Conduite en état Livresque

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On n'a pas le temps de jouer trente-six rôles dans la vie.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

mercredi 14 mai 2008

mercredi
14
mai 2008

La mort n'est pas une fin, d'Agatha Christie

La jeune Renisenb est rentrée chez son père Imhotep, car son mari Khay étant mort, elle ne peut rester seule chez elle avec sa petite fille Teti. Chez son père, rien ne semble avoir changé : ses frères Yahmose, Sobek et Ipy sont tels qu'ils l'ont toujours été, les femmes des deux premiers, Sapity et Kait, se chamaillent toujours autant, le scribe Hori est toujours aussi sage et calme, la vieille Henet se mêle toujours autant de ce qui ne la regarde pas, et Esa, la mère d'Imhotep, bien qu'âgée et quasiment aveugle, est toujours aussi perspicace.
Un jour, Imhotep rentre d'un voyage dans ses demeures du Nord, et amène avec lui Nofret, une belle jeune fille qu'il présente comme sa nouvelle concubine. Il ne se doute pas qu'avec elle entre le Mal dans la maison. Rapidement, les drames se succèdent : Nofret est trouvée morte au pied de la montagne, et les morts s'enchaînent après elle.
Renisenb, Hori et Esa mettent leurs esprits à résoudre cette énigme : Nofret n'aimait personne et personne ne l'aimait, mais ce n'est pas son fantôme qui revient assassiner les membres de la famille. Qui donc leur en veut à ce point, pour vouloir détruire la descendance d'Imhotep ?
Dans cette vaste maison thébaine, personne n'est à l'abri...

Un bon roman à suspense comme je les aime : les crimes s'enchaînent, des esprits supérieurs s'y confrontent, mais il faut attendre la fin du roman pour avoir la clé de l'énigme... Plusieurs fois on pense toucher au but, et avoir trouvé l'assassin, mais plusieurs fois l'auteure nous détrompe de la manière la plus radicale qui soit... Et si les soupçons se dirigent vers un personnage, nous sommes vite détrompés... ou pas !!
La psychologie des personnages est aussi assez fouillée, dans le sens où grâce aux réflexions de Hori, aux interrogations philosophiques de Renisenb, et à la sagesse d'Esa, nous comprenons que l'âme humaine n'est jamais tout à fait comme on pense la percevoir. Et que bien souvent, les apparences sont trompeuses, mais disent la vérité...
On se sent aussi oppressés par l'atmosphère qui règne dans la maison, et personne ne se sent en sécurité dans ce climat. Nous avons envie de dire aux personnages de fuir, de partir le plus loin possible de leur demeure. On compatit aux douleurs des unes, on comprend les doutes des autres, on pardonne l'accablement d'un troisième, on a peur pour les héros... Bref, des personnages qui, bien qu'éloignés dans le temps et dans l'espace, nous sont proches par leurs sentiments et leurs idées.
Somme toute, un roman qui montre toute la modernité et l'intemporalité d'Agatha Christie, qui ici nous fait preuve de son immense talent d'écrivaine à suspense... Bonne lecture !

lundi 5 mai 2008

lundi
5
mai 2008

Une mort obsédante, de Ruth Rendell.

L'ouvrage:
Depuis quelques temps, Tim reçoit des lettres anonymes. Ces lettres ne sont pas anodines pour lui. Cela évoque de douloureux souvenirs en lui, souvenirs qu'il n'a d'ailleurs jamais pu enfouir au fond de sa mémoire. De prime abord, ces lettres sont sibyllines pour le lecteur. Ce sont elles qui poussent Tim à raconter son histoire, histoire dans laquelle il insère ces lettres.

Critique:
Au départ, Tim explique qu'il veut raconter son histoire, et insère la première lettre qu'il a reçue. Il émaille son récit de ces missives, et au fur et à mesure que l'histoire avance, le lecteur comprend mieux ce que veulent dire ces courriers. C'est une ficelle qu'on retrouve assez souvent, et qui peut générer l'ennui. Cependant, ici, il n'en est rien. D'abord, les lettres racontent des histoires surprenantes, et pas forcément connues.
Ensuite, Tim s'attarde sur la façon dont son histoire a commencé. Cela aussi peut entraîner l'ennui, mais ici, cela permet au lecteur de comprendre la psychologie de Tim, de bien resituer le contexte, l'époque, qui font que certaines choses étaient moins acceptées que maintenant.

Une autre force de ce roman est que divers personnages s'expriment tour à tour. C'est d'abord le récit de Tim, puis une lettre d'Isabelle, puis une autre d'un autre personnage, lettre dans laquelle est enchâssée la fin du récit de Tim. Cela fait qu'on entre dans les pensées des personnages. On voit comment ils se perçoivent et perçoivent les autres. On les comprend mieux. On a l'impression qu'ils se confient au lecteur.
C'est aussi l'occasion pour Ruth Rendell de faire montre d'un grand talent: elle adopte les différents points de vue de ces personnages, et sait parsemer leurs dires de détails qui font que ce n'est plus Ruth Rendell qui écrit, mais Tim ou Isabelle. N'est-ce pas l'ambition de tout écrivain? Ici, c'est réussi!

Les personnages ne sont pas vraiment sympathiques. On comprend leurs motivations, leur psychologie, on s'identifie à eux, on se demande ce qu'on ferait à leur place. Mais ils ne sont pas vraiment sympathiques.
Tim est un garçon égoïste et orgueilleux.
Isabelle semble fade.
Kit est une brute. Il ne pense qu'à lui, au fait qu'il a été trompé.
Seul, Ivo trouve quelque peu grâce à mes yeux, même s'il peut se montrer odieux.

J'avais deviné certaines choses. Je me doutais de ce qui s'était passé après le «premier meurtre«.
Je me doutais qu'un lien unissait deux personnages.
Je n'ai pas trop aimé la fin. Je la trouve trop précipitée, voire bâclée. Le meurtre est élucidé, mais j'ai trouvé cette résolution assez simpliste. Pourquoi la personne a-t-elle tué? Même si, apparemment, elle s'est trompée de victime, pourquoi aurait-elle voulu tuer ce personnage? Il y a une explication, mais elle ne me convainc pas, car l'assassin aurait pu s'y prendre autrement. J'ai peut-être raté quelque chose d'important qui éclairerait ma lanterne...
En outre, la scène que surprend l'avocat, à la fin, m'a semblé déplacée. Je comprends l'attitude de Tim, mais pas celle d'Isabelle. Ce qui attire Isabelle, selon elle, c'est l'amour qu'elle inspirerait, et pas la personne à qui elle l'inspire. Il est normal d'être flattée et de vouloir être aimée ainsi, surtout quand on ne l'a jamais été. Cependant, elle faisait clairement le distingo, et à la fin, elle ne semble plus le faire... Donc, son attitude m'a surprise, et a un peu gâché la fin, pour moi.
Par ailleurs, il semblerait que Tim ait changé, ait énormément mûri. Je trouve ça aussi un peu gros. Pourtant, ce qu'il a vécu, le fait qu'il y réfléchisse et le ressasse pourrait expliquer qu'il ait fait un travail sur lui-même. Mais tout au long de son récit, il n'avait pas vraiment l'air d'être en train d'accomplir ce travail.

Malgré mes trouvailles et la fin, j'ai beaucoup apprécié ce livre. L'histoire est bien écrite, l'intrigue est bien menée. On a envie de savoir la suite, et on ne trouve qui envoie les lettres à Tim que quelques temps avant qu'il ait la solution.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fabienne-Xavière Sturm pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 28 avril 2008

lundi
28
avril 2008

Personne n'y échappera, de Romain Sardou.

L'ouvrage:
Condord, New Hampshire, hiver 2007.
Vingt-quatre cadavres sont retrouvés dans un chantier. Ils ont tous été tués d'une balle en plein coeur. Ils ne semblent pas s'être défendus. Le chef de la police, Stuart Sheridan, se voit déchargé de l'affaire au profit du FBI. Cela le pousse à continuer ses investigations. Il refuse d'abandonner. Etant destitué de l'affaire, il enquêtera de manière illicite pendant son temps libre.

Frank Franklin est professeur d'écriture créative. Il vient d'être nommé dans l'université de Durrisder, université qui jouxte le chantier où les corps ont été retrouvés. Pour lui, c'est une opportunité. Il est très bien accueilli par le doyen de l'université, Lewis Emerson. Il sent qu'il s'y plaira.

Critique:
Le livre est un thriller dont les trois quarts sont réussis. Il y a du suspense, et l'auteur nous aiguillonne habilement vers de fausses pistes. Personnellement, j'ai soupçonné un personnage qui n'avait rien fait, en me basant sur la ficelle éculée que ce personnage se fondait trop bien dans le décor et l'histoire. Je commençais déjà à pester après l'auteur en imaginant que ce personnage était impliqué dans les événements macabres racontés. Heureusement, Romain Sardou a su éviter cet écueil. Il s'en est peut-être même servi pour induire le lecteur chevronné de thrillers en erreur.

Les personnages ne sont pas très épais. On sent bien que Franck est instruit, que Ben O Boz est machiavélique, que Stuart est persévérant... mais après... L'histoire prend le pas sur la psychologie des personnages.
Bien sûr, Ben O Boz impressionne le lecteur, car ce qu'il fait montre quelque chose d'atroce. C'est d'autant plus effrayant qu'il est lucide. Il n'est pas sujets à des excès de folie qui le pousserait à agir ainsi. Il calcule ses actes, il n'est poussé par aucune névrose. Il est tout simplement fat, égoïste, et curieux. Il est poussé par son envie de célébrité.

Il est dommage que l'auteur ait situé son roman aux Etats-Unis. Pourquoi les auteurs français qui s'essaient aux thrillers les situent-ils toujours dans un pays anglophone, et le plus souvent, aux Etats-Unis? Bien sûr, de nombreux thrillers sont écrits par des américains, mais quand un auteur français s'y attaque, que ne garde-t-il son pays d'origine?

Je n'ai pas aimé la fin pour plusieurs raisons. D'abord, il y a des incohérences. Comment se fait-il que le FBI, étant au courant, et ayant préparé son coup, arrive trop tard? Qui a tué le personnage qui envoie des messages posthumes? S'est-il suicidé pour parfaire son plan? Soit. Mais c'est tout de même un peu gros. Pourquoi se passe-t-il exactement ce que tel personnage voulait qu'il se passe? Contrairement à la brillante démonstration qu'essaie de nous faire Romain sardou, le plan n'était pas une machine si bien huilée que ça. L'auteur a voulu faire une fin différente, afin de surprendre le lecteur. C'est une bonne initiative, mais cela fait partie de ce qui m'a déçue. Pourtant, j'aime quand un thriller me surprend. J'applaudis les auteurs qui se détournent des codes et des ficelles éculées. Mais ici, cela n'a pas pris. Je comprends l'initiative de l'auteur: vouloir faire du neuf, mais ça n'a pas pris. Les incohérences et cette fin trop noire ont fait que finalement, je ne recommande pas vraiment ce livre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Lavigne pour les éditions VDB. Là encore, je tiens à dire un petit mot sur sa prestation. Il fait partie, à mon avis, des bons lecteurs qui ne surjouent pas, et qui ont toujours un ton approprié. En outre, il ne force pas l'accent des noms anglophones. D'autre part, il fait un accent latino pour le lieutenant Amos Garcia, mais sa façon de faire ne m'a pas énervée. Je pense que c'est parce qu'il n'a pas exagéré l'accent latino qu'il a imité.

lundi 11 février 2008

lundi
11
février 2008

Morts croisées, de Ruth Rendell.

L'ouvrage:
Véra est mariée avec Stanley.
Depuis quelque temps, Maud, la mère de Véra, habite chez le couple. En effet, depuis son infarctus,il est préférable qu'elle ne vive pas seule. Maud est très riche. Elle promet à Véra que tout son argent lui reviendra. seulement, Maud souhaite que ce faignant de Stanley ne puisse pas en profiter. Elle pousse Véra à le quitter. Elle explique, par ailleurs, que son testament contient une clause spéciale: si elle meurt d'autre chose que d'une crise cardiaque, son argent ira à sa meilleure amie, Ethel Carpenter. Elle est sûre que Stanley voudrait la tuer pour hériter: cette clause la prémunit donc contre ce genre d'«accidents«.

Véra travaille d'arrache-pied pour gagner sa vie. Stanley vit sur ce que gagne sa femme, et travaille par ci par là. Tout ce que pense Maud à son sujet est vrai. Véra sait que son mari ne pense qu'à l'argent, mais espère encore. En outre, elle pense que son mari, même s'il est pressé d'hériter, n'irait pas jusqu'à tuer sa mère.

Critique:
Comme je l'ai dit dans une autre critique, certains livres de Ruth Rendell sont très bien ficelés, et d'autres sont plutôt faciles. Celui-là fait partie des faciles, à mon avis. Les personnages sont assez caricaturaux: Maud est une vieille dame cancanière, Stanley nepense qu'à l'argent, Véra s'accroche à lui pour sauver ce qui pourrait l'être. A un moment, on pense que Véra n'est pas ce dont elle a l'air. C'est au moment où elle sermonne son mari et sa mère, et jure de partir si une dispute de plus a lieu. Ici, le lecteur se dit: haha! Véra n'est pas aussi bétasse qu'elle en a l'air. Plus tard, lorsque l'histoire avance, on se dit que c'est Véra qui va tout élucider, Véra qui, sous ses airs de dinde, va à nouveau montrer sa perspicacité. Malheureusement, les espoirs du lecteur sont déçus. Véra met très longtemps à comprendre ce que sont devenues les 400 livres, par exemple. Il lui faut également énormément de temps pour comprendre le mystère des comprimés. C'est un peu dommage, car son coup d'éclat du début laissait présager autre chose.

Il y a quelques rebondissements: l'accident fortuit d'Ethel Carpenter, l'apparition de Caroline... Mais certains autres éléments de l'histoire traînent et sont un peu gros: l'attente de Stanley après qu'il a arrangé la vérité, les scènes entre Stanley et Véra.
La fin aussi traîne un peu. En outre, je n'ai pas bien compris si Stanley délire vraiment, à la fin, ou s'il nous révèle quelque chose d'assez terrifiant (je parle du nom qu'il donne, alors qu'il se parle à lui-même). S'il ne délire pas, cela réhausse un peu la fin à mes yeux. On découvre un autre mobile à Stanley. On se demande si Maud n'était pas au courant, et si cela n'était pas pour beaucoup dans sa haine pour Stanley. Mais Maud ne devait pas savoir, sinon, elle n'aurait pas été si pressée de voir débarquer une personne dont je tairai le nom.
Je ne m'explique pas bien le geste final de Stanley. Enfin, on peut le comprendre, étant donnée sa situation, mais tout de même...

Le titre français est très bien choisi, à mon avis: entre la passion de Stanley et les événements qui se passent, le jeu de mots est bien trouvé. Je me demande si le titre original est aussi bon. Il a sûrement à voir avec la passion de Stanley, car le titre de chaque partie s'y réfère.

J'ai passé un bon moment avec ce livre, mais je ne vous le recommande pas absolument. Si vous ne savez pas quoi lire, et souhaitez un polar gentillet, vous pouvez choisir ce livre. On ne réfléchit pas, on se laisse porter. Moi, ça m'allait bien, car j'étais enrhumée (et donc très fatiguée) quand je l'ai lu. Il tombait à pic.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi 31 décembre 2007

lundi
31
décembre 2007

Jeu de mains, de Ruth Rendell.

L'ouvrage:
Gerald Candless, soixante-et-onze ans, est un romancier à succès. Il a une femme, Ursula, et deux filles, Sarah et Hope. Les deux jeunes femmes adorent leur père.
Lorsque Gerald meurt, terrassé par une crise cardiaque, Sarah et Hope sont désespérées, déboussolées, elles ne pensent pas pouvoir s'en remettre. Ursula réagit plus calmement à cette mort.

L'éditeur de Gerald pense qu'il serait intéressant qu'une des filles de l'auteur écrivît sa biographie. Sarah décide de s'atteler à la tâche. Cela lui permettra de plonger dans le passé de son père, d'être encore un peu avec lui...
Sarah interroge les seuls Candless qu'elle a trouvés. Elle apprend que Gerald-Francis Candless est mort à l'âge de 6 ans d'une méningite. Ce n'était donc pas le véritable nom de son père. Mais pourquoi celui-ci a-t-il changé de nom?

Critique:
Je me méfie de Ruth Rendell, car j'ai été assez déçue par certains de ses livres. Mais «Jeux de mains« est un bon roman, à mon avis.
L'enquête est intéressante. Elle sort un peu des sentiers battus, car elle n'est pas faite par un policier ou un détective, mais par une personne de la famille du mort. Et elle n'est pas faite parce qu'il y a eu meurtre, mais elle commence parce qu'en posant une question banale, Sarah se rend compte que son père ne s'appelait pas comme il le prétendait. Cela fait son originalité.
Ensuite, au fil de l'histoire, on découvre les personnages. Leur passé, leur psychologie nous sont peu à peu dévoilés, et tout n'est pas si simple.

C'est le personnage d'Ursula que le lecteur plaindra le plus. Ursula n'a été qu'un pion. Elle a été manipulée, utilisée sans vergogne. Et lorsqu'on sait pourquoi Gerald a fait tout ce qu'il a fait, on ne l'excuse pas. Sa vie était brisée à cause de la société, et surtout de quelque chose qui se produit lors de ses vingt-cinq ans, mais ce n'est pas une raison pour détruire celle d'une femme qui ne lui a rien fait, qui ne demandait qu'à aimer et à être aimée, à vivre pleinement.
Parfois, on blâme également Ursula qui, après qu'elle a perdu ses illusions quant à son mariage, ne divorce pas. On la trouve un peu molle. Mais en même temps, on la comprend.
On la blâme un peu aussi d'avoir si peur de la réaction de ses filles, de ne rien oser leur dire, de ne pas vouloir faire de vagues.

Gerald est détestable. Bien sûr, c'est une victime. Mais il aurait pu faire d'autres choix. Car il ne se contente pas d'utiliser Ursula: il détourne incidieusement et sournoisement Sarah et Hope d'elle.

Sarah et Hope m'ont agacée à cause de cet amour absolu qu'elles vouent à leur père. Elles n'essaient pas de comprendre ce que vit leur mère. Je conçois que des enfants aillent vers celui qui se dévoue pour eux, qui leur montre son amour, mais en grandissant, Sarah et Hope auraient dû voir ce qui se passait.
Sarah le voit un peu, mais après la mort de Gerald. Elle continue d'adorer son père, et de refuser qu'on dise quoi que ce soit de négatif à son sujet, même lorsque cela fait partie d'un jeu dont elle a elle-même instauré les règles. Sa réaction à ce propos est d'ailleurs très bête. Malgré cette adoration, elle sent bien que sa mère a été flouée. Elle revoit certains gestes, elle ne bronche pas lorsqu'Ursula avoue qu'elle n'a pas été heureuse à cause de Gerald.
Hope, elle, est exaspérante! Si on l'écoutait, on érigerait un monument à la gloire de Gerald. Du reste, elle est injuste envers sa mère.

L'intrigue s'enlise par moments.
Je ne savais pas que la société, appuyée par la médecine, était si intolérante envers les homosexuels dans les années 50. Remarque, je suis encore outrée de l'intolérance manifestée de nos jours...
A la fin, seul le lecteur sait tout. Il rassemble les diverses pièces fournies par l'enquête de Sarah, les flashbacks d'Ursula, et le dernier manuscrit de Gerald. J'ai trouvé la fin assez brutale. J'aurais aimé que les choses soient réglées... ou du moins plus avancées que ce qu'elles ne sont.

Accessoirement, je n'ai pas trouvé la solution du jeu des ciseaux avant que Ruth Rendell ne nous la donne.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne de Preux pour la Bibliothèque Braille Romande.