Ally Hughes has sex sometimes

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
À vingt-et-un ans, Ally Hughes s'est retrouvée enceinte sans l'avoir désiré. Elle élève seule sa fille, et mène presque une vie d'ascète.
Dix ans plus tard, la jeune femme, alors professeur à l'université, passe un week-end torride (ce qui n'était pas du tout programmé) avec l'un de ses étudiants.
Dix ans plus tard, elle retrouve le jeune homme, apparemment sortant avec Lizzy, sa fille.

Critique:
Entre légèreté, gravité, humour, amour fou et parties de sexe torrides, Jules Moulin fait évoluer ses personnages. Certaines situations sont assez drôles, par exemple les conversations entre Ally et Anna, sa meilleure amie, ou bien le fait qu'Ally se retrouve un peu comme un OVNI au milieu d'une soirée cocaïne. Certains thèmes sont abordés à la fois de manière drôle et grave. Par exemple, Ally a du mal à laisser sa fille faire ses propres choix, et cela donne lieu à des moments cocasses: Ally faisant le pied de grue devant chez lizzy, laissant des kilomètres de messages sur son répondeur, etc. L'auteur fait le parallèle avec Claire, la mère d'Ally, qui était trop rigide, et abreuvait sa fille de pensées erronées sans la laisser oser espérer autre chose. C'est en faisant elle-même ce parallèle qu'Ally se rend compte qu'elle doit laisser Lizzy faire ce qu'elle veut, même si elle pense qu'elle se fourvoie.

Ally est assez creusée. Elle comprend la justesse du raisonnement de sa mère et le fait sien. En outre, elle souhaite être une bonne mère, et préfère ne pas s'autoriser grand-chose. C'est une personne gentille, soucieuse de bien faire.
Lizzy m'a un peu agacée, mais au fond, elle est sympathique.

J'ai apprécié que l'histoire d'amour ne soit pas une cause perdue d'avance. Par exemple, on n'attend pas des heures avant que Lizzy sache ce qu'il y a eu entre Jake et sa mère. En outre, sa réaction est plutôt sympathique. Par ailleurs, la drôlerie de certaines situations empêche cette histoire de tomber dans la niaiserie. Cependant, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop sur certains points. Elle a voulu que le «coup de foudre» n'en soit pas vraiment un (peut-être à cause des personnes comme moi qui détestent ça), ou alors, elle a voulu trop l'expliquer, le légitimer. De ce fait, elle en a trop fait, notamment en insérant beaucoup de scènes de sexe. Je pense qu'elle a voulu montrer en détails le week-end des amants, mais il n'y avait peut-être pas besoin de détailler plusieurs scènes torrides, tout en insistant lourdement sur la beauté et la virilité de Jake, son infatigabilité sexuelle, et sa possibilité à faire jouir Ally plusieurs fois en peu de temps.
Ensuite, j'ai trouvé que les cadeaux de Jake étaient trop ostentatoires. Certes, cette façon d'agir est expliquée par des confidences et par ce qu'a remarqué Jake pendant ce fameux week-end...
Je n'ai pas aimé le jeu qui consiste à faire semblant qu'on est quelqu'un d'autre et qu'on se rencontre. Je n'ai pas vraiment vu l'intérêt.

La romancière alterne les chapitres racontant le présent et ceux racontant le déroulement du week-end torride. Cette structure engendre ce que j'appelle des lenteurs artificielles. En effet, on connaît très vite les grandes lignes du week-end grâce à ce qu'en disent certains dans le présent. Par conséquent, chaque fois qu'on aborde un chapitre du passé, on est fatalement frustré car on voudrait savoir ce qui arrive dans le présent. Le week-end est détaillé parce que l'auteur souhaitait que le lecteur ressente ce qu'ont éprouvé Ally et Jake, mais peut-être aurait-il dû y avoir deux parties distinctes plutôt que l'entrelacement des deux récits.

Remarque annexe:
À un moment, Anna dit à Ally qu'elle peut s'autoriser à être heureuse comme dans «Les pages de notre amour». Elle aurait pu dire «comme dans les livres de certains auteurs», mais elle a choisi de citer ce livre-là. Il se trouve que quand j'étais adolescente, j'adorais ce livre qui était, pour moi, une très belle histoire d'amour. Je suppose qu'aujourd'hui, je le trouverais un peu niais, mais je garde une certaine tendresse pour mon émerveillement d'adolescente. C'est sûrement à cause de cela que je me souviens des prénoms des personnages: Ally (comme notre héroïne), et Noah (comme Jake, vous verrez pourquoi). Je me souviens aussi de l'âge de Noah quand Ally l'a retrouvé: trente-et-un ans (comme Ally Hughes lors du week-end torride). Lorsque Noah et Ally se retrouvent, il me semble qu'ils passent deux jours ensemble (la durée du week-end torride de Jake et Ally) avant d'être ramenés à la réalité par l'arrivée de la mère d'Ally. L'arrivée de la mère d'Ally Hughes précipitera d'ailleurs la fin du week-end torride.
Il y a peut-être d'autres allusions...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Penguin Random House Audio.
J'aime beaucoup Ann Marie Lee. Ici, elle n'a pas eu la partie facile. Elle est parvenue à rendre les conversations entre Ally et Anna, entre Ally et Lizzy, etc sans en faire trop, mais en jouant quand même. En effet, ces conversations devaient être jouées sans cabotinage. Quant aux scènes de sexe, elle a tenté d'y mettre un peu de l'exaltation des amants. Personnellement, j'en aurais mis un peu moins, mais cela reste acceptable.