Conduite en état Livresque

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Pensées confuses
Qui se refusent
A tout poème cohérent
D'où celui-ci inhérent
C'était évident
Sugar

Bienvenue sur Conduite en état livresque.

jeudi 18 mars 2010

jeudi
18
mars 2010

La poursuite du bonheur, de Douglas Kennedy.

L'ouvrage:
C'est l'enterrement de Dorothy Malone. Parmi les personnes présentes, sa fille, Kate, remarque une dame âgée qu'elle ne connaît pas. Puis elle l'oublie.
Le lendemain, la femme se manifeste par une lettre puis des coups de fil. Elle veut apprendre quelque chose à Kate. Celle-ci refuse. Alors, Sara Smythe (c'est le nom de la femme), lui envoie un album de photos. Des photos de Kate, de ses parents, de son frère, de son fils. Kate, indignée, se précipite chez cette femme qui l'effraie. C'est alors que Sara lui remet un manuscrit en lui disant que Jack Malone, le père de Kate, a été l'homme de sa vie.
Rentrée chez elle, Kate s'attaque au manuscrit. Elle va connaître la douloureuse histoire de sa famille.

Critique:
À travers l'histoire de personnages complexes, Douglas Kennedy analyse parfaitement, une fois de plus, la psychologie, les circonstances, les choix qui déterminent le tour de la vie de chacun. Dans un livre très poignant (cela faisait très longtemps que je n'avais pas pleuré en lisant un roman), écrit d'une plume incisive, bannissant toute mièvrerie, explorant sans complaisance les sentiments de chacun, Douglas Kennedy signe ici un roman qui ne pourra laisser personne indifférent. Les amateurs de sagas familiales où rien n'est manichéen seront comblés. C'est un livre qui fait réfléchir, qui force le lecteur à se poser des questions dérangeantes. On peut blâmer tel ou tel personnage, mais qu'aurions-nous fait à leur place? Je me suis souvent surprise à penser: «Mais voyons, Truc, c'est pas comme ça qu'il fallait agir! Mais tu aurais pu faire comme ci ou comme ça!» Puis, tout de suite après: «Oui, mais qu'est-ce que j'aurais fait à la place de Truc?»

Le parallèle entre la situation de Kate et celle de Jack est intéressant. Jack s'est enferré dans un mariage malheureux par devoir et lâcheté, alors que Kate et Matt ont préféré divorcer, malgré leur enfant. Ici, tout est une question d'époque et de personnalité. À l'époque de Jack, et quand on était, comme lui, catholique croyant, on fait son devoir. À l'époque de Kate, les moeurs sont un peu plus évoluées, on ne se sacrifie pas par devoir. Qui en sera le plus heureux? Au final, je pense que c'est Kate. Son fils est triste que ses parents soient séparés, mais n'y aurait-il pas eu plus de dégâts s'ils étaient restés à se disputer, à s'aigrir petit à petit?
Quant à Jack, il agit par devoir, mais son coeur le pousse quand même à tromper sa femme. N'aurait-il pas été plus droit, finalement, et en tout cas moins hypocrite, s'il l'avait quittée?

Autre chose m'a interpellée: cet amour indéfectible, cette entente parfaite qu'on trouve entre les frères et les soeurs de la première génération, et l'incompréhension entre le frère et la soeur de la génération suivante.

Outre les dilemmes engendrés chez certains personnages par la chasse aux sorcières, Douglas Kennedy fait ressurgir ce pan de l'histoire, et le fait très intelligemment. Cet auteur qui n'hésite pas à critiquer les mauvais côtés de son pays, se montre, là encore, précis dans ses attaques contre ce moment peu glorieux pour les États-Unis. Il nous rappelle le comportement pitoyable et cruel du gouvernement. Il nous rappelle à quel point la peur peut être dévastatrice si on n'essaie pas de la neutraliser, si on se laisse submerger par elle, si on la laisse tout régenter. Douglas Kennedy fait ça très bien en mettant en avant le comportement infantile et dépourvu de raisonnement du FBI et d'autres.
À côté de cela, certains personnages sortent des poncifs sur les Français (ceux-ci ne sauraient pas préparer de la bonne nourriture, et accepteraient l'adultère avec bonhommie), et ne se disent pas que leur façon de faire n'est peut-être pas la meilleure.

Le personnage de Jack est sûrement le plus complexe. Kate le juge d'ailleurs d'une manière trop arbitraire. Bien sûr, elle est déstabilisée par le contraste entre le père de contes de fées que lui a inventé Dorothy et le vrai Jack qu'elle découvre brutalement au fil des pages de Sara. C'est Meg qui analyse le mieux Jack. Il a été faible et lâche, mais il a tenté de faire de son mieux. Il a fait certains choix malheureux, mais il n'a jamais pensé à mal. Ce qu'il a fait au moment où la chasse aux sorcières menaçait de le broyer est méprisable, mais c'est lui qui l'a le plus payé. Si Sara en a été dévastée, c'est Jack qui en a payé le prix fort. Sara a fini par se relever, elle. Au final, le lecteur blâme et plaint Jack à la fois.

Le personnage de Sara est également complexe. Elle fait certains choix, mais dépend aussi des choix d'autres. C'est une femme au caractère bien trempé, qui fait face, affronte vaillamment les coups du sort, à l'instar de beaucoup de personnages féminins des romans de Douglas Kennedy. Elle aurait sûrement fait des choix plus appropriés que Jack et Dorothy quant au mariage, mais qu'en aurait-il été lors de la chasse aux sorcières? Elle ne voit que le gouffre qui s'est ouvert sous ses pieds, mais ne cherche pas à comprendre Jack, ne sachant que le blâmer. Elle dit que si, elle le comprend, mais qu'elle est aveuglée par sa colère et sa douleur. Le lecteur peut comprendre cela. Cependant, une personne fine comme Sara, même submergée par la souffrance, aurait dû remettre certaines choses en question. Là encore, qu'aurait-on fait à sa place? Il est impossible de le dire.
En outre, en ce qui concerne son histoire avec George, Sara s'obstine dans une erreur, malgré ce que lui disent son frère et sa raison. Elle est donc parfois agaçante à faire la morale aux autres, alors qu'elle aussi peut faire preuve d'entêtement, tout en sachant qu'elle fait le mauvais choix.
Tout comme pour Jack, le lecteur prend Sara en pitié, et réprouve certains de ses actes.

Je n'ai pas vraiment apprécié le personnage de Dorothy, car elle aussi est faible, encore plus que Jack. Elle préfère se consumer de haine et de frustration plutôt que de laisser partir un homme qu'elle n'aime pas, juste par peur de la solitude, et par jalousie du bonheur que connaîtrait Jack.
Pourtant, Dorothy fait tout pour que ses enfants aient une vie à l'abri des tracasseries financières, et pour qu'ils se réconcilient (je crois le raisonnement de Kate juste). Malgré son amertume, elle sait se montrer capable d'amour et d'abnégation.

Les Grey, personnages qui traversent la vie de Sara, sont également très bien analysés. Madame Grey pourrait être un personnage un peu cliché, mais je la trouve, au contraire, très réaliste. Malheureusement, des femmes castratrices, manipulatrices, voulant tout contrôler, cela existe, et on en trouve plus fréquemment que ce que l'on pourrait croire.

On pourrait s'étonner que je ne crie pas au scandale quant à ce coup de foudre, puisque je rejette ce genre de cliché. Bien sûr, j'ai trouvé que le coup de foudre n'était pas crédible, mais étant donnée la suite du roman, l'histoire d'amour aurait pu s'épanouir.

Malgré tout le gâchis engendré par certains choix et circonstances, la fin est une note d'espoir. Le manuscrit de Sara a fait évoluer Kate, quoiqu'elle en dise, et elle agit de manière intelligente envers Ethan, Sara, et Charlie. Il aura fallu que son père se trompe, que sa famille connaisse des malheurs dont on ne sort pas indemne pour que la génération suivante, malgré un pessimisme exaspérant, tente de s'en sortir.
C'est une note d'espoir, oui, mais ça ne changera rien pour Jack et Éric. Il est trop tard pour eux. C'est pour cela que malgré la note d'espoir, ce roman laisse un goût d'amertume.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Une fois encore, Martine Moinat a très bien interprété ce roman. Il aurait été facile de lire certains passages sur un ton mélodramatique. Mais elle ne l'a pas fait, respectant, à mon avis, l'écriture de Douglas Kennedy.

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mercredi 17 mars 2010

mercredi
17
mars 2010

Anticontes de fées, de Grégoire Solotareff

Je m'excuse par avance de la brièveté de quelques unes de mes prochaines critiques : étant en formation bibliothécaire, je m'entraîne à réaliser des fiches de lectures et des résumés comprenant entre 50 et 200 mots pour la plupart... Je vous en fais bénéficier, j'essaie d'en dire un peu plus que dans mes devoirs, mais il est difficile, une fois qu'on a tout condensé, de faire plus long !

Le Petit Chaperon Vert est une camarade de classe du Petit Chaperon Rouge. Barbe-Rose est le frère de Barbe-Bleue. Lady est la sœur de Belle, la princesse au Bois Dormant. Voici leurs histoires…

J'ai bien aimé lire ce court recueil, l'on y trouve des détournements de contes classiques assez jouissifs pour les adultes ou les grands, mais qui risquent de ne pas parler aux plus jeunes. Il y a des références qu’ils n’auront pas.
Les illustrations de Nadja sont drôles, sans être extraordinaires, et leur trait plutôt grossier.
La face cachée des contes de fées. Les petits n’en saisiront sans doute pas tout le sel… A réserver aux 8-12 ans, malgré une typographie assez large et des illustrations plutôt simples.

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mardi 16 mars 2010

mardi
16
mars 2010

Docteur à tuer, de Josh Bazell.

L'ouvrage:
Enfant, Pietro Brnwa vivait avec ses grands-parents. Un jour, ils sont assassinés. Après enquête, la police subodore que l'acte aurait été commis par des mafiosi lors de leur intronisation. Pietro n'a qu'une envie: se venger.

Des années plus tard, le voilà interne dans le pire hôpital de Manhattan. Un visage de son passé ressurgit sous la forme d'un nouveau patient. C'est alors qu'il raconte son histoire.

Critique:
Dans le résumé que j'ai lu, on nous présente Pietro comme une espèce de docteur House: cynique, caustique, drogué aux anxiolytiques, et au fond, très gentil. Ce parallèle m'a gênée, car on dirait qu'il a été fait exprès pour que celui qui aime «Docteur House», se rue sur le livre.
En outre, il m'a semblé que Josh Bazell tentait parfois d'imiter le style de Hugh Laurie, ce qui m'a également gênée.
Michael Connelly dit le plus grand bien de ce roman, également. Le roman m'a plu, mais je trouve qu'il a été desservi par la publicité. Vous me direz que la publicité est là pour nous faire acheter, et donc, elle en fera trop. Mais je suis assez rancunière lorsque mon horizon d'attente n'est pas satisfait. On nous dit que le roman est drôle et caustique: il y a quelques notes d'humour, quelques apartés, quelques façons amusantes de dire les choses, notamment lorsque Pietro évoque la médecine et la façon dont fonctionne l'hôpital où il travaille. Mais quand je lis «ce roman est drôle et caustique», je m'attends à rire tout au long du livre. Cette attente est renforcée par la vue du trailer qui, lui, est vraiment drôle. J'aurais peut-être mieux apprécié le roman si la publicité ne l'avait pas maltraité en voulant le promouvoir.

J'ai trouvé que le livre démarrait lentement. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire.
L'intrigue est bien menée, mais certains événements sont prévisibles. À partir du moment où il fraie avec la mafia, on se doute que certaines choses arriveront. Quand un personnage dit: «Bon, là, c'est le dernier «mauvais coup» que je fais, après, je me range», dans un livre ou un film, en général, quelque chose de mal se passe lors de ce dernier coup. Donc ici, on pressent que quelque chose arrivera. C'est un exemple, mais on devine d'autres événements. Et bien sûr, lorsque Pietro a une idée folle qui le sauvera peut-être, on ne peut s'empêcher d'avoir la même réflexion amère que lui.
À part cela, le lecteur suit l'histoire avec intérêt, et est même suspendu aux lèvres de Pietro à partir du moment où l'intrigue s'emballe. C'est alors que l'auteur confronte son lecteur à un tourbillon d'émotions, de sentiments, de sensations dont il sortira meurtri. (L'épisode de l'aquarium m'a particulièrement bouleversée.)
La structure du livre est faite pour ménager le suspense: on voit le présent de Pietro, puis son passé, puis à nouveau son présent tout au long du roman. Personnellement, je n'aime pas trop ce genre de façon de faire, justement parce que je trouve que c'est une manière un peu artificielle de créer du suspense, mais cela n'engage que moi, et une fois que je suis entrée dans le roman, cela m'a moins gênée.

Le personnage de Pietro est attachant. Il reste intègre (d'une certaine manière), et bon, malgré tout. C'est un personnage extrême, aux sentiments à fleur de peau. Il attire la sympathie et la compassion du lecteur. D'un autre côté, il commet des actes qui fait que le lecteur éprouve également du dégoût pour lui, même s'il a été parachuté là-dedans par faiblesse et à cause de certaines circonstances, et s'il essaie de garder une certaine ligne de conduite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Jean-Claude Lattès

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lundi 15 mars 2010

lundi
15
mars 2010

Deux doigts de mensonge, de Ruth Rendell.

L'ouvrage:
Kerstin Kvist est suédoise.
En mai de cette année-là, elle se rend à Londres afin de suivre son petit ami. Une amie lui trouve du travail chez les Cosway. La maison est habitée par madame Julia Cosway (plus de quatre-vingts ans), et ses cinq enfants: Ida, Winnifred, Ella, Zorra (qui est indépendante, et vient de temps en temps voir sa famille), et John. Kerstin devra s'occuper de John, trente-neuf ans, qui, lui dit-on, est schizophrène.

Critique:
Pour moi, Ruth Rendell est capable du meilleur comme du pire. Ici, le roman est réussie. Elle nous plonge à merveille dans une ambiance étouffante, suffoquante, et pourtant, son talent fait qu'on n'a surtout pas envie de poser le livre, et de laisser les personnages à leurs malheurs.

Ces cinq femmes ne savent que se déchirer. Elles ont accumulé rancoeur et aigreur les unes envers les autres. Le roman est un très bel exemple d'une famille sans amour, sans communication. Julia est une mère castratrice. Elle communique ses sentiments et ses façons de penser négatives à ses filles.
Le pire est tout de même la façon dont elle traite John. Fort des observations de Kerstin, le lecteur devine que John n'est pas schizophrène. Il met un nom sur ce qu'il a bien avant Kerstin, grâce aux symptômes qu'elle décrit. On est tout de même choqué que la mère de John, sans savoir ce qu'il a, réagisse de manière si négative. Elle répond à ses actes par de l'autorité, engendrée par la peur, certes, mais elle n'essaie jamais de comprendre. Son cher docteur Lombard lui a dit ça, alors c'est ça. Bien sûr, il est médecin, et elle l'aime, deux bonnes raisons pour le croire, mais une mère ayant un instinct maternel essaiera toujours d'en savoir plus.

Le lecteur est assez surpris que Julia ait pu faire preuve d'amour. Son amour, tout comme celui qu'éprouvera Ella, brouillera son jugement. L'amour est censé épanouir une femme. Ici, il fait le contraire. Ella et Ida souffrent, Julia devient égoïste et se ferme à tous surtout à ses enfants... quant à Winifred, si elle est épanouie, on ne peut pas dire que l'amour la rende positive.

Kerstin est le personnage qui va tout bouleverser, l'élément perturbateur. Elle cherche à comprendre, à secouer les préjugés et idées reçues engendrés par la peur et l'égoïsme. Elle est une bouffée d'aire frais qui assainit un peu l'atmosphère viciée de la maison. C'est le personnage sympathique qui vient du dehors, et qui va tout changer, consciemment ou non. John verra en elle une alliée, il sentira qu'elle ne le voit ni comme un objet ni comme un monstre. Bien sûr, Julia la rejettera, comme elle fait de tous ceux qui osent suggérer qu'elle aurait peut-être tort.
Tous ces personnages sont passionnants, car même si la plupart sont détestables, leur psychologie est intéressante. Leur entêtement, leur refus de se remettre en question rappellent tant de gens qu'on côtoie tous les jours...!

L'intrigue est lente, mais cette lenteur est plutôt un point positif. En général, je n'aime pas les romans trop lents. Ici, cela va bien avec les personnages et leurs caractères. En outre, c'est crédible. Kerstin ne va pas tout voir, tout découvrir dès son arrivée, ce serait invraisemblable.

J'ai trouvé certaines choses un peu grosses: l'obstination d'Ella dans son erreur alors qu'elle sait que c'est une erreur. On me dira que bon nombre de personnes amoureuses sont ainsi...
J'ai trouvé très grosse la rencontre de Marc et d'Anna.
Egalement le fait qu'Eric ne s'aperçoive de rien...
mais dans l'ensemble, j'ai pris plaisir à la lecture de ce roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

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vendredi 12 mars 2010

vendredi
12
mars 2010

Le tailleur de pierre, de Camilla Läckberg.

L'ouvrage:
La police de Fjàllbacka se retrouve en charge d'une nouvelle affaire: une enfant a été «pêchée» par un pêcheur de homards. Pour Patrik Hedström, l'un des policiers, ce cas est d'autant plus perturbant qu'il connaît l'enfant, sa mère étant une amie d'Erika, la compagne de Patrik.

L'enquête se complique lorsque l'autopsie révèle que Sarah a été noyée, certes, mais vraisemblablement dans un bain, car on a retrouvé de l'eau douce dans ses poumons, ainsi que des restes de savon et de shampoing.
Mais le plus étrange est qu'on retrouve de la cendre dans son estomac: on lui en a fait avaler.

Critique:
C'est la suite de «Le prédicateur». On retrouve avec plaisir les personnages des policiers et d'Erika.

Là encore, Camilla Läckberg nous raconte deux intrigues arrivées à deux époques différentes. Malheureusement, je ne me fais plus prendre par cette ficelle censée dérouter le lecteur, et que j'ai si souvent rencontrée.
Attention, je dévoile des pans de l'histoire en montrant le cheminement que j'ai suivi. Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Je sais que des histoires semblant totalement éloignées les unes des autres, dans un polar, sont connectées. Donc, j'ai tout de suite su que le coupable était un descendant d'Agnès, et j'ai vite su que cette personne agissait ainsi à cause des traumatismes qu'Agnès lui avait infligés.
Ayant compris les rouages du roman, dès qu'Agnès a rencontré la petite fille, j'ai su que c'était elle, la coupable, et en calculant son âge, j'ai su qui elle était dans le présent. Son prénom ne m'a pas déroutée (il a dû être cité dans le but de détourner le lecteur qui s'approcherait trop de la vérité), j'ai imaginé ce qui s'était passé ensuite.
J'ai également deviné qui avait tué le premier mari de Lilian, et ce qui arrivait à Stieg.
Comme beaucoup de thrillers parlent d'abus sur enfants, j'avais également compris qu'il y aurait une histoire de ce genre, et je savais que Sebastian était la victime. À ce sujet, l'auteur nous présente le coupable comme un malade. Je veux bien croire que certains raisonnent ainsi, mais elle a l'air de dire qu'ils sont tous comme ça. Or, je pense qu'il ne faut pas se leurrer: la plupart savent très bien ce qu'ils font, ce qui est encore pire, même si dans les faits, ça revient au même. (Réflexion d'une fille traumatisée par un livre des plus réalistes sur le sujet.)
J'avais aussi deviné qu'Agnès avait mis le feu à sa maison, mais pas qu'elle avait pris la peine de tuer ses occupants avant. Cela explique qu'ils ne soient pas sortis...

Le roman m'a plu, même si j'ai deviné beaucoup de choses. Camilla Läckberg a quand même réussi à m'embrouiller avec Janet.
J'ai trouvé que l'auteur en faisait parfois un peu trop, par exemple, avec la lettre de Mulberg, au début.
Le thème de la famille est abordé de plusieurs manières: relations compliquées, familles recomposées, incompréhensions entre parents et enfants, caractères et personnalités complexes ou très simples... J'ai trouvé tous ces exemples intéressants et bien analysés.
Je ne les évoquerai pas tous, bien sûr, ce serait trop fastidieux pour mes lecteurs, mais parmi ces relations parents-enfants, il y a celle des nouveaux parents (Patrik et Erika) et de leur fille, Maya. Comme dans «Le prédicateur», Camilla Läckberg est réaliste. Elle ne nous présente pas des parents gâtifiant devant un bébé ne pleurant jamais. Elle nous montre ce qui, à mon avis, est le quotidien de parents après une naissance.

Les petites guerres entre policiers m'ont paru bien analysées également. J'ai cependant trouvé les personnages d'Ernst et de Mulberg un peu invraisemblables. En effet, Ernst n'a que des raisonnements idiots. Un enfant de dix ans verrait la stupidité de ces raisonnements. On me dira que sa fatuité l'empêche de s'en rendre compte... Peut-être...
Quant à Mulberg, il n'est pas très crédible. Il est inapte au point que c'est Patrik qui gère tout. On voyait déjà cela dans «Le prédicateur», mais c'était logique car expliqué un peu différemment: il laissait Patrik se démener, et récoltait les lauriers. Ici, on voit vraiment que c'est un fantoche, et on se demande comment il est arrivé là. Dans le roman, le lecteur a un petit aperçu de sa vie privée, et donc de ses pensées en dehors du travail. Eh bien, je peux vous dire que ça fait frémir. Qu'il s'enferre dans un raisonnement, soit, mais qu'il réfléchisse comme un gamin de dix ans, voire moins, c'est effarant. Il transpire la bêtise. Au moins, il fait rire le lecteur!

Le personnage d'Agnès n'est pas très complexe, malheureusement. Elle ne sait que passer pour une victime, semer le malheur autour d'elle par son égoïsme... Le comportement de son père (après son sursaut de lucidité), et celui d'Anders m'ont profondément énervée. Agnès ne cachait même pas son jeu, et ils se remettaient en question. On m'objectera qu'elle était manipulatrice. Je pense qu'au départ, non, elle l'est devenue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Pâris.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 17 mars.
J'ai été très déçue qu'Eric Herson-Macarel, qui a enregistré «Le prédicateur», n'ait pas lu ce roman. Pour moi, Christine Pâris partait déjà avec un sérieux défi à relever, car elle devait faire aussi bien, voire mieux. Au début, sa voix est affectée, on dirait qu'elle lit un conte à des enfants. Ensuite, elle semble mieux entrer dans le roman, et lit de manière plus naturelle. Sa lecture est vivante. Parfois, elle retrouve un peu son ton affecté du début. Si elle enregistre à nouveau, je ne sais pas si je la retrouverai avec plaisir.
En revanche, j'espère qu'Eric Herson-Macarel enregistrera d'autres livres!
Détail amusant: la voix de Christine Pâris me fait penser à celle de la comédienne Caroline Beaune.

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