jeudi, 11 octobre 2018

My absolute darling, de Gabriel Tallent.

My absolute darling

L'ouvrage:
Turtle Alveston a quatorze ans. Elle connaît les bois environnant son village comme sa poche. Elle vit seule avec son père depuis de nombreuses années. À l'école, elle ne parvient pas à faire grand-chose. Elle n'a pas d'amis, est réservée...

Critique:
Avant de lire ce roman, j'avais entendu dire qu'il était très bien, mais très dur. Je partage cet avis. Le livre m'a beaucoup plu. Si certaines scènes sont extrêmement dures, ce que suggèrent d'autres l'est également.

Je ne suis pas allée aussi loin que la quatrième de couverture dans mon résumé, non (pour une fois) parce qu'elle en dit trop, mais parce que je ne voudrais pas que les personnes qui me lisent et qui n'ont pas lu ce roman pensent que Turtle va se battre pour elle-même uniquement parce qu'elle a rencontré Jacob. (C'est ce que j'ai cru à la lecture du résumé.) Turtle fait les choses par paliers. Elle finit par se prendre en main et faire la part de tous ses sentiments, mais Jacob ne joue pas un rôle si grand que cela dans ses choix. Il a son importance, mais ce n'est pas lui qui fait que Turtle décide de lutter.

Turtle est le personnage qui donne sa force au roman. C'est une enfant dotée d'une extraordinaire force de caractère. Je ne sais pas ce que je serais devenue si j'avais subi ce qu'elle a enduré. Elle est remarquable. Sa psychologie est très bien décrite et analysée. J'ai compris chacune de ses réactions, même si j'en désapprouvais certaines. Sa mésestime de soi, la façon dont elle s'admoneste et sermonne (plus tard) Jacob, le déchirement qu'elle éprouve lorsque son coeur lui dit à la fois de lutter et de se soumettre... tout cela est compréhensible.

Je ne sais pas trop ce que l'auteur voulait que le lecteur pense de Martin. Pour ma part, je n'ai rien trouvé de positif chez lui. Il n'a jamais attiré ni ma compassion ni ma sympathie. Je m'attendais à ce que Gabriel Tallent atténue mon dégoût envers ce personnage en montrant des moments de réelle tendresse et de véritable complicité entre Turtle et lui. Je n'en ai trouvé aucun. On me dira peut-être qu'il y a le rite de la bière lancée par Turtle. Si ça, c'est un moment de complicité...

Martin se plaint de son père qui ne l'aimait pas, mais le lecteur ne sait jamais ce qu'il lui reproche exactement. Il n'y a jamais d'anecdotes. J'ai fait le parallèle avec «Shelter» où, au début, je trouvais le héros (Kyung) injuste avec son père, jusqu'à ce que soient contées au lecteur des scènes de l'enfance de Kyung. Ici, on n'a que la parole de Martin, et étant donné ses actes, elle ne vaut rien. Je me suis d'ailleurs demandé pourquoi Turtle l'aimait. Peut-être à cause de l'attachement presque inné qu'on éprouve pour ceux qui nous élèvent, mais dans le cas de Martin, je ne l'ai pas compris, car rien ne me plaisait ou ne me paraissait digne d'intérêt chez lui. Cela n'a pas rendu Turtle fade à mes yeux. Au contraire, j'ai pensé qu'elle se raccrochait à ce qu'elle pouvait pour ne pas sombrer.

Le roman se passe dans les années 2010 (un personnage lit «Twilight»), mais j'avais l'impression qu'il se passait dans les années 50, voire avant. Peut-être à cause de l'amour de Turtle pour sa maison et ses bois, peut-être parce qu'un village entouré de bois et d'eau évoque (pour moi en tout cas) des temps reculés...

L'auteur ne bâcle pas sa fin. Cependant, j'aurais aimé qu'il y ait des chapitres supplémentaires qui en auraient dit davantage sur la manière dont les choses évoluent. Les derniers chapitres en donnent une bonne idée, mais je crois que je ne voulais pas quitter un certain personnage après qu'un événement donné s'est passé...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie Bouvet.

Je ne connaissais pas du tout Marie Bouvet. J'ai apprécié son jeu. Ce livre plein d'émotions n'a pas dû être facile à lire à voix haute. Pour moi, la lectrice s'en sort très bien. C'est un tour de force parce qu'elle n'a pas surjoué. Les situations et le caractère de certains auraient pu pousser à trop en faire. Colère, désespoir, effroi, haine, Marie Bouvet joue très bien ces sentiments paroxystiques. Elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles masculins. Elle ne prononce pas les noms étrangers en tentant de faire un accent. (J'avais peur qu'elle dise «Turtle» de manière affectée.) Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir.

J'ai remarqué que l'éditeur a demandé à la comédienne d'indiquer qui avait traduit l'ouvrage. J'espère que cela sera toujours mentionné (pour les romans étrangers, bien sûr ;-) ) dorénavant.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en deux ou trois pistes.

Comme je lis également en anglais, il arrive que je tombe sur des livres audio existant en anglais et en français. Lorsque le lecteur me plaît dans les deux langues, mon dilemme est terrible! ;-) Pour «My absolute darling», je n'ai aucune question à me poser, non seulement parce que la prestation de Marie Bouvet est excellente, mais parce qu'en VO, le roman est lu par une lectrice qui, pour moi, fait d'horribles effets de voix. Sa voix a une particularité, et elle la fait énormément ressortir, ce qui me déplaît beaucoup.

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62 lectures

lundi, 8 octobre 2018

The survivor's guide to family happiness, de Maddie Dawson.

The survivor's guide to family happiness

L'ouvrage:
À la mort de sa mère adoptive, Nina Popkin, trente-cinq ans, voit son monde s'écrouler. Ayant besoin d'un but, et étant curieuse concernant sa naissance, elle décide de rechercher ses parents biologiques.

Critique:
L'auteur a fait un pari risqué. Elle aborde différents thèmes graves, et fait souvent cela avec humour. Pour moi, elle est parvenue à doser, et elle ne tombe jamais à côté, alors qu'elle aurait très facilement pu.
Exemples d'éléments qui pourraient paraître exagérés:
Lorsqu'elle était enfant, Nina vivait dans un quartier regroupant beaucoup d'enfants adoptés. Au lieu de paraître invraisemblable, cela donne lieu à une anecdote plutôt cocasse, tout en expliquant de manière très naturelle un autre élément important du roman...
Nina a très peur des nones.

Bien sûr, certains moments sont graves, exempts d'humour. Là encore, l'auteur n'en fait pas trop. Sous le rire, elle montre des personnages tourmentés. Nina, bien qu'aimée et choyée dans son enfance, cherche désespérément à se sentir à sa place. Elle en fait souvent trop, afin de tisser autour d'elle un cocon de gens qui seraient de sa famille, de son clan. J'ai bien aimé ce que lui disent Carter et Phoebe vers la fin du chapitre 31. C'est plein de bon sens.
Phoebe et AJ sont également torturés. Ils vivotent, font ce qu'ils peuvent... Pour eux, la romancière n'utilise pas souvent le rire. Elle fait bien.

Dans un tout autre registre, Indigo (quinze ans) se cherche. À travers elle, Maddie Dawson entremêle rire et gravité. La jeune fille n'hésite pas à redoubler d'extravagances qui pourraient être dangereuses, afin de trouver sa place. Qu'elle soit d'une mauvaise foi inégalable, qu'elle se dispute avec son frère (qui est la voix de la raison), qu'elle devienne activiste pour la cause animale, qu'elle se transforme en détective, Indigo est extrêmement attachante. Sa présence est toujours synonyme de drôlerie, et souvent, de gros ennuis. Mon exemple préféré est sûrement ce qui arrive lorsqu'elle décide de faire l'amour sans amour. Je n'avais pas pensé que cela pourrait se terminer ainsi, et pourtant, c'est cohérent.
Au sujet de l'adolescente, j'ai aimé la manière dont Nina interprète ses actes, et ce qu'elle conseille à Carter de faire.

Lindie est un peu agaçante, au début, parce qu'elle a l'air coincé. Quant à ce qu'elle pensait de l'abandon de ses parents biologiques, cela ne m'a pas choquée. Elle jugeait avec les éléments qu'elle avait, et même si une personne extérieure se doute que c'est loin d'être si simple, la théorie de Lindie pouvait se tenir.

S'agissant de l'histoire d'amour, au début, j'ai pensé qu'elle était trop rapide, et je me préparais à râler, quand l'auteur a compliqué les choses. D'autres éléments tournent différemment de ce qu'auraient voulu les clichés, et c'est très bien. Par exemple, la rencontre entre Jane et Nina, ou les soupçons de Lindie quant à une éventuelle infidélité de son mari.

J'ai bien aimé ce que raconte l'épilogue. C'est à l'image du livre dans son ensemble.

Je verrais bien ce roman adapté au cinéma, car je pense que certaines scènes (notamment celle des grenouilles) pourraient être très amusantes.

En gros, j'avais peur que ce roman tombe dans le niais à tout moment, et cela n'a pas été le cas. Il me rappelle un peu «Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie». Il raconte la vie de personnages avec leurs joies, leurs peines, les caractères qui s'accordent ou pas, les répliques savoureuses... et les grosses douleurs dont on ne se relève que difficilement.

Il existe un autre livre de Maddie Dawson, mais je vais sûrement passer mon tour parce que deux lectrices l'ont enregistré, et le jeu de l'une d'elles m'agace...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amy McFadden pour les éditions Brilliance audio.

Amy McFadden est une excellente comédienne. Je suis toujours surprise de la facilité apparente avec laquelle elle module sa voix sans que rien ne soit exagéré. Elle interprète magistralement ce roman, n'en faisant jamais trop, qu'il s'agisse du rire, de la gravité, ou des rôles masculins.

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jeudi, 20 septembre 2018

Sentinelle de la pluie, de Tatiana de Rosnay.

Sentinelle de la pluies

L'ouvrage:
2018.
Ce week-end-là, les membres de la famille Malgarde se réunissent à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, Paul. Celui-ci et sa femme (Lauren) arrivent de leur maison de la Drôme. Linden, leur fils aîné, part de San Francisco. Quant à Tilia, la cadette, elle vient de Londres. Ces retrouvailles ne se passeront pas aussi bien que ce à quoi on pourrait s'attendre: les eaux de la Seine montent dangereusement. De plus, certaines blessures familiales mal digérées refont surface.

Critique:
Ayant aimé trois romans de Tatiana de Rosnay, mais ayant été déçue par «Rose», j'ai hésité avant de tenter «Sentinelle de la pluie». Je me suis finalement décidée parce que j'aime beaucoup Stéphane Ronchewski (le lecteur), et parce que certaines chroniques disaient que ce livre était aussi bon que ceux que j'ai aimés. Après cette lecture, mon sentiment est mitigé, mais cet ouvrage m'a davantage plu que «Rose».

L'histoire est racontée du point de vue de Linden. Il est très sympathique. À travers ce qu'il vit à ce moment et le passé qui lui revient, on le découvre ainsi que sa famille. Ce personnage sensible, très attaché aux siens, qui a reçu un coup de la part de sa mère quelques années auparavant, éveillera forcément la compassion du lecteur.

Je n'ai pas apprécié Lauren. D'abord, il y a ce fameux coup qu'elle porte à son fils. Lors du week-end parisien, elle s'explique, et montre qu'elle aime Linden. Cela la rachète un peu, mais je n'ai pas réussi à lui pardonner, sûrement à cause du reste. Je ne comprends pas vraiment l'autre pan de sa vie, celui que Linden surprend, et qu'elle explique par une impossibilité de communiquer avec Paul. Ici, j'ai l'impression que la romancière n'a pas bien pensé ses personnages. Tout ce qu'on voit de Paul (surtout à travers les souvenirs de Linden) le montre comme quelqu'un d'aimant et d'attentionné. Pourquoi, soudain, Lauren a-t-elle à se plaindre? Certes, Paul est surtout passionné par son métier, mais rien chez lui ne montre du désintérêt pour sa famille, exceptées les paroles par lesquelles Lauren se justifie.

Tilia aussi m'a été sympathique. Victime de certains de ses choix, mais aussi d'un coup bas de la vie, elle tente d'avancer en s'accommodant de ce qui ne va pas. J'ai quand même trouvé que l'auteur en faisait trop concernant son traumatisme. Elle nous le narre, puis quelques chapitres plus tard, c'est Tilia qui le raconte. Il aurait peut-être mieux valu que Tatiana de Rosnay n'en parle pas lorsqu'elle passait en revue les souvenirs de Linden, ou qu'elle en parle moins, pour que le lecteur puisse découvrir toute l'horreur de la chose à travers le récit de Tilia. Là, j'avais l'impression d'une rediffusion.

Grâce aux souvenirs de Linden, nous rencontrons aussi Candice, la soeur de Lauren. C'est encore un personnage que j'ai apprécié. Ouverte, compréhensive, elle était, pour moi, plus posée et mûre que sa soeur. Cependant, à son sujet aussi, j'ai trouvé que la romancière en avait trop fait. Je ne blâme pas Candice, mais l'écrivain qui l'a rendue à ce point vulnérable, qui a décidé qu'elle ne serait pas capable d'envoyer promener JG, et ne pourrait qu'en souffrir. Pourquoi, après avoir créé un personnage si positif, l'a-t-elle entaché? On me dira que chacun remferme ses contradictions, et que quelqu'un qui agit souvent avec intelligence et discernement ne le fera pas toujours, et se trompera surtout en ce qui le concerne. Certes, mais le contraste entre Candice et ce qu'elle a fini par faire m'a paru trop important pour être réaliste.

J'ai beaucoup aimé Mistral. Elle semble apporter la vie avec elle. Elle dispense généreusement réconfort, douceur, bonne humeur, joie de vivre, ouverture d'esprit...

Lorsque Lauren fait son mea culpa, l'auteur met l'accent sur la bêtise dont peuvent faire preuve les gens. Lauren explique qu'elle donne une certaine information à ceux qui lui demandent quelque chose de précis concernant Linden, puis elle parle de leur réaction. Ici, il m'a plu que, par l'intermédiaire de cette mère qui se rend compte que ce qui importe le plus, c'est son amour pour son fils, l'écrivain insiste sur la nuisance de l'intolérance. Elle fait cela très bien.

Le roman est divisé en six parties. Chacune commence par un très court prologue dans lequel quelqu'un raconte un épisode de sa petite enfance. J'ai rapidement deviné qui c'était. Je n'ai pas compris pourquoi cela n'a pas été davantage exploité. L'un des personnages finit par souhaiter que cela le soit, mais sa terrible créatrice lui met des bâtons dans les roues. Bien sûr, on me dira que c'est la vie, que la romancière a imaginé une intrigue qui se tient, que les choses auraient pu arriver ainsi dans la réalité. Certes. Je pense que j'en ai surtout voulu à l'auteur de ne pas mettre ce personnage (celui qui souhaite exploiter le récit narré dans les prologues) davantage sur le devant de la scène. Il m'a été très sympathique, et j'aurais, sans hésiter, évincé un autre protagoniste à son profit.

Généralement, je suis assez souple s'agissant du style d'un auteur. Il me semble ne m'être jamais plainte de celui de Tatiana de Rosnay. Ici, j'ai remarqué quelque chose qui ma énormément déplu. Assez souvent, au lieu d'écrire des dialogues, elle rapporte les paroles des personnages au discours indirect libre. Je n'aime pas que cette façon de faire se retrouve souvent dans le même écrit. Je trouve que des dialogues seront davantage fluides et vivants. Ici, mon agacement a été renforcé à cause de ce que cela a obligé le comédien à faire. Par exemple, lorsque Colin (le mari de Tilia) s'exprime, l'auteur fait du discours indirect libre. Le comédien le transcrit en jouant comme si le personnage parlait. Quelqu'un qui s'énerve pendant un bon moment au discours indirect libre, c'est exaspérant à entendre! Dans le cas de Colin, c'était encore plus laborieux pour moi parce que Stéphane Ronchewski a pris un petit accent anglophone, le personnage étant anglais. Il ne me semble pas qu'il soit dit qu'il a un accent, mais même s'il est précisé qu'il en a un, je trouve pénible que les comédiens prennent un accent étranger lorsque le personnage qui parle n'est pas français. (Je réagis de la même manière lorsque je lis en anglais: je déteste qu'un personnage non anglophone soit joué avec un accent. C'est d'ailleurs ce qui a fait que je n'ai pas pu lire «The women in the castle», de Jessica Shattuck, enregistré par une lectrice dont j'aime beaucoup le jeu, mais qui faisait des accents étrangers à tout-va.) Imaginez ma fureur lorsque j'ai dû entendre ces passages réunissant ces deux éléments: le discours indirect libre avec un accent étranger!

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Stéphane Ronchewski.

Je connais surtout ce comédien pour ses doublages. Il a déjà enregistré des livres, mais malheureusement pour moi, aucun ne m'a tentée. Si j'ai été déçue qu'il fasse un accent à Colin, j'ai beaucoup apprécié son jeu, à part cela. Il a très bien su faire passer les divers sentiments des protagonistes. D'ailleurs, à côté de l'accent de Colin, le comédien jouait également ce que ressentait le personnage, et cela était très bien fait. Pour moi, le jeu de Stéphane Ronchewski démontre son talent: il n'a été ni trop sobre ni cabotin, a interprété avec sensibilité et sans affectation, n'a pas exagéré les voix féminines... J'espère qu'il enregistrera d'autres livres qui me tenteront!

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en plusieurs pistes.

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106 lectures

lundi, 17 septembre 2018

Lucky baby, de Meredith Efken.

Lucky baby

L'ouvrage:
Meg Lindsay s'est toujours sentie désapprouvée et rejetée par sa mère. Aujourd'hui, elle souhaite que son mari (Lewis) et elle puissent donner tout leur l'amour à un enfant qui n'en a pas. Voilà pourquoi le couple décide d'adopter une fillette chinoise.

Critique:
Au début, ce roman m'a beaucoup plu. Meredith Efken décrivait avec justesse les sentiments des uns et des autres. Je comprenais Meg dont la mère semblait n'avoir que des reproches à la bouche, dont la famille l'avait presque reniée parce qu'elle désapprouvait ses choix. J'ai aussi apprécié qu'on ait un aperçu du point de vue de la mère. Je ne partageais pas son avis, mais il était intéressant de le connaître.

En parallèle de l'histoire de Meg, nous suivons Wen Ming et Zhen An, deux orphelines qui, dès leur rencontre, ont tissé un lien extrêmement fort. Là encore, j'ai apprécié que l'auteur s'attarde sur le caractère et les blessures de Wen Ming, ainsi que sur ses raisons d'agir et de penser comme elle le fait.

J'ai commencé à tiquer lorsque Lewis demande à Meg de ne pas imposer sa religion à leur fille, mais de la laisser se forger son opinion. Si elle avait été aussi tolérante qu'elle le clame, Meg aurait accepté, et n'aurait pas amené l'enfant à l'église. Elle lui aurait parlé de sa foi, lui aurait proposé de l'accompagner à la messe de temps en temps, mais ne lui aurait rien imposé.
D'une manière générale, Meg m'a souvent agacée. J'ai compris ses sentiments, et j'ai apprécié qu'elle se remette en question. Cependant, j'ai eu du mal à accepter qu'elle ne prenne pas davantage au sérieux (et même qu'elle y voie un danger) l'amitié entre sa fille et un autre personnage. J'espère qu'à sa place, j'aurais favorisé ce lien, et que je n'aurais pas essayé de le distendre.
Bien plus tard dans le roman, Meg remet certaines choses en question, et pour moi, elle s'y prend mal. Elle s'admoneste parce que, sa fille l'ayant blessée, elle a peur de souffrir à nouveau si elle passe l'éponge. Pourtant, cette crainte est logique. Ce n'est pas ça qu'elle devrait remettre en question.

J'ai été agacée que l'auteur fasse partie de ceux qui disent que pardonner fait du bien à celui qui pardonne. Je ne partage pas cet avis. Je pense que l'absence de pardon ne signifie pas fatalement forts sentiments négatifs. L'absence de pardon peut mener à l'indifférence vis-à-vis de la personne qui a mal agi. Je connais des exemples de cela, et je pense que le pardon n'apporterait pas l'apaisement, alors que l'indifférence, si. Dans le cas de ce que Wen Ming doit (ou pas) pardonner, je serais plus nuancée. Cependant, je ne comprends pas ceux qui l'ont trahie.
Je n'ai pas non plus aimé qu'on (surtout Zhen An) blâme, pendant plusieurs mois, une enfant de douze ans à cause de quelque chose qu'elle a fait par désespoir, et dont elle-même reconnaît la méchanceté. Il ne faut pas oublier le passé de cette enfant de douze ans, ni toutes les blessures qu'on lui a infligées.

Je n'ai pas non plus aimé que Lewis fasse tout ce qu'il fait dans le but de conquérir une personne dont il sait qu'elle s'en moque. L'auteur explique cela par une réflexion de Meg qui dit en substance que même si un parent fait souffrir son enfant, celui-ci, sous la colère et la tristesse, aimera toujours ce parent. Là encore, je ne partage pas cet avis, ayant plusieurs exemples prouvant le contraire. L'auteur aurait pu s'en sortir en choisissant un exemple moins extrême. Cela lui aurait permis de nuancer son propos. J'ai l'impression que tout ce qui ne m'a pas plu est une succession de surenchères destinées à prouver que l'amour est toujours le plus fort. Je pense qu'elle aurait pu montrer cela autrement, de manière plus pertinente et moins grandiloquente.

Ce roman m'a un peu rappelé «La mémoire du thé» à cause du sujet principal. J'ai préféré «La mémoire du thé», parce que Lisa See tente de montrer les mêmes choses et y réussit mieux. Ses personnages me semblent plus crédibles que ceux de Meredith Efken. Leurs réactions sonnent plus juste.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Oasis Audio.

Dans ce roman, la comédienne est parvenue à modifier très légèrement sa voix selon la narratrice. Je ne sais pas trop comment elle a fait pour que ce soit à la fois perceptible et peu marqué, mais en tout cas, c'est une réussite.

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lundi, 10 septembre 2018

By the book, de Julia Sonneborn.

By the book

L'ouvrage:
Septembre.
Anne Corey, trente-deux ans, enseigne depuis plusieurs années dans une petite université américaine. Elle s'y plaît beaucoup, d'autant que son meilleur ami (Larry) y officie également. Seulement, comme elle n'a aucune publication à son actif, son contrat pourrait ne pas être renouvelé dans un an. C'est alors qu'elle apprend que le nouveau président de l'université n'est autre qu'Adam Martinez, avec qui elle a rompu dix ans plus tôt.

Critique:
J'ai passé un agréable moment avec ce roman. J'ai tout de suite apprécié Anne qui fait de son mieux pour ne pas s'engluer dans les regrets, et doit faire face aux refus des maisons d'éditions, ainsi qu'à un bouleversement familial.

Outre une narratrice sympathique, l'auteur a créé beaucoup de scènes amusantes. Elles ont souvent lieu lorsqu'Anne et Larry discutent, même quand les sujets sont graves. Les passages où l'héroïne est avec son père sont plutôt tristes, mais jalonnés de situations amusantes.

J'ai aimé découvrir les quelques événements de la vie universitaire contés par Julia Sonneborn. Ils ne sont pas très nombreux, mais intéressants.

Quant à l'intrigue, j'ai trouvé dommage que la romancière use de gros sabots pour retarder un événement: d'abord, tout le monde attend qu'il se produise; ensuite, j'aurais aimé voir évoluer les héros après que ce fait se serait passé. De plus, il m'a été trop facile de ne pas aimer Rick (le retardateur de ce que tout le monde attend). Tout aurait peut-être été plus crédible de ce côté si Rick avait été vraiment sympathique. Or, on devine rapidement que ceux qui l'apprécient ont tort. Quant à moi, il m'a tout de suite semblé antipathique.
J'ai trouvé dommage que Julia Sonneborn utilise un autre «retardateur», d'autant qu'il était encore moins crédible que Rick...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amy McFadden pour les éditions Brilliance audio.

Amy McFadden fait partie de mes lecteurs préférés. Ici, comme d'habitude, elle n'a pas démérité. Elle est parvenue à modifier sa voix pour les rôles masculins sans exagérer.
Elle prend un accent anglais pour Rick (qui est britannique). Je n'aime pas trop cela, mais elle le fait de manière à ce que cela reste supportable.
À un moment, un jeune enfant fait un caprice. Il aurait été très facile de dire ses répliques en en faisant beaucoup trop. La comédienne n'est pas tombée dans ce travers.

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