Romans policiers, thrillers, suspense

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lundi, 20 mars 2017

Jeux de miroirs, d'Eugen Ovidiu Chirovici.

Jeux de miroirs

L'ouvrage:
Peter Katz, agent littéraire, reçoit les premières pages du manuscrit écrit par un certain Richard Flynn. Celui-ci y a joint une lettre expliquant que le reste du manuscrit est à la disposition de Peter. Le début raconte comment Richard Flynn rencontra Joseph Wieder, professeur d'université qui faisait des recherches sur le cerveau, la mémoire... Les pages reçues par Peter s'achèvent lorsque Richard évoque le meurtre de Wieder, en 1987. L'affaire ne fut jamais résolue...

Critique:
Ce roman m'a plu, malgré son aspect classique. En effet, il y a eu un meurtre, et il y a des suspects. Pour moi, plusieurs choses démarquent ce roman. J'ai surtout apprécié l'impossibilité pour le lecteur (et pour les enquêteurs) de dégager la vérité. Richard affirmait quelque chose, Laura disait autre chose, etc. Pourquoi croire l'un plutôt que l'autre? Comment vérifier la véracité des dires de chacun? D'ailleurs, la vérité n'oscille-t-elle pas entre tous ces points de vue? Si on décide d'être totalement objectif, on n'a aucune preuve quant au livre publié par Laura. On penche pour la version d'une personne à cause de ce qu'on apprend à propos de tel ou tel personnage, mais on n'a aucune preuve. Cela n'est pas gênant, c'est même très intéressant: les deux explications se tiennent. Bien sûr, on finit par savoir qui a tué, mais pour moi, ce n'est pas le plus important. Je l'avais plus ou moins deviné, et certains lecteurs le devineront sûrement. Ce qui compte vraiment, ce sont justement ces «jeux de miroirs» entre tous les témoignages recueillis tour à tour par Peter, John, et Roy.
J'ai également apprécié de constater qu'une personne dit la vérité tout en ne la disant pas. En effet, cette personne expose sa vérité, mais lorsqu'elle raconte son récit, «l'enquêteur» y apporte des précisions qui montrent que si l'histoire est vraie, la conclusion de la personne qui l'a vécue est erronée.

Le fait que trois personnes cherchent la vérité à tour de rôle est également un élément original. En tout cas, je ne me souviens pas l'avoir rencontré dans un autre roman. Au début, cela m'a un peu déroutée, et j'ai eu peur de décrocher. Je me suis rapidement aperçue que cela ne me gênait pas du tout. J'étais un peu détachée quant à la vie privée de John (le deuxième «enquêteur»). J'ai été davantage interpellée par celle du troisième, Roy. Sûrement parce qu'il s'implique davantage et nous en dit beaucoup sur lui-même.

Si on désire connaître l'identité de l'assassin, on veut surtout savoir pourquoi. D'ailleurs, l'auteur dit, dans une note finale, qu'il voulait surtout expliquer pourquoi. Ce mobile, mais surtout, ce qu'il révèle, fait réfléchir quant à un sujet qui revient régulièrement, sous différentes formes dans le roman, et qui passionne beaucoup de monde. L'auteur explique, dans sa note finale, que c'est quelque chose touchant à ce sujet qui l'a fait réfléchir et a été le point de départ de l'écriture de ce roman.

J'ai également apprécié que le romancier prenne le temps de planter un décor. Par exemple, lorsque Roy va voir Franck, on rencontre d'abord Matt qui semble avoir des idées assez tranchées quant à son métier. On voit peu ce personnage, mais il m'a intéressée parce qu'il semblait terriblement réaliste et profondément humain, malgré le fait qu'il avait souvent l'air de râler.

Le roman ne souffre pas de temps morts. Les rebondissements ne sont ni invraisemblables ni trop spectaculaires.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent Schmitt.
C'est le premier livre enregistré par Vincent Schmitt que j'écoute. J'ai beaucoup apprécié ce comédien dont la lecture est naturelle. En outre, il n'a pas modifié sa voix pour les rôles féminins ni tenté de prendre un accent pour les noms anglophones. Il a quelque peu modifié son intonation pour le rôle de Franck, ce qui, pour moi, est une bonne chose. Cela a donné plus d'épaisseur au personnage, car cela va bien à ce qu'on imagine de lui. En outre, le comédien fait cela de manière subtile, il n'exagère pas son jeu. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

L'éditeur n'a pas respecté la structure du livre. En effet, comme c'est souvent le cas chez Audiolib, certains chapitres sont coupés en deux. Je trouve cela dommage, d'autant que je ne comprends pas ce qui les empêche de faire un fichier par chapitre, comme ils le font pour certains livres. La seule explication que j'ai trouvée est qu'ils pensent qu'au-delà d'un quart d'heure, un fichier est trop long. C'est étrange, c'est comme si, dans un livre papier, on trouvait qu'au bout de tant de pages, un chapitre est trop long.

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lundi, 13 mars 2017

La fin d'une imposture, de Kate O'Riordan.

La fin d'une imposture

L'ouvrage:
Rob, dix-neuf ans, s'est noyé accidentellement alors qu'il était en voyage en Thaïlande. Sa soeur cadette, Maddie, assure qu'elle est responsable de cette mort. Alors qu'elle s'enfonce dans un marasme qui semble sans fin, sa mère (Rosalie) et elle intègrent un groupe de parole où chacun peut exprimer sa douleur quant à la perte d'un être cher. Elles y rencontrent Jed Cousins, qui a le même âge que Rob. La fréquentation du jeune homme semble rééquilibrer Maddie. Tout devrait aller mieux...

Critique:
Après avoir adoré «Un garçon dans la lune», et n'avoir pas pu finir «Un autre amour», j'ai pris ce roman pensant que c'était à double-tranchant. Je n'ai pas pu le lâcher!
Le premier point positif, c'est que pendant assez longtemps, je n'ai pas su où irait l'auteur. Le livre commence par l'annonce de la mort de Rob, puis on passe à six mois plus tard. J'ai tout de suite été passionnée par le récit, j'étais toujours dans l'expectative.

Ensuite, Kate O'Riordan aborde un thème auquel d'autres se sont essayés avec plus ou moins de succès: la manipulation. À mon avis, elle a fait cela avec davantage de subtilité que certains autres. En effet, au départ, je ne savais pas trop quoi penser, certains faits pouvant sembler neutres, alors que chez d'autres, j'ai tout de suite vu où était le piège. Je pense surtout à «Ma meilleure ennemie», où le lecteur n'a aucun doute quant à la fausseté d'un personnage, et se demande même comment il se fait que le plus abusé de tous ne s'en rende pas compte. C'était un peu gros. Chez Kate O'Riordan, le lecteur ne voit les choses qu'au fur et à mesure. Il y a quand même un moment où le lecteur sait à quoi s'en tenir, ainsi, d'ailleurs que Rosalie, et où cette dernière est complètement apathique. Elle laisse les choses arriver, préférant se cacher derrière l'idée qu'elle ne peut rien contrôler. Pourtant, elle pourrait essayer. À ce moment, elle m'a agacée parce qu'elle est trouble, et ne fait pas grand-chose pour arrêter une situation qu'elle sait néfaste, et se trouve des excuses peu valables.

Pour moi, le roman ne traîne pas. Tout s'enchaîne de manière fluide, les découvertes sont bien placées. Certes, il y a un moment où la romancière tarde un peu à révéler une information, alors qu'un personnage la détient, mais cela ne m'a pas vraiment dérangée, car chaque partie du récit m'intéressait.
D'autre part, rien n'est bâclé, tout est cohérent. La fin pose une question assez dérangeante. Là encore, j'ai lu des romans où les personnages agissaient comme finissent par le faire Luke et Rosalie. Seulement, dans ces autres romans, on ne peut que condamner leur attitude. Je pense surtout à «La mer les emportera». Ici, l'auteur s'arrange pour que cette question mette le lecteur mal à l'aise. Qui est le plus à blâmer? Comment peut-on finir par approuver certaines choses?

J'ai apprécié que le confident de Rosalie soit un pasteur. En effet, cela permet à l'auteur de montrer un homme d'église très ouvert. Entre ce qu'il voit au quotidien, ce qu'il vit, et son désir d'aider les autres, le père Tom n'est pas un de ces bigots qui met Dieu à toutes les sauces, et ne l'évoque que pour critiquer l'attitude d'untel ou unetelle. Le père Tom cherche réellement à faire le bien. Il se préoccupe vraiment des autres. Sa foi le pousse dans cette direction. C'est un personnage très attachant, car sans la juger, il tente de montrer à Rosalie ce qui est le mieux pour sa famille.

Un très bon thriller psychologique, avec des personnages profondément humains.

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je suis toujours ravie de retrouver cette lectrice que j'apprécie beaucoup. Encore une fois, sa lecture fluide et naturelle m'a plu. Comme je pinaille, je dirai que j'ai été déçue qu'elle prononce «Maydie» pour Maddie. En anglais, Maddie ne se prononce pas ainsi. La prononciation la plus proche et la moins affectée est, à mon avis, la simple prononciation à la française. Je trouve dommage qu'à vouloir bien faire (je sais que les lecteurs sont toujours désireux de bien faire), elle se soit trompée.

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jeudi, 9 mars 2017

Those girls, de Chevy Stevens.

Those girls

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Petit village de Littlefield, juillet 1997.
Danny (bientôt dix-huit ans), Courtney (seize ans et demi), et Jess (bientôt quinze ans), vivent avec leur père. Celui-ci est alcoolique, et souvent violent. Ce soir-là, il rentre de plusieurs semaines de travail en dehors du village. Les trois adolescentes constatent très vite qu'il est d'humeur belliqueuse. Il ne tarde pas, en effet, à s'en prendre à Courtney...

Critique:
Après avoir été déçue par «Des yeux dans la nuit» et n'avoir pas été tentée par le scénario de «Cette nuit-là», j'avais peur que Chevy Stevens s'essouffle. Heureusement, avec «Those girls», elle a su se renouveler. Le scénario peut paraître convenu: les trois filles confrontées à un père violent, etc. Certes, mais l'auteur y a ajouté sa touche personnelle, ce qui fait que je ne me suis pas ennuyée. La première partie est sûrement celle où la tension est à son paroxysme. Les trois adolescentes entrent dans un cauchemar dont on n'imagine pas l'ampleur au départ. À plusieurs reprises, j'ai pensé que cela allait s'arrêter, qu'elles trouveraient une solution, que quelque chose arriverait... Chevy Stevens emmène ses héroïnes très loin dans l'horreur, et montre comment chacune y réagit. J'ai compris chacune des filles. Bien sûr, celle qui aura le plus de mal à faire avec est l'une de celles qui en a le plus supporté. De ce fait, elle fait certaines choses qui pourraient paraître incompréhensibles, mais sachant tout ce qu'elle a traversé, on ne peut pas vraiment lui en vouloir.
Jess m'a parfois agacée. Elle semblait ne pas toujours mesurer toute la souffrance de ses sœurs. Je pense que tout en comprenant les trois héroïnes, on peut parfois être agacé par l'une ou l'autre. C'est logique, cela les humanise.

J'ai un peu moins aimé les deux dernières parties. Il faut dire que malgré tout, la tension retombe. En outre, même si j'ai compris ce que voulait faire l'auteur, je trouvais que les choses étaient trop lentes parce qu'un personnage revient dans les pas de nos héroïnes. Ce personnage m'a d'ailleurs un peu agacée: ayant été élevée le mieux possible compte tenu des circonstances, cette jeune fille croit tout savoir, réclame davantage d'indépendance, et prend des risques insensés. J'ai pensé qu'il fallait qu'elle apprenne un peu de la vie, et lorsque cela arrive (voir sa rencontre avec l'autostoppeuse), je n'ai pu m'empêcher de me dire que ça lui mettrait un peu de plomb dans la tête. À noter quand même que ce personnage tente d'agir pour le bien de sa tante.

Dans l'ensemble, ce roman m'a plu. Les personnages sont bien décrits, bien analysés. Les situations sont crédibles. Les lenteurs ne sont pas si pénibles.

Remarque annexe:
Un personnage explique que lorsqu'on prend une nouvelle identité, il vaut mieux garder ses initiales parce que c'est plus facile à retenir. Je trouve cet argument idiot. Dans tous les livres que j'ai lus où les personnages changent d'identité, ils gardent leurs initiales (sauf dans «Sauver sa peau» au bout de deux ou trois identités différentes). Je ne trouve pas ça judicieux parce que dans l'absolu, c'est un indice pour ceux qui recherchent la personne.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Woo Zeller (lorsque Jess est la narratrice), Jorjeana Marie (lorsque c'est Sky), et Nicol Zanzarella (lorsque c'est Danny) pour les éditions Blackstone audio

J'aime beaucoup Emily Woo Zeller. Ici, elle a su nuancer quelque peu sa voix selon les personnages. Lorsque certains pleuraient, elle a très bien rendu cela, faisant ressentir leur détresse. Elle a également très bien exprimé la tension et l'horreur dues à ce que vivaient les filles. Elle n'en a jamais trop fait, ce qui aurait tout gâché. Par contre, elle n'était pas à l'aise lorsqu'il fallait crier. À certains moments, l'une ou l'autre des filles, désespérée, crie, appelle ses soeurs ou exhorte les bourreaux à arrêter de les martyriser. J'ai trouvé que là, Emily Woo Zeller ne s'en sortait pas bien. Elle avait l'air d'interpréter (c'est ce qu'elle faisait, mais il fallait, justement, qu'elle n'en ait pas l'air) et de se retenir de crier... C'était assez étrange, sachant que sur tout le reste, elle était très bien.

J'ai eu beaucoup de mal avec Jorjeana Marie. Sa voix est de celles qui ne me plaisent pas: grave, enrouée (voire cassée), nasale. En général, quand la voix ne me plaît pas, si l'interprétation me semble bonne, cela me fait oublier que la voix n'est pas à mon goût. Ici, cela n'a pas été le cas. Je pense que cela a contribué à me faire moins apprécier Sky. En effet, j'ai imaginé une lectrice dont le jeu me plaît beaucoup (Andi Arndt, par exemple) lisant ces passages, et il m'a semblé que ce serait mieux passé.

Nicol Zanzarella a trop peu lu pour que j'aie pu me faire une opinion définitive. A priori, son jeu me plaît.

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lundi, 6 mars 2017

Sur tes pas, de Mark Edwards.

Sur tes pas

L'ouvrage:
Août 2013. Daniel et Laura sont en voyage en Roumanie. Alors qu'ils sont endormis dans un train, leurs passeports et leurs billets sont volés. Les douaniers les débarquent en pleine forêt. Quelque temps plus tard, ils rentreront dans leur pays (l'Angleterre), mais les événements vécus en Roumanie les hantent. Et si cela n'était pas fini?

Critique:
Comme le début de l'histoire se passe en Roumanie, certains pourraient croire que nos héros vont être mordus par des vampires, poursuivis par des loups garous... Il n'en est rien.

Ce roman ne traîne pas du tout. En outre, l'auteur a l'art de faire monter la tension. Dès les premiers chapitres, l'ambiance est étrange, et de plus en plus oppressante. Plus tard, des choses dont nous ne parvenons pas à comprendre la provenance s'amoncellent sur les protagonistes. Je pense, entre autres, à ce qui arrive avec l'ordinateur portable de Daniel. Ces éléments paraissent inexplicables, et pourtant, Mark Edwards les explique très bien, sans faire du spectaculaire (ce que j'abhorre) ou de l'invraisemblable (ce que je hais encore plus).

Puis voilà que tout se complique. On comprend certaines choses avant les personnages, mais ce n'est pas grave, car le romancier sort d'autres cartes de sa manche. Entre rebondissements à propos et révélations qu'on ne cherche pas, on n'a pas le temps de s'ennuyer.

L'auteur utilise une ficelle qu'habituellement, je n'aime pas: il parle d'un événement, en cache l'essentiel au lecteur pour ne le révéler que bien plus tard. C'est une façon artificielle de créer du suspense, mais cela ne m'a pas dérangée, parce que comme je l'ai dit, rien ne traîne. On n'attend pas désespérément que l'auteur en finisse, même si on n'a cette partie de l'histoire que plus tard.

La fin est bonne, mais pour moi, il y manque quelque chose. En fait, j'aurais voulu savoir la suite. L'écrivain a souhaité une fin «à chute» (si j'ose dire), afin de terminer sur quelque chose de marquant, mais de ce fait, c'est au lecteur de deviner ce que fera l'un des personnages. J'ai bien quelques idées, mais j'aurais aimé savoir quelle solution serait choisie...

Afficher Attention, élément clé!Masquer Attention, élément clé!

Je n'ai pas aimé Laura. Au départ, je la trouvais compliquée. Il me semblait qu'elle n'agissait pas comme il le fallait. Bien sûr, quand on a vécu un événement traumatisant, on ne peut pas toujours être rationnel. Puis, vient l'épilogue, où l'auteur dévoile sa dernière carte. Ce qui fait que j'ai encore moins aimé Laura, ce n'est certainement pas parce qu'elle a été paralysée par la peur au moment d'agir, ni parce qu'elle a voulu s'enfuir en laissant les femmes et les enfants à leur triste sort. À sa place, on ne peut pas savoir comment on réagirait. Ce qui est détestable chez elle, c'est qu'elle n'assume pas. Elle ne veut pas qu'on puisse savoir qu'elle n'a pas été héroïque, au point de commettre un meurtre! À ce compte-là, il aurait mieux valu qu'elle réussît son suicide!

Il y a de petites incohérences, pas vraiment importantes, mais que l'auteur aurait justement pu éviter très facilement.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Bocher.
Le jeu de Julien Bocher est naturel. Il ne prend pas d'horribles voix aiguës pour les rôles féminins, et se fond sans difficultés apparentes dans l'ambiance créée par l'auteur. D'autre part, il ne tente pas de prononcer les noms étrangers avec un accent, ce qui, pour moi, aurait été affecté. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

Pour information: la structure du livre n'a pas pu être respectée.

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jeudi, 2 mars 2017

The memory box, d'Eva Lesko Natiello.

The memory boxThe memory box

L'ouvrage:
Caroline Thompson est mariée depuis six ans à Andy. Ils ont deux jumelles, Lily et Tessa. Ils habitent à Far Haven, petite ville où beaucoup se connaissent.
Septembre 2006. Gabrielle, une voisine, s'amuse à chercher ses concitoyens sur Google et à cancaner quant à ce qu'elle trouve. Caroline décide de chercher son nom pour voir ce que Gabrielle pourrait trouver. Elle est d'abord soulagée, mais lorsqu'elle cherche Caroline Spencer (son nom de jeune fille), les choses se corsent. Elle commence par trouver l'avis de décès de sa soeur. Or, elle est persuadée que celle-ci est vivante. Plus elle cherche, plus elle trouve des choses la concernant, choses dont elle n'a aucun souvenir...

Critique:
Eva Lesko Natiello prend un pari très risqué. Le lecteur mettra inévitablement le doigt sur ce qui ressemble à une énorme faille: comment ça, l'héroïne ne se souvient pas d'événements aussi graves?! Je m'attendais donc à une théorie faite de pièces assemblées tant bien que mal, montrant que Caroline a oublié ces événements parce qu'ils étaient trop traumatisants pour qu'elle les accepte. Certains l'ont déjà fait plus ou moins bien. Ici, la romancière a choisi un autre chemin. Certains le trouveront peut-être invraisemblable. Pour ma part, il me convient. Elle a fait en sorte que ça n'ait pas l'air trop gros. Le seul véritable reproche qu'on pourrait lui faire (à mon avis) concerne Smarty, le chien de la famille. Il aurait dû être hostile à un personnage bien plus tôt. En effet, on a beau cacher sa vraie nature, les animaux, eux, ne s'y trompent pas. Smarty semble se méfier alors qu'il est trop tard, et d'ailleurs, on ne sait pas pourquoi il change soudain et autant d'attitude vis-à-vis de ce personnage.

J'ai souri que l'auteur mette des reproches de lecteurs pointilleux dans la bouche d'Andrew. Cela montre bien qu'elle sait où sont les supposées failles sur lesquelles sauteront certains.

Caroline est un personnage à la fois captivant et effrayant. Entre instabilité et lucidité, elle louvoie dans des eaux troubles. Parfois, sa politique de l'évitement fait que certaines choses traînent. C'est un peu pénible, mais cela donne à l'auteur l'occasion d'explorer minutieusement la psychologie de son héroïne. Complètement centrée sur elle-même, elle n'hésite pas à faire des choses hors de propos, voire dangereuses, ce qui fait qu'elle se fait d'autant plus remarquer. L'auteur a même créé une espèce de repère qui montre que Caroline est dans une phase extrême d'instabilité: les moments où elle a besoin de «snowball» qui, je suppose (vu ce qu'elle en dit), sont des biscuits très sucrés. La romancière a créé une espèce de chaos organisé. En effet, pour combler la faille qu'on ne manque pas de remarquer, il était nécessaire qu'elle maîtrise son personnage. Pour moi, c'est réussi. L'héroïne est cohérente dans ses incohérences. ;-) On la suit avec intérêt, perplexité, et horreur. Pendant un moment, on ne sait pas trop à quoi s'en tenir quant à elle. Faut-il la plaindre? La blâmer? À mesure qu'elle se dévoile, on a une image de plus en plus précise d'elle, trouvant son chemin dans le désordre de ses errances mentales.

Caroline prend beaucoup de place, mais elle n'est pas la seule à nous réserver des surprises. L'auteur en garde une dans sa manche, et ne la révèle qu'à la fin. Je ne m'étais posé aucune question sur ce point, trop occupée à suivre le cheminement de la jeune femme. J'ai donc été surprise par ce rebondissement qui, lorsqu'on y réfléchit, est préparé. Certains lecteurs l'imagineront peut-être. En tout cas, c'est une bonne idée de la part de la romancière, car cela renforce la cohérence du récit, et cela a une autre conséquence que je vous laisse découvrir.

J'ai un doute quant aux limites du secret professionnel que doit garder un psychologue. N'y a-t-il pas prescription pour des cas comme celui décrit dans ce roman?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Blackstone audio

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