jeudi, 29 juin 2017

La passerelle, de Lorrie Moore.

L'ouvrage:
Tassie Keltjin, vingt ans, étudiante, trouve un travail de baby-sitter chez Edward et Sarah. Cela lui donne l'occasion d'observer le couple et leurs amis, représentants d'une certaine société.

Critique:
Ce roman m'a un peu surprise. Il est très lent. Au début, cela m'a un peu perturbée, mais quand j'ai compris que ce serait comme ça tout le temps, j'ai cessé de me demander pourquoi la narratrice s'arrêtait si souvent pour faire des remarques, et ai fait davantage attention aux fameuses remarques. Tassie pose un oeil à la fois amusé et étonné sur ce qui l'entoure. Elle semble plus avertie, plus mûre que certains. Elle n'est jamais ennuyeuse (j'avais commencé par le croire, à la lecture de ses espèces de digressions). Avisée, fine observatrice, la jeune fille livre ses pensées par rapport à ce qu'elle voit. Ses remarques sont souvent drôles. D'ailleurs, Lorrie Moore insère des situations cocasses, donnant lieu à d'étranges jeux de mots ou quiproquos. Par exemple, le frère de Tassie entend parfois un mot pour un autre, ou bien associe certains sons, et croit que tel mot veut dire ceci ou cela... Je me suis demandé comment certains jeux de mots avaient été traduits en français. Par exemple: «It's scold outside» ou «their knee grows»... il y en a beaucoup d'autres, dont certains que je n'ai sûrement pas compris.

L'année que nous raconte Tassie est loin d'être amusante, malgré les drôleries distillées par la narratrice et l'auteur. La situation d'Edward et Sarah place le racisme au coeur de certaines conversations. J'ai été aussi choquée que Tassie de certaines remarques. Pour ne donner qu'un exemple: celle de la femme qui voudrait que Mary-Emma soit l'amie de sa fille, parce que cette dernière n'a pas encore d'amis noirs.

Au long du roman, je n'ai pas réussi à apprécier Sarah et Edward. De petites choses s'accumulent à leur encontre, la plus évidente étant qu'ils ne semblent pas vraiment aimer Mary-Emma. Cela se confirme (si besoin était) au chapitre 5. Après ce qui s'y passe, j'ai pensé que Tassie ferait une certaine chose. Pourtant, j'ai vite dû reconnaître que cela n'aurait pas été réaliste. Lorrie Moore aurait sûrement su l'amener si elle l'avait voulu, mais cela aurait peut-être ôté un peu de vraisemblance à ce roman.

Si certains personnages donnent l'impression de ne pas évoluer, d'être égoïstes, de ne pas apprendre de leurs erreurs, Tassie n'est pas de ceux-là. Cette année avec ses joies, ses satisfactions, et ses blessures, lui enseignent la vie.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman riche, abouti, et très bien pensé, mais j'en dévoilerais trop.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mia Barron pour les éditions BBC Audiobooks America.
j'aime beaucoup Mia Barron dont le jeu est naturel et vivant. Si elle modifie un peu sa voix pour les personnages masculins, elle n'en fait pas trop.

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8 lectures

lundi, 26 juin 2017

Mister Splitfoot, de Samantha Hunt.

Mister Splitfoot

L'ouvrage:
Ruth est orpheline. Elle a été recueillie par la secte «Love of Christ!» du père Arthur, tout comme d'autres orphelins.

Cora mène une vie assez morne et en est consciente. Elle a une liaison avec un homme marié. Un jour, elle se découvre enceinte. Peu de temps après, un étrange événement se produit dans sa vie.

Critique:
Ce roman m'a un peu déroutée, mais m'a globalement plu. Les deux premiers chapitres présentent les vies de Ruth et Cora. Ce sont sûrement mes chapitres préférés, car je les ai trouvés très drôles. Samantha Hunt décrit la vie de la secte, disant des choses graves sous un angle humoristique. C'est pareil concernant Cora. Elle assortit les événements de sa petite vie terne de remarques amusantes sur elle-même, ses collègues, son amant... Je pensais donc que tout le roman serait ainsi. Or, si certaines choses restent dans cet esprit, il m'a semblé que le récit était moins dynamique, voire s'enlisait parfois. Les passages où Nat et Ruth parlent aux morts m'ont paru très longs. La première fois, cela passe, ensuite, c'est lassant parce que répétitif. En outre, j'ai trouvé Ruth très naïve concernant ce sujet. Ce que Nat finit par lui révéler, le lecteur l'a deviné depuis très longtemps...

L'événement qui arrive dans la vie de Cora sera un tournant. Il paraît déstabilisant au départ (aussi bien pour le lecteur que pour Cora), mais il la forcera à accomplir certaines choses, à sortir de sa vie insipide. C'est un moyen pour elle de se rendre compte qu'elle vaut la peine, qu'elle peut bien faire, même si elle est timorée et rabaissée par certaines personnes de son entourage.
Le personnage de Ruth est également intéressant. Elle est naïve sur certains points, et on a l'impression qu'elle ne pourra jamais sortir d'une ligne tracée dès le départ. Elle s'en tire assez bien, compte tenu des circonstances, et elle est sympathique au lecteur.

Apparemment, ce livre est classé à «horreur». Il ne m'a pas vraiment fait peur. Il y a bien une scène où Cora est terrifiée devant une étrange manifestation du surnaturel, mais cela ne m'a pas trop effrayée. Je pense que ce roman est surtout l'analyse de deux héroïnes. Les moments gothiques et surnaturels mettent une certaine ambiance, mais en arrière-plan, à mon avis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell (lorsque le narrateur omniscient raconte l'histoire de Ruth) et Emily Woo Zeller (lorsque Cora est la narratrice) pour les éditions Blackstone audio

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jeudi, 22 juin 2017

Dans la nuit blanche et rouge, de Jean-Michel Payet.

Dans la nuit blanche et rouge

L'ouvrage:
Russie, Février 1917. Svetlana Kolipova souhaite aider son pays. Elle voit bien que le peuple a faim. Sa noble condition ne l'empêche pas de vouloir davantage de justice. C'est ainsi que ce 19 février 1917, elle va accomplir une mission: voler un document dans la poche d'un manteau. Seulement, elle se trompe de vêtement, et découvre rapidement que ce qu'elle a volé la concerne de très près.

Critique:
Ce roman a été pour moi une belle découverte. D'abord, Jean-Michel Payet fait le portrait d'une époque historique. Il prend le temps d'expliquer ce qui a conduit à telle situation. Moi qui avais un peu oublié cette période, il m'a rafraîchi la mémoire.

Notre héroïne est précipitée dans un tourbillon d'aventures qui la mettront à l'épreuve. Elle est sympathique. En général, les héroïnes à l'air parfait sont agaçantes. Ici, ce n'est pas le cas, peut-être parce que Svetlana est exempte de cette niaiserie et de cet air supérieur qui accompagnent ces fameuses héroïnes à l'air parfait. L'histoire d'amour non plus n'est pas mièvre. Dans les romans pour la jeunesse, elles le sont souvent. Celle que nous trouvons ici est rapidement prévisible, mais cela ne m'a pas dérangée parce que les héros ne font pas des tours et des détours avant d'y arriver. À un moment, il y a bien une ficelle que je n'aime pas trop, mais son action ne dure pas (alors que d'autres auteurs en abusent sans vergogne), ce qui fait que je la pardonne volontiers à l'écrivain.

L'intrigue ne souffre d'aucun temps mort. Au départ, on ne comprend pas trop ce que certains personnages font là. Cela renforce le côté énigmatique du roman. De plus, là encore, l'auteur a su doser l'emploi de cette ficelle. Il ne fait pas languir le lecteur qui sait rapidement à quoi s'en tenir.

Outre l'aventure et les énigmes (qui convergent toutes vers une seule), il y a une part de fantastique. Lorsque je l'ai découverte, j'ai eu peur qu'elle ne gâche tout, et que cela se transforme en quelque chose d'invraisemblable. Il n'en est rien. Jean-Michel Payet maîtrise son récit. Bien sûr, à la fin, on se demande comment cela pourrait se terminer, mais le romancier donne quelques pistes énoncées par Svetlana.

Éditeur: Les grandes personnes.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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lundi, 19 juin 2017

Three-martini lunch, de Susan Rindell.

Three-martini lunch

L'ouvrage:
New York, 1958.
Cliff Nelson souhaite être écrivain. Il est le fils d'un riche éditeur. Il pense que si son père lisait ses écrits, il voudrait les publier sur-le-champ.
Eden Katz, jeune fille fraîchement débarquée de l'Indiana, souhaite être éditrice. Elle va vite s'apercevoir que certains ne sont pas toujours aussi bien intentionnés qu'il n'y paraît.%%Miles Tillman se voit confier une mystérieuse clé par sa mère. Cette clé ouvre un casier de consigne, quelque part à San Francisco. Miles y trouvera le journal que son père a tenu pendant les deux guerres mondiales.
Ces trois jeunes gens vont se croiser d'abord de manière anodine...

Critique:
Le tout début du roman m'a un peu ennuyée. Il me semblait y retrouver une ambiance à la Francis Scott Fitzgerald, et ce n'était pas forcément pour me plaire. En effet, si j'ai aimé «Gatsby le magnifique», j'ai trouvé que le roman était extrêmement lent à démarrer, même si je comprends que l'auteur ait voulu planter un décor, une ambiance, une époque. J'ai ressenti la même chose avec ce roman de Suzanne Rindell. Heureusement, cela n'a pas duré.

Chaque personnage prend tour à tour la parole. J'ai tout de suite apprécié Eden qui se lance avec fougue, candeur, courage, et pugnacité dans un monde de requins, monde où elle manque de se faire manger de manière à la fois simple et perverse. J'ai compris pourquoi elle a fait un compromis déplaisant avec la vie afin de se relever de ses premières déconvenues. Elle le fait avec réticence, et finit par se le reprocher, mais si elle n'avait pas agi ainsi, elle aurait sûrement stagné dans une vie sans saveur, voire pire. À la toute fin, il m'a plu de lire que sa vie lui plaisait, même si en apparence, elle semblait triste et austère. Ce qui compte, c'est que la vie d'une personne lui convienne. Ce qu'en pensent les autres n'a aucune importance.
Au long du roman, j'ai compris Eden qui a une conscience, mais qui ne réagit pas toujours assez vite ou de manière assez radicale. Elle est humaine. Je pense que le lecteur s'identifiera facilement à elle.

Dès le départ, je n'ai pas aimé Cliff. Il m'a semblé fade. J'ai apprécié qu'au long du roman, l'auteur nous le montre (ainsi que ses parents) sous différents angles. Les choses ne sont pas si simples que ce que pense Cliff...
Quant à sa mère, c'est la championne du fameux «Never explain, never complain». Cette façon de faire l'autruche, et de ne pas communiquer comme il le faudrait avec son fils est une des raisons pour lesquelles on plaindra Cliff. Je ne l'ai pas aimé, mais il a quelques circonstances atténuantes.
Quant à son père, j'ai oscillé entre compassion et répugnance à son égard. Il aurait sûrement pu et dû agir autrement au départ...

J'ai apprécié Miles, même s'il fait certains mauvais choix. Il les fait en connaissance de cause, est lucide concernant le mal qu'il provoquera, même s'il n'imagine pas que l'un de ses actes le mènera si loin... Tout en souhaitant qu'il soit moins lâche, je ne perdais pas de vue sa situation: c'était la fin des années 50, en pleine chasse aux sorcières, Miles était noir... il n'était pas vraiment libre d'agir comme il l'aurait voulu. C'est un personnage intéressant, car tout en le blâmant, on le comprend.

Un livre juste qui décrit des personnages dans une époque, dans un contexte, qui expose leur comportement avec finesse.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman (lorsqu'Eden prend la parole), J. D. Jackson (lorsque c'est Miles), et Will Damron (lorsque c'est Cliff), pour les éditions Penguin Random House Audio.

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79 lectures

jeudi, 15 juin 2017

Replay, de Ken Grimwood.

Replay

L'ouvrage:
Le 18 octobre 1988, à 13h06, Jeff Winston meurt d'une crise cardiaque, à l'âge de quarante-trois ans. Puis, il «s'éveille» en 1963, alors qu'il a dix-huit ans.

Critique:
Avant de lire ce roman, j'ai survolé des critiques: d'un côté, on disait que Stephen King avait bien mieux fait dans «22/11/63», d'un autre, on disait que «Replay» était mieux... Après avoir lu les deux, je trouve stupide de les comparer. Dans ce cas, il faudrait comparer tous les romans où les personnages voyagent dans le temps. Bien sûr, Ken Grimwood parle bien de l'assassinat de Kennedy, mais cela ne doit pas pousser les gens à comparer ce roman et celui de Stephen King. Ils n'ont rien à voir l'un avec l'autre.

Pour ma part, je n'arrive pas à dire si j'ai aimé ou non ce roman. C'est un sentiment étrange... Ce qui m'agace un peu, c'est que la plupart du temps, lorsqu'un auteur fait ce genre de choses (le héros a la chance de revenir dans son passé et peut espérer changer ses erreurs), il lui est toujours démontré qu'il n'est pas bon de le faire. Je trouve cela dommage. Ce genre de livres permet de rêver. Qui n'aimerait pas arranger certaines choses dans son passé? Lire un roman où le héros y arriverait serait réconfortant. C'est du fantastique, donc pourquoi ne pas ménager une petite part de rêve? Bien sûr, je n'aimerais pas un roman où tout serait parfait, mais où des choses s'arrangeraient. J'ai donc commencé par en vouloir à l'auteur de faire comme d'autres: on essaie de mieux faire certaines choses, mais cela en désorganise d'autres, et pourtant, le but est toujours honorable. De toute façon, à cause de ce qui arrive, ça finit par ne servir à rien. Cependant, Jeff tire des leçons de ce qu'il vit. J'ai un peu soupiré en lisant ce qu'il finit par penser, parce que je me suis dit que je pensais déjà comme cela, je n'avais pas besoin que la vie me le démontre. Certes, mais beaucoup de gens ne parviennent pas à faire la part des choses, comme finit par le faire Jeff.

D'autres éléments m'ont un peu agacée. Jeff et Pamela tombent trop facilement amoureux l'un de l'autre. C'est compréhensible, mais de ce fait, j'ai l'impression que l'auteur n'a pas vraiment creusé Pamela, du moins, au début, puisqu'il était logique que Jeff et elle s'aimeraient. Pas besoin de nous la faire apprécier, donc. Je lui ai longtemps préféré Judy.
D'autre part, je n'ai pas compris que Jeff se confie à Mireille en pensant qu'elle garderait son secret et le respecterait, même si elle ne le comprenait pas. En très peu de temps (avant que Jeff lui parle), j'ai su que Mireille n'était ni aimable, ni fiable, ni futée. Là encore, je pensais que s'il voulait réellement se confier, c'est à Judy qu'il aurait dû parler.
Enfin, j'ai trouvé très léger que Jeff, alors qu'il débarque à un moment où les choses sont déjà très tendues et difficiles avec Linda, décide de ne rien tenter pour tout sauver, et s'en aille, alors que juste avant, il était là à temps pour attraper le coche, et s'est contenté de mettre à profit ce qu'il savait, sans faire beaucoup d'efforts, pour que les choses ne commencent pas à se dégrader.
De plus, à cause de la manière dont arrivent les choses, l'auteur montre des aspects de ce retour dans le passé comme un pensum, notamment les années de lycée ou d'université.

D'un autre côté, j'ai compris les autres agissements des personnages. J'ai notamment aimé «Star see» et la raison pour laquelle il a été fait. J'ai compris que la tentative faite pour comprendre le phénomène ait créé de telles réactions. Là encore, la difficulté des hommes à communiquer et les raisonnements bornés sont mis en avant, n'engendrant qu'incompréhensions et chaos.
Je me suis facilement mise à la place de Jeff. Je n'approuvais pas toujours ses choix, mais je comprenais qu'il se débatte avec ce phénomène incontrôlable. La plupart du temps, il faisait de son mieux.
Parfois, l'intrigue traîne, et j'avais l'impression que tout se délitait, que l'auteur ne savait plus quoi faire. Finalement, je trouve que tout a sa place. Les expériences et les tentatives de Jeff pour s'accommoder de ce qui lui arrive et le comprendre font réfléchir sur certaines choses. En outre, lorsqu'un auteur choisit ce thème, il n'est pas toujours simple pour lui de s'en sortir.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime toujours autant la lecture ni surjouée ni soporifique de Martine Moinat. Ici, je regrette beaucoup que, par souci de bien faire, elle ait voulu prononcer des noms anglophones avec l'accent. Outre que cela ne me plaît pas, elle s'est trompée sur des prononciations. Par exemple, la première syllabe du mot «apple» ne se prononce pas «ay», tout comme le mot «maddison», en anglais, ne se dit pas «maydison». En général, le «a» se prononce «ay» lorsqu'il n'est pas suivi d'une double consonne. D'autre part, je trouve affecté qu'on prononce «dayvid» ou «aveniou» dans un texte en français. Je dois être une des rares à penser ainsi, car beaucoup de lecteurs tentent de prononcer les mots étrangers avec accents. Dommage pour moi...

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lundi, 12 juin 2017

The immortalist, de Scott Britz.

The immortalist

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
La virologue Cricket Rensselaer-Wright revient aux États-Unis, après un séjour en Afrique. Elle se rend à l'institut de recherches où exerça son père. Non loin, habitent son ancien mari (Hank) et leur fille (Emmy). C'est à cette occasion que la jeune femme revoit son mentor, également ami de son défunt père: Charles Gifford. Celui-ci lui demande de rester pour assister à la loterie qui aura lieu dans cinq jours et qui désignera cent personnes pouvant se faire injecter le vecteur Methuselah, gène de l'immortalité, mis au point par Gifford.

Critique:
J'ai aimé cette lecture, mais les défauts du roman font que je ne le recommanderai pas.

Dans ce genre de thrillers, le lecteur est supposé s'attacher au héros ou à l'héroïne. Ici, ce rôle revient à Cricket. Il est bon qu'elle ne soit pas parfaite afin de ne pas être terriblement agaçante, mais les défauts qu'a choisi de lui attribuer l'auteur la montrent comme quelqu'un de très bête, à mon avis. Elle n'a pas été une bonne mère pour Emmy, et soudain, elle débarque et entend jouer son rôle. C'est très bien, mais quelqu'un qui aurait décidé d'être une bonne mère aurait commencé par s'installer dans la ville, et aurait voulu essayer de mieux connaître sa fille en la laissant dans son environnement. Que nenni! Cricket, qui semble très capricieuse, veut que sa fille parte avec elle immédiatement. Bien sûr, cela énerve Emmy qui répète à sa mère sur tous les tons qu'elle ne souhaite pas partir avec elle pour plusieurs raisons, la principale étant que Cricket a été tellement absente (même lorsqu'elle était encore mariée au père d'Emmy) que l'adolescente a l'impression de ne pas la connaître. Cricket (qui n'a peut-être pas connecté tous ses neurones) s'obstine, pique des colères, puis se lamente parce qu'Emmy ne veut plus la voir. Cela ne la rend pas particulièrement sympathique.
Il y a bien un moment où elle se repent pour ses mauvaises actions, mais pour moi, cela vient un peu tard. On dirait que l'auteur a pensé: «Bon, maintenant, il faudrait que sa fille se mette à l'aimer. Oui, mais alors, il faudrait qu'elle reconnaisse à quel point elle a été c****.» D'autre part, notre héroïne (et pas seulement elle) pense qu'un adultère moral est moins grave qu'un adultère physique. À partir du moment où il n'y a pas eu fusion des corps, le fait de l'avoir ardemment souhaité importe peu...

Vous allez me dire que je pinaille, que le plus important, c'est cette histoire de gène de l'immortalité. Soit. Seulement, là encore, Scott Britz a un peu gâché ce qui aurait pu ne pas l'être. D'abord, le lecteur un peu futé sait qu'il y aura forcément des complications. Ensuite, l'auteur donne trop d'indices: dès que la première complication arrive, je savais qui l'avait causée. Je savais à quoi c'était lié. Les personnages le découvrent assez tard. Attendre cette trouvaille est un peu long. En plus, rien ne les pousse à chercher de ce côté, sauf... l'instinct de Cricket. Comme elle me tapait passablement sur le système, le fait que son seul instinct ait raison m'a un peu agacée.

Il y a d'autres étrangetés. Par exemple, si on fait chauffer quelque chose au micro-ondes, puis qu'on ouvre le micro-ondes tout de suite après, je suppose que des vapeurs de ce qui a chauffé se répandent aux alentours. Notre virologue y fait chauffer ce qu'elle considère être un dangereux virus, et personne n'est protégé (même pas elle) lorsqu'elle ouvre le micro-ondes ensuite. Cherchez l'erreur.
Si on peut comprendre que l'obstination de Gifford l'emmène très loin, voire jusqu'à la folie, alors on aura du mal à comprendre ce qu'il pense à la fin. Ce n'est pas très logique, étant donné sa conduite tout au long du roman.

En fait, j'ai aimé lire ce roman, mais je me rends compte que je n'en tire pas grand-chose de positif... J'ai suivi avec intérêt la lutte et les recherches de Cricket pour vaincre ce virus inconnu et foudroyant. J'ai apprécié certains personnages, comme Hank, le docteur Wagner (qui est perdu dans ses recherches et en est parfois comique), Emmy qui n'a pas la langue dans sa poche, et semble bien plus équilibrée que sa mère...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Simon and Schuster Audio.

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jeudi, 8 juin 2017

Parler ne fait pas cuire le riz, de Cécile Krüg.

Parler ne fait pas cuire le riz

L'ouvrage:
Jeanne n'est pas bien dans sa peau, dans sa vie. Sa sœur, Justine, lui propose de lui payer un séjour dans un coin retiré du monde où elle pourra se retrouver, se ressourcer... en jeûnant. Jeanne n'est pas enthousiaste, mais finit par se laisser convaincre.

Critique:
À la lecture du résumé, j'ai pensé qu'un livre drôle et léger était exactement ce qu'il me fallait en cette période de fin d'année scolaire. Apparemment, je deviens difficile concernant les livres légers, car celui-là ne m'a pas conquise. Certaines choses se voulaient drôles: je les ai trouvées lourdes. Par exemple, lorsque Jeanne est cachée dans une chambre et reçoit des chaussettes sales sur la figure et tout ce qui arrive avant.
Lorsque la narratrice et Gustave sont en conflit, on est censé rire (de leurs joutes verbales, par exemple)... J'ai aussi trouvé que Jeanne avait des remarques très superficielles, comme si elle avait douze ans, notamment toute la partie sur ses poils épilés au laser.
Peut-être Cécile Krüg a-t-elle moins l'art de la mise en scène que (par exemple) Cassandra O'Donnell...
Je ne terminerai pas cette liste d'exemples sans indiquer ce qui m'a choquée. C'est la scène où Jeanne jette le chat en pâture au chien de la voisine. J'ai bien conscience qu'il se veut cocasse, et en plus, l'auteur fait en sorte que le chat en réchappe, mais cette scène-là n'est pas passée.

Je comprends que Jeanne soit dans l'auto-dénigrement, et que, de ce fait, elle choisisse le pire pour elle-même, mais j'ai eu du mal à comprendre comment elle pouvait être aux pieds de Maxime... Le roman nous montre l'évolution de l'héroïne: elle découvre certaines choses quant à sa manière de fonctionner. Je sais que lorsqu'on s'obstine à être dans l'erreur à propos de soi-même, il faut une véritable remise en question pour voir les failles. L'attitude de Jeanne est donc bien expliquée. J'ai beau le savoir, je trouve que Maxime était trop caricatural. On me dira que des salauds pareils et des femmes assez désespérées pour être accro à eux, ça existe... Soit, mais alors, il aurait peut-être fallu que la sœur de Jeanne (soi-disant de son côté) la soutienne davantage au lieu de gober tout rond les âneries débitées par leur mère (qui, en plus, fait exprès de ne rien comprendre). L'auteur n'est pas dans l'erreur quant à ces comportements, mais peut-être a-t-elle trop mêlé le très sérieux au très léger...

J'ai trouvé d'autres choses caricaturales, comme ce que disent Myriam et Jean-Pierre sur le jeûne... Je sais que cela fait partie d'une philosophie de vie, mais ils ont l'air d'être illuminés. Je ne donne pas d'autres exemples, mais d'autres choses m'ont paru clichées. D'une manière générale, il m'a semblé que l'auteur en faisait trop.

Certaines choses m'ont quand même fait rire. Par exemple, avant de jeûner, Jeanne doit se préparer. Pour ce faire, elle ne mange que des yaourts et de la soupe. Avant même que ce régime-là ne soit fini, elle a tellement faim qu'elle bave devant des publicités pour croquettes pour chiens. J'ai aussi ri lors du Scrabble de mots inventés, et en quelques autres occasions.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber.
Avec cette lecture, Élodie Huber confirme qu'elle peut lire de tout. Je la connaissais surtout dans le policier, le roman psychologique. J'ai beaucoup aimé son interprétation vivante (mais sans surjeu) de ce roman. Je pense que cela n'a pas dû être facile pour elle, et que beaucoup de comédiennes auraient surjoué.
Je regrette que la comédienne (ou le studio, au montage) ait fait certains blancs assez importants (malvenus, à mon avis), par exemple pendant des dialogues...

Pour information: la structure du livre n'a pas pu être respectée.

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mercredi, 7 juin 2017

*Parutions Audiolib, juillet 2017.

Ces titres sont annoncés pour le 5 juillet 2017.

La Dernière des Stanfield

  • La dernière des Stanfield, de Marc Lévy, lu par Anne-Sophie Nallino, 10h20.
    Eleanor-Rigby est journaliste au magazine National Geographic, elle vit à Londres. Un matin, en rentrant de voyage, elle reçoit une lettre anonyme lui apprenant que sa mère a eu un passé criminel. George-Harrison est ébéniste, il vit dans les Cantons-de-l'Est au Québec. Un matin, il reçoit une lettre anonyme accusant sa mère des mêmes faits. L'auteur des lettres leur donne à chacun rendez-vous dans un bar de pêcheurs sur le port de Baltimore. Quel est le lien qui les unit ? Quel crime leurs mères ont-elles commis ? Qui est le corbeau et quelles sont ses intentions ? Au cœur d'un mystère qui hante trois générations, La Dernière des Stanfield nous entraîne de la France occupée à l'été 44, à Baltimore dans la liberté des années 80, jusqu'à Londres et Montréal de nos jours.

Par amour

  • Par amour, de Valérie Tong Cuong, lu par Benjamin Jungers, Kelly Marot, Olivier Martinaud, Emilie Vidal Subias, 9h2.
    Une fresque envoûtante qui nous mène du Havre sous l’Occupation à l’Algérie. L’auteure trace les choix, les hasards, le destin, le quotidien, les destinées héroïques de gens ordinaires, dont les vies secrètes nous invitent dans la grande Histoire. Par amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. On tient debout, pour l’autre plus encore que pour soi-même.

Raison et sentiments

  • Raison et sentiments, de Jane Austen, lu par Cachou Kirsch, 12h2.
    Après la mort de leur père, Elinor et Marianne s’installent avec leur mère et leur jeune sœur à la campagne. La famille se trouve très démunie et il devient urgent de marier les deux sœurs afin de leur assurer un bel avenir. Marianne, romantique et passionnée, s’éprend immédiatement du charmant John Willoughby, tandis que sa sœur, Elinor, plus prudente, n’ose avouer sa flamme à Edward Ferrars. Entre raison et sentiments, ces jeux de l’amour vont leur réserver bien des espoirs et des bonheurs, mais aussi des déceptions et des souffrances. Les deux jeunes femmes devront apprendre de leurs vacillements. Pour le meilleur et pour le pire.

Promesse - La sixième enquête du Département V * Promesse - La sixième enquête du Département V, de Jussi Adler-Olsen, lu par Julien Chatelet, 16h53.
Bornholm, une île danoise de la mer baltique, fin des années 1990. Le cadavre d'une jeune fille est retrouvé dans un arbre, son vélo broyé au bord de la route. Aucune trace du chauffard : affaire classée. Sauf pour un inspecteur de la police locale qui finit dix-sept ans plus tard par demander l'aide de l'inspecteur Carl Mørck. Avant de se tirer une balle dans la tête. À l'initiative de Rose, l'assistante du flegmatique Mørck, l'insolite trio du Département V en charge des cold cases débarque sur l'île de Bornholm. En remuant le passé, ils prennent le risque de réveiller de vieux démons...

Au fond de l'eau

  • Au fond de l'eau, de Paula Hawkins, lu par Julien Chatelet, Marie-Eve Dufresne, Clémentine Domptail, Ingrid Donnadieu, Lola Naymark, 11h9.
    Une semaine avant sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n’a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d’être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, leur ville natale, Julia est effrayée à l’idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D’affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s’occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu’elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu’elle a toujours fui? Plus que tout encore, c’est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent. On retrouve dans ce roman la virtuosité et le talent incroyable de Paula Hawkins pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à l’ultime rebondissement, qui marquera tous les esprits.

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