mardi, 25 février 2020

À la recherche d'Alice Love, de Liane Moriarty.

L'ouvrage:
Un soir, pendant un cours de gym, Alice Love tombe et se cogne la tête. À son réveil, elle pense tout de suite au bébé qu'elle porte. Elle espère qu'il va bien. C'est alors qu'on lui apprend qu'on est en 2008, et non en 1998 comme elle le pense. Elle découvre qu'elle a oublié les dix dernières années de sa vie.

Critique:
Avant qu'Audiolib sorte des romans de Liane Moriarty, j'ai lu «Le secret du mari», emprunté à la Ligue Braille. Je ne l'ai pas aimé. Aussi, quand Audiolib a sorti d'autres romans de cette autrice, j'ai pensé: «Oui, le synopsis est tentant, mais celui de «Le secret du mari» l'était, et tu ne l'as pas aimé.» J'ai finalement décidé d'essayer «À la recherche d'Alice Love». Je me préparais à râler après moi-même, mais... le roman m'a plu.

Ce qui arrive à Alice fait qu'elle envisage sa vie sous un autre angle. C'est très intéressant. Je suis sûre qu'à sa place, n'importe qui réagirait de la même manière: elle a oublié dix ans de sa vie, elle veut donc reprendre son existence telle qu'elle était en 1998, alors qu'elle était heureuse. Au fil du roman, le lecteur entrevoit qu'avant de perdre la mémoire, Alice était une sacrée garce. Puisqu'elle ne semblait ne pas l'être dix ans auparavant, les aléas de la vie l'ont «transformée». Cela ne m'a pas du tout paru exagéré de la part de Liane Moriarty. Au gré des rencontres, des humeurs et de la sensibilité de chacun, certaines choses peuvent arriver: des changements, des coups (moraux) qu'on ne digère pas, des malentendus, des incompréhensions... Alice et sa soeur (Elisabeth) sont victimes de cela. Je pense que l'autrice a très bien cerné ce genre de situations. Cela doit arriver très souvent. Si j'ai déploré certains actes qu'Alice commit avant de perdre la mémoire, je ne m'imaginais pas la conseillant. En effet, si elle a mal agi, ce n'était pas par calcul: elle percevait les choses d'une certaine manière, et cela avait été façonné par des faits qui s'étaient ajoutés les uns aux autres, et par le fait qu'Alice, trop impliquée, ne pouvait prendre du recul et analyser plus objectivement la situation. La seule qui pouvait la conseiller, c'était... la Alice de dix ans auparavant. ;-)

La romancière n'avait pas la partie facile d'abord parce que le thème a déjà été utilisé. Ce qui la démarque des autres, c'est qu'elle n'a pas essayé d'écrire un roman policier. L'autre difficulté venait de ce que «les deux Alice» (si je puis le tourner ainsi) devaient être crédibles. Pour moi, l'écrivain a réussi son pari, tout en invitant son lecteur à observer ses propres actes, et l'impact que telle ou telle décision peut avoir sur sa vie.

J'ai également été sensible à ce qui arrive à Elisabeth. C'est un personnage sympathique parce que tout en étant obsédée par les pieds de nez que s'obstine à lui faire la vie, elle se rend compte qu'il serait peut-être bon pour elle de lâcher prise. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à sa place. Je n'ai pas les ennuis qu'elle a, mais je sais qu'il est extrêmement difficile de lâcher prise. Malgré son obsession, Elisabeth apprend de ses erreurs. Elle n'a pas besoin de se cogner la tête, mais tout comme sa soeur, elle tente d'améliorer sa vie. Ce n'est pas flagrant, mais on voit ses efforts à travers certaines de ses réflexions. En outre, elle accepte d'écrire le journal que lui demande de rédiger son psychiatre...

La romancière introduit de l'humour dans son roman, notamment avec le blog de Franny, la passion de Roger et Barb pour la salsa, et d'autres petites choses.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. J'ai apprécié que l'épilogue raconte en détails ce qui est arrivé après le chapitre 35. J'ai un peu râlé que l'autrice traîne un peu avant d'apprendre au lecteur quelque chose qu'il brûle d'envie de savoir, mais comme cette chose va dans le sens que je souhaitais, j'ai fini par sourire que la romancière ait fait en sorte de me faire un peu languir.

Après cette expérience heureuse, je compte tenter les autres romans de Liane Moriarty. Je relirai peut-être même «Le secret du mari»...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Marchant.

Il m'a plu de retrouver cette comédienne. J'ai apprécié son interprétation. Elle ne modifie pas sa voix à outrance. Elle marque un peu le rôle de Dino, mais cela ne m'a pas dérangée parce qu'on voit peu le fameux Dino, et parce qu'à y bien réfléchir, je pense que la comédienne a eu raison de le jouer ainsi. On le voit dans un seul chapitre, et il fallait qu'il marque quelque peu les esprits... Après tout, c'est peut-être grâce à lui que... ;-)
J'ai adoré la voix et le ton que prend Valérie Marchant pour le personnage de Kate Harper, femme qui se donne de l'importance, cancane à n'en plus finir, et semble très coincée!

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lundi, 24 février 2020

Sauvage, de Jamey Bradbury.

L'ouvrage:
Alaska. Tracy Petrikoff a dix-sept ans. Elle vit avec son père (Bill) et son frère (Scott). Elle connaît la forêt comme sa poche, et y chasse presque tous les jours. Elle aime aussi les courses de traîneaux. Un jour, dans la forêt, elle fait une mauvaise rencontre, et pense dépasser les limites que sa mère lui a fixées quand elle a accepté que Tracy chasse en forêt. L'adolescente n'en parle pas à son père, ce qui l'entraîne dans un inextricable engrenage.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai découvert une héroïne à la fois forte et fragile. En effet, Tracy se comporte souvent en fille capricieuse, mais elle a une grande force morale. Malheureusement, celle-ci ne la mène pas toujours dans la bonne direction. D'autre part, la jeune fille paraît insensible, mais elle enrage que son père ne se donne pas les moyens de faire ce qu'il souhaite vraiment. Elle sait ce que c'est d'avoir certains besoins qu'il est impératif de combler. Même si j'ai compris que la priver de la forêt (et surtout d'une certaine chose) était lui enlever un besoin vital, j'ai parfois douté. Ne pourrait-elle pas se passer de cette chose qui lui semble nécessaire. Après avoir fini le roman, je n'ai pas vraiment tranché, mais j'opterais davantage pour le fait que cela lui est indispensable.
L'adolescente est souvent déconcertante. Au cours de ma lecture, je me disais qu'elle devait expliquer à son père ce qui lui était arrivé, ce qui en avait découlé, etc. Je désapprouvais son silence, et voyais les choses empirer... ceux qui ont lu le livre comprendront donc que j'aie trouvé ce que fait Tracy à la fin trop radical. Certes, cela cadre avec son personnage, et en plus, cela lui permet de se débarrasser d'un très gros ennui qu'elle n'aurait pu éviter autrement. Cependant, j'aurais aimé qu'elle agisse d'une autre manière. Elle aurait pu nuancer son acte.

Au cours de la lecture, à travers les yeux et les souvenirs de la jeune narratrice, les personnages se dévoilent. Certains réservent quelques surprises. Je n'en avais deviné aucune.
L'intrigue est bien menée, sans incohérences, sans temps morts. Certains tiqueront peut-être sur un événement, et se demanderont comment Tracy a pu croire ceci et cela. Pour moi, cela s'explique par l'idée que quand on panique, on peut faire n'importe quoi, même si on ne devrait pas être en mesure de le faire.

J'ai beaucoup apprécié de découvrir le profond amour et le respect que Tracy et son père éprouvent pour leurs animaux.
En bonne amie du froid, j'ai aimé l'ambiance du roman. La glace, la neige, le froid sont au rendez-vous. À un moment, la narratrice tombe même dans l'eau glaciale. Cela m'a rappelé «I'm still alive», car il arrive la même chose à l'héroïne, mais pas dans les mêmes circonstances. Cela m'y a fait penser parce qu'à ce moment de chacun des deux romans, les deux narratrices souffrent beaucoup moralement.

Un roman qui fait réfléchir sur l'empathie, sur la portée de nos actes, sur l'importance de la communication... Beaucoup de romans font cela, mais celui-là fait partie de ceux qui sonnent juste.

Éditeur: Gallmeister.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Peu avant de lire ce roman, j'ai vu que les éditions Gallimard le publiaient en audio. Je n'ai pas souhaité lire la version de Gallimard, parce que je n'ai pas un bon a priori concernant la lectrice, Karl-Lyne Heller. En effet, quand Audible.fr a sorti «Dry» (lu par cette comédienne), j'ai été tentée par le résumé. Ne connaissant pas la lectrice, j'ai écouté l'extrait proposé sur le site. J'ai trouvé qu'elle lisait comme si elle s'adressait à de très jeunes enfants, et encore, je n'aimerais pas qu'on s'adresse ainsi à mes enfants si j'en avais. Cela m'a dissuadée. Donc quand j'ai vu que c'était elle qui lisait «Sauvage» pour les éditions Gallimard, j'ai été bien contente que ce roman, qui me tentait beaucoup, ait également été enregistré par une lectrice bénévole dont j'apprécie beaucoup la façon de lire.

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samedi, 22 février 2020

Éden, de Monica Sabolo.

Éden

L'ouvrage:
La jeune Nita, habitant dans une région forestière, raconte certains événements qui furent décisifs dans sa vie.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il soulève d'intéressantes questions. Certaines touchent à la justice. Nita explique que malheureusement, certains comportements sont prédéfinis, que telle personne, de par sa condition, tombera forcément dans tel engrenage, etc. La narratrice semble résignée, mais à partir du moment où les choses se gâtent autour d'elle, elle montre qu'elle n'est pas si blasée que cela. À mesure de son parcours, elle découvre que les choses sont sûrement pires que ce qui arrive dans son lycée. Et voilà que Monica Sabolo soulève la question concernant l'idée de se faire justice soi-même. D'autres romans le font, mais ici, il m'a semblé que l'autrice y parvenait très bien, car à partir de ce moment-là, les choses ne sont plus jouées d'avance. Nita passe par plusieurs phases, et sans s'en apercevoir, prend un chemin qu'elle n'envisageait pas.

Ce roman montre des aspects très sombres de la vie, car outre ceux évoqués ci-dessus, la narratrice doit faire face à l'absence de son père, au fait que sa mère et elle ont du mal à communiquer... Cependant, à côté de tout cela, il y a des choses aussi revigorantes qu'une solide amitié. En tout cas, si Nita n'en est pas toujours digne, elle se rend compte que c'est un élément très important de sa vie.

La narratrice est sympathique. Je me suis très facilement identifiée à elle. On apprend rapidement qu'elle fraie le moins possible avec ses camarades scolaires, que ceux-ci la raillent... et que, bien sûr, elle aspire à être amie avec eux. C'est dans ce contexte que survient la scène où Nita tente d'être acceptée par un groupe...
Ensuite, lorsque la jeune fille prend conscience de certaines choses, et veut faire ce qui est bien. Cela la rend attachante: à la fois perdue et déterminée, elle ne pourra qu'éveiller la compassion du lecteur.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. L'autrice développe un récit et des personnages complexes. À la fin, un mystère reste, mais dès le départ, il était probable qu'il ne serait pas élucidé. Certains peuvent croire les rumeurs, d'autres peuvent se fier au ressenti de la mère de Nita, mais en réalité, le lecteur, à l'instar de l'héroïne, n'a aucune preuve.

Je me doute bien qu'en lisant ce roman, il faut se souvenir de son titre. Nita voit-elle sa forêt comme un Éden en passe d'être détruit? Probablement.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nancy Philippot.

Je ne connaissais pas du tout cette comédienne. Pour moi, son interprétation est sans failles. Elle est tout de suite entrée dans la peau de Nita et dans l'ambiance du roman. À divers moments, les personnages sont en proie à de fortes émotions: Nancy Philippot les joue sans jamais les exagérer. Elle ne modifie pas sa voix à outrance, son intonation, qui que soit le personnage, est toujours juste. J'espère qu'elle enregistrera d'autres livres qui me tenteront.

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36 lectures

jeudi, 20 février 2020

Mères et filles, de Sally Hepworth.

Mères et filles

L'ouvrage:
Neva, vingt-neuf ans, est sage-femme, tout comme sa mère (Grace) et sa grand-mère (Floss). Ce soir-là, les trois femmes se retrouvent pour dîner. Si Neva s'entend très bien avec Floss, ses rapports sont parfois tendus avec Grace, car celle-ci a du mal à comprendre qu'on ne fasse pas les choses à sa façon. Ce soir-là, à cause d'un incident, Floss et Grace découvrent quelque chose que Neva souhaitait révéler le plus tard possible.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Au départ, l'autrice nous montre une Grace maladroite, semblant avoir des idées arrêtées, souhaitant ceci et cela pour sa fille... Elle paraît pénible. Pourtant, on constate rapidement qu'elle a toujours le bien-être de sa famille en tête. Même dans son métier, elle pense d'abord à ses clientes. Étrangement, Neva m'a davantage agacée. Elle est sympathique, mais certaines choses m'ont déplu, notamment en rapport avec ce qu'elle souhaitait cacher. Cependant, elle aussi révèle ses qualités à mesure de l'avancée du roman.
Floss, quant à elle, m'a tout de suite plu. Certains diront peut-être qu'à mesure que le récit avance, elle se révèle moins sympathique. Ce n'est pas mon avis. J'ai compris ses choix, et j'espère qu'à sa place, j'aurais eu le courage de faire les mêmes. On peut lui reprocher d'avoir caché les choses à sa famille pendant tout ce temps, mais là encore, j'ai compris ses motivations.

Le mari de Grace m'a un peu déconcertée. Il semblait ne plus souhaiter être en harmonie avec elle. Certaines choses s'expliquent, mais je l'ai trouvé dur au long du livre.

J'ai été étonnée, car j'ai apprécié Patrick dès le départ. Pourtant, au début, j'aurais dû tiquer: c'est plutôt le genre de personnages qui me déplaît. Le concernant, je n'ai pas attendu la suite du livre pour me faire une bonne opinion. ;-)

L'intrigue est sans temps morts. Je n'ai pas été gênée de ne connaître la clé d'une des énigmes avant qu'elle soit dévoilée. Quant à l'autre énigme, je n'avais pas deviné, et je suis contente que ce soit ainsi.

Il existe des romans de Sally Hepworth qui ne sont pas encore traduits, mais qui sont disponibles en audio anglais. Malheureusement pour moi qui aime l'accent américain, ils sont lus par des anglais.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andrée Michel pour l'INCA

Je ne connaissais pas cette lectrice. J'ai apprécié son jeu. Le seul reproche que je lui ferai concerne sa prononciation du nom de l'auteur: avec un accent anglophone. J'ai même eu peur qu'elle fasse la même chose avec les noms propres du roman. Heureusement, cela n'a pas été le cas. Je constate que depuis que j'écoute des romans produits par l'INCA (j'en ai écouté très peu, mais il y en a quand même un bon échantillon) j'apprécie les lecteurs. Lire ce roman m'a fait me poser une question. Je sais qu'Audible a fait appel à Vues et Voix pour produire certains ouvrages canadiens. Lorsque je l'ai découvert, cela m'a déconcertée parce que les lecteurs de Vues et Voix ne sont pas des comédiens professionnels. Habituellement, je ne cherche pas ainsi la petite bête, car j'apprécie la lecture de beaucoup de lecteurs bénévoles qui n'ont pas la formation (voir certains lecteurs de la BBR, de la BSR, de la LB...). Ici, j'ai tiqué pour deux raisons. D'abord, les romans produits par Vues et Voix disponibles sur Audible.fr sont vendus. Ensuite, j'ai écouté des extraits de certains de ces romans, et j'ai été choquée qu'Audible accepte cela: entre lecture poussive et trop enjouée, j'ai constaté que non seulement ces lecteurs n'avaient pas la formation, mais que même en tant que bénévoles, je n'aurais aucune indulgence pour leur prestation. D'autres se défendent mieux. Cependant, je me suis demandé pourquoi, tant qu'à faire enregistrer des livres par des personnes n'ayant pas la formation de comédien, Audible.fr ne s'est-il pas tourné vers l'INCA, qui, pour moi, fait lire des personnes dont le jeu est appréciable?

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lundi, 17 février 2020

Sisterland, de Curtis Sittenfeld.

Sisterland

L'ouvrage:
Daisy et Violet (dite Vi), nées dans les années 70, sont jumelles. Depuis leur petite enfance, elles savent qu'elles ont des dons de voyance. Après qu'elles ont été tourmentées à cause de cela dans leur adolescence, Daisy a décidé de «tuer» ce don. Vi, elle, continue à prédire des événements. En 2009, elle prévoit un tremblement de terre, le 16 novembre, à Saint-Louis, la ville où sa soeur et elle habitent.

Critique:
Ce roman m'a plu. Il est un peu lent, et les retours en arrière m'ont un peu gênée pour bien assembler les pièces du puzzle, mais ces détails ne gâchent pas la lecture. La lenteur ne m'a pas dérangée, parce que Curtis Sittenfeld prend le temps de présenter ses personnages. Quant aux retours en arrière, je ne les apprécie pas, en général. Certains auteurs ont su les rendre sympathiques. Ici, la structure m'a déplu, mais pas autant que dans d'autres romans où elle était dérangeante, et où il était évident que l'auteur pouvait faire autrement.

La relation entre Daisy et Vi est compliquée. L'auteur en montre peu à peu toutes les facettes. Aucune des deux n'est à blâmer davantage que l'autre. Chacune a du mal à comprendre les choix de l'autre, et parfois, chacune l'exprime de manière peu aimable, ce qui est ressenti comme un jugement. Pourtant, il est évident que les deux soeurs s'aiment. C'est auprès de Vi que Daisy finit par chercher un peu de réconfort après avoir fait une bêtise.

Chaque soeur a, pour moi, des côtés plaisants et d'autres déplaisants, comme tout humain. Par exemple, Vi est très agaçante lorsque Rosie marche dans une crotte de chien. De plus, elle semble souvent juger le mode de vie de sa soeur. D'un autre côté, Daisy semble rejeter certains aspects la rattachant à sa famille. Par exemple, alors qu'elle ne déteste pas son prénom, elle se fait appeler Kate (diminutif de son deuxième prénom). Son envie de ne plus avoir le don est aussi un rejet. Bien sûr, cela s'explique aussi par le fait que ce don l'a fait souffrir lorsqu'elle était adolescente. J'ai aimé qu'elle soit très attachée à son mari et à ses enfants... ce qui a fait que j'ai trouvé d'autant plus affreux ce qu'elle fait (et elle le fait en sachant qu'elle saccage tout) le 16 novembre. D'une manière générale, il m'a semblé que Daisy ne tentait pas de comprendre ses parents. Bien sûr, en 2009, elle essaie d'être proche de son père, mais là encore, les relations ne sont pas forcément simples. Vi m'a un peu agacée, parce que j'avais l'impression qu'elle pensait détenir un immense savoir sur tous (pas seulement grâce à son don), mais elle m'a paru davantage proche de ses parents.

Je ne sais pas trop quoi penser de la fin. J'aurais souhaité que Daisy soit davantage punie, mais pas de manière irréversible. En fait, je pense surtout que j'aurais aimé qu'elle ne commette pas cette mauvaise action, parce que pendant les trois quarts du roman, elle était mon personnage préféré, et je lui pardonnais ce qui me gênait, me disant qu'après tout, il était normal qu'elle ne soit pas parfaite. Mais cette mauvaise action faite en connaissance de cause m'a énormément déplu.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Random house audio.

Rebecca Lowman fait partie des comédiens dont j'aime beaucoup le jeu, même s'il m'est arrivé de la trouver trop sobre. Ici, son interprétation m'a plu, et je n'ai pas trouvé qu'elle ne jouait pas assez.

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vendredi, 14 février 2020

Miroir de nos peines, de Pierre Lemaitre.

Miroir de nos peines

L'ouvrage:
Paris, avril 1940.
Louise Belmont, trente ans, est institutrice. Le samedi, elle travaille comme serveuse à la Petite Bohême. Un jour, un client, qui est un habitué du restaurant depuis longtemps, lui adresse une requête incongrue.

Critique:
Ce roman achève la trilogie commencée avec «Au revoir là-haut». Il m'a plu, même si j'ai eu du mal à me faire au fait qu'on ne suit pas uniquement Louise. En effet, j'ai mis beaucoup de temps à m'attacher à Raoul et Gabriel. Quant à Désiré Migaud, il m'a d'abord fait rire. Je lui en ai donc moins voulu de prendre, au détour de chapitres, la place que je souhaitais occupée par Louise.

La jeune femme est très attachante. On découvre d'abord la routine de sa vie, puis son rêve brisé (ce qui montre des bribes de son passé), puis sa quête. Il m'a plu de la découvrir au travers de ses réactions à tel ou tel événement, puis de la suivre sur les routes... Comme le subodore Pierre Lemaitre dans l'entretien qu'il a accordé à Valérie Lévy-Soussan, et qui est en fin d'ouvrage, j'avais oublié la petite Louise qui fait une apparition dans «Au revoir là-haut». Je savais qu'elle serait l'héroïne de ce tome 3, car l'auteur l'avait dit dans un autre entretien accordé à Audiolib. J'ai accueilli avec satisfaction les petits clins d'oeil à «Au revoir là-haut» qui sont faits à travers les pensées de Louise.

Dans l'entretien en fin d'ouvrage, l'auteur explique qu'il souhaitait que Désiré soit apprécié parce qu'il est à la fois cocasse et providentiel. En effet, si au début, on peut imaginer que Désiré est un escroc, on change rapidement d'avis. J'ai mis un moment à comprendre pourquoi il agissait comme il le faisait, et cela m'agaçait un peu, mais force m'était de reconnaître qu'il profitait de sa «position» pour faire de bonnes choses. Celles qui m'ont paru discutables m'ont fait rire. Je sais qu'à l'époque, cela n'était pas amusant, mais ici, entre ce qui est dit et la manière dont cela l'est, le rire prend le pas sur le reste.
Par la suite, le lecteur n'aura pas d'autres solutions que de s'attacher à ce personnage...

Quant à Raoul et Gabriel, j'ai eu davantage de mal à m'attacher à eux parce que Raoul a commencé par me déplaire. L'auteur le réhabilite, ensuite. Certains côtés de son histoire m'ont attendrie, ainsi que le fait qu'il finisse par montrer d'autres facettes de sa personnalité. Cependant, je n'ai pas pu l'apprécier tout à fait.

Pierre Lemaitre a parfaitement recréé l'ambiance de l'époque. Son récit fait qu'on s'imagine très bien comment se passent les choses, et ce que ressentent les protagonistes.

Il est un personnage auquel je me suis très vite attachée, et dont l'auteur ne parle pas dans l'entretien. Il s'agit de monsieur Jules. On sent rapidement que cet homme un peu bourru est un «gentil». À son sujet, je pense que j'aurais dû deviner quelque chose qui, après que je l'ai su, m'a semblé tomber sous le sens. Je suis contente de n'avoir pas trouvé ce pan de son passé avant que l'auteur ne le dévoile.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur.

Dans l'entretien en fin d'ouvrage, Pierre Lemaitre explique qu'il a envie de faire partager au lecteur ce qu'il raconte, et qu'il pense que celui-ci le ressent. En tant qu'auditrice, je confirme ses dires. Comme pour les deux précédents romans de la trilogie, l'interprétation de l'auteur est vivante, on ne sent pas qu'il est en train de lire, on pense plutôt (comme il le dit lui-même) qu'il conte.
Dans l'entretien, il évoque ses projets d'écriture. Il est dit à demi-mots que c'est lui qui interprétera la version audio. Je m'en réjouis d'avance!!!

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jeudi, 13 février 2020

Je sais pas, de Barbara Abel.

Je sais pas

L'ouvrage:
Ce vendredi, des professeurs des écoles emmènent une classe en sortie dans les bois. Pendant cette sortie, Emma Verdier, cinq ans, se perd. On finit par la retrouver, mais voilà que c'est Mylène, l'une des institutrices, qui manque à l'appel. La police se rend sur les lieux, un hélicoptère survole la zone: la jeune femme reste introuvable.

Critique:
Après avoir lu des chroniques concernant ce roman, j'avais peur qu'il me déplaise, d'autant plus que j'ai trouvé à redire à la plupart des romans de Barbara Abel que j'ai lus. Ayant été très agréablement surprise par «Je t'aime», et sachant que «Je sais pas» avait été enregistré, pour la Ligue Braille, par une lectrice que j'apprécie, j'ai décidé de le tenter. Il ne m'a pas autant plu que «Je t'aime», mais pas autant déplu que d'autres de cette autrice.

Je n'ai pas trop apprécié que dans l'équation, on trouve une histoire d'adultère. J'ai l'impression qu'il y en a un peu trop dans les romans. En outre, aucun personnage ne m'a paru sympathique. Mylène, dans le passé, ne faisait que pleurer sur son sort, se montrer extrêmement désagréable avec son père... Certes, elle avait matière à être ainsi, mais il m'a semblé qu'elle en faisait trop. Quant à son père, pour moi, il y a une incohérence. Je ne comprends pas pourquoi il agit d'une certaine manière à un moment donné. Il y a bien une bribe d'explication, mais je ne la trouve pas justifiée. En outre, cela ne cadre pas avec son attitude générale concernant ce sujet.

Quant à Camille et Patrick (les parents d'Emma), je ne les ai pas appréciés, même si à certains moments, Camille trouvait un peu grâce à mes yeux. Patrick passe beaucoup de temps à vilipender ceux qui, selon lui, ont perdu sa fille alors qu'ils en avaient la charge.
Camille n'agit pas toujours bien, mais je reconnais que c'est la seule qui se remet vraiment en question. Bien sûr, elle assortit cela de justifications irrecevables, mais elle accepte quand même de voir ses failles.
Emma n'a que cinq ans, et elle est déjà détestable. Certes, dans le week-end qui nous est conté, elle a des circonstances atténuantes, et elle finit par se révéler plus perdue que méchante, mais d'une manière générale, elle n'est pas sympathique.

J'ai apprécié un élément que nous apprend la fin. Je n'aurais pas cru qu'il se produirait. L'un des personnages a donc été assez fort pour faire une chose qui, même si elle a de néfastes conséquences, est positive. C'est mis en regard avec un autre aspect de l'intrigue. Cela ne veut pas dire que tout s'est passé de la même façon, mais qu'il est possible que certains comportements se répètent.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pascale Wykens pour la Ligue Braille.
La lectrice a un jeu un peu neutre, mais elle n'est pas trop sobre. Je la retrouverai avec plaisir.

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mardi, 11 février 2020

Métro 2033, de Dmitry Glukhovsky.

Métro 2033

L'ouvrage:
2033. La terre est devenue inhabitable car radioactive. Certains se sont réfugiés sous terre, dans les couloirs du métro. Artyom vit, avec son père adoptif, dans la station VDNKH.
Un jour, son ami et lui décident de faire partie d'une expédition apportant des vivres à une station amie. Artyom a une autre raison de partir...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Par certains côtés, il m'a rappelé «Neverwhere». Non que son auteur ait copié sur Neil Gaiman, mais l'ambiance m'y a fait penser. De plus, il y a quelques clins d'oeil, comme par exemple Chasseur, ou le fait que le monde où vit Artyom soit souterrain.

Notre héros va de péripéties en mésaventures. Il est emporté dans un tourbillon d'événements, dont certains lui sont presque fatals. Mais il y a aussi des éléments amusants, qui, en plus, s'enchaînent. Je pense à la course de rats, à ses conséquences, à la manière dont Artyom parvient à fuir ces conséquences, et enfin à la nature de ceux qui finissent par le recueillir. Ces personnages sont l'occasion pour l'auteur de critiquer toute forme de fanatisme.
Tout cela pour dire que malgré son épaisseur, le roman ne souffre pas de temps morts. À mon avis, il fait partie de ces livres dans lesquels on découvre quelque chose de nouveau à chaque relecture. En effet, il foisonne d'aventures, de thèmes assez importants (le racisme, le fait que l'homme dégrade la terre, la recherche des racines...).

Au cours de son périple, Artyom croisera des gens qui se montreront aimables et secourables, puis qui disparaîtront de la vie du jeune homme. C'est un peu déroutant, mais c'est la vie.

Ce que nous apprenons à la fin m'a rappelé un roman de Serge Brussolo. D'ailleurs, outre «Neverwhere», l'ambiance du roman (surtout l'enchaînement des péripéties) m'a rappelé l'écriture de Brussolo d'une manière générale. Cette fin rappelle aussi au lecteur de ne jamais se fier aux apparences. Cette remarque est extrêmement banale, voire remâchée, mais il faut bien que je donne mon ressenti sans dire ce qu'est cette fin. En tout cas, je ne m'y attendais pas.

Je sais qu'il y a une suite (elle sort prochainement en audio), et j'ai hâte de voir ce qu'elle réserve. Je suis contente que les choses ne se terminent pas ainsi, mais je me demande comment elles vont pouvoir repartir. Eh bien, je le saurai en lisant le tome 2.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.

Je retrouve toujours ce comédien avec plaisir. Ici, il n'a pas démérité. Il se glisse dans la peau des personnages, et leur donne vie sans exagération. Par exemple, à un moment, il doit jouer quelqu'un qui veut absolument sortir ses compagnons de l'espèce d'hallucination dans laquelle ils sont plongés. Le personnage, pris de frénésie, se met à chanter, espérant secouer ses acolytes. Julien Chatelet joue parfaitement cette scène: on sent la détermination du personnage, on entend son sentiment d'urgence.

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