The translation of love

L'ouvrage:
Tokyo, 1947.
Après avoir vécu au Canada, puis avoir été internés dans un camp pendant la guerre, Aya Shimamura et son père choisissent de retourner au Japon. Ce n'est pas facile pour la fillette qui n'a connu que le pays d'adoption de son père. À l'école, elle se retrouve assise à côté de Fumi Tanaka. Celle-ci est préoccupée, car sa soeur, Suniko, qui travaille dans un bar, n'a pas donné signe de vie depuis un moment.
Condo, le professeur de la classe d'Aya et Fumi, arrondit ses fins de mois en traduisant des lettres de l'anglais vers le japonais et vice versa.
Matsumoto, lui, fait partie de ceux qui traduisent en anglais les monceaux de courrier que reçoit le général MacArthur.

Tout ce monde se croise et se rencontre dans le Tokyo d'après-guerre.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce roman. D'abord, Lynne Kutsukake m'a appris des choses concernant le contexte historique. Je ne me souvenais plus pendant combien de temps les États-Unis avaient occupé le Japon après la guerre. L'auteur raconte des situations difficiles. Par exemple, à l'école, Aya est montrée du doigt parce que c'est une rapatriée. Son père est déconsidéré. Certains GI se comportent en colons, abusant des femmes, et piétinant la culture japonaise. Des bébés sangs mêlés sont sacrifiés... Décrivant une ville sans cesse en mouvement, les aspirations et les actes de certains, Lynne Kutsukake brosse un tableau vivant et coloré de cette société. À travers l'histoire de ses personnages, elle montre les répercussions de la victoire américaine sur le Japon.

Les personnages sont attachants. C'est sûrement Fumi que j'ai le moins appréciée. J'ai compris sa douleur, mais elle n'est jamais très sympathique. Lorsqu'elle songe à se faire une amie d'Aya, elle pense tout de suite à se servir d'elle en tant que réceptacle de sa détresse. Elle ne semble jamais se préoccuper des états d'âme d'Aya. Elle a parfois des éclairs de gentillesse, et semble plus ouverte après leur grosse dispute, mais elle m'a très souvent agacée. Je lui ai préféré Aya. Perdue, ne sachant à qui confier son mal être, elle a éveillé ma compassion. Elle est davantage à plaindre que Fumi.

Suniko est sympathique. Elle tente de faire au mieux. À l'inverse d'autres, ce n'est pas de gaieté de coeur qu'elle fait ce genre de travail et se coupe de sa famille. Par la suite, elle vit des choses qui la mettent à l'épreuve. Elle réagit toujours avec courage.

Je ne parlerai pas de tous les personnages, mais chacun est travaillé, crédible, intéressant.

L'intrigue est bien menée. Une sorte de complicité se tisse entre l'auteur et le lecteur, notamment lorsqu'elle fait se rencontrer des personnages qui ne savent pas qu'ils sont liés, alors que le lecteur le sait. Il n'y a pas de temps morts, ni d'incohérences. Certains diront peut-être que ça se termine trop bien. Je ne pense pas. D'abord, tout ne finit pas bien: le père d'Aya, par exemple, continuera un travail mal payé et peu épanouissant pour lui. Ensuite, il est logique que ces personnages tentent de faire au mieux, connaissant leur caractère, et donc il est normal qu'ils fassent de bonnes choses.

Le petit reproche que j'adresserais est à la quatrième de couverture. Elle ne parle presque que de Fumi et Aya. De ce fait, j'ai pensé que le thème principal du roman était une amitié entre deux enfants. Or, cela fait partie du canevas, mais c'est une chose parmi d'autres. Au début, cela m'a un peu déroutée, mais j'ai trouvé que le roman était bien plus riche que ce à quoi je m'attendais, donc cela a été une bonne surprise.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nancy Wu pour les éditions Blackstone audio
J'ai apprécié l'interprétation de Nancy Wu. Elle modifie un peu sa voix pour les hommes, mais cela reste naturel, car c'est léger. D'autre part, j'ai été ravie qu'elle ne fasse pas une chose qui est à la fois affectée et fausse. Ce roman est écrit en anglais. Parfois, certains personnages se parlent en japonais. Leurs paroles sont écrites en anglais de manière conventionnelle. On sait qu'ils discutent en japonais, mais il serait laborieux d'avoir le texte en japonais et la traduction en anglais. Lorsque ce cas de figure se produit, certains lecteurs donnent un accent aux personnages. (C'est le cas de Mark Bramhall dans «Gardens of water», d'Allan Drew.) Nancy Wu ne le fait heureusement pas. J'ai été soulagée, car c'est très laborieux pour moi d'écouter des livres où on fait des accents. De plus, il aurait été faux de faire ainsi, car les personnages s'expriment dans leur langue, ils n'ont donc pas d'accent.