jeudi, 14 décembre 2017

Ada, d'Antoine Bello.

Ada

L'ouvrage:
Ada est une intelligence artificielle mise au point par et pour la société Turing. Son objectif premier (une sorte d'entraînement avant de lui assigner une autre mission) était d'écrire un roman à l'eau de rose. Elle s'acquitte de sa tâche, mais apparemment, certains éléments ne sont pas au point. C'est alors qu'Ada disparaît. Franck Logan est le policier chargé de l'enquête.

Critique:
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je m'attendais à un thriller échevelé. Ce n'est pas le cas, mais cela ne m'a pas gênée ou déçue. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment comment l'auteur se serait débrouillé d'un thriller échevelé. Il prend le temps de présenter Ada au lecteur. On s'identifiera à Franck qui est aussi novice que nous, et à qui différentes personnes travaillant chez Turing vont expliquer comment a été conçue l'intelligence artificielle, comment elle «se comporte», etc. Ensuite, le romancier montre en détails la vie de Franck. À ce moment, je me suis demandé pourquoi il était si présent. Cela ne me déplaisait pas, mais je ne m'y attendais pas. Par exemple, on assiste à une de ses séances de création d'haïkus, on découvre sa famille, etc.

Certaines scènes sont assez drôles, notamment lorsque Franck décortique le livre écrit par Ada. Antoine Bello s'est amusé à reproduire les codes de ce type de livres de manière presque caricaturale, tout en y insérant d'hilarantes malfaçons dues au fait qu'Ada n'est pas totalement au point. Au-delà des romans de gare, il évoque l'écriture: comment elle peut être détournée, marchandée, frelatée. De plus, les événements contés dans «Ada» font réfléchir aux conséquences de la rapacité de certains. À court terme, ce serait ce qu'entrevoit Franck, mais à long terme, l'abrutissement des masses s'étendrait. Je ne peux pas trop en dire, mais tout est bien développé et analysé.

Quant à ce qui est révélé au policier, je ne l'ai pas vu venir, tout comme lui. Pourtant, il est certaines choses logiques auxquelles j'aurais dû m'attendre. Cela veut dire qu'avec moi, l'auteur a réussi son pari: je me suis laissée porter, sans chercher plus loin.

La fin m'a plu. Bien sûr, j'aurais aimé savoir quelle solution est la bonne, mais le romancier fait en sorte que le lecteur ne soit pas frustré.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roger Guillard pour la Ligue Braille.
J'aime bien ce lecteur à la voix douce et sympathique. Il est peut-être un peu sobre, mais met le ton approprié. Sur la fin de l'ouvrage, il m'a semblé qu'il disait une ou deux fois un mot pour un autre, comme «opinions» à la place d'«options». Je sais que cela arrive lorsqu'on est très pris par la lecture, et qu'on ne s'en rend pas toujours compte.

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lundi, 11 décembre 2017

Orphan number eight, de Kim van Alkemade.

Orphan Number Eight

L'ouvrage:
Les enfants Rabinowitz, Sam (six ans) et Rachel (quatre ans) se retrouvent subitement orphelins. Ils ne seront pas placés dans le même orphelinat, Rachel devant aller dans celui abritant les enfants de moins de six ans. C'est là qu'elle vivra des choses qui auront des conséquences à court et à long terme.

Critique:
Ce livre est inégal, mais je le conseille tout de même. Au début, la romancière aborde un thème auquel je pense souvent, et qui me glace à chaque fois: la cruauté de l'homme envers ses congénères qui ne peuvent se défendre. Je suis toujours sidérée de constater que les bourreaux ne se mettent pas une seconde à la place de leurs victimes. Ce thème est illustré par les expériences que font les médecins de l'orphelinat sur de très jeunes enfants, puis on le retrouve dans la clinique où travaille Rachel par la suite. Ses collègues et elle s'occupent de personnes âgées. Elles sont attentionnées, dévouées. Le lecteur fera forcément le parallèle avec la situation des orphelins du début, mais aussi avec certaines maisons médicalisées pour personnes âgées qui existent. Si Rachel et ses collègues respectent les personnes vulnérables qui leur sont confiées, ce n'est pas toujours le cas dans la vie.

Il est assez difficile d'évoquer un moment crucial du livre sans en dévoiler l'intrigue... J'ai compris ce qu'avait fait Rachel, mais je ne l'ai pas totalement approuvée. Si elle obtient ce qu'elle veut, ce n'est pas vraiment sincère. En outre, elle finit par se dire que celle qui la «blessa» (si j'ose dire) l'a aussi sortie d'affaire. Soit, mais les «blessures» furent infligées intentionnellement, alors que «l'aide» le fut par hasard, sans même que la personne ne le sache. Cela ne rend donc pas celle-ci appréciable. Quant à moi, je l'ai détestée du début à la fin.

Rachel éveillera la compassion, voire l'admiration du lecteur. Elle fait courageusement face à ses problèmes. Parfois, elle agit mal, mais à sa place, il y a de quoi être perturbé! J'aime bien l'histoire de sa perruque. Cela montre un côté rancunier que je partage. Si quelqu'un me fait du mal, je m'en souviens, tout comme Rachel.

La structure du livre est de celles dont je ne raffole pas. Les chapitres alternent passé et présent. Ici, cela a fini par faire ce que je craignais au départ: engendrer des lenteurs, surtout lorsqu'on lit certains chapitres évoquant le passé. L'histoire est tout de même très prenante, bien écrite, sans pathos.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ginny Auer (pour les chapitres relatant le passé à la troisième personne du singulier) et Andi Arndt (qui lit les chapitres racontant le présent de Rachel à la première personne du singulier) pour les éditions Harper Audio.
Je ne connaissais pas Ginny Auer. Sa lecture m'a globalement plu. J'ai regretté qu'elle fasse un accent yiddish lorsque certains Juifs parlaient. Heureusement, cela n'a pas duré.
J'aime beaucoup Andi Arndt, et ici, elle n'a pas démérité.

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samedi, 9 décembre 2017

Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau, de Norman Doidge.

Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau

L'ouvrage:
Norman Doidge nous raconte notre cerveau et son incroyable adaptabilité.

Critique:
Après avoir été très déçue par «Libérez votre cerveau», j'ai été précautionneuse avant de prendre ce livre. Non seulement j'ai lu le résumé, mais j'ai écouté l'extrait proposé sur Audible.fr. Cette fois, mon horizon d'attente n'a pas été déçu. L'auteur nous raconte comment, peu à peu, on s'est aperçu de la neuroplasticité du cerveau. Notre matière grise change, s'adapte aux événements, à l'environnement, etc. Prenant de multiples exemples dans différents domaines, l'auteur nous explique comment c'est possible. Il nous parle de chercheurs qui, malgré le scepticisme voire l'agressivité de leurs détracteurs, ont continué d'étudier le cerveau, et ont fini par prouver leur théorie. C'est ainsi qu'on a découvert (entre autres) que si un sens fait défaut, le cerveau compense. Par exemple, les aveugles se servent de leur cortex visuel lorsqu'ils utilisent le toucher.

Je savais certaines choses dites dans ce livre, mais j'en ai également beaucoup appris. Je savais qu'il fallait exercer son cerveau, tenter d'apprendre, de s'intéresser à de nouvelles choses pour le nourrir le plus possible, et pour que cela engendre une sorte de cercle vertueux. Cette assertion, sans cesse démontrée dans la vie de tous les jours (les personnes plus actives mentalement sont plus en forme) prouve bien qu'en matière d'éducation, certains théoriciens se fourvoient. Il faut «entraîner» le cerveau de l'enfant, ne pas lui en demander le moins possible, car moins le cerveau travaille, plus il s'étiole et moins il sera en mesure de travailler. L'auteur renforce cette affirmation lorsqu'il explique qu'avant qu'on commence à être de moins en moins exigeant, lorsqu'un érudit faisait un discours, il s'appuyait sur très peu de notes et pouvait réciter des passages entiers; aujourd'hui, il a besoin d'un diaporama lui rappelant tout ce qu'il doit dire.

J'ignorais que même en psychanalyse, les évolutions constatées chez un patient n'allaient pas sans un changement de configuration de son cerveau. Pourtant, quand on y réfléchit, c'est parfaitement logique: notre cerveau s'adapte.

J'ai été séduite par la méthode Arrowsmith pour aider les élèves souffrant de troubles de l'apprentissage. Cette méthode ne part ni du postulat qu'il faut en demander le moins possible à l'enfant, ni de celui qu'il ne faut contraindre l'enfant à rien, car si ce n'est pas ludique, on va le traumatiser. Non. Cette méthode se propose de «réparer» les défaillances du cerveau, justement en se basant sur sa neuroplasticité. Si un enfant a de véritables troubles de l'apprentissage (les fainéants ne sont donc pas à prendre en compte), des tests permettent de révéler dans quel sens il faut le faire s'exercer pour que certaines connexions puissent se faire. Ensuite, il peut suivre un cursus normal. En faisant des recherches sur cette pratique, j'ai vu que certains scientifiques la rejetaient parce qu'aucune étude ne prouvait son efficacité. Sachant que certaines méthodes reconnues ont fait des ravages, je ne me base pas vraiment sur ce que disent ces gens pour me faire mon opinion. Je pense que si quelque chose semble intéressant, il faut l'essayer, et l'abandonner si on constate que cela ne fonctionne pas. Je trouve un peu dommage que l'ensemble de la méthode Arrowsmith soit inaccessible, car j'aurais souhaité m'y former par moi-même, les seules formations existant étant au Canada.

Je ne donne que d'infimes exemples de ce qu'on trouve dans ce livre riche, vivant, prônant l'ouverture d'esprit, ouvrant des tas de perspectives, dont certaines paraissent formidables et d'autres effrayantes. En effet, Norman Doidge n'omet pas de préciser que certaines avancées dans ce domaine pourraient, malheureusement, être perverties et mal utilisées par l'homme.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Jacquet.

J'apprécie ce comédien qui a plutôt une intonation de lecteur d'essais et de documentaires. Il connaît sûrement bien l'exercice, puisqu'il fait des voiceover dans des documentaires télévisés. Ici, il n'a pas démérité. Comme je pinaille, je dirai qu'à mon goût, il fait trop de blancs, mais je sais que la plupart des auditeurs ne le remarqueront pas, ou que cela ne les embêtera pas, car ils ne sont pas aussi maniaques et anti-blancs (je parle bien sûr des silences) que moi.

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jeudi, 7 décembre 2017

Les brigades du chaos, de Serge Brussolo.

Les brigades du chaos T1

L'ouvrage:
Los Angeles, 2025.
MaThias Faning travaille à la morgue. Il est chargé d'extraire les derniers souvenirs des assassinés, au cas où ils auraient vu leur meurtrier. Sa femme est dépendante du Rubout, une drogue qui fait oublier les derniers événements vécus. Plus on en prend, plus on oublie.

Koban est un géant né sur Mars. Il a été en contact avec la poussière des martiens, ce qui lui a laissé d'étranges séquelles. Aujourd'hui, il pense avoir une mission à accomplir.

Critique:
Ce livre a été coupé en trois tomes, mais ce découpage n'a pas lieu d'être.

J'ai aimé la mise en place du roman parce que Brussolo déborde d'imagination. Il nous plonge dans cet univers de science-fiction où beaucoup de choses captivantes ont cours. Les inventions mentionnées dans le résumé sont exploitées de différentes manières. Leur utilisation première est détournée, ce qui n'étonnera pas venant des hommes. J'ai bien sûr adoré voir comment certaines choses étaient perverties.

Brussolo aimant mêler les genres, il insère du fantastique et un peu de suspense. Ce mélange donne un roman riche. J'ai suivi avec intérêt la progression des personnages. Au départ, on ne sait pas trop où va l'auteur, ce qui est une bonne chose. Ensuite, il y a une partie que j'ai moins aimée: celle où les protagonistes sont dans le flou, et le professeur Mikofsky raconte ce qui est arrivé à la Terre. C'est aussi à ce moment que de curieux phénomènes arrivent à cause des interventions de Koban. Certains m'ont paru un peu lents. Mais cela ne dure pas.

La solution que trouve le professeur Mikofsky pour éviter la catastrophe m'a laissée perplexe. D'abord, elle est très simple, et je ne l'ai pas devinée. Cela veut dire que j'ai été assez immergée dans l'histoire pour ne pas trop me poser de questions. Ensuite, il ne peut pas être sûr que cette solution ne signifie pas chasser un mal par un autre, à cause de ses conséquences. D'un autre côté, il est logique que Brussolo ait inventé quelque chose de ce genre.

Éditeur: Fleuve noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 4 décembre 2017

The smart one, de Jennifer Close.

The smart one

­­L'ouvrage:
Claire Coffey, vingt-neuf ans, habite New York. Après une déconvenue sentimentale, elle ne parvient pas à remonter la pente. À tel point qu'elle finit par ne plus avoir d'argent, ayant tout dépensé sans se renflouer. Son amie lui conseille d'aller vivre chez ses parents et de trouver un travail d'intérimaire le temps de se ressourcer et d'économiser un peu. Claire n'est pas enchantée, mais se résout à suivre ce conseil.
Elle retrouve sa soeur aînée (d'un an moins trois jours), Martha, qui n'est jamais partie de la maison parentale, fait une thérapie, et n'est pas sociable. Quant à leur frère cadet, Max, il a justement une nouvelle petite amie, Cléo...

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Au premier abord, on pourrait croire qu'il ne se passe pas grand-chose. Jennifer Close raconte une année de la vie de ses personnages. Et pourtant, il s'en passe, des choses, pendant cette année...

C'est Claire que j'ai préférée. Malgré ses côtés acariâtres (compréhensibles quand on voit sa mère et sa soeur), c'est sûrement la plus lucide de la famille. Elle n'hésite pas à mettre sa mère en face de ses fautes parentales (erreurs flagrantes), mais aussi à rembarrer Martha en lui montrant avec une certaine dureté due à l'exaspération, qu'elle a tort sur bien des points, et devrait d'abord se remettre en question.

Je n'ai pas trop compris leur mère (Weezy). Il est évident qu'elle favorise Martha. Elle a peur d'on ne sait trop quoi, et son attitude est néfaste, comme le souligne Claire. Martha se complaît dans un égoïsme teinté d'auto-admiration parce que sa mère l'encourage à agir ainsi.

Je ne sais pas qui de Weezy (qui croit tout savoir et tout bien faire) ou de Martha (qui croit la même chose, mais est grandement aidée en cela par sa mère) est la plus insupportable. J'ai un peu d'espoir d'évolution du côté de Martha à cause de ce qu'elle finit par faire, mais rien n'est sûr... Quant à Weezy... sous couvert d'amour, elle veut régenter la vie de tout le monde. J'ai bien senti qu'elle n'était pas satisfaite, et tentait de s'améliorer, même si elle se fourvoyait. Ce qu'elle fait part d'un bon sentiment... L'un de ses actes éveillera à la fois compassion et exaspération. Je veux parler de ce qu'elle fait quant au mariage de Claire.

Cléo m'a plu, mais m'a agacée aussi. Apparemment, elle est à fleur de peau, et ce qui lui arrive n'arrange rien. Je l'ai souvent trouvée dure envers Max. Peut-être manque-t-il de maturité sur certains points, mais elle aussi... Ce qui leur arrive est d'ailleurs un sujet (parmi tant d'autres) de discorde entre Clairet Martha. Moi qui ai souvent désapprouvé Martha au long du livre, j'ai trouvé les points de vue intéressants. J'étais d'accord avec les deux.

Ne pensez pas que tous ces personnages se déchirent dans une atmosphère oppressante. Tout ce que j'ai écrit ci-dessus arrive, mais c'est exprimé avec fluidité, souvent avec humour. Parfois, alors que Claire crie après Martha, l'auteur glisse une remarque caustique (tirée des pensées de Claire). Souvent, malgré mon agacement envers Weezy, j'ai ri à certaines de ses répliques comme par exemple, lorsqu'elle fait remarquer à Will que ce ne sont pas les elfes laveurs d'éviers qui nettoient les couverts qu'il a salis... L'auteur combine très bien des situations graves avec une drôlerie omniprésente. Cela fait que ce livre n'est pas pesant, et qu'on suit avec intérêt cette famille à la fois ordinaire et particulière.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Random house audio.
J'aime beaucoup Rebecca Lowman, dont le jeu est toujours naturel, le ton toujours approprié et jamais exagéré. Elle parvient même à modifier sa voix de manière acceptable pour les rôles masculins. J'ai beaucoup aimé son interprétation de ce roman.

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samedi, 2 décembre 2017

La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben.

La vie secrète des arbres

L'ouvrage:
Peter Wohlleben est forestier. Ici, il nous raconte les arbres.

Critique:
Ce livre m'a tout de suite attirée, mais j'avais peur qu'il soit jargonnant, péremptoire, etc. C'est après avoir lu quelques chroniques sur Babelio que j'ai décidé de le tenter. Je ne suis pas déçue du voyage. L'auteur n'est ni pompeux ni moralisateur. Il explique pourquoi à son avis (et il est loin d'être le seul à penser ainsi), il faut davantage respecter la nature, laisser les forêts se créer (ou se recréer) de manière naturelle. Pour moi qui n'y connais pas grand-chose, cela semble évident.

J'ai trouvé passionnant d'apprendre des choses sur l'entraide, la communication, la manière de se nourrir des arbres... J'ai aimé certaines analogies faites par l'auteur. Par exemple, les parents arbres qui tempèrent les ardeurs de leurs «enfants» et leur donnent une éducation à la dure... pour leur bien.
Je connaissais certaines choses, notamment grâce à ma lecture de la trilogie de Bernard Werber sur les fourmis. Je pense surtout à l'exemple des pucerons qui pompent la sève de l'arbre pour se nourrir, et rejettent le sucre.
Outre tous les parasites qui peuvent coloniser les arbres (insectes, champignons, autres végétaux), l'auteur évoque le caractère de chaque espèce, et la façon dont chacune se comporte selon le temps, le climat, etc. Il peut paraître surprenant d'apprendre que les arbres communiquent et s'entraident, pourtant, je n'ai pas été étonnée. Ce que j'ai appris tout au long de ce livre m'a fascinée, mais aucunement surprise. Peter Wohlleben explique que l'homme ne parvient pas à ressentir de l'empathie pour les plantes et les arbres, notamment parce qu'il ne veut pas admettre que les végétaux puissent ressentir et penser. Cela me rappelle «Les malheurs de Sophie», lorsque l'héroïne explique à sa mère qu'elle ne pensait pas qu'elle pouvait faire mal aux poissons de l'aquarium en les coupant en morceaux parce qu'ils ne criaient pas. Peut-être que les végétaux ne ressentent pas de la même manière que les hommes, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'éprouvent rien. Il ne faut pas oublier que l'auteur se base sur ses observations pour affirmer cela. Il explique bien qu'au début de sa carrière de forestier, il ne savait rien sur les arbres. Il raconte même des erreurs qu'il a commises.

Comme je voudrais vous donner envie de lire ce livre sans trop vous en dire, voici quelques questions auxquelles répond l'auteur. Pourquoi l'air est-il plus pur en forêt? Pourquoi se sent-on dans son élément dans une forêt naturelle? Pourquoi les arbres plantés en milieu urbain dépérissent-ils? Les arbres ont-ils besoin de sommeil?

Remarque annexe:
Cet ouvrage m'a appris l'existence de mon nouvel ami: le bitinella, un petit escargot qui ne peut vivre que dans des eaux froides (pas plus de 8°). Je dis que c'est mon ami car je commence à souffrir lorsqu'il fait plus de 23° dans une maison.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert.
Cela faisait un moment que je n'avais pas entendu ce comédien que j'aime beaucoup. Il a plutôt une voix et des intonations de conteur, donc c'était une bonne idée de le choisir pour ce livre. Il ne prend pas un ton de commentateur de documentaires, il raconte une histoire, avec la dose de jeu et d'émotion nécessaire, sans affectation.

Lecture commune avec Miguel / Auprès des livres, vous pouvez lire sa chronique sur son blog.

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jeudi, 30 novembre 2017

Borowitz broie du noir, de Steven Boikey Sidley.

Borowitz broie du noir

L'ouvrage:
Jared Borowitz, physicien de renom, devient grincheux. Il en a assez de ce qu'il pense être la crétinerie des gens. Il ne supporte pas certaines croyances, qu'en bon physicien, il ne peut que rejeter, et est exaspéré que des gens y ajoutent foi. Sa compagne, Katherine, voit bien que le monde agace Jared, mais sent que le sujet est difficile à aborder avec lui.
C'est alors qu'il est dans cet état d'esprit que plusieurs événements vont bouleverser sa vie.

Critique:
Ayant adoré «Meyer et la catastrophe», je ne pouvais pas passer à côté du premier roman de Steven Boikey Sidley. Je l'ai beaucoup aimé, également. La façon de faire de l'auteur est un peu pareille, bien qu'il ne se passe pas du tout la même chose dans les deux romans. Le décor est planté, on voit Jared évoluer: son travail, sa vie privée, ses amis, etc. Steven Boikey Sidley est un des rares romanciers qui parvient à m'intéresser en s'attachant au quotidien de ses personnages. Pendant un moment, tout comme dans «Meyer et la catastrophe», on ne sait pas trop où tout cela va mener. Je ne me suis pas du tout ennuyée parce que le style de l'auteur est vivant, et qu'il montre des personnages intéressants. Sans vouloir avoir quelqu'un comme Ryan pour ami, j'ai trouvé drôle d'observer ses actes, de lire ses répliques, etc. J'ai également apprécié la scène du déjeuner chez Nora, la mère de Jared. Elle est comme une parodie de caricature, puisque Nora et son fils savent très bien à quoi s'en tenir, quant au petit spectacle auquel ils se livrent pour la plus grande joie du lecteur.

Borowitz ne parvient pas à lâcher prise, à prendre la vie comme elle vient. Alors, celle-ci va se charger de lui montrer où est l'essentiel. Tout comme dans «Meyer et la catastrophe», l'auteur passe d'une histoire bon enfant à quelque chose de subitement beaucoup plus sérieux et grave. Ce contraste fait qu'on ressent encore plus la tension de la situation, et qu'on se dit que ce genre de choses n'arrive pas qu'aux autres.

Je n'ai pu m'empêcher de comparer Jared à Meyer parce qu'on retrouve certaines choses chez l'un et l'autre: leur vivacité d'esprit, les personnages truculents qui les entourent... Il finit par leur arriver des choses qui vont les secouer et perturber leur univers. J'ai trouvé Meyer plus humble. Pétri de certitudes, ne laissant aucune place au hasard, ne pensant pas qu'il pourrait ignorer un paramètre important, Jared manque de franchir une limite sans retour. Le pire est qu'il ne se ravise pas, il faut qu'on l'empêche de commettre l'irréparable. Cela fait réfléchir. Son attitude m'a déplu, mais comment aurais-je réagi à sa place? Je pense que cela ne peut être pardonné, malgré le fait qu'il était persuadé qu'il aurait agi dans l'intérêt du groupe, mais si je m'étais conduite comme lui, n'aimerais-je pas qu'on me pardonne? Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 27 novembre 2017

Woman No. 17, d'Edan Lepucki.

Woman n°17

L'ouvrage:
Lady Daniels engage Esther Fowler comme baby-sitter pour son fils de cinq ans, Devon. Lady a un autre fils «d'un premier lit». Il a dix-huit ans, s'appelle Seth, et n'a jamais parlé. Esther est une artiste et s'essaie à un exercice compliqué...

Critique:
Ce roman m'a plu, même si les deux héroïnes m'ont souvent agacée. Malgré leurs défauts assez énervants, elles sont attachantes.

Esther cherche à ressembler à sa mère au point de l'imiter en tout, de tenter d'adopter sa personnalité. Bien sûr, c'est un «exercice de mimétisme», on peut se demander s'il n'y a pas d'autres motivations dont la jeune fille n'a même pas conscience. Cela se confirme lorsqu'on voit les relations compliquées qu'elle entretient avec sa mère.

Lady, au départ, semble posée, alors qu'Esther paraît un peu étrange. À mesure que le récit avance, on se rend compte que Lady aurait sérieusement besoin d'une psychanalyse. Sa mère, son ex, son mari, ses fils: elle n'agit comme il le faudrait avec personne. Je la comprends un peu quant à sa mère, mais même si celle-ci s'est, une fois de trop, mêlée de ce qui ne la regardait pas, elle a forcé Lady à voir la vérité en face concernant Marco. Vérité que notre héroïne ne veut pas accepter.

Son comportement envers Seth n'est pas très sain. Elle est possessive, et comme pour le reste, refuse de se remettre en question. On la comprend dans une certaine mesure...

Il ne faut pas s'attendre à un roman au suspense haletant. Là n'est pas le but d'Edan Lepucki. Les choses sont plutôt lentes. (Ici, cela m'a plu.) Les héroïnes prennent la parole à tour de rôle, décrivant leur passé et leur présent. Petit à petit, certains éléments se mettent en place, des révélations sont faites. Les deux femmes apprennent à grandir au contact l'une de l'autre. Esther semble être uniquement la spectatrice d'un monde qui s'écroule, mais sa présence, à la fois discrète et indispensable, fait qu'elle aura un rôle dans les événements. Parfois, ce rôle est passif. Elle tente même de le refuser...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell et Phoebe Strole pour les éditions Penguin Random House Audio.

J'aime beaucoup ces deux lectrices qui, ici, ne m'ont pas déçue.

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