Instructions pour sauver le monde, de Rosa Montéro.
À 07:00 par La Livrophile, dans la rubrique Romans
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L'ouvrage:
Matthias vient d'enterrer Rita, son amour de toujours. Elle est morte d'une tumeur. Il sait à cause de qui le cancer a empiré. Il ne sait pas vraiment comment, mais il compte se venger.
Daniel Ortis mène une vie médiocre. Il découvre le jeu Second Life qui lui fournit un excellent palliatif.
Pendant ce temps, la ville frémit à cause de l'assassin du bonheur: quelqu'un qui, après avoir tué ses victimes, leur étire la bouche en un dernier sourire.
Critique:
J'ai retrouvé Rosa Montéro avec plaisir: son écriture si particulière, si juste, son style si agréable, fait de phrases poétiques et percutantes. Elle fait partie des rares auteurs dont le style me fascine.
Outre cela, ses réflexions sont toujours justes.
Le livre est assez long, et pour moi, il ne souffre d'aucune longueur. Je me rappelle avoir trouvé «La fille du cannibale» inégal. Ici, ce n'est pas le cas. Bien sûr, certains s'ennuieront peut-être lorsque Daniel est prisonnier, car on peut s'attendre à certains événements, mais j'ai trouvé que l'auteur savait mettre à profit ce pan de l'histoire.
D'une manière générale, elle a su à merveille croiser les événements de manière à ce que le tout n'est pas l'air irréaliste, même si le lecteur sourit de certaines coïncidences.
Les réflexions sur la vie, la mort, la vengeance (à travers les personnages), me paraissent très pertinentes. Cela ne m'étonne pas de Rosa Montéro.
J'ai aimé la fin. Dans ce genre de livres, il est difficile de faire une fin qui va avec le ton général du roman. Ici, tout se tient, tout est logique, uniforme.
J'ai surtout aimé la façon dont l'auteur résout l'énigme de l'assassin du bonheur. Elle sort des sentiers battus, fait quelque chose d'original. Un autre auteur aurait sûrement expliqué que l'un des personnages principaux était l'assassin du bonheur. C'est un écueil que je redoutais, car je l'ai souvent vu.
Les personnages sont, eux aussi, bien pensés, creusés, réalistes.
Daniel mène une vie étriquée, il est enseveli sous un monceau de mauvaises habitudes, de rancoeurs, de frustrations, d'espoirs déçus... Il le sait, s'admoneste, mais ne fait rien pour s'en sortir. Je n'ai pas apprécié cet aspect du protagoniste. Je sais que beaucoup de gens ont une vie qu'ils ne désirent pas, le savent, pourraient s'en sortir, mais ne font rien, et se plaignent. J'avoue ne pas aimer cela. Soit on change de vie, soit on tente d'en privilégier l'aspect le plus intéressant, soit on reste comme on est, mais on ne se plaint pas.
Par contre, j'ai beaucoup apprécié l'analyse que Rosa Montéro fait de ce personnage. Je l'ai trouvée pertinente et réaliste tout au long du roman, et surtout à la fin.
Quant à Matthias, il est bien analysé, et appréciable. On comprend sa souffrance, la terrible douleur qui le fait chercher un coupable, qui fait qu'il refuse l'irréparable, qu'il a besoin de se venger. D'autre part, il est sympathique au lecteur.
Par contre, j'ai trouvé qu'à la fin, l'auteur détruisait un peu ce qu'elle avait habilement construit. Je ne voulais pas que Matthias passe son temps à se morfondre, et je comprends que le temps commence son travail d'apaisement. Mais j'ai trouvé que c'était un peu rapide. Bien sûr, ce dont je parle est à peine esquissé, mais ce n'est pas crédible. Quand on a aimé comme semble avoir aimé Matthias, ce qui arrive à la fin paraît un peu invraisemblable.
Je ne dirai pas grand-chose quant à Cerveau et Fatma. Je les ai trouvées complexes, et intéressantes. L'exemple de Cerveau illustre bien les rapports compliqués que l'homme a quant à l'existence.
Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup la voix et la façon de lire de Jacques Zurlinden. Il allie avec brio jeu et absence de cabotinage. Il parvient à ne pas être monotone tout en ne surjouant jamais.












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