lundi, 28 novembre 2022

Les gardiens du phare, d'Emma Stonex.

L'ouvrage:
Hiver 1972, phare du Maiden Rock. La relève arrive. Cependant, elle ne trouve personne. Les trois gardiens ont disparu, les portes sont verrouillées de l'intérieur, la table est mise pour deux, les deux horloges sont arrêtées à neuf heures moins le quart... On ne saura jamais ce qui est arrivé.
Vingt ans plus tard, Dan Sharp, écrivain, souhaite relater cette histoire au plus près possible de la vérité. Pour ce faire, il compte s'entretenir avec tous les acteurs du drame, dont les «veuves» et celle qui était la petite amie du troisième gardien. Deux d'entre elles sont d'abord réticentes, mais chacune finit par se confier.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Dans une note préalable, l'autrice précise qu'elle s'est inspirée d'un fait divers (la disparition inexplicable de trois gardiens de phare, en 1900). Bien sûr, son livre est un roman, ses personnages sont inventés. Elle a seulement pris l'idée de l'étrange disparition, et a imaginé comment elle aurait pu survenir si tels personnages étaient ainsi, si tels autres comme cela, si tels autres avaient fait telles choses... Elle alterne le présent des trois femmes (1992) et la vie au phare quelques semaines avant la disparition des trois gardiens. Au départ, j'ai pensé qu'il y aurait du remplissage, mais Emma Stonex s'arrange pour l'éviter. Au lieu de quoi, elle expose la psychologie de ses personnages, leurs motivations, etc. De plus, elle donne de minuscules indices au lecteur, indices qu'il est très facile de mal interpréter lorsqu'on n'a qu'eux. Je dis cela car je me suis empressée de très mal interpréter l'un d'eux. ;-) Je l'ai compris bien plus tard.
Comme souvent, la difficulté de communication entre certains provoquera des malentendus qui prépareront le dénouement.
Certains personnages paraissent peu fiables, voire perturbés, puis la romancière creuse davantage, et on se rend compte que ce n'est pas si simple. J'ai apprécié qu'à mesure de l'avancée du livre, elle nous fasse comprendre peu à peu les choses, sans être incohérente.

L'atmosphère est oppressante. Là encore, Emma Stonex s'en tire très bien. Elle décrit à merveille la tension des hommes dont chacun craint plus ou moins quelque chose, et celle des femmes (surtout l'une d'elles) qui ne parviennent pas à tourner la page, pas seulement parce que la disparition reste inexpliquée.

J'ai lu une chronique dont l'auteur trouvait que le dénouement n'était pas à la hauteur du reste. Je ne partage pas du tout cet avis. D'abord, pour moi, le dénouement est cohérent, tant par rapport aux faits que concernant la psychologie des trois hommes. Ensuite, je suis contente que l'écrivain n'ait pas créé quelque chose de spectaculaire, qui aurait flirté avec le fantastique, et qui n'aurait pas du tout été crédible!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Guillaume Orsat et Christine Braconnier pour les éditions Audiolib.

Je connaissais Guillaume Orsat en tant que comédien de doublage, et j'ai lu un livre enregistré par lui. Son jeu m'a autant plu que d'habitude. Comme dans «Dans la gueule de l'ours», il modifie sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. De plus, je trouve que la voix, parfois doucereuse, qu'il prend pour Bill est en adéquation totale avec ce personnage.

Je ne connaissais pas du tout Christine Braconnier. Son jeu m'a plu. Elle a toujours le ton approprié, et ne tombe jamais dans l'excès.

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31 lectures

lundi, 21 novembre 2022

La guérisseuse de Zalindov, de Lynette Noni.

L'ouvrage:
Un soir que Kiva Meridan (sept ans), son frère, et leur père rentraient d'une séance de ramassage de fruits, ils sont tombés sur des soldats venus arrêter le père pour l'emmener à la prison de Zalindov. Sa mère, son grand frère, et sa grande soeur s'étant enfuis, Kiva, ne voulant laisser son père, a été également emprisonnée. Elle n'avait que sept ans.
Voilà dix ans qu'elle est à Zalindov. Grâce au savoir transmis par son père, elle est la guérisseuse de la prison. C'est alors qu'on apprend que Tilda, la reine des rebelles, a été arrêtée. Elle doit être emprisonnée à Zalindov afin d'y attendre son procès qui consistera en quatre épreuves, une épreuve par élément. Étant malade, elle est conduite à l'infirmerie. Kiva s'occupe d'elle. Peu après l'arrivée de Tilda, Kresta, la meneuse des rebelles de Zalindov, menace Kiva: si Tilda meurt, Kresta tuera Tip, le petit protégé de Kiva. Celle-ci n'a d'autres choix que de passer les épreuves à la place de Tilda.

Critique:
J'ai souhaité lire ce roman parce que j'ai reçu une publicité de Babelio le promouvant. Il m'a plu.

Le lecteur est tout de suite plongé dans l'univers de Kiva, de Zalindov, etc. La psychologie de la jeune fille est aisée à comprendre. Depuis très jeune, elle a dû apprendre à ne compter que sur elle-même, De ce fait, elle a très vite compris qu'elle ne devait s'attacher à personne, afin de ne pas souffrir, de ne pas être trahie, etc. Qui ne réagirait pas ainsi, à sa place? Lorsque certaines choses commencent à bouleverser son monde, elle est perdue, et il est logique qu'elle ait du mal à résister.

L'histoire se déroule sans temps morts. Les épreuves que doit affronter Kiva ne sont pas la seule source de suspense. Je me demandais surtout pourquoi la famille de la jeune fille ne venait pas la chercher. Bien sûr, on se demande également comment la situation inextricable de Kiva sera résolue. Les rebondissements sont à propos, sauf, à mon avis, le tout dernier. En effet, pour moi, il n'est pas cohérent que l'autrice ait caché cela au lecteur jusqu'à la fin. Comme nous voyons à travers les yeux de Kiva, il n'est pas logique que toutes ses pensées ne soient pas partagées. Donc le renseignement donné à la toute fin aurait dû être donné bien avant. Certes, c'est fait exprès pour terminer sur un rebondissment, mais pour moi, ce n'est pas adroit.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jeanette Illidge pour les éditions Houghton Mifflin Harcourt.

Je ne connaissais pas du tout cette comédienne. Son jeu m'a plu. J'ai quand même été agacée par la voix qu'elle prend pour les personnages masculins.

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96 lectures

lundi, 14 novembre 2022

Love, lies, and hocus pocus, book 7: Kindred, de Lydia Sherrer.

L'ouvrage:
Lily a retrouvé les siens. Elle est maintenant en couple avec sebastian. Bientôt, se tiendra le procès de John-Faust.

Critique:
Ah! La suite des aventures de Lily, Sebastian, et sir Kippling! Je n'ai qu'un reproche à adresser à ce roman: malgré le fait qu'il dure 20h40 (c'est, à ce jour, le plus long de la série) il est trop court. J'ai d'ailleurs mis plusieurs mois à le lire après l'avoir acheté, parce que je savais qu'après, il faudrait que j'attende la sortie du suivant.

Lydia Sherrer n'a pas déçu mes attentes: péripéties, humour (majoritairement représenté par sir Kippling), et surtout, l'absence totale de remplissage! Lily passe par des épreuves. Certaines, à mon avis, ne lui font pas trop de mal... J'exagère, mais elle m'a un peu agacée, au début, à tenter de faire ressortir le bon côté (il est inexistant) de John-Faust. Elle m'a également agacée à être triste d'y avoir échoué. Je sais qu'à sa place, j'agirais autrement. C'est peut-être parce que je suis persuadée de cela que je peste lorsque Lily veut encore croire qu'il pourrait s'amender.
Plus tard, Lily se remet en question concernant autre chose, ce qui m'a plu, car cela fait qu'elle descend un peu de son piédestal.

Bien que retraçant certaines choses déjà connues du lecteur, le procès m'a captivée. J'ai apprécié entendre les témoignages des uns et des autres, et j'ai trouvé que l'avocat de John-Faust faisait ce qu'il pouvait avec les cartes qu'il avait. Certes, il m'a agacée, mais il était là pour ça, et que j'aie eu envie de le frapper montre bien que Lydia Sherrer a réussi son pari. :-)

Sir Kippling reste égal à lui-même: lorsque les choses vont bien, il donne d'impérieux ordres pour recevoir nourriture et caresses de qualité, et lorsque les choses se gâtent, il est toujours là pour protéger son humaine, ainsi que les proches ce cette dernière, afin de ne jamais perdre nourriture et caresses. ;-) Maintenant, il houspille également Sebastian, ce qui est aussi drôle que quand il s'en prend à Lily. Bien sûr, à chaque fois qu'il prend son air supérieur, et sermonne Lily et Sebastian, c'est toujours avec une intention bienveillante.

Je trouvais qu'il était un peu pénible que Lily et les siens aient toujours les mêmes adversaires, et je voulais que ceux-ci meurent dans d'atroces souffrances, afin que Lily et Sebastian retournent au genre d'aventures qu'ils vivent dans le tome 1. Je pense toujours cela, mais dans ce tome, Lydia Sherrer est parvenue à ce que le fait de poursuivre ces adversaires ne devienne pas ressassé. L'un est d'ailleurs hors d'état de nuire. Quant à l'autre, j'aurais préféré qu'elle soit également hors d'état de nuire, étant donné ce qu'elle fait.
J'avoue que je n'ai pas vraiment compris pourquoi John-Faust fait ce qu'il fait concernant madame Berrington. Il l'explique, mais cela ne m'a pas convaincue.

Vivement le tome suivant! Pourvu qu'il sorte bientôt!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amy McFadden pour les éditions Chenoweth Press.

Comme d'habitude, l'interprétation d'Amy McFadden est parfaite. Bien sûr, je n'aime pas qu'elle prenne des accents étrangers, mais comme dans les autres tomes, elle ne pouvait pas faire autrement. J'ai apprécié sa manière de jouer le frère de John-Faust (elle le fait toujours ainsi, mais je n'en ai jamais parlé). Ce personnage est très difficile à jouer: il bégaie, et est si anxieux qu'il se racle souvent la gorge. La comédienne s'en tire parfaitement, car on ne dirait pas qu'elle joue.

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72 lectures

jeudi, 10 novembre 2022

La tentation, de Luc Lang.

L'ouvrage:
François est chirurgien. Il est également amateur de chasse. Un jour, il blesse un cerf qu'il surveille depuis deux ans. Il n'a plus qu'à l'achever. Cependant, il se ravise, et décide de le soigner.

Critique:
Ce roman ne m'a pas vraiment plu, mais je sais que la plupart de mes reproches ne sont pas justes. Je n'ai pas approuvé certains choix de l'auteur. Cela ne fait pas de ce livre un mauvais roman, seulement un livre incompatible avec moi. ;-)

Luc Lang s'attache d'abord à montrer François, ancré dans ses certitudes. Soudain, celui-ci prend un chemin totalement inattendu. J'ai trouvé cela intéressant. Au long du roman, François remet certaines choses en question, tente de composer avec ce qui lui déplaît, et qu'il ne peut changer. J'ai apprécié cela, parce que d'une manière générale, on nous martèle que passé un certain âge (âge que François a dépassé) un adulte ne se remettra plus en question. Ici, le personnage principal n'hésite pas.

À mesure qu'on avance, on découvre la famille de François. Son fils, Mathieu, est sympathique, mais un peu trop «jeune loup aux dents longues». Enfin, au début, on pense cela, et quand on découvre les autres personnages, on se dit que Mathieu est très agréable. Maria, la femme de François, dont je n'ai pas compris pourquoi il ne l'avait pas quittée des années auparavant, m'a effarée. Entre ses crises de fanatisme religieux (elle croit posséder des pouvoirs de guérisseuse) et son amour malsain pour Mathieu... Ce ne sont pas les seuls travers de Maria. Ce sont d'ailleurs les moins graves... Ensuite, nous avons Mathilde, la fille du couple. Elle n'a cure de son père, et nous la découvrons engagée dans quelque chose qui pourrait devenir un engrenage. Bien sûr, elle ne s'en rend pas compte, et le lecteur se demande si elle a toute sa tête. Certes, ma perception a pu être biaisée par le fait que le lecteur n'a que le point de vue de François ou presque. Mais il est évident qu'à fréquenter un truand, on s'expose. De plus, les rares fois où celui qu'elle aime s'adresse à Mathilde, il ne lui parle pas gentiment. Là encore, le lecteur n'a pas toutes les données en main, car le couple n'est montré que de rares instants, comparé à tout ce qu'il a vécu. Cependant, Mathilde m'a semblé être une petite dinde dépourvue de jugeote. Je n'ai pas non plus saisi pourquoi elle défendait sa mère. N'avait-elle pas compris?... Ou bien, François a-t-il imaginé ce qu'il dit avoir plusieurs fois vu?

Mon mépris teinté de colère envers Mathilde et Maria a été la première chose qui m'a fait moins aimer ce roman. Ensuite, il y a un phénomène dont je n'ai pas compris l'intérêt. L'auteur raconte des événements. Puis il revient à un moment de ces éléments, comme s'il ne les avait pas encore racontés. Il insère quelques explications, mais je n'ai pas compris l'intérêt de n'avoir pas tout écrit de manière linéaire. Il fait la même chose à la toute fin. Les dernières pages se passent avant toute une série d'événements décisifs. Elles racontent un passage déjà conté en le développant, mais n'apportent rien de plus.

L'élément qui m'a le plus déplu est ce qui arrive à celui que je ne nommerai pas pour ne pas trop en dire. Je ne comprends pas pourquoi François ne l'a pas mis hors de portée des tirs au moment où les choses ont commencé à mal aller...

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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79 lectures

lundi, 7 novembre 2022

Les hommes ont peur de la lumière, de Douglas Kennedy.

L'ouvrage:
Los Angeles.
Après plus de vingt ans dans la même entreprise, Brendan a été licencié dans une opération de délestage. Il est maintenant chauffeur pour Uber. Voilà au moins quinze ans que sa femme et lui ne s'entendent plus. Il a la chance d'avoir de tendres relations avec sa fille, Clara.
Un jour, parmi les passagers qui se succèdent dans sa voiture, se trouve Elise. Elle se rend dans une clinique...

Critique:
Après avoir pris le courage de lire «Cinq jours» (je ne pouvais pas en dire du mal sans vérifier ce que m'inspirait la quatrième de couverture) et avoir constaté que, comme je le pensai, il tenait davantage de Danielle Steel (qui m'agace) que de Douglas Kennedy, j'ai commencé à me méfier du romancier. Je suis contente d'avoir donné une chance à «Les hommes ont peur de la lumière», car il m'a plu. L'auteur retrouve son regard acéré sur la société. Brendan commence par nous décrire ses conditions de travail. Malheureusement, elles ne m'ont pas trop étonnée, mais entre les règles de Uber et certains passagers ravis de mettre en pratique leur petite mesure de pouvoir (je pense surtout à la fille qui sortait du spa, et à celle qui faisait les boutiques de luxe) la position de Brendan (et donc de tout chauffeur Uber) est délicate, ce qui met en avant le fait que d'une manière générale, l'humain n'est pas sympathique.

Ensuite, Douglas Kennedy s'attaque à un thème sensible aux États-Unis: l'avortement. Je ne sais pas si les lois de certains états étaient en train de changer pendant qu'il écrivait ce roman, mais l'un de ses personnages évoque cette idée à mots plus que couverts. Cela ne serait pas arrivé en réalité, je pense que je n'aurais pas compris toute la portée du discours de ce personnage, et n'aurais pas compris pourquoi Elise trouvait ce discours équivoque, voire dangereux. Sans entrer dans les détails, je pense que Douglas Kennedy n'exagère pas lorsqu'il décrit le fanatisme (et ce qui en découle) des «provie».

Brendan m'a été sympathique. Au long de ma lecture, je me suis même dit que l'auteur voulait sûrement réhabiliter ce prénom, le Brendan de «La symphonie du hasard» étant (à mes yeux, en tout cas) un détestable personnage. Ici, même si je n'ai pas toujours approuvé Brendan, je l'ai compris. Par exemple, j'ai compris pourquoi il ressentait le besoin de suivre les règles, pourquoi il ne parvenait pas à se rebeller face à une situation injuste...
À travers ses personnages, leur vie, leurs choix, leurs engagements, l'écrivain évoque aussi les relaiions parents / enfants. Malheureusement, je trouve que c'est un peu trop manichéen. Par exemple, la manière dont Agnieszka traite sa fille ne peut être excusée. Brendan tente de dire qu'elle est surtout maladroite, mais le lecteur, à l'instar de Clara, sait que c'est faux. Certes, Agnieszka n'est pas appréciable, d'une manière générale, mais il aurait été intéressant qu'elle le soit par certains côtés. Et si elle l'avait été par certains côtés, j'aurais peut-être dit qu'elle n'était pas crédible. ;-)
C'est un peu la même idée concernant Alison. Mais que ce soit Alison ou Agnieszka, elles sont crédibles. C'est seulement qu'elles sont si peu appréciables qu'il est effrayant que des personnages de ce genre (surtout du style d'Agnieszka) existent.

L'histoire ne soufre pas de temps morts. J'imagine que d'autres lecteurs réagiront comme moi, et souhaiteront que certains éléments aient tourné autrement. Cependant, il n'y a pas d'incohérences, donc ce qui ne m'a pas plu tient seulement du désaccord entre l'auteur et moi. ;-) Certes, on peut dire qu'il y a une chose un peu grosse, parce qu'il est étrange (pour ne pas dire invraisemblable) que Clara l'ait crue, mais après tout, cela se conçoit.

Il y a un fait qui me semble incohérent: celui qui arrive «un an plus tard». Je ne déplore pas ce fait, mais je n'ai pas compris pourquoi il était arrivé. Clara et Brendan tentent de l'expliquer, mais pour moi, cela ne colle pas. Je ne peux en dire davantage à ce sujet pour ne pas trop en dévoiler.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Cognard pour les éditions Lizzie.

C'est le premier livre enregistré par ce comédien que je lis. Son jeu m'a plu. Il se glisse parfaitement dans la peau de Brendan. Il a toujours le ton adéquat, et ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles féminins. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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109 lectures

jeudi, 3 novembre 2022

Les oubliés du dimanche, de Valérie Perrin.

L'ouvrage:
Justine Neige, vingt-et-un ans, vit avec ses grands-parents (Armand et Eugénie) et son cousin (Jules). Elle est aide-soignante à la maison de retraite Les Hortensias. Elle aime s'occuper des personnes âgées, et surtout, que celles-ci lui racontent leur histoire. Une série d'événements va bousculer sa routine. L'un d'eux est le suivant: un corbeau sévit aux Hortensias. Il contacte les familles qui ne viennent presque jamais voir leurs proches, et leur annonce que ceux-ci sont morts.

Critique:
Après avoir aimé «Trois» et «Changer l'eau des fleurs», j'ai sauté sur l'occasion de lire «Les oubliés du dimanche». Ce roman m'a plu.

À travers la vie de Justine et l'histoire que lui raconte Hélène, Valérie Perrin crée plusieurs intrigues qu'elle fait se croiser à divers degrés. Elle alterne le présent de Justine, le passé d'Hélène, et ce qui arriva aux Neige entre 1984 et 1996. Elle nous montre des personnages ordinaires, dont certains, à un moment de leur vie, ont mal agi par désespoir, en pensant que ce qui arriverait ne serait pas si cataclysmique. Mais on ne peut pas tout prévoir... L'un de ces personnages a eu la chance d'oublier son acte. De ce fait, je me demande comment Justine a pu en avoir connaissance. L'a-t-elle supposé? Ou bien Hélène a-t-elle fini par le deviner? Ou ai-je raté quelque chose?...
Quant aux personnages qui se souviennent, l'autrice montre comment ils tentent de composer avec les conséquences, et surtout leur culpabilité. Dans les romans, même si je tente toujours de me mettre à la place des personnages, je suis prompte à vouer ceux qui agissent mal aux gémonies. Ici, même si je les ai blâmés, je les ai compris, surtout celui qui finit par oublier. Un autre trouve moins grâce à mes yeux, mais il finit par bien agir... À ce sujet, j'aurai aimé avoir davantage d'informations sur ce protagoniste.

Le fait qu'époques et histoires soient entremêlées permet à Valérie Perrin de ménager le suspense en passant d'une époque et d'un personnage à l'autre. Je n'aime pas du tout cette ficelle, en général, mais ici, elle m'a moins gênée parce que chaque histoire m'intéressait. On quitte le passé d'Hélène, oh zut, mais en fait, c'est bien parce qu'on retrouve le présent de Justine, et vice versa. Cela fait que pour moi, ce livre est sans temps morts. De plus, cela donne le temps aux différentes énigmes de mijoter dans la tête du lecteur.

L'autrice n'oublie pas d'ajouter de petites notes d'humour pour détendre un peu certaines situations. Par exemple, Justine contrevient à la loi lorsqu'elle se laisse enfermer dans la gendarmerie afin de fouiller les archives. Ce qu'elle fait est risqué, elle a très froid, et une chose quelque peu amusante arrive, de laquelle découlent des remarques (parfois caustiques) de la jeune fille.

J'ai regretté de devoir quitter Justine (cela m'arrive avec beaucoup de livres). J'aurais aimé continuer de la suivre après tous ces événements... Surtout qu'elle laisse le lecteur sur un suspense insoutenable. ;-)

Je ne sais pas à quel point Valérie Perrin s'est documentée, mais j'aimerais savoir si elle s'est appuyée sur des études pour l'une de ses affirmations, ou si elle a tout inventé. Je parle du fait qu'une personne dyslexique ne parvienne pas à apprendre à lire «en noir» (terme qu'utilisent en général les aveugles pour parler de l'écriture de ceux qui voient) et apprenne le braille sans soucis. De plus, si j'ai bien compris, Hélène apprend le braille au toucher. Or, les personnes qui voient avec qui j'ai évoqué le braille m'ont toujours dit qu'au toucher, il leur était impossible de distinguer le nombre de points et l'écartement entre chacun.

Remarque annexe:
Je déteste les termes aseptisés qu'emploient beaucoup de gens pour dire «aveugle». Je déteste qu'on n'emploie pas le terme exact pour dire quelque chose, et qu'on le remplace par du politiquement correct. Valérie Perrin s'en tire bien. Elle parvient à contenter tout le monde en employant parfois «aveugle» et parfois «non-voyant». Heureusement pour moi, elle n'écrit pas «déficient visuel» que j'abhorre davantage que «non-voyant», car je n'aime pas l'idée apportée par le mot «déficient».

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Maeva Méline.

C'est le premier livre enregistré par cette comédienne que je lis. Elle n'avait pas la partie facile. Par exemple, Justine précise que son grand-père a l'accent du coin, qu'il roule les «r»... Alors, Maeva Méline était obligée de faire cet accent lorsque Armand s'exprimait. En général, ce genre de choses ne me plaît pas. Ici, je trouve que la comédienne a bien joué, car on n'a pas l'impression qu'elle joue. Je me demande s'il y a eu une discussion entre elle, l'ingénieur du son et l'équipe d'Audiolib pour savoir s'il fallait aussi faire un accent à Eugénie. Justine ne précise rien quant à celle-ci, mais après tout, elle est du même coin et de la même époque qu'Armand. Je préfère que la comédienne n'ait pas pris d'accent pour ce personnage.
Outre cet exemple, j'ai apprécié le jeu de Maeva Méline au long du roman. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

Souvent, je râle parce que lorsque les chapitres d'un livre ne durent pas environ un quart d'heure, Audiolib coupe les plus gros, et réunit les plus petits. Ici, j'ai été ravie de constater que seul, un «gros» chapitre est coupé en deux pistes. Les petits (même très petits) ne sont pas réunis. :-)

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lundi, 31 octobre 2022

Plus on est de fous..., de Zoé Brisby.

L'ouvrage:
Bienvenue à la clinique psychiatriqe Beausoleil. Ce vendredi, Ernest tente le suicide par noyade. Samedi, comme tous les samedis, Jarod fait faire la visite de l'établissement à ceux qui viennent voir les patients. Ceux-ci ont la chance d'être entourés d'un personnel compétent et attentionné. La petite routine se corse lorsque Luc est interné. Il clame ne pas être fou, et être enfermé par sa soeur qui veut voler son héritage.

Critique:
J'ai hésité à lire ce roman, car j'avais peur qu'il soit trop prévisible. J'ai été convaincue d'essayer par Camille Lamache, qui l'a enregistré. Notre conversation à ce sujet est dans l'interview qu'elle m'a accordée. Je suis ravie d'avoir donné une chance à ce roman, car il m'a beaucoup plu. D'abord, si certaines choses sont prévisibles, Zoé Brisby ne tombe pas dans le grandiloquent. Je pense surtout à la manière dont les patients comptent faire revenir les choses à la normale. Je craignais que leur plan transforme le livre en une mièvrerie irrécupérable. Or, la romancière a trouvé une chose toute simple et bien plus crédible pour faire dévier cela vers une scène très drôle, scène à laquelle j'aurais dû m'attendre, et qui, pourtant, ne m'est pas venue en tête avant qu'elle ne commence.
De plus, si certaines choses qu'on prévoyait arrivent, on n'a pas du tout envie (en tout cas, moi) qu'elles se passent autrement.

Zoé Brisby alterne drôleries et moments graves. Le groupe de patients que nous suivons est très sympathique. Chacun a ses failles et ses forces. Certains ne sont pas vraiment fous, ils ont simplement du mal à accepter certaines injustices de la vie. D'autres sont trop différents pour notre société. C'est d'ailleurs cette différence qui fait qu'on se dit que parfois, notre société est un peu trop fermée. Comme le souligne Zoé Brisby dans son «petit mot» final, nous avons tous nos bizarreries.

La paranoïa de Robin (qui a souvent un pan de son passé à raconter) m'a permis de tester ma culture générale. Malheureusement, il y a un film qu'Ernest a trouvé avant moi! ;-) Ceci n'est qu'un exemple parmi de multiples éléments cocasses: répliques, situations, etc.

À un moment, j'ai cru prendre Zoé Brisby en flagrant délit d'incohérence (à propos de la voix à la cantine). Or, elle n'en a créé aucune...

D'autre part, même si l'autrice prend soin de faire une vraie fin, avec toutes les explications nécessaires, j'ai trouvé ce livre trop court. Je pense même qu'il devrait y avoir une suite. Certes, cela ne serait pas forcément simple pour l'écrivain, car il lui faudrait quelque chose qui ferait tenir le reste...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Je n'aurais pas autant ri en lisant ce roman s'il n'y avait eu l'excellente interprétation de Camille Lamache. Ici, le défi était assez élevé, notamment pour le personnage de Robin qui devait paraître à la fois sérieux et drôle. D'une manière générale, les personnages et les situations qu'ils vivaient nécessitaient un jeu constant, et ce jeu devait, plus que jamais, n'être ni trop sobre ni cabotin. Je n'ai donné que l'exemple de Robin, mais la comédienne réussit le pari avec chacun.

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jeudi, 27 octobre 2022

Le silence des repentis, de Kimi Cunningham Grant.

L'ouvrage:
Depuis environ huit ans, Cooper et sa fille, Finch, vivent coupés du monde, dans une cabane en pleine forêt, au nord des Appalaches. La fillette est profondément attachée à son père, et à la vie qu'ils mènent. Cependant, il lui est de plus en plus difficile de supporter l'isolement auquel les contraint Cooper. C'est alors que des événements vont perturber leur équilibre précaire, à commencer par la défection de Jack, l'ami de Cooper qui les approvisionne tous les ans.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Avec finesse et intelligence, l'autrice soulève d'intéressantes questions, surtout concernant les actes passés de Cooper. À la fin, Finch elle-même se demande si elle aurait agi comme lui. Sans pouvoir être sûre de moi, j'imagine que j'aurais agi comme lui. Finch met également en avant qu'il est possible que Cooper ait diabolisé certains protagonistes, tout en reconnaissant qu'il pouvait avoir raison, et qu'ils se sont adoucis avec le temps. Je suis tentée de croire Cooper. Certes, je n'ai eu que son point de vue, mais je ne vois pas comment atténuer la portée des actes des personnes en question. Tout cela amène à des réflexions sur la force de caractère nécessaire pour vivre comme l'a fait Cooper. La manière dont ce dernier préserve jalousement son existence loin du monde donne à penser qu'il pourrait tout sacrifier au nom de cela, quitte à agir inconsidérément. Pourtant, lorsque les choses s'aggravent au point qu'elles en devienent incontrôlables, il prend la décision de faire le moins de mal possible.

J'ai apprécié le mystère que la romancière laisse longtemps planer quant à Scotland. D'un côté, il y a l'opinion de Cooper; de l'autre, celle de Finch. Le lecteur est tiraillé entre ces ressentis contradictoires. Les deux points de vue se défendent. Après coup, je me suis dit que malgré tout, l'autrice avait toujours fait pencher la balance d'un côté. Oui, mais c'est facile de penser cela après.
Concernant Scotland, j'aurais aimé en savoir davantage sur ce qu'il devient. Certes, on l'imagine très bien, mais je pensais que nos héros auraient trouvé le moyen d'en apprendre plus.

Ce roman est plein d'émotion, de sentiments pas toujours simples. Il n'y a aucun temps mort.
Étant moins raisonnable que Cooper, j'aurais préféré que Finch ne s'attachât pas à certains personnages, et qu'elle décide, peu après les avoir rencontrés, qu'ils n'en valaient absolument pas la peine. Certes, mais Finch avait besoin d'exister ailleurs que dans la cabane de son père. De ce fait, il valait mieux que les relations entre elle et ces personnages fussent bonnes. De plus, j'ai beau souhaiter cela, je sais que cela n'aurait pas été crédible. ;-)

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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