Conduite en état Livresque

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Et seul le soleil sait
Si ce serpent sourit
Sifflant dans les cyprès
Suivant une souris
Sugar

lundi 25 juin 2007

lundi
25
juin 2007

Une passion fauve, tome 1, de Françoise Bourdin.

L'ouvrage:
Budapest, 1920.
La misère s'abat sur la Hongrie. La vie n'est plus possible, surtout pour des saltimbanques. Vilmos Károly le sait bien. Ruiné, la mort dans l'âme, il se résout à vendre son cirque, et à quitter son pays. Il va falloir tout recommencer ailleurs.
La famille Károly est très soudée, et elle s'en sortira.

C'est à Madrid que les Károly commencent une nouvelle vie. C'est dans un autre cirque que Vilmos et sa fille, Berill, font un numéro qui attire les foules. Dans la cage aux fauves, au milieu d'eux, Berill danse. La jeune fille adore les animaux, et les fauves en particulier. Ils la fascinent, et, à l'instar de Vilmos, elle ne cherche jamais à les humilier.
Berill est adulée du public. Beaucoup d'admirateurs lui offrent des fleurs. Elle n'en fait pas granc cas, tant elle est heureuse avec ses parents, ses frères, et les fauves. L'un de ses prétendants se démarque des autres. C'est Thomas Blaque-Belair, banquier dublinois. Depuis qu'il a vu Berill, il s'est juré de tout mettre en oeuvre pour faire d'elle sa femme.

Critique:
Comme je le dis à chaque critique, les livres de Françoise Bourdin sont des livres divertissants et détendants. Malgré cette légèreté, les personnages sont fouillés, l'histoire n'est pas si tirée par les cheveux qu'on pourrait le penser.

On imagine que Berill se sentira toujours incomplète, n'aimera jamais son mari, et finira par s'aigrir. Il n'en n'est rien. Bien sûr, elle regrette son ancienne vie, mais elle fait plus que s'accommoder de la nouvelle. Et puis, à la fin du livre, elle sait qu'elle pourra à nouveau être en contact avec les fauves.

Le personnage de Thérèsa est intéressant. Elle aime Berill, mais ne peut s'empêcher de se sentir étouffée par elle, et l'amour immodéré que lui porte son mari, le frère de Thérèsa. Quant à moi, j'ai aussi été agacée par cet amour qui excuse tout. Berill en profite un peu. Qui le lui reprocherait? Mais il est vrai que parfois, elle semble prendre beaucoup de place, et évincer les autres.

Il y a des situations un peu cliché: la mère de Thomas rejette Berill qui a une basse condition sociale.
Tout le monde, ou presque, succombe au charme de Berill.
Le personnage de Julian aussi est un peu cliché.

La guerre va précipiter les personnages dans un tourbillon dont certains auront du mal à se remettre. Comme dans toute saga familiale, il y aura un traître. Rien ne le disposait à cela. L'absurde de sa situation, c'est qu'il renie ses origines en se mettant du côté des nazis. Le lecteur a du mal à y croire. Bien sûr, il est possible que de telles aberrations se soient produites, mais essayer de convertir ses parents, et finir par les dénoncer, sachant ce qui leur serait fait, c'est un peu gros. En plus, le personnage en question est amoureux d'une allemande. Il aurait été plus percutant que la jeune fille en question fût contre le nazisme. Françoise Bourdin aurait ainsi rappelé que tous les allemands n'étaient pas nazis.

D'une manière générale, on s'attache aux personnages et à leurs histoires. On a envie de savoir la suite. C'est un livre de vacances. Et ceux qui aiment habituellement Françoise Bourdin ne seront pas déçus.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Julien pour les éditions VDB.
Moi qui râle assez souvent, aujourd'hui, c'est plutôt mes compliments que j'adresse à cette comédienne, qui, pour la lecture de cet ouvrage, n'a pas forcé les accents dans les noms étrangers.

jeudi 11 janvier 2007

jeudi
11
janvier 2007

Accroche-toi à ton rêve, de Barbara Taylor Bradford.

Voir la critique du tome 1.

Accroche-toi à ton rêve

L'ouvrage:
Après avoir découvert un complot fomenté par quatre de ses enfants qui veulent s'approprier Harte Enterprise, Emma Harte y a mis bon ordre en nommant ses petits-enfants légataires. Eux l'aiment et la respectent. Ils ne songent pas du tout à la dépouiller. C'est ainsi que Paula (qui était déjà mêlée aux affaires de sa grand-mère), Emily, Alexandre, Sarah, et Jonathan vont travailler dans les différents magasins d'Emma. Il y aura aussi le fils et les petits-enfants de Blacky, le meilleur ami d'Emma.
D'autre part, Emma a mis toutes ses rancunes vis-à-vis des Ferley de côté, du moins, elle a reconnu que ce que lui avaient fait les Ferley ne pouvait s'appliquer au petit-fils d'Edwin, Jim. Jim travaille pour elle, et est également marié à Paula.

Blacky en a assez de voir Emma travailler sans jamais prendre de vacances. Il veut l'emmener faire le tour du monde.
Winston et Emily découvrent qu'ils s'aiment depuis toujours.
Anthony veut divorcer de Mine avec qui il ne s'entend pas. Il aime follement Sally.
Shane aime Paula, et il sait qu'il ne pourra jamais aimer d'autres femmes. Il ne peut même pas faire l'amour avec une femme s'il n'imagine pas qu'elle est Paula.
Sarah est amoureuse de Shane. De ce fait, elle déteste Paula, qui semble être la seule à ne pas se rendre compte de la passion de Shane pour elle.
Alexandre courtise Maggie Reynolds.
Elizabeth a rencontré un autre homme dont elle est folle.
Emma s'inquiète, car il lui semble que l'un de ses petits-enfants ne pense qu'à l'argent, et à ruiner les autres à son profit.

Critique:
Heureusement, au début du livre, il y a un arbre généalogique qui resitue tout le monde. Et même avec l'arbre en tête, c'est une grande pagaille dans laquelle on patauge parfois un peu, entre les descendants d'Emma, ceux de Winston, ceux de Franck, ceux de Blacky, ceux de David Calinsky... Ces histoire qui s'entrecroisent, ça fait un peu soap opera. C'est un peu agaçant.

Le lecteur avisé verra certaines choses arriver de très très loin. Par exemple, on sait presque dès le départ que le mariage de Jim et Paula ne va pas marcher, et qu'elle va se mettre avec Shane. On devine aussi comment Paula va finir par être débarrassée de Jim.
Et bien sûr, ce cher Jim est dépeint par la romancière comme un alcolique, intéressé par l'argent, qui, en plus, ne sait pas éveiller les sens de Paula, ne pensant qu'à son propre plaisir, négligeant les préliminaires, ce qui montre son égoïsme. Bref, elle fait tout pour nous le rendre désagréable. C'est trop manichéen, et donc, beaucoup moins intéressant que si Jim avait eu moins de défauts. C'est facile de ne pas aimer un homme comme ça. C'est facile de faire du manichéen, du caricatural.

Ce manichéisme se retrouve ailleurs dans le roman. Deux petits-enfants d'Emma agissent en douce pour s'emparer de la fortune. Les autres les démasquent, les confondent, et les licencient. Seulement, l'un d'entre eux a des motivations qui peuvent se comprendre: étant aveuglé par l'amour (et la haine), et ayant été manipulé par l'autre. Ce personnage aurait mérité une seconde chance. D'après son attitude, il l'aurait sûrement saisie. Mais les autres agissent de la même façon avec les deux comploteurs, et en plus, ont le toupet de justifier leur absence de pitié pour le personnage moins responsable.

Les petits-enfants d'emma (du moins ceux qui ne fomentent rien contre elle, et surtout Emily et Paula) ont l'air d'être complètement endoctrinés au dogme d'Emma. A un moment, Jim dit à Paula qu'elle a la façon de penser de sa grand-mère, et qu'elle ne peut pas penser autrement. Elle se récrie, mais le lecteur (du moins moi) n'est pas loin de partager l'opinion de Jim. Pour Paula (et certains autres), tout ce que dit et fait Emma est à suivre à la lettre. Et si Emma paraît un peu plus sympathique, son autorité étouffante est toujours aussi énervante pour le lecteur.

A un moment, une fille dit à Shane que personne ne se marie hors du clan familial, chez les Harte/O'Neill. C'est exactement le sentiment qu'on a, même si Alexandre épouse Maggie Reynolds. Bien sûr, ils ont tous été élevés ensemble, se connaissent depuis l'enfance, et il est logique que certains tombent amoureux les uns des autres, mais ça referme encore plus la famille sur elle-même, et la montre encore plus comme une secte qui ne saurait s'écarter du chemin tracé par Emma.

Autre chose rappelle "Les oiseaux se cachent pour mourir". Après l'avalanche, Paula a exactement la même réaction que Justine après la noyade de Dane.

J'ai passé un bon moment en lisant ce livre, malgré ma critique assez négative, mais c'est surtout parce que je voulais connaître la suite. C'est d'ailleurs pour ça que je vais sûrement lire les autres tomes. Au départ, "L'espace d'une vie" n'était pas écrit pour avoir une suite. Mais après son énorme succès (usurpé, à mon avis, parce qu'il y a largement mieux), et le succès de la série télévisée tirée du roman, Barbara Taylor Bradford a dû décider d'écrire une suite, sûre que les gens ayant aimé le tome 1 achèteraient le tome 2. Et donc, elle ne s'est pas trop foulée sur le scénario, et a mis des choses qu'on voit venir gros comme une maison, étant sûre de vendre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Hayoz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

lundi 8 janvier 2007

lundi
8
janvier 2007

L'espace d'une vie, de Barbara Taylor Bradford.

L'espace d'une vie L'ouvrage:
1904. Emma Harte a 14 ans. Elle est fille de cuisine à Ferley Hall. Elle vit dans une sordide masure, et toute sa famille travaille pour Adam Ferley. Sa mère, Elizabeth Harte, est malade. La pauvreté des Harte fait qu'elle ne peut pas être soignée convenablement.
En outre, Franck, le petit frère d'Emma, se passionne pour les études et les livres, et il a été forcé d'abandonner l'école pour travailler, et gagner de l'argent pour sa famille.

Emma déteste les riches Ferley, qui, pense-t-elle, se permettent de vivre dans l'oppulence, de prendre les domestiques de haut, de les maltraiter, et qui ne se rendent même pas compte de l'indigence dans laquelle vivent certains d'entre eux. Sa haine sera redoublée à cause de ce qui se passera entre elle et Edwin Ferley, et à cause des circonstances de la mort de son père. Elle veut devenir riche, pour ne plus vivre dans la misère, et aussi pour se venger des Ferley. Un jour, c'est sûr, elle les ruinera, elle Sera plus riche qu'eux, elle leur fera payer leur arrogance. Elle travaillera d'arrache-pied pour réussir.

Critique:
Le livre s'ouvre sur un prologue qui se déroule en 1968, et qui raconte certains événements qui arrivent alors qu'Emma a 78 ans. Ensuite, il y a l'histoire, de 1904 jusqu'en 1950, puis l'épilogue qui est la suite du prologue. Je trouve cela un peu dommage, car dans le prologue, on apprend des choses qu'il aurait mieux valu découvrir au long du livre. On apprend d'abord qu'Emma a réussi à devenir très riche. On s'en doute, bien sûr, mais le savoir dès le début gâche un peu le plaisir de la découverte.
On apprend aussi qu'Emma a 5 enfants. Et si on fait attention à leurs noms de famille (et pour l'une à son prénom), au fur et à mesure qu'on découvre les personnages, on sait avec qui Emma les a eus. On apprend aussi que malheureusement, Emma ne s'entend pas bien avec ses enfants, sauf avec l'une d'eux.

La quatrième de couverture signale que "L'espace d'une vie" est un ouvrage comparable à "Les oiseaux se cachent pour mourir". Effectivement, c'est une longue saga familiale qui s'étale sur quatre générations (le McCullough s'étale sur trois générations), avec des amours impossibles. Mais on retrouve certaines ressemblances qui peuvent faire penser au lecteur que Barbara Taylor Bradford s'est un peu inspirée de certaines situations, de certaines ambiances de Colleen McCullough. C'est un peu dommage. Par exemple, Winston, le frère aîné d'Emma veut s'engager dans la marine, et entre en conflit avec son père à ce sujet; le frère de Meggie veut s'engager pendant la guerre de 14-18, il veut s'en aller de la maison, de toute façon, et entre en conflit avec son "père". Bien sûr, ce n'est pas les mêmes conflits, mais les affrontements père-fils rappellent un peu McCullough.
Le deuxième frère d'Emma s'appelle Franck, comme le frère aîné de Meggie. Le mari de Meggie s'appelle Luke O'Neill, et le meilleur ami d'Emma s'appelle Blacky O'Neill. Ca, c'est du pinaillage, je sais, mais je ne l'aurais peut-être pas remarqué si la quatrième de couverture de "L'espace d'une vie" n'évoquait pas "Les oiseaux se cachent pour mourir", sorti un an avant.
Fiona, la mère de Meggie, a passionnément aimé un homme, avant d'épouser Padraic Cleary; Elizabeth, la mère d'Emma, a eu une liaison passionnée avant d'épouser John Harte.
Padraic Cleary est un homme bon, qui attendrit et touche tout de suite le lecteur, malgré ses colères; il en va de même pour John Harte. De plus, tous les deux meurent de manière totalement injuste, et, accessoirement, tous les deux meurent par le feu. Enfin, je crois que Padraic est foudroyé lors d'un orage, mais il me semble qu'il y a une histoire d'incendie... Il va falloir que je relise le livre. ;-)

Le livre n'est pas mal, avec beaucoup de personnages qui s'entrecroisent, qui se déchirent, qui s'aiment follement... Il y a certaines situations un peu grosses qui m'ont un peu agacée. Et Emma n'est pas toujours sympathique au lecteur. On comprend sa haine et son envie de vengeance, mais son opiniâtreté, son acharnement au travail, sont parfois pénibles. D'une manière générale, c'est son caractère, son personnage qui agacent un peu. Elle a tout ce qu'elle veut, elle réussit tout... Elle est un peu hautaine, et méprise facilement les gens. Si on veut continuer la comparaison, on lui préfère Meggie, qui est plus douce, plus aimable, qui a ses faiblesses, qui semble plus humaine.
De plus, Emma met tous les patrons dans le même sac, sans penser que certains s'inquiètent pour les domestiques, et espèrent une vie meilleure pour eux.

L'histoire d'amour entre Emma et Paul me semble un peu tirée par les cheveux... Emma aime passionnément un personnage, puis un autre, puis enfin, Paul. Son coeur est bien volage. On comprend qu'elle cesse d'aimer le premier homme, mais on se demande pourquoi elle cesse d'aimer le deuxième. Il lui est inaccessible, mais en général, cela n'arrête pas le coeur. Ensuite, lorsqu'elle est avec Paul, il y a certains passages clichés, qui sont supposés être émouvants, mais que j'ai trouvés plutôt gnan gnan, comme par exemple, celui où il lui offre l'émeraude familiale.

Autre situation un peu clichée, à mon avis: Emma n'a de complicité et d'amour qu'avec l'enfant qu'elle a eu d'un homme qu'elle a réellement aimé. Elle a bien essayé d'être une mère pour les autres, mais elle a toujours préféré Daisy, et ses autres enfants ont des caractères durs et superficiels.

Le livre est bien, mais pas aussi bien que ce à quoi je m'attendais, ayant lu qu'il avait été un best-seller au même titre qu "Les oiseaux se cachent pour mourir".

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Hayoz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

lundi 6 novembre 2006

lundi
6
novembre 2006

Noces indiennes, de Sharon Maas.

Noces indiennes L'ouvrage:
Madras.
Les Lindsay sont des colons anglais. Leur fils, David, est élevé avec Savitri Iyer, la fille du cuisinier. Madame Lindsay n'ayant plus de lait après la naissance de David, elle avait besoin d'une nourrice. Il se trouvait justement que madame Iyer venait d'accoucher de Savitri. David et Savitri sont donc frère et soeur de lait.
Plus tard, ils jouent toujours ensemble. Ils s'aiment. Ils veulent se marier.

Nat a cinq ans. Il vit dans un orphelinat religieux, dans le Tamil Nadu. Un jour, un médecin blanc l'adopte. Devenu le fils d'un homme bon, tout dévoué à ses malades, Nat sera élevé dans le respect de l'autre. Son père essaiera de lui inculquer des valeurs essentielles.

En Guyane Britannique, Saroj Roy aime beaucoup sa famille. Sauf Deodat, son père. Il est dur, la frappe parce qu'elle joue avec un petit garçon africain. Deodat est Hindou, et il déteste les africains.
Plus tard, il veut marier Saroj à l'indienne: un mariage arrangé, avec quelqu'un qu'elle ne verra pas ou peu avant la cérémonie. Saroj se révolte contre cela. Elle se confie beaucoup à son frère, Ganesh. Il lui semble qu'elle ne peut pas partager sa peine avec sa mère, une femme douce, discrète, effacée, qui se plie aux désirs de Deodat, qui préfère ne pas le contrarier.

Critique:
Ce roman est le premier qu'a publié Sharon Maas. Il a eu beaucoup de succès. Personnellement, j'ai préféré la danse des paons. "Noces indiennes" est une grande saga qui n'est pas trop mal, mais je trouve que "La danse des paons" est supérieur.

Le roman est constitué de chapitres. Chaque chapitre nous plonge dans l'une des trois époques, dans l'entourage de l'un des trois personnages principaux: Savitri, Nat, et Saroj. Cela a deux conséquences. D'abord, c'est original. En général, les livres sont "à l'endroit". Là, selon les personnages, Sharon Maas nous parle de faits ayant eu lieu à différents moments, et jongle avec le passé et le présent de certains de ses héros.
Ensuite, ça permet de se livrer à un jeu de pistes. Tel chapitre parle de tel personnage, et dans un autre chapitre, concernant un autre personnage, on retrouve ce nom. Donc, on s'amuse à essayer d'assembler les pièces du puzzle avant que l'auteur ne le fasse. Selon les goûts de chacun, cela peut être plaisant ou agaçant.
En ce qui me concerne, j'avais trouvé presque tous les biens unissant les personnages avant que Sharon Maas ne le dise clairement.
(Note: Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre, car je vais donner des exemples précis, qui dévoilent beaucoup de choses.)
J'ai deviné assez rapidement que David était le père de Nat.
J'ai mis plus de temps à deviner que Savitri était Ma. Je l'ai trouvé quand Ma est morte.
J'ai également deviné assez rapidement que la théorie de Saroj, comme quoi sa mère avait eu un amant était erronée. Je n'avais pas trouvé qui était la maîtresse de Deodat, mais j'avais réussi à échaffauder la théorie qui s'est révélée la bonne, en l'étayant par le fait que l'hallucination qu'avait eue Saroj à l'hôpital était une vraie personne. En outre, la théorie échaffaudée par Saroj ne collait absolument pas au caractère de sa mère.

J'ai été assez déçue par certaines choses, notamment la mort du personnage qui a le plus souffert, juste au moment où ce personnage aurait pu trouver le bonheur. Bien sûr, ce genre de chose rend peut-être le livre plus réaliste, mais je pense qu'il n'aurait pas été invraisemblable que le personnage puisse retrouver le bonheur. Sharon Maas a été obligée de tuer ce personnage, car sinon, elle aurait dû faire certaines révélations bien avant la fin. J'aurais préféré qu'elle trouvât un autre moyen.

D'autre part, le livre traîne, à mon avis. Il est assez gros, mais parfois, les gros livres, surtout ce genre de sagas, ne traînent pas vraiment. Tout est intéressant. Là, je me suis parfois ennuyée.

Cette critique est récurrente chez moi: j'ai trouvé le coup de foudre entre Nat et Saroj extrêmement cliché et téléphoné. D'autant plus que l'amour existant entre David et Savitri s'était forgé pendant leur enfance, était né de leur complicité, et semblait très vrai.

Je n'ai pas trop aimé la fin... Enfin, si, mais je n'ai pas aimé le fait que tels personnages aient eu leur chance, alors que d'autres, non. Surtout qu'à mon avis, les personnages qui ont eu leur chance sont plus fades que ceux qui ne l'ont pas eue.

Donc, pour se plonger dans la culture hindoue, je conseille plutôt "La danse des paons". Il est plus profond, traîne moins, et les clichés (s'il y en a un peu) passent mieux.

Allez, je ne peux pas finir cette critique sans râler après un détail insignifiant qui m'a énervée, car je pinaille souvent. La mère de Trixie s'appelle Lucy Quentin. Eh bien, à chaque fois que Sharon Maas parle d'elle, elle pourrait écrire Lucy, mais elle écrit toujours "Lucy Quentin". Pourquoi?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 7 août 2006

lundi
7
août 2006

La danse des paons, de Sharon Maas.

La Danse des paons L'ouvrage:
Rita Maraj a six ans. Elle vit seule avec son papa, Ronnie. Sa mère est morte. Elle recueille des animaux blessés qu'elle soigne, élève des insectes pour étudier leur comportement. Cela la fascine. Elle règne sur la petite bande d'enfants de Victoria Street. Son père est un peu laxiste, et Rita ne sait pas qu'il ne faut pas transformer la maison en champ de bataille.

Un jour, tout bascule. Ronnie lui présente Marilyn, sa "nouvelle maman". Marilyn n'acceptera pas le désordre, les animaux blessés, les insectes... Elle prendra vite Rita en grippe, au lieu d'essayer de la comprendre. Celle-ci s'enfermera dans un monde de rêves pour supporter cela. Heureusement, elle a des amis...

Critique:
C'est le deuxième roman de Sharon Maas. Si j'ai bien compris, elle en a écrit trois. Le premier est "Noces indiennes" que je vais bientôt lire. Quant au troisième, il ne doit pas encore être sorti en France, car je n'arrive pas à trouver le titre français.

J'ai beaucoup aimé ce livre, et je le recommande pour plusieurs raisons. D'abord, cela fait plaisir de lire une saga qui n'est pas gnan gnan. J'avais peur que les thèmes de la fille et de la belle-mère, de la "méchante" demi-soeur soient mal exploités, que ce soit du genre Danielle Steel. Eh bien, ce n'est absolument pas le cas! Soit, certaines choses se retrouvent un peu partout, et sont quelque peu des poncifs, comme par exemple, Marilyn qui est méchante avec Rita, et même avec son mari. Mais Marilyn n'est pas si caricaturale que ça, en fait. D'abord, elle a raison pour certaines choses, comme le fait de tenir la maison propre, et de ne pas y faire entrer volontairement des insectes. Mais Rita faisait cela parce que son père ne lui a jamais rien interdit, donc, elle ne comprend pas que Marilyn le fasse.
Au fur et à mesure du livre, le personnage de Marilyn devient peut-être un peu caricatural, mais elle a quand même de l'épaisseur.

Rita est le personnage le plus intéressant. Elle s'élève presque seule. Elle est très sensible, et a des valeurs saines. Sa psychologie est très creusée. Elle vit des événements très graves. A cause d'une minute d'inattention, elle devra passer plusieurs années à se débattre avec elle-même. Ce combat et les sentiments de Rita sont très bien exposés.

Ensuite, Rita se retrouve précipitée dans quelque chose de terrible: la prostitution enfantine. La romancière nous fait d'autant plus ressentir l'horreur de cela en opérant un contraste saisissant entre les problèmes familiaux de Rita, et la prostitution enfantine. L'instant d'avant, on avait une jeune femme qui se débattait avec ses problèmes, et surtout une jeune fille, (Isabelle, la demi-soeur de Rita), qui était égoïste, superficielle, et écervelée, et soudain, Rita et le lecteur se retrouvent plongés dans l'enfer de Kamathipura, l'un des quartiers chauds de Bombay. Le fait que Sharon Maas joue sur ces deux tableaux donne plus de force au livre, et rend l'horreur de Kamathipura encore plus atroce. On est presque soulagé lorsqu'on découvre des "maisons" où les prostituées ne subissent aucun châtiment corporel, et où elles sont bien nourries. Montrer qu'il y a des différences entre la façon dont sont traitées les prostituées de Kamathipura et d'autres est aussi une force du roman.

D'une manière générale, les situations ne sont pas exposées de façon mélodramatique, comme on aurait pu s'y attendre avec les sujets traités. Tous les personnages, (sauf peut-être Ronnie, Marilyn, et Rani), sont fouillés, et leur psychologie est vraie, réaliste.

A la fin, j'aurais préféré que Rita essaie de sauver d'autres enfants de la prostitution, mais à elle seule, elle n'aurait pas pu. Cette fin n'aurait pas été réaliste. D'ailleurs, Rita le comprend elle-même, justement à cause de ce qu'elle vit en essayant de sauver une seule enfant. Mais elle ne baisse pas les bras, et va tenter de faire cesser cela par un autre moyen.
Autre chose dans la fin m'a rendue triste: l'un des personnages est condamné à plus ou moins brève échéance. Et c'est le personnage qui a le plus souffert...

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce roman... J'espère qu'avec le peu que j'ai dit, je vous ai donné envie de le lire. Il est très gros, mais il se dévore!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.


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