Conduite en état Livresque

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Moi, je m'aime plutôt bien, mais je suis pas sûr que ce soit réciproque.
Philippe Geluck.

Bienvenue sur Conduite en état livresque.

lundi 6 octobre 2008

lundi
6
octobre 2008

Le syndrome Copernic, d'Henri Loevenbruck.

L'ouvrage:
Ce matin-là, Vigo Ravel va chez son psychiatre. En effet, il souffre de schizophrénie, il entend des voix, et voit un psychiatre pour cela.
Alors qu'il va entrer dans l'immeuble où travaille le médecin, il entend une phrase sibylline. Cela l'effraie. Il bat en retraite. A ce moment, l'immeuble explose, victime d'un attentat. Vigo fuit, puis revient sur ses pas. Il voudrait des nouvelles de son psychiatre. On lui apprend qu'il n'y a aucun survivant, et qu'aucun psychiatre ne travaille dans cet immeuble. Vigo se demande si tout cela ne fait pas partie de l'un de ses délires. C'est alors que commence une course-poursuite.

Critique:
J'avais un a priori sur ce livre, car la critique qu'a faite Bernie de "Le testament des siècles" ne m'a pas donné envie de découvrir cet auteur. J'ai été agréablement étonnée. Je me suis même surprise, je l'avoue, à me demander: "Bon, alors, quand est-ce que ça va devenir bateau et inintéressant?"

Bien sûr, l'auteur inclut quelques longueurs dans son roman. Mais sa subtilité est que ces longueurs sont les moments où Vigo se demande s'il est en plein délire, si une partie de ce qu'il vit existe, si rien n'est vrai, et donc qui il est, et même où il est vraiment. Le lecteur prend plaisir à se perdre dans les circonvolutions de la tête de ce pauvre Vigo. En outre, comme tout est vu par les yeux de ce personnage, le lecteur est aussi perdu que lui. Il y a tout de même des moments où le lecteur prend de la distance, et ne peut s'empêcher de s'esclaffer à la lecture des suppositions de Vigo qui se croit hors du temps. D'un autre côté, on ne peut que se sentir désolé pour cet homme qui ne peut compter sur rien ni personne.
Le récit est émaillé de certaines des notes prises par Vigo: certaines de ses pensées, des définitions de mots... Cela ajoute également des longueurs, mais ces notes sont des pauses détendantes, des îlots de paix. Elles arrachent le lecteur à l'histoire haletante de Vigo, et lui permettent de souffler tout en lisant des choses divertissantes.

Il est intéressant de se confronter aux théories de l'auteur: un homme "neuf" devient l'opposé de ce qu'il était. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'auteur. Je ne pense pas que l'amnésie puisse effacer la personnalité de quelqu'un. Mais si on va plus loin, on peut penser que la personnalité première de Vigo a été façonnée, préconditionnée, qu'il a agi ainsi pour faire plaisir à quelqu'un dont je tairai le nom, et que son amnésie l'a libéré de ses chaînes, lui a permis d'être lui-même.

Mis à part l'intérêt que le lecteur éprouve pour les personnages, l'intrigue est bien menée, et ce que nous découvrons est effrayant. Bien sûr, cela ne surprend pas quant à la nature humaine.

Il est, par ailleurs, amusant que le livre contienne 88 chapitres, vous verrez pourquoi en le lisant. Bien sûr, l'auteur l'a fait exprès. Si ça se trouve, il a intercalé les notes de Vigo pour pouvoir arriver à faire 88 chapitres.

Allez, un petit reproche qui m'est habituel: l'histoire d'amour est un peu téléphonée.

Attention, si vous n'avez pas lu le livre, ne lisez pas la phrase suivante!
Quelqu'un qui a lu le livre pourrait-il me dire si je surinterprète, ou si comme moi, il pense que Vigo est le fils de Farcas? Merci!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Fromont pour les éditions Audiolib.

mercredi 1 octobre 2008

mercredi
1
octobre 2008

L'homme aux cercles bleus, de Fred Vargas

Une série mystérieuse occupe journalistes et curieux en ce mois d'août à Paris : de grands cercles tracés à la craie bleue sur les trottoirs de la capitale, autour d'objets abandonnés par terre, aussi divers que variés, et toujours cette phrase qui revient... "Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ?"
Cela amuse tout le monde, sauf le commissaire Adamsberg, nouveau commissaire du 5ème arrondissement, fraîchement arrivé de province, qui pressent dans ces cercles quelque chose de mauvais, de maléfique, de négatif, sans savoir quoi. Cela agace le lieutenant Danglard, qui ne comprend pas l'intérêt que porte son commissaire à ces actes d'un maniaque dérangé. Cependant, il obéit quand Adamsberg lui demande d'aller photographier tous les nouveaux cercles qui apparaissent, quel que soit l'arrondissement. Jusqu'au jour où, dans un de ces cercles, on trouve une femme assommée et égorgée...
Mathilde rencontre un jour à la terrasse d'un café un "aveugle beau", Charles Reyer, et demande à Adamsberg de le lui retrouver. Quand cela est fait, elle propose à Charles de venir s'installer dans un des deux appartements qu'elle loue dans son immeuble. C'est ainsi qu'il rencontre la vieille Clémence, une demoiselle obsédée par les petites annonces et les rendez-vous galants qui tournent systématiquement à l'échec.

Ce roman est le premier de la série des enquêtes de Jean-Baptiste Adamsberg, commissaire de police parisien, un héros atypique et étrange. Un homme lent, très lent, et par conséquent assez énervant, bien qu'apaisant... Du moins, c'est ainsi que le ressentent ses collègues et les gens qui le rencontrent. Il aime s'attarder sur des détails que personne n'a relevés, et éviter de parler des grands éléments de l'enquête, qui permettent que ses collègues avancent.
On fait la connaissance dans ce roman des personnages qui seront récurrents dans cette série, car outre le héros Adamsberg, on y fait la connaissance d'Adrien Danglard, son lieutenant, plus porté sur le vin blanc et sur les connaissances que sur le social ou la délicatesse envers les témoins et suspects. L'opposition entre les deux personnages est classique, mais elle permet d'enrichir singulièrement la narration. Le lecteur se met un peu à la place de Danglard, qui ne sait pas où son chef l'emmène, mais qui y va quand même.
L'auteure sait s'y prendre pour embrouiller son lecteur : fausses pistes et hypothèses, processus intellectuel du commissaire passé sous silence... On ne sait pas trop où l'on va avant d'y être arrivé, et ainsi, la révélation de la clé de l'énigme est des plus surprenantes pour le lecteur qui a eu du mal à suivre le cheminement qui permet d'y arriver. Du moins, c'est ainsi que je l'ai ressenti, car si j'avais deviné qui pouvait être le coupable, la démonstration de son innocence est tellement convaincante que je m'y suis laissée prendre !
Une chose cependant m'a un peu chiffonnée : il n'y a pas de découpage en chapitres distincts, seuls des alinéas et des signes typographiques permettent de faire une pause dans le récit. Cela m'a un peu dérangée, car j'ai pour habitude de lire par chapitre, du moins de m'arrêter toujours à la fin d'un chapitre ! Là ce n'est pas possible, d'où la nécessité d'aller au plus vite au bout de la lecture (bon, aussi parce que j'avais très envie de connaître le fin mot de l'histoire !! (-.^))
En bref, un très agréable roman policier qui m'a bien plu, et je vous préviens : si vous commencez, vous ne pourrez pas le lâcher avant la fin ! Bonne lecture !

lundi 29 septembre 2008

lundi
29
septembre 2008

Les tisserands de la Licorne, de Françoise Bourdon.

L'ouvrage:
1869.
Joséphine Tortel vit à Saint-Blaise, un petit village des Ardennes, avec son père, sa tante, et ses frères et soeurs. En effet, depuis la mort d'Aurélie, sa mère, sa tante, Catherine, est venue partager la vie de la maisonnée. Catherine travaille sans relâche pour assurer la survie de la famille. Joséphine ne peut la dissocier de son métier à tisser. Quant au père de la jeune fille, il passe ses journées à boire. Lorsqu'il est à la maison, il ne pense qu'à crier après sa famille.

Un jour, la scène que fait son père à Joséphine est une scène de trop. La jeune fille âgée de dix-sept ans décide de partir pour Sedan. Là-bas, elle se fait embaucher comme ouvrière dans la fabrique d'une puissante famille de drapiers: les Desprez.

Critique:
En général, j'aime bien ce genre de sagas. Mais peut-être en ai-je trop lu... J'ai trouvé "Les tisserands de la Licorne" trop cliché. Nous avons des ingrédients prometteurs, mais également assez caricaturaux: la belle jeune fille intrépide qui veut lutter pour avoir une vie meilleure, une histoire d'amour impossible, une mère castratrice et intolérante qui ne voit pas la personne, mais sa naissance.
On devine beaucoup de choses: on sait que Joséphine arrivera à se venger. On sait également ce qu'elle devra faire pour accomplir au mieux sa vengeance. On ne sait pas comment elle y parviendra, certes, mais on sait que ce sera la seule façon dont elle touchera vraiment son adversaire.

La seconde histoire d'amour traîne. Lorsqu'elle pourrait éclore, Joséphine agit stupidement, et le temps passe... Le lecteur averti connaît cette ficelle éculée: c'est juste pour retarder encore l'union des amants. C'est agaçant, à la longue.

la fin m'a déçue. La décision finale de Joséphine cadre avec son caractère. On aurait cependant pu penser qu'elle a tiré des leçons de son passé douloureux. Mais non. Elle n'a vécu que pour sa vengeance, ce qui a fait qu'elle s'est consacrée corps et âme à la fabrique de draps. On comprend tout de même sa décision finale. Il est vrai que l'espèce de chantage que lui fait son amant est exagéré. Cette absence de compromis fait que la fin est décevante.

La condition des ouvriers, des laineurs est bien décrite. Nous partageons la dureté de leur condition. On comprend bien pourquoi Gauthier devient amer et se tourne vers l'alcool, lorsque l'un de ses "outils de travail" lui est enlevé. On l'admire également, car après l'abattement, il trouve autre chose qui le réhausse à ses propres yeux.

Vous l'aurez compris, je ne recommande pas vraiment ce roman. Pour ceux qui ont beaucoup de livres en attente, n'y ajoutez pas celui-là, il ne vaut pas vraiment le détour, à mon avis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Charlot pour la Ligue Braille.
(Note: Les noms des lecteurs de la Ligue Braille ne sont écrits nulle part. Je dois donc deviner leur orthographe. Je présente ici mes excuses à ceux dont j'estropie les noms.

lundi 22 septembre 2008

lundi
22
septembre 2008

Noir comme l'amour, d'Anna Quindlen.

L'ouvrage:
Frances Benedetto est infirmière. Son mari, Bobby, est policier.
Il arrive que Frances ait des avis qui ne plaisent pas à son mari, ou fasse quelque chose avec quoi il n'est pas d'accord. Dans ces cas-là, Bobby frappe sa femme.
Un jour, il la frappe plus violemment, il lui casse le nez. Ce jour-là, elle décide que c'en est trop, qu'elle n'en supportera pas plus. Elle prend son courage à deux mains, et s'enfuit, emmenant son fils, Robert.

Critique:
Ce livre nous brosse intelligemment le portrait d'une femme qui lutte pour s'en sortir. Frances nous explique pourquoi elle n'est pas partie plus tôt. Et même si on a tendance à dire qu'elle aurait dû s'enfuir avant, on comprend ses difficultés et ses raisons. Elle nous raconte également l'amour qu'elle éprouvait pour son mari. Cet amour compliquait encore sa situation. Tout cela montre avec finesse et subtilité que tout n'est pas simple. Bien sûr, on s'étonne que Frances ressente de l'amour pour celui dont elle a peur. Mais là encore, il faudra du temps pour qu'elle ouvre vraiment les yeux, et que son amour soit supplanté par la réalité.
Frances met aussi l'accent sur certains détails auxquels on doit penser lorsqu'on ne veut pas être retrouvé. J'avais déjà penser aux noms avec des initiales différentes, mais je n'avais jamais imaginé qu'il fallait également changer sa date de naissance. Effectivement, cela brouille les pistes.
Outre Frances, la romancière nous présente des personnages ayant tous leurs blessures, essayant de vivre avec, essayant de tirer le meilleur parti possible de la vie.

Le personnage de Mike peut paraître un peu cliché: très patient, très gentil, attentionné... C'est une perle. On devine assez vite qu'il sera celui qui montrera à Fran que les hommes ne sont pas tous comme son mari. Néanmoins, je ne me plaindrai pas du côté cliché de cela, car Anna Quindlen n'introduit pas Mike comme un cheveu sur la soupe, et plusieurs rebondissements nous font penser qu'il ne finira pas forcément par épouser Frances. Et puis, de temps en temps, un personnage de se genre fait plaisir.

La fin n'est pas toute rose, mais elle nous montre un personnage qui a avancé, qui désire reprendre le dessus. Elle doit vivre avec une plus grande blessure qu'avant, mais elle garde espoir. Ce que j'aime moins, c'est que la fin est ouverte. Nous devons décider: tel personnage finira-t-il par aller voir tel autre? Certains indices nous font croire que non, mais d'autres nous font espérer, tout comme Frances.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

mercredi 17 septembre 2008

mercredi
17
septembre 2008

Comment je suis devenue une beurgeoise, de Razika Zitouni

Une beurgeoise : c'est le nom que donnent les jeunes des cités aux jeunes filles qui ont réussi à bien s'intégrer dans la société française. C'est aussi ce qu'est devenue l'auteure, issue d'une famille algérienne progressiste (enfin, pas sur tous les points !), arrivée en France quand elle était toute jeune.
Razika nous décrit dans ce livre son parcours, en partant de ses souvenirs, nous brossant un tableau vivant et réaliste de la vie d'une jeune beur en banlieue puis en province. Les oncles et tantes traditionalistes, les cousines qui l'espionnent, les vacances au bled, la grand-mère mémoire vivante de la famille, la grande maison toujours ouverte à tous, famille ou amis, les ami(e)s et les déboires qu'ils peuvent entraîner...
Elle nous livre également son point de vue sur bien des sujets sensibles pour sa communauté : le mariage (elle ne veut pas se marier avec un algérien, quitte à ne pas se marier du tout), l'éducation (pourquoi les filles n'auraient-elles pas droit aux mêmes études que les garçons ?), la vie sociale (une femme doit pouvoir sortir comme elle le souhaite, et pas rester toujours à la maison pour bien la tenir), la religion (non pas contre le voile, mais pour une lecture éclairée et intelligente du Coran), la famille (étouffante, mais on l'aime tellement !), la culture (pourquoi vivre enfermée sur sa propre culture quand on peut s'ouvrir à celle de notre pays d'accueil ?)...

Une vision moderne et actuelle (quand l'auteure a écrit ce livre en 2005, elle avait 25 ans) de la société algérienne en France. J'ai beaucoup apprécié cette lecture, car on peut y voir la vie quotidienne de la communauté algérienne de l'intérieur, et non plus seulement à travers ce que les média nous en disent. L'auteure profite aussi de l'écriture de son témoignage pour s'interroger sur son identité : est-elle française ou algérienne ? Il lui est difficile d'y répondre tellement elle se sent propriété des deux cultures.
Cependant, j'ai trouvé son propos parfois difficile à suivre, car elle saute d'une anecdote à l'autre parfois sans lien visiblement direct, ou mentionne un personnage comme connu alors que je ne me souvenais pas l'avoir vu plus tôt. Une écriture un peu brouillon à mon goût, en somme.
Certaines anecdotes nous semblent cruelles (le traitement des femmes par leur mari, par exemple), mais correspondent à une vision des choses radicalement différente de la nôtre. Cela m'a semblé très intéressant, et permet de confronter les deux cultures, voire à s'interroger sur la façon dont nous appréhendons les choses.
En bref, une lecture intéressante qui ouvre notre esprit !