Agence 13, Tome 3 : Le chat aux yeux jaunes

L'ouvrage:
L'agence 13 se voit confier une nouvelle mission. Peggy McFloyd, une vieille actrice, riche à millions, a reconverti son manoir en maison de retraite, surtout destinée à accueillir le personnel qui travailla sur la série dont elle fut l'héroïne: «First lady». Elle fait tourner de nouveaux épisodes de la série, et souhaite que Mickie Katz soit la nouvelle décoratrice de ces épisodes.
Mickie n'est pas au bout de ses surprises: elle débarque dans une maison où on vit comme en 1965, et où règne une atmosphère angoissante. On l'abreuve d'anecdotes sur la maîtresse des lieux, et celle-ci finit par lui demander un curieux service.

Critique:
Après avoir été déçue par le tome 2 de cette série, j'ai beaucoup aimé «Le chat aux yeux jaunes». J'ai aimé que Brussolo fasse du «classique» tout en le renouvelant. C'est-à-dire qu'il ne fait pas du polar classique (ce qui me décevrait énormément de sa part), mais du «classique Brussolo». Il reprend un thème dans lequel il excelle: la folie à grande échelle qui fait que (dans ce cas précis), une personne va pousser l'extravagance jusqu'au bout. Cette maison où on vit en 1965, et où on tourne de nouveaux épisodes d'une vieille série, c'est fascinant! Comme d'habitude, Serge Brussolo plante habilement un décor dans lequel il n'oublie rien. Je suis toujours admirative devant ses descriptions détaillées de maisons renfermant la folie de leur propriétaire.
Au passage, Brussolo décrit également très bien la fan clichée (Julia), complètement aveuglée par son adoration, qui ne vit que pour cela, qui se résume à cela... C'est assez effrayant, mais très réaliste, car certains fans sont ainsi.
Tout cela rappelle bien sûr une espèce de secte, même si les personnages se sentent offusqués qu'on emploie ce mot devant eux.

Outre cela, l'intrigue est bien menée. Il n'y a pas de lenteurs. Mickie entend beaucoup parler de Peggy avant de la rencontrer, mais je n'ai pas trouvé cela lent. Cela faisait partie de la mise en place de l'histoire, et je ne me suis pas ennuyée.
D'autre part, évoquer l'actrice, sa vie, et ses travers bien avant que Mickie la rencontre est une ficelle intéressante. Le lecteur a le temps de se faire une idée de qui il finira par croiser. Cela a également l'effet de créer une sorte de légende autour de la personne.

Les rebondissements sont bien placés. Certains sont prévisibles, mais je ne les avais pas devinés. Pour moi, un seul n'est pas vraiment justifié. Mickie découvre quelque chose lorsqu'elle lit le dossier médical de Peggy. Pourquoi Peggy ne le lui a-t-elle pas dit tout de suite? Réponse pratique: parce que cela fait un rebondissement à ajouter, une surprise pour le lecteur. C'est vrai, mais cela fait une petite incohérence dans l'histoire. Mickie et Peggy auraient gagné du temps si la jeune décoratrice avait eu connaissance de ces faits au moment d'enquêter.

Mickie entend deux versions d'une même histoire. C'est également une façon de faire que l'auteur emploie assez souvent. Je l'apprécie, car il fait cela de manière juste. Il n'en fait pas trop. En outre, il est toujours intéressant de voir comment les mêmes événements peuvent être expliqués de manière différentes, et que toutes les explications soient cohérentes.

Les personnages sont bien campés, bien analysés... surtout la principale victime. Il me semble qu'elle est plus épaisse que les personnages habituellement créés par Brussolo (exceptés les héros qui le sont toujours).

L'auteur maîtrise intrigue et personnages. Cependant, en parallèle de l'intrigue aboutie qu'il a créée, il en «commence» une autre. Je trouve dommage qu'il ne l'ait pas exploitée à fond, il aurait pu faire un roman encore meilleur. Je ne sais pas trop dans quelle direction il aurait pu mener cette idée, mais il est sûr qu'il aurait pu l'enrichir.

Accessoirement, je me doutais que les «conséquences» de l'aventure contée dans le tome 2 finiraient par ne plus exister. Je n'imagine pas du tout Brussolo nous racontant une histoire de femme enceinte ou gâtifiant devant le fruit de ses entrailles.
Quant aux personnages dont elle a «hérité» à la fin du tome 2, je sentais que l'auteur les abandonnerait. Il me semblait qu'il ne pourrait pas les faire vivre dans l'intimité de Mikie, dans sa nouvelle mission, qu'ils n'y auraient pas leur place.

Au départ, le roman devait s'appeler «First lady» (titre de la série dont Peggy fut l'héroïne). Je préfère le titre qui a été finalement choisi, car il est un élément très important de l'histoire. Prendre le titre de la série m'aurait paru trop simple.

Remarques annexes à l'intention de ceux qui ont lu le livre:
Il y a une petite faiblesse: lorsque Shelly remplace Peggy, il est dit que les spectateurs n'y voient que du feu. Si l'auteur a pensé à expliquer comment on a pu modifier son visage, il a oublié sa voix. Les deux femmes étaient soeurs, mais pas jumelles, elles n'avaient pas forcément la même voix.
L'auteur fourvoie le lecteur qui le connaît bien par un procédé assez astucieux: dans ses romans, les Peggy sont toujours des personnages aimables. Le lecteur a donc un bon a priori sur Peggy, et n'imagine pas qu'elle pourrait être la méchante.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Fleuve Noir.

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