Toute ma vie sera mensonge

L'ouvrage:
Paris, 1943. Armand et Constance tiennent le restaurant la Poivrière. Ayant de bonnes relations avec les Allemands, ils ne manquent de rien, et on peut faire bombance dans leur restaurant. Vincent (dix-sept ans) et Valérie (vingt-deux ans), les enfants d'Armand, en profitent. Cependant, cette situation oppresse Vincent qui a mauvaise conscience. Afin de se détacher un peu du restaurant, il va vivre chez sa soeur pour une durée indéterminée.

Critique:
Comme dans les autres romans de lui que j'ai lus, Henri Troyat plonge son lecteur dans une histoire, en peu de pages. Il fait cela simplement, avec des mots vrais, une écriture toujours juste, sans fioritures, d'un style précis. Ici, il emporte des personnages quelconques dans la tourmente de la deuxième guerre mondiale. Chacun réagit différemment. Vincent est sûrement le plus intéressant. D'abord, c'est le narrateur, donc c'est celui que l'auteur analyse le plus. Ensuite, c'est justement ses pensées et ses actes qui le rendent captivant aux yeux du lecteur. Il ressemble, je pense, à la plupart d'entre nous. Il déplore le copinage de ses parents avec les Allemands, mais profite des avantages que cela apporte. Il soutient la Résistance et pense même à en être, mais n'en a finalement pas le courage. Il comprend que tout est une question de hasard: il a la chance de faire partie du peuple élu, alors que son ami, Michel Cohen, non. Mais surtout, Vincent adore sa soeur, d'un amour entier et possessif. À un moment, la vie le place devant un choix, et il agit guidé par ce sentiment, sans vraiment penser à autre chose qu'à la conséquence immédiate. À partir de là, on se demande comment Henri Troyat terminera son livre. De multiples choix s'offraient à lui. Finalement, la fin qu'il a choisie est la meilleure. On imagine très bien comment passeront les années... (Je ne peux pas en dire plus.)

Valérie est également un personnage intéressant. À un moment, Vincent, par jalousie, dit qu'elle est devenue plus responsable pour de mauvaises raisons. Malgré son dépit, je pense qu'il a raison. En effet, au départ, Valérie est plutôt insouciante. Elle profite des bonnes choses sans sembler s'inquiéter de ceux qui souffrent et des moyens par lesquels elle peut bénéficier de tout cela. Ensuite, elle voit les choses de manière plus lucide, mais aurait-elle fini par les voir ainsi seule?

Depuis quelque temps, les romans se déroulant à cette période m'agacent un peu, car certains auteurs semblent aborder ce thème grave et délicat comme on surfe sur une vague. Ils en font trop, en écrivent des tonnes, et cela ne prend pas, du moins avec moi. Henri Troyat a vécu cette période. De plus, sa finesse, la justesse de son écriture, son brillant esprit d'analyse font que le sujet est très bien abordé.

Un roman très bien écrit (ce qui n'étonnera personne), des personnages très bien analysés.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Dominique Van Wijngaerden pour la Ligue Braille.

Acheter « Toute ma vie sera mensonge » sur Amazon