jeudi, 22 septembre 2022

Une patiente, de Graham McCrae Burnett.

L'ouvrage:
Londres, années 60.
En lisant «Antithérapie», un livre regroupant des études de cas, d'Arthur-Collins Braithwaite, une jeune fille (dont le lecteur ignorera l'identité du début à la fin) est sûre que l'un des cas évoqués est celui de sa soeur, Véronica. Or, celle-ci s'est suicidée. La jeune fille décide donc de devenir la patiente de Braithwaite, afin de tenter de découvrir si ce ne serait pas lui qui aurait poussé Véronica au suicide.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé les deux romans mettant en scène Georges Gorski, et le résumé d'«Une patiente» me tentant, je me suis empressée de le lire. Je dois dire que j'ai été très déçue. J'ai commencé par déprécier la narratrice des cahiers (la soeur de Véronica). Elle ne semble pas très futée... Elle pense que pour aller consulter un psychiatre, il faut être fou, donc elle tente de se donner l'air négligé... Nous ne connaissons que sa fausse identité, celle qu'elle donne à Braithwaite: Rebecca Smyth. Si elle tente de ne pas se dévoiler auprès du psychiatre, elle parle d'elle au lecteur. Au départ, je me suis demandé si elle était psychopathe, puis j'ai envisagé qu'elle ne parvienne pas à se construire à cause de manquements dans sa famille... Je me demandais d'ailleurs pourquoi elle souhaitait tant savoir si Braithwaite avait un rapport avec la mort de sa soeur, puisque les deux jeunes filles ne s'entendaient pas. Bref, je ne parvenais pas à comprendre ses motivations d'une manière générale. Sans doute se cherche-t-elle, et est-ce difficile entre la période, la société, et sa famille amputée. Je l'ai mieux comprise vers la fin. Je n'étais pas ravie de son évolution, mais je comprenais pourquoi elle advenait ainsi.

La narratrice a rédigé cinq cahiers. Après chacun, se trouve une partie de la vie de Braithwaite, racontée comme une biographie. Lui non plus n'est pas très aimable. Ses idées sont intéressantes, mais le personnage est plutôt rustre. C'est étrange, car cela ne concorde pas avec ce que la narratrice des cahiers en dit. On ne peut dire qu'elle ment, et le rend sympathique alors qu'il ne l'est pas, car elle ne l'apprécie pas.

Enfin, le tout est assez frustrant. Le dernier cahier de la narratrice s'arrête sur une évolution, mais on aimerait savoir comment cela se poursuit. Il n'y a qu'une chose qu'on sait grâce à la fin de la postface, mais cette chose soulève d'autres questions...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ana Piévic (lisant les passages du point de vue de l'héroïne) et François Delaive (lisant les éléments biographiques de Braithwaite et l'extrait d'«Antithérapie») pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Je connais peu ces deux comédiens. Je me souviens avoir apprécié le jeu d'Ana Pévic dans «Le mystère Sammy Went». Ici, son ton était toujours adéquat, et elle n'a pas modifié sa voix à outrance pour les rôles masculins. Je regrette qu'elle ait fait un accent pour les noms propres étrangers, car dans un texte en français, je trouve cela affreux, notamment le «r» anglophone.
Quant à François Delaive, je ne le connaissais pas du tout, pourtant, je sais que ce roman est loin d'être le premier qu'il enregistre. Il n'a pas dû enregistrer des livres qui m'ont tentée. J'ai beaucoup apprécié son jeu. Je vais me pencher plus attentivement sur ses lectures.

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42 lectures

lundi, 5 septembre 2022

Une épouse presque parfaite, de Laurie Colwin.

Une épouse presque parfaite

L'ouvrage:
Voici la famille Solo-Miller. Henry et Wendy ont trois enfants: Paul, le plus brillant des trois... excepté qu'il n'a jamais montré qu'il était brillant; Dora, que tous appellent Polly; et Henry. Polly est mariée avec Henry (!!!) Demarest, et a deux enfants. Tous les dimanches, presque tous les Solo-Miller se retrouvent pour un déjeuner / brunch / petit-déjeuner (selon le membre de la famille qui qualifie ce repas) chez Henry Senior et Wendy. Les Solo-Miller s'entendent bien, et sont ravis de se retrouver...

Critique:
Étant amatrice des livres de Laurie Colwin et du jeu de Cassandra Campbell, imaginez ma joie quand j'ai vu paraître un roman de Laurie Colwin que je n'avais pas lu enregistré par Cassandra Campbell!!! Tout comme les autres que j'ai lus, ce roman m'a beaucoup plu! Laurie Colwin s'attache à montrer une famille d'apparence parfaite, puis, avec humour et finesse, à insinuer que cette bonne entente s'effrite. C'est certainement Polly la plus lucide quant à l'érosion de ces rapports. D'abord, elle ne voit que l'inexplicable éloignement de son mari, mais ensuite, elle comprend que sa mère contribue à son mal être. En effet, les choses sont complexes. Henry Demarest semble aimer sa femme, mais il s'en éloigne. Polly aime son mari, mais se sentir délaissée l'a poussée à prendre un amant... qu'elle aime également. La jeune femme se débat avec les sentiments contradictoires qui l'agitent, et à force de tout examiner, finit par admettre que les avis tranchés de sa mère et le manque de tact et de tolérance de cette dernière ne sont pas pour l'aider à être bien dans sa peau. Au début, Wendy m'a fait rire, puis son côté malsain m'est apparu. Lorsqu'elle dit que son mari n'aime pas le chien d'Henry Junior, alors que Polly sait que c'est faux, le lecteur sourit tout en se disant qu'il serait plus judicieux que Wendy admette qu'elle parle pour elle. Mais à mesure du roman, elle se révèle un concentré d'idées reçues et d'intolérance.

Moi qui peste lorsqu'une personne trompe son conjoint, j'ai compris le désarroi de Polly. Je pense que sa manière de faire n'est pas la bonne, mais c'est peut-être ce qui la pousse à se confier à Martha, à recontacter Mary, à tenir tête à sa mère... En effet, son amant (Lincoln) n'a jamais rencontré les Solo-Miller, mais il est le premier à lui dire que sa famille ne semble pas l'aimer pour ce qu'elle est. D'autre part, la jeune femme est persuadée que Lincoln ne pourrait pas vivre avec elle, qu'il chérit trop sa solitude. Pour moi, ce roman est comme le parcours initiatique de Polly: elle apprend à s'écouter, à se faire des amis, à se défendre, mais aussi, elle trouve le courage de parler avec son mari...

J'ai apprécié Martha. Elle se fait des noeuds au cerveau, et semble ne pas parvenir à prendre sa vie en main, mais en fait, c'est plus complexe...
Paul et Beate sont très agaçants... À l'instar de Wendy, ils ont certains préjugés, et refusent qu'on puisse envisager de penser autrement qu'eux.
Henry Junior et Andrea agaceront peut-être des lecteurs, mais pas moi. Leurs étrangetés m'ont fait rire. Ils ne forcent personne à leur ressembler, et ont des remarques à la fois amusantes et lucides.

Quelle que soit notre vie de famille, j'imagine que beaucoup d'entre nous trouveront ne serait-ce qu'un petit grain de similitude entre nous et les Solo-Miller. C'est pour cela que, tout en désapprouvant certains de leurs actes, on ne pourra s'empêcher de s'attacher à eux.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Cassandra Campbell ne m'a pas déçue. Son jeu est toujours adéquat et naturel.

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80 lectures

jeudi, 11 août 2022

Les ailes collées, de Sophie De Baere.

Les ailes collées

L'ouvrage:
Mai 2003. Paul et Anna se marient. À cette occasion, la jeune femme a voulu faire une surprise à son époux. Elle a retrouvé ses amis d'enfance et d'adolescence, et les a invités. Parmi eux, Joseph. Paul et Joseph ne se sont pas vus depuis vingt ans...

Critique:
Ce roman se déroule en 1983-1984 (il y a un retour en arrière après le prologue) puis en 2003-2004, mais les événements et les sentiments qu'il relate sont intemporels. Par exemple, l'autrice décrit avec justesse la façon dont le personnage principal est harcelé par ses camarades de classe. Malheureusement, elle n'exagère pas. Il est impossible de penser: «Ouf, ce n'est qu'un roman!» On sait bien que ce qui est raconté ici arrive. Sophie De Baere montre également les aspects néfastes de l'effet de groupe. Certains n'auraient pas harcelé Paul si le chef de la bande et ses proches acolytes ne s'en étaient donné à coeur joie.
La romancière expose également la réaction du personnel scolaire. Les professeurs disent ne rien avoir vu. C'est également ce qui arrive souvent. On est prompt à penser qu'il est facile de ne rien voir quand on ne le veut pas. J'espère que le fait de fermer les yeux exprès n'est pas si courant que cela, que si les enseignants ne voient pas, c'est que les harceleurs se sont réellement montrés rusés. Dans «Les ailes collées», on peut quand même reprocher aux adultes de n'avoir pas été vigilants après que le harcèlement a été dénoncé par la victime.

Sophie De Baere nous raconte également l'état de la famille dans laquelle le cataclysme a lieu. Le plus gros souci est l'absence de communication. Le père de Paul ne lui a dit que la partie immergée de l'iceberg, ce qui a causé davantage de mal. Lorsque Cécile va au fond des choses, et explique à son frère ce qu'il y a à savoir, son seul tort (à mon avis) est d'en vouloir à ce dernier. Comment Paul aurait-il pu imaginer qu'il fallait creuser? Les événements de 1983-1984 sont racontés de son point de vue, et à sa place, j'aurais réagi de la même façon, et aurais pensé la même chose de mon père. Ce n'est pas vingt ans après que Cécile aurait dû parler. Si elle a compris ce que ressentait Charles, c'est parce qu'elle a été témoin de davantage de choses que Paul.

Outre une exposition sans complaisance des ravages de l'intolérance, l'écrivain nous montre un amour hors du commun entre deux personnes. J'aurais beaucoup de choses à en dire, mais je dévoilerais trop d'éléments... Je peux seulement dire que cet amour touchera forcément le lecteur.

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Gabay.

Bernard Gabay fait partie des comédiens dont j'apprécie beaucoup le jeu. Ici, il n'a pas déçu mes attentes. Je sais qu'un mauvais comédien aurait fait beaucoup de dégâts, notamment en tombant dans le larmoiement. Bernard Gabay a joué les sentiments des personnages et les nuances de la narration sans excès.

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219 lectures

jeudi, 28 juillet 2022

David Bowie n'est pas mort, de Sonia David.

David Bowie n'est pas mort

L'ouvrage:
À l'occasion de la mort de sa mère, puis de son père, puis de... David Bowie, Hélène évoque et dissèque les relations des membres de sa famille.

Critique:
Quelles que soient les relations que nous avons avec notre famille, nous nous identifierons forcément à la narratrice, ne serait-ce que pour dire qu'on a une famille totalement différente. Quant à moi, mes parents ne sont pas comme les siens, et je n'ai pas de soeurs (à l'inverse d'elle), mais j'ai retrouvé des échos modifiés de choses que j'ai vécues. C'est en lisant ce roman que j'ai dû me rendre compte de quelque chose que je pressentais sans vraiment vouloir le reconnaître: dans chaque histoire de famille, on retrouvera un morceau de l'histoire de la sienne.

Hélène évoque ses sentiments et ses émotions, mais également ceux de ses soeurs. Il lui est plus aisé de parler d'Anne et d'Émilie au moment de la mort de leur mère, et de Juliette au moment de celle du père. Certes, Juliette ne pouvait pas avoir grand-chose à faire avec la mère d'Hélène, n'étant pas sa fille. Mais Anne et Émilie auraient dû être davantage présentes lors de celle du père. C'est alors qu'Hélène explique des décisions qu'elle ne parvient pas à comprendre. Comme les choses sont de son point de vue, le lecteur (du moins moi) comprendra mieux Hélène qu'Anne et Émilie. Après que la narratrice est parvenue à analyser le comportement d'Anne, j'ai quand même eu du mal à comprendre cette dernière. Pour moi, elle compliquait tout.

J'ai trouvé triste que certains membres ne puissent avoir de relations apaisées que lors de la maladie de l'un d'eux. Certes, cela voulait dire que la garde était baissée, et que les autres pouvaient montrer leur amour, et c'est toujours ça de pris. Mieux vaut cela que des rapports inexistants ou toujours tendus. Oui, mais c'est dérangeant...

Hélène ne parle pas uniquement de rapports difficiles. Certains membres s'aimaient profondément, et se le prouvaient le plus possible. En outre, la narratrice tente de rester la plus fidèle possible aux caractères des personnes dont elle fait le portrait. Elle parle de son ressenti, mais aussi de faits. De plus, elle n'oublie pas de parsemer son récit de petites notes d'humour.

Le titre du roman montre qu'Hélène (et peut-être, à travers elle, Sonia David) veut croire qu'il y aura toujours un moyen de trouver moralement un membre de sa famille avec lequel, malgré ce qu'on pense, des relations en profondeur sont toujours possibles.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Micky Sébastian pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Micky Sébastian fait partie des comédiens que j'ai grand plaisir à retrouver. Outre qu'elle est une voix de mon enfance et de mon adolescence, tous les livres enregistrés par elle montrent son talent: son ton est toujours adéquat, et sa diction est toujours soignée. Il n'était pas forcément facile de donner vie à ce roman, car il y avait peu de dialogues. Cela n'a pas semblé être une difficulté pour la comédienne dont le jeu m'a autant plu que dans les autres romans enregistrés par elle que j'ai lus.

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287 lectures

lundi, 30 mai 2022

Ma vie en listes, de Kristin Mahoney.

Ma vie en listes

Note: En version originale, l'héroïne s'appelle Annie. Dans la version française, c'est Anna. Pour moi, le traducteur a dénaturé le livre sans raisons. En effet, pourquoi remplacer Annie par Anna? J'écrirai «Annie» dans ma chronique, afin de rester fidèle à l'autrice.

L'ouvrage:
Annie va entrer en CM2. Sa rentrée se fera dans le petit village de Clover Gap, où son père vient d'obtenir un travail. Annie et Ted (son frère) ne sont pas ravis de quitter Brooklyn, d'autant qu'ils sont persuadés que la cause réelle du déménagement est due à la fillette.

Critique:
Avant de tenter ce roman, je me suis posé des questions. En effet, il est constitué de listes. Cela a commencé par me faire reculer. Puis je me suis dit qu'essayer ne me coûterait rien. Bien m'en a pris: ce livre m'a plu. Les listes sont bien amenées, bien agencées, et elles ne signifient pas qu'il n'y a aucun dialogue. Par exemple, à propos d'un événement, Annie dit: «Trois choses qu'Untel a dites.» Elle dit aussi: «Deux questions que ma mère a posées», et dès qu'elle a listé une question, elle donne la réponse qu'elle y a apporté.

Je me suis rapidement attachée à Annie à laquelle je me suis quelque peu identifiée. Je n'allais pas jusqu'à souhaiter cacher certaines capacités à mes camarades de classe par peur de ne pas être appréciée, mais certaines de ses réactions auraient pu être les miennes. La fillette s'efforce (parfois maladroitement) de vaincre ses peurs et ses hésitations, de ne pas trop prendre ombrage des méchancetés qu'on (Amélia) lui fait... Cependant, elle ne se laisse pas faire. Et puis, elle est gentille. Heureusement, cela ne finit pas par la desservir. Certains diront que tout se termine un peu trop bien, surtout en ce qui concerne ce que j'appellerai la «découverte» d'Annie en juin. Cela ne m'a pas dérangée: cela fait plaisir lorsque les choses finissent bien. De plus, Kristin Mahoney n'oublie pas de disperser de petites pincées d'humour au long du roman.

Outre les aventures scolaires et amicales d'Annie, l'autrice aborde légèrement (mais pertinemment) certains thèmes, comme le racisme, les malentendus et maladresses engendrés par des parents qui ne veulent pas inquiéter leurs enfants... et le fait que personne n'est parfait. ;-)

Pour imiter le style d'Annie:
Trois bonnes raisons de lire ce roman:
1: La plupart des personnages sont attachants.
2: Plusieurs thèmes sont pertinemment abordés.
3: Il est globalement sympathique et réaliste.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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178 lectures

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