Complètement cramé

L'ouvrage:
Andrew Blake, soixante-six ans, dirige une grande entreprise anglaise. Se sentant inutile et déprimé, il décide de changer d'air. Son ami, Richard Ward, lui trouve une place de majordome dans un manoir français. Dès son arrivée, il manque d'être tué par Philippe (le régisseur), et la cuisinière (Odile), lui fait comprendre qu'elle ne voit pas son embauche d'un très bon oeil...

Critique:
Voilà un livre sympathique, lumineux. À travers des personnages qui se remettent en question grâce à de l'aide, Gilles Legardinier tente de montrer que la solidarité, l'affection, le désintéressement sont encore de ce monde. Sans se départir de sa causticité, il évoque des situations douloureuses, voire graves, et montre qu'en y mettant de la volonté et un peu de joie de vivre, on peut finir par faire avec ses blessures.
On me dira que c'est peut-être trop optimiste. Je dirais oui et non. Certes, j'ai trouvé que certaines situations (notamment celle de Manon) se réglaient un peu trop bien. Cependant, si les choses évoluent, c'est parce que les personnages y mettent du leur. Par ailleurs, on jubile lorsqu'Andrew asticote, puis dit ses quatre vérités à un personnage particulièrement antipathique. À ce moment, on s'imagine faisant la même chose avec ceux qui nous agacent.

L'humour de Gilles Legardinier est toujours omniprésent. Il est même là lors de situations délicates. Comment ne pas rire au récit épique de l'expédition punitive d'Helmut et Luigi, même si elle comporte des risques? Les visites de Richard au manoir sont également source de drôlerie.
Certaines situations sont mises en scènes, et l'auteur exagère un peu. Par exemple, la scène où Andrew se déguise en femme afin d'aider Philippe à être à l'aise pendant un dîner avec une femme est peut-être un peu poussée. Cependant, les remarques de Philippe et de Manon font que l'exagération passe très bien.
L'auteur n'hésite pas à faire dire à ses personnages de petites phrases déjantées comme par exemple celles sur les champignons.
Lorsque Philippe ou Odile sont dans les parages, on sait que certaines répliques vont faire rire.
La fête de Halloween est également un moment très amusant.
Il va de soi que je suis loin d'avoir évoqué toutes les situations cocasses du roman.

Je trouve dommage que Gilles Legardinier ait à tout prix voulu caser tout le monde. Bien sûr, à la fin, certaines choses ne sont pas sûres, mais le lecteur n'a pas de gros doutes quant à leur issue. À force, cet aspect est très agaçant.
D'autre part, on trouve beaucoup de clichés sur les hommes et les femmes. Les hommes aiment comme ci et les femmes aiment comme ça. Une femme amoureuse réagira comme ci, un homme sera différent. Je me croyais dans un de ces livres du genre «Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus», livres qui, à mon avis, sont trop tranchés. J'en ai vraiment assez des clichés de ce genre. Je préfère qu'on dise: «Une personne amoureuse réagira plutôt comme ça.» C'est plus neutre, plus nuancé.
Dans le même ordre d'idées, l'auteur laisse entendre qu'il vaut mieux être mal accompagné que seul. Dans un livre qui prône les vrais sentiments, l'aide sincère et désintéressée, j'ai trouvé cela déplacé, voire cynique. Le pire est atteint lorsqu'Andrew résume sa pensée ainsi: «(...) c'est pour tous les hommes pareil: on choisit ce qui nous va le mieux dans ce que l'on a les moyens d'attraper. Et après, pour les moins stupides d'entre nous, on apprend à aimer.»

Remarque annexe:
Il n'est pas logique qu'Odile n'ait pas pensé seule à ranger les ustensiles de cuisine les plus utilisés devant les autres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Résimont. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
J'étais un peu dubitative quant au choix du comédien, car je le connais dans des rôles plutôt sérieux, et j'imaginais difficilement sa voix se prêter à ce genre de romans. Cependant, n'aimant pas les préjugés, j'ai voulu lire cette version audio. Philippe Résimont n'a pas démérité. Comme sa profession l'indique, il passe aisément d'un registre à l'autre. Il ne surjoue jamais, et rend très bien les intentions de l'auteur. Il parvient également à prendre une voix plus aiguë sans que cela soit ridicule pour les femmes. Pourtant, étant donné son timbre de voix, c'était loin d'être gagné. Il me semble que dans «Complètement cramé», il maîtrise mieux cet aspect du jeu que dans certains autres romans.
Je me souviens avoir été déçue (notamment pour «Une place à prendre»), car (sûrement à la demande de l'éditeur) il prononçait les noms anglophones de manière trop accentuée, selon moi. Ici, je trouve sa prononciation parfaite. Il arrive même à prononcer Heather sans en faire trop, ce qui n'est vraiment pas simple. En outre, à un moment, il prend un accent allemand, et je n'ai pas trouvé cela affecté, alors que souvent, les lecteurs en font trop lorsqu'il s'agit de faire un accent. Bravo à Philippe Résimont pour la lecture de ce roman.

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