De la part de la princesse morte

L'ouvrage:
Selma Raouf Bey, née en 1911, est la dernière princesse Ottomane. Elle aurait été sultane si le sultanat n'avait pas été aboli. Elle vit à Istambul, avec ses parents, Hatidjé sultane et Haïri Raouf Bey, et son frère, qui porte le même prénom que son père. Selma est une enfant vive, au caractère bien trempé. Elle ne comprend pas l'injustice, et voudrait conquérir le monde. Elle se passionne pour le combat des femmes qui veulent l'égalité. Elle adore sa mère, qui est, à ses yeux, une femme parfaite.

Un jour, l'abolition du sultanat vient briser l'univers de la petite fille. La famille doit s'exiler. Hatidjé décide qu'ils iront au Liban, car elle est sûre que le peuple les rappellera, et elle ne veut pas aller trop loin de la Turquie. Selma va à l'école, où elle découvre l'ostracisme. Elle tombera amoureuse aussi.

Plus tard, elle accepte un mariage arrangé avec Amir, le radjah de Badalpour. Elle accepte donc de partir très loin de sa mère qu'elle aime tant.

Critique:
Le roman a été écrit par la fille de Selma, qui ne l'a presque pas connue. Elle a recueilli le plus de témoignages possibles afin de reconstituer la personnalité de Selma, et d'expliquer pourquoi elle avait réagi de telle manière à tel événement. Lorsqu'elle n'a pas trouvé de réponses, elle a utilisé son imagination, en essayant de se mettre dans la peau de Selma. Donc, nous ne pouvons pas être sûrs qu'elle retranscrit toujours exactement les pensées de Selma, mais le personnage qu'elle nous présente nous envoûte tout de suite. Selma est un personnage ayant un fort caractère. C'est une jeune femme qui essaie d'être heureuse, et de goûter à la vie. Elle fait des choix difficiles et douloureux, comme accepter de s'exiler en Inde pour épouser un homme qu'elle ne connaît pas. Selma et le lecteur espèrent un peu naïvement que ce mariage sera heureux. Selma et Amir arrivent parfois à se comprendre, mais souvent, la communication n'est pas facile entre eux. Leurs cultures et leurs caractères se heurtent, et se rejoignent...
Pour moi, Selma est une grande dame. D'après ce qui est décrit dans le roman, c'est quelqu'un qui avait une très grande force de caractère, et qui pouvait avoir un grand coeur.

La quatrième partie du roman est dure à lire, surtout la fin, lorsque la guerre éclate. C'est une fin très poignante.

Les autres personnages du roman sont fascinants, eux aussi. Je ne sais pas trop quoi penser d'Hatidjé sultane, qui a certaines idées très arrêtées, et qui n'hésite pas à envoyer sa fille très loin d'elle pour garder son prestige: elle donne sa fille au radjah de Badalpour. Hatidjé vit dans le passé. Elle ne peut pas se résoudre à l'abolition du sultaneat. Mais il faut aussi se rappeler que de six ans à trente-et-un ans, elle a vécu en captivité, avec son père, Mourad 5, dans le palais de Tchéragan, car son oncle, Abdul Hamid, avait comploté, et détrôné Mourad 5. Elle a donc vécu quelque chose de traumatisant.

Bien sûr, je ne peux pas finir cette critique sans évoquer Zeynel, l'eunuque dévoué à la famille. Il aime d'Hatidjé sultane, et est persuadé (ou a réussi à se persuader) que par une nuit magique, il lui a fait Selma. Pour lui, Selma est sa fille. Il les adore toutes les deux, et se sacrifie pour elles. Selma le traite un peu légèrement. On dirait qu'elle ne l'apprécie pas à sa juste valeur.

Par ailleurs, ce livre est extrêmement riche en notes qui nous aident à comprendre la civilisation turque, puis celle des Indes. Outre les notes, certaines coutumes sont expliquées au long du roman, et nous nous immergeons totalement dans l'univers décrit.

Ce livre a une suite, "Les jardins de Badalpour", dont je ne ferai pas la critique. D'abord, il y a trop longtemps que je l'ai lu, je ne m'en souviens pas assez pour faire une bonne critique. Ensuite, j'ai été très déçue. Toute la magie de "De la part de la princesse morte" s'est envolée. L'histoire est banale, et même sordide, parfois. Après avoir écrit l'histoire de sa mère, Kenizé Mourad a voulu écrire ce qui lui est arrivé après, comment elle a retrouvé son père, et comment elle a reconstitué la vie de sa mère. Personnellement, j'ai trouvé ça décevant... Une chose m'a particulièrement déçue, et là, l'héroïne du roman n'y est pour rien. Elle est plutôt la victime de l'événement qui m'a déçue.

En tout cas, je vous recommande vraiment l'histoire de Selma qui est passionnante, captivante, qui nous entraîne dans la vie de celle qui fut la dernière princesse Ottomane.

Note: Voici un extrait du livre qui m'a appris quelque chose, et je vous le fais partager, car beaucoup de monde fait l'erreur.
"La sultane: princesse de sang royal, fille du sultan. Les épouses du sultan sont appelées cadines." Le sultanat se transmet de parents à enfants. La sultane n'est pas l'épouse du sultan, sauf si elle est fille de sultan, bien sûr.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michelle Zorn pour la Bibliothèque Braille Romande.

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