Conduite en état Livresque

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Une de ces conversations (...) qui commencent avec l'une des deux qui essaie de convaincre l'autre qu'elle ne pense pas ce que l'autre est décidée à croire qu'elle pense. Ce qu'elle pense, parce qu'à un certain niveau subconscient peut-être, elle le pense vraiment.
Elizabeth George dans "Mémoire infidèle".

Bienvenue sur Conduite en état livresque.

mercredi 9 juillet 2008

mercredi
9
juillet 2008

Chéri, tu m'écoutes ? ... Alors répète ce que je viens de dire..., de Nicole de Buron

Ecrivaine et journaliste, l'héroïne ("vous") partage sa vie entre son mari ("l'Homme") et ses deux filles : "Fille Aînée", divorcée de "Monsieur Gendre n°1", deux enfants adolescents, vit avec "Monsieur Gendre n°2", père du petit dernier ("Attila") ; et "Petite Chérie", qui vole de petit ami en petit ami, pas toujours convenables. Il y a les amies aussi, soutiens et confidentes de toujours.
L'héroïne nous conte son quotidien, et ses confrontations incessantes avec l'Amour sous toutes ses formes : adultes (jeunes et moins jeunes), adolescentes ou enfantines, elles ne sont jamais simples...

C'est le premier livre de Nicole de Buron que je lis, et j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, j'ai beaucoup ri. Les situations cocasses, souvent véridiques (on n'arrive pas à savoir si elles sont vraies, mais on les vérifie parfois dans notre propre vie), les personnages tellement réels, les quiproquos, la pauvre grand-mère prise dans les histoires de coeur des enfants... C'est vraiment très drôle.
J'ai aussi beaucoup aimé la façon dont l'auteure raconte, l'emploi du "Vous" et du présent, qui impliquent la lectrice (ou pourquoi pas le lecteur, mais je ne sais si beaucoup de lecteurs peuvent se mettre dans la peau de l'héroïne), est un peu déstabilisante au début, mais on s'y fait très vite, et cela est bien agréable. On apprécie aussi les moments de "conversations" entre l'héroïne et le chat, qui lui répond. C'est assez drôle, et souvent finement observé : qui savait que les chats voyaient les choses ainsi ?
On sent que l'auteure prend la vie avec beaucoup d'humour. Si nous ne savons pas si elle raconte sa vie réelle ou si elle invente tout, nous pouvons penser qu'elle s'est largement inspirée de l'observation de ses contemporain(e)s pour écrire ce roman, tellement nous pouvons nous y retrouver (dans sa façon de comprendre et de manipuler l'Homme, par exemple). Il y a des moment vraiment comiques (la découverte du petit ami brésilien de Petite Chérie, ou le mariage de la mère de l'Homme), d'autres très tendres (les confidences d'Attila), mais aucun qui ne soit franchement triste. Je crois que je lirai d'autres de ses romans dès que j'en aurai l'occasion ! Un cocktail de bonne humeur qui vous remonte le moral quand vous en avez besoin, il ne faut jamais cracher dessus !

Vous trouverez ici deux autres critiques d'ouvrages de Nicole de Buron.

lundi 7 juillet 2008

lundi
7
juillet 2008

Un bon cru, de Peter Mayle.

L'ouvrage:
Max Skinner est anglais.
Le jour de sa démission, il trouve une lettre lui apprenant que son oncle, Henry, était mort et lui léguait sa maison dans le Lubéron. Se souvenant que l'oncle Henry possédait des vignes, Max pense qu'il pourra peut-être vivre de la vente du vin. Son ami, Charlie, le conforte dans cette idée par son enthousiasme.

Max déchante lorsqu'il goûte le vin produit par ses vignes. Il décide de faire appel à un eunologue qui l'aidera à améliorer la qualité de son vin.

Les choses se compliquent encore lorsque Max voit débarquer dans son paradis la prétendue fille de son oncle Henry, fille dont toute la famille ignorait l'existence.

Critique:
Ceux qui connaissent Peter Mayle et s'attendent à un roman qui se veut avant tout détendant et divertissant ne seront pas déçus. C'est un roman de vacances, dont on ressort avec le sourire.

Les personnages sont attachants (du moins, les «gentils«), et amusants. Certains le sont plus que d'autres. Par exemple, madame Passepartout: sa façon de travailler, sa curiosité, sa façon de protéger ceux qu'elle aime...
La scène où Christie et Max se disputent et ce qui en découle est un moment amusant. Ce n'est bien sûr pas le seul.

J'ai tout de même été déçue par quelques aspects du roman. Par exemple, les français sont caricaturés: ils aiment tous bien manger (et mettre de l'ail dans la nourriture), bien boire (comme dans tous les livres de Peter Mayle. A un moment, Max constate que Nathalie conduit vite, c'est donc tous les français qui conduisent vite. Lorsque Christie pense que Nathalie la drague, Max explique que le flirt est une habitude française. Il dit aussi qu'il ne faut pas tomber malade en France, car il y a beaucoup de paperasse. Tous ces poncifs m'ont plusieurs fois fait soupirer d'agacement. Il est possible que certains soient là exprès pour exagérer le trait, et faire sourire le lecteur, mais cela m'a plutôt ennuyée, car cela ôte tout réalisme et toute nuance au roman.
J'ai également été déçue par quelque chose à la fin du roman. Ce qui m'a déçue apporte de l'originalité au roman, c'est donc plutôt positif, mais j'aurais préféré quelque chose de plus conventionnel.

En bref, si vous faites abstraction des lieux communs sur les français (je crois qu'il y en a aussi quelques-uns sur les américains), et que vous voulez passer un moment agréable sans vous casser la tête, ce livre est pour vous!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Zino Davidoff pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 30 juin 2008

lundi
30
juin 2008

L'affaire Lerouge, d'Emile Gaboriau.

L'ouvrage:
La veuve Lerouge est retrouvée assassinée. Cette femme avait une très mauvaise réputation. Elle fréquentait des personnes peu recommandables. La police et le juge d'instruction qui s'occupent de l'affaire n'ont que l'embarras du choix quant aux directions où chercher le coupable.

Bientôt, une sombre histoire surgit du passé. C'est là-dessus que vont se concentrer les efforts des enquêteurs.

Critique:
Ce roman, écrit il y a plus d'un siècle, semble terriblement actuel. Les thèmes abordés pourraient se retrouver dans un thriller écrit par un romancier du vingt-et-unième siècle: l'appât du gain, la jalousie, l'amour, l'esprit de sacrifice...

En outre, l'auteur a su trouver des rebondissements auxquels on ne s'attend pas: l'apparition soudaine d'un personnage qui donne au juge d'instruction les preuves pour arrêter le coupable, la découverte des raisons qui font qu'un personnage semble coupable. Je n'avais pas trouvé comment innocenter le faux coupable. Je me disais bien qu'il était innocent, mais je ne savais pas comment il se faisait que toutes ces preuves étaient contre lui. Je pensais que quelqu'un avait manigancé et fabriqué de fausses preuves. La façon dont l'auteur explique tout cela est bien meilleure, car c'est crédible et inattendu.
En outre, les tourments du juge d'instruction sont très réalistes.

Cependant, le livre est inégal. Si certaines découvertes enchantent le lecteur par leur justesse, d'autres moment sont un peu lassants. D'une manière générale, le livre traîne beaucoup. L'auteur raconte en plusieurs pages ce qui pourrait être résumé en une. J'imagine que ces longueurs ont été voulues par l'auteur afin de mieux planter le décor, camper des personnages consistants. D'autre part, il faut se remettre dans le contexte de l'époque: on écrivait des ouvrages plutôt longs.
Par ailleurs, j'avais découvert qui était le coupable ainsi que son mobile dès le chapitre 13 (le livre comporte 20 chapitres).

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi 25 juin 2008

mercredi
25
juin 2008

Les grandes heures de la Normandie, de Michel de Decker

L'auteur : Homme de plume ou de radio, la voix de l'historien Michel de Decker est très connue des auditeurs de France Bleu Normandie, où sa chronique historique est un véritable succès. Il a aussi beaucoup participé aux Tribunes de l'Histoire de France Inter, avec ses amis Alain Decaux et André Castelot. Il est aussi un admirable conteur et conférencier, dont la voix et les connaissances envoûtent les nombreux spectateurs qui viennent l'écouter.
Il est l'auteur de nombreux ouvrages historiques, allant de l'histoire de femmes françaises (la princesse de Lamballe, Madame de Montespan, la Pompadour...) aux hommes qui ont marqué l'Histoire ou les mémoires (Napoléon III - dernier ouvrage paru -, le chevalier d'Eon...). Normand de naissance et de coeur, il s'est spécialisé dans les anecdotes normandes, la petite histoire, et met sa plume au service de ses talents de conteur dans ce recueil.

L'oeuvre : Une somme d'anecdotes, historiques ou non, qui retracent l'histoire de la Normandie des Gaulois (et même avant !) jusqu'au Débarquement de juin 1944.

Cette somme est incroyable, foisonnant de détails et de vrais morceaux d'Histoire, rétablissant la Vérité sur bien des points, et dans une langue très agréable à lire. On devrait presque même se faire lire ce livre, tellement la prose de l'auteur s'y prête !! On y apprend comment un paysan a retrouvé par hasard dans son champ un vrai trésor gallo-romain enfoui là depuis des siècles, on découvre d'où vient le caractère si taciturne mais malin des Normands d'aujourd'hui, l'origine de bien des toponymes...
Des légendes également, mises en concurrence avec ce que l'on sait de la réalité historique. Par exemple, la légende des énervés de Jumièges (les deux fils de Louis, fils de Charlemagne, qui auraient eu les nerfs des jarrets brûlés pour avoir voulu empêcher leur père de rentrer de Terre Sainte, et auraient été mis sur un radeau qui vient s'échouer sur les bords de la Seine, à l'emplacement où se dressent aujourd'hui les ruines de ce qui fut la grande abbaye de Jumièges) est confrontée à la Vérité (Louis est mort quand ses trois enfants n'avaient que 12 ans pour le plus vieux).
Mais même si la Réalité est plus forte que la Légende, Michel de Decker le dit de façon telle que l'on a l'impression que lui-même préfère la Légende... Et n'est-ce pas normal ? Ne préfère-t-on pas en général ce qu'on pense vrai, plutôt que ce qui est vrai ? Ces contes sont tellement plus poétiques...
Pour rester aux débuts de l'Histoire Normande, je ne saurait trop vous conseiller la peinture que l'auteur nous fait de la conquête de la Normandie par les Northmen, les Vikings, arrivés sur les Srekkars (lisez le livre pour savoir pourquoi je n'écris pas drakkars) pour piller, tuer et dévaster la riche terre qui s'offrait à eux, puis s'y sont installés durablement. La plume du conteur est tellement forte que l'on s'y croirait !!
Le départ de Guillaume pour l'Angleterre, le siège de Château-Gaillard, l'invention du Camembert... Histoire et histoires se mêlent habilement. On trouve également dans ce recueil mille petits détails, des coutumes locales aux histoires de Saints Normands, expliquant peut-être bien des choses...
Bref, une lecture passionnante, qui explique toute la richesse du terroir normand, toute l'Histoire qui en a fait une terre tellement attachante et passionnante... Je vous la conseille, que vous soyez normands ou non, cela vous donnera envie de venir voir !! ;-)

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lundi 23 juin 2008

lundi
23
juin 2008

L'histoire de Bone, de Dorothy Allison.

L'ouvrage:
Ruth-Anne a toujours été appelée Bone (Os). Elle grandit, entourée de sa mère, de sa soeur, et de ses tantes. Ses oncles aiment bien la bouteille. La famille de Bone n'est pas très riche, des joies et des drames se succèdent, comme dans toute famille. Mais cette famille reste soudée.
Et puis, la mère de Bone épouse Glenn. Glenn l'aime, et dit qu'il aime Bone et sa soeur. Il désire être leur père.

Critique:
L'auteur nous dépeint très bien la vie intérieure de cette petite fille, sûrement parce que, comme l'indique la quatrième de couverture, le récit est quasi autobiographique. Je ne sais pas quelle est la part de vrai et la part d'invention, mais l'histoire que nous raconte Dorothy Allison ne peut laisser personne indifférent. Elle peut sembler banale: le beau-père instable qui passe ses nerfs sur une enfant, et qui double cela d'un désir malsain; la fillette qui se sent coupable, qui est sûre qu'elle mérite ce qui lui arrive parce que, comme son bourreau ne cesse de le lui répéter, elle est mauvaise. Malheureusement, on rencontre ce genre d'histoires (avec des variantes) très souvent. Ce n'est pas pour cela que le coeur s'émousse.

L'attitude de Glenn envers Bone est le thème central du roman. D'autres choses arrivent (la maladie de la tante Ruth, l'antagonisme entre Bone et sa soeur, etc), mais ces choses finissent par être reléguées au second plan.
Bone évolue au long du livre. Au début, elle a l'attitude que j'ai décrite face à son tortionnaire, mais elle finit par écouter ce qu'on lui dit, et par réfléchir. Elle a la force de se relever, et de se battre.

Ce qui est plus dur à avaler, c'est l'attitude d'Anne, la mère de Bone. On voit souvent des mères qui font semblant de ne pas voir. Ici, c'est plus compliqué que cela. Le lecteur devine très bien ce qui se passe dans la tête d'Anne, surtout que l'une des tantes de Bone tente de le lui expliquer. Cependant, j'ai eu du mal à admettre qu'une mère puisse avoir ce comportement. Je suis peut-être trop sévère...

Je recommande ce roman. Dorothy Allison a su rendre une ambiance, un décor particuliers. De plus, le noyau du roman ne peut laisser personne indifférent.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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