jeudi, 27 juillet 2017

Les saisons de la nuit, de Colum McCann.

Les saisons de la nuit

L'ouvrage:
New York, 1916. Des terrassiers creusent le tunnel du métro sous l'East River. Sous terre, le racisme n'existe pas: d'où qu'ils viennent, ils sont frères. Un jour, un accident rapproche certains d'entre eux...

De 1916 à 1991, l'auteur raconte l'histoire d'une famille d'ouvriers et de son entourage.

Critique:
Certains penseront peut-être que ce livre n'est qu'une histoire de plus narrant la vie d'une famille dans un contexte donné. Pour moi, elle se démarque de plusieurs manières. Colum McCann commence par relater avec brio le récit de ces terrassiers qui, malgré la difficulté de la tâche, la poussière, la saleté, l'inconfort, mettent leur coeur dans ce qu'ils font, ont conscience de le faire bien, de participer à l'histoire de la ville. Ils parviennent à tirer le meilleur parti de leur situation. Par exemple, Con O'Leary invente le jeu de la balle de revolver, certains font toujours la même blague à Rhubarbe Vannucci à propos de la crème anglaise, etc. Leur fraternité, leur solidarité sont tout de suite évidentes dans de petits gestes, des attentions, une synchronisation parfaite. Le récit de la construction dure peu, mais c'est de là que tout part. C'est après l'accident que Nathan Walker, conscient de ce à quoi il a échappé, mais aussi de l'importance de son amitié avec ses trois équipiers, voudra renforcer les liens, et que les choses prendront un tournant qu'elles n'auraient peut-être pas pris. À partir de là, l'histoire de ces personnes aux destins irrémédiablement entremêlés se déroule.

Colum McCann raconte le racisme. Nathan Walker, qui est noir, épouse une blanche. Avertis, mais jamais vraiment aguerris, nos personnages font face. Parfois en riant, parfois avec leurs poings. Mais l'auteur montre également ce qu'une personne victime de racisme est capable de faire pour tenter de l'éviter. C'est un moment assez fort du roman. La colère et le chagrin de Nathan et de Clarence s'expliquent parfaitement après cette espèce de trahison. Mais comment ne pas comprendre la «traîtresse»? Qu'aurions-nous fait à sa place?

Tout comme lors de la construction du tunnel, les personnages saisissent la moindre occasion de rire. L'exemple qui m'a le plus amusée est celui du pari sur les pigeons. J'ai aussi apprécié ce moment grave et cocasse où les anciens ouvriers vont raconter leur vie à leur ami entre deux stations de métro. Ces petites notes de gaieté montrent des gens humbles, connaissant la valeur de la vie. Et même lorsqu'elle se montrera particulièrement cruelle, Nathan l'affrontera, et se relèvera.

En parallèle de la vie de Nathan, le romancier expose celle de Treefrog, qui, en 1991, vit dans le tunnel construit en 1916. Par petites touches, son histoire se dévoile. D'étranges correspondances entre Nathan et lui s'opèrent: l'importance qu'il accorde aux grues, son amour du jazz, le prénom de sa fille, etc. La situation des sans-abris est mise en regard avec celle des ouvriers. Une drôle d'amitié naît entre Treefrog et Angela, par exemple. Souvent, leurs dialogues à la limite du surréalisme prêtent à sourire. Treefrog est un peu déroutant, mais attachant. On s'interroge quant aux raisons de ses manies, on se demande pourquoi il vit dans la rue... Il ne semble pas toujours équilibré (ceux qui ont lu le livre comprendront le clin d'oeil), et on le soupçonne d'avoir de mauvaises pensées, ce qui ne va pas avec la gentillesse dont il fait preuve, par ailleurs. Bien sûr, on finit par savoir ce qu'il en est...

Dès le début, une ambiance se dégage. Tout est bien décrit, on suit les personnages comme si on marchait à côté d'eux. J'ai eu un peu de mal à entrer dans les premiers chapitres concernant Treefrog, et je m'y suis sentie un peu perdue, ayant l'impression de piétiner. Mais plus j'avançais, plus j'emboîtais les pièces, mieux je comprenais la signification d'un détail a l'air anodin.
Le style d'écriture démarque également ce roman. Les mots sont soigneusement choisis, faisant tout de suite naître des images en tête. La narration est riche, aboutie, fluide. Les dialogues sont parfois crus, mais ce n'est pas dérangeant. Le contraste entre la narration et cette crudité fait encore mieux ressortir les situations dans lesquelles évoluent les protagonistes. Parfois, on ne s'embarrasse pas de fioritures, on dit les choses comme elles sont, comme on les sent, on n'a pas le temps de faire dans la dentelle. C'est aussi ce qui fait le charme de ces personnages.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frantz Confiac.

Je suis déjà passée devant des livres de Colum McCann sans être tentée. J'ai choisi de lire «Les saisons de la nuit» malgré la structure mettant deux personnages en parallèle et les ellipses (deux éléments que je n'aime pas trop), parce qu'il a été enregistré par Frantz Confiac. C'est encore un comédien dont j'apprécie beaucoup les doublages. Son interprétation de ce roman est telle que je la pressentais. Il parvient à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. Moi qui ne suis pas partisane de modifications de la voix, je comprends qu'on lui ait demandé de le faire, parce qu'ici, cela m'a aidée à imaginer les personnages. La partie un peu délicate est la voix d'Angela. Celle de Frantz Confiac étant naturellement assez grave, il est logique qu'il l'ait un peu «montée» pour ce personnage. Il le fait pour d'autres femmes, mais surtout pour le rôle d'Angela. Je trouve qu'il a su doser les aiguës. Il a également réussi à prendre une voix un peu différente lorsqu'il joue Nathan à quatre-vingt-neuf ans. D'habitude, je préfère que les comédiens ne se risquent pas à faire des voix supposément de personnes âgées, car cela tombe très vite dans le caricatural. Frantz Confiac s'en sort bien.
J'espère qu'il enregistrera beaucoup d'autres livres qui me tenteront.

Pour information, la structure du livre a été respectée à 99%: les deux premiers chapitres sont sur la même piste.

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30 lectures

lundi, 24 juillet 2017

Ask me, de Kimberly Pauley.

Ask me

L'ouvrage:
Aria Morse a dix-sept ans. Depuis qu'elle a douze ans, si on lui pose une question, elle répond la vérité, même si elle ne la connaissait pas juste avant qu'on la questionne. Il y a d'ailleurs certaines réponses qu'elle ne connaît que parce qu'on vient juste de l'interroger. C'est un don. Elle le voit comme un mauvais sort. En effet, il lui est impossible de mentir lorsqu'on lui pose une question. Voilà pourquoi elle a souvent son lecteur MP3: lorsque ses camarades et ses professeurs posent des questions, elle ne veut pas les entendre.
Un jour, Jade, une fille de sa classe, disparaît.

Critique:
J'ai bien aimé le début du roman. Le don d'Aria est ainsi fait qu'en plus de dire la vérité, elle répond assez souvent de manière étrange. Tout cela fait qu'elle n'a pas d'amis. On s'attache donc à elle et on comprend qu'elle souffre de cette situation. De plus, ses grands-parents (chez qui elle vit) sont attachants.

Ensuite, on apprend assez vite ce qui est arrivé à Jade. Je me suis alors demandé comment l'auteur allait faire pour poursuivre son histoire sans traîner. C'est là que cela se transforme en polar un peu trop classique à mon goût, renfermant une très grosse ficelle employée avec de gros sabots. L'auteur prend un certain risque: celui que le lecteur devine qui est le «méchant». Malheureusement, je l'ai très vite deviné. À partir de ce moment, j'ai trouvé que les choses traînaient beaucoup, et que Kimberly Pauley en faisait trop. Par exemple, lorsque quelqu'un pourrait poser une question qui approcherait trop Aria de la solution de l'énigme, quelque chose vient interrompre l'échange. En outre, je n'ai pas compris pourquoi la police prenait au sérieux un appel anonyme. Je n'ai pas non plus compris pourquoi Aria accordait si facilement sa confiance à une personne. Certes, c'est expliqué: c'est la seule personne qui essaie de voir au-delà des apparences, et Aria a besoin d'amis. D'accord, mais alors pourquoi ne fait-elle pas confiance à l'autre personne qui essaie de se rapprocher d'elle? Sûrement parce que cette autre personne est étrange, mais Aria devrait savoir mieux que personne qu'il ne faut pas s'y arrêter. De plus, il est un peu gros qu'elle ne décode pas la solution de l'énigme dans sa réponse saugrenue, puisque cette réponse utilise un mécanisme qu'elle connaît. Bien sûr, quand on est impliqué (comme le sont les personnages), il est fréquent qu'on ait le nez sur la solution, et qu'on ne la trouve pas. J'ai été profondément agacée parce que je l'ai tout de suite trouvée, et parce qu'à mes yeux, Aria se comportait comme une sotte.

Si le début du roman m'a enthousiasmée par son originalité et ses personnages attachants, j'ai été très déçue que la suite soit si bancale et poussive.

Remarque annexe:
Si ce livre est traduit un jour, je me demande comment sera traduite la réponse en forme de poème d'Aria.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Blackstone audio.

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41 lectures

samedi, 22 juillet 2017

Les enfants de Venise, de Luca di Fulvio.

Les enfants de Venise

L'ouvrage:
Rome, 1515. Mercurio, Zolfo, et Benedetta sont de jeunes orphelins. Ils vivent de vols et d'escroqueries. Un jour, l'un de leurs coups tourne mal: Mercurio tue un marchand qui voulait récupérer son bien. La petite bande décide alors de fuir à Venise.

Critique:
L'une des qualités de ce roman est la précision du contexte historique. En lisant Luca di Fulvio, on est tout de suite plongé dans un pays, à une époque. Il nous rappelle, par exemple, comment étaient évacuées les ordures. Certains ne voyaient pas l'importance de l'hygiène, d'autres n'en avaient pas les moyens.
Je ne savais pas qu'à cette époque, l'antisémitisme sévissait à ce point. Ici, il est exacerbé par un moine fou qui excite la foule. Celle-ci est personnifiée, et toute sa versatilité est bien montrée au long du roman. Mais les juifs ne sont pas les seuls à être victimes d'ostracisme. On isole tous ceux qui sont différents. L'auteur montre toute la bêtise de l'homme lorsque la communauté juive (par l'intermédiaire de son chef) fait la leçon à Isacco parce qu'il soigne des prostituées. Rejetée, la communauté applique la même chose à une autre partie de la société. Malheureusement, ce comportement se retrouve toujours et partout.

J'ai préféré certains personnages secondaires (Anna, Donnola, Lanzafame, Isacco) aux principaux, notamment Giuditta et Mercurio qui m'ont souvent fait soupirer. D'abord, même s'il n'est pas trop mal amené, je n'ai pas aimé le coup de foudre. Au début, il était sympathique: les amoureux se demandaient ce qui leur arrivait, pensaient l'un à l'autre, etc. Cependant, lorsque certaines choses se concrétisent (à ce sujet, il aurait été plus crédible qu'ils se parlent pendant des heures avant de se sauter dessus, en tout cas, au début de leurs rencontres clandestines), j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. Par la suite, on retrouve cette exagération dans le comportement des amoureux. Cela les rend niais. Ils vont jusqu'au paroxysme du désespoir, oublient tous ceux qui les entourent, ne pensent qu'à eux et à leur incommensurable peine... Leur attitude l'un envers l'autre et leur comportement vis-à-vis des autres à cause de leur amour m'ont agacée. Pour moi, c'est la fausse note du roman. Bien sûr, le caractère emporté de Mercurio et le fait qu'il ait dû apprendre très tôt à se débrouiller expliquent qu'il agisse parfois mal sous le coup de la colère, qu'il perde le contrôle, etc. Cela ne l'a pas vraiment excusé à mes yeux. C'est dommage, parce qu'autrement, ces deux personnages sont sympathiques.

Certains fraient avec la pègre, ce qui confronte le lecteur aux batailles de territoires. Ici, Scarabello règne en maître sur un secteur, et n'entend pas se laisser détrôner. Ce parasite sans pitié suscitera des sentiments contradictoires: répugnance, colère, compassion.

Benedetta n'est pas toujours crédible. Elle aussi a eu une enfance malmenée, et on peut comprendre qu'elle se laisse dominer par des sentiments négatifs. Voilà pourquoi j'ai eu du mal à accepter sa manière d'être à la fin. Je n'ai pas trouvé ça très vraisemblable... Dans le roman, il y a d'autres éléments du genre: des «méchants» qui, lorsqu'ils sont en mauvaise posture, sont aidés par les «gentils» qu'ils foulèrent au pied... Si je comprends qu'on puisse pardonner, j'ai trouvé que certains personnages le faisaient un peu trop facilement... ce qui rend encore plus étrange le fait qu'ils ne le fassent pas plus vite concernant un autre personnage.

Le capitaine et le docteur m'ont plu. Ils sont loin d'être parfaits, mais ne se perdent pas en simagrées, comme d'autres. Leur souffrance semble plus tangible, plus réelle que celle des amoureux, par exemple. Ils s'en débrouillent mieux, et ont davantage éveillé ma compassion. En outre, leur complicité engendre des situations, et surtout, des répliques cocasses. En effet, Luca di Fulvio n'oublie pas de parsemer son roman de doses d'humour qui arrivent à point nommé.

Zolfo est plus complexe que ce dont il a l'air au départ. Il est perdu, se raccroche à ce qu'il peut... Sa douleur et sa peur d'affronter une situation effrayante l'empêchent de réfléchir. On découvrira, par la suite, qu'il n'est pas aussi faible et aveuglé qu'il en a l'air.

Je ne terminerai pas cette chronique sans évoquer un personnage haut en couleur qui tranche particulièrement avec la foule des soi-disant bien-pensants de par son métier et ses manières expéditives: la Cardinale. Son surnom est déjà tout un programme. Elle fait partie des notes d'humour du roman, et s'insère très bien dans son ambiance.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé Isabelle Miller. Ici, elle n'avait pas la partie facile. Il y a d'abord une galerie de personnages. J'ai été ravie que la comédienne ne tente pas trop de modifier sa voix pour certains. Elle le fait un peu, mais de manière naturelle et subtile. Je n'ai pas compris pourquoi elle donnait un petit accent à Ottavia, mais comme il était très peu marqué, cela ne m'a pas dérangée.
Ensuite, ces personnages éprouvent souvent de très fortes émotions. Là encore, la comédienne a su doser son jeu. Elle a exprimé ces émotions sans tomber dans l'excès.

L'autre difficulté était les noms propres italiens. Je n'aurais pas été gênée par une prononciation totalement à la française, mais j'imagine ce que ça aurait donné pour des noms comme Lanzafame, et je pense que pour des gens normaux, cela serait mal passé. Pour la plupart des noms, Isabelle Miller a trouvé un entre-deux qui, je pense, conviendra à tout le monde. Je trouve dommage qu'elle ait un peu forcé l'accent sur Donnola et parfois sur d'autres, mais je sais que déterminer la prononciation des noms propres n'a pas dû être simple. Pour moi, Isabelle Miller est une très bonne comédienne, et je suis contente qu'elle ait également enregistré «Le gang des rêves» (autre livre de Luca di Fulvio) que je lirai. J'imagine que concernant ce roman, le casse-tête de la prononciation des noms propres a dû être pire que pour «Les enfants de Venise», sachant que le héros s'appelle Christmas...

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée: une piste est égale à deux ou trois chapitres. Il y a 34 pistes pour 92 chapitres.

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57 lectures

jeudi, 20 juillet 2017

Raison et sentiments, de Jane Austen.

Raison et sentiments

L'ouvrage:
Domaine de Norland, Sussex. À la mort d'Henry Dashwood, son fils aîné (John) hérite de la plupart de ses biens. Sa femme (Fanny) et lui ne désirent pas aider financièrement la seconde épouse d'Henry et ses trois filles: Elinor, Marianne, et Margaret. Celles-ci, n'ayant que le peu qu'Henry a pu leur laisser, finissent par déménager dans le Devonshire. Cela éloigne Elinor de celui pour qui son coeur soupire: Edward Ferrars, frère aîné de Fanny. Quant à Marianne, elle s'éprend rapidement de John Willoughby, qui lui a porté secours alors qu'elle s'était foulé la cheville.

Critique:
C'est avec délectation que je me suis plongée dans ce roman sympathique, dont l'intrigue un peu simple est servie par une brillante écriture. L'ambiance est parfaitement plantée dès le premier chapitre. On a l'impression d'être aux côtés de ces jeunes filles et de leur entourage: entre mondanités, protocole, coups bas, amours naissantes. Le style vivant et relevé de Jane Austen recrée à merveille une époque et une société avec ses codes.

L'un des thèmes du roman est (comme l'indique le titre) la manière dont s'opposent le caractère d'Elinor et celui de Marianne. Marianne, fougueuse, prompte à se précipiter dans une histoire ayant tous les aspects romanesques qui lui plaisent, avec un homme qu'elle sent aussi passionné qu'elle, n'hésite pas à se montrer injuste envers certaines personnes. Elinor, pondérée, ne décide rien à la légère, prend le temps de regarder son entourage, d'analyser les situations. Encore de nos jours, on remarque que pour beaucoup de gens, seules les apparences comptent. Ici, c'est illustré par Marianne qui, ne voyant pas sa soeur souffrir, imagine que tout va bien pour elle. Or, Elinor ne montre pas sa détresse, mais son tourment est aussi grand, voire pire que celui de sa soeur. Je fais le parallèle avec notre société, car malheureusement, les choses restent ainsi: peu de gens creuseront et chercheront à comprendre une personne qui ne montre pas ce qu'elle ressent.

Jane Austen fait rire en exposant les mesquineries de certains. Par exemple, au début, la manière dont John et Fanny Dashwood parviennent à ne rien donner à madame Dashwood et à ses filles tout en se félicitant de leur prodiguer une attention de temps en temps est cocasse. Plus tard, on s'amusera également de John flattant sa demi-soeur, lui trouvant toutes les qualités du monde, tout ça parce qu'il espère qu'un homme riche l'épousera. Beaucoup de choses sont ainsi dans ce roman, et malgré la grande souffrance des deux jeunes filles (épreuve dont Marianne sortira mûrie), la drôlerie reste omniprésente. On dit des horreurs de façon extrêmement bien tournées, avec le sourire, on les enrobe d'une douceur trompeuse, on réplique, on rétorque, on cancane, tout cela pour la plus grande joie du lecteur. Cependant, il ne faut pas penser que tous les protagonistes sont superficiels. Outre les deux héroïnes, madame Gennings est un personnage sympathique. Au début, on a l'impression qu'elle est une cancanière invétérée, alors qu'en fait, elle a beaucoup de coeur. J'ai bien aimé le quiproquo que l'auteur parvient à créer entre elle et Elinor concernant la proposition du colonel Brandon.

Remarque annexe:
Il est amusant que trois personnages s'appellent John. ;-)

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch.

Je pense qu'il vaut mieux lire ce roman en audio. Cachou Kirsch adopte d'emblée le ton et le jeu qui correspondent à l'écriture et à l'époque. De plus, elle modifie sa voix sans en faire trop lorsqu'il s'agit de certains personnages. Son interprétation contribue beaucoup à l'immersion du lecteur dans l'univers dépeint.
J'ai trouvé qu'elle prononçait les noms propres comme il le fallait, sans faire un accent exagéré, sauf pour «Harris» dont elle fait le «r» à l'anglophone. Heureusement pour moi, on voit peu monsieur Harris. ;-)

L'éditeur audio a respecté la structure du livre à 99%: seul un chapitre est coupé en deux.

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44 lectures

lundi, 17 juillet 2017

Pull me under, de Kelly Luce.

Pull me under

L'ouvrage:
Chizuru Akitani a un père japonais et une mère américaine. Elle est harcelée par certains de ses camarades d'école. Un jour, peu de temps après qu'elle a perdu sa mère, Tomoya Yu, le plus acharné, la persécute une fois de trop. Elle voit rouge et lui enfonce un coupe-papier dans le cou. Ayant douze ans, elle purgera sa peine dans un centre de détention pour mineurs. Après cela, elle souhaite tout oublier. La vie en décidera autrement.

Critique:
Dans l'ensemble, ce roman m'a plu. Il y a un moment où j'ai trouvé qu'il traînait un peu, mais c'est contrebalancé par le reste. Il est classé dans les thrillers. Pour moi, ce n'en est pas vraiment un. Si Chizuru revient sur son passé, ce n'est pas pour découvrir quelque chose de palpitant. Bien sûr, elle va mettre au jour quelques faits qui expliqueront l'attitude de certaines personnes à l'époque, mais pour moi, c'est l'histoire d'une lente acceptation de soi. Chizuru tente, pendant de nombreuses années, d'effacer cette partie de sa vie par plusieurs moyens. À un moment, son mari lui dit qu'elle pouvait dire qu'elle avait eu une enfance rude, mais qu'elle n'avait pas besoin de mentir en inventant des anecdotes qu'elle aurait vécues. Il a raison, mais c'est peut-être surtout elle qu'elle essayait de convaincre avec ce passé inventé. J'ai éprouvé de la compassion pour Chizuru, même si elle m'a également agacée à cause de sa manière de refuser, pendant une grande partie du roman, l'aide que son mari pouvait lui apporter. D'un autre côté, sa peur se comprend. Bien sûr, on n'oublie pas son crime, et on doit concilier la sympathie qu'elle nous inspire, celle qu'inspire l'enfant qu'elle était alors, et cet acte terrible. J'avoue que je n'ai pu ressentir de compassion à l'égard de Tomoya.
Bien sûr, Chizuru ne finit pas par tout régler d'un claquement de doigts. Certains éléments ne pourront d'ailleurs jamais avoir une issue positive, mais on sent qu'elle commence à se réconcilier avec elle-même.

Dès que l'héroïne a évoqué Danny (alors qu'elle purgeait sa peine) je n'ai pas apprécié ce personnage. Ce sentiment est allé croissant à mesure de ma lecture. Danny finit par présenter ses excuses, et à l'instar de Chizuru, je la crois sincère, mais à l'époque, elle savait parfaitement ce qu'elle faisait. Voilà pourquoi je ne lui accorde aucune circonstance atténuante. Quelqu'un qui fait de mauvaises choses sans vraiment prendre la mesure de ce qu'il fait, puis qui se repent peut être excusable, mais certainement pas quelqu'un qui agit en connaissance de cause. Pour moi, Danny a toujours agi ainsi. Elle finit par tout raconter parce qu'elle est acculée, et veut grappiller un peu de pitié.

Les parents de Chizuru m'ont semblé difficiles à cerner. Ce n'est pas forcément une faille du roman. Ils sont vus à travers ses yeux d'enfant. On essaie de s'expliquer certains de leurs actes. Son père semble avoir plusieurs facettes...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amy McFadden pour les éditions Blackstone audio.
C'est le deuxième livre enregistré par cette lectrice que je lis. J'ai apprécié son jeu. Elle a une voix particulière qui fait qu'elle peut lire des romans racontés du point de vue d'une femme ou d'une adolescente. C'est d'ailleurs le cas ici, puisqu'au début, Chizuru a entre douze et vingt ans. D'autre part, elle parvient à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. J'ai eu un peu de mal avec l'accent qu'elle donne à Danny, mais je suppose qu'on lui a demandé de le faire, Danny étant néo-zélandaise. Lorsque les Japonais s'expriment en anglais, Amy McFadden n'exagère pas leur accent, ce qui m'a plu.

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50 lectures

samedi, 15 juillet 2017

La menace de S. K. Tremayne.

La menace

L'ouvrage:
Rachel, trente ans, issue d'une famille pauvre, vient d'épouser David Kerthen, riche propriétaire du manoir de Carnhallow, en Cornouailles, et veuf depuis dix-huit mois. Le fils de David, le petit Jamie, semble apprécier Rachel. La jeune femme s'installe avec bonheur dans son nouveau foyer. Mais au bout de quelque temps, cette joie se crevasse. Le souvenir de Nina (la première femme de David) reste très présent. Jamie croit la voir dans la maison, et il se met à faire de terribles prédictions.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. Je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, et je n'ai pas pu le lâcher avant la fin. L'auteur décrit très bien une ambiance: cet immense manoir dans les corridors duquel on a l'impression de voir se promener un fantôme, ces superstitions entourant les Kerthen, ce qu'on apprend quant à certains ascendants de David... le tout ayant lieu près de mines pleines d'histoires d'événements terrifiants dont le dernier n'est pas le moindre, et de la mer qui peut être tour à tour accueillante et dangereuse. D'autre part, SK Tremayne crée des rebondissements bienvenus, et force le lecteur à se demander ce qui est vrai, propose des demi-pistes... Il ne triche pas, laissant plutôt travailler l'imagination du lecteur.

Cependant, certaines choses sont un peu lentes. Par exemple, Rachel pense qu'il y a un indice sur la photo d'un magazine. Entre ce moment et celui où elle découvre tout, le temps est un peu long. Cela est excusable, car on peut penser que le souvenir est enfoui dans la mémoire de l'héroïne et met du temps à sortir.
D'autre part, la peur manifestée par Rachel et Jamie est un facteur d'angoisse, et il est très bien que le lecteur en soit témoin. Pourtant, cela aussi finit par durer trop longtemps. Ce sont des moments qui tiennent en haleine, mais je trouve que l'auteur tire un peu trop sur cette corde.

Ensuite, il y a des choses franchement très grosses. Ce que Rachel découvre au moment où elle trouve l'indice donné par la photo en est une. Surtout qu'apparemment, aucun protagoniste n'a tenté, après la mort de Nina, de forcer le destin (ou alors, j'ai manqué quelque chose). Si l'un d'eux avait fini par révéler qu'il avait forcé le destin, cela aurait également été gros, car pas vraiment dans le caractère des personnages, ou alors, il aurait fallu beaucoup d'explications...
La manière dont les «hallucinations» de Rachel et de Jamie sont expliquées est un peu bancale. Ça peut se tenir, mais cela ne me convainc pas vraiment.
De plus, comment peut-on être absolument sûr qu'une psychose comme celle décrite ici est bien due à une dépression postpartum, et ne se reproduira que si la femme est à nouveau enceinte? Qu'est-ce qui fait qu'une grossesse et rien d'autre peut être vecteur de cela?

Certaines critiques disent que ce roman est un mauvais remake de «Rebecca», de Daphné du Maurier. Il est vrai qu'on retrouve un écho de ce roman. L'éditeur audio a d'ailleurs fait enregistrer «La menace» par la comédienne qui a enregistré «Rebecca» pour les éditions Audiolib. Je pense que c'est un clin d'oeil voulu qui accentue l'écho pour ceux qui écouteraient ces deux romans. Je pense que l'auteur ne nie pas cet écho. Le prénom de Rachel est peut-être même un clin d'oeil à Daphné du Maurier et à son roman «Ma cousine Rachel». Quant à moi, cela ne m'a pas du tout gênée. L'auteur a repris certaines idées, mais en a fait quelque chose de différent. Ce qui a peut-être le plus agacé ceux qui ont fait ce reproche, c'est le fait que Carnhallow semble vivante, semble avoir une personnalité, et jouer un rôle prépondérant, tout comme Manderley.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Virginie Méry.

Je connais cette comédienne pour ses doublages. Je l'apprécie beaucoup. J'ai été ravie de l'entendre ici. Pour moi, elle est à la hauteur de ce que me laissaient supposer ses doublages. Elle ne surjoue pas. Lorsque Rachel est prête à pleurer, la comédienne sait adopter un ton à la fois brouillé et apeuré. Beaucoup auraient surjoué.
Virginie Méry ne modifie pas sa voix (ou à peine) pour faire les hommes, et cela passe très bien. J'ai l'impression que certains comédiens ont peur de mal jouer s'ils ne modifient pas leur voix pour les rôles du sexe opposé au leur. Ici, je trouve que la comédienne a eu raison. Je pense qu'un changement de voix flagrant aurait été affreux. Cela aurait été une corvée pour elle, puis pour moi au moment de l'entendre.
Le talent de la comédienne est une des raisons pour lesquelles j'ai apprécié ce livre, malgré ses défauts. J'espère qu'elle enregistrera à nouveau des livres qui me tenteront.

Pour information: la structure du livre a été respectée à 99%. Seul un chapitre est coupé en deux.

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63 lectures

jeudi, 13 juillet 2017

Par amour, de Valérie Tong Cuong.

Par amour

L'ouvrage:
Valérie Tong Cuong crée une famille unie à qui elle fait traverser la deuxième guerre mondiale.

Critique:
Moi qui suis souvent agacée par les auteurs qui se jettent sur le thème de la deuxième guerre mondiale et l'exploitent à outrance, j'ai voulu voir ce qu'en ferait Valérie Tong Cuong, dont j'ai lu cinq livres, parmi lesquels trois m'ont plu.
Pour moi, elle a su raconter les faits tout en décrivant habilement les sentiments de ses protagonistes. Les éléments historiques prennent vie sous sa plume. Je souligne cela parce que je fais partie des rares (Y en eut-il seulement?) qui sont restés hermétiques à la lecture (je n'ai lu que le début) de «Elle s'appelait Sarah». J'avais l'impression que l'auteur tentait de faire naître l'émotion avec des clichés sans cesse remâchés. Ici, cela n'a pas été le cas. Mêlant l'Histoire à la vie de ses personnages, la romancière les mène au bout d'eux-mêmes. Leurs réactions et leurs actes sont réalistes, compte tenu de leur caractère. À travers eux, sont montrées les différentes réactions de la population quant aux coups qu'infligea la guerre. Par exemple, l'armistice de 1940 en a réjoui certains qui pensaient que tout valait mieux que cette guerre. Mais d'autres ont tout de suite poussé le raisonnement plus loin, et envisagé ce que serait l'occupation. Il est logique que Muguette, que le lecteur sent tout de suite plus insouciante qu'Émélie, commence par être soulagée par cet armistice. Cela ne fait pas d'elle une lâche ou une mauvaise personne.

Les personnages sont tous attachants. Chacun veut protéger les siens. Chacun le fera à plus ou moins grande échelle. Par exemple, Joseph tente de plaisanter de beaucoup de choses...
Certains choisiront de préserver les autres à coups de mensonges, prenant le risque d'être méprisés par ceux qu'ils aiment. À ce sujet, je pense toujours que la vérité vaut mieux que le mensonge, mais que serait-il advenu si Émélie avait dit la vérité à sa soeur? Qu'aurions-nous fait à sa place?
D'autres personnages se sentent inutiles. Lucie, par exemple, s'en veut de ne pas être assez courageuse.

J'ai trouvé certaines choses un peu moins bien amenées dans l'avant-dernier chapitre. Par exemple, Jean, sachant qu'il peut être un handicap pour sa famille (la suite me donnera d'ailleurs raison), n'aurait pas dû insister pour rester au coeur de l'action (si j'ose dire). En outre, lorsque son père cède, Jean est très content. L'auteur a voulu montrer un adolescent qui souhaite aider sa famille dans un moment pénible; j''ai plutôt trouvé la réaction du personnage peu mature. Ensuite, l'événement le plus marquant du chapitre m'a semblé être là par souci de crédibilité, afin que le livre ne se termine pas trop bien pour la famille, comme si l'auteur avait pensé: «Bon, il faut que je leur inflige un coup plus dur que ceux qui les ont frappés jusque-là.». De ce fait, j'ai trouvé cela un peu artificiel. Certains diront que je me suis imaginé cela parce que, justement, ce coup dur ne m'a pas plu. C'est possible.

Service presse des éditions Audiolib.
La distribution est la suivante:
Lucie et Émélie: Kelly Marot
Muguette et Marline: Émilie Vidal Subias
Joseph et Thuriau: Olivier Martinaud
Jean et Joffre: Benjamin Jungers

Je connaissais déjà Kelly Marot. Je me rends compte que je ne la connais que dans des rôles sérieux, voire graves. Elle prend donc une intonation grave, ce qui va bien à ce roman, mais je finis par me demander si elle pourrait lire des livres drôles. Elle prend une voix un peu plus aiguë pour Lucie, ce qui se comprend, puisque c'est une adolescente.

Je ne connaissais pas Émilie Vidal Subias. J'ai apprécié sa voix et son jeu naturel. Au long du roman, Muguette chantonne quelques airs. La comédienne a joué le jeu, et a fredonné sans cabotiner. Cela m'a plu, surtout que dans d'autres productions audio, certains comédiens ne le font pas. Je me souviens en avoir voulu à Marianne Épin pour n'avoir pas chanté «Joyeux anniversaire».

Je ne connaissais pas non plus Olivier Martinaud. J'ai apprécié sa voix et son jeu. Il avait deux rôles, mais n'a pas tenté de modifier sa voix (ou à peine), ce que je trouve préférable.

Je connaissais à peine Benjamin Jungers pour l'avoir entendu en passant devant le bureau de mon mari qui lisait «Tom petit Tom, tout petit homme, Tom». J'avais un a priori négatif parce que je trouvais qu'il en faisait trop. Ici, il m'a également semblé qu'il en faisait trop, mais pas beaucoup trop. Il a peut-être eu du mal à trouver sa voix pour chacun des rôles... Pour moi, il accentue un peu trop le côté «dramatique» de ce que vivent les personnages. Je sais aussi que cette remarque vient de quelqu'un de sévère, et qu'une personne normale ne trouvera rien à redire au jeu du comédien, car cette accentuation que j'ai remarquée est très subtile.

L'éditeur audio n'a pas respecté la structure du livre. Beaucoup de chapitres sont coupés en deux.

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lundi, 10 juillet 2017

Zero day, de Jan Gangsei.

Zero day

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
À huit ans, Addie Webster a été enlevée alors qu'elle se trouvait dans le manoir de son père, gouverneur de Virginie.
Aujourd'hui, à seize ans, elle réapparaît. Son père, Mark, est maintenant président des États-Unis. Le retour d'Addie semble être synonyme de soulagement. Cependant, tout n'est pas si simple.

Critique:
Ce roman contient quelques grosses ficelles qu'on peut pardonner à l'auteur parce qu'elle aborde un thème assez important et sensible: le terrorisme. L'homme pervertissant tout, les anti-terroristes deviennent, sous la plume de Jan Gangsei, ceux dont il faut se méfier. C'est effrayant parce que plausible.

D'autre part, l'auteur s'aventure dans le thème de la manipulation psychologique. On peut comprendre que le personnage (que j'appellerai X pour ne pas dévoiler son nom et ne pas répéter «le personnage») ait été dupé: entre bourrage de crâne, circonstances... Cependant, X aurait dû douter beaucoup plus tôt. L'auteur le rappelle d'ailleurs sans vraiment le vouloir lorsque Michael explique qu'il sait quelque chose grâce à un rapport du FBI. J'avais oublié cette chose, et ce que dit Michael m'a tout de suite fait penser que X aurait dû, dès le départ, voir l'incohérence entre ce que dit ce rapport et ce qu'on lui fait croire.
Ensuite, lorsque le doute s'installe et que X va jusqu'à défier celui qui en est l'objet, les choses devraient être plus tranchées: X devrait savoir que son acte de révolte aura des conséquences, mais devrait aussi, étant donné ce qu'implique la prise d'un tel risque, ne plus vouloir agir comme convenu au départ... L'auteur a fait douter X pour donner un peu de réalisme au roman. En effet, il n'était pas possible que l'état d'esprit de X change trop brusquement. Cependant, elle a voulu garder ce avec quoi elle fait mariner le lecteur depuis le début: le bouquet final... cela donne lieu aux incohérences mentionnées ci-dessus.
Il y en a quelques autres, notamment l'attitude du président sitôt Addie revenue, puis par la suite... Il y a également le fait que des parents semblant aimants et attentionnés forcent une enfant de six ans à participer à une soirée mondaine.
Enfin, l'auteur ne s'attarde pas sur la manière dont un personnage fait pour récupérer un certain objet. On sait quand cela a pu avoir lieu, mais le «comment» reste flou. On peut imaginer, mais de petites zones d'ombre restent.

Si Jan Gangsei s'y entend pour créer tension et suspense, elle fait également traîner son récit. En effet, si j'ai été tenue en haleine par plusieurs éléments (comme lorsqu'Alvarez est contrainte d'agir d'une manière donnée), j'ai trouvé que certaines choses allaient trop lentement. Il est vrai que le but de tout auteur de romans policiers est de ne donner la solution qu'à la fin. Mais certains se débrouillent pour faire patienter le lecteur. Ici, ce n'est pas toujours réussi.

D'un autre côté, outre le réalisme du thème principal, le décor est bien planté. Il m'a plu de voir fonctionner le FBI, les services secrets, etc. Tout cela était très crédible.
De plus, on s'attache aux personnages. On les comprend, ils ne sont pas manichéens (sauf l'affreux-vilain-méchant, bien qu'il dise ne pas l'être). Eleanor, par exemple, peut paraître méchante et capricieuse, mais on voit bien qu'elle cherche sa place, et tente de faire avec ce qui a bouleversé la vie de sa famille.
Addie m'a paru tour à tour forte et fragile. Parfois, je trouvais ses réactions inappropriées, mais il ne faut pas oublier qu'elle sort de huit ans de «captivité»... Ce qu'elle a vécu l'a rendue inadaptée au monde dans lequel elle se retrouve parachutée, avec des paramètres prédéfinis...
J'ai bien aimé McKenzie. Elle est particulière, parfois un peu difficile à suivre, mais je l'ai trouvée très sympathique et très futée.
J'ai également apprécié Darrow, même s'il fait un peu trop chevalier blanc en armure qui va sauver la princesse Addie. ;-)

Je ne sais pas trop quoi penser de la fin. Elle est logique. L'auteur l'a peut-être faite ainsi pour se donner la possibilité d'une éventuelle suite... Cependant, je pense qu'une suite serait risquée... cela tournerait en rond, à mon avis... D'un autre côté, j'aurais souhaité qu'il y ait une discussion (une mise à plat des choses) entre Addie et ses parents...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Blackstone audio.
J'aime beaucoup la voix et le jeu naturel d'Andi Arndt. Je suis seulement un peu déçue qu'elle juge nécessaire de modifier sa voix lorsque des hommes parlent...

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