lundi, 20 août 2018

*Question concernant des romans se rapportant à «Orgueil et préjugés», de Jane Austen.

Bonjour.

Ayant beaucoup aimé ce roman de Jane Austen, et ayant ensuite constaté qu'il existait d'autres romans s'y rapportant, j'ai d'abord pensé ne jamais les lire. Je suppose que les puristes seraient heureux que je m'en tienne là. Cependant, j'ai eu l'occasion de lire des avis concernant certains, et si ces avis ne m'ont pas donné envie, ils m'ont fait me questionner: il existe peut-être une suite écrite par un auteur qui a su bien faire. Si c'était le cas, j'aimerais la lire. Voici ci-dessous la liste des romans que j'ai croisés, et les raisons pour lesquelles ils ne me tentent pas. Si vous n'êtes pas d'accord (et même si vous l'êtes et voulez le dire) ou en connaissez d'autres (même s'ils n'existent pas en français), n'hésitez pas à me répondre en commentaire ou en passant par le formulaire de contact du site.

  • Un bon parti, de Curtis Sittenfeld.

Il ne me tente pas parce que c'est une réécriture. Je préférerais une suite. En outre, des chroniques disent qu'on ne retrouve pas la complicité entre Liz et son père, que Lydia est bien trop vulgaire, que Darcy est parfois rustre... autant d'éléments qui me font reculer. Dommage, j'adore la lectrice qui l'a enregistré en anglais! (Je ne lis qu'en audio, ce que doivent savoir ceux qui me suivent.)

  • Le journal de mister Darcy, d'Amanda Grange.

Les événements décrits dans le roman de Jane Austen du point de vue de Darcy. Pourquoi pas? Cependant, des chroniques disent que le Darcy dépeint ici est prétentieux, alors qu'en réalité, le héros de Jane Austen ne l'est pas.

  • La mort s'invite à Pemberley, de P. D. James.

Celui-là aurait pu me tenter, c'est une suite. Mais outre que je ne suis pas vraiment fan de P. D. James, des chroniques disent que cette suite ne restitue pas les personnages comme les a imaginés Jane Austen. En plus, la version audio en français est lue par une comédienne dont je n'aime pas trop le jeu, et des chroniques disent qu'elle prononce bien l'anglais, ce que j'ai traduit par: «elle prononce les noms propres avec un accent», et j'ai absolument horreur de ça. Quant à la VO, elle est lue par une personne à l'accent anglais, et je ne supporte pas l'accent anglais, je préfère largement l'accent américain.

Partage

23 lectures

Practicing normal, de Cara-Sue Achterberg.

L'ouvrage:
Les Turner vivent dans un quartier huppé, mais n'ont pas le même rang social que leurs voisins. Le père (Everett), la mère (Kate), et leur fille adolescente (Jenna) prennent tour à tour la parole pour raconter la vie de cette famille en apparence normale.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. J'ai particulièrement apprécié Jenna, qui me semble la plus lucide. Cette lucidité la fait souffrir, et elle comble cela en faisant certaines choses répréhensibles. Au début, elle semble hostile, mais on se rend vite compte qu'elle se pose des limites, et que certains de ses actes sont plutôt sympathiques, je pense surtout à ce qu'elle fait pour les chats de l'une de ses voisines. Lorsqu'elle expose ce qu'elle pense de son père, on se dit qu'elle est peut-être trop tranchée. Ensuite, le point de vue d'Everett arrive, puis certaines phrases de Kate... À vous de voir ce que vous penserez d'Everett.

Kate est sympathique. Elle se débat entre ce que lui a martelé sa mère pendant son enfance, son amour pour Everett, les actes de celui-ci, ce que lui apprend sa soeur, son envie d'être amie avec ses voisins... Tout cela n'est pas simple pour elle. Elle est parfois agaçante, mais il est aisé de comprendre qu'entre tous ces courants contraires, la gentille et bienveillante Kate soit déboussolée. En outre, si on a parfois envie de la secouer, on se rend vite compte qu'elle n'est pas faible et pleurnicharde, comme on aurait pu s'y attendre au vu de certaines de ses réactions. Dans un autre style que sa fille, elle tente de s'arranger avec la vie, et en cherche les bons côtés.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. Cara Sue Achterberg réserve quelques surprises au long de ce roman psychologique. Par exemple, lorsque Cassie s'intéresse à la mère de Kase, j'ai pensé quelque chose... qui s'est révélé absolument faux. Je ne sais pas si l'auteur a voulu pousser le lecteur à avoir cette idée ou si c'est moi qui ai l'esprit tordu, mais j'ai été très contente de me tromper! Ça a été un peu la même chose lorsque Jenna a commencé à fréquenter un garçon. Je me suis dit que telle chose allait arriver, et cela n'a pas du tout été le cas. Je préfère de très loin ce qu'a choisi de faire la romancière.

J'ai également apprécié que pendant une grande partie du roman, on ne sache quel point de vue (entre celui de Kate et celui d'Evelyne concernant leurs parents) se rapproche le plus de la vérité. On ne peut que supposer, tenter de collecter les indices, les failles dans les propos de chacun... J'ai trouvé cela très intéressant.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Tantor Media.
Andi Arndt lisait les chapitres narrés par Jenna, Charles Constant ceux racontés par Everett, et Xe Sands ceux du point de vue de Kate.

J'aime beaucoup Andi Arndt. Sa voix est claire, son interprétation est naturelle, elle n'exagère jamais lorsqu'il s'agit de modifier sa voix pour les rôles masculins. Ici, elle n'a pas démérité.

Je ne connaissais pas Charles Constant. Les chapitres d'Everett étant courts et moins nombreux que les autres, j'aimerais écouter quelque chose de plus long lu par ce comédien avant d'arrêter mon opinion, mais à première écoute, son interprétation est naturelle, et son ton est approprié.

Je ne suis pas vraiment fan de Xe Sands. Je trouve qu'elle est souvent à la limite du marmonnement. Cela fait que sa voix n'est pas claire. Cela donne aussi l'impression qu'elle se retient. Ici, elle ne le fait pas trop, donc cela m'a moins dérangée. Cependant, je n'ai pas aimé sa manière de jouer les rôles masculins. Pour moi, elle en fait trop.

Partage

34 lectures

samedi, 18 août 2018

Yggdrasil, tome 3: L'espoir, de Myriam Caillonneau.

Yggdrasil, tome 3: L'espoir

L'ouvrage:
Nayla est en mauvaise posture. Ses amis veulent tenter de la sauver.

Critique:
Tout comme dans les tomes précédents, Myriam Caillonneau précipite ses personnages dans un tourbillon de périlleuses aventures sans temps morts. La série est donc assez longue (environ soixante-cinq heures), assez dense, mais il n'y a pas une minute de ce que j'appelle le remplissage. On ne s'ennuie jamais.
Au début, certains événements que je souhaitais voir vite arriver sont retardés. Ensuite, ce que je voulais commence, mais autre chose vient encore en repousser le déroulement. À ces moments, j'ai eu peur de m'ennuyer à cause de ces éléments retardateurs. Cela n'a pas été le cas, car cela permet à l'auteur de montrer certains personnages dans des situations données, etc.

Au long de la série, nous découvrons ce qu'est Yggdrasil. J'aime la manière dont la romancière l'explique. Se basant sur certains éléments ancrés dans notre patrimoine culturel (les fils du destin, par exemple), elle donne une explication très rationnelle et réaliste de ce qu'est Yggdrasil. Parfois, lorsque je m'interroge sur quelque chose de ce genre, j'imagine une espèce de mémoire collective où le passé est écrit et où le présent inscrit le futur... Voilà pourquoi la représentation de Myriam Caillonneau ma parlé. Dans la série, c'est aussi une sorte de drogue pour certains, dont Nayla. J'ai très vite compris cela. Qui, à sa place, ne serait pas envoûté? Je pense qu'à partir de maintenant, parfois, au long de ma vie, inopinément, la pensée de ce qu'est Yggdrasil me viendra, et je me demanderai ce qu'il me prédirait à propos de l'issue de telle ou telle chose. Je sais aussi que je garderai en tête la propension de Dem à modéliser ses attaques, ses idées de plans, et à faire des probabilités. Peut-être que parfois, en souriant, je me dirai: «Dem me dirait sûrement que là, j'ai 10% de chances de réussir, et il me dirait de tenter quand même.» Je garderai aussi en tête une phrase du code des gardes noirs: «S'inquiéter ne sert à rien.»

Je me demandais comment Myriam Caillonneau avait inventé ce nom d'Yggdrasil. C'est Camille Lamache qui m'a donné la réponse après une recherche sur Wikipédia. «Il s'agit de «l'arbre du Monde» dans la mythologie nordique qui signifie étymologiquement «destrier du Redoutable» (le Redoutable étant associé au Dieu Odin).»

Les personnages qui m'étaient sympathiques le sont restés. Il en est un pour qui je ne savais pas trop quoi éprouver dans les premiers tomes, même si le tout me poussait à bien l'aimer. C'est Janie Qorkvin. Voyons ce que vous en penserez...

Alors que j'avançais vers la fin du tome 3, je me suis surprise à penser la même chose qu'à la lecture de «Winter», le dernier tome des Chroniques lunaires. À savoir: «Ah! J'aimerais bien qu'elle fasse ceci comme ci et cela comme ça... mais elle va faire au moins une chose qui ne m'ira pas. Alors, je préférerais que ce soit ceci plutôt que cela.» Si Marissa Meyer a fait ce que j'espérais, sans même faire une seule chose qui m'a déplu (j'ai même pensé que certains le lui reprocheraient sûrement), Myriam Caillonneau a créé des éléments qui m'ont énormément déçue, surtout deux. Je sais bien qu'au moins l'un d'eux était prévisible, mais je sais aussi qu'il aurait pu ne pas arriver. De plus, après cela, certaines choses font qu'un personnage ne peut pas éprouver le minuscule réconfort de «voir cet élément», si on peut dire ainsi... De plus, je n'aime pas la toute fin. Je ne sais pas trop comment l'auteur aurait pu tourner tout cela pour à la fois rester vraisemblable et me satisfaire, mais j'ai quelques idées... Certaines choses semblent attendre une suite, mais étant donné les éléments qui m'ont déplu, et sur lesquels il est impossible à la romancière de revenir (sauf si j'ai bien interprété une petite phrase), s'il y en a une, je ne la lirai sûrement pas.

Dans ma chronique du tome 1 d'«Yggdrasil», j'ai parlé de «La passe-miroir», de Christelle Dabos. Un point commun entre ces deux séries (outre l'absence d'ennui pour le lecteur) est qu'il vaut mieux lire tous les tomes en suivant. C'est raté pour moi en ce qui concerne la série «La passe-miroir» (je bave en attendant la sortie du tome 4), mais je suis contente d'avoir pu lire celle de Myriam Caillonneau en enchaînant les trois tomes. Je remercie l'éditeur audio qui a sorti un tome par mois depuis mai. À noter qu'Audible Studios fait également ainsi avec les séries de Robin Hobb: à partir du moment où le tome 1 d'un cycle sort, il y a un tome par mois. Cela me plaît beaucoup, car je peux décider d'attendre quelques mois et d'enchaîner les tomes d'une série, ce qui a d'ailleurs été le cas pour celle-ci. L'éditeur audio fait sûrement ainsi avec d'autres séries, mais je n'affirmerai rien, ne surveillant de près que celles de Robin Hobb.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache.

Camille Lamache est restée égale à elle-même. Elle parvient toujours à jouer les sentiments et les émotions (désespoir, colère, suffisance...) à merveille, et sans trop en faire. C'est pareil pour les voix différentes qu'elle prend selon les rôles. J'ai quand même été un peu surprise qu'elle accentue davantage un genre de côté mâle pour celle de Dem depuis (si je me souviens bien) le milieu du tome 2. J'aurais préféré qu'il garde sa voix du tome 1. Après discussion avec la comédienne, je sais pourquoi elle a fait ainsi. Je ne peux pas l'expliquer en détails ici, car je dévoilerais des éléments importants, mais elle a suivi une phase par laquelle Dem passe, puis a essayé de l'imaginer après, et a pensé qu'entre ce qu'il restait de cette phase et le caractère du personnage, elle ferait mieux de l'interpréter ainsi. Malgré mes préférences, je trouve son explication logique. Cela montre bien que c'est une bonne comédienne: elle ressent ce qu'elle joue, et réfléchit à la manière de le rendre au mieux.
Je tiens d'ailleurs à la remercier pour son enthousiasme, sa très grande gentillesse, et son immense patience. Elle m'a donné l'orthographe des noms propres qui me manquait, a échangé avec moi quant à la série (les thèmes abordés, les personnages...), et m'a expliqué certains de ses choix artistiques, comme par exemple, la voix de Dem.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

Acheter « Yggdrasil, tome 3: L'espoir » sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

42 lectures

jeudi, 16 août 2018

Nous rêvions juste de liberté, d'Henri Loevenbruck.

Nous rêvions juste de liberté

Note préalable:
Le passage «spoiler» de cette chronique est assez long. Si vous cliquez dessus, sachez que le paragraphe qui commence par «Au cours de ma vie de lectrice, j'ai découvert des livres qui m'ont beaucoup marquée.» dévoile la fin des livres suivants: «Le lion» de Joseph Kessel, «La dame aux camélias» d'Alexandre Dumas fils, «Moonfleet» de J. M. Falkner, «Dites aux loups que je suis chez moi» de Carol Rifka Brunt, «L'arbre des pleurs» de Naseem Rakha, et «Meurtres pour rédemption» de Karine Giébel.

L'ouvrage:
Quand on lui a demandé de s'expliquer, Hugo Felida a seulement dit: «Nous avions vingt ans, et nous rêvions juste de liberté». Plusieurs années ont passé. Maintenant, il veut raconter son histoire. Tout a commencé dans la petite ville de Providence. Ses parents s'étaient saignés aux quatre veines pour l'envoyer dans un lycée privé. C'est là qu'il a rencontré Freddy Cereseto et sa bande. Ils sont devenus amis. C'est Freddy et son père qui ont tout appris à Hugo concernant la mécanique. C'est grâce à eux qu'il a pu se construire une moto...

Critique:
Ce livre fait partie de ceux que je n'oublierai pas. Pour moi, on n'en sort pas indemne. C'est un roman à fleur de peau où le personnage principal reçois de dures leçons. C'est une ode à l'amitié, à la loyauté, au respect, même si (ou peut-être justement parce que) tous les personnages ne suivent pas toujours ces valeurs.

En compagnie de Freddy, Hugo découvre ce qu'est l'amitié. Au tout début, j'ai trouvé que chacun en faisait trop. Ensuite, quand notre héros passe du temps chez les Cereseto, y dîne, y travaille, j'ai trouvé cette amitié plus saine. D'autre part, au long de la première partie, je râlais un peu parce que Freddy et ses amis semblaient être contents d'être les mauvais garçons du lycée. Certes, le genre d'endroit où ils étudiaient ne m'inspire pas l'envie de me fondre dans le moule, mais je suis souvent agacée par ceux qui font les forte-têtes et s'en vantent. Bien sûr, Hugo explique plusieurs fois que la bande aurait été ravie qu'un professeur lui tende la main, et tente de la comprendre, mais la bande a-t-elle laissé cette opportunité? La connaissant, je dois admettre que si elle avait senti qu'un professeur pouvait l'écouter, elle aurait essayé de s'accrocher.

Au long du roman, c'est ce thème de l'amitié et de ses valeurs qui revient, et dont Hugo montre toute l'importance, du moins pour lui. Je n'ai pas toujours approuvé ses choix, mais je les ai compris. Par exemple, à la fin de la première partie (il y a trois parties, chacune correspondant à un carnet), j'aurais fait comme Freddy. J'ai très bien compris ce qui l'a poussé à agir ainsi. Je comprenais aussi Hugo qui me voulait pas de la vie que lui proposait son ami, parce qu'il désirait partir, mais aussi parce qu'il voulait tenir une promesse. Cependant, pour moi, il jugeait Freddy trop sévèrement. Il ne s'est pas mis à sa place. On me dira que Freddy non plus ne s'est pas mis à la place d'Hugo. Soit, mais le choix de Freddy était plus sain, à mon avis. Hugo finit par le comprendre...

À un moment (dans la première partie), j'ai craint que les héros se retrouvent dans la même situation que ceux de «Sleepers» (je n'ai pas lu le livre, mais ai vu le film), et j'ai eu très peur pour eux, ce film m'ayant traumatisée. Heureusement, même s'ils vivent des choses assez dures pendant cette période, même si Hugo explique que certains codétenus en vivent des pires, ils ne sont pas confrontés à ce que subissent les héros de «Sleepers».

Au long du roman (durant lequel on ne s'ennuie pas un seul instant), chacun évolue, les épreuves commencent par renforcer l'amitié, mais les aléas de la vie et le caractère des uns et des autres changent certaines choses. De toute façon, dès le début du roman, le lecteur sait où se trouve Hugo, et donc il sait que quelque chose d'affreux est arrivé avant, et que cela va lui être raconté. De ce fait, à mesure que l'histoire progressait, je spéculais.
Si je n'ai pas toujours approuvé les décisions d'Hugo, j'ai toujours su qu'il ne voulait pas nuire. J'ai été déçue (mais finalement pas surprise, car Henri Loevenbruck prépare cela au cours du récit) que l'un des personnages devienne ce qu'il finit par être. Et bien sûr, j'ai été déçue que certaines choses se terminent comme ça. J'ai compris ce qu'a voulu montrer l'auteur. Je sais que, malheureusement, il a raison. Mais je sais aussi que même dans la vraie vie, ça ne finit pas toujours comme cela. Je suis du genre à préférer que ça se termine bien quand c'est possible.

Afficher Attention, ce qui suit dévoile des éléments importants.Masquer Attention, ce qui suit dévoile des éléments importants.

Mon envie de voir les choses tourner différemment pour Hugo m'a fait trouver une incohérence. Elle s'explique, mais l'auteur aurait dû développer certains propos pour que ce soit clair. Lorsque Mani vient voir Hugo en prison après le procès, il lui dit: «C'était toi ou nous.» Or, les choses sont un peu différentes. Si Sam, Mani et Fat Boy avaient dit la vérité, c'est Alex qui aurait été condamné à mort. Eux n'auraient rien eu. J'imagine que ce que Mani voulait dire, c'est quelque chose du genre: «On se serait retrouvé sans Alex pour diriger les bars.» Cela veut dire que Mani et Sam se sentaient incapables de faire le travail sans Alex? Même si Alex était le patron, il est évident que les autres auraient pu se débrouiller sans lui. Ils auraient sûrement dû fermer un bar, auraient eu moins d'argent, mais s'en seraient sortis. J'ai quand même du mal à croire qu'on sacrifie un innocent (Hugo a certes sa part de responsabilité, mais ce n'est pas lui qui a tiré.) parce qu'on veut garder un train de vie. Et puis, c'est justement ça que Mani aurait dû dire, au lieu d'expliquer qu'Hugo les a laissés tomber en partant pendant un an, qu'ils ont été choqués qu'il ait détruit le bureau d'Alex... Mani et Sam sont quand mêm assez fins pour voir qu'Alex trahissait (depuis longtemps) une vieille amitié, et les trahirait eux-mêmes dès que l'occasion se présenterait. Il est également étrange que Melaine ne s'en soit pas mêlée (surtot sachant qu'elle n'a pas digéré l'histoire de son père), et n'ait pas exhorté au moins Mani à dire la vérité. Qu'Alex trahisse son ancien frère, je l'ai compris parce que c'était préparé par certains éléments, mais que tous les autres se rangent derrière lui, cela m'a paru gros. Je conçois que chacun change, et que l'évolution d'Hugo n'ait pas plu à Alex, car la sienne allait dans l'autre sens, mais cela ne peut jamais être une raison pour faire endosser son propre crime à quelqu'un d'autre.

Même si je comprenais qu'Hugo souhaite respecter un certain code, j'ai trouvé déstabilisant qu'après avoir appris la trahison des autres, il n'ait pas dit la vérité. Connaissant l'importance qu'il attache à l'amitié, il a sûrement pensé que plus rien ne valait la peine qu'il se batte, qu'il n'avait aucune raison de sortir de prison pour n'avoir plus personne dehors. Pourtant, il espérait encore qu'il lui restait un ami, Freddy. Fort de cet espoir, pourquoi n'a-t-il pas tenté de se sauver au moins en disant la vérité?

J'ai été surprise que pendant le procès, lorsqu'Hugo passe ses anciens amis en revue et s'attarde sur la trahison de Mani, il ne parle pas du tout de Sam.

Étant donné tout ce que dit Freddy à la fin, j'ai également trouvé étrange que pendant les six ans d'emprisonnement d'Hugo, il ne soit jamais venu le voir. S'il a pu apprendre la date de son exécution dans les journaux, il a aussi sûrement su les faits au moment du procès.

Je suis très cruche: juste avant l'épilogue, lorsqu'Hugo dit qu'il va être libéré le lendemain, je n'ai rien compris, et me suis demandé pourquoi il n'avait fait que six ans de prison. Il a fallu que Freddy parle d'injection pour que je comprenne ce qui, pourtant, était évident...

Au cours de ma vie de lectrice, j'ai découvert des livres qui m'ont beaucoup marquée. Concernant certains, je n'étais pas d'accord avec les auteurs, ce qui a accentué mon traumatisme. J'aurais voulu que le père de Patricia ne tue pas King («Le lion», de Joseph Kessel). J'aurais souhaité que Marguerite et Armand puissent s'aimer librement malgré le passé entaché de la jeune femme («La dame aux camélias», d'Alexandre Dumas fils). J'aurais préféré que le héros (un sale ingrat) meure à la place d'Elzévir qui était mon personnage favori («Moonfleet», de J. M. Falkner). J'aurais voulu que les personnages sympathiques s'en sortent tous («Meurtres pour rédemption», de Karine Giébel). J'aurais tellement adoré que le véritable coupable ait été puni pour son homophobie, pour avoir tué son fils, fait accuser un innocent à sa place, et détruit sa famille («L'arbre des pleurs», de Naseem Rakha). J'aurais souhaité que les choses tournent autrement pour l'oncle de June et celui qu'il aimait («Dites aux loups que je suis chez moi», de Carol Rifka Brunt). Pour «Nous rêvions juste de liberté», j'aurais voulu qu'Alex paie pour ses actes. Il est d'ailleurs étrange que Freddy ne dise rien, là-dessus. Je n'aurais pas voulu qu'il aille venger Hugo en détruisant les bars, mais qu'il fasse quelque chose qui aurait mis Alex face à ses responsabilités. Oui, mais quoi? Mettre la pression à Alex, et convaincre de parfaits inconnus de revenir sur leur témoignage? Oui, sûrement quelque chose de ce style.

J'ai un souci d'espace temps. Dans la première partie, on sait combien de temps passe. Mais entre le moment où la bande quitte Providence et celui où Hugo quitte Frémont, je n'arrive pas à savoir combien de temps se passe. Je ne sais pas non plus à quelle époque nous sommes.
Je n'arrive pas non plus à savoir dans quel pays se déroule le roman. Providence est une ville américaine, mais Vernon, c'est en France... Les prénoms des personnages ne sont pas de très bons indices... Sam fait plutôt américain, ainsi qu'Ally et Fat Boy (mais c'est un surnom), Wilde Rebels, et Desert Rats. J'ai lu une chronique qui situait le livre aux États-Unis. Peut-être la personne qui l'a écrite a-t-elle su collecter des indices. Peut-être que les clubs de motards qui formaient des confréries, cela se trouvait aux États-Unis. Pour ma part, j'ignorais tout de ces clubs. Les Wild Rebels ont peut-être réellement existé... Je ne connaissais pas non plus les 1%. Leur concept (du moins ce que Pat en explique à Hugo à un moment) de ne pas vouloir être un mouton me plaît bien.

Remarque annexe:
Je ne pourrai plus entendre «Bohemian rhapsody» sans penser à ce roman... Cette chanson fait quelques incursions dans le récit d'Hugo, et si elles sont d'abord cocasses, la dernière est plutôt douloureuse.

Un roman réaliste, qui évoque des problèmes de société, soulève d'importantes questions quant à l'évolution de chacun, à l'amitié, à l'impact de nos choix et de nos actes... Un roman coup de poing qui ne peut laisser personne indifférent.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sébastien Desjours.

Je connais surtout Sébastien Desjours pour ses doublages. Pour moi, son interprétation de ce roman est parfaite. La preuve est que pendant ma lecture, je n'imaginais aucun autre comédien à sa place. Ne forçant jamais sa voix pour les différents personnages tout en nuançant pour qu'on sache qui parlait, adoptant toujours le ton adéquat pour les diverses émotions que ressentent les protagonistes, se fondant dans le texte et dans l'ambiance du roman, le comédien réalise une très belle performance. Il y a très souvent du langage parlé, et certaines phrases sont même tournées d'une manière que je n'ai jamais rencontrée. Le lecteur les lit très naturellement, ne semble jamais être en difficulté face à ces pièges, les rend (à mon avis) telles que les a souhaitées l'auteur.
Au début du troisième carnet rédigé par Hugo, il y a, en épigraphe, le début d'un couplet de «Bohemian rhapsody» de Queen qui, bien entendu, est en rapport avec ce qui arrive. Sébastien Desjours lit ces paroles sans affectation, sans tenter de faire un super accent anglophone, mais n'exagère pas son accent français. Bref, pour moi, il a trouvé la juste façon de les lire. Bien sûr, s'il les avait lues avec un accent anglais ou américain juste, j'aurais également applaudi. Ce que je déteste, ce sont ceux qui prennent un pseudo accent et l'exagèrent à n'en plus finir.

Je suis surprise que Sébastien Desjours n'ait pas enregistré d'autres romans pour Audible. J'espère que cela arrivera bientôt.

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée. Il y a plusieurs chapitres par piste.

Acheter « Nous rêvions juste de liberté » sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

52 lectures

lundi, 13 août 2018

Swimming between worlds, d'Elaine Neil Orr.

Swimming between worlds

L'ouvrage:
Winston-Salem, Caroline du Nord, 1959.
Tacker Hart a fait des études d'architecture. Il a ensuite fait partie d'un programme lui permettant d'exercer ses talents au Nigeria. Il a été renvoyé aux États-Unis après avoir été accusé d'être trop amical avec les nigérians, de trop adhérer à leur culture. Le temps de trouver un travail, il tient l'épicerie familiale. C'est par ce biais qu'il retrouve Kate Munroe (une amie d'enfance), et rencontre Gaines (un noir qui se bat pour les droits des siens).

Critique:
Au vu du résumé, j'ai eu un peu peur qu'on tombe dans une espèce de triangle amoureux. Heureusement, je n'ai pas écouté cette crainte. Il n'est absolument pas question de cela dans le roman.

J'ai beaucoup apprécié Tacker qui réfléchit. Il est sûr que son expérience nigériane lui a ouvert les yeux. C'est possible, mais il devait déjà avoir l'esprit critique. Par exemple, lorsque Kate ne voit pas trop pourquoi il faudrait se battre pour que les noirs puissent avoir accès à certains lieux publics, il lui demande d'imaginer ce que cela lui ferait si elle ne pouvait aller dans tel ou tel endroit. Au début, elle tente d'argumenter, puis entre ses réflexions et l'expérience qu'elle vit par la suite, elle se rend compte que Tacker a raison. Cette ouverture d'esprit du personnage principal s'applique à d'autres détails quotidiens. Par exemple, il encourage Kate dans la voie qu'elle souhaite suivre, et n'imagine à aucun moment qu'elle devrait uniquement se marier et avoir des enfants. Pour lui, une famille n'est pas incompatible avec une carrière. Il a des idées très évoluées par rapport à son temps, et c'est sûrement pour ça qu'il en effraie certains.

Je sais qu'à l'époque, tous ceux qui ne voulaient pas entendre parler des mêmes droits pour tous n'étaient pas à mettre dans le même panier. Kate, par exemple, n'est pas raciste, ou disons qu'elle l'est parce que la majorité des blancs le sont, et qu'elle ne réfléchit pas plus loin. La première fois qu'elle voit Gaines, la situation fait qu'elle croit qu'il a peut-être volé la bouteille de lait qu'il a dans la main. Aurait-elle pensé cela si elle avait rencontré un blanc dans la même situation?
Certains blancs étaient réellement persuadés que les noirs avaient des microbes extrêmement dangereux et contagieux, et que frayer avec eux ne pouvait que rendre n'importe quel blanc malade. Cette croyance s'est implantée parce qu'elle a été véhiculée par la bêtise, mais peu de gens cherchaient à savoir si elle reposait sur quelque chose de tangible. L'ignorance et la peur de l'inconnu donnent souvent un résultat désastreux. J'ai aimé qu'Elaine Neil Orr ait bien contextualisé son roman.

Je n'ai pas trop apprécié Gaines. Je l'ai trouvé un peu froid. Peut-être était-ce de la réserve... Je lui ai préféré sa tante (Frances), et sa petite soeur (Valentine).

Le roman ne souffre pas de temps morts. L'histoire des personnages est inextricablement mêlée à celle du pays. Même Kate, qui préférerait n'avoir affaire qu'à ses problèmes familiaux, sera éclaboussée par ce qui se joue.
Je ne m'attendais pas à ce qui arrive à la fin du chapitre 38. C'est pourtant une possibilité qui traverse tout le roman. C'est seulement que je n'y étais pas préparée.

Le titre est très bien choisi. Outre l'idée que Tacker est une espèce de passerelle qui facilite la communication entre deux mondes, il y a une référence directe à des événements du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Comme d'habitude, j'ai apprécié le jeu subtil de Cassandra Campbell. Les protagonistes ont un accent du Sud des Étas-Unis, donc elle a dû faire cet accent. Moi qui n'aime pas du tout lorsque les lecteurs font ainsi (j'ai déjà reposé un livre enregistré par cette lectrice, malgré son talent, à cause d'accents trop marqués), ici, j'ai trouvé cela supportable.

Acheter « Swimming between worlds » en téléchargement audio anglais sur Amazon (Audible.fr)

Partage

63 lectures

samedi, 11 août 2018

Yggdrasil, tome 2: La rébellion, de Myriam Caillonneau.

Yggdrasil, tome 2: La rébellion

L'ouvrage:
Nayla vient de découvrir ce que Dem lui cachait. Elle cède à la haine et à la colère. Dem ne se défend pas, et la laisse même accéder à son esprit.

Critique:
J'avais un peu peur de cette suite tout en souhaitant la lire. J'ai eu raison de continuer: ce que je redoutais n'a pas eu lieu. Bien sûr, il y a des combats, mais le roman n'en est pas rempli, et ils s'insèrent naturellement dans l'intrigue.

Dans le premier cinquième du roman, on assiste (avec Nayla qui voit cela tel un film) à l'enfance de Dem. Au début, j'ai pensé que cela n'apporterait rien, qu'il était même possible que je m'ennuie puisqu'avec ce qu'on sait déjà de Dem, on n'a pas besoin de savoir comment il a été conditionné. J'ai rapidement cessé de craindre l'ennui, et ai apprécié l'histoire et la manière dont elle était racontée. Si certains événements de l'enfance de Dem sont prévisibles au vu de ce qu'on sait de lui, Myriam Caillonneau a créé quelques surprises.

La trame de la personne se découvrant vouée à accomplir quelque chose m'effrayait un peu aussi. Or, l'auteur fait évoluer son personnage dans le bon sens, en tout cas, c'est ce que j'ai ressenti. Parfois, Nayla m'agaçait encore, mais je comprenais ses sentiments et son désarroi. J'avais également peur que sa relation avec Dem finisse par m'exaspérer. Cependant, elle évolue. Au début du tome 2, elle change, mais ne reste pas figée.

Depuis le début, cette série est plutôt sombre, mais l'auteur glisse parfois des pointes d'humour. Ici, j'ai particulièrement apprécié les passages où Nayla tente de dérider Lan Tarni, et surtout celui où elle lui offre un chocolat.

Les personnages que j'appréciais sont restés sympathiques: Leene, Mylera, Soildj Valo... Certains dont je me méfiais un peu, mais que j'aimais bien, ont montré qu'ils étaient sympathiques: Lan Tarni, par exemple. Entre son efficacité, et ce qu'il explique la dernière fois qu'on le voit, le lecteur s'attachera forcément à lui.

Là encore, il n'y a aucun temps mort. Nos héros sont précipités dans des aventures de toutes sortes, les événements s'enchaînent très bien, l'écriture est fluide, les presque vingt-trois heures d'écoute passent très vite!
Comme le premier tome, le tome 2 se termine par un événement qui donne envie de savoir très vite la suite!

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache.

Comme dans le tome précédent, l'interprétation de Camille Lamache m'a beaucoup plu. Elle a modifié sa voix a bon escient pour certains personnages, tout en adoptant toujours l'intonation appropriée selon l'émotion exprimée. À certains moments, Nayla pleure: la comédienne n'a ni surjoué ni été trop sobre. Cela a été le cas à chaque fois qu'elle a dû exprimer de fortes émotions.
Elle m'a expliqué que Myriam Caillonneau s'était beaucoup impliquée pour que la version audio de ses livres ait un bon rendu, et avait, entre autres, expliqué en détails comment tel nom propre devait être prononcé. À un moment, les personnages atterrissent sur une planète où ils rencontrent des xtirni. Ces créatures parlent une langue que l'auteur a sûrement inventée. La lectrice a lu ces petits passages de manière très naturelle. Cela n'a pas dû être facile, parce qu'elle devait prononcer des sons dont l'enchaînement ne fait pas sens, et devait le faire avec des à-coups. Sachant que la romancière avait très volontiers collaboré, et avait beaucoup apprécié le travail de Camille Lamache, j'imagine que, comme moi, elle a aimé la façon dont la lectrice a lu la langue des xtirni.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

Acheter « Yggdrasil, tome 2: La rébellion » sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

63 lectures

jeudi, 9 août 2018

Les buveurs de lumière, de Jenni Fagan.

Les buveurs de lumière

L'ouvrage:
Londres, novembre 2020.
À trente-huit ans, Dylan McCray vient de perdre sa grand-mère et sa mère. C'est alors qu'il découvre qu'elles étaient criblées de dettes. Sa mère avait tout prévu, il a une possibilité de repli: une caravane garée à plus de 900 kilomètres de là, à Clachan Fells, en Écosse. Il s'y rend. Alors qu'un froid polaire envahit le monde, Dylan rencontre ses voisins de caravane, parmi lesquels Stella (douze ans) et sa mère (Constance).

Critique:
Je me méfiais un peu de ce roman en le commençant. Mes craintes ont vite été balayées. Je suis rapidement entrée dans la vie de ces gens attachants. Jenni Fagan parvient très bien à combiner des éléments dont l'assemblage paraît improbable. Ses personnages sont quelque peu étranges. Dylan, géant barbu et tatoué, piétine les apparences, puisque la sienne n'est pas un signe qu'il se range dans une catégorie quelconque. C'est juste un homme gentil qui tente de comprendre sa mère, et de trouver sa place dans la petite communauté de Clachan Fells.

Stella, parfois plus mature que sa mère, est celle par qui la plupart des émotions arrivent. Obligée de braver l'intolérance, la fillette vit les événements du mieux qu'elle le peut. Naturellement portée à la gentillesse et la drôlerie, elle prend goulûment tout ce que cette existence lui offre. C'est également elle la plus réaliste: elle ose formuler les craintes des adultes à haute voix.

Constance m'a un peu agacée, principalement à cause de son étrange rapport avec Alistair. Pourtant, je lui pardonne, car s'il y a une chose qu'elle fait bien, c'est aimer sa fille. Elle la protège, la défend, lui explique la vie sans fioritures et toujours avec bienveillance, et surtout, elle l'accepte. C'est probablement grâce à cet amour sain que Stella est si équilibrée. J'ai beaucoup aimé lire des épisodes de cette paisible relation entre une mère et sa fille.

Ces personnages au fort caractère sont confrontés à un climat devenu soudain très rude auquel ils doivent s'adapter. Cela contribue à l'ambiance parfois étrange du roman.
Par ailleurs, Stella doit faire face à des situations assez difficiles à gérer. Par exemple, la scène où elle est chez le médecin est consternante. La mère et la fille sont très claires, aucune n'a l'air de prendre le problème à la légère. Pourtant, le médecin reste coincé dans un carcan dont il ne sait pas lui-même pourquoi il existe. Stella et Constance ont beau lui donner des exemples assez parlants (de toute façon, même sans eux, il devrait être assez intelligent pour comprendre), il s'obstine.

D'un autre côté, c'est sûrement le caractère de la fillette qui fait qu'elle fera rire de situations graves. Par exemple, la gentille enfant désire aider son voisin à ranger sa caravane, et commence à le débarrasser de vieilleries. Lorsque j'ai compris sur quoi elle avait jeté son dévolu, je n'ai pas pu m'empêcher de rire à cause de ce qu'elle disait, tout en appréhendant la suite. J'aime beaucoup que les auteurs fassent ainsi: des situations graves assorties d'une dose d'humour. D'un autre côté, j'ai parfois été frustrée, sentant que les personnages (sauf Stella) avaient du mal à exprimer leurs sentiments.

Pour moi, la fin est un point d'interrogation. C'est au lecteur de choisir ce qu'il arrivera. Je n'ai pas réussi à trancher... Pourtant, certains indices font qu'on va plutôt pencher vers une solution. Certes, mais elle ne me plaît pas... Cela n'enlève rien à la justesse du roman, c'est seulement que je n'aimerais pas une telle fin.

Un roman grave, drôle, fin, abouti, soulevant certaines questions délicates avec naturel.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Les buveurs de lumière » sur Amazon

Partage

77 lectures

lundi, 6 août 2018

Burning down the house, de Jane Mendelsohn.

Burning down the house

L'ouvrage:
La famille Zane se trouve réunie pour le mariage de l'un d'eux. À partir de là, nous la suivons sur à peu près un an.

Critique:
Ce roman m'a plu. De prime abord, la famille Zane n'est pas très sympathique. Cela commence avec Jonathan qui a trompé sa fiancée avec la nounou de ses demi-frères, et qui a cessé seulement parce que celle-ci a été congédiée. Ensuite, il y a Alex, la soeur de Jonathan, qui souffre d'un mal être perpétuel, et semble s'y complaire. En général, si je n'apprécie pas les personnages principaux, j'ai du mal à aimer le livre. Ici, cela n'a pas été ainsi, car l'auteur donne le ton dès le début, et on voit qu'elle-même n'apprécie pas beaucoup Jonathan. Quant à Alex, j'ai oscillé entre compassion et envie de la secouer.

D'autres personnages sont sympathiques. On suit beaucoup Poppy, dix-sept ans, nièce et fille adoptive de Steve Zane, le patriarche. Au début, je la trouvais un peu superficielle, très bornée, et il me semblait qu'elle mettait un point d'honneur à avoir des problèmes. Ensuite, j'ai compris qu'elle était plutôt perdue, et que malgré la sincérité de l'amour paternel de Steve, elle n'avait jamais vraiment trouvé sa place. Il n'est pas facile d'être bien dans cette étrange famille. Chacun semble ne pas vraiment s'intéresser aux autres. Et puis, Steve, pensant bien faire, va provoquer un manque de communication, désespérant ainsi Poppy. Le mal être croissant de la jeune fille et ce qu'il lui fait faire, montre qu'une vérité dévastatrice est souvent préférable à un mensonge par omission.

Outre Poppy, Félix se démarque, d'abord par sa très grande maturité, ensuite parce qu'il éprouve des sentiments. Il est très attachant, et atypique. Il n'est pas à sa place dans cette indifférence générale, mais s'en accommode. Il se rapproche instinctivement de Poppy, celle qui, justement, a davantage de sentiments (du moins les exprime-t-elle) que les autres. Félix trouve aussi un certain équilibre auprès de Neva, la nounou qui remplace celle circonvenue par Jonathan. Neva est également un personnage très fort. Parvenant à ne pas sombrer, elle évolue constamment.

Je n'ai pas apprécié Patricia. Je l'ai trouvée terne. On me dira qu'elle est assortie aux Zane.

Dès le départ, l'auteur fait de petits apartés indiquant que tel personnage prépare sa chute ou que tel événement déclenchera quelque chose. C'est adroitement fait, car même si cela donne de petits indices, cela ne révèle ni ce qui arrive ni comment cela arrive.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Si j'ai trouvé le jeu et l'intonation de Cassandra Campbell aussi bons que d'habitude, j'ai un reproche à lui adresser pour ce roman. Sous prétexte que Neva est russe et que Patricia est italienne, elle leur fait des accents qui, pour moi, ne sont pas naturels. Neva étant arrivée aux États-Unis à l'âge de dix ans, cela m'étonnerait qu'elle ait conservé un accent. Quant à Patricia, elle avait vingt ans, donc ça se discute. Néanmoins, il ne me semble pas que l'auteur précise qu'elles ont un accent. Dans ce cas, il est encore moins logique que le lecteur en fasse un. Je sais que la comédienne n'est pas forcément à blâmer. C'est peut-être l'éditeur qui lui a demandé de faire ainsi. Dans tous les cas, pour moi, ce n'est pas une bonne initiative.

Acheter « Burning down the house» en téléchargement audio anglais sur Amazon (Audible.fr)

Partage

63 lectures

- page 1 de 382