Article 353 du code pénal

L'ouvrage:
Fin des années 90, Brest.
Martial Kermeur, cinquante ans, comparaît devant un juge. Il a jeté Antoine Laznec à la mer. Kermeur raconte donc pourquoi il en est arrivé là.

Critique:
Je connaissais Tanguy Viel, parce que j'ai essayé de lire un de ses romans, il y a quelques années, mais je ne l'ai pas fini. J'ai voulu lire «Article 353 du code pénal», parce que le résumé m'interpellait, et que j'aime beaucoup le comédien qui l'a enregistré.

Ce roman est poignant. Il raconte la vie d'un homme modeste, auquel on s'identifie rapidement. Dès le début, le lecteur sent qu'il lui accordera les circonstances atténuantes.
Kermeur raconte son histoire en faisant quelques digressions qui dévoilent des éléments qui ne laissent rien présager de bon pour sa famille. En général, ce genre de choses m'agace. Je me souviens avoir pesté après Thomas H Cook dans «Au lieu-dit Noir-Étang». Ici, cela ne m'a pas du tout gênée. D'abord, il n'y en a pas tant que ça (en tout cas, pas autant que dans «Au lieu-dit Noir-Étang»). Ensuite, elles s'insèrent naturellement dans ce récit oral. C'est un homme qui se confie. Bien souvent, une personne racontant quelque chose qui lui est arrivé fera ce genre de digressions. Enfin, Kermeur souligne lui-même qu'il a besoin de raconter son histoire comme elle vient. Ses digressions rendent le récit plus spontané. De plus, au moins l'une d'elles est comme une petite énigme. Je parle de la raison pour laquelle Erwan est où il est. J'avais imaginé autre chose, et je préfère la raison donnée par l'auteur.

Le juge illustre le fait qu'à partir du moment où on écoute un être humain nous raconter son histoire, on ne peut que s'impliquer émotionnellement. Je pense à son coup d'éclat, son énervement presque palpable lorsqu'il sort de sa neutralité pour demander: «Qu'est-ce qui vous a pris!» J'ai été étonnée par cette réaction qui rappelle que le juge, aussi neutre qu'il doive être, est avant tout un être humain. Ici, il jouera surtout le rôle d'un confesseur ou d'un psychologue, dans le bon sens des termes. Il écoute, aide le héros à se confier. Kermeur lui dit tout parce qu'il le doit, mais on sent qu'il arrive mieux à exprimer tout ce qu'il n'a pas osé s'avouer à l'époque.

Je ne m'attendais pas à la fin. Les cyniques la trouveront invraisemblable. Pour les terre-à-terre, je dirai que beaucoup d'affirmations de Kermeur sont vérifiables. J'ai aimé ce qu'implique cette fin, pas seulement à court terme.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Féodor Atkine.
Je pense que je n'aurais pas à ce point apprécié ce roman s'il n'avait pas été lu par ce comédien. C'est un roman qu'il vaut mieux écouter, car c'est un récit oral, le style est donc parlé. Mais encore faut-il qu'il soit bien interprété. Féodor Atkine le lit de manière naturelle, alliant émotions et retenue. Il ne tombe jamais dans le surjeu, entre parfaitement dans la peau du personnage, rendant à merveille le style adopté par l'auteur.
Je trouve dommage que l'audio ne soit pas évoqué dans l'entretien que Tanguy Viel accorde à Valérie Lévy-Soussan. En général, l'éditeur évoque la version audio avec l'écrivain. Pour «Faillir être flingué», c'était même le lecteur (Féodor Atkine) qui discutait avec Céline Minard.

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