Autobiographies, biographies, souvenirs, témoignages

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mercredi, 18 mars 2015

Alors voilà, de Baptiste Beaulieu.

Alors voilà

L'ouvrage:
Baptiste Beaulieu est interne en médecine. Il raconte une semaine de son travail d'urgentiste.
Il raconte des histoires. Au lecteur, certes, mais aussi à la patiente de la chambre 7. Cette patiente (qu'il surnomme la femme-oiseau-de-feu) est sur le point de mourir de son cancer. Seulement, elle veut attendre son fils, Thomas, dont le vol est coincé à cause de perturbations atmosphériques. Alors, Baptiste va tenter de l'aider à survivre jusqu'à l'arrivée de Thomas en lui racontant ce qu'il se passe aux urgences et ce que des collègues lui ont raconté.

Critique:
Si j'ai bien compris, ce livre a été écrit après que le blog de Baptiste Beaulieu a rencontré un vif succès. Je l'ai un peu visité, mais je n'ai lu que ce qui avait été écrit en 2015, donc je ne sais pas si ce qui est raconté dans le livre est également lisible sur le blog.

Le narrateur croque la vie à pleines dents, et tente d'en tirer le meilleur. Si son parcours lui montre une humanité parfois sordide, il retient aussi les expériences heureuses, et surtout, s'exhorte à ne pas avoir de préjugés sur les personnes qui ne sont pas agréables au premier abord.

Les histoires contées ici sont cocasses, tendres, parfois surprenantes, parfois tristes, parfois belles, parfois sordides... C'est la vie... Je ne me rendais pas compte qu'au service des urgences, on pouvait voir défiler une humanité disparate. Certains exemples donnés par l'auteur sont navrants, mais pas tellement surprenants, si on y réfléchit bien. L'histoire la plus absurde est (selon moi) celle de l'homme qui vient aux urgences parce que lorsqu'il fait un certain geste, cela lui fait mal au coude. Lorsque l'auteur décrit le geste, on comprend que n'importe qui aurait mal en le faisant... Je ne donne qu'un exemple, mais le livre regorge d'histoires de tous types.

J'aime bien les surnoms que l'auteur donne à certains médecins (ainsi, pas besoin de s'embêter à leur trouver des noms pour le livre): chef Gueulard est sûrement celui qui mérite le plus son surnom. Quant aux autres personnes évoquées, elles font toutes preuve d'humanité, même si certaines sont maladroites.

L'auteur possède un style bien à lui: imagé, fleuri. Le livre est plein de phrases percutantes, souvent caustiques, de petits conseils pour que la vie et les relations humaines se passent mieux. Baptiste Beaulieu sait raconter, sait dire ce qui fera réfléchir, sait faire rire. J'espère que son deuxième livre sortira également en audio.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Emmanuel Dekoninck fait partie des comédiens qui peuvent tout enregistrer: du policier (Vikas Swarup, Franck Thilliez), du fantastique / onirique / initiatique (Murakami), du classique (Fitzgerald)... Ici, il n'a pas démérité.

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lundi, 9 mars 2015

Le vieux puits, de Magda Szabó.

Le vieux puits

L'ouvrage:
Magda Szabó raconte ses souvenirs d'enfance.

Critique:
On pourrait se demander quel est l'intérêt de lire encore des souvenirs d'enfance. Au départ, j'ai pris ce livre parce que j'ai aimé certains romans de Magda szabó. En le lisant, j'ai pu constater que son récit était différent des classiques.

Pour moi, ce qui domine dans cet ouvrage, c'est l'incommensurable amour que les parents de Magda lui portaient. Ils savaient décoder ses impertinences. Par exemple, un jour, lasse de prêter ses jouets à des cousins irrespectueux, elle a affirmé avec conviction à sa mère qu'elle souhaitait que ceux-ci meurent. Bien sûr, elle n'a pas parlé de son mal être quant au prêt de ses jouets. Sa mère n'a pas été choquée, n'a pas grondé, elle a simplement compris.
D'autres épisodes de ce genre témoignent de cet amour fort et bénéfique.

Cet amour était la cause de certaines entorses à la vérité. Ne désirant pas que leur fille (qui aimait les animaux) souffre, ils lui disaient que ceux qu'on mangeait étaient malheureux et préféraient profiter aux humains plutôt que de s'étioler dans une vie qu'ils n'aimaient pas. Je sais qu'en découvrant la supercherie, j'aurais été très en colère, parce que pour moi, un amour véritable est toujours sincère. Cependant, j'ai été indulgente envers les parents de Magda parce que, par ailleurs, j'appréciais tout ce qu'ils faisaient.
Dans le même ordre d'idées, il y a le jour où Magda a fait quelque chose de mal en croyant que c'était une très bonne action. Je comprends ses parents qui n'ont pas eu le coeur de la détromper.

Un autre aspect à la fois étonnant, cocasse, et enrichissant, de la vie de Magda est la façon dont ses parents lui racontent des histoires. Le récit est inventé aussi bien par eux que par elle. Chacun y ajoute quelque chose. J'ai beaucoup aimé cette manière originale de faire.

En un style vivant, fluide, avec verve, causticité, mais aussi gravité, la narratrice conte son amour pour ses parents, sa très grande imagination, sa meilleure amie, certaines injustices qu'elle commit, etc. Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 29 septembre 2014

Fais de beaux rêves, mon enfant, de Massimo Gramellini.

Fais de beaux rêves, mon enfant

L'ouvrage:
Lorsque Massimo avait neuf ans, sa mère est morte. Dans ce livre, il raconte comment il a vécu avec ce poids, puis comment il a appris certaines choses.

Critique:
Ce roman est autobiographique. L'auteur trouve très bien les mots pour exprimer son mal être. Il change même de style selon qu'il raconte son enfance et ce qu'il se passe lorsqu'il est adulte. Ce glissement se fait très subtilement. Le style n'est jamais pompeux, jamais niais. Il est fluide, vivant.

Ce qu'exprime Massimo Gramellini montre les ravages des non-dits, des malentendus, de choses à demi-exprimées. Bien sûr, chacun pensait agir dans l'intérêt de Massimo, et dans ce genre de situations, les choses sont si délicates qu'on ne peut pas vraiment juger la façon dont s'est comporté son père, par exemple. Son père m'a d'ailleurs beaucoup touchée. Tentant de faire taire sa propre souffrance, il a voulu amoindrir celle de son fils, et malheureusement, sa manière d'agir a fait que ces deux souffrances n'ont pas pu se rejoindre, se comprendre... L'enfant qu'était Massimo est longtemps resté avec ses questions, les contes qu'il s'inventait, et surtout son déni. Ces gens ont éveillé ma compassion: ils ne savent pas gérer cette douleur et les circonstances de l'événement.

Massimo raconte les étapes de son deuil forcé. On le sent particulièrement démuni lorsqu'il avoue avoir oublié la voix de sa mère, lorsqu'il se rend compte que le visage maternel est flou dans sa mémoire.

On me dira, au vu de ma chronique, que tout cela semble larmoyant. Or, il n'en est rien. L'auteur évoque des moments bouleversants, mais il ne tombe jamais dans le pathos.

J'aurais d'autres choses à dire notamment sur la mère de l'auteur, mais j'en dévoilerais trop.

Remarque annexe:
J'aime beaucoup Billie qui semble vouloir s'entourer d'amour et qui est un être qu'on ne peut s'empêcher d'aimer.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Ceux qui ont l'habitude de lire mes chroniques savent à quel point je suis tatillonne quant à l'accentuation des mots étrangers. Je trouve très vite que les lecteurs en font trop. Ici, la lectrice prononce certains mots italiens. Elle y met un peu d'accent, mais n'exagère pas. Sa prononciation est naturelle.

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lundi, 12 mai 2014

Le piano absolu: l'éducation d'un prodige, de Lang Lang.

Le piano absolu: l'éducation d'un prodige

L'ouvrage:
Le pianiste chinois Lang Lang raconte ici son enfance et comment il devint ce qu'il est aujourd'hui.

Critique:
J'avoue que j'ai entamé ce livre avec un a priori négatif. J'étais sûre que j'allais m'ennuyer. Je ne l'aurais même pas tenté s'il n'avait pas été lu par une lectrice que j'apprécie beaucoup.
Je suis très vite entrée dans ce récit bouleversant, mais jamais larmoyant. J'ai très vite respiré au rythme de la vie de Lang Lang qui commença à travailler le piano dès sa petite enfance. Je n'ai pas échappé aux sentiments qu'à mon avis, n'importe quel lecteur a ressenti. Il y a d'abord une grande admiration pour les facultés et la capacité d'adaptation du pianiste et de ses parents. S'il accède à son rêve, c'est au prix de nombreux sacrifices, l'un des plus douloureux étant l'absence prolongée de sa mère.

Lorsqu'on lit la façon dont son père le poussait à aller plus loin, on est partagé entre diverses émotions. C'est un père autoritaire, voire tyrannique, mais également plein d'abnégation, de courage, et de force tranquille que nous décrit Lang lang. Il est évident qu'il ne serait pas parvenu à accomplir ce qu'il a fait sans son père. Il est normal que leur relation engendre une grande tension très bien expliquée dans ces pages. Les duretés du père sont oubliées lorsque Lang Lang confie certaines choses: par exemple, son coeur d'enfant ne peut s'apaiser tout à fait, la veille d'un épisode stressant, que s'il passe la nuit dans les bras de son père.

J'ai aimé suivre l'évolution de l'enfant. Il passe par diverses étapes, toujours guidé par des professeurs dont plusieurs seront de bonnes étoiles. Il n'oublie pas d'évoquer les jaloux, ceux qui pensent tout acheter avec de l'argent, les professeurs fiers d'eux, sûrs de leur savoir.
Si Lang Lang est habité par un esprit de compétition inculqué par son père et son pays, il apprend à écouter les autres, à s'écouter, à ne pas seulement penser à la compétition. Il ne cache d'ailleurs pas à quel point il fut mauvais perdant à sa première défaite. Plus tard, il apprend aussi à concilier différentes approches du jeu: technique, émotion, façon d'appréhender certains morceaux, certains événements...

Le livre n'est pas pesant. Il évoque certains événements rudes, mais il n'est pas exempt de légèreté. J'aime beaucoup l'anecdote de «Tom et Jerry», par exemple. Il y a aussi de jolis passages, comme la rencontre providentielle de Lang Lang avec le marchand de fruits et légumes, celle avec le joueur japonais, ou même la communion finale entre le père et le fils. C'est loin d'être les seuls moments émouvants du livre.

Moi qui ne connaissais pas du tout Lang Lang (j'ai pu lire qu'il était très connu), après avoir lu son autobiographie, j'aimerais bien l'entendre jouer. J'ai passé un très bon moment à découvrir sa vie et son rêve.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 31 juillet 2013

Jardin des neiges, la samba des diablotins, de Roland Lugon-Moulin.

Jardin des neiges, la samba des diablotins

L'ouvrage:
Roland Lugon Moulin rassemble certains de ses souvenirs dans ce roman qu'il fait se dérouler sur sa dernière saison de patron des jardins des neiges. Les moniteurs qu'il dirige apprennent à skier aux enfants en vacances.
Le narrateur est Johan, son fils de six ans.

Critique:
Voilà un livre plein de bonne humeur. Le lecteur prendra plaisir à suivre cette bande de joyeux lurons qui aiment ce qu'ils font, s'entendent bien, et sont toujours prêts à rire. Bien sûr, ils ne sont pas tous comme ça. Certains moniteurs (ici, ce sont surtout des femmes), ne font pas cela par envie, et cela se voit. Que dire de celle qui fut surnommée Ouaf-ouaf et de ses deux acolytes? J'ai beaucoup aimé la réflexion intérieure du narrateur lorsque l'une d'elles fait sentir son nouveau parfum à la ronde.

D'autre part, l'auteur décrit l'attitude irresponsable de certains parents. Malheureusement, cela ne m'étonne pas. Et pourtant, lorsqu'on lit certaines anecdotes, on ne peut s'empêcher de bondir. Par exemple, les parents qui inscrivent leur enfant uniquement pour s'en débarrasser, et n'hésitent pas à mentir sur son âge, sachant que cela lui sera néfaste.

La plupart du temps, l'atmosphère est quand même à l'amusement, à la gaieté. Même lorsque les monitrices indisciplinées se font rappeler à l'ordre. En effet, c'est souvent assorti de réflexions drôles quant à leur comportement. C'est elle qui sont à l'origine de l'idée d'inventer une gifleuse automatique, idée que j'aime beaucoup! En outre, chacun est toujours prêt à faire une farce aux autres.

N'ayant jamais pris des cours de ski, j'ai apprécié de lire comment se déroulaient certaines séances: comment on débute, etc. J'ai aussi découvert que selon leur niveau d'apprentissage, les enfants étaient classés par couleur. Je me doute que c'est le plus facile pour savoir à quel groupe appartient quel enfant, mais cela m'a un peu agacée.

Il y a un moniteur mexicain qui s'appelle Alin (il doit même y avoir un accent sur le «i»). Alin parle avec un accent très prononcé. L'auteur a choisi d'écrire cet accent, par exemple: «Yé souis content.» Je n'aime pas cette façon de faire, car elle oblige celui qui enregistre le livre à marquer l'accent... Ici, la lectrice le fait, mais elle parvient à ce que ce ne soit pas désagréable.

Éditeur: À la carte.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Noëlle Bardy pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Marie-Noëlle Bardy a une voix très sympathique. Sa lecture est fluide. Elle sait jouer sans surjouer.

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