1Q84, Livre 1

L'ouvrage:
Aomamé est coincée dans les embouteillages, elle sera en retard à un rendez-vous important. Le chauffeur du taxi lui indique qu'elle pourrait arriver à l'heure si elle prenait l'escalier de secours. Peu de monde le connaît. Elle sera, en quelque sorte, une privilégiée.
Peu après cette journée, Aomamé découvre certaines choses qui ne cadrent pas avec ce qu'elle sait du monde dans lequel elle vit.

Tengo écrit des romans. Il n'a encore rien publié. C'est alors qu'il se voit proposé de remanier entièrement un texte écrit initialement par une jeune fille de dix-sept ans. Ensuite, le livre concourra pour un prix attribué par la maison d'édition qui le charge du projet.

Critique:
Haruki Murakami est un auteur assez particulier. Je pense quand même qu'on ne peut rester indifférent à sa plume. J'ai trouvé ce roman particulièrement réussi. L'intrigue, si elle peut paraître tortueuse, est solide. Le lecteur ne pourra pas vraiment prévoir ce qui va arriver. S'il pressent certaines choses, l'auteur saura le surprendre.
De plus, Murakami écrit ici un roman hybride. Une touche de fantastique (qui deviendra sûrement plus importante), une pointe de suspense, un peu d'amour, quelques notes d'humour... Tout cela porté par une écriture ciselée, parfois poétique, parfois tranchante, toujours fluide et harmonieuse.
La structure ne m'a absolument pas gênée. Pourtant, outre l'alternance des chapitres (nous découvrons Aomamé dans les chapitres impairs et Tengo dans les chapitres pairs), le romancier use de retours en arrière. En général, je n'y suis pas trop favorable, mais ici, ils sont habilement placés. Le lecteur est confronté à une espèce de jeu de pistes qui n'a pas été pour me déplaire. Les révélations se font au bon moment.
À la fin, le lecteur entrevoit une chose qui, au départ, ne m'a pas vraiment plu. Je me suis dit que Murakami, qui, jusque-là, avait mené son roman d'une main de maître, tombait dans la facilité. Cependant, cette découverte peut être intéressante. D'abord, elle explique beaucoup de choses, et les esprits rationnels s'y retrouveront. Ensuite, il faut voir comment l'auteur tournera cette idée par la suite. Parfois, des choses déplaisantes se retrouvent intéressantes parce qu'exploitées de manière inattendue. Et on peut compter sur Murakami pour l'inattendu!

L'auteur aborde avec finesse et pertinence le thème de la justice. Comment ne pas comprendre et partager le point de vue d'Aomamé et de la vieille femme? D'un autre côté, si chaque personne trouvant quelque chose d'injuste devait faire justice soi-même, le monde serait un chaos. Tout cela est assez dérangeant. Pour moi, l'auteur pose bien les choses.
Un autre thème très connu est abordé: celui de l'influence. Là encore, l'écrivain excelle. Il décrit cela en peu de mots, de manière percutante.

Les personnages sont également intéressants. Ils sont caractérisés par l'écriture particulière de Murakami. Aomamé est pour moi, la plus représentative de cela, car elle est difficile à cerner. Elle a des idées très tranchées sur beaucoup de sujets, mais s'entoure d'une aura de mystère en se montrant taciturne. Elle semble avoir des qualités humaines, des valeurs, et également bouillonner, abriter une immense colère.
On retrouve ce mystère accru chez Fukaïri. Elle est complexe, et il est évident qu'elle n'a pas fini d'étonner le lecteur.
Quant à Tengo, il est moins épais que les autres, mais cela paraît voulu. Il semble être le réceptacle des désirs et des pensées d'autres (Fukaïri, sa petite amie, son éditeur...). Il est celui qui met en forme, qui tourne les choses, qui trouve la meilleure façon de les dire. Son calme et sa pondération sont une espèce de «récréation» au milieu de ces personnages tourmentés au fort caractère. Il n'est pas insipide à côté d'eux, n'est pas effacé par eux, comme cela aurait pu être le cas. Il semble n'avoir pas tout à fait mûri, il cherche encore quelque peu sa voie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck et Maïa Baran.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Les voix des deux comédiens s'accordent très bien à l'ambiance et aux personnages du roman. Leur interprétation est juste. Ils transcrivent à merveille l'écriture et les idées de cet ouvrage.
L'univers de Murakami est souvent onirique: on nage en un monde où rien n'est acquis, où tout peut très vite changer d'une manière radicale, où on a l'impression de rêver. La voix d'Emmanuel Dekoninck, douce, mélodieuse, et feutrée est particulièrement adaptée à cette ambiance. Celle de Maïa Baran est adaptée au personnage d'Aomamé. Elle a su en jouer au gré des sentiments de la jeune femme. Tour à tour douce, impérieuse, posée, sèche, tranchée, mais toujours agréable, toujours en harmonie avec Aomamé. Je regrette seulement qu'elle prenne une voix un peu chevrotante (même si elle n'exagère pas), pour la vieille femme.
Je serai ravie de retrouver ces deux comédiens dans les livres 2 et 3!

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