Three-martini lunch

L'ouvrage:
New York, 1958.
Cliff Nelson souhaite être écrivain. Il est le fils d'un riche éditeur. Il pense que si son père lisait ses écrits, il voudrait les publier sur-le-champ.
Eden Katz, jeune fille fraîchement débarquée de l'Indiana, souhaite être éditrice. Elle va vite s'apercevoir que certains ne sont pas toujours aussi bien intentionnés qu'il n'y paraît.%%Miles Tillman se voit confier une mystérieuse clé par sa mère. Cette clé ouvre un casier de consigne, quelque part à San Francisco. Miles y trouvera le journal que son père a tenu pendant les deux guerres mondiales.
Ces trois jeunes gens vont se croiser d'abord de manière anodine...

Critique:
Le tout début du roman m'a un peu ennuyée. Il me semblait y retrouver une ambiance à la Francis Scott Fitzgerald, et ce n'était pas forcément pour me plaire. En effet, si j'ai aimé «Gatsby le magnifique», j'ai trouvé que le roman était extrêmement lent à démarrer, même si je comprends que l'auteur ait voulu planter un décor, une ambiance, une époque. J'ai ressenti la même chose avec ce roman de Suzanne Rindell. Heureusement, cela n'a pas duré.

Chaque personnage prend tour à tour la parole. J'ai tout de suite apprécié Eden qui se lance avec fougue, candeur, courage, et pugnacité dans un monde de requins, monde où elle manque de se faire manger de manière à la fois simple et perverse. J'ai compris pourquoi elle a fait un compromis déplaisant avec la vie afin de se relever de ses premières déconvenues. Elle le fait avec réticence, et finit par se le reprocher, mais si elle n'avait pas agi ainsi, elle aurait sûrement stagné dans une vie sans saveur, voire pire. À la toute fin, il m'a plu de lire que sa vie lui plaisait, même si en apparence, elle semblait triste et austère. Ce qui compte, c'est que la vie d'une personne lui convienne. Ce qu'en pensent les autres n'a aucune importance.
Au long du roman, j'ai compris Eden qui a une conscience, mais qui ne réagit pas toujours assez vite ou de manière assez radicale. Elle est humaine. Je pense que le lecteur s'identifiera facilement à elle.

Dès le départ, je n'ai pas aimé Cliff. Il m'a semblé fade. J'ai apprécié qu'au long du roman, l'auteur nous le montre (ainsi que ses parents) sous différents angles. Les choses ne sont pas si simples que ce que pense Cliff...
Quant à sa mère, c'est la championne du fameux «Never explain, never complain». Cette façon de faire l'autruche, et de ne pas communiquer comme il le faudrait avec son fils est une des raisons pour lesquelles on plaindra Cliff. Je ne l'ai pas aimé, mais il a quelques circonstances atténuantes.
Quant à son père, j'ai oscillé entre compassion et répugnance à son égard. Il aurait sûrement pu et dû agir autrement au départ...

J'ai apprécié Miles, même s'il fait certains mauvais choix. Il les fait en connaissance de cause, est lucide concernant le mal qu'il provoquera, même s'il n'imagine pas que l'un de ses actes le mènera si loin... Tout en souhaitant qu'il soit moins lâche, je ne perdais pas de vue sa situation: c'était la fin des années 50, en pleine chasse aux sorcières, Miles était noir... il n'était pas vraiment libre d'agir comme il l'aurait voulu. C'est un personnage intéressant, car tout en le blâmant, on le comprend.

Un livre juste qui décrit des personnages dans une époque, dans un contexte, qui expose leur comportement avec finesse.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman (lorsqu'Eden prend la parole), J. D. Jackson (lorsque c'est Miles), et Will Damron (lorsque c'est Cliff), pour les éditions Penguin Random House Audio.