Those girls

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Petit village de Littlefield, juillet 1997.
Danny (bientôt dix-huit ans), Courtney (seize ans et demi), et Jess (bientôt quinze ans), vivent avec leur père. Celui-ci est alcoolique, et souvent violent. Ce soir-là, il rentre de plusieurs semaines de travail en dehors du village. Les trois adolescentes constatent très vite qu'il est d'humeur belliqueuse. Il ne tarde pas, en effet, à s'en prendre à Courtney...

Critique:
Après avoir été déçue par «Des yeux dans la nuit» et n'avoir pas été tentée par le scénario de «Cette nuit-là», j'avais peur que Chevy Stevens s'essouffle. Heureusement, avec «Those girls», elle a su se renouveler. Le scénario peut paraître convenu: les trois filles confrontées à un père violent, etc. Certes, mais l'auteur y a ajouté sa touche personnelle, ce qui fait que je ne me suis pas ennuyée. La première partie est sûrement celle où la tension est à son paroxysme. Les trois adolescentes entrent dans un cauchemar dont on n'imagine pas l'ampleur au départ. À plusieurs reprises, j'ai pensé que cela allait s'arrêter, qu'elles trouveraient une solution, que quelque chose arriverait... Chevy Stevens emmène ses héroïnes très loin dans l'horreur, et montre comment chacune y réagit. J'ai compris chacune des filles. Bien sûr, celle qui aura le plus de mal à faire avec est l'une de celles qui en a le plus supporté. De ce fait, elle fait certaines choses qui pourraient paraître incompréhensibles, mais sachant tout ce qu'elle a traversé, on ne peut pas vraiment lui en vouloir.
Jess m'a parfois agacée. Elle semblait ne pas toujours mesurer toute la souffrance de ses sœurs. Je pense que tout en comprenant les trois héroïnes, on peut parfois être agacé par l'une ou l'autre. C'est logique, cela les humanise.

J'ai un peu moins aimé les deux dernières parties. Il faut dire que malgré tout, la tension retombe. En outre, même si j'ai compris ce que voulait faire l'auteur, je trouvais que les choses étaient trop lentes parce qu'un personnage revient dans les pas de nos héroïnes. Ce personnage m'a d'ailleurs un peu agacée: ayant été élevée le mieux possible compte tenu des circonstances, cette jeune fille croit tout savoir, réclame davantage d'indépendance, et prend des risques insensés. J'ai pensé qu'il fallait qu'elle apprenne un peu de la vie, et lorsque cela arrive (voir sa rencontre avec l'autostoppeuse), je n'ai pu m'empêcher de me dire que ça lui mettrait un peu de plomb dans la tête. À noter quand même que ce personnage tente d'agir pour le bien de sa tante.

Dans l'ensemble, ce roman m'a plu. Les personnages sont bien décrits, bien analysés. Les situations sont crédibles. Les lenteurs ne sont pas si pénibles.

Remarque annexe:
Un personnage explique que lorsqu'on prend une nouvelle identité, il vaut mieux garder ses initiales parce que c'est plus facile à retenir. Je trouve cet argument idiot. Dans tous les livres que j'ai lus où les personnages changent d'identité, ils gardent leurs initiales (sauf dans «Sauver sa peau» au bout de deux ou trois identités différentes). Je ne trouve pas ça judicieux parce que dans l'absolu, c'est un indice pour ceux qui recherchent la personne.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Woo Zeller (lorsque Jess est la narratrice), Jorjeana Marie (lorsque c'est Sky), et Nicol Zanzarella (lorsque c'est Danny) pour les éditions Blackstone audio

J'aime beaucoup Emily Woo Zeller. Ici, elle a su nuancer quelque peu sa voix selon les personnages. Lorsque certains pleuraient, elle a très bien rendu cela, faisant ressentir leur détresse. Elle a également très bien exprimé la tension et l'horreur dues à ce que vivaient les filles. Elle n'en a jamais trop fait, ce qui aurait tout gâché. Par contre, elle n'était pas à l'aise lorsqu'il fallait crier. À certains moments, l'une ou l'autre des filles, désespérée, crie, appelle ses soeurs ou exhorte les bourreaux à arrêter de les martyriser. J'ai trouvé que là, Emily Woo Zeller ne s'en sortait pas bien. Elle avait l'air d'interpréter (c'est ce qu'elle faisait, mais il fallait, justement, qu'elle n'en ait pas l'air) et de se retenir de crier... C'était assez étrange, sachant que sur tout le reste, elle était très bien.

J'ai eu beaucoup de mal avec Jorjeana Marie. Sa voix est de celles qui ne me plaisent pas: grave, enrouée (voire cassée), nasale. En général, quand la voix ne me plaît pas, si l'interprétation me semble bonne, cela me fait oublier que la voix n'est pas à mon goût. Ici, cela n'a pas été le cas. Je pense que cela a contribué à me faire moins apprécier Sky. En effet, j'ai imaginé une lectrice dont le jeu me plaît beaucoup (Andi Arndt, par exemple) lisant ces passages, et il m'a semblé que ce serait mieux passé.

Nicol Zanzarella a trop peu lu pour que j'aie pu me faire une opinion définitive. A priori, son jeu me plaît.