lundi, 21 juin 2021

Wintergirls, de Laurie Halse Anderson.

L'ouvrage:
Lia et Cassie ont été meilleures amies pendant plusieurs années. Soudain, Cassie a brisé leur amitié, rejetant Lia. Plusieurs mois plus tard, un soir, Cassie a téléphoné à son ancienne amie. Celle-ci n'a pas répondu. Ce soir-là, Cassie a été retrouvée morte dans une chambre d'hôtel. Lia se sent coupable de n'avoir pas répondu au téléphone. C'est loin d'être son seul problème...

Critique:
Ce roman m'a plu. Certaines choses sont très frustrantes, mais je pense que,justement, l'autrice est très réaliste. Par exemple, Lia et ses parents ne parviennent pas à communiquer. La jeune fille, au plus noir de ses colères, leur balance de petits indices quant à son mal être, mais ils ne sont pas assez habiles pour les attraper. C'est frustrant, mais c'est compréhensible. Quand on est impliqué émotionnellement, on a parfois du mal à faire la part des choses, à réfléchir, et analyser calmement la situation.

La plupart du temps, Lia ne fait rien pour s'expliquer, pour tenter de se faire comprendre. Elle pense que ses parents (surtout sa mère) se moquent complètement de son bien-être. De ce fait, elle s'enfonce dans l'autodestruction, et s'y complaît. Je savais qu'elle souffrait, mais je ne pouvais m'empêcher de lui en vouloir. Je sais pourtant que les personnes souffrant du même mal que Lia se comportent exactement comme elle: elles font tout ce qu'elles peuvent pour aller le plus mal possible, tout en appelant (de manière difficile à déchiffrer) leurs proches à l'aide. Et si les proches ne parviennent pas à faire ce qu'il faut, ils sont rejetés, et le cercle infernal recommence.
Lia reste lucide. À un moment, elle reconnaît que si elle atteint son objectif (quarante-cinq kilos), elle ne s'arrêtera pas, et voudra toujours peser moins.

Les parents de l'adolescente m'ont également agacée. Il est normal que si son enfant ne mange pas, la première chose qu'on souhaite, c'est qu'il mange. Mais les parents de Lia ne tentent jamais de savoir ce qui se cache sous son anorexie. Ils surveillent son poids, se fâchent quand elle ne mange pas, mais ne lui demandent jamais de leur ouvrir son coeur. Certes, elle va chez une psychologue, mais il me semble que des parents devraient tenter, sans l'agresser, de faire parler leur enfant adolescent anorexique. J'en ai surtout voulu à la mère de Lia (Chloé), mais j'ai été influencée par la narratrice qui, avant que le personnage apparaisse, explique qu'elle est le cadet des soucis de sa mère, qui ne pense qu'à son travail: médecin. Bien sûr, son affirmation est quelque peu corroborée lorsqu'elle passe un week-end chez sa mère, et que celle-ci prend tous les appels venant de l'hôpital. Cependant, tout n'est pas si simple.

J'aurais souhaité que le roman soit plus long. Qu'il y ait une deuxième partie racontant en détails ce qui est dit dans le dernier chapitre. Ainsi, certains mécanismes auraient été expliqués. J'imagine que cette partie n'aurait pas été facile à écrire. Cependant, si Laurie Halse Anderson a pu écrire ce roman, elle aurait pu écrire ce qui aurait été la deuxième partie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.

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jeudi, 17 juin 2021

The expanse, tome 1: L'éveil du Léviathan, de James S. A. Corey.

L'ouvrage:
Futur. Voilà longtemps que les humains ont colonisé certaines planètes du système solaire: Mars, la Lune, et la «Ceinture», constituée d'astéroïdes.
Un jour, le Canterburry, un vaisseau spatial transportant de la glace, est atomisé. Cinq membres de l'équipage (dont le second, Holden) en réchappent, car ils étaient allés prêter main forte aux voyageurs d'une autre navette qui émettait des signaux de détresse. Furieux de l'anéantissement des vies de ses amis, Holden passe une annonce à toutes les planètes où on peut l'entendre disant qu'il fera tout pour retrouver ceux qui ont fait cela. Il sous-entend que cela pourrait être l'oeuvre de l'équipage d'un vaisseau martien. Cela ouvre les hostilités entre la Terre et Mars...

L'inspecteur Miller a été chargé par sa hiérarchie de retrouver une jeune femme dont les parents n'acceptent pas le départ. Lorsqu'il entend l'annonce d'Holden, il pense que ce dernier n'aurait pas pu mieux s'y prendre pour semer le chaos.
Quand on lui retire l'enquête, il décide de faire cavalier seul...

Critique:
Commençons par le seul (mais énorme) reproche que j'ai à formuler: je n'ai pas accès à la suite du roman! C'est terrible! ;-) Vivement qu'elle sorte en audio!

Vous aurez donc compris que ce premier tome m'a beaucoup plu. Avec justesse et finesse, l'auteur aborde certains thèmes comme le racisme, les personnes avides de pouvoir, l'intégrité, les dégâts que peut causer une «arme» mise entre de mauvaises mains... À travers Holden et Miller, sont évoquées les frontières, parfois ténues, entre le bien et le mal. Qu'aurions-nous fait à la place de Miller? Puis à celle d'Holden? Quant à moi, je pense savoir ce que j'aurais fait à la place de Miller, mais pas à celle d'Holden...

Je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Entre les éléments sur lesquels nos héros enquêtent, les rebondissements, l'analyse de la psychologie des personnages, et le dépaysement occasionné par les particularités de l'univers créé par James S. A. Corey, je n'ai pas vu le temps passer. Je ne m'attendais pas du tout à ce que finit par comprendre Miller, et donc à ce qu'il fait ensuite.
En début de chronique, je me désolais que la suite ne soit pas encore sortie, mais ce n'est pas pour une question de suspense. Ce tome 1 a une vraie fin. Je regrette de ne pouvoir lire la suite parce que j'ai beaucoup aimé cette histoire. Je me demande d'ailleurs ce que sera la trame du livre suivant. Ce qui ne fait que renforcer ma hâte. ;-)

Je souhaite que dans la suite, quelque chose se produise. Or, c'est impossible. Donc si l'auteur fait cette chose, je serai contente, mais je crierai à l'invraisemblance, et s'il ne la fait pas, je serai déçue, mais tout restera parfaitement crédible. À moins qu'il puisse faire advenir cet événement tout en restant crédible... Vivement le tome 2!!! (Oups, je me répète...)

Je me suis fait une réflexion amusante: les deux personnages qui «devaient se rencontrer» (si j'ose le tourner ainsi) ont les mêmes initiales... ;-)

Je lis peu de science-fiction, parce que peu de roman de ce genre m'attirent. Cela fait que j'ai fait une association d'idées que les lecteurs chevronnés ne feront pas. Dans ce roman, il y a parfois des scènes où la navette spatiale des héros est prise en chasse, et où les passagers doivent se battre pour neutraliser l'ennemi. Ils lancent des missiles, se protègent des tirs adversaires... Or, cela m'a rappelé le seul autre roman (une autre série) que j'ai lu où ce genre de scènes arrive: «The voyage home saga», de D. J. Holmes. Les deux intrigues n'ont rien à voir, mais peut-être que si vous appréciez «L'éveil du léviathan», et que vous lisez en anglais (les D. J. Holmes ne me semblent pas traduits) vous aimerez cette autre série.

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Blanc.

Thierry Blanc est un comédien que je retrouve avec plaisir parce que j'apprécie beaucoup son jeu. Ici, il n'a pas démérité. Son jeu est vivant sans être exagéré, et sobre sans être monotone. Il parvient à entrer dans la peau d'une galerie de personnages sans modifier sa voix à outrance, signe (pour moi) que c'est un bon comédien.
Comme je pinaille, je regrette qu'il ait prononcé McBride avec, parfois, un «r» anglophone, mais ce personnage intervient peu, alors... ;-)

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77 lectures

lundi, 14 juin 2021

The last one home, de Victoria Helen Stone.

L'ouvrage:
Lauren Abrahams a trente-cinq ans. Sa grand-mère, Elizabeth, vient d'avoir une crise cardiaque, et sait qu'elle ne peut plus vivre dans sa grande maison. Elle souhaite que ce soit Lauren qui l'habite. Celle-ci craint que son père (Michael) en prenne ombrage, mais Elizabeth est sûre que Michael vendrait la maison, et elle ne veut pas que cette dernière sorte de la famille. Lauren hésite, mais elle est ravie, car cela signe son appartenance à cette famille. En effet, pendant les dix premières années de sa vie, Lauren pensait que son père était un meurtrier. Sa mère, Donna, a fait arrêter Michael alors qu'elle était enceinte de Lauren, disant qu'il lui avait confessé avoir commis un meurtre. Mais dix ans plus tard, un serial killer a avoué être l'auteur du meurtre dont Michael était accusé. Depuis, Lauren s'est rapprochée de sa famille paternelle, et voit beaucoup moins sa mère.

Critique:
Ce roman m'a plu. Le récit alterne le point de vue de Lauren au présent et celui de Donna lorsqu'elle était enceinte. Dès le départ, le fait que Lauren adore son père et sa grand-mère, et rejette sa mère m'a déplu. Certes, la jeune femme donne des explications logiques à cela. À sa place, j'aurais sûrement agi de la même façon. Ajoutons à cela que très rapidement, on voit que lorsqu'elle était enceinte, Donna n'était pas vraiment sérieuse. Certes, elle n'a pas été gâtée par la vie, mais elle semble quand même un peu rustaude et tête folle. Je ne sais pas si c'est par esprit de contradiction ou parce que je me disais que tout ne pouvait pas être si simple, mais j'attendais sans cesse que Lauren tourne le dos à Elizabeth et à Michael.

D'une manière générale, l'autrice a bien joué. L'attitude de chacun fait qu'on fait la part des choses, qu'on comprend comment tel personnage a pu croire ceci, tel autre a pu croire cela, etc. Il y a quand même une chose que j'ai trouvé un peu grosse. Il est étrange que pendant de nombreuses années, un personnage ne se soit pas montré sous son vrai jour auprès d'un autre. Certes, ce personnage était très fort, mais il n'est pas logique qu'il n'ait rien dévoilé. Cela peut s'expliquer en partie par l'aveuglement de l'autre personnage, aveuglement dû à sa frénétique recherche de stabilité.

J'aurais aimé que certains personnages soient davantage punis. Le plus fautif l'est peut-être quand même, car il n'a plus aucune prise sur rien, et, espérons-le, le sait.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arielle Delisle et Vanessa Johansson pour les éditions Brilliance audio.

Arielle Delisle fait partie des comédiens dont j'apprécie le jeu. Je l'ai donc retrouvée avec plaisir. J'ai quand même été gênée qu'elle modifie sa voix pour les rôles autres que Lauren. Ce n'est pas la première fois que cela me dérange chez elle, mais aimant son jeu par ailleurs, je passais. Là, ça m'a agacée.

Je connais peu Vanessa Johansson. J'ai apprécié son jeu, car elle avait plusieurs sentiments forts à jouer, et s'en est bien tirée.

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92 lectures

jeudi, 10 juin 2021

Les incroyables aventures des sœurs Shergill, de Balli Kaur Jaswal.

L'ouvrage:
Londres.
Cita est sur le point de mourir. Ses dernières volontés: que ses trois filles fassent un pèlerinage en Inde, son pays natal. Elle leur a préparé un itinéraire avec des choses obligatoires à faire. Elle souhaite que pendant ce voyage, Rajni, Jezmeen, et Shirina se parlent le plus possible.

Critique:
Avant d'acheter ce roman, j'ai regardé les chroniques sur Audible.fr. J'ai surtout retenu les négatives qui disaient qu'il ne se passait rien, que ce n'était pas intéressant, etc. J'ai décidé de ne pas les écouter parce que j'ai aimé «Le club des veuves qui aimaient la littérature érotique» (précédent roman de Balli Kaurr Jaswal), et que le résumé me tentait. Je suis très contente d'avoir écouté mon instinct, car ce roman m'a plu.

Les trois soeurs se retrouvent à faire quelque chose qui leur est difficile: être ensemble, devoir se parler... Leur mère et le lecteur espèrent qu'elles finiront par aller au-delà de ce qui les oppose. Chacune a ses soucis, chacune a l'impression de n'être pas comprise par ses soeurs, chacune éprouve du dépit mais aussi de la tristesse quant à certaines disputes... Rajni souligne elle-même qu'elle passe pour la coincée inflexible. Le lecteur partageant ses émotions dès le début, il sait que c'est plus complexe. Si j'ai commencé par la trouver un peu dure, je l'ai vite appréciée, car elle se soucie des autres. Quant à Jezmeen, j'ai ressenti la même chose. Je l'ai trouvée un peu tête folle, mais partageant ses pensées, je l'ai comprise, même si j'ai eu un peu plus de mal qu'avec Rajni. C'est Shirina que j'ai eu davantage de difficultés à comprendre. Elle s'enferre dans des sacrifices qu'elle sait néfastes pour elle. Certes, elle a besoin de sécurité, et pense la trouver à ce prix... J'ai apprécié voir le cheminement de chacune, et même si je n'étais pas toujours d'accord avec leur façon d'agir, j'appréciais la remise en question qui s'opérait peu à peu.

L'épilogue m'a donné le même sentiment que celui de «Motherland», de Leah Franqui. L'autrice prend le temps de dire ce que sont devenus les personnages, et de bien montrer les conséquences de ce voyage en Inde sur les trois soeurs. Cela m'a plu.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gaëlle Billaut-Danno pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Je connais peu cette comédienne. J'avais apprécié sa lecture de «Fleur de cadavre». J'ai également apprécié sa lecture du roman de Balli Kaurr Jaswal. Elle joue les sentiments des personnages sans trop de sobriété ni d'exagération. Elle prend une voix un peu plus grave lorsqu'elle lit des passages de la lettre de Cita. Cela m'a un peu gênée, mais je l'ai compris, car à ce moment, Cita tente de faire preuve de sagesse. Une voix un peu grave peut aller avec cela. Le seul reproche que je lui adresserai est qu'elle adhère à cette nouvelle tendance, et dit «un klaxone» pour «un klaxon». Cela m'agace vraiment que de bons comédiens fassent cela. De plus, je ne me l'explique pas.

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112 lectures

lundi, 7 juin 2021

The valley and the flood, de Rebecca Mahoney.

L'ouvrage:
27 décembre au soir. Rose (adolescente) quitte Las Vegas pour San Diego. Peu de temps après son départ, sa voiture s'arrête, et ne veut plus redémarrer. Alors qu'elle se demande quoi faire, elle entend, à la radio, le dernier message que son amie, Gabby, a laissé sur son répondeur, un an auparavant. Rose veut comprendre ce phénomène. Dans le village où l'a arrêtée sa voiture, elle rencontre d'abord une étrange jeune fille. Elle apprend rapidement qu'elle n'a pas échoué ici par hasard.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Au départ, j'ai eu un peu de mal à concilier le réalisme de ce dont souffre Rose et les raisons pour lesquelles elle en souffre avec l'aspect fantastique du roman. Je me disais que l'autrice allait s'emmêler dans son intrigue. Heureusement, elle n'en a rien fait, et les deux aspects cohabitent. L'important est que Rebecca Mahoney soit parvenue à mener la narratrice vers la compréhension et l'acceptation d'elle-même. Plusieurs livres évoquent des personnes en deuil culpabilisant, et en voulant à d'autres qu'elles considèrent comme responsables. En général, les auteurs expriment bien cette douleur et ses conséquences. Rebecca Mahoney le fait bien, elle aussi, et apporte une autre dimension à cela. Elle creuse les choses, explore le ressenti de Rose, tout en le confrontant à celui d'habitants du village. J'ai apprécié ce que l'héroïne finit par comprendre, car c'est une image très parlante à laquelle chacun pourra penser dans cette situation. En expliquant cela ainsi, Rebecca Mahoney va plus loin que ceux qui disent qu'il faut profiter des bonnes choses et ne pas s'attarder sur les mauvaises. Elle montre comment cela peut faire mal. Bien sûr, cela n'en rend pas le travail sur soi moins difficile, mais peut-être que cela permet un accompagnement plus concret. Paradoxalement, j'ai trouvé que l'aspect fantastique aidait à mieux percevoir les choses, et à rendre l'image plu précise et forte. Pourtant, au début, je peinais à accepter ce côté.

Les personnages sont attachants. Ceux qui agissent étrangement ou se montrent hostiles ne m'ont pas déplu, parce qu'ils s'expliquent, et sont complexes.

Certaines professions souffrent malheureusement d'idées reçues qui sont colportées, notamment à travers les livres. J'ai donc été ravie que Rebecca Mahoney s'écarte ostensiblement de ce chemin concernant Maurice, le psychologue de Rose. Malheureusement, dans beaucoup de romans, on voit des psychologues ou des psychiatres qui font n'importe quoi. Maurice n'est pas du tout comme ça. Son écoute, ses conseils, le fait qu'il ne s'enferme pas dans une tour d'ivoire, tout cela aide l'adolescente.

Mention spéciale à Sammy qu'on voit peu, mais qui, avec ses rires et sa gentillesse, fait partie de ceux qui aident l'héroïne à avancer.

Comme souvent, j'aurais aimé un ou deux chapitres supplémentaires. Je sais que Rose va parler à sa mère, à Maurice (elle précise même qu'elle aura beaucoup à dire), peut-être aussi à Flora. Je sais également en grande partie ce qu'elle va dire. Cependant, j'aurais aimé lire certaines choses à ce sujet... Peut-être n'avais-je pas envie de quitter les personnages.

Rebecca Mahoney n'oublie pas l'humour. Dans ce contexte tendu, elle parvient très bien à en insérer de petites pincées. Il y a une partie du coup de fil de la jeune fille chez elle, coup de fil lors duquel elle parle à Sammy. Autre exemple: Alex et Félix. Ils sont souvent synonymes de détente, même s'ils sont autant touchés que les autres par ce qui arrive au village.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.

Comme je m'y attendais, Phoebe Strole n'a pas démérité. Son jeu est toujours aussi bon: ni exagéré ni trop sobre.

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134 lectures

jeudi, 3 juin 2021

Tout (n')est (pas du tout) sous contrôle, de Sophie Henrionnet.

L'ouvrage:
Olympe est photographe culinaire. Ce matin-là, alors qu'elle se rend à son travail, elle empêche un homme de sauter dans la Seine. En représailles, il l'y pousse. Repêchée par la police fluviale qui était sur place à cause de l'homme sauvé par Olympe, la jeune femme appelle son patron, et ne trouvant aucune grâce à ses yeux, est renvoyée. Elle doit rapidement trouver un nouveau travail...

Critique:
J'ai hésité à tenter ce livre parce que le résumé et certains avis me faisaient craindre qu'il ressemble à «Mother's day out», de Karen MacInerney, livre qui se voulait drôle, et que j'ai détesté. Je l'ai oublié en grande partie, mais je me souviens que je me demandais comment ce qui arrive au chat (par exemple) pouvait faire rire les lecteurs. Heureusement, Sophie Henrionnet a été (du moins pour moi) plus fine que Karen MacInerney, même si certaines de ses ficelles sont grosses.

La situation familiale d'Olympe est complexe et hors du commun. Cela fait donc sourire. Il n'est pas très banal, par exemple, qu'un ex mari s'entende très bien avec son ex femme, que sa nouvelle femme soit adorable avec l'ex, que les relations soient toujours bonnes. Cette ficelle n'est pas exagérée, en tout cas, l'autrice ne surenchérit pas, à mon avis, donc elle m'a plu.

Le nouveau travail d'Olympe n'est pas de tout repos. Le lecteur, tout comme l'employeur de la jeune femme, imagine qu'elle va patauger, et être plus encombrante qu'autre chose. Il est donc amusant de voir comment elle résout la première affaire. Là encore, je trouve que l'autrice a finement joué. Pour moi, c'est resté crédible. Quant à la deuxième affaire, Sophie Henrionnet a assorti cela d'ennuis pour la narratrice et l'entreprise qui l'embauche, ce qui fait qu'on n'a pas l'impression qu'Olympe s'en sort toujours très bien, ce qui n'aurait pas été crédible.

L'ensemble d'énigmes (tant professionnelles que familiales) que la romancière nous propose m'a plu, car je n'ai pas deviné grand-chose. Je savais que l'un des personnages ne trompait pas sa femme, donc j'ai trouvé que la résolution de cette énigme était un peu longue, mais cela ne m'a pas trop agacée. Je me doutais également que la blonde ne serait pas un obstacle à un certain élément que je ne dévoilerai pas ici.
À un moment, j'ai eu peur qu'il y ait un triangle amoureux, ce que je déteste. Heureusement, Sophie Henrionnet s'en est abstenue. J'espère que, si elle écrit une suite, elle n'utilisera pas cette ficelle.

La romancière crée beaucoup de scènes cocasses, notamment lorsque Barbara Cartland (dont je ne comprends pas le surnom, car je ne vois pas la ressemblance) est de la partie. Ces scènes familiales m'ont plu. Celle que j'ai préférée est celle du déjeuner chez les parents d'Olympe, scène au cours de laquelle la jeune femme sème le chaos rien qu'en arrivant, chaos que tout le monde prend de manière assez décontractée, surtout les personnes âgées.

Parmi les choses qui ne m'ont pas plu, il y a le prologue. Malheureusement, l'autrice est tombée dans ce travers qui consiste à mettre un prologue qui est au coeur des événements, qui est là pour appâter le lecteur, puis commence son premier chapitre tant de temps plus tôt, afin d'expliquer l'enchaînement des faits, et le lecteur retrouve la situation du prologue vers la fin. Ce genre de prologues me fait davantage soupirer d'ennui que mariner.
J'ai également trouvé très lourd le revirement d'un personnage (dont je tairai le nom pour ne pas trop en dire). Bien sûr, l'autrice voulait que les choses finissent bien pour ce protagoniste, mais elle aurait dû s'arranger pour faire cela autrement. On me dira que concernant ce cas, je suis sévère, car ce genre de choses peut arriver. C'est vrai, mais cela touche un sujet sensible pour moi, et pour une fois, j'aurais bien aimé rencontrer un personnage de livre qui pense comme moi. ;-) De toute façon, la ficelle est quand même grosse.
J'ai aussi trouvé que le personnage de Stella était un peu exagéré. C'est dommage, car elle est drôle et sympathique, mais sa façon d'agir parfois la rend peu vraisemblable.
Enfin, j'ai trouvé extrêmement lourd que la meilleure amie d'Aglaë s'appelle... Sidonie. J'aurais trouvé cela un peu moins gros si Olympe avait fait un commentaire humoristique sur la «coïncidence».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pascale Chemin pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

C'est le premier roman enregistré par cette comédienne que je lis. Sa prestation m'a plu. Il lui aurait été très facile de surjouer, car de mauvais comédiens surjouent les livres amusants. Pascale Chemin s'en est très bien sortie, jouant sans en faire trop. Le seul reproche que je lui adresserai est qu'elle prononce «klaxone» pour «klaxon». Depuis peu, j'entends des comédiens prononcer ce mot ainsi. J'ai beaucoup de mal à comprendre cette erreur. Va-t-on bientôt entendre «un baluchone», «un bonbone», «un talone», «un paillassone»? On dirait que cette prononciation est un désir de faire coller les terminaisons en «on» avec la prononciation anglophone. Mais pourquoi??? Je suis un peu déçue lorsque je constate que des comédiens prononcent mal le mot «gageur», mais là, ils ont les circonstances atténuantes, parce qu'il est possible de mal comprendre l'orthographe de ce mot. Concernant «klaxon», je ne comprends pas pourquoi cette erreur est soudain apparue... Malgré ce reproche (une prononciation erronée peut facilement être corrigée) j'entendrai à nouveau Pascale Chemin avec plaisir.

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lundi, 31 mai 2021

The truth and other hidden things, de Lea Geller.

L'ouvrage:
Le même jour, Bells Walker, quarante-deux ans, apprend qu'elle est enceinte malgré son stérilet, et que le poste d'Harry (son mari, professeur à l'université) ne va pas devenir fixe. Harry trouve un autre poste: la famille doit donc quitter Manhattan pour Pig Kill, Dutchess County, dans la vallée de l'Hudson. Chacun doit s'adapter. À New York, Bells avait une rubrique dans un journal. Ne trouvant pas de travail dans la gazette du village, elle demande à son ancien patron de la laisser écrire des articles sous le pseudonyme de la Duchesse du comté. Elle se propose d'y parler de la vie dans la vallée de l'Hudson.

Critique
Ce roman m'a plu. Il soulève d'intéressantes questions. Pourquoi une personne saine d'esprit, sachant qu'elle peut semer le chaos dans sa vie et celle de ses proches, fait-elle ce dont elle sait que cela pourrait être néfaste? Dans le cas de Bells, le personnage (et donc l'autrice) répond parfaitement à la question. Cela m'a captivée, car je suis sûre que n'importe qui serait tenté d'agir comme Bells, dans les mêmes conditions. J'ai également été fascinée, car l'héroïne m'inspirait à la fois de la sympathie et de la répugnance. Je comprenais son besoin de reconnaissance, tout en le trouvant exagéré, tout en pensant qu'elle aurait dû tenter de l'obtenir autrement, et tout en sachant (comme elle le disait) que ce qu'elle avait choisi était un moyen évident d'y arriver. L'autrice s'y et très bien entendue pour montrer que son héroïne n'est pas seulement une égoïste avide d'être vue. Il y a d'ailleurs un point mis en avant, mais sur lequel il n'y a pas de discussions à la fin: Bells entend vraiment les autres médire d'elle et de sa famille avant de s'embarquer dans son aventure bloguesque. Certes, elle amplifie ces médisances, mais les petites réflexions qu'elle surprend montrent bien (comme le souligne d'ailleurs Joey) que les femmes du village sont critiques, et ont une haute opinion d'elles-mêmes. Bells a mal agi ensuite, mais il n'est pas sûr que ces femmes remettent en question leur jugement hâtif, et leur propension à se mettre en avant. Par exemple, dire que leurs enfants parfaits sont parfois un fardeau parce qu'il y a des tonnes de choses à gérer, et que les mères qui ont des enfants médiocres (comme Bells) ont de la chance, c'est mesquin, et ça donnerait à n'importe qui envie d'infliger une bonne leçon à ces pestes. Il est normal que Bells ait été châtiée pour ce qu'elle a fait, mais lorsqu'elle dit que c'est parti du fait qu'elle se sentait rabaissée, elle n'a pas tort.

Au long du roman, tout en agissant mal, la narratrice se remet en question. Ensuite, elle a une phase étrange où un rien la met dans une violente colère. Là encore, on la blâme et on la plaint à la fois. C'est ce qui la rend intéressante et attachante. D'une manière générale, Lea Geller a bien développé ses personnages. Ils sont consistants, complexes, creusés. Deux d'entre eux réservent une surprise à laquelle je ne m'attendais pas du tout, surprise qui est très bien amenée.

Ce roman donne à réfléchir quant au comportement de chacun, que ce soit envers sa famille, ses amis, ou ses connaissances. Lea Geller dit qu'il vaut mieux être franc envers les autres, qu'il faut saisir la chance d'être avec ceux qu'on aime, qu'il faut tenter de s'écouter tout en les écoutant...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Brilliance audio.

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jeudi, 27 mai 2021

Trois, de Valérie Perrin.

L'ouvrage:
En septembre 1986, Adrien, Nina, et Étienne se rencontrent en entrant en classe de CM2. Pendant plusieurs années, ils seront inséparables.
Décembre 2017. Une voiture est retrouvée au fond du lac du village où les trois amis ont grandi. Chacun se remémore un événement auquel cette découverte pourrait être liée. Ils se posent des questions...

Critique:
Je n'ai pas lu les romans précédents de Valérie Perrin, parce que tout le monde semblait les aimer. Je me suis dit que j'allais attendre que cela retombe. Et puis le résumé de «Trois» m'a davantage tentée que les autres. J'ai eu raison de l'essayer, car il m'a plu.

Avec justesse et réalisme, Valérie Perrin raconte une amitié qui, malgré sa grande force, ne peut pas toujours venir à bout des erreurs que les uns commettent envers les autres. Parfois, certains essaient maladroitement de se faire pardonner, mais cela semble trop tard. Et puis, certaines choses viennent relancer la machine, et les amis se revoient. Il y en a un que j'ai eu du mal à apprécier, pas seulement à cause d'une de ses mauvaises actions, mais parce qu'il me semblait être égoïste et opportuniste. Soit, mais je me suis posé l'éternelle question: qu'aurais-je fait à sa place? J'espère qu'en au moins deux situations, j'aurais agi différemment de lui.

Outre cette amitié, l'autrice nous raconte la force de certains liens familiaux, alors que d'autres se desserrent. Elle nous raconte les choix de chaque personnage. Certains de ces choix les mèneront sur une douloureuse pente, d'autres seront plus doux. Et puis, l'un des personnages finit par trouver le courage de fermer la porte au nez de l'horrible vie dans laquelle l'un de ses choix l'a mené.
Il y a un choix dont j'ai eu du mal à comprendre pourquoi le personnage ne l'avait pas fait. Celui-ci s'explique, et ce qu'il dit montre que tout est toujours plus complexe que ce qu'une personne qui ne vit pas la chose s'imagine. Ce personnage m'a rappelé un autre roman qui évoque le même thème, et j'ai préféré de loin la façon de faire de Valérie Perrin.

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Le roman dont je parle est «Point cardinal», de Leonor de Recondo. Dans ce roman, un homme se sent femme. Alors, il adore les vêtements féminins en tissu soi-disant apprécié par les femmes, les dessous féminins, le maquillage, etc. D'un autre côté, il déteste le football... Ça en fait une caricature. Valérie Perrin a décrit son personnage de manière bien plus réaliste. Il se sent femme, mais n'est pas forcément attiré par les vêtements qui font très féminins ni par les dessous, etc. Ses amis lui disent que, justement, d'autres femmes se sentent femmes sans pour autant adorer robes et dessous. J'ai beaucoup aimé cette réponse, car elle montre que l'autrice ne range pas forcément le type de personnages dans telle catégorie. Je fais d'ailleurs partie de ces femmes qui n'aiment pas le maquillage et les vêtements qui font ressortir la féminité.

Je ne veux pas trop dire les noms des personnages que j'ai appréciés ou pas pour ne pas donner trop d'indices, mais il en est un que je peux nommer sans réserve: Louise. Je ne peux que souhaiter à tout le monde d'avoir une Louise Beaulieu dans sa vie.

Valérie Perrin nous dit également l'adolescence dans les années 80-90. J'ai particulièrement aimé l'ambiance qu'elle décrivait, car c'étaient les années de mon enfance et de mon adolescence, et j'ai retrouvé des chansons que j'aimais, des choses que je faisais... il ne manquait plus que les allusions aux publicités pour Snickers ou les petits Pimousse. ;-)

À travers le personnage de Nina, est évoquée la misère animale. Rien n'est exagéré, surtout pas la responsabilité des hommes.

La romancière alterne passé et présent. Je n'aime pas cette structure, et ici, je pense quelle n'était pas absolument nécessaire, mais le roman m'a plu, et la structure a fini par ne plus me déranger. En outre, je ne me suis pas du tout ennuyée, donc pour moi, i n'y a aucun temps mort. L'écrivain s'attache à décrire les faits et la psychologie de ses personnages, et tout est vraisemblable.

J'adresserai quand même un reproche à ce roman. On retrouvera cette idée dans ma chronique de «The valley and the flood», de Rebecca Mahoney (chronique qui sort le 7 juin), mais à l'envers. ;-) Là où je loue Rebecca Mahoney d'avoirdécrit un psychiatre qui échappe aux idées reçues du grand public, je blâme Valérie Perrin d'avoir décrit un instituteur qui ne pourra qu'alimenter les préjugés qu'a énormément de monde concernant les enseignants.

Remarques annexes:
L'autrice s'est trompée (et son éditeur ne l'a pas corrigée): dans un collège, le chef est un principal, et non un proviseur. Un proviseur est à la tête d'un lycée.
Valérie Perrin a également fait une erreur dans les paroles du générique de «Candy»: elle a remplacé «astuce» par «amour». ;-)

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Tess Lauvergne.

Je ne connaissais pas du tout cette comédienne. Je crois que c'est son premier livre audio, et j'espère que ce ne sera pas son dernier. Tess Lauvergne joue (sans excès de jeu ou de Sobriété) toute une galerie de personnages. Elle rend parfaitement leurs sentiments et leurs émotions. À un moment, l'un d'eux a des larmes dans la voix, et la comédienne est parfaite: on devine ces larmes, mais la lectrice n'exagère pas, ne rend pas le personnage soudain hystérique, etc. En outre, elle ne s'est pas embarrassée d'effets de voix pour tel ou tel personnage. Elle a eu parfaitement raison, car son intonation suffisait à montrer les nuances entre chacun. Pour son premier livre audio, elle s'est attaquée à un gros morceau, et a brillamment relevé le défi. J'espère l'entendre très vite sur d'autres livres audio!

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