le fusil de chasse

L'ouvrage:
L'ami du narrateur lui demande d'écrire un poème pour un journal traitant de la chasse. Celui-ci s'exécute.
Quelques mois plus tard, il reçoit une lettre d'un certain Josuke Misugi, qui lui explique que l'homme qui inspira ce poème, c'est lui. Profondément touché de s'être reconnu, Misugi désire confier une grande partie de l'histoire de sa vie à cet inconnu. Il lui envoie trois lettres qui lui furent adressées. Trois lettres de trois femmes différentes. Il demande juste au narrateur de les lire.

Critique:
Cela doit faire dix ou douze ans que j'ai lu ce livre pour la première fois. J'ai dû le relire deux ou trois fois depuis. Il me laisse toujours de forts sentiments: tristesse, amertume, mais aussi triomphe. Triomphe d'un livre si bien réussi. Ce roman fait partie de ceux que je recommande absolument. A mes yeux, il est incontournable. Il est beau, grave, tout en se révélant cruel.

Le titre ne laisse pas présager une telle histoire. Il ne donne pas très envie de lire le roman. Il laisse entrevoir une histoire de chasse. Il nous est expliqué par le début: un poème sur un chasseur et son fusil pousse un homme à révéler ce qui constitua l'élément central de sa vie.
D'autre part, le fusil fait une brève apparition dans l'une des lettres adressées à Misugi. Il est l'instrument d'un moment décisif, où, encore une fois, rien n'aura lieu, où on restera sur un non dit, sur une action esquissée et non achevée, une action qui montre la lâcheté de Misugi dans toute cette histoire. S'il avait achevé son geste, une explication en aurait peut-être découlé.
En outre, les personnages du roman se chasse les uns les autres, que ce soit pour s'appartenir ou se rejeter. Chaque personnage est à la fois le chasseur et la proie.

Les découvertes se font par petites touches: Shoko nous révèle quelque chose, puis Midori, puis Saïko. Au fur et à mesure que nous avançons, le tragique, l'ironie de la situation nous apparaît. On apprend d'abord que c'est une histoire d'adultère. Puis on apprend autre chose qui nous fait entrevoir une autre vérité, puis encore autre chose qui montre à quel point les personnages se sont fourvoyés, se sont mal compris, ont mal interprété certains signes. Par exemple, un même événement nous est raconté par Midori et Saïko. Nous nous rendons compte que Midori a mal interprété la façon d'agir de Saïko à ce moment-là.
Ce livre est un puzzle dans lequel la tension va croissant. Le résultat de ces malentendus, de ces blessures est assez sombre. Les personnages ne trouveront pas de repos, mis à part, peut-être, Shoko, qui, elle, n'a rien fait de mal à personne. En effet, Josuke, Midori, et Saïko ont tous une part de responsabilité, plus ou moins grande, dans les douleurs que révèlent cette histoire.

Un vêtement revient, comme un leitmotiv. Ce vêtement, un aori, symbolise quelque chose pour chaque personnage. Pour Midori, il cristallise l'échec de son mariage. Pour Saïko, c'est le triomphe de la femme aimée. Pour Shoko, il représente plutôt la jeunesse, la beauté.

J'avoue éprouver de l'antipathie pour Saïko. Pas parce qu'elle prend le mari d'une autre. C'est surtout à cause de la révélation qu'elle fait dans sa lettre. C'est là que la cruauté de la situation est à son point culminant. On éprouve déjà de la sympathie et de la pitié pour Midori qui a passé des années à s'aigrir en ressassant l'infidélité d'un mari aimé. Puis cette révélation vient.

C'est donc une histoire simple, racontée par un auteur qui prend le lecteur dans ses filets, et qui ne le lâche pas, même après que le livre est refermé. C'est une histoire intemporelle, qui nous fait pénétrer dans les coeurs blessés de trois femmes, qui mets ces coeurs à nu.

La version audio que j'ai entendue a été brillamment interprétée par Gérard Desarthe.

Merci à Joss qui m'a épelé les noms des protagonistes et le mot "aori".

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