Autobiographies, biographies, souvenirs, témoignages

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lundi, 12 novembre 2018

The commitment, de Dan Savage.

The commitment

L'ouvrage:
Dan et Terry sont ensemble depuis dix ans. Ils ont un fils, DJ. La mère de Dan aimerait qu'il se marie. Dan est superstitieux, et craint que le mariage détruise leur relation. Terry, lui, allègue qu'il ne veut pas agir comme les hétérosexuels. De plus, ils vivent dans un état où le mariage de personnes du même sexe est illégal. S'ils se mariaient, ce serait au Canada. Ensuite, cela ne serait pas reconnu dans leur lieu de résidence.

Critique:
Je ne connaissais pas du tout Dan Savage. Lorsque je me suis aperçue que ce livre était un témoignage (le narrateur parle de lui-même comme étant Dan Savage), j'ai fait des recherches. Cela m'a révélé pourquoi je ne le connaissais pas: il est connu aux États-Unis, et pas en France. En tout cas, après la lecture de «The commitment», je suis sûre de lire d'autres livres de lui, car ce témoignage m'a beaucoup plu. Il ne raconte pas seulement les hésitations du couple qui examine la question du mariage. Il analyse aussi les arguments des uns et des autres contre le mariage homosexuel, voire l'homosexualité. Je le trouve très posé (même lorsqu'il vilipende les homophobes), et j'aime beaucoup ses arguments qui sont les miens depuis longtemps.

L'auteur ne tombe jamais dans la lamentation. Le livre est placé sous le signe de l'humour. Bien sûr, il y a des passages graves, mais le rire est omniprésent. Par exemple, DJ ne veut pas que ses parents se marient parce que, pour lui, un homme doit épouser une femme. C'est quand même triste qu'un enfant de six ans pense ainsi, même si on se dit qu'en grandissant, il réfléchira et pourra changer d'avis. Mais lorsque DJ explique ses réticences, le texte n'est jamais larmoyant. Il y a même une scène très amusante où l'enfant tente de rouler des yeux en signe de désapprobation, et où Dan dit à Terry (qui ne peut voir DJ): «Il acquiesce.», provoquant les protestations indignées de l'enfant.

Ce que Dan mous décrit de sa famille m'a plu. Sa mère est un peu dirigiste, mais il est toujours évident qu'elle agit par amour. Là encore, certaines scènes sont à la fois graves et drôles. Par exemple, Judy argumente avec conviction en faveur du mariage de Dan et Terry, puis on se rend compte qu'il y avait davantage de tequilla que prévu dans son margarita... ;-)

Un témoignage tendre, grave, drôle, qui soulève d'importantes questions, un appel à la tolérance et à l'apaisement. À lire!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Paul Michael Garcia pour les éditions Blackstone audio.

Je connais peu ce comédien. J'ai beaucoup aimé son interprétation. Il rend parfaitement la gravité teintée d'humour de l'auteur. Il ne modifie pas trop sa voix pour les différents personnages, ce que j'ai apprécié. Sans efforts apparents, il rend le texte de manière naturelle. Il semblerait qu'il ait enregistré un autre livre de Dan Savage, mais il le lit avec une comédienne que je n'aime pas trop. À voir, donc...

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jeudi, 2 août 2018

Parole donnée, de Patrick Henderickx.

Parole donnée

L'ouvrage:
1992. Patrick Henderickx vient de sortir de prison. Il s'est juré de ne plus retomber dans le milieu des truands. Il parvient à peine à joindre les deux bouts. C'est alors que le policier à qui il a eu affaire auparavant, et avec qui il est devenu ami lui propose de l'aider à «sauver des jeunes».

Critique:
L'auteur raconte son parcours après la prison. Ayant été victime de pédophilie dans son enfance, il commencera par s'attacher à aider des enfants et des adolescents qui ont eu un parcours «difficile». Le plus souvent, il agit instinctivement. Il se trompe parfois, mais son vécu et son empathie le font aller dans la bonne direction. Il explique le «regard de travers» que les jeunes et lui attirent souvent. Malheureusement, personne n'est à l'abri des préjugés. Lui-même raconte comment il s'y est laissé prendre.

Plusieurs fois, au cours de son récit, il insiste sur le fait que beaucoup disent (ou disaient, lorsqu'il était plus jeune) que la pédophilie, ça n'existait pas. Un moyen assez effrayant de laisser perpétrer ces actes barbares et nuisibles. Quant à lui, il ne peut pas continuer de vivre tant que ces horreurs se poursuivent. Voilà pourquoi il décide de prendre le taureau par les cornes... On a beau savoir que cela existe, le lire est toujours déstabilisant. Lorsque Patrick Henderickx s'attaque à la pédophilie, et raconte son combat sans pathos ni complaisance, on a l'impression d'aller au bout de l'horreur, de la cruauté, et à l'instar de l'auteur, on a envie de tuer tous les pédophiles... Avoir lu des romans et des faits divers, être informé ne prémunit pas, cela ne prémunira jamais, contre de telles abominations.

Le récit de patrick Henderickx est dur, mais il ne fait que rendre compte de faits qu'il tente de changer au lieu de se lamenter. Bien sûr, il ne peut pas sauver le monde entier, mais il essaie d'aider les gens en détresse, et plus particulièrement les enfants. En outre, les récits horrifiants sont entrecoupés de moments de répit où l'auteur raconte des victoires. Ce livre est fort en émotion, en sentiments (positifs et négatifs).

Le narrateur raconte aussi comment est née l'amitié entre celui qu'il appelle Pierrot (le policier) et lui. Cette histoire, à la fois étrange et empreinte d'humanité, ne manquera pas d'étonner et d'émouvoir le lecteur.

Il n'est pas facile d'écrire une chronique sur ce genre de livres sans avoir l'air soit pâmée (ce qui ôterait toute envie à une personne sensée de le lire), soit froide (ce qui donnerait quelque chose de convenu). Je ne suis pas sûre de m'en être vraiment sortie, mais je vous conseille ce livre. Patrick Henderickx, lui, vous conseillerait sûrement, ainsi qu'à moi, d'agir pour l'aider à éradiquer la pédophilie. En effet, c'est ce que lui-même a fini par faire.

Éditeur: Presses de la renaissance.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 7 mai 2018

Mange, prie, aime, d'Elizabeth Gilbert.

Mange, prie, aime

L'ouvrage:
Après un mariage et un divorce douloureux, Elizabeth Gilbert décide de faire des choses qui lui tiennent à coeur. Elle va se délecter de plats et de culture italiens, va tenter de trouver Dieu dans un ashram, puis va en apprendre davantage sur l'Indonésie. Ce sont ces voyages qu'elle conte ici.

Critique:
Après que le livre est sorti en papier, j'ai soupiré d'ennui, parce que tout le monde l'encensait. Je pestais aussi après une partie du titre: «Changer de vie, on en a tous rêvé, elle a osé». Cela me faisait penser à tous ceux qui disent qu'il est très simple de changer ce qui ne va pas si on le veut vraiment. Il y a certaines choses qu'on ne peut pas améliorer, car elles ne dépendent pas forcément de soi.
Je me suis finalement laissée tenter après une offre d'Audible, tout en me disant que si je n'essayais pas, il m'était impossible d'avoir un avis objectif.

Elizabeth Gilbert n'exhorte pas les gens à réaliser leurs rêves à n'importe quel prix (ce que je pensais à cause du titre de son livre). Elle ne passe pas non plus son temps à prêcher en vue de convertir les lecteurs (ce que je croyais aussi avant de lire l'ouvrage). Elle n'énonce pas pompeusement des phrases comme: «C'est facile! Regardez-moi!» (ce que je pensais également avant). Je suis donc en train de me moquer de moi qui déteste avoir des idées préconçues et qui, dans cette chronique, dois reconnaître que j'en avais au sujet de ce récit.

Je ne dirai pas que ce livre est devenu l'un de mes coups de coeur, mais j'ai apprécié certaines de ses qualités. Par exemple, il y a beaucoup d'humour. L'auteur se moque d'ailleurs un peu d'elle-même, de sa façon d'agir à certains moments, etc. Elle nous présente également des personnes qui valent le détour, comme Richard du Texas. Décodant parfaitement (et avec verve) les faits et gestes de notre narratrice, adorant la taquiner, ayant souvent une réplique à la fois sage et humoristique, Richard du Texas conquerra les lecteurs. Il en ira de même pour Ketut Liyer, le sorcier balinais. Il ne ressemble en rien au cliché du «sorcier» englué dans ses certitudes qui veut avoir prise sur tous. Et comment ne pas éclater de rire (tout en bavant abondamment) lorsqu'Elizabeth nous parle de la meilleure pizza de Naples?!
Entre l'humour, les personnes adorables rencontrées par l'auteur, et toutes les anecdotes, on ne s'ennuie pas.

Une autre qualité très importante est la tolérance de l'auteur. Elle explique qu'elle ne veut convertir personne, que si quelqu'un a besoin de croire en quelque chose, il doit croire en ce qu'il veut. On ne nuit à personne en fabriquant sa religion à partir de tout ce qui nous plaît dans celles qu'on rencontre, et même en y ajoutant ce qu'on souhaite, du moment que ça nous aide à avancer, à être positif. J'aime beaucoup cette idée à laquelle j'adhère depuis longtemps. Elle prône l'ouverture d'esprit, la tolérance, et même l'enrichissement par la connaissance des différences. À mon avis, si tous pensaient ainsi, le monde se porterait mieux.
À travers son expérience, la narratrice nous fait partager quelques croyances, et si ça nous fait du bien, pourquoi ne pas en adopter certaines? J'aime bien celle des quatre frères, ou celle qui dit que ceux qui sont nés un jeudi sont nés sous une bonne étoile.

Enfin, j'ai particulièrement aimé l'idée d'une pétition à adresser à l'univers pour qu'une situation malheureuse et conflictuelle cesse. Je l'ai aimée parce que l'amie de la narratrice lui dit une chose qui tombe sous le sens (une fois qu'on l'a entendue), à savoir que l'univers se porte mieux si un maximum de gens sont heureux, et que quelle que soit la situation, si elle est malheureuse (surtout conflictuelle), énormément de gens souhaiteraient qu'elle s'arrête. Ces gens, s'ils savaient de quoi il retourne, signeraient cette pétition adressée à l'univers dont ils font partie.

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire d'Audible.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Catherine Creux.

Une autre qualité de ce roman est la lecture de Catherine Creux! Je ne connaissais pas du tout cette comédienne, et en un seul livre, elle m'a conquise. Elle ne lit pas, elle conte. Sa voix douce et son intonation dynamiques maîtrisent tous les aspects du récit. Parfois, j'avais l'impression qu'elle vivait le livre. Je pense qu'il est préférable de lire ce récit en audio, interprété par cette comédienne. Pour moi, elle y apporte une autre dimension!

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jeudi, 19 octobre 2017

Les 33, d'Héctor Tobar.

Les 33

L'ouvrage:
Ce livre raconte le calvaire des trente-trois hommes enterrés vivants à sept-cents mètres de profondeur, dans la mine chilienne de San José, en 2010.

Critique:
Ce récit étant une histoire vraie, il est plus dur à lire psychologiquement qu'un roman. On se met davantage à la place des personnes qui ont vécu cela.

Héctor Tobar prend le temps de planter le décor. Au début, j'ai pensé que cela serait trop lent, mais je comprenais qu'il fasse ainsi. Sans raconter en détails la vie des trente-trois hommes, il en présente quelques-uns, leur famille... Il évoque ce qui s'est passé juste avant «l'enfermement».

On imagine facilement le genre de choses qui peut arriver dans une situation où un groupe se retrouve enfermé. Des hommes qui ne s'apprécient pas toujours sont obligés de se supporter. Certains ne prennent pas tout de suite la mesure de ce qu'ils vivent (cela occasionnera un «pillage» des réserves de nourriture). Certains ont besoin de soins... Au moins, nous savons (puisque les hommes témoignent) qu'ils s'en sont sortis. C'est un réconfort, même si rien n'est simple.

Naïvement, j'ai cru que dès que les trente-trois ont été localisés, les sauveteurs pouvaient les atteindre très rapidement. Or, cela n'a pas été le cas. L'auteur explique en détails comment, au début, la mine n'a cessé de «cracher» de la boue, des pierres, etc. Ils n'ont pas eu affaire à un petit éboulement. J'aurais donc dû me douter que le sauvetage ne serait pas aisé. Cela provoque d'autres tensions chez les hommes. Il est impossible d'imaginer comment ils ont pu supporter tout cela, même si l'homme a une grande capacité d'adaptation.

Le romancier raconte la solidarité, les actes héroïques des trente-trois, mais aussi la bêtise de ceux qui gèrent cela d'en haut. Certains éléments feront frémir. Par exemple, le premier à parler aux hommes emmurés sera... une personnalité politique. Alors que l'heure est grave, on pense d'abord à soi, à son petit pouvoir, à se faire mousser... Cela m'a vraiment écoeurée. Je donnerai aussi l'exemple du psychologue qui, par la suite, accorde un très petit temps de conversation aux hommes avec les familles.

Lorsqu'on vit un événement traumatisant, on pense à s'en tirer, on ne prévoit pas l'après. Pourtant, cela ne s'arrête pas à la fin du calvaire, d'autant qu'ici, les hommes ont fait le pacte de ne pas en parler. Héctor Tobar prend le temps d'expliquer comment certains font pour oublier, se rendant très vite compte que l'enfouissement en soi n'est pas la solution.

Quelques mois avant de me plonger dans ce témoignage, j'ai tenté de lire une oeuvre de fiction racontant un récit de ce genre: «Les roses noires», d'Antoine B. Daniel. Étrangement, je n'ai pas réussi à le lire... Je me souviens que quelque chose m'a arrêtée dès le début, mais je ne sais plus quoi... Je le réessaierai peut-être.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.
J'apprécie ce lecteur. Ici, il n'a pas démérité. Il a su mettre la dose de jeu et de tension nécessaire sans jamais en faire trop. Il n'est absolument pas tombé dans le pathos et la mièvrerie, ce qu'à mon avis, certains (même des professionnels) auraient fait, et qui aurait été un énorme gâchis.

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lundi, 16 octobre 2017

You're not doing it right, de Michael Ian Black.

You're not doing it right

L'ouvrage:
Autobiographie de Michael Ian Black.

Critique:
Je fais partie de ces gens qui pestent lorsqu'une personne célèbre se met à publier son autobiographie. Pourquoi donc Michael Ian Black a-t-il trouvé grâce à mes yeux? Parce que j'ignore qui il est. Il explique qu'il n'est pas très connu, mais je pense que j'ai moins de chances de le connaître que le commun des mortels puisque je retiens très rarement le nom des acteurs étrangers, leur préférant ceux des comédiens qui les doublent en français. La raison principale qui m'a fait tenter ce livre est qu'il était classé à «humour». Je ne regrette pas: il vaut le détour, car il est (la plupart du temps) très drôle. L'auteur manie très bien l'autodérision. Il nous explique, de diverses façons, qu'il est insignifiant. Par exemple, l'un de ses livres est resté... une semaine sur la liste des best-sellers du New York Times. En outre, il se remet souvent en question (sauf quand il veut prouver à sa femme qu'elle a tort ;-) ), et reste humble devant la vie. Je préfère nettement ce type de personnes à celles qui sont toujours très sûres d'elles, ont une opinion tranchée sur tout et tous, s'affirment avec conviction. Lorsqu'on réfléchit à leurs dires, on se rend souvent compte que c'est du vent. Michael Ian Black choisit donc de raconter la plupart des événements de sa vie de manière humoristique (voire politiquement incorrecte), n'hésitant pas à se prendre pour cible. Mon chapitre préféré est le 10 (en tout cas son début), où il explique pourquoi il déteste son bébé de quatre mois. J'ai été prise d'un irrépressible fou rire. C'est sûrement ici que l'auteur est le plus politiquement incorrect. Bien sûr, un couple ayant un bébé se plaindra du manque de sommeil. Michael Ian Black, lui, explique (entre autres) que sa femme et lui se disputent, la nuit, pour ne pas aller chercher le bébé quand il pleure, et que la seule raison qui les empêche d'étrangler l'autre est que survivre signifie rester seul avec l'enfant.

D'une manière générale, l'auteur passe par des phases et vit des événements ordinaires: peur de s'engager, peur d'être un mauvais père, etc. Il leur donne une certaine originalité en étant le spectateur de sa peur, et en la contant à travers le prisme de l'humour. Il n'hésite pas à décrire la fois où il se croyait atteint d'une tumeur avec beaucoup de verve.
Bien sûr, il raconte certains événements de manière plus grave: la mort de son père, celle de Maddy...

Selon lui, les français sont un peu dérangés parce qu'ils considèrent que lorsqu'on boit plus de deux verres d'alcool par jour, on n'est pas alcoolique. Vu comme ça, je ne peux pas lui donner tort... ;-)

J'ai été un peu déroutée par la structure du livre. Chaque chapitre a un thème, et la chronologie y est sans y être... C'est à-dire qu'il raconte d'abord sa rencontre avec Martha, puis leur vie de couple, puis leur mariage, etc. Mais il fait des digressions quant à son enfance.

J'ai visité son site, et j'y ai retrouvé sa manière à la fois grave et caustique de s'exprimer.

Il a sorti un autre livre autobiographique. Je l'ai lu: Il est plus grave que «You're not doing it right». Il m'a un peu moins plu.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michael Ian Black pour les éditions Random house audio.
Il me plaît que les auteurs lisent leurs autobiographies. C'est souvent le cas des auteurs anglophones. Ici, j'ai donc été contente d'entendre la voix de Michael Ian Black raconter ses anecdotes.

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