série dans laquelle il joue vient d'être annulée, et sa compagne le quitte.

Nos trois protagonistes se retrouvent, pour les vacances de Noël, chez leurs parents, à Chicago...

Critique:
Ce roman m'a plu. On constate rapidement que les personnages s'aiment, et s'inquiètent les uns pour les autres, mais que la distance géographique a créé une distance morale. Tous trois en sont conscients, et tentent maladroitement de combler cette distance. Et puis quelque chose vient leur montrer qu'il est urgent de se serrer les coudes. Cela va faire que chacun va s'impliquer, plus ou moins, dans la vie des autres.

J'ai mis davantage de temps à apprécier Gavin qu'à apprécier Samantha et Jonah. Il semble plus dur, un peu borné... Pourtant, en y réfléchissant, j'ai dû admettre que ce n'était qu'une façade. Par exemple, concernant Samantha, la solution qu'il suggère est bien plus sécurisée. Il finit pourtant par accepter ce que propose Jonah, même s'il peste. Ensuite, concernant son frère, Gavin est surtout mécontent parce qu'il sait que celui-ci lui cache ce qu'il se passe.

J'ai trouvé Samantha très lucide quant à sa propre situation. Généralement, lorsque je rencontre (dans un live, car je n'en ai jamais rencontré dans la vie) un personnage traversant ce qu'elle vit, il est très loin d'être aussi objectif. Concernant Samantha, on ne peut pas être absolument sûr de la manière dont tourneront les choses, mais on peut s'en faire une petite idée.

D'une manière générale, l'intrigue est sans temps morts, et sans incohérences. À un moment, quelque chose paraît gros, mais quelque temps après, l'auteur l'explique. Cela m'a fait rire parce que je m'étais laissée prendre.
À la fin, en regardant des éléphants, Samantha et Gavin constatent quelque chose. Je me demande si cette chose (que Jonah explique par une théorie très crédible) est vraie ou si Brady Hammes l'a inventée.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Penguin Random House Audio.

Rebecca Lowman fait partie des comédiens que j'aime retrouver. Ici, elle n'a pas démérité quant à son jeu des sentiments et des émotions des personnages. J'ai été déçue qu'elle fasse des accents à certains personnages, mais elle y était obligée. De plus, je dois reconnaître qu'elle ne les a pas exagérés.

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58 lectures

jeudi, 26 août 2021

Le passage de la nuit, d'Haruki Murakami.

Le passage de la nuit

L'ouvrage:
Cette nuit-là, Marie ne veut pas la passer chez elle. Alors, elle va dans un bistro où elle lit.
Pendant ce temps, sa soeur, Eri, dort.

Critique:
Ce roman m'a plu. Comme c'est Murakami, il y a des éléments un peu déroutants. Par exemple, que faut-il exactement comprendre concernant ce qui arrive à Eri? A-t-elle rêvé? Ce qu'elle semble vivre s'est-il vraiment passé? Si oui, pourquoi? J'ai préféré suivre Marie qui, en une nuit, apprend des choses sur sa soeur et peut-être sur elle-même. C'est le genre d'éléments que j'affectionne, et en plus, c'est cohérent. D'autre part, Marie vit des choses qui lui font entrevoir un monde détestable, le style dont on sait qu'il existe, mais avec lequel (du moins, quand on est comme Marie ou moi) on n'a pas envie de frayer. J'ai trouvé dommage que personne ne puisse rien faire pour le personnage faible et abusé, mais là encore, c'est typique. J'imagine que Marie a ressenti confusément la même chose que moi, car elle évoque une sorte de complicité qui aurait pu naître entre elle et le personnage.
À propos de ce qui arrive au personnage faible, Murakami parvient à créer un élément à la fois effrayant et drôle. C'est l'espèce de comique de répétition qui se produit avec le téléphone portable. Une dimension incongrue s'ajoute à cela, car l'un des personnages ayant affaire à ce téléphone est justement celui qui a tenté de faire un peu de conversation à Marie en début de soirée.

L'ambiance nocturne et les différents événements qui se succèdent rapprochent le tout de l'onirisme, surtout le parfum de fantastique qui se dégage de certains éléments.

La remarque qui suit est du type pléonasme, mais je ne peux m'empêcher de la faire: «Le passage de la nuit» est un roman murakamien. ;-)

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amélie Ardio pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je connais peu cette lectrice, d'autant qu'elle n'enregistre plus pour la BSR depuis plusieurs années. J'ai apprécié sa lecture de ce roman.

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83 lectures

jeudi, 15 juillet 2021

Soudain seuls, d'Isabelle Autissier.

Soudain seuls

L'ouvrage:
Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, ont pris une année sabbatique pour faire le tour du monde à bord de leur bateau. À présent, ils se trouvent entre la Patagonie et le cap Horn. Ce jour-là, ils décident d'aller voir le «lac sec» dont leur a parlé un de leurs amis. Voyant le temps se gâter, Louise est d'avis de rentrer à l'hôtel. Ludovic argumente qu'au pire, ils seront mouillés. Seulement, le vent se lève, les vagues sont grosses... Le couple décide d'attendre que le temps s'améliore dans la station de l'ancienne base baleinière.

Critique:
Isabelle Autissier place ses personnages dans une situation extrême, ce qui fait que le lecteur se demandera forcément ce qu'il ferait à leur place. Quant à moi qui me trouve, la plupart du temps, pas très futée, je sais que j'aurais tout de suite pensé au fait que, ne pouvant être conservée comme il le faudrait, la viande des animaux chassés par nos héros pourrirait. J'ai été étonnée que des baroudeurs comme eux aient dû être mis devant le fait accompli. Certaines péripéties de ce roman m'ont rappelé «I'm still alive», de Kate Alice Marshall. Je ne me souviens pas exactement de ce livre, mais il me semble que l'héroïne (une adolescente arrivée depuis peu dans le grand nord canadien) était plus futée que Louise et Ludovic.

L'autrice soulève d'intéressantes questions, dont certaines sont décortiquées par Pierre-Yves. Louise et Ludovic se retrouvent parachutés dans une situation où ils perdent leurs repères, dans laquelle ils trouvent rapidement leurs limites...
À un moment, l'un des personnages choisit de survivre, et de s'occuper de l'autre plus tard. Qu'aurais-je fait à sa place? Qu'auraient fait des personnes qui me sont chères? Par la suite, le personnage se blâme, et ses «amis» lui disent de ne pas faire cela, car il a bien agi. Sans aller jusqu'à dire que le protagoniste a bien agi, je pense qu'il n'appartient à personne de juger ce genre de décisions. Les bien-pensants (ceux qui trouvent toujours un mot de compassion pour ceux qui souffrent, mais n'iront jamais faire quelque chose de concret pour eux) diront que ce personnage a très mal agi, qu'un tel égoïsme est terrible. Certes, mai il est des situations où on n'agit ni bien ni mal en choisissant de penser d'abord à soi, alors que les conditions sont extrêmement difficiles. Nous aimerions tous agir autrement au cas où nous serions confrontés à cela, mais souhaiter quelque chose ne veut pa dire que cette chose est certaine.

À un moment, un inspecteur de police fait remarquer que Louise et Ludovic, en se nourrissant de manchots et d'otaries, se sont attaqués à des espèces protégées. Là encore, les bien-pensants se récrieront: comment oser penser à cela alors que Louise et Ludovic ont vécu l'enfer? Quant à moi, j'ai pensé qu'au départ, le couple avait agi aussi bêtement que ceux que je fustige lorsque j'en entends parler aux informations: ils n'ont pas été prudents, sont allés où il aurait mieux valu qu'ils n'allassent point dans des conditions météorologiques peu propices. À ce compte-là, ils sont davantage à blâmer qu'à plaindre, même si on comprend pourquoi ils ont sacrifié ces animaux.

Je ne sais pas trop quoi penser de Pierre-Yves et d'Alice. Ils semblent sincères, pourtant, ils profitent de la situation, surtout Pierre-Yves. Ses actes et ses pensées illustrent parfaitement ce qu'on imagine du journaliste charognard, prêt à n'importe quelle bassesse pour se rendre maître d'une bonne histoire. Au fond, malgré son apparente gentillesse, je n'ai pas réussi à l'apprécier. Alice trouve davantage grâce à mes yeux.

L'autrice termine par une petite note d'espoir. Je pense que la réalité est plus complexe, mais après tout, pourquoi pas?

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élisabeth Ventura.

Je connaissais Élisabeth Ventura en tant que comédienne de doublage, mais aussi pour quelques lectures d'audiodescriptions. Je me doutais que sa prestation serait bonne. Je ne me suis pas trompée. Il ne devait pas être simple d'interpréter sans surjouer. Beaucoup de tension parcourt ce livre, avec, parfois, des éclairs de tendresse. Élisabeth Ventura sen tire très bien. Son intonation est toujours adéquate, et elle ne ternit rien en ne modifiant pas sa voix pour certains personnages. J'espère qu'elle enregistrera d'autres livres.

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lundi, 21 juin 2021

Wintergirls, de Laurie Halse Anderson.

Wintergirls

L'ouvrage:
Lia et Cassie ont été meilleures amies pendant plusieurs années. Soudain, Cassie a brisé leur amitié, rejetant Lia. Plusieurs mois plus tard, un soir, Cassie a téléphoné à son ancienne amie. Celle-ci n'a pas répondu. Ce soir-là, Cassie a été retrouvée morte dans une chambre d'hôtel. Lia se sent coupable de n'avoir pas répondu au téléphone. C'est loin d'être son seul problème...

Critique:
Ce roman m'a plu. Certaines choses sont très frustrantes, mais je pense que,justement, l'autrice est très réaliste. Par exemple, Lia et ses parents ne parviennent pas à communiquer. La jeune fille, au plus noir de ses colères, leur balance de petits indices quant à son mal être, mais ils ne sont pas assez habiles pour les attraper. C'est frustrant, mais c'est compréhensible. Quand on est impliqué émotionnellement, on a parfois du mal à faire la part des choses, à réfléchir, et analyser calmement la situation.

La plupart du temps, Lia ne fait rien pour s'expliquer, pour tenter de se faire comprendre. Elle pense que ses parents (surtout sa mère) se moquent complètement de son bien-être. De ce fait, elle s'enfonce dans l'autodestruction, et s'y complaît. Je savais qu'elle souffrait, mais je ne pouvais m'empêcher de lui en vouloir. Je sais pourtant que les personnes souffrant du même mal que Lia se comportent exactement comme elle: elles font tout ce qu'elles peuvent pour aller le plus mal possible, tout en appelant (de manière difficile à déchiffrer) leurs proches à l'aide. Et si les proches ne parviennent pas à faire ce qu'il faut, ils sont rejetés, et le cercle infernal recommence.
Lia reste lucide. À un moment, elle reconnaît que si elle atteint son objectif (quarante-cinq kilos), elle ne s'arrêtera pas, et voudra toujours peser moins.

Les parents de l'adolescente m'ont également agacée. Il est normal que si son enfant ne mange pas, la première chose qu'on souhaite, c'est qu'il mange. Mais les parents de Lia ne tentent jamais de savoir ce qui se cache sous son anorexie. Ils surveillent son poids, se fâchent quand elle ne mange pas, mais ne lui demandent jamais de leur ouvrir son coeur. Certes, elle va chez une psychologue, mais il me semble que des parents devraient tenter, sans l'agresser, de faire parler leur enfant adolescent anorexique. J'en ai surtout voulu à la mère de Lia (Chloé), mais j'ai été influencée par la narratrice qui, avant que le personnage apparaisse, explique qu'elle est le cadet des soucis de sa mère, qui ne pense qu'à son travail: médecin. Bien sûr, son affirmation est quelque peu corroborée lorsqu'elle passe un week-end chez sa mère, et que celle-ci prend tous les appels venant de l'hôpital. Cependant, tout n'est pas si simple.

J'aurais souhaité que le roman soit plus long. Qu'il y ait une deuxième partie racontant en détails ce qui est dit dans le dernier chapitre. Ainsi, certains mécanismes auraient été expliqués. J'imagine que cette partie n'aurait pas été facile à écrire. Cependant, si Laurie Halse Anderson a pu écrire ce roman, elle aurait pu écrire ce qui aurait été la deuxième partie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.

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