jeudi 9 février 2012
Avant d'aller dormir, de S. J. Watson.
Par La Livrophile, Dans la rubrique Romans policiers, thrillers, suspense

L'ouvrage:
Vendredi 30 novembre.
Christine Lucas s'éveille, et se demande où elle est. En se regardant dans la glace, elle découvre qu'elle fait vingt ans de plus que l'âge qu'elle pense avoir. L'homme à côté de qui elle a dormi lui apprend qu'il est Ben, son mari. Il lui explique que tous les matins (du moins, après chaque session de sommeil profond), elle s'éveille en ayant oublié tout ce qu'elle a pu assimiler la veille, et la plupart de ses souvenirs de femme. C'est ainsi depuis l'accident: depuis que Christine a été renversée par un chauffard qui a pris la fuite.
Après que Ben est parti travailler, Christine reçoit le coup de fil d'un médecin: le docteur Nash. Il lui explique qu'il l'aide à tenter de se souvenir, et qu'aujourd'hui, il doit la voir pour lui rendre quelque chose qu'elle lui a confié: le journal qu'elle a tenu pendant quelques semaines. Il lui assure qu'elle y a consigné beaucoup de choses qui pourront l'éclairer.
Critique:
Au-delà d'un roman policier, l'auteur a écrit un ouvrage qui soulève pertinemment beaucoup de questions ayant trait à la mémoire. Comment ne pas être frustré à l'instar de Christine, sentant ses souvenirs lui échapper? Comment ne pas se mettre à sa place lorsqu'elle lit ce qu'elle a écrit, et ne se souvient pas l'avoir vécu? Comment ne pas comprendre son sentiment d'espionner la vie d'une autre? Comment ne pas ressentir avec elle cette espèce de supplice de Sisyphe? La mémoire m'intéresse beaucoup, et tous les livres qui y ont trait m'interpellent. Je sais qu'elle est très importante pour chacun de nous. Ce livre expose bien tout le désarroi de quelqu'un qui l'a perdu, et la perd à chaque réveil. J'ai été totalement immergée dans la quête de cette femme à la recherche de la vérité, de son identité, de son passé. J'ai ressenti à quel point elle pouvait être démunie en comprenant que quelqu'un lui mentait puisqu'on ne lui disait pas toujours la même chose.
À un moment, j'ai pensé que l'intrigue policière m'importait peu, étant donné que tout ce qui se rapportait à la mémoire était bien exploré.
Outre une réflexion sur la mémoire, S. J. Watson a su inventer une intrigue implacable, aux rouages bien huilés. Moi qui cherche souvent à prendre les auteurs en défaut, je n'ai trouvé que de minimes reproches à faire. Le pari n'était pas si facile que cela, car une telle histoire menait à des chausse-trappes, à des écueils, à des incohérences... L'auteur a pu tout expliquer, tout clarifier.
Malgré la tension omniprésente, il y a un moment amusant: celui où Christine feint l'amnésie pour expliquer son «errance» dans le bureau de Ben.
Attention: Si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.
L'auteur explique bien comment Mike a pu se faire passer pour Ben, surtout auprès du personnel de la maison de repos. Ces explications sont acceptables. Cependant, je trouve cela un peu léger... J'aurais cru que malgré tout, on lui aurait demandé ses papiers d'identité.
J'ai très vite soupçonné Ben, même si Christine trouvait des explications parfaitement plausibles et logiques à ses mensonges (qu'il ne veut pas la blesser, ou même qu'elle imagine des souvenirs). Entre outres, son refus catégorique qu'elle voie un médecin m'a mis la puce à l'oreille. De plus, j'ai deviné avant Claire qu'il n'était pas qui il prétendait être.
Il est peut-être un peu gros que quelqu'un qui ne sait pas se servir d'un portable trouve instinctivement le bouton pour répondre quand il sonne.
Après tous les romans qui furent écrits sur le sujet, il n'est pas facile de le renouveler. Pourtant, l'auteur a réussi. Il adopte un schéma classique (le lecteur suit le personnage qui tente de retrouver son passé), mais le renouvelle de plusieurs manières. D'abord, l'amnésie de Christine n'est pas commune. Ensuite, l'auteur s'attarde davantage que d'autres romans sur les conséquences d'une perte de mémoire. Enfin, j'ai particulièrement aimé que Christine ne découvre pas qu'elle était parfaite. Dans ce genre de romans, soit le personnage est une victime, soit c'est un bourreau. Ici, Christine est une personne normale qui, à un moment, a été méprisable, a fait une bêtise, et s'en est aperçue... J'ai trouvé cela réaliste. On s'identifiera davantage aux personnages, de ce fait.
Un très bon livre, au suspense savamment dosé, dans lequel je n'ai trouvé aucune lenteur, où tout est bien écrit, bien expliqué, où rien n'est bâclé. (Mes petits reproches sont du pinaillage.) À lire absolument!!!
Remarque annexe:
Il y a des erreurs de syntaxe dans la traduction française. Par exemple: «Après m'avoir calmée en m'assurant que tout irait bien, et après m'avoir rendu mon sac, mes boucles d'oreilles et mon alliance, le docteur Nash et moi sommes allés à la cafétéria.» On dirait que c'est le docteur et Christine qui calment Christine et lui rendent ses affaires. Pour que la phrase soit juste, il aurait fallu écrire: «Après que le docteur Nash m'a calmée en m'assurant que tout irait bien, après qu'il m'a rendu mon sac, mes boucles d'oreilles et mon alliance, lui et moi sommes allés à la cafétéria.» C'est la plus grosse que j'ai repérée, mais il me semble qu'il y en a d'autres...
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Cadol.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'aime beaucoup la voix douce, voire apaisante de Françoise Cadol. Je la connais surtout parce qu'elle est la voix française d'Allison Dubois dans «Médium», série que je suivis assidûment. Comme je m'en doutais, elle a brillamment interprété ce roman. Elle est le personnage de Christine. Elle entre parfaitement dans sa peau. Je ne peux imaginer ce livre interprété par une autre comédienne.
D'autre part, elle ne surjoue jamais. Elle ne prend pas une horrible voix grave pour les rôles masculins, ce qui est, à mon avis, une très bonne chose. Contrairement à ce que pourraient penser certains, ce choix ne rend pas plat le jeu de la comédienne, il en renforce le naturel. Il est très dur de modifier sa voix sans tomber dans l'excès. Certains comédiens doivent cesser de penser que leur jeu sera sans saveur s'ils ne modifient pas leur voix.
Françoise Cadol ne prononce pas les mots anglophones avec un accent ridicule et exagéré. Elle met un peu l'accent pour dire «Crouch End» et «bacon» (par exemple), mais cela ne m'a pas écorché les oreilles. C'est parce qu'elle n'a pas exagéré.
Lorsque Christine lit la lettre de Ben et la fin de son journal, la comédienne adopte un ton entre deux: elle prend le ton que l'on a lorsqu'on lit très vite quelque chose (ce qui est le cas, ici, surtout lorsque Christine lit la fin de son journal), et elle met également le ton approprié: colère, détresse, etc. Je ne sais pas comment elle parvient à lire ainsi, c'est un tour de force!
J'espère que ce roman est le premier d'une longue série (de romans que j'aurai envie de lire) qu'elle enregistrera!


1
-58 lectures













