Tout est sous contrôle

L'ouvrage:
Thomas Lang, trente-six ans, ancien militaire, n'accepte pas toutes les missions qu'on lui confie. Par exemple, lorsqu'on lui demande de tuer Alexander Woolf, il refuse. Mieux, il tente de prévenir l'homme qu'on en a après lui. Mais tout se complique lorsqu'il amoche sérieusement celui qu'il suppose être le tueur, et rencontre Sarah. Le voilà embarqué dans une aventure qu'il n'est pas près d'oublier.

Critique:
Il est triste de penser que si Hugh Laurie n'avait pas été très connu grâce à «docteur House», les lecteurs seraient passés à côté de ce thriller, sorti bien avant que le personnage de Gregory House soit créé, mais plébiscité grâce à lui.

Hugh Laurie exploite certaines vieilles ficelles du polar qu'il tord et détourne à sa guise pour le plus grand intérêt du lecteur, l'empêchant de tomber dans l'ennui.
Il y a d'abord sa narration hors du commun. En général, dans un roman policier, les passages narratifs sont là pour donner des explications ou, soyons honnêtes, pour faire du remplissage. On voit venir de très loin les passages destinés au remplissage. Ici, aucun remplissage, car les passages narratifs, quand ils ne font pas avancer l'intrigue, font rire le lecteur, ou le font réfléchir. Ce sont des passages humoristiques, ou graves, mais écrits de manière amusante, traversés d'éclairs de poésie, et de passages surréalistes. Par exemple, à un moment, Thomas nous apprend que n'ayant pas accès à sa montre, il peut se fier à sa vessie pour savoir combien de temps s'est écoulé. Puis il soupire que de nos jours, les vessies sont moins fiables que celles d'avant... Il nous fait également remarquer que lorsqu'on l'arrête, on lui prend sa montre... sûrement pour éviter qu'il se pende avec le bracelet. Le roman fourmille de phrases de ce style, ce qui est rafraîchissant et divertissant. Ça change des narrations «tranquilles».
Rien que cela fait de ce livre un roman qui sort de l'ordinaire.

Si ce livre est remarquable grâce à l'humour omniprésent, cela ne fait pas de son intrigue une histoire banale et sans surprises. Certains auteurs usent d'humour ou d'autres stratagèmes pour cacher une intrigue médiocre. Ici, ce n'est pas le cas. Rien que le début étonne le lecteur: ce personnage assez intègre pour refuser une grosse somme d'argent, et qui, en plus, va prévenir la victime... L'auteur ne s'arrête pas là. Tout au long du thriller, nous allons de rebondissement en rebondissement. Certains sont évidents... une fois qu'on les a lus! On se dit que bien sûr, cela n'a pu arriver que de telle manière, qu'on aurait pu y penser plus tôt... oui, mais on n'y a pas pensé. Et malgré le côté caustique des réflexions de l'auteur, nous découvrons des personnages pas si drôles, dont un devra vivre avec ce que son égoïsme l'a poussé à faire.
Outre les rebondissements, on ne devine pas comment l'histoire va se terminer. Elle n'est pas prévisible.

En général, dans les thrillers, on retrouve une dose massive de violence, de sang, de spectaculaire. Je suis convaincue que c'est encore du remplissage, et qu'on n'en a pas besoin. Dans ce roman, nous rencontrons certes de la violence, mais le personnage ne fait que raconter les faits. Hugh Laurie n'a pas ajouté des tonnes de sang et de brutalité inutiles. En outre, c'est atténué par l'humour dont fait preuve l'auteur pendant qu'il expose les faits.

L'histoire d'amour apparente que l'auteur montre bien du doigt, étale pour que le lecteur pense qu'elle est la seule du roman est téléphonée. Soit, mais Thomas en convient lui-même. Et c'est là que l'auteur tire une carte de sa manche, évitant par là même de tomber dans l'écueil qui m'agace généralement dans les livres, et qui est d'une banalité et d'un ennui consternants. J'aurais dû me douter que Hugh Laurie ne se contenterait pas de ce genre de cliché idiot.

Le personnage de Thomas est de ceux qu'on n'oublie pas. On suppose que l'auteur y a mis beaucoup de lui-même. La lecture de ce roman montre à quel point Hugh Laurie laisse son empreinte dans la série «Docteur House». On dirait que House a été créé à l'image de son interprète. Il va plus loin que le narrateur du roman dans le cynisme et l'humour grinçant, mais on ne peut s'empêcher de rapprocher les deux personnages, et de constater que les deux ont cette ressemblance inimitable.

Ce livre audio m'a été offert par les éditions Audiolib. Il a été enregistré par Féodor Atkine.
Un livre enregistré par Féodor Atkine, c'est, pour moi, un événement! Je le connais surtout en tant que comédien de doublage (il est, entre autres, la voix française de Hugh Laurie dans «Docteur House»), mais je sais qu'il a d'autres cordes à son arc. Son interprétation ne m'a pas déçue. Il aurait été étonnant qu'il surjouât, mît un ton inapproprié. De ce côté, mes attentes ont été comblées: il a parfaitement su transcrire le style de l'auteur. J'espère que malgré son emploi du temps chargé (voir ce qui est écrit au dos du livre audio, et sur la présentation qu'en fait le site de l'éditeur), il enregistrera d'autres romans. ... J'ai malheureusement été très désagréablement surprise de l'entendre prononcer tous les noms anglophones avec un accent anglais! Même «Sarah»! J'étais sûre qu'il ne le ferait pas, puisque lorsqu'il fait du doublage, il ne les prononce pas ainsi. A mon sens, ce n'est pas naturel du tout, c'est même snob. Or, un livre enregistré se veut le plus naturel possible. L'interprétation de Féodor Atkine est justement très naturelle, et il gâche tout avec sa prononciation des noms anglophones. Cette prononciation est-elle une exigence de l'éditeur audio, ou Féodor Atkine a-t-il pensé que les lecteurs préfèreraient que ce soit ainsi? Peut-être, en effet, que je suis la seule à trouver cela horrible et anti-naturel.

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