Et soudain tout change

L'ouvrage:
Camille et sa petite bande d'amis sont en Terminale. La jeune fille raconte cette année qui sera un tournant, et pas seulement à cause du baccalauréat.

Critique:
Ce roman est mon préféré de Gilles Legardinier. Il est vrai que je suis assez sensible aux romans où des adolescents s'expriment. Bien sûr, le thème ne fait pas tout, je n'ai pas particulièrement apprécié «Lycée out» qui traitait de ce thème. Ici, l'auteur a su créer une ambiance qui m'a rappelé celle de «Le jour où tout a commencé», de Sylvaine Jaoui (on trouve d'ailleurs une Léa meilleure amie de l'héroïne dans les deux romans, mais je suppose que c'est une coïncidence).
On s'identifiera facilement à Camille, la narratrice. Toujours prête à aider quelqu'un en détresse (même lorsque la cause est perdue), soupirant pour un garçon de la bande qu'elle trouve forcément à part, lucide sur beaucoup de choses... mais ne voyant pas ce qui est évident lorsqu'elle est impliquée, n'étant pas superstitieuse mais ne pouvant s'empêcher de faire de petits paris avec la vie...

J'ai été reconnaissante à l'auteur de ne pas faire quelque chose de cliché: les jeunes superficiels, les méchants profs, les parents casse-pieds... Il y a un peu de cela, parfois, mais comme dans la vie. Au début, je trouvais dommage qu'un seul professeur semble réellement se soucier de ses élèves, mais là encore, les choses se nuancent. L'auteur montre le côté humain de certains professeurs. D'ailleurs, lorsque Camille discute (plusieurs fois) avec monsieur Rossi, elle se rend compte de certaines choses. Là où l'auteur n'exagère absolument pas, c'est lorsque monsieur Rossi décrit à Camille l'ébahissement des élèves qui le croisent au supermarché. Ah! Le prof a une vie en dehors de son métier?! ;-)
C'est pareil pour les médecins: certains ne se préoccupent pas des malades (et perdent même leurs moyens lorsqu'il s'agit de faire autre chose qu'énoncer pompeusement des théories à leur sujet), mais d'autres sont là pour de très bonnes raisons, et ne considèrent pas un patient comme un cas. Je pense que c'est ainsi dans tous les métiers.

Nous sommes dans une comédie de Gilles Legardinier, donc l'humour est présent de multiples façons. Ce sont surtout des personnages qui susciteront le rire. Comment ne pas souhaiter avoir un ami comme Tibor après la lecture de ce roman? Tibor a toujours des idées loufoques qu'il met en pratique, et bien sûr, il s'arrange pour que ce soit le plus étrange et le plus désopilant possible. Comment oublier sa mésaventure avec son ami, le porte-parapluie? Mais Tibor ne se résume pas à cela. On retient son humour, mais on n'oubliera pas sa générosité.

Lucas, le frère de Camille, n'est pas mal en tant que personnage amusant. Rien que d'imaginer les situations dans lesquelles il est capable de se mettre, le rire me prend. Je suis sûre qu'un réalisateur serait ravi de filmer ce qu'a inventé Gilles Legardinier quant à Lucas.

Il y a aussi des remarques amusantes de la narratrice. J'ai bien aimé ce qu'elle disait à propos des citations. Elle s'emporte un peu, mais son point de vue est intéressant.

Le lecteur rira également de ce qui arrive aux «méchants» de l'histoire. On pourrait se récrier que ces «méchants» ne sont pas nuancés, mais il ne faut pas oublier que des personnes comme cela existent.
Bien sûr, vous aurez d'autres occasions de rire, mais je ne vais pas tout dévoiler.

L'intrigue du roman permet de montrer des sentiments et des réactions qui redonnent un peu confiance en l'humanité: solidarité, générosité. Les protagonistes savent réagir comme il faut lorsque les événements prennent une tournure plus grave. Là encore, l'auteur n'exagère pas. Si l'individualisme et l'égocentrisme se rencontrent partout, la générosité et la solidarité également.

J'aime beaucoup le père de Camille. Il est en retrait, la jeune fille évoquant surtout sa vie lycéenne et ses amis. Cependant, le lecteur devine très vite que c'est quelqu'un de bien.

Il n'y a qu'une chose qui m'a vraiment agacée. J'ai déjà lu cela dans «Complètement cramé». L'auteur semble persuadé (ici, c'est Margot et Manon qui se font les porte-paroles de la théorie), qu'il vaut mieux être mal accompagné, être avec quelqu'un qui est là et qu'on trouve sympathique, plutôt que d'être seul. Je n'aime pas cette théorie. Je pense que l'histoire de Manon aurait dû être davantage creusée. Ce n'est pas à elle de décider que ses parents doivent rester ensemble. Si ceux-ci ne s'aiment plus, pourquoi ne pas se séparer? De plus, je suis convaincue qu'un couple qui ne s'aime plus et ne se sépare pas uniquement à cause des enfants se fourvoie. Les enfants souffriront davantage de voir des personnes qui ne s'aiment plus se côtoyer tous les jours. Peut-être que les relations des parents de Manon étaient plus complexes, mais il aurait fallu que cela soit développé et exprimé par les principaux concernés.
Quant à Margot, elle semble dire qu'on peut aimer soit avec son corps soit avec sa tête... J'aurais préféré davantage de nuance.

Remarques annexes:
Gilles Legardinier n'exagère pas non plus lorsqu'il évoque ce que j'appelle le code du café. Je me souviens avoir eu, avec une amie, à peu de choses près, la conversation que Camille a avec monsieur Rossi à ce propos. Quant à moi, j'échappe au code du café, estimant que je n'en ai pas besoin pour discuter avec qui je veux quand je veux, même si tout le monde a une tasse de café à la main excepté moi. ;-)

Je pense que le professeur d'économie a raison lorsqu'il dit que beaucoup de monde agit parce que telle célébrité ou telle personne qu'il aime agit ainsi. C'est triste, mais vrai.

J'aime beaucoup les relations de Camille avec son chat, de Tibor avec les chiens, etc. À ce sujet, Camille dit que Flocon (le chat) copie Zoltan (le chien) parce que c'est le seul modèle qu'il a. Mes chats n'ont pas connu de chiens, et ça ne les empêche pas de rapporter la balle qu'on leur lance. ;-)

Un roman qui m'a semblé plus nuancé que les autres comédies de cet auteur, dont l'ambiance et les personnages m'ont plu, dont les situations m'ont parlé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Séverine Cayron. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
N'ayant pas été tentée par la trilogie «Cinquante nuances», j'ai découvert Séverine Cayron avec «Et soudain tout change». Au début, il m'a semblé qu'elle en faisait un peu trop. Ensuite, j'ai trouvé qu'elle entrait davantage dans la peau des personnages, qu'elle abandonnait son intonation un peu forcée, et semblait vraiment dans le roman. Je me doute qu'il n'a pas été simple pour elle d'incarner Camille et la galerie de personnages qui l'entoure. Je la réentendrai avec plaisir.

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