Conduite en état Livresque

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Je lui ai envoyé un regard à fissurer du béton.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

mardi 16 mars 2010

mardi
16
mars 2010

Docteur à tuer, de Josh Bazell.

L'ouvrage:
Enfant, Pietro Brnwa vivait avec ses grands-parents. Un jour, ils sont assassinés. Après enquête, la police subodore que l'acte aurait été commis par des mafiosi lors de leur intronisation. Pietro n'a qu'une envie: se venger.

Des années plus tard, le voilà interne dans le pire hôpital de Manhattan. Un visage de son passé ressurgit sous la forme d'un nouveau patient. C'est alors qu'il raconte son histoire.

Critique:
Dans le résumé que j'ai lu, on nous présente Pietro comme une espèce de docteur House: cynique, caustique, drogué aux anxiolytiques, et au fond, très gentil. Ce parallèle m'a gênée, car on dirait qu'il a été fait exprès pour que celui qui aime «Docteur House», se rue sur le livre.
En outre, il m'a semblé que Josh Bazell tentait parfois d'imiter le style de Hugh Laurie, ce qui m'a également gênée.
Michael Connelly dit le plus grand bien de ce roman, également. Le roman m'a plu, mais je trouve qu'il a été desservi par la publicité. Vous me direz que la publicité est là pour nous faire acheter, et donc, elle en fera trop. Mais je suis assez rancunière lorsque mon horizon d'attente n'est pas satisfait. On nous dit que le roman est drôle et caustique: il y a quelques notes d'humour, quelques apartés, quelques façons amusantes de dire les choses, notamment lorsque Pietro évoque la médecine et la façon dont fonctionne l'hôpital où il travaille. Mais quand je lis «ce roman est drôle et caustique», je m'attends à rire tout au long du livre. Cette attente est renforcée par la vue du trailer qui, lui, est vraiment drôle. J'aurais peut-être mieux apprécié le roman si la publicité ne l'avait pas maltraité en voulant le promouvoir.

J'ai trouvé que le livre démarrait lentement. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire.
L'intrigue est bien menée, mais certains événements sont prévisibles. À partir du moment où il fraie avec la mafia, on se doute que certaines choses arriveront. Quand un personnage dit: «Bon, là, c'est le dernier «mauvais coup» que je fais, après, je me range», dans un livre ou un film, en général, quelque chose de mal se passe lors de ce dernier coup. Donc ici, on pressent que quelque chose arrivera. C'est un exemple, mais on devine d'autres événements. Et bien sûr, lorsque Pietro a une idée folle qui le sauvera peut-être, on ne peut s'empêcher d'avoir la même réflexion amère que lui.
À part cela, le lecteur suit l'histoire avec intérêt, et est même suspendu aux lèvres de Pietro à partir du moment où l'intrigue s'emballe. C'est alors que l'auteur confronte son lecteur à un tourbillon d'émotions, de sentiments, de sensations dont il sortira meurtri. (L'épisode de l'aquarium m'a particulièrement bouleversée.)
La structure du livre est faite pour ménager le suspense: on voit le présent de Pietro, puis son passé, puis à nouveau son présent tout au long du roman. Personnellement, je n'aime pas trop ce genre de façon de faire, justement parce que je trouve que c'est une manière un peu artificielle de créer du suspense, mais cela n'engage que moi, et une fois que je suis entrée dans le roman, cela m'a moins gênée.

Le personnage de Pietro est attachant. Il reste intègre (d'une certaine manière), et bon, malgré tout. C'est un personnage extrême, aux sentiments à fleur de peau. Il attire la sympathie et la compassion du lecteur. D'un autre côté, il commet des actes qui fait que le lecteur éprouve également du dégoût pour lui, même s'il a été parachuté là-dedans par faiblesse et à cause de certaines circonstances, et s'il essaie de garder une certaine ligne de conduite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Jean-Claude Lattès

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lundi 15 mars 2010

lundi
15
mars 2010

Deux doigts de mensonge, de Ruth Rendell.

L'ouvrage:
Kerstin Kvist est suédoise.
En mai de cette année-là, elle se rend à Londres afin de suivre son petit ami. Une amie lui trouve du travail chez les Cosway. La maison est habitée par madame Julia Cosway (plus de quatre-vingts ans), et ses cinq enfants: Ida, Winnifred, Ella, Zorra (qui est indépendante, et vient de temps en temps voir sa famille), et John. Kerstin devra s'occuper de John, trente-neuf ans, qui, lui dit-on, est schizophrène.

Critique:
Pour moi, Ruth Rendell est capable du meilleur comme du pire. Ici, le roman est réussie. Elle nous plonge à merveille dans une ambiance étouffante, suffoquante, et pourtant, son talent fait qu'on n'a surtout pas envie de poser le livre, et de laisser les personnages à leurs malheurs.

Ces cinq femmes ne savent que se déchirer. Elles ont accumulé rancoeur et aigreur les unes envers les autres. Le roman est un très bel exemple d'une famille sans amour, sans communication. Julia est une mère castratrice. Elle communique ses sentiments et ses façons de penser négatives à ses filles.
Le pire est tout de même la façon dont elle traite John. Fort des observations de Kerstin, le lecteur devine que John n'est pas schizophrène. Il met un nom sur ce qu'il a bien avant Kerstin, grâce aux symptômes qu'elle décrit. On est tout de même choqué que la mère de John, sans savoir ce qu'il a, réagisse de manière si négative. Elle répond à ses actes par de l'autorité, engendrée par la peur, certes, mais elle n'essaie jamais de comprendre. Son cher docteur Lombard lui a dit ça, alors c'est ça. Bien sûr, il est médecin, et elle l'aime, deux bonnes raisons pour le croire, mais une mère ayant un instinct maternel essaiera toujours d'en savoir plus.

Le lecteur est assez surpris que Julia ait pu faire preuve d'amour. Son amour, tout comme celui qu'éprouvera Ella, brouillera son jugement. L'amour est censé épanouir une femme. Ici, il fait le contraire. Ella et Ida souffrent, Julia devient égoïste et se ferme à tous surtout à ses enfants... quant à Winifred, si elle est épanouie, on ne peut pas dire que l'amour la rende positive.

Kerstin est le personnage qui va tout bouleverser, l'élément perturbateur. Elle cherche à comprendre, à secouer les préjugés et idées reçues engendrés par la peur et l'égoïsme. Elle est une bouffée d'aire frais qui assainit un peu l'atmosphère viciée de la maison. C'est le personnage sympathique qui vient du dehors, et qui va tout changer, consciemment ou non. John verra en elle une alliée, il sentira qu'elle ne le voit ni comme un objet ni comme un monstre. Bien sûr, Julia la rejettera, comme elle fait de tous ceux qui osent suggérer qu'elle aurait peut-être tort.
Tous ces personnages sont passionnants, car même si la plupart sont détestables, leur psychologie est intéressante. Leur entêtement, leur refus de se remettre en question rappellent tant de gens qu'on côtoie tous les jours...!

L'intrigue est lente, mais cette lenteur est plutôt un point positif. En général, je n'aime pas les romans trop lents. Ici, cela va bien avec les personnages et leurs caractères. En outre, c'est crédible. Kerstin ne va pas tout voir, tout découvrir dès son arrivée, ce serait invraisemblable.

J'ai trouvé certaines choses un peu grosses: l'obstination d'Ella dans son erreur alors qu'elle sait que c'est une erreur. On me dira que bon nombre de personnes amoureuses sont ainsi...
J'ai trouvé très grosse la rencontre de Marc et d'Anna.
Egalement le fait qu'Eric ne s'aperçoive de rien...
mais dans l'ensemble, j'ai pris plaisir à la lecture de ce roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

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vendredi 12 mars 2010

vendredi
12
mars 2010

Le tailleur de pierre, de Camilla Läckberg.

L'ouvrage:
La police de Fjàllbacka se retrouve en charge d'une nouvelle affaire: une enfant a été «pêchée» par un pêcheur de homards. Pour Patrik Hedström, l'un des policiers, ce cas est d'autant plus perturbant qu'il connaît l'enfant, sa mère étant une amie d'Erika, la compagne de Patrik.

L'enquête se complique lorsque l'autopsie révèle que Sarah a été noyée, certes, mais vraisemblablement dans un bain, car on a retrouvé de l'eau douce dans ses poumons, ainsi que des restes de savon et de shampoing.
Mais le plus étrange est qu'on retrouve de la cendre dans son estomac: on lui en a fait avaler.

Critique:
C'est la suite de «Le prédicateur». On retrouve avec plaisir les personnages des policiers et d'Erika.

Là encore, Camilla Läckberg nous raconte deux intrigues arrivées à deux époques différentes. Malheureusement, je ne me fais plus prendre par cette ficelle censée dérouter le lecteur, et que j'ai si souvent rencontrée.
Attention, je dévoile des pans de l'histoire en montrant le cheminement que j'ai suivi. Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Je sais que des histoires semblant totalement éloignées les unes des autres, dans un polar, sont connectées. Donc, j'ai tout de suite su que le coupable était un descendant d'Agnès, et j'ai vite su que cette personne agissait ainsi à cause des traumatismes qu'Agnès lui avait infligés.
Ayant compris les rouages du roman, dès qu'Agnès a rencontré la petite fille, j'ai su que c'était elle, la coupable, et en calculant son âge, j'ai su qui elle était dans le présent. Son prénom ne m'a pas déroutée (il a dû être cité dans le but de détourner le lecteur qui s'approcherait trop de la vérité), j'ai imaginé ce qui s'était passé ensuite.
J'ai également deviné qui avait tué le premier mari de Lilian, et ce qui arrivait à Stieg.
Comme beaucoup de thrillers parlent d'abus sur enfants, j'avais également compris qu'il y aurait une histoire de ce genre, et je savais que Sebastian était la victime. À ce sujet, l'auteur nous présente le coupable comme un malade. Je veux bien croire que certains raisonnent ainsi, mais elle a l'air de dire qu'ils sont tous comme ça. Or, je pense qu'il ne faut pas se leurrer: la plupart savent très bien ce qu'ils font, ce qui est encore pire, même si dans les faits, ça revient au même. (Réflexion d'une fille traumatisée par un livre des plus réalistes sur le sujet.)
J'avais aussi deviné qu'Agnès avait mis le feu à sa maison, mais pas qu'elle avait pris la peine de tuer ses occupants avant. Cela explique qu'ils ne soient pas sortis...

Le roman m'a plu, même si j'ai deviné beaucoup de choses. Camilla Läckberg a quand même réussi à m'embrouiller avec Janet.
J'ai trouvé que l'auteur en faisait parfois un peu trop, par exemple, avec la lettre de Mulberg, au début.
Le thème de la famille est abordé de plusieurs manières: relations compliquées, familles recomposées, incompréhensions entre parents et enfants, caractères et personnalités complexes ou très simples... J'ai trouvé tous ces exemples intéressants et bien analysés.
Je ne les évoquerai pas tous, bien sûr, ce serait trop fastidieux pour mes lecteurs, mais parmi ces relations parents-enfants, il y a celle des nouveaux parents (Patrik et Erika) et de leur fille, Maya. Comme dans «Le prédicateur», Camilla Läckberg est réaliste. Elle ne nous présente pas des parents gâtifiant devant un bébé ne pleurant jamais. Elle nous montre ce qui, à mon avis, est le quotidien de parents après une naissance.

Les petites guerres entre policiers m'ont paru bien analysées également. J'ai cependant trouvé les personnages d'Ernst et de Mulberg un peu invraisemblables. En effet, Ernst n'a que des raisonnements idiots. Un enfant de dix ans verrait la stupidité de ces raisonnements. On me dira que sa fatuité l'empêche de s'en rendre compte... Peut-être...
Quant à Mulberg, il n'est pas très crédible. Il est inapte au point que c'est Patrik qui gère tout. On voyait déjà cela dans «Le prédicateur», mais c'était logique car expliqué un peu différemment: il laissait Patrik se démener, et récoltait les lauriers. Ici, on voit vraiment que c'est un fantoche, et on se demande comment il est arrivé là. Dans le roman, le lecteur a un petit aperçu de sa vie privée, et donc de ses pensées en dehors du travail. Eh bien, je peux vous dire que ça fait frémir. Qu'il s'enferre dans un raisonnement, soit, mais qu'il réfléchisse comme un gamin de dix ans, voire moins, c'est effarant. Il transpire la bêtise. Au moins, il fait rire le lecteur!

Le personnage d'Agnès n'est pas très complexe, malheureusement. Elle ne sait que passer pour une victime, semer le malheur autour d'elle par son égoïsme... Le comportement de son père (après son sursaut de lucidité), et celui d'Anders m'ont profondément énervée. Agnès ne cachait même pas son jeu, et ils se remettaient en question. On m'objectera qu'elle était manipulatrice. Je pense qu'au départ, non, elle l'est devenue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Pâris.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 17 mars.
J'ai été très déçue qu'Eric Herson-Macarel, qui a enregistré «Le prédicateur», n'ait pas lu ce roman. Pour moi, Christine Pâris partait déjà avec un sérieux défi à relever, car elle devait faire aussi bien, voire mieux. Au début, sa voix est affectée, on dirait qu'elle lit un conte à des enfants. Ensuite, elle semble mieux entrer dans le roman, et lit de manière plus naturelle. Sa lecture est vivante. Parfois, elle retrouve un peu son ton affecté du début. Si elle enregistre à nouveau, je ne sais pas si je la retrouverai avec plaisir.
En revanche, j'espère qu'Eric Herson-Macarel enregistrera d'autres livres!
Détail amusant: la voix de Christine Pâris me fait penser à celle de la comédienne Caroline Beaune.

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lundi 8 mars 2010

lundi
8
mars 2010

Les requins de Trieste, de Veit Heinichen

L'ouvrage:
Bruno de Kopfersberg a disparu. On a retrouvé que son yacht, venu s'échouer sur la côte. Le commissaire Protéo Laurenti est chargé de l'enquête. Il a un vieux compte à régler avec Kopfersberg. Il y a vingt-deux ans, Élisa, la femme de ce dernier s'est noyée en mer. Laurenti est convaincu que Kopfersberg a tué sa femme. Il n'a jamais pu le prouver.

Critique:
Je n'ai pas été convaincue par ce roman. L'intrigue est sans véritables surprises. Dès que l'un des personnages parle de filles que les policiers ne doivent pas voir, le lecteur devine les tenants et les aboutissants de cette phrase. En outre, cet aspect n'est pas assez exploré. Lorsque l'auteur nous dévoile ce que nous savons déjà, il aurait peut-être pu se rattraper quelque peu en analysant la psychologie des personnages concernés, leurs motivations, leurs craintes, leurs espoirs... On me dira que le thème ayant été abordé à maintes reprises dans d'autres livres et séries, l'auteur n'aurait fait que répéter du remâché, mais comme cette partie de l'intrigue était très facile à deviner, ça n'aurait pu qu'y ajouter de l'épaisseur.

On ne devine pas vraiment qui a tué Kopfersberg, mais lorsque l'auteur nous le révèle, ce n'est pas une énorme surprise. C'est même logique. Cela a été préparé au long du livre par certaines affirmations de témoins.

Un autre écueil est celui du policier corrompu qui joue double jeu. Ça a tellement été utilisé que là encore, même si on ne s'en doute pas, la surprise n'est pas réelle.

Les personnages comme Tatiana et son frère ne sont pas très creusés. Tatiana ne se donne même pas la peine de jouer la comédie devant les policiers, ce qui la rend tout de suite suspecte.

Les seuls aspects du roman qui m'ont intéressée sont les intrigues secondaires, à savoir les rapports entre Protéo et sa famille. Pour moi, ce décor a été bien mieux planté, les personnages ont été bien mieux analysés que le reste de l'intrigue. L'intrigue secondaire est bien mieux soignée que l'intrigue qui passe au premier plan.
Le lecteur comprend bien que Laurenti soit réticent à la participation de sa fille au concours, mais il comprend aussi Livia. Cette dernière peut paraître un peu superficielle, mais après tout, elle a vingt ans, elle a le droit de s'amuser, et de tenter une chose dont elle aimerait la réussite.
J'ai également aimé les scènes entre Protéo et son fils, Marco. Ce sont des scènes banales, mais qui montrent bien la complexité des rapports entre un père et son fils. Et puis, le personnage de Marco m'a amusée, ainsi d'ailleurs que celui de la mère de Protéo.
Enfin, les rapports entre Protéo et Laura sont également bien analysés. Ils sont parfois tendus, mais le lecteur comprend les raisons des deux personnages.

En bref, je pense que l'auteur devrait peut-être se reconvertir dans le roman social ou familial, et abandonner les intrigues policières.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Berland pour les éditions Sextrid, qui (je pense), sont une branche des éditions Livraphone. En effet, les éditions Livraphone ne font plus que de la vente, et les éditions Sextrid éditent des livres audio. À mon avis, il s'agit du même éditeur qui a séparé ses activités.

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jeudi 4 mars 2010

jeudi
4
mars 2010

Ceux qui dorment en ces murs, de Serge Brussolo.

L'ouvrage:
Sao Carmino est une belle ville. Ses habitants ne s'en rendent pas compte. Ils ne la respectent pas. Il faut les punir. Le maître d'école s'en chargera. Si, après un avertissement, ils ne comprennent pas, il faudra les empêcher de nuire à jamais.

David, douze ans, est un habitant de Sao Carmino. Comme ses congénères, il connaît la légende du maître d'école. Il ne peut s'empêcher de l'associer aux mystérieux meurtres commis tous les 30 ou 31 du mois. Il est le neveu d'Abaca, qu'on appelle la sorcière, car elle connaît les plantes, et se dit enceinte d'un démon. David n'est pas à sa place, ici. Avant, il vivait dans l'aisance, à Rio. Son seul ami est Buzo, un apprenti-voyou au coeur tendre qui rêve de se frotter aux frères Zotès...

Critique:
C'est un thriller écrit par Brussolo, donc ça reste bon, mais il semble que l'auteur ait mélangé des ingrédients empruntés au hasard de ses autres romans. C'est une des raisons pour laquelle la sauce ne prend pas vraiment. Les frères Zotès sont un écho des frère Zoltan dans «La route obscure». L'expédition à laquelle est mêlé David, bien malgré lui, rappelle celle d'Anouna dans «Le labyrinthe de Pharaon». La recherche du cercueil rappelle le fol assemblage de morceaux de papier mural pour retrouver l'image d'une maison dans «Le sourire noir».
Cela fait longtemps que je n'ai pas lu de romans de Brussolo, que je ne me suis pas immergée dans son univers: je dois donc oublier un tas d'autres références à ses autres romans. Cela fait que des habitués de Brussolo vont facilement déchiffrer la mécanique du livre, et sauront où il va, ce qui fait qu'on devine pas mal de choses.
Dès que l'expédition est décidée, on sait que certains seront tués. On se doute même de la façon dont finira le trésor, ce qui, entre parenthèses, rappelle un peu la façon dont Rex se joue d'Antonia dans «La maison des murmures». Ce n'est pas la même chose, mais le même genre de chute après une quête avide et effrénée.
Cela fait que le suspense n'est pas vraiment au rendez-vous.

En général, les héros de Brussolo sont assez mous, et souvent soutenus ou poussés par des comparses plus audacieux et plus téméraires qu'eux. C'est une caractéristique des héros brussoliens. Seulement, David est encore plus mou que les héros habituels. Ils nous sont souvent sympathiques, et David l'est en quelque sorte, mais il n'est pas assez creusé. Il semble avoir été brossés à très grands traits, et ne pas avoir beaucoup de consistance.
Par ailleurs, lorsque les personnages principaux de Brussolo se lancent dans une quête, ils ont quelque chose à y gagner, ils ont un but, ce qui est logique. Ici, David n'est qu'un pion, il ne sert à rien ni à personne, sauf à aider Buzo après que celui-ci a remonté le cercueil. Bien sûr, c'est à David que s'adresse Seeburn pour pouvoir partir à la recherche du trésor, mais à part ça, David a l'air d'être un poids mort ballotté, et de ne pas trop réfléchir.
Il nous est tout de même un peu sympathique, car à l'instar des héros brussoliens, c'est quelqu'un de droit.

On retrouve le thème de la folie, cher à Brussolo. Mais il est moins bien exploité que dans des romans comme «Les enfants du crépuscule» ou «Le carnaval de fer». Dans ces romans, on va au bout de son obsession, on la concrétise. Ici, la folie pousse seulement deux personnes à tuer: l'un pour sauver la ville, l'autre parce qu'il se croit défié par tout ce qui passe.

On retrouve également le thème de la superstition qui ôte tout esprit critique, et pousse les gens à agir de manière inconsidérée. Le thème est très bien exploité, et poussé à l'extrême, comme sait si bien le faire Serge Brussolo.

Le livre est lent à démarrer, il traîne, surtout au début. On peut le prendre en cours, et on comprendra l'intrigue. La preuve en est que mon mari l'a lu à partir du chapitre 13, et il a compris l'histoire.

Comme à son habitude, Brussolo use d'un langage très cru, d'images choquantes, souvent sexuelles. Si cela ne plaît pas, on s'y habitue, car les idées et la façon dont elles sont exploitées sont fascinantes. Ici, cela m'a gênée, soit parce qu'il a forcé le trait, soit parce que les idées n'ont pas contrebalancé ce style, soit les deux.

Les douze premiers chapitres de la version audio que j'ai entendue ont été enregistrés par Sophie Bourderon, et la suite par mon mari.

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