Romans policiers, thrillers, suspense

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jeudi, 23 février 2017

Sans feu ni lieu, de Fred Vargas.

Sans feu ni lieu

L'ouvrage:
Le tueur aux ciseaux a fait deux victimes. Louis Kehlweiler ne veut pas s'intéresser à cette affaire: il a dételé. Mais ses pensées l'y ramènent. Bientôt, il n'a plus le choix: la vieille Marthe lui demande de s'en mêler, car Clément Vauquer (qu'elle a presque élevé) est suspecté.

Critique:
J'ai la sensation de me répéter au fil des chroniques, mais je vais dire à nouveau que les intrigues de Fred Vargas ne seraient rien sans sa patte, sans les originalités dont sont parsemés ses romans. Ici, il y a (entre autres) le fait que la présence de Clément agace Louis et calme Marc, inversant les choses. On rira aussi de ce que la manière de parler de Clément semble contagieuse lorsque Marthe dit «par devers toi» sans vraiment s'en rendre compte, et que, plus tard, un autre personnage, pour plaisanter, emploie une autre formule propre au jeune homme. Dans les étrangetés, on trouvera le pari entre Louis et Pourchet concernant le mulet. Je faisais partie des ignares qui ignoraient la réponse à la question que se posait Pourchet. On trouvera également des raisonnements tirés par les cheveux, mais qui, finalement, se tiennent. Je pense surtout au napperon protège-fils.

Ensuite, il est plaisant de retrouver de bonnes vieilles habitudes. Ici, la baraque pourrie et ses cocasses habitants. Il m'a plu de retrouver le rite des coups de balai pour appeler l'un d'entre eux (ce qui évite, comme c'est expliqué à Louis, de s'égosiller). Il m'a plu de retrouver leurs loufoqueries, leurs disputes qui n'en sont pas vraiment, la façon de Lucien de s'exprimer par rapport à la première guerre. À un moment, ledit Lucien commet une bourde en toute conscience, et se met à la revendiquer. Il n'y a que sous la plume de Fred Vargas que cette scène pouvait être amusante.

L'intrigue est classique, mais elle ne m'a pas paru traîner, car elle est jalonnée de répliques amusantes, de scènes presque surréalistes, de ces drôleries dont je n'ai donné qu'un échantillon. De plus, tout se tient. Si les intrigues policières de Fred Vargas sont souvent classiques, elle ne se moque jamais de son lecteur, car rien n'est incohérent, les rebondissements sont vraisemblables. (Je mettrai un bémol pour «Dans les bois éternels» que j'ai moins aimé.) Ici, comme souvent, je n'ai rien deviné. Je pensais bien que le coupable désigné ne l'était pas, mais le doute qui plane parfois ne m'a pas dérangée.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Allard.
Comme d'habitude, le comédien a su se fondre dans le style de l'auteur, et rendre les répliques et les situations sans exagération, ce qui aurait tout gâché.

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lundi, 2 janvier 2017

Terminus Elicius, de Karine Giébel.

Terminus Elicius

L'ouvrage:
Jeanne est secrétaire au commissariat de police de Marseille. Habitant à Istres, elle prend le train pour aller au travail et en revenir. Elle s'assoit toujours à la même place. Un jour, elle y trouve une lettre qui lui est adressée. Elle apprend rapidement que l'homme qui lui écrit est celui que la police recherche. Il en est à son deuxième meurtre.

Critique:
Ce roman n'est pas mon préféré, mais il est dans l'esprit de Karine Giébel. Il m'a beaucoup plu. Au début, l'auteur présente Jeanne. On parvient facilement à l'imaginer. Enfermée dans sa timidité, se rassurant grâce à ses petites manies, s'effaçant au maximum... Dès la fin du premier chapitre, elle trouve la première lettre, et le lecteur partage ses tourments. On comprend très bien le dilemme de la jeune femme. Une part d'elle-même lui dit de dénoncer l'assassin, mais c'est le premier qui fait attention à elle, lui dit de gentilles choses, et il semble avoir souffert. Au long des lettres d'Elicius et des événements qui arrivent, on suit le cheminement de Jeanne. On entrevoit une blessure secrète qui n'a pu être digérée et qui fait encore des ravages. Ce personnage est très effacé, mais comme le lecteur est dans sa tête, il se rend compte de sa complexité, de sa sensibilité, et de sa lucidité, malgré tout.

J'ai très vite cru que la romancière ferait un retournement comme je les déteste, et qu'à la fin, nous découvririons que Jeanne est l'assassin, qu'elle souffre d'un dédoublement de personnalité. Karine Giébel s'arrange d'ailleurs pour qu'on le croie sans créer d'incohérences.

L'intrigue traîne un peu vers la moitié du roman, mais ce n'est pas très gênant parce que cela ne dure pas. Certaines découvertes sont bien placées. J'ai deviné une ou deux choses, mais rien ne m'a dérangée, car je n'aurais pas aimé que cela ne tourne pas ainsi. Il y a quand même un fait à propos duquel j'aurais aimé une explication. Le lecteur peut l'imaginer, mais j'aurais préféré qu'elle soit donnée par l'auteur. Sur ce point, la romancière a été un peu légère.

Comme souvent, l'auteur s'attache à montrer que le bourreau est plutôt une victime. Le pire est que sa démonstration est crédible. Au long du roman, on sent que l'assassin a souffert, et on ne parvient pas à lui en vouloir tant qu'on n'a pas toutes les données. Lorsque la solution est apportée, on se sent perdu et impuissant. Je sais que ce genre de choses (ce qui a fait que le meurtrier est une victime) est pratiqué, et malheureusement, je ne pense pas que Karine Giébel exagère beaucoup. Elle rend son histoire d'autant plus réaliste qu'elle puise dans des faits dont on sait qu'ils arrivent dans la vie de tous les jours.

Ce roman est le premier de Karine Giébel. Il ressort cette année aux éditions Belfond. Dans cette réédition, est ajoutée une nouvelle, apparemment écrite pour l'occasion: «Aurore». L'éditeur audio l'a incluse après le roman. Elle m'a également plu. Elle rejoint un peu le thème déclencheur des événements dans «Terminus Elicius». Là encore, cela met mal à l'aise, car nous savons tous que la situation d'Alban est assez répandue... Ce qui arrive à Aurore l'est également, mais dans l'absolu, elle est moins à plaindre qu'Alban.
Dans cette nouvelle, il y a un clin d'oeil à «Terminus Elicius». J'ai trouvé cela sympathique.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Micky Sebastian.
Micky Sebastian est une comédienne que je connais et apprécie depuis très longtemps pour ses doublages. Je trouve qu'elle a très bien interprété ce roman. À un moment, je me suis demandé pourquoi elle faisait cette voix à la fois grave, chuchotante et un peu cassée pour Elicius. Puis l'auteur explique que c'est ainsi que Jeanne se l'imagine. Cela m'a un peu surprise au début, mais ensuite, j'ai trouvé que cette voix plongeait davantage le lecteur dans cette ambiance sordide et collante.
Que Jeanne discute avec sa voix intérieure, qu'Esposito et Lepage parlent de l'enquête, la comédienne prend toujours une intonation appropriée, qui va bien à l'ambiance du roman.
Je me suis demandé pourquoi elle donnait un petit accent du Midi à Monique (j'ai aimé le fait qu'elle ne l'exagère pas), et j'ai compris en entendant Monique utiliser des mots comme «Peuchère». Outre que le roman se passe à Marseille, quelqu'un qui utilisera des mots «régionaux» le fera plutôt avec un accent.
La comédienne a su se fondre dans l'ambiance et la renforcer par son interprétation juste. J'espère qu'elle enregistrera d'autres livres qui me tenteront.

Pour information: la structure du livre est respectée.

Cliquez ici pour voir le livre audio et en écouter un extrait.

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jeudi, 22 décembre 2016

No one knows, de J. T. Ellison.

No one knows

L'ouvrage:
Voilà cinq ans que Josh Hamilton a disparu alors qu'il était à une fête avec sa femme, Aubrey. Il vient d'être officiellement déclaré mort.
Aubrey ne parvient pas à l'oublier. Son corps n'ayant pas été retrouvé, elle se prend à croire qu'il est vivant, d'autant que parfois, elle a l'impression de le voir. C'est d'ailleurs ce qui arrive, ce jour-là. La jeune femme s'aperçoit vite de son erreur. Quelques heures plus tard, elle retrouve l'inconnu qu'elle a pris pour Josh. Il l'invite à prendre un verre...

Critique:
Ce roman m'a d'abord plu. Le scénario de départ et la suite paraissaient un peu convenus, mais j'aimais bien l'héroïne. En outre, l'auteur a rendu son récit vivant grâce à des répliques, des personnages (comme Megan ou Tyler), et même des retours en arrière. D'habitude, je n'aime pas les retours en arrière. Ici, on pourrait les penser inutiles parce qu'ils racontent des choses qu'on sait déjà. Cependant, ils aident à mieux connaître les personnages, à les voir agir dans diverses situations...
Par ailleurs, si l'histoire d'amour peut sembler un peu rapide, l'auteur parvient à faire en sorte que ça passe.

Au bout d'un moment, mon engouement s'est teinté d'agacement. l'auteur traîne beaucoup quant à certaines révélations, et elle le fait avec de gros sabots. Par exemple, on change de sujet au lieu d'aborder ce qui importe, il y a une distraction, etc. Ensuite, plus j'ai avancé, plus l'agacement a pris le dessus. Puis, la fin a tout gâché pour moi. L'auteur a voulu trop en faire et a surenchéri dans le spectaculaire, quitte à créer des incohérences. J'ai commencé par en pardonner une: celle du sang dans la maison la nuit de la disparition de Josh. En effet, lorsqu'on apprend comment c'est arrivé, on se rend compte qu'il y a trop peu de sang pour qu'on puisse croire que la personne qui l'a versé est morte. J'ai aussi pardonné le fait que la police n'ait pas creusé toutes les pistes... mais ensuite... Je veux bien qu'un personnage puisse jouer la comédie, mais alors, l'auteur aurait dû le rendre plus neutre aux yeux du lecteur au long du roman.

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L'auteur a voulu créer un énorme retournement de situation en montrant qu'Aubrey avait trempé jusqu'au cou dans l'histoire. Cependant, elle aurait dû trouver un moyen pour ne pas que le lecteur soit dans les pensées de la jeune femme pendant le roman, car il y a fatalement des incohérences lorsqu'on découvre la vérité. Par exemple, il n'est pas logique qu'Aubrey n'évoque pas du tout le plan lorsque le narrateur omniscient est dans sa tête. Bien sûr, l'auteur tente de nous montrer ses zones d'ombre, mais ça ne cadre quand même pas avec ce qu'on apprend quand elle fait arrêter Josh. Cela nous montre une Aubrey trop différente. Il aurait fallu qu'elle soit plus nuancée au long du roman. En outre, je n'ai pas compris pourquoi elle est internée pendant deux ans. De deux choses l'une:soit elle est folle, et dans ce cas, il faut l'interner à vie; soit elle est froide et manipulatrice, et dans ce cas, elle mérite le même type de peine que Josh.
La toute fin est encore plus convenue que le reste. Chase a l'air d'un gros benêt, et on se croirait dans un mauvais film ou livre d'horreur où tous les coups sont déjà prévus par le spectateur intelligent.

À cause de la fin, les autres défauts, que je pardonnais au long de ma lecture, m'ont sauté aux yeux après que j'ai refermé le livre. Par exemple, Daisy peut paraître caricaturale. Elle déteste Aubrey et sa mère sans qu'on sache trop pourquoi. D'abord par snobisme, comme le dit Josh, ensuite parce qu'elle est extrêmement possessive envers son fils..
Certaines révélations (celle concernant Daisy, par exemple) sont à peu près passées, mais ajoutées au gâchis de la fin, elles passent moins.

Quant aux autres personnages, je ne sais pas trop quoi en penser... Au final, aucun ne me plaît. L'auteur a trop voulu brouiller les cartes et a fini par les rendre inconsistants (sauf Tyler), à trop vouloir impressionner le lecteur.

Certains critiques comparent ce livre à «La fille du train». À mon avis, il ne faut pas les écouter. Le roman de Paula Hawkins est cohérent, l'auteur fait des révélations en faisant en sorte de les préparer, en montrant des personnages qui se tiennent. Dans «No one knows», c'est le contraire. Au départ, les choses semblent cohérentes, les personnages ne semblent pas aussi fouillés que ceux de Paula Hawkins, mais on les comprend... et la fin détruit tout.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Teri Schnaubelt et Nick Podehl pour les éditions Brilliance audio.
J'ai beaucoup apprécié les lecteurs. Ils mettent le ton approprié, ne cabotinent pas... Je les réentendrai avec plaisir. Espérons que ce sera dans un livre qui me plaira.

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lundi, 5 décembre 2016

Ennemie intime, de Christine Drews.

Ennemie intime

L'ouvrage:
Kathrin et Thomas viennent d'emménager. Un jour, en emmenant Leo (leur fils de trois ans) au jardin d'enfants, Kathrin rencontre Tanja, la mère de Ben, grand ami de Leo. Les deux jeunes femmes sympathisent très vite. Kathrin ne sait pas que son cauchemar est sur le point de commencer.

Critique:
Si vous lisez la quatrième de couverture, vous risquez d'être un peu déroutés car ce qui y est décrit n'arrive qu'au chapitre 5. Christine Drews prend le temps de planter le décor, de présenter ses personnages. C'est une bonne chose, mais si on se fie à la quatrième de couverture, on s'attend à lire très vite ce qui y est décrit.

Ce qui démarque ce roman de beaucoup de ses congénères, c'est qu'il n'est pas manichéen. Bien sûr, il y a une personne dont le lecteur souhaite voir la méchanceté punie, mais lorsqu'on apprend son histoire, on éprouve forcément de la compassion. Cela ne veut en aucun cas dire qu'une personne qui souffre doit se mettre à faire le mal autour d'elle pour se venger. Christine Drews pointe du doigt les défaillances d'un système, nous en laisse entrevoir la dureté, le côté implacable.

D'autre part, l'auteur exploite le fait que beaucoup de gens ont une part d'ombre, ont des squelettes dans leurs placards... Cela a déjà été fait, mais ici, j'ai trouvé que c'était particulièrement bien traité, parce que j'ai ressenti la détresse de certains personnages, les limites d'autres, etc. Malheureusement, le fait de s'attarder sur certains d'entre eux engendre des lenteurs. Par exemple, l'histoire de Charlotte est intéressante, mais l'auteur traîne trop avant de révéler ce qui lui est exactement arrivé. Elle en dévoile un peu, puis encore un peu... C'est une ficelle assez utilisée dans ce genre de romans, et elle peut donner lieu à des scènes pleines de tension. Ici, par exemple, on a les cauchemars de Charlotte et la scène où son collègue et elle découvrent «quelqu'un» dans la maison abandonnée... Cependant, j'ai trouvé que c'était un peu trop lent... C'est un peu le même cas de figure s'agissant des atermoiements de Kathrin qui soupçonne son mari de ceci et de cela... Certes, je ne dois pas oublier que Kathrin est au paroxysme de la douleur et que, dans ce cas, on a du mal à réfléchir convenablement...

Quelques passages nous font partager les pensées du personnage «méchant». En général, je n'aime pas lorsque les auteurs font cela, car ils s'attardent trop sur ces passages. Ici, j'ai trouvé cela bien placé et pas trop long. Le prologue m'a quand même paru inutile, car l'auteur met une pensée dans la tête de son personnage afin de nous faire croire quelque chose, et je ne trouve pas cela très honnête... Je comprends dans quel sens le personnage a pensé cela, mais c'est une inexactitude que l'auteur a placée là à dessein. On me dira qu'encore une fois, je pinaille. Il est vrai que cela n'a pas gâché ma lecture.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe de Posson pour la Ligue Braille.
Le lecteur a mis le ton approprié, sans être trop sobre. En outre, sa voix est sympathique.

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jeudi, 24 novembre 2016

Hortense, de jacques Expert

Hortense

L'ouvrage:
2015. Voilà vingt-deux ans qu'Hortense Delalande, deux ans et demi à l'époque, a été enlevée à sa mère, Sophie. Le ravisseur est le père de l'enfant: Sylvain Dufaillet. Sophie a tout fait pour retrouver Hortense. À présent, elle mène une vie terne et monotone. Un jour, dans la rue, une jeune femme la bouscule par inadvertance. Sophie est persuadée de reconnaître Hortense. Elle décide de suivre la jeune femme (qui, apprend-elle, s'appelle Emmanuelle) et de tenter de vérifier ses soupçons.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman parce que la fin m'a déçue. Jacques Expert a construit un livre qui m'a rappelé certains romans de Sebastian Fitzek. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose, mais je dis ça pour expliquer que pour moi, il a pris le même genre de risques que Fitzek.

Le roman est à plusieurs voix. Certains chapitres sont racontés par Sophie, d'autres par Emmanuelle. À cela s'ajoutent les dépositions de personnes qui furent concernées, de près ou de loin, par l'affaire. Cela m'a plu parce qu'on a différents points de vue. Chacun voit les choses avec ses paramètres, son vécu, sa connaissance des autres personnes impliquées, son interprétation des événements. C'est intéressant, bien construit, et chaque point de vue se défend. Je pense surtout aux témoignages de ceux qui côtoyèrent Sophie (amis, police, juges), pendant sa quête.

Pour moi, l'auteur parvient à faire douter son lecteur jusqu'à la fin sur l'identité de la jeune femme: c'est une bonne chose. On n'a que la certitude de Sophie, et outre le fait que ses propos laissent parfois transparaître une certaine instabilité bien compréhensible, on sait que celui qui veut voir quelque chose le verra forcément. Donc, on garde toujours à l'esprit que même si elle est de bonne foi, Sophie est partiale, souhaitant de toutes ses forces retrouver sa fille. Ensuite, les «coïncidences» que crée l'auteur peuvent paraître des preuves, mais lorsqu'on les examine de près, elles ne prouvent rien, car elles sont trop minces. Emmanuelle aime le poulet grillé: comme beaucoup de monde. Le prénom de l'amie de son père nous fera faire la même association que Sophie, mais c'est un prénom courant. Il y a aussi la réaction du père d'Emmanuelle quand il découvre que sa fille fréquente beaucoup Sophie... Ce ne sont pas les seuls éléments. Ces «coïncidences» sont habilement trouvées et placées. De plus, il est intéressant de les expliquer soit par le fait qu'Emmanuelle est Hortense, soit comme des hasards.
Je regrette que lorsque c'est Emmanuelle qui raconte, les chapitres soient intitulés «Hortense». Que la jeune femme soit Hortense ou non, l'auteur aurait dû nommer ces chapitres du prénom qu'elle se donne à ce moment-là, comme le fait Helen Klein Ross dans «What was mine». Ce qui compte, c'est ce que pense la jeune femme au moment où elle raconte. Était-ce une subtilité pour pousser l'inconscient du lecteur à pencher pour une solution plutôt qu'une autre?

Le romancier fait un peu la même chose concernant Sophie. Il nous montre un personnage tourmenté, emporté, aux idées tranchées... Certes, mais c'est son caractère. On peut la blâmer d'envoyer tout le monde au diable quand elle trouve que l'enquête n'avance pas, mais on peut aussi penser que c'est une mère, et sa réaction se comprend.

D'autre part, l'auteur emploie certaines ficelles un peu grosses, notamment dans la structure du récit. Il est normal, voire indispensable, que Sophie raconte ce qui lui est arrivé par le menu, mais pourquoi insérer des retours en arrière? Le récit commence alors que Sophie pense reconnaître Hortense, puis il y a des retours en arrière. La réponse est simple: il faut appâter le lecteur. Pour ma part, j'aurais préféré un récit chronologique, avec certains retours en arrière (par exemple, ceux à propos de la vie de Sophie et Hortense lorsqu'elles étaient ensemble), mais plus tard. Bien sûr, un début chronologique appâterait moins le lecteur, mais je pense que je l'aurais davantage apprécié, ignorant où l'auteur voulait aller. Ici, je voyais bien que c'était pour nous faire un peu mariner, même si les retours en arrière sont intéressants. D'ailleurs, à un moment, les choses semblent un peu figées, on n'avance pas, Sophie hésite, etc. Cela m'a un peu agacée.

Quant à la fin, elle est brutale et rapide. J'ai compris l'écrivain, il voulait donner une forte impression, et en dire le moins possible. Certes, mais cela fait qu'il laisse certaines questions sans réponses.

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Comment Sophie a-t-elle pu mettre l'enlèvement d'Hortense en scène? Comment se fait-il qu'on n'ait jamais retrouvé Sylvain? Cette question est en partie expliquée, mais je ne suis qu'à moitié convaincue. Pourquoi la police n'a-t-elle jamais trouvé le cadavre d'Hortense? Sans forcément enquêter sur Sophie, ils auraient dû entrer dans la chambre pour prendre des empreintes, etc. Même si Sophie cachait le cadavre pour les laisser opérer, il y aurait eu des traces... Pourquoi Sophie a-t-elle tué sa fille? Sûrement parce qu'elle a piqué une colère qui a mal tourné, mais j'aurais voulu en savoir plus. D'autre part, à un moment, j'ai envisagé ce qu'on découvre à la fin, surtout parce que Sophie insiste sur le fait qu'elle ne comprend pas son imprudence: elle a ouvert la porte, ce soir-là, alors qu'elle savait qu'elle n'aurait pas dû, puisqu'elle était menacée par Sylvain. Mais j'ai pensé que l'auteur n'avait pas pu faire cela, car c'était trop gros, et qu'il aurait trop d'explications à donner, puis j'ai pensé que s'il l'avait fait, il donnerait ces explications.

C'est toutes ces questions sans réponses qui, pour moi, rendent le tout bancal. En fait, la majorité du récit me paraît bonne, malgré les petites aspérités évoquées, mais j'ai la sensation que Jacques Expert a souhaité trop en faire, et s'est lancé un défi qu'il n'a pas tout à fait relevé. Il louvoyait dans des eaux troubles: il fallait que cela reste vraisemblable, qu'il y ait des indices trompeurs, mais qu'ils ne court-circuitent pas trop les choses, qu'il y ait aussi des indices orientant vers la vérité... J'ai la sensation que le tout ne tient pas très bien, que c'est un peu branlant. Je recommande tout de même ce roman pour les points de vue intéressants, et le doute qui subsiste jusqu'à la fin.

Remarque annexe:
Il y a une minuscule incohérence qui vient sûrement d'un manque de relecture. Emmanuelle dit que sa mère s'appelait Nathalie, puis plus tard, elle dit qu'elle s'appelait Pauline.

Service presse des éditions Audible FR, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anouk Adrien.
Je connais très peu cette comédienne: je l'ai entendue une fois audiodécrire un film. Sa voix est agréable. Elle a pris le parti de la modifier un peu selon que Sophie ou Emmanuelle parlait. Elle change le timbre, mais en plus, sa voix est empreinte d'enjouement pour Emmanuelle, et d'austérité pour Sophie. J'ai apprécié cela. Parfois, elle en fait peut-être un peu trop, mais cela peut se défendre. Par exemple, lorsque Sophie évoque ses années de bonheur avec Hortense, elle est passionnée, il est donc normal que la lectrice le montre. Ici, j'ai trouvé cela un peu mièvre, mais c'était peut-être voulu, connaissant Sophie.
À un moment, Emmanuelle fredonne «Aujourd'hui peut-être», de Fernand Sardou. J'ai trouvé dommage que la comédienne chante un air inexact.

J'ai été déçue de constater que la structure du livre n'était pas respectée. Il y a neuf pistes pour plus de cinquante chapitres.

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