1q84 Livre 3

Note: Si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes, mieux vaut ne pas lire cette chronique.

L'ouvrage:
Comme prévu, Aomamé est recherchée par la secte dont elle a tué le leader. Elle se terre dans l'appartement mis à sa disposition par la vieille dame. Cependant, elle a une autre excellente raison de vouloir y rester.
Quant à Tengo, il est au chevet de son père qui est dans le coma.

Critique:
À la fin du livre 2, le lecteur est perplexe. En tout cas, ce fut mon cas. Je me disais que l'histoire ne pourrait pas se poursuivre... Et puis, j'ai eu une idée en me disant qu'elle était trop absurde, trop fantaisiste, peu crédible. C'est pourtant ce qu'a fait l'auteur. Et sous sa plume, cette hypothèse qui me paraissait inepte alors que je l'envisageais, m'a semblé recevable. C'est un peu le propre de Murakami, surtout dans ce roman: il nous fait accepter tout ce qu'il veut. D'abord, il explique tout, et rationalise l'irrationnel. Ensuite, il parvient à créer un monde dans lequel rien n'est vraiment surprenant, justement parce qu'il sait amener ses situations. Enfin, les personnages sont un peu comme le lecteur: ils s'étonnent tout en se disant qu'il ne le faut pas, que c'est ainsi, qu'ils n'ont qu'à en prendre leur parti.
C'est grâce à cette atmosphère, habilement construite par l'auteur, que le lecteur acceptera que la sonnerie du téléphone semble différente quand c'est tel personnage qui appelle, que la cigarette d'Ishikawa soit perceptible à son interlocuteur téléphonique, que la famille d'Ishikawa soit si comique tant elle est confinée dans le paraître et la petitesse.
Et c'est bien sûr cette ambiance et cette écriture propres à Murakami qui fera qu'on acceptera sans sourciller cette étrange histoire d'amour: ses incongruités, ses incohérences, sa beauté, son romantisme un peu désuet. Tout ce qui fait son charme et son intemporalité.

J'avais peur que l'auteur s'enferre dans l'histoire des little people etc. Je craignais un ressassement de ce côté. Murakami ne fait pas cela.
Son intrigue est différente. À l'instar des personnages, elle est moins mouvante. Cet immobilisme m'a plu, mais m'a également gênée. D'abord, j'ai apprécié de voir Tengo et Aomamé dans des situations auxquelles ils n'ont pas l'habitude, surtout Aomamé. Voilà l'impétueuse Aomamé obligée d'attendre, jouant sa vie sur sa patience. C'était étrange de la voir ainsi, elle qui ne semble vraiment profiter que de l'action. On retrouve sa personnalité entière, sa volonté forcenée d'atteindre son but. Mais comme elle est forcée à l'immobilisme, on a l'impression de moins la retrouver.
Quant à Tengo, il semble davantage mûr et réfléchi.

La lenteur est renforcée à cause de l'enquête d'Ishikawa. Il remonte la piste d'Aomamé, et s'il apprend des choses, ce sont des répétitions pour le lecteur. J'ai trouvé cela un peu lourd.
D'autre part, la façon dont il fait le rapprochement entre Tengo et Aomamé m'a paru un peu grosse...

Comme je le pensais, certains détails ont leur importance... pas forcément ceux auxquels je m'attendais. J'ai bien aimé ces clins d'yeux au lecteur attentif, ce louvoiement entre fiction et réalité, ce mélange des deux.

J'ai aimé les scènes où le collecteur de la NHK vient tambouriner à la porte d'Aomamé. À l'instar du livre, elle peuvent être lue à plusieurs niveaux. D'abord, le lecteur ressent la peur de l'héroïne, tapie dans l'appartement, tentant de faire en sorte que sa présence ne puisse être décelable. Mais on ne pourra s'empêcher de rire de l'insistance que met le collecteur, ainsi que de ses propos, totalement disproportionnés par rapport à la faute commise (surtout qu'apparemment, il n'y a pas faute). Cela rappelle les dictatures: à partir du moment où cet homme frappe, on ne se sent plus chez soi, on se sent violé et humilié. Bien sûr, tout cela n'est qu'une facétie de Murakami, un fil de l'air avec lequel il relie Tengo et Aomamé, leur monde et l'autre monde, le passé et le présent...

À la fin de l'ouvrage, il y a un entretien avec Hélène Morita, la traductrice. Je l'ai trouvé très intéressant. Outre les problèmes posés par le texte, la traductrice évoque certaines idées du roman.

Quant à la fin, elle m'a plu. Pour moi, il n'y avait réellement que deux possibilités, et je préfère celle qu'a choisie l'auteur. D'abord parce qu'elle me satisfait, mais aussi parce que ce n'était pas forcément ce à quoi on aurait pu s'attendre. C'est encore une manière pour l'auteur de détourner certains codes.

Ce roman envoûtant n'est pas de ceux qu'on oublie sitôt refermés. Il contient le monde dans ce qu'il a de plus divers. Il est à lire et à relire. Je pense qu'il faut l'aborder plusieurs fois, avec un vécu différent, et on en retirera toujours quelque chose.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck, Maia Baran, et Philippe Résimont.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Il n'était pas facile de trouver une voix qui s'insèrerait dans le duo parfait formé par Emmanuel Dekoninck et Maia Baran. Philippe Résimont a su relever le défi. D'une voix feutrée, il s'est glissé dans l'histoire. J'ai trouvé que sa voix était parfois trop sourde, mais en fait, cela collait bien avec Ishikawa, sa mission, et la façon dont il devait l'accomplir.
J'ai été un peu déroutée que les comédiens prononcent NHK soit «normalement» soit avec une espèce d'accent anglo-japonais. Je suppose que lorsqu'ils le prononcent ainsi, c'est écrit différemment...

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