lundi, 30 novembre 2020

Girl gone mad, d'Avery Bishop.

L'ouvrage:
Emily Bennett a vingt-huit ans, est psychologue pour enfants et adolescents, est en couple depuis quatre ans... Un jour, elle apprend par sa mère qu'Olivia, avec qui elle était amie au collège, s'est suicidée. Emily n'a pas envie d'aller à l'enterrement. Penser à Olivia, et donc au groupe dont elle faisait partie au collège, lui répugne. Courtney, l'une des filles de cette bande, la recontacte. Leur discussion amène Emily à assister à l'enterrement. À cause de quelque chose qu'a dit Olivia avant de mourir, Courtney et Emily craignent que leur passé de collégienne soit en train de les rattraper.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Avery Bishop aborde le thème du harcèlement scolaire et des répercussions que cela peut avoir lorsque les concernés deviennent adultes. Il est intéressant que l'histoire soit contée du point de vue de l'une des harceleuses et non de la harcelée (celle-ci narre quelques chapitres). Emily analyse ses actes et ses réactions de l'époque, et si elle explique ses raisons, ne se cherche pas d'excuses. Ce genre de choses donne à réfléchir. Je me dis que des adolescents harceleurs devraient le lire, cela les dissuaderait peut-être...

L'intrigue est bien menée. Avery Bishop sait faire monter la tension, crée des rebondissements à propos, et la plupart des faits sont cohérents. J'aurais voulu savoir comment un des personnages avait pu en recontacter un autre. Cependant, l'absence de ce renseignement n'est pas une incohérence.

La fin ne m'a pas vraiment satisfaite. Emily et le lecteur savent à quoi s'en tenir, mais justement, cela signifie que les choses ne sont pas finies. Avery Bishop compte-t-elle écrire une suite? Si oui, a-t-elle assez de matière?

J'ai apprécié que sentimentalement, tout ne soit pas tout rose pour la narratrice. Ce n'est pas que j'aie quelque chose contre Emily, mais dans beaucoup de romans de ce genre, cet aspect est trop niais. Bien sûr, ici, j'ai éprouvé de la compassion quant au personnage principal, mais j'ai trouvé que c'était réaliste.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Brilliance audio.

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48 lectures

jeudi, 26 novembre 2020

Moxie, de Jennifer Mathieu.

L'ouvrage:
Petite ville du Texas. Vivian Carter vit avec sa mère, et rend très souvent visite à ses grands-parents. Au lycée, elle fait partie d'une petite bande de filles calmes. Elle-même est sage et obéissante. Cela ne l'empêche pas de remarquer les injustices qui ont cours dans l'enceinte de l'établissement. Beaucoup découlent du fait que le fils du proviseur est élève dans ce lycée, est membre de l'équipe de football, et est absolument détestable... Après un incident de trop et quelques minutes à rêver devant les vestiges de la jeunesse de sa mère, Vivian décide de prendre les choses en main.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai apprécié que l'autrice montre une adolescente plutôt timide et gentille décidant de tenter de mettre fin aux injustices de son lycée de manière réfléchie. Bien sûr, Jennifer Mathieu n'oublie pas de montrer des points de vue nuancés. Vivian elle-même ne croit pas que ses actions vont tout changer en un clin d'oeil, mais elle essaie. Claudia peut paraître un peu agaçante au début, mais il est facile de comprendre qu'elle ait peur. Son but est de ne pas se faire remarquer. Bien sûr, au départ, on pourrait croire qu'elle n'est qu'un mouton, voire pire, car elle et Vivian ne peuvent pas trop parler du sujet sans se rapprocher de la dispute... Seth est rapidement sympathique au lecteur, du fait de ce qu'il fait après le premier numéro de Moxie.
À travers ce que vit Vivian, la romancière montre aussi que beaucoup de personnes ne savent pas faire preuve d'empathie. Il faut que certaines subissent quelque chose pour commencer à comprendre, et à adhérer au mouvement de révolte. Tout cela est très bien cerné, bien exprimé, bien analysé.

La manière de protester de Vivian (et donc de ceux qui la suivent) m'a toujours paru réfléchie, car ce n'était pas de la violence ou de la méchanceté gratuite. Ce qu'appelle à faire la jeune fille dans le deuxième numéro de Moxie donne même lieu à des scènes assez drôles.
Outre les particularités du lycée décrit ici, Jennifer Mathieu évoque le racisme. Elle fait cela sans utiliser de gros sabots. Certaines filles énoncent les faits, et les autres doivent convenir qu'elles ont raison.

La romancière aborde avec finesse les thèmes de la famille, de l'amitié, de la tolérance. Notre héroïne connaît aussi ses premiers émois amoureux, et là encore, le thème est bien évoqué.

Souhaitant savoir si d'autres romans de Jennifer Mathieu existaient en audio (je les aurais lus en anglais) je suis allée sur Audible.fr. Ne connaissant pas la comédienne qui a enregistré la version originale de «Moxie», j'ai écouté l'extrait proposé. Et c'est là que je suis tombée sur une mal traduction. Dans le chapitre 1, lorsque Mitchell fait son petit numéro, il dit à Lucy: «Va faire la vaisselle.» Ensuite, Vivian le raconte à Claudia, et celle-ci devine tout de suite ce que Mitchell a dit, car apparemment, c'est une de ses répliques fétiches. Dans la version originale, c'est «Make me a sandwich.» Pourquoi la traductrice n'a-t-elle pas transposé en «Va me faire un sandwich.»?

Éditeur: Milan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

J'ai découvert ce roman parce qu'il a été enregistré par cette lectrice dont j'apprécie beaucoup les interprétations. Ici, son jeu m'a paru tout aussi naturel que d'habitude. Comme je pinaille, je regrette qu'elle ait prononcé Claodia pour Claudia, et (presque toujours) «Moxie» comme on prononce en anglais «boat» ou «goat».

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lundi, 23 novembre 2020

The mermaid, de Christina Henry.

L'ouvrage:
Un jour, Jack, un pêcheur qui vit seul dans un petit village, trouve une sirène dans ses filets. Il la relâche. Elle a le temps de lire la tristesse de l'homme dans ses yeux: tristesse ce vivre seul, de ne pouvoir la convaincre de rester avec lui... Les yeux du pêcheur ne la laissent pas tranquille. Alors, elle décide d'aller le retrouver.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. J'ai pourtant commencé par m'en méfier. Heureusement, des avis ont répondu à mes interrogations: ce n'est pas une réécriture de «La petite sirène», il n'y a pas d'incohérences... La première partie est comme un joli conte. Ensuite, l'ambiance change. J'ai trouvé l'autrice très forte, car elle a naturellement introduit un élément fantastique (la sirène, Amelia) dans un décor réaliste, et rien ne détone. De plus, l'intrigue est sans temps morts.

Amelia est très attachante. Ses actes et ses propos démontrent l'importance de la tolérance. Lorsqu'elle se dispute avec Elie à propos des missionnaires, et qu'il ne veut pas comprendre son point de vue, j'ai été choquée. Certes, Elie a été éduqué d'une certaine manière, mais au long du livre, on voit que c'est quelqu'un qui ne souhaite de mal à personne, et qui réfléchit. De ce fait, malgré son éducation et les idées de la société de son temps, pourquoi ne réfléchit-il pas sérieusement aux propos d'Amelia concernant la tolérance vis-à-vis de ce qui est différent? Surtout qu'il a bien vu la manière dont était traitée la sirène à cause de sa différence. En effet, outre ce que dit Amelia, les réactions des uns et des autres montrent la bêtise des gens. Le personnage le plus sympathique (et le plus futé, à mon avis), est Carolina. La fillette est amusante, ose tenir tête à son père lorsque c'est nécessaire, et c'est elle qui a la meilleure idée quand les choses semblent perdues.

Dans une note en fin d'ouvrage, Christina Henry précise que si P. T. Barnum a réellement existé, elle n'est pas sûre qu'il ait été tel qu'elle l'a décrit. Elle a décrit l'homme dont elle avait besoin pour son roman. Il est malheureusement (mais heureusement pour la cohérence) très réaliste.
Je ne sais pas trop quoi penser de Charity. Il est logique qu'elle commence par ne pas croire qu'Amelia est une véritable sirène. Ensuite, elle ne s'en laisse pas conter par son mari. Certes, mais j'ai passé tout le livre à me demander ce qu'elle faisait avec un crétin pareil! Elle explique comment les choses ont commencé, mais c'est quand même surprenant.

Un roman avec lequel j'ai passé un bon moment. Il est à découvrir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

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204 lectures

jeudi, 19 novembre 2020

Abigaël, de Magda Szabó.

L'ouvrage:
1943. Gina vit à Budapest avec son père (général) et sa gouvernante. Elle passe des après-midis festifs chez sa tante, son père et elle s'adorent, sa gouvernante l'éduque et lui fait découvrir les arts. Cette vie que chérit l'enfant prend brutalement fin lorsque son père décide qu'elle ira dans un pensionnat pour jeunes filles: Matula...

Critique:
Récemment, j'ai lu (en cherchant quelque chose concernant Magda Szabó) que «Le faon» critiquait le régime en place à l'époque où il a été écrit. N'ayant vu aucune critique du pouvoir dans ce roman, l'ayant apparemment lu au premier niveau, je me dis que j'ai dû rater beaucoup de choses dans les écrits de Magda Szabó. J'ai apprécié tous les livres d'elle que j'ai lus, mais je présente mes excuses à ceux qui verraient une hérésie dans mes chroniques, car je parle toujours du roman, sans creuser... Il en ira de même pour «Abigaël».

La quatrième de couverture en dit trop. Le récit m'ayant beaucoup plu, en savoir un peu trop ne m'a pas gênée, mais je conseille quand même de ne pas lire la quatrième de couverture jusqu'au bout.
«Abigaël» est d'abord l'histoire d'une jeune fille que la vie force à grandir trop vite. Entre ce qu'elle vit à Matula (surtout au début) et ce que son père se voit contraint de lui apprendre, les leçons sont rudes, mais portent leurs fruits. Elles ne mettent pas la jeune héroïne à terre: celle-ci apprend à composer avec.

J'ai été un peu étonnée de la violence d'un élément qui arrive dans les premiers chapitres, et se prolonge jusqu'à l'alerte aérienne. Je ne peux pas dire quel est cet élément, car je souhaite en dévoiler le moins possible. En y réfléchissant, je comprends qu'il ait pu être si excessif: l'effet de groupe, le sentiment que la trahison est immense, le besoin de s'unir contre cette trahison... De plus, ce genre de choses peut avoir facilement lieu entre des enfants, ceux-ci savent être très cruels.
Peut-être faut-il aussi y voir quelque chose qui critique un aspect du pouvoir de l'époque... Le livre se déroule pendant la guerre: peut-être l'autrice veut-elle montrer que la guerre est stupide, et n'engendre que souffrance... Mais ça, messieurs et mesdames tout le monde le savent très bien.

Au long de l'histoire, un mystère plane. Le lecteur trouve très vite qui est la clé de ce mystère. Je trouve un peu dommage que l'autrice fasse tant d'appels du pied pour qu'on le devine, mais au moins, je n'ai pas eu envie de relire le roman pour collecter les indices: je les rassemblais pendant ma première lecture. Gina n'est pas plus bête qu'une autre, et s'est obstinée à ne pas vouloir le deviner, à ne pas vouloir voir au-delà des apparences. Certes, si j'avais été impliquée comme elle, j'aurais peut-être été dupée.

Par petites touches, avec sobriété, Magda Szabó évoque la résistance. Sa façon de faire m'a plu.

À certains moments, de petits apartés de l'autrice donnent certaines indications quant à la vie de Gina après le pensionnat. Cela fait qu'on peut reconstituer certaines choses, notamment concernant le mystère, mais j'aurais aimé des chapitres supplémentaires avec davantage de précisions. Je reconnais qu'il n'y en a pas besoin, mais même si tout est dit, je trouve que certains éléments sont très rapides. Ça doit surtout tenir au fait que le livre m'a beaucoup plu, et que je souhaitais que le plaisir se prolongeât. ;-)

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Martine Moinat fait partie des lecteurs que je retrouve avec plaisir. J'aime beaucoup sa lecture, et en plus, elle m'a fait découvrir des livres vers lesquels je ne serais pas allée. Quand je pense à Magda Szabó, je l'associe toujours à Martine Moinat, car sur les six écrits (en comptant «Abigaël») de cette autrice que j'ai lus, quatre sont enregistrés par cette lectrice.
Ici, j'ai constaté que Martine Moinat ne faisait pas comme la plupart des gens, qui, à mon avis, se trompent, et prononçait «moeurs» sans dire le «s». Comme je l'ai déjà dit dans je ne sais plus quelle chronique, je n'ai jamais eu de cours sur la prononciation de ce mot, j'ai toujours entendu les gens dire «moeurse», et j'ai présumé que cela se prononçait comme ça. Et puis, un jour, j'ai réfléchi (enfin!) et je me suis dit qu'après tout, on ne disait pas «les soeurse» ou «les coeurse», donc pourquoi dire «moeurse»? Maintenant, je fais attention à la manière dont les gens (et surtout les comédiens et les lecteurs bénévoles) disent «moeurs», ainsi que «s'égailler», «gageur», et «dégingandé», mots sur lesquels certains se trompent. ;-) Comme j'aime beaucoup la lecture de Martine Moinat, je suis contente qu'elle prononce «moeurs» comme je pense que cela doit se prononcer.

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lundi, 16 novembre 2020

City of wishes, de Rachel Morgan.

L'ouvrage:
Le monde est gouverné par le peuple des fées, car il possède la magie que les autres peuples (les humains, les vampires, et les métamorphes) n'ont pas.
Estelle (dite Elle) Winter, dix-neuf ans, est humaine. Après la mort de son père, sa belle-mère l'a esclavagisée grâce à un sort qui marque sa cheville. La jeune fille ambitionne donc d'acheter un voeu qui la libérerait. Pour cela, il lui faut de l'essence (le sang des fées). Voilà pourquoi elle accepte de rendre certains services...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai hésité avant de l'acheter, parce que j'avais peur que ce soit niais. Je ne connaissais pas du tout Rachel Morgan, je ne savais donc pas quoi penser. Et puis je me suis dit que j'avais bien donné une chance à Marissa Meyer, qui, elle aussi, a écrit un roman à partir de l'histoire de Cendrillon. D'ailleurs, je ne sais pas si c'est moi qui ai trop d'imagination, mais j'ai vu des clins d'oeil à la série de Marissa Meyer dans «City of wishes»: le nom de famille d'Elle est Winter, l'apothicaire s'appelle Cress... De plus, dans «Les chroniques lunaires», Cinder est appréciée par l'une des filles de sa belle-mère, tout comme dans «Citty of wishes».

L'intrigue est bien menée. J'ai apprécié que Rachel Morgan ne sépare pas Elle et son bien-aimé pendant les trois quarts du roman. Après le bal, je me demandais comment elle allait relancer l'action, tout en imaginant que les deux personnages ne se reverraient qu'à la fin du livre, qui était encore loin. Heureusement, il n'en est rien. En outre, même s'ils parlent de leurs sentiments grandissants l'un pour l'autre, ils ne font pas uniquement cela. C'est, à mon avis, en cela que l'autrice évite la mièvrerie.

Outre les deux personnages principaux, j'ai apprécié ceux que Rachel Morgan a souhaités appréciables. Je me suis un peu méfiée de l'un d'eux, j'étais sûre qu'il allait se révéler un horrible traître, et j'avais tort. Cela m'a fait rire. Ce personnage n'est pas totalement appréciable, mais pas aussi détestable que ce dont j'avais peur.
Un autre personnage m'a plongée dans un abîme de perplexité: je ne comprenais pas ce que la romancière faisait de ce protagoniste qui, normalement, ne devait pas être comme elle le dépeignait. J'aurais crié à l'incohérence, mais l'autrice a su la gommer de manière assez habile.

Rachel Morgan s'est amusée à détourner certains éléments du conte. Par exemple, il y a bien une histoire de chaussures, mais elle ne ressemble pas du tout à celle du conte. Elle m'a d'ailleurs bien plu.

J'ai aimé que l'autrice fasse passer ses héros par toutes sortes d'aventures, mes favorites étant celles qui arrivent lors de la quête de la lumière des étoiles. C'est surtout cette partie qui m'a fait penser à un conte, car on en retrouve plusieurs composantes: la quête, les adjuvants et les opposants, les éléments merveilleux... Bien sûr, parmi les épreuves que connaissent nos héros pendant cette aventure, l'une est un peu convenue, mais justement, il était impossible à l'autrice de ne pas la mettre, car on s'attend forcément à la trouver.

L'un des aspects du roman n'est pas assez creusé, mais je ne sais pas trop comment cela aurait pu être possible tout en restant dans l'idée d'une fin idyllique, comme on le souhaite quand on lit un roman qui reprend un conte. Le peuple des fées (surtout le roi de la ville où se déroule l'histoire) craint que les humains, s'ils avaient des pouvoirs magiques, tentent de gouverner le monde. Elle et le prince, eux, pensent que tout le monde peut cohabiter sans problèmes. Mon côté fleur bleue les approuve totalement, mais ce que je sais fait que je pense que ce qu'ils croient est absolument impossible. Je me dis que l'autrice aurait dû, dans l'épilogue, expliquer que tous les peuples avaient signé une sorte de contrat assurant la paix. En effet, compter sur la bonne volonté des gens n'est pas prudent... Ce côté trop «bisounours» n'a pas gâché ma lecture, car j'aimerais y croire.

Ce livre est d'abord sorti en six épisodes. Heureusement pour moi que j'ai longtemps hésité: cela m'a permis de ne dépenser qu'un seul crédit (sur Audible) en achetant ces six parties réunies en un seul livre, et ainsi, de pouvoir les enchaîner d'une traite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arielle Delisle.

Cette comédienne fait partie de ceux que je retrouve avec plaisir. Comme d'habitude, son interprétation m'a plu.

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jeudi, 12 novembre 2020

La nuit d'avant, de Wendy Walker.

L'ouvrage:
Laura Lochner, vingt-huit ans, a été plaquée par SMS. Dévastée, elle quitte son travail à Wall Street, et part se réfugier chez sa soeur, Rosie. Celle-ci vit avec son mari (Joe) dans la ville où ils ont grandi: Bronston, dans le Connecticut. Laura tente de remonter la pente, et s'inscrit sur un site de rencontre. Bientôt, elle a un rendez-vous avec un certain Jonathan Fields. Le lendemain du rendez-vous, Rosie s'aperçoit que sa soeur n'est pas rentrée...

Critique:
Après avoir aimé «Emma dans la nuit», j'ai sauté sur l'occasion de lire «La nuit d'avant». Je n'ai pas été déçue. Les petits reproches que je ferai sont du pinaillage.

Dès le départ, l'autrice nous présente une équation compliquée. Laura n'est pas uniquement une jeune femme souffrant parce que celui qu'elle aime l'a quittée. Elle a un passé, et celui-ci fait que le lecteur ne peut pas lui faire absolument confiance. Cette ficelle paraît facile, seulement, elle est bien utilisée, parce que je n'ai pas passé mon temps à me demander si Laura était digne de confiance. Certes, je me suis posé des questions, mais j'étais prise par le récit, et le suivre m'empêchait de m'interroger.
Ensuite, je suis contente, car Wendy Walker m'a bernée en usant de vieilles ficelles. En fait, elle a mêlé deux ficelles du même type (celles dont on pense qu'elles ont été tellement surexploitées que ce serait une honte de les employer) et elle a laissé le lecteur (du moins moi) se tromper. Il y a une des ficelles à laquelle j'ai crue tout en n'aimant pas ce qu'elle impliquait, et cette ficelle était un faux indice. Quant à l'autre (celle qui montrait où était la solution), je ne l'ai absolument pas vue venir, alors que la romancière a semé plusieurs indices la concernant. Et après cela, j'ai râlé après certains personnages qui, à mon avis, ne comprenaient pas assez vite. Oui, mais il faut quand même que je précise que j'avais compris seulement trente secondes avant l'un d'eux. ;-)
Lorsque j'ai remonté le fil des indices, je n'ai trouvé aucune incohérence. J'ai même pensé que j'aurais dû deviner plus tôt.

J'ai éprouvé à la fois de la compassion et de l'agacement quant à Laura. Je trouvais qu'elle traînait beaucoup de casseroles, et je doutais parfois de ses efforts pour s'en débarrasser. Cependant, dès son enfance, elle s'est débattue dans des relations familiales compliquées.
Je ne peux pas trop dire ce que je pense des autres personnages, car j'orienterais trop le lecteur sur le degré d'appréciation que mérite chacun.

Wendy Walker a pris le temps de finir son roman. Il n'est pas bâclé. En bonne pinailleuse, j'aurais aimé qu'elle fasse un autre chapitre disant comment se passent les choses après. J'aurais même apprécié qu'elle nous apprenne que «le méchant» a succombé à une maladie quelconque ou à autre chose d'extrêmement douloureux. ;-)

Éditeur: Sonatine.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé cette lectrice dont le ton est toujours adéquat: ni trop sobre, ni affecté. Malheureusement pour moi, ici, elle a prononcé certains noms propres (celui de l'auteur, de la ville...) en prenant un accent anglophone. Je trouve toujours cela anti naturel (imaginez cela dans une conversation de tous les jours).

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lundi, 9 novembre 2020

The babysitters coven, de Kate Williams.

L'ouvrage:
Ville de Spring River. Esme Pearl a dix-sept ans. Son amie, Janice, et elle ont, depuis plusieurs années, un club de babysitters. C'est alors que Cassandra Heaven, nouvelle dans leur lycée depuis deux jours, demande à faire partie de ce club. Cela coïncide avec d'étranges phénomènes qui se produisent autour d'Esme: celle-ci a l'impression de déplacer des objets sans les toucher...

Critique:
J'ai hésité avant d'acheter ce livre (que j'ai repéré parce que j'aime beaucoup le jeu de la lectrice), parce qu'il était évident qu'on y trouvait certains thèmes qui me déplaisent, notamment celui de la personne plus que banale qui se rend compte qu'elle a des pouvoirs magiques, et qu'elle est destinée à sauver le monde, ainsi que le fait que toutes les choses anodines sont, en fait, des révélateurs de magie. J'ai finalement cédé à la tentation parce que des avis disaient que le livre était sympathique, et parce que le tome 2 paraît bientôt. Je voulais savoir à quoi m'en tenir au moment de cette sortie. Les thèmes qui ont commencé par me faire reculer ne me plaisent toujours pas, mais l'autrice les aborde correctement, sans trop en faire, ils ne m'ont donc pas trop dérangée.

Des chroniques disent que le livre est très drôle. Certes, certains passages sont amusants (notamment la scène de ce que j'appellerai le boomerang) ainsi que certaines répliques, mais à mon avis, la drôlerie n'est pas dominante. D'autres, à l'instar d'Esme, comparaient cela à «Buffy contre les vampires». N'ayant jamais regardé la série, je ne peux pas dire ce que j'en pense. ;-)

L'intrigue est sans temps morts, les événements s'enchaînent logiquement, c'est cohérent. Il y a quand même une chose qu'à mon avis, un personnage aurait dû dire à Esme bien avant la toute fin. En tout cas, cela donne matière à la suite. En effet, il aurait été hasardeux, à mon avis, que la suite soit seulement une nouvelle attaque (si j'ose dire) du négatif. En tout cas, cela m'aurait moins donné envie de la lire. Heureusement, il est évident qu'Esme va sauter sur cette chose qu'à mon avis, elle aurait dû savoir avant, et que le tome 2 sera la tentative d'accomplir cette chose.

Esme est assez effacée. Dans les romans, c'est le genre de choses qui me rend encore plus pénible le thème de la révélation que le héros a des pouvoirs magiques. Ici, ce n'est pas exagéré, donc ça passe. De plus, elle est attachante.
Quant à Cassandra... mon sentiment est mitigé. Elle se voit déjà accomplissant de «grandes» choses pour son seul bénéfice, et crée d'ailleurs un beau carnage. Cependant, c'est elle qui propose d'aller chercher McKenzie, et qui le fait...
Je trouve dommage que Janice ne soit pas une «sitter», car elle m'est plus sympathique que Cassandra, et lorsqu'elle est contrainte de partager l'aventure, elle se révèle indispensable tant par ses idées que par son humour.

Vivement la suite!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.

Comme d'habitude, le jeu de Phoebe Strole m'a plu. Il est toujours naturel. À un moment, un personnage s'exprime avec une voix trafiquée. L'éditeur audio a pris le parti que la voix de la lectrice soit trafiquée pour ces répliques. J'ai trouvé cela judicieux, car cela plonge davantage le lecteur dans l'ambiance. Cette voix censée drôle proférant des méchancetés, c'était un effet réussi.

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jeudi, 5 novembre 2020

Un petit paradis, de Joyce Carol Oates.

L'ouvrage:
Après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont mis au point un plan réduisant les risques que cela arrive à nouveau. L'héroïne, Adriane Strohl, dix-sept ans, évolue donc dans un monde où, entre autres, peu de choses sont enseignées. Après qu'elle a posé trop de questions dans un discours qu'elle devait prononcer à l'occasion de l'obtention d'un prix, elle est envoyée en exil en 1959.

Critique:
Depuis plusieurs années (pas loin de vingt), je souhaite lire Joyce Carol Oates tout en me méfiant d'elle. Certains résumés de ses romans m'attiraient, mais à entendre vanter sa pertinence, je craignais qu'elle ne soit comme Philip Roth et Nancy Huston: beaucoup les encensent, et je ne les supporte pas. Je me suis lancée dans ce roman parce que le résumé me tentait, mais aussi parce qu'il est enregistré par Andi Arndt, dont j'apprécie beaucoup le jeu, et qui, malheureusement pour moi, lit peu de romans qui me tentent. Ce roman m'a plu, j'essaierai donc d'autres écrits de cette autrice.

Lorsqu'Adriane commence à décrire la société dans laquelle elle vit, on se rend vite compte qu'on est dans une sorte de totalitarisme. D'autres ont décrit ce genre, et certains ont fini par m'ennuyer. Ici, cela n'a pas été le cas. Le thème et la façon de l'aborder a beau avoir été plusieurs fois exploité, Joyce Carol Oates a su faire en sorte que sa description, tout en rappelant des choses connues, soit originale.

L'héroïne m'a tout de suite été sympathique. Au départ, son but n'est absolument pas d'être subversive. Elle veut seulement satisfaire sa curiosité naturelle. Elle sait comment faire pour ne pas être remarquée, mais n'y parvient pas toujours. Elle sait que creuser certaines choses est risqué, mais elle n'imagine pas que les questions qu'elle se pose peuvent être vues comme subversives. Lorsqu'elle se retrouve dans une université en 1959, elle garde cette candeur.
Il y a une scène à la fois grave et drôle: celle de la machine à écrire...

J'ai apprécié que Joyce Carol Oates ne nous montre pas le monde de 1959 comme parfait par rapport à celui où évoluait Adriane avant. Elle s'attache à montrer les mauvais côtés du monde post 11 septembre, mais aussi certaines aspérités de celui des années 60. Par exemple, elle évoque un chercheur qui travaille à l'université où va son héroïne. Ce professeur veut prouver les effets positifs des choses comme les électrochocs, la lobotomie, etc. Pendant longtemps, on a usé et abusé de ces méthodes, et à mon avis, ceux qui les utilisaient savaient qu'elles ne causaient que dommages.

L'intrigue suit son cours sans temps morts, sans incohérences. Cependant, à la fin, certaines questions restent. En fait, soit c'est moi qui n'ai pas tout compris, soit l'autrice reste nébuleuse sur certains éléments à dessein. Par exemple, que signifie la rencontre d'Adriane et de celui que j'appellerai docteur Cosgrove? J'en ai bien une idée, mais j'aurais voulu que tout soit expliqué en détails. Qu'est-il arrivé à Wolfman? Là encore, je pense savoir, mais si cela est possible, pourquoi Cosgrove, lui, est-il toujours vivant?... Adriane finira-t-elle par se souvenir? D'ailleurs, que se passera-t-il au moment où son exil prendra fin? Donc, comme pour d'autres romans, j'aurais souhaité des chapitres supplémentaires. Là, il y a un goût d'inachevé. Il n'empêche que ce livre m'a beaucoup plu, et que je le recommande.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Harper Audio.

J'ai été contente de retrouver Andi Arndt et son jeu «cool, calm, and clear», tel que défini sur son site et dans sa signature. Là encore, elle ne m'a pas déçue, et a parfaitement illustré cette définition

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