Conduite en état Livresque

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L'homme n'est rien, mais c'est cette conscience du rien qui fait de lui quelque chose.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

jeudi 9 juin 2011

jeudi
9
juin 2011

Contre mes seuls ennemis, d'Isabelle Jarry.

Contre mes seuls ennemis

L'ouvrage:
Basile-Archimède est chercheur. Il travaille sur des plantes. Il est amoureux transi de Jacinthe, l'une de ses collègues qui travaille sur des virus.
Un jour, sans le vouloir, il découvre une espèce de mousse blanche suintant du béton. Il la fait analyser par un collègue.

Critique:
Ce roman est assez particulier. Il peut ne pas plaire à tous. Moi-même, j'ai un sentiment mitigé.

D'abord, l'auteur prend le temps de planter le décor. Le héros parle beaucoup de lui-même, de son travail, de ses pensées, de ses collègues, du centre... Cela permet de découvrir le personnage et son univers. D'ailleurs, j'ai trouvé sympathique d'entrer dans la tête de Basile. C'était agréable de se promener avec lui à travers le centre, et de découvrir ses collègues. Mais je pense que pour certains lecteurs, ce serait beaucoup trop lent.
Par ailleurs, le narrateur m'a fait rire: il a ses petites manies, il aime et respecte toute forme de vie, il a une façon bien à lui d'entreprendre ses recherches. Tout cela fait qu'on l'imagine très bien. l'auteur a su faire un personnage auquel on s'identifie, et auquel on croit.
Après que Basile a découvert la mousse blanche, l'intrigue est toujours aussi lente, mais cela ne m'a pas dérangée, car l'ambiance annoncée par le début est toujours là.

Certaines scènes m'ont amusée, notamment celles où Mélanie agit. On la voit peu, mais entre ce que Basile en pense et ce qu'elle fait, ce sont des moments de détente.
Je ne sais pas trop ce que le narrateur trouve à Jacinthe qui est plutôt quelconque. Sûrement qu'il obéit à la loi du «je suis glaciale, alors je t'attire».

Quant à la fin, elle est intéressante. Elle montre d'abord que les personnages ont su dépasser leur peur. Et puis, elle laisse entrevoir l'espoir d'une communication avec un autre organisme.
Là encore, je pense qu'elle peut déplaire à certains qui la trouveront peut-être trop plate. Pourtant, elle va bien au reste du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi 27 mai 2011

vendredi
27
mai 2011

Uglies, tome 2: Pretties, de Scott Westerfeld.

Uglies, Tome 2 : Pretties

L'ouvrage:
Tally est maintenant une pretty. Shay et elle profitent de leur nouvel état pour s'amuser aux soirées de New Pretty Town. C'est alors qu'elles décident d'être intenses...

Critique:
Je ne pensais pas que c'était possible, mais le tome 2 est encore plus lent que le tome 1. de petits faits mettent des pages et des pages à arriver. Et quand ils arrivent, ils durent longtemps. Par exemple, la chute de Tally ou les bracelets anti-crash brûlés...
Des événements sont là pour distraire le lecteur ou créer un rebondissement, comme la rencontre de Tally avec Andrew et ses congénères. Cela m'a plus ennuyée qu'autre chose.
Cette impression de lenteur est renforcée par le fait que, par le tome 1, le lecteur connaît l'un des événements supposés arriver dans le tome 2. Il n'y a donc pas vraiment de surprises. Ce qui découle des événements prévus est également très attendu. Par certains côtés (la rébellion, la fuite, le mouchard...), cela fait penser à une rediffusion d'événements du tome 1. On me dira que l'idée du mouchard est exploitée différemment. C'est vrai, mais au final, ça ressemble quand même beaucoup à ce qui arrive dans le tome 1.

L'auteur essaie de créer quelques rebondissements, notamment, les revirements de Shay, et les conséquences de la prise des pilules par Tally et Zane. Il y a aussi l'espèce de dilemme que Tally connaît dans les derniers chapitres... C'est supposé apporter de la nuance, faire apprécier Tally au lecteur... Pourtant, elle m'a paru toujours aussi fade, gourde, inconsistante.
Quant à l'histoire d'amour... ce qui se passe est dû au fait que tout est un peu mélangé dans la tête de Tally: elle a oublié des choses, en a vécu «intensément» certaines autres... tout cela n'est pas très crédible...
Concernant la fin... l'auteur tente de s'arrêter sur un moment de suspense qui fera que le lecteur sera avide de découvrir la suite. Je pense que dans le tome 3, on aura un scénario assez redondant. Tally, on ne sait trop par quel moyen, gardera ses facultés de réflexion d'humaine, et tentera, comme dans les deux tomes précédents, mais à plus grande échelle, de sauver tout le monde... À vérifier. ;-)

Le thème du pouvoir de l'auto-suggestion est abordé. Si je crois à l'auto-suggestion, c'est à moindre mesure. Ici, c'est évoqué de manière maladroite et peu crédible.

Bref, les idées sont bonnes, mais je n'adhère pas à la manière dont elles sont exploitées... ça fait artificiel, alors que ça se veut tout le contraire.

J'ai tenté de lire le tome 3, car j'aurais voulu chroniquer toute la série. Malheureusement, je me suis tellement ennuyée que j'ai abandonné.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Wergifosse pour la Ligue Braille.
J'apprécie toujours autant la lectrice. :-)

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jeudi 26 mai 2011

jeudi
26
mai 2011

Uglies, tome 1: Uglies, de Scott Westerfeld.

Uglies, tome 1

L'ouvrage:
Tally Youngblood n'a pas encore seize ans. Elle habite donc à Uglyville. Dès qu'elle aura seize ans, elle subira une opération qui la fera devenir belle (soit une pretty). C'est ainsi que ça se passe, à Uglyville. Tally attend ses seize ans avec impatience: elle ne veut plus être moche, et veut s'amuser à New Pretty Town.
C'est alors qu'elle rencontre Shay qui n'a pas l'air si pressé que ça d'être une pretty. Elle tente de faire réfléchir Tally en lui disant qu'il vaut mieux avoir son libre arbitre plutôt que de se laisser formater.

Critique:
L'idée de départ est intéressante, parce que l'auteur tente de faire ressortir les mauvais côtés du formatage. C'est une bonne idée, car il est toujours surprenant de voir le nombre de gens qui n'ont pas l'esprit critique, et avalent tout rond ce qu'on leur dit, seulement parce qu'on le leur a dit avec conviction, ou parce que celui qui le leur a dit est Untel ou Unetelle. En outre, il est intéressant, à la fin, de voir une confrontation entre une ugly qui prône l'esprit critique et une pretty qui préfère rester formatée mais contente de sa vie.

Malgré cela, j'ai trouvé ce premier tome un peu fade. Si l'idée est bien exploitée, l'histoire traîne beaucoup. Le récit est bien trop lent.
L'histoire d'amour est tellement clichée que j'ai été étonnée que l'auteur ose s'en servir. De plus, elle survient alors que les deux protagonistes ne se connaissent pas plus que ça.
L'auteur crée un univers inconnu, et en général, je suis contente de toutes les découvertes qu'occasionne ce genre de créations. Ici, à part les planches, les gilets, et les bracelets anti-crash, il n'y a rien de bien palpitant. Et encore, ces objets et leur utilisation sont prévisibles. Le lecteur n'est pas vraiment immergé dans un univers qui le dépayserait.

Les personnages ne m'ont pas vraiment été sympathiques. Même ceux qui prônent l'esprit critique n'ont pas l'air si réalistes. Il faut dire que je n'ai pas réussi à apprécier Tally. Son dilemme pourrait être intéressant, son évolution également. Pourtant, elle ne m'a pas convaincue. Je l'ai trouvée gourde. Et puis, son évolution et sa décision finale en font une héroïne parfaite. Je n'aime pas les personnages de ce genre. Leur perfection les déshumanise.

Tout cela fait que je n'ai pas vraiment réussi à rentrer dans l'histoire.

Certains me diront que je suis sévère, que c'est un roman pour la jeunesse, et qu'il faut le voir comme tel. Soit. Mais roman pour la jeunesse ne veut pas forcément dire clichés, et univers bâclé. Si vous lisez la série «Darkest powers», de Kelley Armstrong, qui est pour la jeunesse, vous découvrirez des personnages et des situations évitant le cliché.

Remarque annexe:
Les uglies ne savent pas écrire, mais apparemment, savent lire... Je trouve cela paradoxal. Soit on ne sait ni écrire ni lire, soit on sait faire les deux.

Par curiosité, je lirai le tome 2. Je verrai bien si j'ai envie de lire les autres ensuite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Wergifosse pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix douce et agréable. Sa lecture est un peu lente, mais son intonation est juste. Je tiens à lui adresser un remerciement spécial pour ne pas avoir tenté de singer un accent anglophone en prononçant «ugly», «pretty», «special», etc. J'imagine mon calvaire si j'étais tombée sur un lecteur qui fait un accent anglophone pour tous les mots et noms anglais!!! Le fait que la lectrice ait choisi de ne pas le faire a accentué le naturel de sa lecture.

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jeudi 21 avril 2011

jeudi
21
avril 2011

Au-delà d'Abencorr, de Michel Spielmann.

Au-delà d'Abencorr

L'ouvrage:
Depuis quelques semaines, des meurtres inexpliqués ont lieu dans la ville. Bolek, fonctionnaire, pressent que quelque chose va arriver.
Féhal quitte son village, et entreprend de rejoindre la ville. En route, il rencontre un vieil homme qui lui raconte une curieuse histoire.

Critique:
Ce roman mélange énigmes, étude d'une société, science fiction, et a un parfum de fantasy. Le lecteur rencontre des sociétés différentes, dans un pays inventé. Il y a une volonté de montrer que ce pays pourrait être n'importe lequel. Seuls les villages ont des noms, et ceux-ci ne rappellent aucun village connu. Cela évoque des noms plutôt antiques. En outre, le fait que chaque personne d'un même village a le même nom, et qu'on les différencie par la prononciation rappelle les langues asiatiques. C'est une autre façon de penser. Pour moi, cela fait un peu comme si on voulait gommer les différences d'un individu. Mais ce n'est que mon ressenti.

Dans ce récit en forme de quête initiatique, l'auteur aborde intelligemment certains thèmes. D'abord, il y a la peur de ce qu'on ne connaît pas, ou de ce qu'on nous apprend à craindre. Les habitants de la ville se laissent dicter une espèce de frayeur de l'extérieur sans réfléchir.
Michel Spielmann exhorte son lecteur à avoir l'esprit critique, à travers l'histoire de ses sociétés. Bien sûr, il explique que ses gens doivent mastiquer quelque chose qui leur ouvrira l'esprit (ce qui rappelle également certains textes bibliques où le fruit donne la connaissance), mais ce n'est qu'un symbole. C'est aux gens de se secouer, et de décider d'ouvrir les yeux sur le monde qui les entoure.
Il y a également l'idée du sacrifice de l'individu au nom de l'amélioration des conditions d'un peuple. Je n'aime pas du tout cette idée... on dirait quelque chose d'immuable et d'inéluctable. Comme si on n'échappait pas à un destin tracé d'avance, comme si on était formaté pour se sacrifier au bien-être du peuple. Les personnages destinés à cela ne se révoltent pas, on dirait qu'ils vont avec plaisir, voire empressement, au supplice. J'aurais aimé quelque chose de moins sombre, et de moins «téléguidé».

Étant friande de sociétés et de coutumes créées, j'ai bien aimé les différents peuples et leurs moeurs. Bien sûr, ce n'est pas ce qui compte le plus, mais outre que c'est intéressant, cela contribue à dépayser le lecteur en lui présentant d'autres manières d'agir.

D'une manière générale, les personnages principaux ne sont pas vraiment creusés. Ils sont plutôt portés par les événements. Les «gentils» semblent presque interchangeables...

Remarque annexe: Il est dommage qu'on trouve beaucoup de coquilles, et des erreurs de syntaxe. Toute une partie a l'air de n'avoir pas été corrigée. Je sais que les fautes, ça se glisse partout, et il est parfois ardu de les débusquer. Cependant, le roman a dû être relu par un correcteur avant d'être édité.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Mon petit éditeur dans le cadre d'un partenariat proposé par Blog-O-Book.

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vendredi 18 mars 2011

vendredi
18
mars 2011

Blind Lake, de Robert Charles Wilson.

Blind Lake

L'ouvrage:
Sur la base scientifique de Blind Lake, Marguerite Hauser étudie le comportement d'un être appartenant à une civilisation d'une autre planète. Elle l'a baptisé le sujet. Certains chercheurs de voient pas cela d'un très bon oeil.
Tess, la fille de Marguerite, est une enfant solitaire, timide, et ayant du mal à s'exprimer. Elle voit, parfois, dans une surface réfléchissante, une fille qui lui ressemble. Cette fille lui parle. Elle l'a baptisée la fille du miroir.

Critique:
J'ai aimé ce livre. Mais je pense que c'est pour de mauvaises raisons. J'ai été bien plus intéressée par les personnages et leur vie que par la partie science-fiction. J'ai d'ailleurs trouvé cette partie assez légère. J'ai suivi avec intérêt les observations de Marguerite quant au sujet, mais j'ai trouvé que cela traînait un peu. Tout comme l'histoire de Tess et de la fille du miroir. J'ai trouvé cela d'autant plus lent que je savais bien que Tess ne souffrait pas de désordres mentaux, comme le croient les personnages.
J'ai également apprécié les traits humoristiques de l'auteur, comme par exemple, l'obsession de Ray pour les ding dong.

On me dira que les personnages sont un peu clichés: Chris, Marguerite, et Tess sont «gentils», Ray est «méchant»... Je me suis quand même attachée aux trois personnages principaux. Ils ne sont pas particulièrement creusés, mais pour une fois, cela m'a suffi à les trouver sympathiques.
Ellen est un personnage assez intéressant. Elle semble toujours en colère après tout et tous, mais sa rage est souvent légitime. Cela montre aussi qu'Ellen n'est pas blasée, puisqu'elle se bat encore pour des choses importantes.

De plus, j'ai aimé le style de l'auteur: simple et parfois poétique. Le début du chapitre 11 est à lire: on s'imagine très bien cette étendue de neige, et les pensées de Tess accompagnent joliment le récit.

L'intrigue est assez facile à suivre. On devine certaines choses, mais cela ne rend pas la lecture désagréable. J'aurais été dépitée que certains événements se déroulassent autrement. Pour une fois, je préfère que l'auteur se soit conformé à certains codes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Yves Fournier pour l'association Valentin Haüy.
Le lecteur est une des raisons pour lesquelles j'ai apprécié ce roman. Il joue un peu sans cabotiner, et n'exagère pas lorsqu'il s'agit d'interpréter des personnages féminins.

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