Conduite en état Livresque

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Dans la nature, on néglige trop souvent l'extraordinaire
puissance de la courge.
Fred Vargas dans "Pars vite et reviens tard".

jeudi 5 janvier 2012

jeudi
5
janvier 2012

L'heure trouble, de Johan Theorin.

L'Heure trouble

L'ouvrage:
Voilà plus de vingt ans que Jens Davidsson, six ans, a disparu, alors qu'il était chez ses grands-parents, sur l'île d'Öland. Certains pensent qu'il est allé sur la plage, et s'est noyé. Mais on n'a jamais retrouvé son corps. D'autres pensent que c'est peut-être Nils Kant (qui a plusieurs meurtres à son actif) qui l'a tué. Mais Nils Kant est mort...
C'est alors que Gerlof Davidsson, le grand-père de l'enfant, reçoit une enveloppe contenant une sandale qui pourrait bien être celle de Jens.

Critique:
J'ai retrouvé, avec plaisir, des choses qui m'avaient plu dans les deux autres livres de Johan Theorin. Il y a d'abord le décor et l'ambiance qui en émane. De plus, l'auteur situant (pour l'instant) tous ses romans sur l'île d'Öland, non seulement on croirait y être, mais à force de le lire, on a l'impression d'y habiter un peu.

J'ai également aimé retrouver Gerlof (même si en fait, ce roman est sa première aventure), que j'avais apprécié dans «Le sang des pierres» et «L'écho des morts». C'est un personnage sympathique. Il a su traverser les épreuves sans s'aigrir, et surtout, il ne ressemble pas aux vieilles personnes cancanières de certains romans, qui élucident tous les mystères, se montrant plus fortes que la police, et donc, absolument pas crédibles.

J'ai également aimé retrouver le côté très humain des personnages de Theorin. Outre Gerlof et sa famille, les autres, qu'on compatisse à ce qui leur arrive ou qu'on les déteste (certains seront à la fois blâmés et plaints), ont une psychologie bien analysée. Ils sont réalistes.

L'intrigue m'a un peu moins plu que celles des deux autres romans, principalement parce que le lecteur a très vite certaines données en main. Il ne sait pas tout, et fait des découvertes au long de sa lecture, mais il est des points qu'il sait dès le départ. Cela a engendré quelques lenteurs à mon goût. Je pense que s'il n'y avait pas eu le prologue, ayant moins d'indices, j'aurais trouvé certaines choses moins lourdes. Cependant, le prologue a un bon côté, car à cause de lui, le lecteur se demandera comment telle chose était possible. À mesure de sa lecture, il oscillera entre les différentes théories échafaudées, et ne saura pas vraiment sur laquelle se fixer, jusqu'à la fin. Cette ambiguïté a été voulue par l'auteur, et c'est en cela que le prologue est utile.

En général, je n'aime pas trop les retours en arrière. Ici, ils étaient bien placés. Il y en a bien un ou deux qui ont engendré quelques longueurs, mais ils aident le lecteur à mieux comprendre les choses.

Johan Theorin a utilisé une ficelle qu'il a pervertie, ce que je trouve très bien. En effet, à cause d'une situation, il a fait en sorte qu'une hypothèse ne puisse absolument pas être émise, alors que ce fait est la clé d'une partie de l'énigme. J'ai trouvé cela finement joué. Surtout que lorsqu'on connaît le fait en question, on le trouve parfaitement logique.

Au tout début, Julia m'a agacée. Pourtant, elle ne fait qu'exprimer une incommensurable douleur. Et comment l'en blâmer? Elle a perdu son fils, ne croit pas la théorie admise par la majorité, ne se sent pas soutenue par sa famille... Il est vrai que si Gerlof la soutient à sa manière, ce n'est pas le cas de Léna. J'ai eu d'ailleurs du mal à comprendre Léna qui m'a paru assez froide, tout au long du roman. Elle veut que sa soeur passe à autre chose, et il est compréhensible qu'elle souhaite que Julia aille mieux. Mais lorsqu'il s'agit de la perte d'un enfant, il n'est pas simple de passer à autre chose, et Léna ne veut pas le comprendre.

Là encore, l'auteur agrémente son roman d'un soupçon de fantastique: Julia et d'autres se demandent si la maison des Kant de serait pas hantée par le fantôme de Vera. Cela m'a plu, car la théorie va bien avec cette maison lugubre. La scène où Julia s'y rend est très bien écrite, car la peur monte lentement, et le lecteur finit par croire qu'il y a vraiment un fantôme.
Il y a aussi l'histoire du lutin suicidaire... J'avoue qu'elle m'a fait rire.
Bref, Johan Theorin parvient très bien à insérer un peu de fantastique sans que cela soit hors de propos. Cela n'est pas donné à tout le monde.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi 2 janvier 2012

lundi
2
janvier 2012

On t'aura prévenue, de James Patterson.

On t'aura prévenue

L'ouvrage:
En passant devant l'hôtel Falcon, Christine s'arrête. Des badauds sont attroupés. On est en train de sortir quatre cadavres de l'hôtel. Voulant devenir photographe, et profitant de la moindre occasion, elle dégaine son Leika. Au moment où elle voit le quatrième corps, la jeune femme voit la housse qui l'enveloppe se soulever, et une main en sortir. Elle donne l'alarme... et s'éveille. Outre le cauchemar qui l'effraie, elle enrage, car apparemment, un voisin a mis la radio très fort, et une chanson se déverse de manière insistante dans ses oreilles.
C'est en allant travailler (n'étant pas encore photographe, elle gagne sa vie en étant nounou), que Christine passe devant le Falcon, et se retrouve face à son rêve. Excepté que tout ne se passe pas comme dans le cauchemar.

Critique:
Une fois qu'on a achevé ce roman, on se dit que c'était une histoire banale. C'est vrai. C'est justement ce qui fait que j'admire James Patterson, du moins dans le cas de ce roman. Il a fait de quelque chose d'ordinaire une histoire de suspense. J'avoue que malgré la «simplicité» de l'intrigue, j'ai été perdue pendant un bon moment. C'est ce qui compte! À mesure de l'avancée du livre, j'ai entrevu ce qui se passerait, mais je ne savais pas trop comment cela pourrait arriver. Au final, je n'ai pas trouvé que c'était tiré par les cheveux.

Outre cela, la banalité de l'intrigue (c'est presque un vaudeville), cache certaines complexités. Par exemple, Christine est hantée par son passé: des choses qu'elle n'a pas réglées, d'autres qu'elle a mal faites, tout cela à cause des circonstances. Et il y a l'histoire avec le psychiatre... Il est presque fou qu'elle en soit sortie indemne, et on comprend que tous ses démons reviennent la hanter à un moment. À ce sujet, l'auteur louvoie entre deux explications: l'une rationnelle (le passé de Christine la hante), et une plus fantastique. Les deux se côtoient pendant un bon moment, et on ne peut pas décider laquelle est la bonne. D'ailleurs, même lorsque l'auteur décide laquelle est acceptable, il les entremêle habilement, et ce que cela donne satisfera les amateurs de rationnel et ceux d'explications plutôt fantastiques. C'est également une force du roman.

Les autres personnages semblent un peu fades, parce que le schéma auquel ils obéissent est un peu cliché. Même si le lecteur veut avoir la candeur de Christine quant à sa relation, il sait qu'elle est dans une pièce cent fois jouée, et qu'elle n'aura jamais l'homme qu'elle aime.
Ce qui est curieux, c'est qu'en général, dans une histoire d'adultère, je plains toujours la personne trompée. Ici, tout en pensant pis que pendre du mari trompeur, je n'ai pu que mépriser la femme trompée, et plaindre la maîtresse qui est, dans le fond, la seule abusée. C'est en ce sens que James Patterson renouvelle quelque peu le cliché.

Il est vrai que Penley est vue par les yeux de Christine, et qu'elle noircit forcément le tableau. Mais elle a quand même l'air peu engageant.

Quant à Christine, elle est plus creusée. On la plaint tout en la blâmant pour sa conduite, ses erreurs passées, certains traumatismes de son enfance. J'ai d'ailleurs trouvé qu'elle était traitée assez sévèrement...

Bref, un roman sympathique qui mélange savamment classique et nouveauté.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Stéphanie de San pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix agréable. La plupart du temps, elle met le ton. Cependant, parfois, sa lecture est saccadée: elle fait des blancs au milieu des phrases, comme si elle avait du mal à lire, ce qui fait qu'elle met moins le ton. D'autre part, je trouve dommage qu'elle ait laissé ses erreurs de lecture.

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vendredi 30 décembre 2011

vendredi
30
décembre 2011

Abandoned, de Cody McFadyen.

Abandoned

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Le grand jour est arrivé: Callie se marie. Tout est parfait. Mais pendant la fête, une voiture débarque à vive allure. On en expulse quelqu'un devant les convives, et le véhicule repart tout aussi vite. La femme, jetée tel un paquet, c'est Heather Hollister, disparue depuis huit ans. Elle est vivante.

Critique:
Encore une fois, Cody McFadyen décrit des actes affreux, commis par quelqu'un qui va jusqu'au bout du mal. Ce tome 4 m'a fait ressentir une autre sorte de peur. En effet, si les «malades» des autres tomes étaient effrayants, au moins, on pouvait se dire qu'ils étaient fous. Cela se voyait. Ici, le coupable semble tout à fait conscient de tout ce qu'il fait, et du mal que cela cause. Il n'est pas forcément fou, mais il n'a aucune conscience. Il a été élevé avec l'idée qu'il faut broyer avant de l'être, qu'il faut annihiler la volonté afin de triompher, que pour gagner sa vie, il faut semer terreur et chaos. On me dira que c'est une sorte de folie. Peut-être, mais elle est froide, réfléchie, très proche de la raison... Le coupable a un raisonnement fou, peut-être, mais il a l'air plus averti que malade.

L'auteur parsème le début de son récit de retours en arrière qui ne sont pas très gênants parce qu'ils ne durent pas, mais aussi parce qu'ils aident à comprendre la psychologie du coupable. On n'a pas seulement le profil que finit par établir l'équipe de Smoky, et c'est bien plus intéressant. On cerne mieux, et de manière moins artificielle, la personnalité du coupable et de son père. J'ai d'ailleurs trouvé le père fort moralement. Après ce qui lui est arrivé, il aurait pu être pire que ça...
Ces retours en arrière montrent aussi qu'ils sont liés au présent. Comme c'est logique, l'auteur ne fait pas patienter son lecteur trop longtemps avant de lui montrer le lien.

À côté de cela, il y a d'autres personnages qui semblent vraiment fous. Par exemple, Douglas. À un moment, Smoky lui dit qu'il est une caricature. Ce n'est pas faux. Tant d'égoïsme, de bêtise, de refus de se remettre en question en une seule personne, c'est fort! Malheureusement, des gens comme ça existent... Toutes les raisons qu'il donne pour qu'on excuse ses actes sont terrifiantes. Comment peut-il envisager d'être excusé! J'avoue qu'à l'instar de Smoky, j'ai été contente qu'il soit maltraité, en prison.

Certains personnages sont confrontés à des choses terribles, surtout Smoky, ce qui la pousse assez loin... À ce sujet, on comprend qu'ils franchissent une étape lorsqu'Allan explique qu'il y a cinq ans, il aurait fait un rapport sur la conduite agressive (quasi non-professionnelle) de Smoky envers Douglas, mais là, il s'en fiche, parce que son aversion pour Douglas prend le dessus. C'est là qu'il comprend qu'il est peut-être temps pour lui de prendre sa retraite, qu'il a peut-être vu trop d'horreurs, qu'il doit partir avant de ne plus pouvoir profiter de la vie.
À l'inverse, Smoky semble tenir plus que jamais à son travail. À travers ce qu'en dit Tommy et la façon d'être de la jeune femme, il semble que son travail prenne de plus en plus de place, qu'elle puisse de moins en moins s'en passer, comme d'une drogue. Outre que c'est un peu effrayant, je trouve réducteur pour une personne d'être à ce point prise par son travail. C'est bien plus agréable de faire un travail qu'on aime, mais je trouve dommage de n'être plus rien sans son travail. Smoky n'a pas tant de centres d'intérêt que ça. Elle est intelligente, mais on dirait qu'elle n'est vraiment à l'aise que dans son travail ou que parce qu'il lui prend presque tout son temps.

Dans ce tome, Bonnie a treize ans, et elle se cherche. Au départ, elle a réussi à être positive. Après ce qu'elle avait vécu, ce n'était pas forcément aisé. Ici, elle flirte avec le côté sombre qu'elle a côtoyé. Bien sûr, elle fait cela pour tenter de comprendre, et même s'il était nécessaire que Smoky agisse comme elle l'a fait, on peut comprendre (sans excuser) ce qu'a ressenti la jeune adolescente. Même si c'est dérangeant, il est logique que Bonnie ait eu ce genre d'idées. L'auteur a su lui donner davantage d'épaisseur. Je ne sais pas s'il y aura un tome 5 (le tome 4 date de 2009), mais il serait intéressant de voir comment évoluerait Bonnie. Comme je pense qu'au final, elle ferait les bons choix, cela serait une note d'espoir.

L'interrogatoire final m'a paru un peu long. Surtout que Smoky pose certaines questions dont les réponses sont logiques. Par exemple: pourquoi les victimes sont gardées en vie jusqu'à un certain moment. Il ne faut pas être agent du FBI pour deviner la réponse.
En outre, là encore, le coupable est démasqué parce qu'il le veut bien. Il explique que c'est pour pouvoir tout contrôler, et que s'il s'était contenté de s'enfuir sans se manifester, le hasard aurait fait qu'on l'aurait trouvé. Je trouve cet argument très léger. Cela rend l'ensemble bancal, pour moi.

Pour ce qui suit, je suis obligée de dévoiler un pan de l'intrigue. Ce n'est pas une chose qui va gâcher la lecture, mais c'est à propos de Smoky. Si vous ne voulez pas savoir, passez au paragraphe suivant.
L'auteur tombe dans le politiquement correct, ce que je trouve assez indigne et même hypocrite de sa part. Il nous dévoile les pires déviances de ce monde, et... Smoky est enceinte. La doctoresse qu'elle va voir lui explique qu'à son âge, il y a plus de dangers que son enfant soit atteint du syndrome de Down, et qu'on va surveiller cela. Et quand Smoky s'alarme, elle lui dit que de toute façon, ce qui comptera, au final, c'est le bébé, qu'il ait ce syndrome ou pas. Elle illustre ce propos pompeux par une question idiote: Smoky aurait-elle moins aimé sa première fille si elle avait eu ce syndrome. Et Smoky, sotte, répond en minaudant: bien sûr que non. Je trouve cet argument malvenu. En effet, si Alexa avait eu le syndrome de Down, elle n'aurait pas été la Alexa qu'a connue Smoky. Ensuite, notre héroïne affirme que la doctoresse a raison, que ce qui compte, c'est qu'elle veut cet enfant, et voilà. Mis à part qu'elle fait pleurer dans les chaumières, je trouve cette affirmation très légère. Avant d'avoir un enfant, il faut sérieusement se demander si on est capable de l'aimer sans restrictions, et d'accepter un handicap. Sachant que tous les handicaps n'ont pas les mêmes «inconvénients», le parent doit se demander ce qu'il est prêt à accepter. Il faut aussi penser à l'enfant. Il aura besoin de davantage d'attention et de soins qu'un enfant sans handicap. Smoky qui travaille vingt heures par jour (j'exagère, mais si peu), serait-elle capable de ralentir, voire d'arrêter de travailler pour se consacrer à son enfant? Bien sûr, Tommy l'aiderait, mais cela ne suffirait pas. Il faut aussi penser à l'après. Que deviendra l'enfant, s'il ne peut pas s'assumer une fois que ses parents auront disparu?
Je peux paraître très dure, mais je pense qu'il faut se poser ce genre de questions. Smoky étant posée et pondérée, je m'étonne qu'elle ait réagi comme une midinette, sans même réfléchir aux conséquences que cela pourrait entraîner. Cela ne va pas à son personnage. Soit, c'est politiquement correct... et cela me déçoit. J'aurais compris cela de la part de Danielle Steel, mais pas de celle de Cody McFadyen.

Attention! Passez aux renseignements sur la version audio si vous n'avez pas lu le livre.
Il n'est pas très crédible qu'on ait pris la coupable pour un homme tout au long du livre. L'auteur essaie de s'en sortir en expliquant que sa voix devient plus grave quand elle joue les hommes, etc. Mais il est impossible de masculiniser une voix féminine. Une femme peut avoir une voix très grave, on pourra toujours deviner (même si on peut hésiter), qu'elle est une femme. Il aurait été facile pour l'auteur de rendre cela crédible. Élevée comme un garçon, se sentant homme, la femme aurait pu prendre des hormones ce qui aurait modifié sa voix es sa pilosité, etc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.

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jeudi 29 décembre 2011

jeudi
29
décembre 2011

The darker side, de Cody McFadyen.

The darker side

Note: À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Lisa Reed est morte. C'est la fille d'un homme important. C'est le FBI, et plus spécifiquement l'équipe de Smoky Barrett, qui devra enquêter. Lisa avait une spécificité: elle est né homme. À peine Smoky a-t-elle le temps de commencer l'enquête qu'une autre femme est retrouvée assassinée. Il semblerait que la même personne soit à l'origine des deux meurtres... et que ce ne soit pas les seuls à son actif.

Critique:
J'ai trouvé ce roman moins lugubre que les deux précédents, bien qu'il décrive un comportement contre nature, et expose de manière très fouillée la psychologie de quelqu'un de très malade. Il est intéressant de voir ce qui a créé cette psychologie, cette assurance de soi. C'est le fait d'être élevé avec des paramètres donnés, et aussi d'avoir un caractère faible. En effet, Cody McFadyen décrit ici une déviance: le fanatisme. Le meurtrier es! persuadé d'agir au nom et sous la protection de Dieu. Il a passé sa vie à penser servir Dieu, alors qu'en fait, il donnait des raisons à son cerveau malade d'agir, il se justifiait, se dédouanait pour les atrocités qu'il commettait.

Autre chose est terrifiant aussi bien dans ce tome que dans les deux précédents: les coupables sont démasqués parce qu'ils le veulent bien. Le FBI ne fait que suivre les pistes obligeamment fournies par les coupables eux-mêmes. Les agents sont, en quelque sorte, les pantins des coupables. Outre que c'est effrayant, cela les rend quelque peu ridicules.

J'ai aimé en apprendre davantage sur Smoky, voir sa vie évoluer, lire des scènes familiales entre elle et Bonnie. Ce contraste entre une enquête terrifiante et la vie de tous les jours, c'est le lot de ceux qui font ce métier. Il peut paraître étrange, et pourtant, non.
À un moment, Smoky découvre qu'elle n'a jamais vraiment eu à punir Bonnie, que l'enfant n'a jamais transgressé les règles. Il est assez effrayant et émouvant de voir pourquoi la fillette a fini par les transgresser, et la punition qu'est obligée de lui infliger Smoky a l'air un peu ridicule, même si elle est justifiée et méritée.
J'ai quand même été un peu déçue que l'histoire ne commence pas justement par une scène de la vie des personnages principaux, mais par l'enquête. Et pourtant, c'est plutôt un point positif, car cela brise la routine, les tomes 1 et 2 commençant par nous montrer la vie des personnages avant d'attaquer l'enquête.

Le roman est traversé de personnages qui attendriront d'abord parce qu'ils ont vécu des choses traumatisantes, et ensuite parce qu'ils ont été victimes, alors qu'ils ne méritaient que compassion... excepté pour Valérie. Certains me trouveront peut-être cruelle, mais je pense que Valérie a mérité son sort. Je n'ai pas pu m'apitoyer une seconde sur elle. J'ai aussi frémi lorsque Smoky explique que ce genre de choses arrive: un enfant élevé dans l'amour, à qui on enseigne des valeurs de vie peut être, sans raison apparente, perturbé...

Les personnages principaux sont égaux à eux-mêmes, sauf que la carapace de James se fissure quelque peu, ce que j'attendais depuis le début. Cela me l'a rendu un peu plus sympathique.

Il me semble que ce volume contient moins de lenteurs que les deux précédents. Je n'ai pas d'exemples, d'ailleurs. Il doit y en avoir quelques-unes, mais elles ne m'ont pas sauté... aux oreilles.
Idem pour les incohérences: je n'en ai pas relevé ici. J'aurais pu pinailler en disant qu'il est étrange qu'on ait pu s'introduire chez Valérie impunément, mais c'est en partie expliqué.
Si j'ai trouvé les profils simples à deviner dans les tomes précédents, ici, c'était plus creusé. N'importe qui ne pouvait pas forcément y penser.

J'ai aimé ce que fait Callie à la fin. Cela tord le cou aux clichés.
J'ai aussi apprécié ce qu'a fait Kirby à la toute fin. Comment la blâmer?
Je suis assez d'accord avec Smoky en ce qui concerne Dieu.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.
Joyce Bean est un peu moins maniérée quand elle fait les voix masculines, mais ce n'est pas encore ça... disons que c'est un peu plus supportable. Le reste de sa prestation est bon.

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mardi 27 décembre 2011

mardi
27
décembre 2011

La mort en face, de Cody McFadyen.

La mort en face

L'ouvrage:
Smoky est en vacances. Ce samedi-là, elle prend son courage à deux mains, et convie Callie et Elaina chez elle afin de vider la chambre d'Alexa, et d'enlever les vêtements de Matt de son armoire.
C'est alors qu'elle accomplit cet acte difficile, mais nécessaire, qu'Allan, l'un de ses équipiers, lui téléphone. Une famille a été assassinée. La seule personne qui reste dans la maison (la meurtrière ou une survivante épargnée?), est présentement en train de pointer un fusil vers sa tête. Elle se suicidera si elle ne peut pas parler à Smoky Barrett, et seulement à elle.

Critique:
Une fois encore, Cody McFadyen plonge son lecteur dans l'horreur absolue, la terreur à l'état pure. Il décrit des choses qui vont au-delà des mots, des actes qui sont au-dessus du pire. Et pourtant... tout ce qu'il dit est si réaliste! Malheureusement, ce qu'il nous conte sans complaisance est on ne peut plus vraisemblable. Il est évident que ce genre de choses existe. Lire Cody McFadyen, c'est ne plus pouvoir ignorer ces atrocités. Car même si on se doute que ces choses arrivent, l'auteur fait en sorte qu'on ne l'oublie pas, qu'on en soit marqué au fer rouge, et qu'on soit écoeuré jusqu'au plus profond de soi quant à la barbarie humaine.

Le mécanisme de la victime qui devient bourreau est malheureusement reconnu. D'ailleurs, après ce qu'a vécu le personnage, ici, comment ne pas devenir bourreau? Soit on s'écroule, soit on est mené par la vengeance, et on tient debout parce qu'on souhaite faire payer la ruine qu'est sa vie. C'est d'autant plus compliqué qu'on ne pourra éprouver que de très forts sentiments pour le bourreau qui fut victime. On souhaiterait avoir pu l'aider, alors qu'il était victime, on ne pourra qu'admirer sa force de caractère, etc. Mais on ne pourra lui accorder aucune circonstance atténuante ensuite. Surtout que, comme la plupart des vengeurs, il se venge sur les mauvaises personnes. Cela fait d'ailleurs perdre un peu de force au roman. J'imaginais qu'il aurait au moins ourdi un plan machiavélique pour faire payer ceux qui le méritaient. Bien sûr, certains ont vraiment payé, mais les autres... Il se trouve de bonnes raisons (qui montrent bien qu'il a basculé dans la démence), expliquant qu'il fait bien payer les bonnes personnes...
Bref, la psychologie du psychopathe est très bien étudiée.

Malgré cela, j'ai été un peu déçue par la façon dont les agents dressent son profil, au début. En effet, leurs dires ne m'ont pas apporté de grandes révélations. Tout ce qu'ils disaient était évident pour moi. Du coup, je me suis demandé si l'auteur n'utilisait pas des sabots un peu gros... ou si c'était moi qui commençais à très bien comprendre les psychopathes, ce qui ferait froid dans le dos.

Il y a d'autres lenteurs (le profilage en étant une, à mes yeux). D'abord, Sarah explique qu'elle a tout écrit, et veut qu'on lise son journal. Entre ce moment et celui où Smoky le commence, il se passe des choses qui ne sont pas assez palpitantes pour m'avoir vraiment détournée du journal. On voit bien que c'est du remplissage, de façon à retarder la lecture des faits.
Ensuite, il est un peu étrange que Sarah raconte tout en détails, et à la troisième personne du singulier. Elle s'explique longuement à ce sujet, et si ses raisons sont valables, j'ai trouvé que là aussi, c'était une manière de retarder les choses. Surtout qu'il y a une partie dont James dévoile les grandes lignes avant que Smoky ne la lise, ce qui fait que le lecteur sait déjà ce qui va se passer chez Ned et Désirée. Je trouve cela maladroit.

Il y a aussi une très grosse ficelle que je trouve d'ailleurs indigne d'un auteur comme Cody McFadyen. On se doute qu'un auteur sans vraies ressources l'utilisera, mais lui... C'est celle qui consiste à retarder la révélation d'une trouvaille par de très gros procédés. Smoky a deviné une pièce du puzzle, le dit à son équipe, mais pas au lecteur. Elle le dit à d'autres, et toujours pas au lecteur, etc. Concernant l'une des révélations, j'ai bien ri, parce que quand j'ai fini par la savoir, j'ai dit: «Ah, c'est ça! Ça fait plusieurs chapitres que je l'ai trouvé!»

À côté de cela, il y a un pan du récit sur lequel j'aurais aimé que Sarah s'attarde: ce qui arrive à Karen Watson. Elle l'explique, mais j'aurais aimé plus de détails.

Pour moi, c'est une bonne chose que le livre ne commence pas directement avec le meurtre. On prend le temps de voir les personnages principaux auxquels on s'est attaché dans le tome 1. Et puis, on les voit dans leur quotidien, un peu comme le calme avant la tempête.

Le lecteur obtient certaines révélations au long du roman. C'est-à-dire que l'auteur ne le fait pas attendre jusqu'à la fin pour lui donner la solution de l'énigme. Il y a plusieurs faits, plusieurs énigmes, plusieurs choses d'importance qu'on apprend pendant le roman. C'est bien, cela rend le tout moins linéaire.

L'auteur laisse entrevoir certaines notes d'espoir.
Les agents, voyant des horreurs au quotidien, parviennent à trouver des moments de répit en plaisantant ou en se réunissant autour d'un dîner.
En outre, il laisse entrevoir une possibilité de changement quant au mécanisme. Peut-être qu'une personne ne sombrera pas dans les eaux noires... D'ailleurs, les personnages de Cody McFadyen sont tous extrêmes. Ils ont vécu des choses extrêmes, et en deviennent soit très bons (Bonnie, Teresa), soit exceptionnellement mauvais.
Il y a aussi des personnages qui sont, en eux-mêmes, des bouffées d'optimisme. Ici, c'est Kirby Mitchell. Elle a compris qu'il fallait tirer le meilleur parti de la vie, alors, elle vit à cent à l'heure, est fraîche, alerte, caustique... et toujours à l'affût du danger.

J'aime beaucoup Bonnie. Elle fait partie de ces rayons d'espoir. Comme le dit Smoky, elle est très sage. Ce qu'elle a vécu, mais aussi l'amour qu'elle a reçu et reçoit encore, tout cela fait qu'elle sait se construire, sait où est l'essentiel, Elle sait rendre l'amour qu'elle reçoit, mais aussi rendre la haine. Pour moi, c'est une enfant très avisée.

Je ne me fais toujours pas à Elaina. Je ne l'aime pas. Je n'arrive pas à la trouver vraie. On dirait qu'elle n'est pas vraiment altruiste. Elle aide les gens par égoïsme ou pour en mettre plein la vue. Je sais que ma perception est fausse, mais je n'arrive pas à la voir autrement. Je la trouve à la fois inconsistante et exaspérante.

Attention! Passez aux informations sur la version audio si vous n'avez pas lu le livre:
Là encore, l'auteur crée une incohérence. On ne sait pas comment «l'étranger» entre dans les maisons des gens. L'auteur n'effleure pas du tout cet aspect de la question. Je sais qu'une serrure, ça se crochette, mais il est gros que les personnes visées n'aient rien remarqué (surtout, rien entendu) avant qu'il ne soit trop tard. C'est d'autant plus gros lorsqu'il s'agit de Cathy Jones qui, après l'agression, a acheté une alarme dernier cri, alors que vu son métier, c'est avant qu'elle aurait dû le faire.

D'autre part, j'aime bien l'idée comme quoi il faut chercher ce qu'on ne voit pas. C'est comme ça qu'ils découvrent que Gibbs est «l'étranger». Seulement, pourquoi Gibbs aurait-il dû être dans le carnet d'adresses de Cabrera? Pourquoi aurait-il forcément dû être l'avocat de Cabrera? Je ne pense pas que Cabrera le cite comme étant son avocat. Le raisonnement est sûrement le suivant: il n'y a aucune adresse d'avocat, donc l'adresse de l'avocat de Cabrera n'y est pas; le seul avocat que nous avons croisé, dans notre affaire, c'est Gibbs, donc Gibbs est le coupable. Si c'est ça, c'est un peu gros.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.
Si Joyce Bean a une voix agréable, j'ai détesté l'horrible modification qu'elle lui apporte pour faire les personnages masculins! On dirait un robot enroué. À chaque fois qu'elle faisait un homme, j'avais envie de lui dire de se racler la gorge, et de couper l'appareil qui rendait sa voix synthétique. Outre que c'est affreux, ça gâche le roman. Il y a des moments où je l'ai reposé, tant ces singeries m'agaçaient! Le pire, c'est que la lectrice pense sûrement bien faire. La lectrice qui a enregistré le tome 1 a fait cela bien mieux. Malheureusement, c'est Joyce Bean qui lit les tomes 3 et 4.

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