Dernières lueurs avant la nuit, de Serge Brussolo.
À 08:36 par La Livrophile, dans la rubrique Romans policiers, thrillers
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L'auteur:
Voir le billet sur Serge Brussolo.
L'ouvrage:
A deux ans, Robin a été enlevé par un couple en mal d'enfants: Andrewjz et Antonia. Antonia, ne peut pas avoir d'enfants. Le couple a bien essayé d'en adopter, mais deux problèmes incontournables se sont présentés. D'abord, Antonia, examinée par différents psychologues, a été déclarée incapable de s'occuper d'un enfant, et de l'élever. Ensuite, elle ne s'intéresse qu'à un type de petits garçons. Dès que l'enfant a atteint dix ans, elle n'en veut plus, il lui en faut un autre. Son mari a obéi à sa folie par amour. Ils enlèvent des nourissons, leur donnent une onfance dorée, peuplée de contes. Ils grandissent dans une maison décorée comme un château. Antonia leur raconte qu'ils sont les princes héritiers du trône d'Ombrie Australe, et que son époux et elle en sont la reine et le prince Consort. Ils vivent aux Etats-Unis à cause d'un complot fomenté par les bolchéviques qui les ont chassés de leur royaume, mais un jour, ils récupèreront leur bien. les enfants vivent entourés de petits domestiques. Tous leurs caprices sont satisfaits. On leur apprend plusieurs langues, on les fait lire, étudier... Et quand ils ont dix ans, on les met dehors. On les relâche dans la nature en leur expliquant qu'ils ont vécu dans un mensonge.
Robin est le troisième enfant qui subit ce sort. Cependant, il a été enlevé à deux ans, alors que les autres ont été enlevés quand ils étaient nourrissons.
A dix ans, Robin a, lui aussi, été congédié. Il s'est mis dans la tête que c'est une épreuve d'initiation à laquelle le soumettent ses parents. Il ne croit pas un mot de la vérité que lui révèle Andrewjz. Il fera tout pour retourner dans le château de son enfance.
Critique:
Analyser la psychologie d'un enfant qui a grandi avec une conception du monde, un environnement donné, des parents donnés, est très intéressant. Robin n'a connu que le château d'Andrewjz et d'Antonia. Il n'a entendu que les histoires d'Antonia. Il n'a rien vu du monde extérieur. Et à dix ans, son monde s'écroule. Il est normal qu'il ne croie pas la vérité. Il met un certain temps à la croire et à l'accepter. Il aurait même été logique qu'il ne la crût jamais, à l'instar de Dexter, son prédécesseur. Il aurait pu s'enferrer dans les contes dont Antonia lui a farci la tête. Le fait qu'il reprenne pieds dans la réalité est un peu surprenant, mais cela s'explique sûrement par sa grande intelligence, son intuition, et son sens de l'observation.
En outre, les "parents" abandonnent l'enfant alors qu'il est encore dans l'enfance, alors qu'il croit encore que ses parents sont des dieux. Ce n'est qu'à l'adolescence qu'un enfant se rend compte que ses parents n'ont pas la science infuse, qu'ils ne sont pas touts puissants, qu'ils peuvent se tromper. C'est justement cette période qu'Antonia ne veut pas vivre: la période où son enfant la verrait comme une humaine avec ses défauts, et plus comme une reine, une déesse merveilleuse et magique. Elle parle de la transformation physique de l'enfant, disant que l'adolescence le rendra laid, mais elle parle également du fait qu'il ne s'intéressera plus à elle. Le personnage d'Antonia est détestable. A un moment, Robin se rend compte qu'on ne peut même pas la blâmer ou lui en vouloir, puisqu'elle est folle. Je n'ai pas la clémence de Robin. Bien sûr, Antonia est malade, mais si ça explique ses actes, cela ne les excuse pas. Tout lui est dû, tout le monde doit faire ce qu'elle veut. Andrewjz fait les corvées, le sale boulot, pour qu'Antonia puisse vivre ses rêves et ses caprices. Les enfants sont les jouets d'Antonia. Elle finit par expier ses fautes. J'avoue que je n'ai ressenti aucune pitié pour elle, quand quelqu'un d'aussi fou qu'elle l'a assujettie à ses désirs.
Le petit Robin est tout de suite sympathique au lecteur. Parfois, il se montre pédant, mais cela est dû à l'éducation que lui a donné Antonia.
Ensuite, il éveille toujours des sentiments extrêmes (amour, haine, peur) chez les gens qu'il côtoie.
Certains personnages sont assez forts à cause de ce qu'ils ont vécu, comme Judith Pookhey. Elle a été brimée toute sa vie par un père tyrannique, un illuminé qui croit recevoir en lui la parole divine. Le lecteur prend Judith en pitié: en quelque sorte, elle a, elle aussi, vécu enfermée, et n'a connu que certains paramètres. Mais contrairement à Robin, elle ne sortira de sa prison qu'à sa mort.
Le personnage de Sandra Dicaccio ne m'est pas très sympathique. D'abord, au début, elle est agaçante. Elle est psychologue, et applique ses belles théories à Robin. Elle ne croit rien de ce qu'il dit, elle ne pense pas qu'il pourrait y avoir ne serait-ce qu'un peu de vrai dans ce qu'il dit. Elle bâtit toute une théorie qui n'es qu'un cliché. Le sommum de l'exaspération est atteint lorsqu'elle explique le dessin de Robin à Judith. Bien sûr, c'est facile d'être agacé et de se moquer deSandra, alors que nous, nous savons que Robin dit la vérité.
Sandra est la plus sûre alliée de Robin, et cela devrait nous la rendre sympathique. Mais il semble qu'elle "l'aime" pour de mauvaises raisons. Elle veut se l'approprier, comme Antonia, parce qu'il est beau, charmant. Elle l'analyse elle-même ainsi.
Tout comme les autres thrillers de Brussolo, celui-là est construit sur plusieurs péripéties et rebondissements. Pourtant, je le trouve moins palpitant que "La main froide" ou "Le visiteur sans visage". Il y a quand même des moments où le lecteur est tenu en haleine: lorsque Sandra va voir Dexter, lorsque Robin essaie de s'échapper avec le bébé... Mais il me semble que certains passages traînent...
Quant à la fin, elle est assez logique. Je ne vois pas quelle autre fin l'auteur aurait pu faire. Elle n'est donc pas tirée par les cheveux. Mais elle nous laisse tout de même avec des questions... On se demande ce qui va se passer après...
Il y a une petite incohérence. Avant de commencer à enlever des enfants, Andrewjz et Antonia ont fait le tour des centres d'adoption. Donc, avant ça, ils ont sûrement fait des analyses, ce qui a établi qu'Antonia ne pouvait pas avoir d'enfants. Il est indiqué qu'au moment de l'histoire racontée ici, Andrewjz a soixante-deux ans, et qu'Antonia a vingt ans de moins que lui. Elle aurait donc quarante-deux ans. Seulement, il est facile de calculer que cela fait vingt-huit ans qu'elle a commencé à enlever des enfants. Elle aurait donc commencé à quatorze ans...
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.










Commentaires
1. Le mercredi 25 juillet 2007 à 19:40, par Verby
2. Le mercredi 25 juillet 2007 à 19:59, par La Livrophile
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