Testament à l'anglaise

L'ouvrage:
Voilà plusieurs années, Michael Owen écrivit un livre sur les Winshow, famille anglaise riche et influente. Il y raconta, entre autres, le scandale provoqué par Tabitha, après qu'elle a accusé son frère, Lawrence, d'avoir commandité l'assassinat de leur frère. C'est à la suite de cela que Tabitha fut internée.

Le chemin de Michael croisera à nouveau celui des Winshow d'une manière assez inattendue.

Critique:
Mon premier reproche pourrait sembler primaire, mais j'avoue que j'ai été dérangée par la structure du livre. Entre retours en arrière et alternance des points de vue, le tout donne une impression de fouillis dans lequel il est parfois difficile de se retrouver. C'est une espèce de jeu de pistes intéressant, mais parfois un peu épuisant. Le roman n'aurait rien perdu de sa force s'il avait été moins «éparpillé». Pour moi, il y aurait même gagné.
L'auteur disperse des indices que nous devons rassembler, ce qui n'est pas toujours facile, étant données l'épaisseur et la complexité du roman. Jonathan Coe s'attache à décrire cette famille détestable avec brio et causticité. Je me suis surprise à apprécier cette description. Pourtant, en général, je n'aime pas les personnages caricaturaux et manichéens, comme le sont les Winshow. Force est de reconnaître qu'ils sont criants de vérité, malgré leur air cliché. Chacun évolue dans un monde où il est dur de ne pas devenir un requin: politique, finance, télévision, alimentaire... Cependant, il ne faut pas s'y tromper: les Winshow ne sont pas devenus mauvais à cause de leur travail, c'est leur rapacité et leur absence de cœur (que l'on devine pour certains lors du repas donné pour l'anniversaire de l'un d'eux), qui ont fait qu'ils ont fait tel ou tel travail. Chacun s'illustre le plus mal possible dans sa branche. Par exemple, Hilary étale son incompétence et sa bêtise généreusement et avec emphase, se croyant très spirituelle. Tous les Winshow (excepté Mortimer) réunissent en eux le pire de ce qu'on peut trouver. Le lecteur s'en désolera, en rira parfois, tant c'est grotesque.
Cela s'illustre bien dans la scène où Henry, très fier de lui, explique une nouvelle stratégie: réduire les repas gratuits dans les écoles. Ainsi, les pauvres mangeront davantage de choses pas chères (biscuits, chocolat, etc). Henry explique que le sucre amoindrissant les facultés du cerveau, il sera plus facile d'avoir une population moutonnière, puisqu'elle aura été «lobotomisée».

J'ai ressenti de la compassion, de la tendresse, mais aussi de la colère contre George. C'est un personnage sympathique (ce n'est donc pas un Winshow), qui a certaines valeurs, et qui, en plus, aime et respecte les animaux. Cependant, sa faiblesse de caractère m'a agacée. Il faut dire qu'il n'a pas été très futé de laisser Dorothy tout gérer. Je comprends ce qu'il finit par faire, mais c'est d'autant plus rageant que cela montre encore une fois la suprématie écrasante des Winshow.

Personne n'est médecin, chez les Winshow. Mais il aurait été «amusant» de trouver l'un d'eux dans cette branche. Lorsque Michael décrit ce par quoi Fiona passe dans au moins deux hôpitaux, j'imaginais un Winshow profitant du système, accumulant les idioties en ne pensant qu'à lui... Tout ce que dit l'auteur est assez réaliste: le fait que le malade traité comme un objet est montré de diverses manières. Par exemple, Fiona se rend à l'hôpital parce qu'elle y a rendez-vous: la première fois, le médecin est parti (et on n'a pas prévenu Fiona); la seconde fois, on a perdu ses radios...

J'aime la façon dont le thème de l'écriture est abordé. On en voit plusieurs facettes, plusieurs mécanismes. Par exemple, lorsque Graham et Michael confrontent leurs opinions, chacun est très sûr de lui, et voit l'écriture sous des angles très différents. J'ai quand même trouvé l'opinion de Graham trop tranchée et trop simpliste.
Le passage où Michael essaie d'écrire une scène érotique est amusante. On voit un écrivain se débattant dans un genre qui semble facile, mais qu'il ne parvient pas à maîtriser, tant il le méprise. En effet, il ne doit pas être très dur d'écrire une telle scène, mais pour certains, cela est si peu attrayant que ça en devient impossible.

À côté de cela, le lecteur suivra la vie de Michael avec intérêt. À cause d'éléments particuliers de son passé, il devient quelque peu misanthrope. On ne saurait l'en blâmer. Ce qui lui arrive avec Fiona le fait étrangement évoluer dans le bon sens, alors qu'on aurait pu croire que cela le pousserait à se replier sur lui-même.

Je n'ai pas aimé la toute fin. Au départ, il y a quelque chose de jubilatoire à découvrir le raffinement avec lequel l'un des personnage donne une leçon à ceux qui furent haïssable toute leur vie. Mais pour moi, la toute fin gâche tout. C'est peut-être une manière de dire que la vie est ainsi, et que de toute façon, Michael restera à jamais inextricablement lié aux Winshow. Soit, mais cela m'a déplu. En outre, l'auteur veut tellement renforcer le lien entre Michael et la famille que ça en devient un peu artificiel. Je pense surtout au film dont tous les personnages parlent, et qui obsède Michael, parce que c'est un tournant, une découverte clé de sa vie.

Remarques annexes:
J'ai trouvé fine l'analyse que Michael fait de la situation présentée dans la dernière partie de Cluedo.
Il est intéressant de lire l'historique du magnétoscope.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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