Le troisième homme L'ouvrage:
Rollo Martins vit en Angleterre. Il écrit des romans de cowboys qu'il signe du nom de Buck Dexter. Un jour, Harry Lime, son meilleur ami, l'invite à faire un petit séjour à Vienne, où il vit. Dès son arrivée à Vienne, Rollo se rend chez Harry. Il tombe sur son voisin, herr Koch, qui lui apprend qu'Harry est mort, renversé par une voiture. A l'enterrement, Rollo rencontre le colonel Calloway qui le fait parler de Harry. Les insinuations de Calloway comme quoi Harry serait un truand provoquent une altercation de laquelle Rollo ressort la rage au coeur, jurant de tout faire pour envoyer Calloway croupir en prison.
Fort de cette résolution, il reçoit un coup de fil d'un ami de Harry, Kurtz. Celui-ci lui explique qu'avant de mourir, Harry a eu le temps de demander qu'on s'occupe de son ami Rollo, qui allait bientôt arriver à Vienne. Rollo se dit que cette présence d'esprit au moment de mourir est assez étrange, d'autant que herr Koch lui a dit qu'Harry était mort sur le coup. D'autres incongruités viennent s'ajouter à cette impression, et Rollo finit par en venir à la conclusion qu'Harry a été assassiné. Il décide d'enquêter seul, puis finit par faire part de ses soupçons au colonel Calloway.

Critique: Ce livre est d'abord un livre sur l'amitié. Rollo voue une admiration sans bornes à Harry. Il a gardé un coeur, une naïveté d'enfant qui croit dur comme fer en l'amitié. Son voyage à Vienne lui enlève un peu cette pureté, brise ses illusions sur son ami. C'est un thème dans lequel tout lecteur se reconnaît à un moment ou à un autre de sa vie, même si la désillusion n'est pas aussi forte que celle de Rollo.

Il y a un moment de vraie détente, un moment qui sert à oublier la tension due aux découvertes de Rollo: une rencontre à laquelle il n'a pas accordé d'importance fait qu'il va être entraîné à une conférence sur un écrivain. Ce moment est très amusant pour le lecteur, même s'il est une nouvelle source d'ennuis pour Rollo. Et le personnage de Crabin, (celui qui fait en sorte que Rollo aille à la conférence), est très amusant, anglué dans ses certitudes, et un peu pédant...

D'autre part, ce roman se passe juste après la guerre de 39-45, au moment où Vienne était divisée en quatre zones. Graham Greene évoque les frictions entre les quatre puissances (France, Russie, Angleterre, Etats-Unis), et les problèmes que cette occupation engendraient pour les habitants de la ville. C'est un petit rappel historique pour le lecteur de maintenant, (ce qui n'est pas négligeable), rappel qui ne peut être fondé que sur du vécu (du moins, du connu), puisque Graham Greene vivait à cette époque.

Par ailleurs, le roman est assez court, et très dense. Il ne traîne pas, comme certains romans policiers. Chaque ligne est intéressante, que ce soit pour l'intrigue principale, ou pour les intrigues secondaires, ou pour les personnages. L'intrigue policière est bien menée. On ne s'attend pas à ce que découvre Rollo. On est aussi surpris que lui lorsqu'il voit et qu'on lit la plus importante de ses découvertes. La phrase nous arrive dessus comme une douche froide.

Certains personnages sont assez amusants, malgré ce qu'on découvre sur eux: Kurtz avec son postiche (postiche en lequel on pourrait voir une contrefaçon physique masquant ou accentuant la contrefaçon morale, Kurtz étant quelqu'un de faux), Vinkler qui est obsédé de propreté... Ce sont des personnages qui masquent leur véritable caractère, mais on nne peut s'empêcher de rire de leurs travers. Quant aux autres, comme Anna et Rollo, ils sont attachants. Anna, l'actrice ratée, vivant, elle aussi, dans l'illusion qu'Harry était le meilleur (sauf qu'elle, elle aimerait y rester). Rollo, l'enfant que son ami force à grandir, le grand enfant qui a juré d'arrêter les "incidents" et qui plonge tête baissée dans le plus sérieux d'entre eux, Rollo le garçon fragile qu'on a envie de protéger...

Il me semble que quand je conseille un livre, même si je l'ai aimé, je trouve toujours quelques petits points négatifs. Eh bien, ce livre fait partie de mes coups de coeur: je ne vois rien à lui reprocher. J'aime même la fin, alors que je râle parfois à cause des fins. J'aime aussi le style de l'auteur. Pourtant, je ne remarque pas vraiment le style, en général. La première phrase est assez réaliste et percutante, et elle résume ce qui arrive à Rollo au long du roman: "On ne sait jamais quand le coup va tomber." La dernière phrase est assez blasée, s'apitoie, et témoigne d'une certaine déception: "Pauvre nous tous, si l'on y réfléchit bien." Là encore, elle s'applique surtout aux personnages du roman, surtout à Anna et à Rollo.

Ce livre a quand même été écrit par Graham Greene qui n'est pas n'importe qui. Je l'ai lu pour la première fois à treize ou quatorze ans. Je lui garde un attachement d'enfant, comme celui que Rollo garde à Harry. Donc, je ne suis peut-être pas objective, mais je vous le recommande chaudement. Ce n'est pas un thriller où l'on a peur à chaque page, comme je les aime habituellement, mais c'est un roman qui creuse au-delà d'une intrigue policière, qui décrit un monde, une époque...

Je n'ai rien de spécial à dire sur le film, sauf qu'il ne suit pas trop mal le roman, excepté que Rollo s'appelle Holly. Je sais, je pinaille, mais je trouve dommage qu'ils aient changé son prénom. Même si le film est bien, le livre est quand même mieux, car l'écriture de Graham Greene n'est pas retranscrite dans le film. Ce que j'aime le plus, dans le film, c'est la musique, qui est devenue célèbre, et que beaucoup de monde connaît.

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