Conduite en état Livresque

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Avoir du style, c'est s'arrêter avant d'en faire trop.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

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mardi 14 février 2012

mardi
14
février 2012

Si la vie est un jardin de roses, qu'est-ce que je fais dans les patates?, d'Erma Bombeck.

Si la vie est un jardin de roses, qu'est-ce que je fais dans les patates?

L'ouvrage:
Erma Bombeck nous livre ici de petites chroniques de la vie quotidienne. Elle puise largement dans son expérience pour évoquer divers sujets.

Critique:
La qualité majeure de ce livre est qu'il fait rire. J'ai même eu deux ou trois fous rires. Cela peut paraître étrange lorsqu'on sait que l'humour utilisé est parfois un peu lourd. Soit, mais ce que raconte Cette mère de famille est si réel! Il est très amusant de voir avec quel tonus et quel à propos elle décrit certaines situations. Sa façon de dire les choses est comique, mais c'est renforcé par le fait qu'on est obligé de constater qu'elle voit toujours juste.

D'une plume vive, alerte, et pas si légère, elle évoque des sujets aussi variés que la famille, la mode, les jeux télévisés.
Même quand les situations sont exagérées, on n'en voudra pas à l'auteur, car là encore, on y croit, ou du moins, on croit que ça pourrait un jour en arriver là. Je pense notamment à Bernice dans le jeu télévisé. D'ailleurs, un tel jeu existe peut-être.
J'ai aimé, entre autres, l'idée du sac structuré: avec des compartiments assignés à des objets précis. Voilà un beau casse-tête qui rendrait fou n'importe qui. À l'instar de la narratrice, je n'aimerais pas qu'on me dicte où je dois ranger tel objet dans mon sac... surtout lorsqu'il s'agit d'objets que je n'ai pas.

Comment ne pas s'esclaffer lorsqu'Erma Bombeck explique des choses simples en apparence, mais dont elle découvre que certains n'ont pas intégré le concept. Je retiendrai surtout le «comment fermer une porte» que je risque de recopier et d'offrir à mon mari. Il n'a pas encore bien compris comment fermer celle de la salle de bains, en décembre, alors qu'une personne gelée essaie de se doucher...
Comment ne pas exulter à la lecture de «comprendre les enfants»? J'ai également bien aimé la loi contre l'abandon d'enfants...
J'ai juste trouvé un peu lourde la scène où les parents veulent déménager, et où les rôles sont inversés.

La fin (le chapitre avant l'épilogue) surprend un peu. Ce chapitre est plutôt grave, alors que le reste est drôle. Il est, lui aussi, très réaliste, mais il casse un peu l'ambiance...

Voici quelques extraits qui ne montrent qu'une infime partie de la drôlerie du livre:
« «Hé! Cyrano! lui ai-je hurlé. Réveille-toi, tu recommences!
-À faire quoi?
-À ronfler.
-Et tu me réveilles pour me dire ça? Je te le répète que je ne ronfle pas! Je le saurais, non?
-C'est aussi logique que dire: «si j'étais amnésique, je m'en souviendrais».
(...)
-Pourquoi ne pas me faire rouler sur le côté?
-Je l'ai fait, une fois. Tu m'as frappée.
(...)»
J'en ai vraiment assez de tous les conseils que donnent les médecins, et qui ne fonctionnent jamais (...). Voici plutôt une liste des seules actions thérapeutiques qui méritent d'être envisagées:
1: Changer de lit. Faire en sorte que le ronfleur se retrouve dans un nouveau lit, de préférence dans une ville lointaine.
2: Retarder son sommeil. Ça marche aussi bien que n'importe quoi d'autre. Au moment où vous vous mettez au lit, tous les deux, mettre les nerfs du conjoint ronfleur à vif en lui disant négligemment: «Euh, le fisc a appelé, aujourd'hui. Ils rappelleront demain.»
Certains spécialistes croient qu'il faut remonter jusqu'aux racines du mal.

Extrait 2:
«Aussi loin que je me souvienne, notre foyer a abrité un quatrième enfant: Jean Sérien. Tout le monde le voit, sauf moi. Ce que je sais, par contre, c'est qu'il est une vraie peste.
«Qui n'a pas refermé la porte?
-J'en sais rien.
-Qui a laissé le savon fondre dans le lavabo?
-J'en sais rien.
-Qui a donc mangé la banane que je réservais pour faire un gâteau?
-J'en sais rien.»
Pour tout dire, Jean Sérien me rendra folle: il a égaré deux parapluies, quatre paires de bottes, et un vélo. La bibliothèque lui réclame treize volumes en retard, il n'a pas rapporté un seul livre de l'école depuis trois ans, il lui est arrivé de laisser dans la voiture une bouteille thermos remplie de lait durant trois semaines! Tenez, l'autre jour, le téléphone sonne. (...) et j'arrive à temps pour voir mon fils raccrocher.
«C'était qui? demandai-je, hors d'haleine.
-J'en sais rien, il a raccroché.»
(...)
«Tu aurais dû voir Jean Sérien! L'autre soir, il est sorti en laissant les lumières allumées partout.»
Combien de temps pourrai-je encore le supporter? J'en sais rien. Ce matin, au déjeuner, je disais à mon mari:
«Qui veut manger du foie, ce soir?»
Levant les yeux, il répondit:
«J'en veux pas!»
Une chose est certaine: Jean Sérien a un petit frère.»

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marthe Turgeon pour l'INCA

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lundi 13 février 2012

lundi
13
février 2012

1q84, livre 2, de Haruki Murakami.

1q84, livre 2

L'ouvrage:
Aomamé est confrontée à la mission la plus périlleuse de sa carrière de l'ombre. Elle souhaite l'accomplir, mais elle sait qu'elle n'y survivra peut-être pas.

Tengo se voit faire une étrange proposition par une curieuse association. Pendant ce temps, Fukaïri brille par son absence...

Critique:
J'ai d'abord retrouvé les deux personnages avec contentement. Je m'étais attachée à eux, j'avais envie de connaître la suite de leurs aventures.
D'autre part, ce que je craignais à la fin du tome 1 n'est pas arrivé, et je pense que cela n'arrivera pas. Je préfère qu'il en soit ainsi. Murakami aurait certainement fait quelque chose de brillant de cette idée, mais cette ficelle ayant été surexploitée, il m'aurait paru indigne de cet auteur qu'il l'employât.

Au fur et à mesure de mon avancée dans ce roman, j'ai eu la sensation d'entrer dans une espèce de labyrinthe onirique. Cela n'a pas été pour me déplaire, même si, parfois, j'ai trouvé l'auteur dur à suivre. J'ai aimé cette ambiance particulière qu'il distille avec art, cette atmosphère entre rêve et réalité.

Si le tome 1 présentait un petit côté fantastique, le tome 2 est beaucoup plus orienté dans ce sens. L'auteur utilise certains codes connus (les Little People sont des topoi du genre, même s'ils ne sont pas des répliques exacte de ce qu'on connaît). Ce mélange de fantastique et de délire aurait pu m'agacer, pourtant, l'intrigue est solide, et le fantastique s'y insère très bien. Ce que font les Little People est aussi quelque chose d'assez classique, mais c'est renouvelé par la façon dont ils s'y prennent. J'adore l'idée de construire une chrysalide à partir de fils attrapés dans l'air.

De par ce fantastique, le lecteur se retrouve confronté à deux points de vue radicalement différents. Si on prend l'histoire ancrée dans la réalité, on voit d'horribles actes commis par un pervers, des enfants détruits, des personnes assujetties. Si on prend en compte l'aspect fantastique, tous nos repères se trouvent mis à mal, et les choses ne sont pas du tout ce qu'elles paraissent. J'aime beaucoup ce glissement: l'auteur propose deux façons de voir totalement opposées, et pourtant, toutes deux peuvent cohabiter. Quel tour de force!
J'ai moins aimé l'idée que deux personnages doivent obligatoirement s'unir charnellement, parce que c'est dans l'ordre des choses voulues par l'aspect fantastique de l'histoire.

J'ai la sensation que tout est imbriqué. C'est-à-dire que des éléments qui semblent n'être pas rattachés à l'intrigue principale le sont. Par exemple, ce qui se passe avec le père de Tengo: c'est d'abord quelque chose qui aide le jeune homme à évoluer, à s'ouvrir. Mais je pense que c'est lié à l'intrigue principale. Je suis également convaincue que le caoutchouc défraîchi d'Aomamé aura une grande importance par la suite. Je verrai si le tome 3 me donne raison.

J'ai lu peu de romans de Murakami, mais je me rends compte qu'on retrouve certains thèmes qui lui sont chers. Par exemple, l'écriture. Ce thème est très présent. Plusieurs de ses facettes sont pertinemment explorées. D'autre part, l'écriture est étroitement mêlée à l'intrigue principale, et contribue à l'aspect labyrinthique de l'ouvrage.
Ce qui arrive au père de Tengo à la fin du tome 2 rappelle ce qui arrive à Nakata dans «Kafka sur le rivage». C'est seulement présenté sous une autre forme, et cela signifie autre chose.

J'ai apprécié la façon dont l'histoire d'amour est mise en place. Ce n'est pas vraiment un coup de foudre, pas une simple attirance... C'est comme si les personnages se devinaient l'un l'autre, comme si Aomamé avait tissé un lien invisible en serrant la main de Tengo. C'est mystérieux, romantique, insolite...

La fin du tome 2 fait qu'on sera pressé de lire le 3. En effet, ce qui se passe au chapitre 23 laisse le lecteur désemparé. Je ne peux pas m'empêcher d'espérer que quelque chose s'est déréglé, et que le geste n'a pas été suivi des faits, mais je n'y crois pas. Je me demande donc comment l'auteur va relancer son intrigue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck et Maïa Baran.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Outre les personnages, j'ai été ravie de retrouver les comédiens. Ils sont toujours aussi talentueux. Il me semble que Maïa Baran fait moins de manières lorsqu'il s'agit d'interpréter lavieille femme. Mais peut-être ai-je ressenti cela parce qu'on ne voit pas beaucoup ce personnage.
J'ai préféré la façon de Maïa Baran de prononcer «mother», «daughter», etc. Emmanuel Dekoninck y met un peu plus d'accent (pas énormément).

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vendredi 10 février 2012

vendredi
10
février 2012

Les petits succès sont un désastre, de Sonia David.

Les petits succès sont un désastre

L'ouvrage:
Rose (dite Zéro) est traductrice de romans anglophone et hispanophones. Elle a quarante ans. Elle a une petite bande d'amis (la Pap' Team) qu'elle retrouve au café le Papillon. Ils se racontent.
Un jour, Rose décide d'écrire un roman où elle raconterait la vie de cette petite bande. Elle veut écrire un roman sur la douceur de l'amitié, veut comprendre cette amitié.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. Ayant moyennement sympathisé avec l'héroïne, j'ai eu du mal à vraiment entrer dedans. Rose m'a plutôt agacée: elle a quarante ans et semble en avoir quinze. Je n'ai rien contre ceux qui gardent certains traits enfantins, je trouve d'ailleurs que la vie est bien plus intéressante avec un brin de fantaisie. Mais Rose a des attitudes d'adolescente qui se cherche. Elle n'a pas fini de grandir. Elle préfère fantasmer sa vie, écrire ses fantasmes, plutôt que de vivre. Elle a certaines manies qui, mises bout à bout, sont lassantes.
J'ai approuvé certaines de ses idées: par exemple, je pense, comme elle, qu'Emma ne devrait pas boire. J'approuve également que Rose, un jour où Emma, soûle, l'a appelée, l'ait laissée tomber. Je pense que ça aurait pu être un bon électrochoc. Seulement, Rose pense et agit ainsi pour de mauvaises raisons. Elle pense d'abord à elle.
Lorsqu'elle écrit son roman, Emma lui reproche de réduire chacun à une caractéristique. C'est en effet ce que j'ai ressenti. Cela montre une certaine immaturité de sa part. Étant donné que le roman qu'elle écrit et ce qu'elle vit sont étroitement mêlés, on perçoit aussi les personnages comme peu épais.
Cependant, l'auteur ne les a pas créés ainsi, car les seuls fois où ils paraissent vraiment réels, c'est lors des entretiens qu'ils accordent à Rose. Là, ils s'anime, vivent, ont de la chair. C'est donc bien elle qui les réduit à des protagonistes sans saveur parce que plats.
En outre, elle est assez narcissique. Tout tourne autour d'elle, elle pleurniche souvent pour des riens, elle ne supporte pas de ne pas être appréciée...

J'ai aussi eu du mal à apprécier certains personnages.
Emma qui se vautre dans son addiction, qui ne veut pas en voir les mauvais côtés, qui la revendique... J'ai eu envie de lui donner une bonne paire de gifles. Qu'on ne puisse pas décrocher, je le comprends, qu'on s'en glorifie, qu'on dise que c'est ça, le bonheur, je le comprends moins. Cela voudrait dire, si on creuse, qu'Emma s'ennuie tellement, qu'elle se fiche tellement de ceux qui l'aiment, qu'elle préfère l'euphorie provisoire et frelatée de l'alcool.
J'ai aimé Vincent, sa bonne humeur, ses petites bizarreries. J'ai même apprécié son jeu idiot des questions impossibles qui est un peu lourd. Je me retrouve un peu plus en lui, parce que ses bizarreries sont amusantes, mais qu'il n'a pas l'air de se préoccuper de problèmes futiles.
J'ai également apprécié Comar, Tikka et Léo qui, eux aussi, semblent plus évolués, plus posés, réfléchis.
J'ai aimé le côté fragile qu'on devine chez Fab.

La structure m'a un peu dérangée, mais finalement, cela ne m'a pas déplu. Elle semble brouillonne: on passe sans cesse de la réalité au roman et inversement (surtout dans la troisième partie). Je me suis retrouvée un peu embrouillée, et par moments, j'avais peur de ne plus savoir où j'étais. Mais c'est ce qu'a voulu l'auteur, et on sent qu'elle maîtrise ce chaos apparent. Donc, même si cela m'a un peu déroutée, j'ai apprécié cela. C'est à l'image du roman et de la vie de ses héros: aspect léger et chaotique, mais finalement, assez sérieux. Quand on creuse un peu la prose de Rose, on se rend compte que ces amis n'en sont pas de vrais. Là encore, c'est surtout l'héroïne qui ne semble pas être une véritable amie. Ce roman fait réfléchir sur l'amitié, les différents points de vue, la tolérance. C'est en cela qu'il est intéressant. L'auteur aborde avec pertinence le thème de l'écriture, de la barrière entre ce qui est, ce qu'on voudrait qui soit, ce qu'on a compris, ce qu'on voudrait avoir compris...

Il ne m'a pas plu que pendant l'histoire, Rose donne de petits indices annonçant la fin. Je n'aime pas que les auteurs fassent cela: ils gâchent eux-même la découverte.

Le style est agréable. On dirait que la jeune femme fait la conversation à son lecteur. Et au détour de son histoire, se cachent de petites phrases en forme de devise, des dialogues caustiques. Rose nous fait ses confidences. Ce style se prête assez bien aux digressions, ce dont l'héroïne ne se prive pas.

Remarque annexe:
Je savais que l'erreur concernant «apporter» et «amener» était une faute d'usage, mais je n'y faisais pas attention. Je penserai toujours à ce livre quand je l'entendrai.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Robert Laffont.

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jeudi 9 février 2012

jeudi
9
février 2012

Avant d'aller dormir, de S. J. Watson.

Avant d'aller dormir

L'ouvrage:
Vendredi 30 novembre.
Christine Lucas s'éveille, et se demande où elle est. En se regardant dans la glace, elle découvre qu'elle fait vingt ans de plus que l'âge qu'elle pense avoir. L'homme à côté de qui elle a dormi lui apprend qu'il est Ben, son mari. Il lui explique que tous les matins (du moins, après chaque session de sommeil profond), elle s'éveille en ayant oublié tout ce qu'elle a pu assimiler la veille, et la plupart de ses souvenirs de femme. C'est ainsi depuis l'accident: depuis que Christine a été renversée par un chauffard qui a pris la fuite.
Après que Ben est parti travailler, Christine reçoit le coup de fil d'un médecin: le docteur Nash. Il lui explique qu'il l'aide à tenter de se souvenir, et qu'aujourd'hui, il doit la voir pour lui rendre quelque chose qu'elle lui a confié: le journal qu'elle a tenu pendant quelques semaines. Il lui assure qu'elle y a consigné beaucoup de choses qui pourront l'éclairer.

Critique:
Au-delà d'un roman policier, l'auteur a écrit un ouvrage qui soulève pertinemment beaucoup de questions ayant trait à la mémoire. Comment ne pas être frustré à l'instar de Christine, sentant ses souvenirs lui échapper? Comment ne pas se mettre à sa place lorsqu'elle lit ce qu'elle a écrit, et ne se souvient pas l'avoir vécu? Comment ne pas comprendre son sentiment d'espionner la vie d'une autre? Comment ne pas ressentir avec elle cette espèce de supplice de Sisyphe? La mémoire m'intéresse beaucoup, et tous les livres qui y ont trait m'interpellent. Je sais qu'elle est très importante pour chacun de nous. Ce livre expose bien tout le désarroi de quelqu'un qui l'a perdu, et la perd à chaque réveil. J'ai été totalement immergée dans la quête de cette femme à la recherche de la vérité, de son identité, de son passé. J'ai ressenti à quel point elle pouvait être démunie en comprenant que quelqu'un lui mentait puisqu'on ne lui disait pas toujours la même chose.
À un moment, j'ai pensé que l'intrigue policière m'importait peu, étant donné que tout ce qui se rapportait à la mémoire était bien exploré.

Outre une réflexion sur la mémoire, S. J. Watson a su inventer une intrigue implacable, aux rouages bien huilés. Moi qui cherche souvent à prendre les auteurs en défaut, je n'ai trouvé que de minimes reproches à faire. Le pari n'était pas si facile que cela, car une telle histoire menait à des chausse-trappes, à des écueils, à des incohérences... L'auteur a pu tout expliquer, tout clarifier.
Malgré la tension omniprésente, il y a un moment amusant: celui où Christine feint l'amnésie pour expliquer son «errance» dans le bureau de Ben.

Attention: Si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.
L'auteur explique bien comment Mike a pu se faire passer pour Ben, surtout auprès du personnel de la maison de repos. Ces explications sont acceptables. Cependant, je trouve cela un peu léger... J'aurais cru que malgré tout, on lui aurait demandé ses papiers d'identité.
J'ai très vite soupçonné Ben, même si Christine trouvait des explications parfaitement plausibles et logiques à ses mensonges (qu'il ne veut pas la blesser, ou même qu'elle imagine des souvenirs). Entre outres, son refus catégorique qu'elle voie un médecin m'a mis la puce à l'oreille. De plus, j'ai deviné avant Claire qu'il n'était pas qui il prétendait être.
Il est peut-être un peu gros que quelqu'un qui ne sait pas se servir d'un portable trouve instinctivement le bouton pour répondre quand il sonne.

Après tous les romans qui furent écrits sur le sujet, il n'est pas facile de le renouveler. Pourtant, l'auteur a réussi. Il adopte un schéma classique (le lecteur suit le personnage qui tente de retrouver son passé), mais le renouvelle de plusieurs manières. D'abord, l'amnésie de Christine n'est pas commune. Ensuite, l'auteur s'attarde davantage que d'autres romans sur les conséquences d'une perte de mémoire. Enfin, j'ai particulièrement aimé que Christine ne découvre pas qu'elle était parfaite. Dans ce genre de romans, soit le personnage est une victime, soit c'est un bourreau. Ici, Christine est une personne normale qui, à un moment, a été méprisable, a fait une bêtise, et s'en est aperçue... J'ai trouvé cela réaliste. On s'identifiera davantage aux personnages, de ce fait.

Un très bon livre, au suspense savamment dosé, dans lequel je n'ai trouvé aucune lenteur, où tout est bien écrit, bien expliqué, où rien n'est bâclé. (Mes petits reproches sont du pinaillage.) À lire absolument!!!

Remarque annexe:
Il y a des erreurs de syntaxe dans la traduction française. Par exemple: «Après m'avoir calmée en m'assurant que tout irait bien, et après m'avoir rendu mon sac, mes boucles d'oreilles et mon alliance, le docteur Nash et moi sommes allés à la cafétéria.» On dirait que c'est le docteur et Christine qui calment Christine et lui rendent ses affaires. Pour que la phrase soit juste, il aurait fallu écrire: «Après que le docteur Nash m'a calmée en m'assurant que tout irait bien, après qu'il m'a rendu mon sac, mes boucles d'oreilles et mon alliance, lui et moi sommes allés à la cafétéria.» C'est la plus grosse que j'ai repérée, mais il me semble qu'il y en a d'autres...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Cadol.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

J'aime beaucoup la voix douce, voire apaisante de Françoise Cadol. Je la connais surtout parce qu'elle est la voix française d'Allison Dubois dans «Médium», série que je suivis assidûment. Comme je m'en doutais, elle a brillamment interprété ce roman. Elle est le personnage de Christine. Elle entre parfaitement dans sa peau. Je ne peux imaginer ce livre interprété par une autre comédienne.
D'autre part, elle ne surjoue jamais. Elle ne prend pas une horrible voix grave pour les rôles masculins, ce qui est, à mon avis, une très bonne chose. Contrairement à ce que pourraient penser certains, ce choix ne rend pas plat le jeu de la comédienne, il en renforce le naturel. Il est très dur de modifier sa voix sans tomber dans l'excès. Certains comédiens doivent cesser de penser que leur jeu sera sans saveur s'ils ne modifient pas leur voix.
Françoise Cadol ne prononce pas les mots anglophones avec un accent ridicule et exagéré. Elle met un peu l'accent pour dire «Crouch End» et «bacon» (par exemple), mais cela ne m'a pas écorché les oreilles. C'est parce qu'elle n'a pas exagéré.
Lorsque Christine lit la lettre de Ben et la fin de son journal, la comédienne adopte un ton entre deux: elle prend le ton que l'on a lorsqu'on lit très vite quelque chose (ce qui est le cas, ici, surtout lorsque Christine lit la fin de son journal), et elle met également le ton approprié: colère, détresse, etc. Je ne sais pas comment elle parvient à lire ainsi, c'est un tour de force!
J'espère que ce roman est le premier d'une longue série (de romans que j'aurai envie de lire) qu'elle enregistrera!

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mardi 7 février 2012

mardi
7
février 2012

Orgueil et préjugés, de Jane Austen.

Orgueil et préjugés

Note: Je n'aime pas écrire mister et missis en abrégé.

L'ouvrage:
Missis Bennet souhaite que son mari aille rendre une visite de politesse au nouveau voisin, Charles Bingley. Elle espère un rapprochement qui lui permettra de marier au moins une de ses cinq filles. En effet, invitations et soirées se succèdent. Outre mister Bingley, la famille Bennet rencontre son meilleur ami, mister Darcy, qui commence par engendrer leur antipathie, surtout celle d'Elizabeth, la deuxième fille Bennet.

Critique:
Voilà un livre qui raconte la société du dix-neuvième siècle de manière fine et caustique. Tout ce jeu des soirées, des mondanités, du code... tout ce qui me semblait ennuyeux et poussiéreux prend une nouvelle dimension sous la plume de Jane Austen. D'abord, l'auteur n'hésite pas à intervenir pour apprendre à son lecteur que tel ou tel personnage est comme ceci ou comme cela. Missis Bennet est de médiocre intelligence. Nous voilà avertis. Ce qui fait que lorsqu'elle parla et agit, j'ai été partagée entre rire et agacement. L'auteur m'avait bien prévenue, et force m'était de reconnaître qu'elle ne parlait pas à la légère. Mon rire a été renforcé par ce que pensait Elizabeth. La pauvre était honteuse de la façon d'agir de sa mère, et mortifiée d'avoir honte. Missis Bennet m'a agacée parce que malgré le ridicule dans lequel la plonge habilement l'auteur, au bout d'un moment, on a juste envie d'acheter un verrou spécialement pour sa bouche.

Jane Austen fait la même chose avec mister Collins. Elle nous prévient qu'il est suffisant, puis nous montre à quel point il l'est. Lui ne m'a pas agacée, peut-être parce qu'il n'apparaît pas tout au long du roman. Je me suis délectée à me moquer de lui avec la bénédiction de la romancière et d'Elizabeth.

Elizabeth est, bien sûr, un personnage sympathique. J'ai apprécié qu'elle soit très liée à sa soeur aînée, que les deux jeunes filles s'aiment sincèrement, et se comprennent malgré leur différence de caractère. J'ai aussi aimé qu'elle ait tant d'esprit, de repartie, qu'elle soit si piquante, qu'elle bouscule certaines idées reçues. Il m'a également plu que malgré le fait qu'elle sache gratter le vernis et voir l'hypocrisie que recouvre à peine la bienséance, elle se trompe sur certaines personnes. Elle n'est pas parfaite. Ce qui fait qu'au long du livre, elle évolue, s'assouplit, apprend à ne pas tirer de conclusions hâtives, à examiner les faits et les points de vue.
J'adore la manière dont elle maîtrise la conversation qu'elle a avec une lady Catherine courroucée et sûre d'elle.

Quant à Darcy, j'ai eu le même cheminement. Je trouvais qu'il avait du charisme, de la prestance, et qu'il ne laissait pas les langues vipérines influencer son jugement. Et puis, lui aussi révèle certains défauts, ce qui le rend plus humain, moins froid. Il est d'autant plus appréciable qu'il finit par en prendre conscience, et tenter de se corriger.

J'aime beaucoup mister Bennet. Je pense que je serais un peu comme lui, à sa place... Quel plaisir de se moquer de missis Bennet avec lui! Bien sûr, sa façon d'être est assez rude et injuste, comme le souligne Elizabeth, mais je n'ai pu plaindre missis Bennet.

Quant à Jane, il m'a plu que sa douceur tempère le feu dont est faite Elizabeth. Cependant, elle m'a un peu agacée à ne voir le mal chez personne... Bien sûr, elle a raison sur quelques points. En outre, elle aussi évolue... Donc, elle m'a été globalement sympathique, même si sa naïveté m'a un peu ennuyée.

J'aime bien Mary... ou plutôt... j'adore la manière qu'a l'auteur de la railler!

Le récit passe par plusieurs phases... pour moi, il y a trois parties. D'abord, c'est le jeu mondain, les rencontres, on se jauge, on se juge. C'est surtout cette partie qui m'a fait rire. C'est probablement ma préférée du roman.
Ensuite, l'auteur introduit un peu de suspense et de frisson (compte tenu des circonstances, de l'époque), à cause de l'affaire Lydia. J'avoue m'être un peu ennuyée pendant cette partie.
Enfin, les personnages, ayant évolué, se revoient, et s'expliquent. C'est cette partie la plus tendre, la plus sincère, la plus romantique.
J'ai apprécié que le dernier chapitre explique ce que tout le monde devient.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélodie Richard. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Je ne sais pas comment fait Mélodie Richard... Il me semble (après avoir entendu trois livres interprétés par elle), qu'elle pourrait lire n'importe quoi avec un égal talent. Les trois romans que j'ai entendus appartiennent à des registres différents, et à chaque fois, elle s'en sort brillamment. J'adore, par exemple, la façon dont elle interpréta mister Collins, faisant subtilement ressentir au lecteur toute la bêtise de l'homme. Tout son jeu est ainsi. Se calquant sur les indications de la romancière, elle a su donner à sa voix les intonations appropriées. Là encore, je pense que ce roman n'est pas aisé à lire à voix haute.
Quant à sa prononciation des noms anglophones, elle est un peu plus marquée que dans «Jane Eyre», mais reste naturelle. Je pense qu'elle a senti que dans ce roman très anglais, elle devait tout de même prononcer certains noms de manière un peu plus anglaise.
À noter qu'elle est la seule lectrice francophone (à ma connaissance) qui prononce convenablement Lizzie. Allez savoir pourquoi, les lecteurs francophones s'obstinent à dire Lidzie, voire Litsie. Or, cette prononciation ne convient pas. Lizzie, ce n'est pas italien. Lizzie n'étant pas une pizza, on n'a pas à les prononcer pareil. ;-)
On me dira que je n'arrête pas de râler quant aux prononciations des lecteurs. J'en suis consciente, mais il faut savoir qu'il est extrêmement désagréable d'écouter un livre où les noms sont prononcés de manière alambiquée. Et puis, il m'arrive de complimenter... Mélodie Richard, par exemple. :-)

Là encore, les chapitres sont annoncés, ce qui est une bonne chose... sauf deux... ;-) (Je pinaille.)

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