Le jeu de l'ange

L'ouvrage:
David Martin adore les livres depuis son enfance. À l'âge de dix-sept ans, il commence à écrire pour le journal où il travaillait comme grouillot, depuis son enfance. C'est ainsi qu'il commence sa carrière d'écrivain. Il suscitera haine, jalousie, mais aussi admiration et sympathie.
Il a peu d'amis, mais ils sont précieux, surtout le libraire, monsieur Sempere. David est amoureux sans espoir de Cristina, la fille du chauffeur de son ami, Pedro Vidal.

Un jour, David reçoit un message d'un mystérieux correspondant, Andréas Corelli. Celui-ci lui assure qu'il aimerait que David écrivît un livre pour ses éditions.

Critique:
Ce livre est d'abord une ode à l'écriture et à la lecture. Tout ce qui se rapporte à ces activités est très bien décrit, très bien raconté. Les difficultés de l'écrivain à concilier ce qu'on lui demande, ce qu'il peut écrire, ce qu'il voudrait écrire... la jalousie des gens envers celui qui a du succès, car il écrit mieux qu'eux et est plus jeune; et surtout, l'amour de l'écriture, de la lecture, et de l'objet livre.
On retrouve aussi le thème du nègre. Et là encore, on découvre, si on ne le savait déjà, toute l'hypocrisie des gens. Ici, ils acclament le soi-disant livre de Pedro Vidal qui est riche et puissant, et dénigrent celui de David qui n'a que son talent. Ce thème est très bien exploité.

Le livre démarre lentement. Cependant, on ne s'ennuie pas. On prend plaisir à suivre les pas de ce jeune garçon sympathique, et à entrer dans le monde dont il nous ouvre les portes. En outre, on ne sait pas ce qui va se passer. Pour moi, un roman dont on ne peut prévoir la suite est bon.
L'ouvrage est long (plus de quinze heures en audio), et pourtant, aucune longueur n'est à déplorer. Les gros livres souffrent souvent de longueurs. Ils pourraient être amputés d'une centaine de pages sans que cela perturbe le bon déroulement de l'intrigue. Ici, rien n'est trop long, rien n'est pesant: l'histoire est fluide, l'attention du lecteur est sans cesse attirée, il est toujours captivé.
La première surprise que l'auteur fait à son lecteur est celle d'une intrigue à suspense. En effet, au départ, rien ne laisse présager cela. Petit à petit, l'auteur entraîne son personnage et le lecteur dans un piège inextricable dont il semble impossible de se tirer. On me rétorquera que c'est comme ça dans tous les polars. Peut-être, mais ici, c'est beaucoup plus subtile. On ne voit pas vraiment les coups venir, et on n'a aucune idée de la façon dont David se tirera de cette situation. Dans beaucoup de romans policiers, les ficelles sont très grosses, et on sait que le sauveur arrivera au dernier moment pour secourir la personne en détresse.
Lorsque l'intrigue est lancée dans le suspense, on n'arrête plus sa course. Le lecteur se retrouve pris dans un tourbillon de sensations et de rebondissements. Il y a quelques ficelles un peu grosses (le policier acheté, celui qui se fait passer pour un autre), mais elles sont bien amenées, et on ne les voit pas venir.

Malgré ses côtés sombres, ce livre contient une bonne dose d'humour représenté par des personnages (Isabella, Basilio et son collègue), et aussi par certaines situations.

J'ai été un peu déçue par la fin. Elle n'est pas bâclée. On voit bien que l'auteur l'a soigneusement préparée, et a semé quelques indices au long du livre. Mais je la trouve trop facile.
(Attention, la fin du paragraphe dévoile certaines choses.)
On ne sait pas vraiment pourquoi Andréas, et plus tard, David, connaissent le sort de Dorian Gray. On ne sait pas trop non plus comment Andréas a fait pour faire renaître ou revivre ou pour recréer Cristina.
En outre, il y a une incohérence. Si Diego a sacrifié le véritable Ricardo Salvador et s'est fait passer pour lui, il faut que ce soit après que l'enquête sur son décès a commencé. Or, si elle a commencé, c'est qu'il y a bien eu quelqu'un qui est mort, quelqu'un qu'on a dû faire passer pour Diego... Peut-être ce quelqu'un est-il Jacquot, comme le suppose David, mais il me semble que ce n'est pas très clair.
En outre, autre chose est un peu gros: la façon dont David parvient à se débarrasser de tous ceux qui veulent se saisir de lui ou le tuer. On dirait un peu Superman, ce n'est pas très crédible.

Les personnages sont assez fouillés. Même ceux que j'appelle les «méchants» ont une certaine logique et des motivations explicables. Cela ne les excuse pas, mais au moins, ce ne sont pas des personnages brossés à grands traits grossiers. Certains (Diego et Andréas) me rappellent des personnages de Brussolo: ils sont capables de tout pour obtenir ce qu'ils veulent, ils sont aveuglés par leur obsession.
Les femmes n'ont pas le beau rôle. À part Isabella, elles sont soit perfides soit cruches. Irène est les deux à la fois, la mère de David aussi (on ne comprend pas trop ses actes), et le pompon revient à Cristina. On se demande plusieurs fois ce que David lui trouve! Elle fait tout le temps des simagrées. D'abord, elle fait semblant de ne pas aimer David, puis elle l'aime mais ne veut pas être heureuse avec lui (au nom de la compassion et de la reconnaissance qu'elle éprouve pour Pedro), ce qui est tout à fait stupide; puis elle se rend compte qu'elle ne va pas pouvoir vivre avec un homme qu'elle n'aime pas (il fallait être bête pour penser que ça se passerait autrement). Quant à la suite, je ne la dévoile pas, mais elle montre encore que Cristina n'est pas très intéressante, et qu'on a plutôt envie de lui donner des claques ou de se moquer d'elle, au choix. Elle me fait penser à une de ces jeunes filles des siècles passés qui ne connaissaient rien à la vie parce qu'elles sortaient du couvent où elles avaient été éduqués à être de bonnes épouses, à être idiotes et à se taire, et qui s'évanouissaient à la moindre occasion.

Je préfère de très loin Isabella. C'est la seule femme réellement positive du roman, même si elle se montre désagréable avec ses parents qui ne le méritent pas. Elle et monsieur Sempere sont un rayon de soleil parmi tous ces personnages sombres et froids. Elle est drôle, pétillante, a du caractère, elle sait ce qu'elle veut, et ne se laisse pas faire ou posséder par de belles paroles. (J'ai d'ailleurs été surprise qu'elle tombe aussi facilement dans le piège que lui tend David.) J'aurais préféré que ce soit elle que David aime. Elle était plus faite pour lui que la fade Cristina. D'ailleurs, elle le sait. C'est aussi quelqu'un d'idéaliste: ce qui lui arrive à la fin montre, comme elle le dit elle-même, qu'elle n'a pas de place dans ce monde.

Le personnage de Pedro est également intéressant. Son amitié pour David n'est pas totalement désintéressée. C'est une amitié coupable. Il tente de se racheter. Son amitié finit par être sincère, mais il ne peut s'empêcher de prendre à David ce qu'il a de plus cher au monde... deux fois, même si la première fois, il ne le fait pas exprès. Il construit son bonheur sur le malheur d'autres, sans vraiment vouloir les peiner, mais en sachant qu'il le fait, et cela ne lui réussit pas.

En bref, j'ai adoré ce roman, mais la fin a un peu tempéré mon enthousiasme.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédéric Meaux pour les éditions Audiolib.
J'avais aimé la prestation de Frédéric Meaux pour «Enfant 44». Dans cet enregistrement, son talent ne se dément pas. Il me semble même qu'il a osé plus de choses que dans «Enfant 44». Son interprétation sensible, toujours juste (en un mot: magistrale), est une composante de la magie qui m'a emprisonnée dans ce roman. Le talent de l'auteur allié à celui du narrateur font de cette lecture un très beau souvenir. Et en plus, il n'a pas tenté de prononcer les noms en mettant un terrible accent espagnol! Bravo!

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