Libérez votre cerveau

L'ouvrage:
Idriss Aberkane décortique notre société, notre éducation, certaines façons de penser et d'agir. Il explique, en donnant des arguments et des exemples, pourquoi tout doit changer.

Critique:
Je sais que je me répète d'une chronique à l'autre lorsqu'il s'agit d'un documentaire, mais ce genre d'ouvrage sera lu par rapport à soi, à son vécu, à son expérience de la vie. Idriss Aberkane dit lui-même que tout ce qu'il nous expose est le fruit de son expérience de la vie, de ses observations.

Sans parler des qualités ou des défauts de cet ouvrage, j'ai d'abord été déçue parce que je pensais qu'il traitait majoritairement du fonctionnement du cerveau. Le sous-titre parle bien de changer l'école et la société, mais entre la quatrième de couverture et le mot «cerveau», j'ai imaginé autre chose. Je le signale, au cas où d'autres auraient la même idée que moi.

L'auteur de cet ouvrage met l'accent sur le fait qu'il faut absolument changer tout notre système scolaire. Il répète cela à la moindre occasion. Les chapitres 2 de la première partie et 3 de la deuxième sont tous deux des illustrations de cette assertion, puis c'est encore répété par allusion au long du livre. Je partage certains de ses avis, mais je serais plus nuancée que lui. Par exemple, il part du postulat que l'enfant est enthousiaste quant à l'école, et que si le système ne lui ôtait pas cet enthousiasme et lui apprenait les choses de manière ludique, il apprendrait sans efforts, puisqu'il serait motivé. Selon lui, nous avons chacun une passion, quelque chose que nous adorerons faire, et donc où on excellera. Pour que cela soit révélé plus facilement, il ne faut faire que du ludique à l'école, parce qu'on apprend mieux et plus facilement en jouant. J'ai déjà entendu cette théorie, et elle ne me convainc pas. Je pense qu'il faut essayer des méthodes, voire réformer le système, mais il me semble que s'il n'y a plus aucune contrainte, l'enfant ne saura pas gérer celles qui se présenteront fatalement à lui. Idriss Aberkane me rétorquera que si tout le système est réformé de A à Z (de la maternelle à l'emploi), comme il le préconise, rien ne sera vu comme une contrainte. Étant très pinailleuse, j'ai eu l'idée d'exemples concrets de contraintes qui ne peuvent être «ludifiées» (pour reprendre le terme employé par l'auteur). Je suis une boulimique de livres. De ce fait, je ne peux pas m'acheter tous ceux que j'aimerais lire. Je demande donc à certains éditeurs s'ils accepteraient de me faire parvenir des livres qui me tentent en service presse en échange d'une chronique sur mon blog. La plupart acceptent. Certaines de ces chroniques sont contraignantes à écrire, soit parce que le livre ne m'a pas plu, soit parce que je ne trouve pas quoi dire, soit parce que j'ai l'impression que mes mots desserviraient l'ouvrage. Pourtant, si je ne publiais pas ces chroniques, les éditeurs finiraient par refuser de m'accorder des services presse...
Autre exemple: je n'aime pas le sport, pourtant, je sais qu'il est bénéfique. Je m'astreins donc à faire au moins trois heures de sport par semaine. Je le fais soit en regardant un film ou une série, soit en écoutant un livre, soit en discutant sur Skype avec une amie. Cela rend la tâche poins pénible. Ces contraintes (et quelques autres) finissent par ne pas être insurmontables parce que je comprends leur utilité, et parce que j'ai appris, très jeune (notamment à l'école) que certaines choses sont obligatoires. Je me dis que s'il n'y a jamais aucune contrainte, les enfants finiront par penser que tout est contraignant. Se brosser les dents finira par être insurmontable! Bien sûr, certains patrons (quel que soit le corps de métier) imposent des contraintes inutiles, et donc contre-productives. C'est certainement cet abus de pouvoir qu'il faut changer, où qu'il se pratique.

De plus, je me souviens de moi en tant qu'élève. En bonne maniaque, il me fallait une leçon, avec la règle bien posée. Je l'aurais peut-être apprise avec une autre méthode, mais je me souviens que c'est celle qui me convenait le mieux. Ensuite, que faire si un élève, avec une méthode où il jouerait pour apprendre, allait plus volontiers vers certains enseignements que vers d'autres? Idriss Aberkane me dira que ce n'est pas grave, qu'il faut que l'élève aille vers ce qui le passionne. Mais que faire si rien ne le passionne? Idriss Aberkane dit également (et là, je le rejoins davantage) qu'il faut tester des choses. Il faut essayer des façons de faire et conserver ce qui fonctionne le mieux. Je sais d'expérience que la rigueur (sans être injuste et effrayante) fonctionne. Sans jouer tout le temps, et sans brimer et contraindre à outrance, il pourrait y avoir une demi-mesure.

Lorsque l'auteur explique qu'il vaut mieux exercer un métier qu'on fera par passion, car seul l'amour fait qu'on sera capable d'en supporter la dureté, je suis d'accord (cela tombe sous le sens), mais là encore, je nuancerais. Que fait-il des gens qui ne pourraient pas vivre de leur passion, et qui exercent un métier qui ne les attirait pas au départ, mais dont ils ont vu certains bons côtés? Bien sûr, il est préférable de faire un métier qu'on a choisi, mais ceux qui ne le peuvent pas (même s'ils s'en sont donné les moyens) doivent forcément composer et faire quelques compromis.

Force nous est de constater que le monde va mal. Je suis donc d'accord avec l'auteur quant au fait que certaines choses doivent être changées en profondeur, mais pour des domaines que je connais, je prônerais la nuance. J'aurais d'autres choses à dire sur certaines remarques de l'auteur sur ce sujet, mais je m'arrêterai là.

Idriss Aberkane aborde d'autres thèmes: la subjectivité, l'effet de groupe, la violence engendrée par la trop grande frustration, le mal que des organismes firent sciemment, les technologies qui (si elles ont été créées dans une bonne intention) finissent par devenir un danger parce qu'elles sont perverties par l'homme... Il assortit cela d'exemples. J'en connaissais certains. Par exemple, l'histoire des lignes dont l'une est sans conteste plus courte, l'exemple des hôpitaux psychiatriques, ou celui des électrochocs... L'auteur de cet ouvrage prône la sagesse au lieu de la course au pouvoir... Tout cela montre de quoi l'homme incapable d'empathie et trop individualiste peut se rendre coupable. Certes, mais pour moi, ce n'est pas nouveau, et cela ne fait que me renvoyer à ma propre impuissance.

Au milieu de ces explications, Idriss Aberkane parle un peu de notre cerveau. Cela m'a intéressée (puisqu'au départ, c'était ce que je souhaitais lire), mais j'étais un peu déstabilisée, car j'ai trouvé le tout un peu brouillon. Cela vient peut-être de mon esprit maniaque, mais il me semble que j'aurais organisé le livre autrement, évitant certaines répétitions, regroupant certaines idées... Parmi les informations qu'il donne, il en est une qui m'a fascinée: l'éventualité de pouvoir «télécharger» des connaissances et des ressentis dans le cerveau humain.

À la fin, l'auteur propose des exercices mentaux qui consistent (en très gros) à s'analyser, à ouvrir sa pensée, à ce rendre compte qu'on peut se débarrasser de certaines chaînes acquises par besoin de conformisme ou par sous-estimation. D'une manière générale, il nous invite à avoir l'esprit critique, à faire travailler notre cerveau...

On me dira que j'ai davantage parlé d'un aspect du livre que du reste. C'est vrai, mais outre que cet aspect tient une grande place dans le propos d'Idriss Aberkane, j'ai parlé de ce que je connaissais le mieux.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Chauvel.
Olivier Chauvel est un comédien dont j'apprécie la lecture. Il parvient à lire des documentaires de manière à la fois vivante, mais sans surjouer. Cela ne doit pas être simple. Je me souviens avoir été un peu sévère avec lui quant à son interprétation de «Vivez mieux et plus longtemps», mais ce livre était peut-être encore plus délicat à interpréter que celui d'Idriss Aberkane.

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