The memory boxThe memory box

L'ouvrage:
Caroline Thompson est mariée depuis six ans à Andy. Ils ont deux jumelles, Lily et Tessa. Ils habitent à Far Haven, petite ville où beaucoup se connaissent.
Septembre 2006. Gabrielle, une voisine, s'amuse à chercher ses concitoyens sur Google et à cancaner quant à ce qu'elle trouve. Caroline décide de chercher son nom pour voir ce que Gabrielle pourrait trouver. Elle est d'abord soulagée, mais lorsqu'elle cherche Caroline Spencer (son nom de jeune fille), les choses se corsent. Elle commence par trouver l'avis de décès de sa soeur. Or, elle est persuadée que celle-ci est vivante. Plus elle cherche, plus elle trouve des choses la concernant, choses dont elle n'a aucun souvenir...

Critique:
Eva Lesko Natiello prend un pari très risqué. Le lecteur mettra inévitablement le doigt sur ce qui ressemble à une énorme faille: comment ça, l'héroïne ne se souvient pas d'événements aussi graves?! Je m'attendais donc à une théorie faite de pièces assemblées tant bien que mal, montrant que Caroline a oublié ces événements parce qu'ils étaient trop traumatisants pour qu'elle les accepte. Certains l'ont déjà fait plus ou moins bien. Ici, la romancière a choisi un autre chemin. Certains le trouveront peut-être invraisemblable. Pour ma part, il me convient. Elle a fait en sorte que ça n'ait pas l'air trop gros. Le seul véritable reproche qu'on pourrait lui faire (à mon avis) concerne Smarty, le chien de la famille. Il aurait dû être hostile à un personnage bien plus tôt. En effet, on a beau cacher sa vraie nature, les animaux, eux, ne s'y trompent pas. Smarty semble se méfier alors qu'il est trop tard, et d'ailleurs, on ne sait pas pourquoi il change soudain et autant d'attitude vis-à-vis de ce personnage.

J'ai souri que l'auteur mette des reproches de lecteurs pointilleux dans la bouche d'Andrew. Cela montre bien qu'elle sait où sont les supposées failles sur lesquelles sauteront certains.

Caroline est un personnage à la fois captivant et effrayant. Entre instabilité et lucidité, elle louvoie dans des eaux troubles. Parfois, sa politique de l'évitement fait que certaines choses traînent. C'est un peu pénible, mais cela donne à l'auteur l'occasion d'explorer minutieusement la psychologie de son héroïne. Complètement centrée sur elle-même, elle n'hésite pas à faire des choses hors de propos, voire dangereuses, ce qui fait qu'elle se fait d'autant plus remarquer. L'auteur a même créé une espèce de repère qui montre que Caroline est dans une phase extrême d'instabilité: les moments où elle a besoin de «snowball» qui, je suppose (vu ce qu'elle en dit), sont des biscuits très sucrés. La romancière a créé une espèce de chaos organisé. En effet, pour combler la faille qu'on ne manque pas de remarquer, il était nécessaire qu'elle maîtrise son personnage. Pour moi, c'est réussi. L'héroïne est cohérente dans ses incohérences. ;-) On la suit avec intérêt, perplexité, et horreur. Pendant un moment, on ne sait pas trop à quoi s'en tenir quant à elle. Faut-il la plaindre? La blâmer? À mesure qu'elle se dévoile, on a une image de plus en plus précise d'elle, trouvant son chemin dans le désordre de ses errances mentales.

Caroline prend beaucoup de place, mais elle n'est pas la seule à nous réserver des surprises. L'auteur en garde une dans sa manche, et ne la révèle qu'à la fin. Je ne m'étais posé aucune question sur ce point, trop occupée à suivre le cheminement de la jeune femme. J'ai donc été surprise par ce rebondissement qui, lorsqu'on y réfléchit, est préparé. Certains lecteurs l'imagineront peut-être. En tout cas, c'est une bonne idée de la part de la romancière, car cela renforce la cohérence du récit, et cela a une autre conséquence que je vous laisse découvrir.

J'ai un doute quant aux limites du secret professionnel que doit garder un psychologue. N'y a-t-il pas prescription pour des cas comme celui décrit dans ce roman?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Blackstone audio