Conduite en état Livresque

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

La vie, c'est pas un stand de foire avec
tout un tas de lots bidons à décrocher. Et
si t'es assez dingue pour te mettre à miser,
tu t'aperçois vite que la roue s'arrête jamais
de tourner. Et c'est là que tu commences
à souffrir. Se fixer des buts dans la vie,
c'est s'entortiller dans des chaînes.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

jeudi 9 février 2012

jeudi
9
février 2012

Avant d'aller dormir, de S. J. Watson.

Avant d'aller dormir

L'ouvrage:
Vendredi 30 novembre.
Christine Lucas s'éveille, et se demande où elle est. En se regardant dans la glace, elle découvre qu'elle fait vingt ans de plus que l'âge qu'elle pense avoir. L'homme à côté de qui elle a dormi lui apprend qu'il est Ben, son mari. Il lui explique que tous les matins (du moins, après chaque session de sommeil profond), elle s'éveille en ayant oublié tout ce qu'elle a pu assimiler la veille, et la plupart de ses souvenirs de femme. C'est ainsi depuis l'accident: depuis que Christine a été renversée par un chauffard qui a pris la fuite.
Après que Ben est parti travailler, Christine reçoit le coup de fil d'un médecin: le docteur Nash. Il lui explique qu'il l'aide à tenter de se souvenir, et qu'aujourd'hui, il doit la voir pour lui rendre quelque chose qu'elle lui a confié: le journal qu'elle a tenu pendant quelques semaines. Il lui assure qu'elle y a consigné beaucoup de choses qui pourront l'éclairer.

Critique:
Au-delà d'un roman policier, l'auteur a écrit un ouvrage qui soulève pertinemment beaucoup de questions ayant trait à la mémoire. Comment ne pas être frustré à l'instar de Christine, sentant ses souvenirs lui échapper? Comment ne pas se mettre à sa place lorsqu'elle lit ce qu'elle a écrit, et ne se souvient pas l'avoir vécu? Comment ne pas comprendre son sentiment d'espionner la vie d'une autre? Comment ne pas ressentir avec elle cette espèce de supplice de Sisyphe? La mémoire m'intéresse beaucoup, et tous les livres qui y ont trait m'interpellent. Je sais qu'elle est très importante pour chacun de nous. Ce livre expose bien tout le désarroi de quelqu'un qui l'a perdu, et la perd à chaque réveil. J'ai été totalement immergée dans la quête de cette femme à la recherche de la vérité, de son identité, de son passé. J'ai ressenti à quel point elle pouvait être démunie en comprenant que quelqu'un lui mentait puisqu'on ne lui disait pas toujours la même chose.
À un moment, j'ai pensé que l'intrigue policière m'importait peu, étant donné que tout ce qui se rapportait à la mémoire était bien exploré.

Outre une réflexion sur la mémoire, S. J. Watson a su inventer une intrigue implacable, aux rouages bien huilés. Moi qui cherche souvent à prendre les auteurs en défaut, je n'ai trouvé que de minimes reproches à faire. Le pari n'était pas si facile que cela, car une telle histoire menait à des chausse-trappes, à des écueils, à des incohérences... L'auteur a pu tout expliquer, tout clarifier.
Malgré la tension omniprésente, il y a un moment amusant: celui où Christine feint l'amnésie pour expliquer son «errance» dans le bureau de Ben.

Attention: Si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.
L'auteur explique bien comment Mike a pu se faire passer pour Ben, surtout auprès du personnel de la maison de repos. Ces explications sont acceptables. Cependant, je trouve cela un peu léger... J'aurais cru que malgré tout, on lui aurait demandé ses papiers d'identité.
J'ai très vite soupçonné Ben, même si Christine trouvait des explications parfaitement plausibles et logiques à ses mensonges (qu'il ne veut pas la blesser, ou même qu'elle imagine des souvenirs). Entre outres, son refus catégorique qu'elle voie un médecin m'a mis la puce à l'oreille. De plus, j'ai deviné avant Claire qu'il n'était pas qui il prétendait être.
Il est peut-être un peu gros que quelqu'un qui ne sait pas se servir d'un portable trouve instinctivement le bouton pour répondre quand il sonne.

Après tous les romans qui furent écrits sur le sujet, il n'est pas facile de le renouveler. Pourtant, l'auteur a réussi. Il adopte un schéma classique (le lecteur suit le personnage qui tente de retrouver son passé), mais le renouvelle de plusieurs manières. D'abord, l'amnésie de Christine n'est pas commune. Ensuite, l'auteur s'attarde davantage que d'autres romans sur les conséquences d'une perte de mémoire. Enfin, j'ai particulièrement aimé que Christine ne découvre pas qu'elle était parfaite. Dans ce genre de romans, soit le personnage est une victime, soit c'est un bourreau. Ici, Christine est une personne normale qui, à un moment, a été méprisable, a fait une bêtise, et s'en est aperçue... J'ai trouvé cela réaliste. On s'identifiera davantage aux personnages, de ce fait.

Un très bon livre, au suspense savamment dosé, dans lequel je n'ai trouvé aucune lenteur, où tout est bien écrit, bien expliqué, où rien n'est bâclé. (Mes petits reproches sont du pinaillage.) À lire absolument!!!

Remarque annexe:
Il y a des erreurs de syntaxe dans la traduction française. Par exemple: «Après m'avoir calmée en m'assurant que tout irait bien, et après m'avoir rendu mon sac, mes boucles d'oreilles et mon alliance, le docteur Nash et moi sommes allés à la cafétéria.» On dirait que c'est le docteur et Christine qui calment Christine et lui rendent ses affaires. Pour que la phrase soit juste, il aurait fallu écrire: «Après que le docteur Nash m'a calmée en m'assurant que tout irait bien, après qu'il m'a rendu mon sac, mes boucles d'oreilles et mon alliance, lui et moi sommes allés à la cafétéria.» C'est la plus grosse que j'ai repérée, mais il me semble qu'il y en a d'autres...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Cadol.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

J'aime beaucoup la voix douce, voire apaisante de Françoise Cadol. Je la connais surtout parce qu'elle est la voix française d'Allison Dubois dans «Médium», série que je suivis assidûment. Comme je m'en doutais, elle a brillamment interprété ce roman. Elle est le personnage de Christine. Elle entre parfaitement dans sa peau. Je ne peux imaginer ce livre interprété par une autre comédienne.
D'autre part, elle ne surjoue jamais. Elle ne prend pas une horrible voix grave pour les rôles masculins, ce qui est, à mon avis, une très bonne chose. Contrairement à ce que pourraient penser certains, ce choix ne rend pas plat le jeu de la comédienne, il en renforce le naturel. Il est très dur de modifier sa voix sans tomber dans l'excès. Certains comédiens doivent cesser de penser que leur jeu sera sans saveur s'ils ne modifient pas leur voix.
Françoise Cadol ne prononce pas les mots anglophones avec un accent ridicule et exagéré. Elle met un peu l'accent pour dire «Crouch End» et «bacon» (par exemple), mais cela ne m'a pas écorché les oreilles. C'est parce qu'elle n'a pas exagéré.
Lorsque Christine lit la lettre de Ben et la fin de son journal, la comédienne adopte un ton entre deux: elle prend le ton que l'on a lorsqu'on lit très vite quelque chose (ce qui est le cas, ici, surtout lorsque Christine lit la fin de son journal), et elle met également le ton approprié: colère, détresse, etc. Je ne sais pas comment elle parvient à lire ainsi, c'est un tour de force!
J'espère que ce roman est le premier d'une longue série (de romans que j'aurai envie de lire) qu'elle enregistrera!

Acheter « Avant d'aller dormir » sur Amazon

Acheter « Avant d'aller dormir » en audio sur Amazon

jeudi 2 février 2012

jeudi
2
février 2012

Le refuge, de Nikki Valentine.

Le refuge

L'ouvrage:
Martin et Susie sont mariés depuis dix ans. Ils font un séjour en Écosse. C'est, en quelque sorte, une seconde lune de miel. Martin en profite pour proposer à Susie de se rendre au refuge, une cabane perdue près d'une rivière où il séjourna enfant. Ils n'y resteront que deux ou trois jours.
Dès qu'ils y arrivent, le lieu intrigue Susie. Elle y ressent une présence pas forcément bienveillante. Et puis, des rêves érotiques viennent lui rappeler un ancien amour.

Critique:
L'auteur parvient à ne pas tomber dans les clichés tout en flirtant avec le surnaturel et en restant vraisemblable. Je sais, c'est assez dur à concilier, et je me suis moi-même demandé comment elle allait s'en sortir. Je la voyais sans cesse tombant dans des écueils: trop de surnaturel pour que cela reste crédible, événements trop invraisemblables par rapport au début de l'ouvrage, personnages devenant petit à petit peu crédibles... Tout cela est évité.

D'abord, elle parvient à créer un huis clos sans que le lecteur ne s'ennuie. Pourtant, on se dit qu'on en aura vite fait le tour: Susie a peur, le refuge est inquiétant, Martin pique des colères... On a peur de la redondance... et elle n'arrive pas. Au départ, on se retrouve dans un roman d'aventure, où un couple semble tenter de se reconstruire. Ensuite, on assiste à leur quotidien, et on découvre ce que Susie n'ose pas tout à fait s'avouer: elle marche sur des oeufs lorsqu'elle s'adresse à son mari, il la rabaisse souvent, elle est en colère, mais n'ose pas se révolter ouvertement...

Ensuite, la peur, confuse, diffuse, s'insinue chez Susie. Peur mêlée d'excitation, peur de quelque chose dont elle ignore la véritable nature, peur de ne pas être effrayée par ce qui est réellement effrayant... J'ai partagé le questionnement de la jeune femme, tout en lui en voulant un peu. Elle se plaint de son mari, mais ne fait pas grand-chose pour l'arrêter, ce qui montre qu'ils ne sont pas sur un pied d'égalité. Cependant, on découvre vite ce qui arrête la jeune femme.

Quant au surnaturel, il satisfera le lecteur. Moi qui suis très sévère avec ce genre de manifestation, j'ai accepté que cette cabane dégage quelque chose, qu'elle soit maudite, qu'elle renferme une sorte de malédiction. Cela ne m'a pas dérangée parce qu'on peut, parfois, percevoir certaines sensations dans un lieu donné. Ce n'est pas aussi fort que ce qui se passe au refuge, mais l'auteur est partie de quelque chose de vraisemblable, d'admissible, pour sa théorie surnaturelle, ce qui l'ancre dans la réalité.

On me dira que cette cabane appuyant sur les points faibles de ceux qui ont le malheur d'y entrer, c'est un topos du genre. L'auteur a su créer une histoire qui se tenait autour de cela, et a su ne pas trop en faire. Sa sobriété fait que le roman est bon.

D'autre part, le lecteur peut comprendre plusieurs choses différentes. Les événements sont contés du point de vue de Susie. À un moment, elle a une preuve matérielle de ce qu'elle sait (ou croit savoir), mais elle s'en débarrasse. De ce fait, on peut se demander jusqu'à quel point elle a imaginé. Entre ce qu'elle souhaitait sans oser le faire, ce qu'elle découvre, ce qui se passe au moment où elle finit par passer à l'action... tout peut être interprété de diverses manières. En général, cela m'agace. Ici, j'ai trouvé que l'auteur avait été très habile.

De même, on peut se demander ce qui a fait de Martin ce qu'il est. A-t-il été transformé dès sa petite enfance à cause de l'expérience dans le refuge ou bien à cause du refuge lui-même? Aurait-il été ainsi de toute façon? Le refuge n'a-t-il fait que révéler sa nature? Là encore, au lecteur de décider quelle explication il préfère.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Enfin, j'avais peur que la fin soit du genre qu'on trouve habituellement dans les mauvais films ou livres. J'avais peur que Susie trouve quelqu'un d'autre, et au bout de quelques années de vie commune, lui propose d'aller au refuge, et que tout recommence. Ici, il y a bien des «traces» du refuge dans le comportement de Susie, mais ce n'est pas aussi marqué. C'est au lecteur de décider si elle finira par le reléguer au rang de souvenir ou si tout peut recommencer. Je préfère cette ouverture.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari. Ce livre m'a été offert par MA éditions par l'intermédiaire de l'agence de communication Gilles Paris. Il sort le 22 février.

Acheter « Le refuge » sur Amazon

lundi 30 janvier 2012

lundi
30
janvier 2012

Room, d'Ema Donoghue.

Room

L'ouvrage:
Aujourd'hui est un grand jour pour Jack: il a cinq ans. Sa mère lui offre un cadeau: elle l'a dessiné pendant son sommeil. Il passe la journée avec elle, à jouer, à discuter, à regarder la télé. Jack aime beaucoup la télé. Son personnage préféré, c'est Dora l'exploratrice.
Pendant la journée, sa mère constate qu'il leur manque certaines choses. Elle va donc faire une liste de ce qu'il faut.
Le soir, à partir de 21h, alors que Jack est censé dormir, l'homme vient. Jack n'aime pas trop qu'il soit là. Il ne l'a jamais vu, il ne connaît que son surnom et sa voix.

Critique:
Il est assez difficile de parler de ce livre sans en dévoiler des moments essentiels. Étant donné que je souhaite le promouvoir, je vais tenter de vous en révéler le moins possible.

C'est un livre remarquable. Il est conçu de telle manière qu'on ne peut pas prévoir ce qui va se passer. D'autre part, l'auteur sait jouer du suspense, surtout dans ce que j'appelle la première partie. Elle commence par nous montrer ces deux personnages dans leur routine quotidienne, puis elle laisse entrevoir des failles, des petites phrases que le lecteur n'arrive pas à placer dans un contexte précis.
Lorsque j'en ai su davantage, je me suis fourvoyée dans un raisonnement faux, et comme je n'en sortais pas, je n'arrivais pas à faire coller la situation et certains dires de la mère.
Ensuite, lorsqu'elle raconte son histoire, je me suis dit que j'avais été idiote de ne pas y penser plus tôt, car c'est évident et logique.

Quant à ce que j'appelle la seconde partie, elle est totalement différente. Elle commence où, en général, finirait ce genre de roman. Elle fait ce que je n'ai jamais vu dans d'autres romans: décrire l'après. J'ai trouvé ça très intéressant, d'autant qu'Emma Donoghue fait cela très bien. Avec justesse et sensibilité, elle décrit des situations réalistes, et les analyse parfaitement.

Les deux personnages principaux sont très attachants.
Certains diront que Jack est remarquablement équilibré, malgré ce qu'il a vécu, qu'il parle vraiment bien pour un enfant de cinq ans... certains trouveront cela peu vraisemblable. Pourtant, avec une mère comme la sienne, il est normal qu'il soit ainsi. Ce qu'il est n'est que le résultat d'une éducation admirable, compte tenu de la situation. C'est un enfant drôle, courageux, respectueux. D'autre part, il s'adapte très bien à son environnement. C'est dû à son âge, comme le souligne un psychologue, mais aussi au fait que sa mère l'a responsabilisé, lui a insufflé sa force de caractère. Confronté à ce qu'il vit, il pourrait s'effondrer, tomber en dépression... son monde s'est écroulé. Il y a bien certaines manifestations de ses difficultés à bien cerner le monde et les règles de ce monde, mais elles sont minimes en regard de ce qu'il a vécu.
À la fin, il parvient à dire adieu à deux choses qui l'enchaînaient. Il comprend qu'il doit avancer, et qu'il ne le pourra pas s'il reste accroché à ces choses qui sont, pourtant, à ses yeux, symboles de sécurité, de paix, et de bonheur.

Quant à sa mère, elle fait preuve d'une force morale hors du commun. Elle garde toujours une attitude saine, que ce soit vis-à-vis de Jack ou de Nick. La seule chose discutable qu'elle fait est qu'elle allaite encore son fils. Étant donnée sa situation, le lecteur lui pardonne volontiers cela. C'est un admirable portrait que nous brosse Emma Donoghue.

Il est assez dérangeant de constater que le seul désaccord qui existe entre Jack et sa mère, c'est celui qui touche à leur situation. Jack aspire à retrouver ce qu'ils ont quitté parce qu'il n'a connu que cela, qu'il y a vécu bonheur, paix, et harmonie. C'est logique... alors que pour sa mère, c'est l'opposé.

Remarques sur la traduction:
J'ai lu ce livre en anglais, et l'amie qui me l'a conseillé l'a lu en français. Par curiosité, je lui ai donc demandé des précisions sur la traduction.
Je trouve dommage que le traducteur ait infantilisé Jack là où l'auteur rendait ses paroles de manière neutre. En effet, quand Jack veut être allaité ou l'est, il dit: «I want some» ou «I have some». C'est neutre. Le traducteur a traduit par «Doudou lait». Je sais que «j'en veux» ou «j'en ai» est un peu étrange, mais cela aurait mieux valu, à mon avis, car cela aurait rendu le texte de manière plus juste. Jack a cinq ans, donc on comprend qu'il puisse s'exprimer «en bébé» (il fait d'ailleurs des fautes de grammaire), mais je trouve dommage que le traducteur ait remplacé la neutralité de la VO par quelque chose désignant clairement Jack comme un bébé. En outre, ça ne va pas avec le caractère de la mère qui élève son enfant loin de ce parler un peu idiot.
Dans le même ordre d'idées, «old Nick» a été traduit par «le grand méchant Nick». Cela va bien au contexte, et au début, j'ai pensé que c'était une bonne trouvaille. Mais finalement, c'est encore du détournement de texte. Le traducteur accole une peur enfantine à cette expression. Or, la mère a également peur de Nick. Et il est plus réaliste qu'elle le désigne sous le terme «vieux», car elle exprime son ressenti et sa frustration, plutôt que par «le grand méchant Nick». Le sens et ce que cela implique est différent. Et là encore, le traducteur met une expression enfantine au lieu d'une plus neutre, et plus proche du caractère de la mère. En outre, traduire «old Nick» par «vieux Nick» aurait renforcé l'incertitude du début. Mon amie a tout de suite su que Nick était un adversaire, alors que je le voyais de manière plus neutre, ou du moins, que j'imaginais différentes hypothèses parmi lesquelles celles d'un gentil grand-père.

Enfin, lorsque Jack n'est pas d'accord, il dit «Noway José». Mon amie ne se souvient plus de la traduction à ce sujet. Après réflexion, j'ai trouvé «pas question Gaston». Je me demande comment le traducteur a rendu le jeu de mots.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michal Friedman, Ellen Archer, Robert Petkoff, et Suzanne Toren pour les éditions Hachette Audio
Les comédiens ont très bien interprété ce roman. J'ai moins aimé Suzanne Toren, mais je suis une pinailleuse.
Le narrateur étant Jack, l'éditeur audio a pris le parti que le narrateur soit un petit garçon. À mon avis, ils ont eu raison. Michal Friedman lit avec brio. Cependant, je me demande comment le garçonnet a perçu ce roman... Bien sûr, s'il est asez mûr pour l'enregistrer, c'est qu'il l'a compris... Mais il ne doit pas avoir plus de douze ou treize ans.

Acheter « Room » sur Amazon

lundi 23 janvier 2012

lundi
23
janvier 2012

Garde rapprochée, de James Patterson.

Garde rapprochée

L'ouvrage:
Ned Kelly vient de rencontrer Tess avec qui il file le parfait amour. Son bonheur sera bientôt complet: son cousin, ses amis et lui vont cambrioler une riche villa: ils vont y voler des tableaux valant plusieurs millions. Cette opération a été commanditée à la petite bande par un certain Gachet.
Mais le cambriolage tourne mal: les tableaux ont déjà disparu. Les cadavres s'accumulent autour de Ned qui devient le suspect numéro 1.

Critique:
Le livre avance à un rythme effréné. Cela aide à faire passer des ficelles pas toujours subtiles.
D'abord, à partir du moment où le lecteur sait qui est le «vrai méchant» de l'histoire, il y a quelques lenteurs. Les actions s'enchaînent, ce qui gomme un peu ces lenteurs, mais on n'a plus vraiment de révélations. Tout est concentré sur l'action. C'est d'ailleurs, je pense, ce qu'a voulu l'auteur. Il fallait bien qu'il détourne l'attention du lecteur, puisqu'il lui avait révélé le nom du «méchant».

Parmi les péripéties de ce roman qui se déroule à 100 à l'heure, je retiendrai la course-poursuite: moto essayant de distancer quatre quatre. C'est épique, loufoque, mais également inquiétant. Cette scène est très bonne, car l'auteur y dose tous ces ingrédients de manière habile.
Cette rapidité d'action est renforcée par les courts chapitres qui donnent l'impression d'aller vite. Cependant, ce n'est pas le premier roman de cet auteurs où les chapitres sont courts: ils ne servent donc pas forcément une action rapide.

À part cela, l'histoire est assez légère. Les personnages ne sont pas vraiment épais. La sympathie du lecteur ira naturellement vers Ned qui a l'air un peu naïf, et à qui on a envie de donner sa chance. On appréciera également ceux qui l'aident parce qu'ils l'aident, mais ils ne se démarquent pas vraiment. Elie réfléchit davantage que certains autres, donc elle paraît plus creusée, mais il fallait ce genre de personnage à l'auteur pour bâtir son intrigue.
Joff fait rire le lecteur, mais seul ce trait le caractérise.
Quant au «méchant», il est manichéen.
Les rebondissements sont assez prévisibles, ou du moins, n'engendrent pas une véritable surprise.
Pour une fois, je ne me plaindrai pas de l'histoire d'amour. Elle arrive vite, mais elle est à l'image du roman. Et puis, dans ce contexte d'extrême tension, elle peut s'expliquer.

Il faut lire ce roman avec l'idée qu'on va se détendre, qu'on n'a pas besoin de réfléchir, et en gardant à l'esprit qu'il ne faudra pas trop en exiger.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nicole Olivet pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a une voix sympathique et un ton dynamique.

Acheter « Garde rapprochée » sur Amazon

mardi 17 janvier 2012

mardi
17
janvier 2012

L'armée furieuse, de Fred Vargas.

L'armée furieuse

L'ouvrage:
Valentine Vendermot est venue d'Ordebec (dans le Calvados) afin de parler au commissaire Adamsberg. Dans son petit village, un homme a disparu, et Lina (la fille de Valentine), a vu cet homme avec la cavalcade de l'armée furieuse. Grâce aux connaissances de Danglard, Adamsberg apprend que l'armée furieuse date d'avant les croisades...

Critique:
Voilà longtemps que je n'ai pas lu de romans de Fred Vargas. J'ai été ravie de retrouver son style vif, sa verve coutumière, ses personnages hauts en couleur, sa fantaisie, ses dialogues savoureux, ses intrigues hors du commun. Cela m'a rappelé à quel point elle m'avait manqué. J'ai d'abord aimé les petites étrangetés dont elle parsème ses romans, et qui, je pense, sous la plume d'un autre, tomberaient à plat, et paraîtraient même ridicules, voire très lourdes. Entre autres, nous découvrons un personnage qui peut parler en inversant les lettres (à l'instar d'Adamsberg, j'aime bien le mot «drannoc» pour dire leur fait aux... sdranoc).

Si nous avons une énigme classique, Fred Vargas a su (comme d'habitude) renouveler le genre sans pour autant créer de l'absurde, sans se moquer de son lecteur. Elle commence par montrer des personnages comme un peu fous, et pas seulement à cause de cette vision d'une armée d'un autre temps.
Elle disperse des indices dont certains sont loufoques, malgré la gravité de ce qui se passe à Ordebec. Je savais que certains étaient des indices, mais je n'arrivais pas à savoir où ils pouvaient mener.
La résolution de l'énigme est simple, mais je ne l'avais pas devinée. Il faut dire que je ne la cherchais pas vraiment, trop occupée que j'étais à me laisser porter par les personnages, leurs particularités, leur histoire. D'autre part, la solution est cohérente, et satisfera le lecteur.
Enfin, la romancière utilise un procédé qui, en général, est très pénible. Elle est obligée de retarder le réveil d'un personnage plongé dans le coma, car c'est ce personnage qui détient la réponse, et donc le nom de l'assassin. Généralement, les auteurs qui font cela s'y prennent mal, sachant uniquement créer des longueurs. Fred Vargas remplit intelligemment ses pages en extirpant un autre personnage de sa manche. (On doit le voir dans l'un des deux livres que je n'ai pas lus, mais il sera une diversion, même pour le lecteur qui le connaît.) De toute façon, on n'a, à aucun moment, l'impression d'attendre et de se traîner poussivement vers la solution.
Fred Vargas est l'un des rares auteurs que je connaisse à nous faire autant apprécier les digressions, et à faire en sorte qu'elles ne soient jamais du remplissage!

Étrangement, Adamsberg ne m'a pas agacée, comme dans d'autres romans. Ici, j'ai plutôt apprécié ses méthodes, son caractère rêveur, sa façon peu orthodoxe de se fier aveuglément à son intuition, et en l'occurrence son obstination à dire le Sanglier Bleu au lieu du Sanglier Courant...
J'ai également été heureuse de retrouver Danglard (qui, outre son érudition légendaire, révèlera une faille qui menacera de le perdre, en le montrant fragile au lecteur), et de découvrir les autres. Là encore, Fred Vargas n'a pas fini d'étonner son public, avec son commissariat rempli d'êtres excentriques ou atteints de manies incurables. Tout ce petit monde m'a été sympathique.

L'auteur accroît le réalisme de son roman en entremêlant des intrigues parallèles: l'histoire du pigeon, l'enquête sur les Clermont... Ces intrigues m'ont également plu. J'ai apprécié la façon dont les policiers ont enquêté chez les Clermont. Ce genre de scénario n'était pas vraiment facile à imaginer, car l'auteur aurait pu être prise en défaut au détour de complications engendrées par cette enquête faite comme en coulisses. Elle a su agencer son histoire sans failles.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Janssen. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Comme d'habitude, l'interprétation de Thierry Janssen m'a plu. Ici, j'ai trouvé qu'il tentait peut-être un peu trop de modifier sa voix pour bien différencier les personnages, mais comme il le fait bien, c'est passé.

Les éditions Thélème et les éditions Livraphone éditèrent les romans de Fred Vargas en audio. Thélème s'occupait des évangélistes, Livraphone se chargeait d'Adamsberg. (Seuls ses deux premiers romans (bien que paru en 1994, «Ceux qui vont mourir te saluent» a été écrit en 1987), ne furent pas publiés en audio.) Malheureusement, d'après ce que l'on m'a dit, après la sortie du film «Pars vite et reviens tard», Fred Vargas refusa toute adaptation de ses textes. Je suis ravie qu'elle ait apparemment changé d'avis. J'espère vivement que les éditions Audiolib (ou un autre éditeur de livres audio) sortiront «Dans les bois éternels» et «Un lieu incertain», qui sont les deux seuls romans où l'ont voit Adamsberg qui n'existent pas en audio (en dehors des bibliothèques sonores). Apparemment, Audiolib sort «Pars vite et reviens tard» en mars. Personnellement, je trouve cela un peu dommage, car les éditions Livraphone l'ont déjà édité en 2004, et qu'il existe deux Adamsberg qui n'ont pas été édités...
Je trouve également dommage que les romans où apparaît Adamsberg aient été lus par trois lecteurs différents. J'aurais aimé retrouver Jacques Frantz sur toute la série, ou du moins, qu'un accord soit passé pour qu'il enregistre les derniers, même s'il travaille pour les éditions Sixtrid, et que c'est Audiolib qui les sort.

Acheter « L'armée furieuse » sur Amazon

Acheter « L'armée furieuse » en audio sur Amazon