Conduite en état Livresque

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(...) j'apprécie toujours les épouses de mes amants. Ce sont elles qui ne m'aiment pas beaucoup.
Patricia Wentworth dans "Le châle chinois".

lundi 17 mars 2008

lundi
17
mars 2008

Pourquoi j'ai construit une maison carrée, de Jean Guilaine.

Pourquoi j'ai construit une maison carrée

L'ouvrage:
Huitième millénaire avant notre ère.
Cando habite sur l'île aux pierres vertes avec sa femme et ses trois enfants. Les enfants demandent souvent à leur père de leur raconter des histoires. Ils aimeraient aussi qu'il leur dise ce qu'il faisait quand il avait leur âge. Cando est réticent: certains souvenirs sont heureux, mais d'autres sont douloureux. C'est normal.
Un jour, il se résout à raconter: la communauté dans laquelle il vivait, ses parents, le chef, le vieux Golluk qui refuse l'évolution, et qui ponctue ses phrases de «arcacum«.

Critique:
A ceux qui critiqueraient l'auteur et diraient qu'il a fait un livre fourmillant d'anachronismes, je répondrais que Jean Guilaine explique dans l'avant-propos qu'il l'a fait exprès. Son but était d'écrire un roman historique qui serait avant tout un divertissement, donc agréable à lire, et non truffé de jargon savant. En outre, l'humour est souvent de mise. L'auteur explique que si on veut, on peut le prendre autrement, mais que lui a écrit ce livre sur un ton humoristique. Effectivement, certaines situations sont amusantes: le mystère du blé qui disparaît, la façon de Golluk de tout ramener aux ancêtres et de dire «arcacum», la façon dont Ménil s'obstine à chercher comment obtenir des récipients en argile qui ne se craquellent pas, la façon dont les cousins se moquent de la communauté de Cando qui s'habille à l'ancienne, la fois où Cando se met à apprécier les ancêtres car ils sont favorables à son mariage, l'ambition d'Aladin quant à «son« mariage, etc.
Mais ces passages humoristiques sont l'illustration de ce que l'évolution entraîne. On sourit (sans mauvais jeu de mots) lorsque les habitants de la communauté sont confrontés au mystère du blé qui disparaît, mais l'élucidation de l'énigme montre une effroyable réalité cause de cette évolution. On trouve amusante la façon de Golluk de râler après l'évolution, de dire que "c'était mieux avant", mais l'attitude de Golluk est compréhensible: il pense que les choses sont bien comme ça, pourquoi les changer? Cet humour cache donc une certaine gravité. A un moment, Cando regarde ce qu'a fait le changement. Il en voit les côtés négatifs et les côtés positifs. Il se demande alors si le changement est positif ou négatif. Il en arrive à la conclusion que certaines choses sont bénéfiques et d'autres non. C'est le propre de beaucoup de situation. Le lecteur pressent tout cela, mais le fait que Cando y réfléchisse remet les choses en place.

Les attitudes décrites sont terriblement modernes. Certains sont pour le changement, d'autres sont pour rester comme avant, d'autres veulent le pouvoir, il y a des guerres de religion, à vouloir maîtriser la nature, on se fait rappeler à l'ordre par cette même nature.

J'ai été un peu déçue par quelque chose à la fin. Les choses évoluent, et la communauté de Cando ne va pas forcément vers le positif. L'un des personnages est désabusé, désappointé. J'aurais aimé que ce personnage partît avec Cando. J'aurais trouvé cela logique. Pourquoi Cando ne le lui a-t-il pas proposé?

C'est un livre agréable à lire, même si on s'ennuie un peu à certains moments. Il fais rire, fait réfléchir. Les personnages sont attachants, même si certains sont un peu caricaturaux: le conservateur, le progressiste, celui qui veut le pouvoir... Malgré ces clichés, le contraste entre Ménil et Golluk est intéressant.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi 21 janvier 2008

lundi
21
janvier 2008

Les sabots de Paris, de Georges Coulonges.

Les sabots de Paris

L'ouvrage:
1842.
Sylvestre-Marcelin Chabrol, maçon, quitte sa Creuse natale pour aller trouver du travail à Paris. Il est gai, plein d'espoir, prêt à travailler de toutes ses forces pour aider sa famille.
Anne (dite Nanette) quitte sa Normandie natale pour chercher une place de domestique à Paris. Elle espère trouver une bonne place, et pouvoir aider sa famille nombreuse.
Aux portes de Paris, Sylvestre et Nanette vont se rencontrer brièvement. Puis chacun ira son chemin. C'est plus tard qu'ils se reverront, se souviendront l'un de l'autre, et feront plus ample connaissance. Ils sont tous deux perdus dans cette grande ville, bruyante, fourmillante. C'est ce qui va les rapprocher.

Critique:
Ce roman est très agréable à lire. L'auteur dépeint excellemment les décors, l'ambiance de la ville de Paris à cette époque. J'ai été totalement immergée dans l'histoire et dans son décor. Par le récit de scènes du quotidien de la vie de gens humbles et vrais, par des détails, l'auteur tisse savamment son histoire, et le lecteur est pris, captivé, immergé dedans.
Le mépris de certains maîtres envers leurs domestiques (madame Guérin n'hésite pas à renvoyer Nanette pour une peccadille, et ne parlons pas des avis méprisants de madame Limo-Maynard (je n'ai pas l'orthographe exacte du nom)), la précarité de la vie pour les petites gens, certaines croyances idiotes (les étrangers à la ville porteurs de microbes), les barrières de la langue (on n'hésitait pas à se moquer de ceux qui parlaient le patois de leur région), tout cela se retrouve dans ce roman.

Quant à l'intrigue, Georges Coulonges a su la construire aussi bien qu'il a su planter le décor. On vibre avec Sylvestre et Nanette. On partage leurs bonheurs et leurs tristesses.
On comprend le dilemme de Sylvestre quant à Nanette et à Angèle. On le voit se débattre pris au piège de ses sentiments.
Et Nanette, ce petit oiseau fragile: les épreuves se chargent de la piétiner, de lui voler sa pureté. C'est bien sûr elle, mon personnage préféré. Elle lutte, elle se bat pour survivre, elle a foi en son amour, elle réussit à le préserver malgré tout. Elle ne peut qu'attirer la sympathie du lecteur. Elle pourrait paraître un peu gourde, mais au fur et à mesure du livre, elle nous apparaît seulement timide, et ayant envie de bien faire.

Quant à la fin... Il fallait bien qu'il y eût une fin. Il fallait bien que cette situation inextricable se dénouât d'une manière ou d'une autre. Puisque les hommes n'ont pas su la résoudre, la vie s'en est chargée. Tant qu'à faire j'avoue que j'aurais préféré que le contraire se passât. Pourquoi l'auteur a-t-il préféré sacrifier tel personnage plutôt que tel autre? Je ne pense pas que ce soit un message qui veuille dire que celui qui a péché mourra par là où il a péché. Cela pourrait, mais honnêtement, je ne le pense pas.
Une question reste après cette fin. Que va-t-il advenir de Marceline? Il aurait sûrement été délicat que Sylvestre la ramenât chez lui, mais je pense que cela aurait été préférable...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi 18 juin 2007

lundi
18
juin 2007

Suite française, d'Irène Némirovsky.

Suite française

Note préalable: Je n'ai vraiment pas fait exprès de poster cette critique le 18 juin. Je trouve, néanmoins, cette coïncidence amusante!

L'ouvrage:
1940. C'est la débâcle. La guerre a éclaté, les français ont peur d'être envahis, et ne savent plus quoi faire. Ils décident de fuir vers des endroits plus sécurisés. La fuite n'est pas organisée, on se débrouille comme on peut. On fait des rencontres heureuses ou non. Parmi les fuyards, nous découvrons la famille Perricant, l'écrivain Gabriel Cort, Charles, et quelques autres.

Critique:
Certains connaissent peut-être l'histoire de ce roman, et celle de son auteur. C'est une belle et triste histoire. Si vous ne la connaissez pas, elle est relatée dans la préface de l'ouvrage.

Il y a certains livres qui sont si bien écrits, dont l'histoire est si juste, qui montrent que l'écrivain a un regard extrêmement lucide sur sa société, qu'on a peur de les entacher par des critiques. J'ai donc peur que ma critique ne soit pas à la hauteur de cet excellent ouvrage.
Après un tel début, vous comprendrez que je recommande absolument ce roman. Il est composé de deux livres: «Tempête en juin« et «Dolce«.

A travers des exemples pris dans différentes classe sociales, Irène Némirovsky nous présente des hommes qui sont le plus souvent abjects. Dans "Tempête en juin", Gabriel, par exemple, a un caractère méprisable. En temps de guerre, il ne comprend pas qu'il devrait peut-être mettre sa vanité de côté. Tout lui est dû, il ne prend pas la mesure de ce qui se passe, il regarde son nombril.
Au début du roman, madame Perricant se vante,en pensée, d'être une brave femme. Lorsqu'elle est confrontée à la guerre et à ses privations, tout son vernis s'en va, et nous découvrons ce que nous soupçonnions: une femme à l'esprit étriqué, bien contente de sa petite personne, ne pensant qu'à elle.
Bien sûr, en temps de guerre, chacun aura tendance à essayer de se préserver ainsi que les siens. Mais les deux personnes dont je parle ici sont assez représentatives du pire. Et ne parlons pas de Charles!

D'un autre côté, les Michaud s'illustrent par leur intégrité. Ils vivent une rude période, ils sont inquiets pour leur fils, rudoyés par leur employeur. Tout cela les soude davantage. Ils restent justes, ne se transforment pas en rapaces.

Dans le second livre, ("Dolce"), Irène Némirovsky s'emploie à nous montrer la société française aux mains de l'occupant. Là encore, nous avons un éventail de réactions, un échantillon de petites histoires dans la grande. Les allemands sont les bourreaux, donc, on ne les aime pas. Mais certains français trouvent que ceux qui habitent chez eux sont courtois. C'est là que les histoires des personnes décrites par la romancière les font agir d'une manière, leur font ressentir telle chose. Par exemple, Benoît n'aime pas l'officier qui habite chez lui. Il ne l'aime pas parce que c'est un occupant, mais surtout parce qu'il ressemble, par son élégance et sa finesse, à l'homme de qui sa femme, Madeleine, est amoureuse.
Lucile vit une histoire platonique avec l'officier qui occupe sa maison. Mais c'est surtout parce qu'elle n'a jamais reçu d'amour de son mari.
Les sentiments de ces personnes ne sont pas simplifiés. Il faut prendre le contexte, les circonstances en compte. Il n'y a pas de manichéisme. Bien sûr, on déteste l'occupant. Mais certains, à cause de leur histoire, et aussi parce qu'ils réfléchissent, ne peuvent se défendre d'une certaine sympathie à l'égard de quelques allemands.

Je suis très loin d'avoir évoqué tous les exemples dont j'aurais voulu parler, mais ma critique serait trop longue, si je me mettais à développer autre chose. J'espère que ma critique n'est pas trop fade par rapport à ce chef d'oeuvre, écrit par une femme extrêmement clairvoyante. Irène Némirovsky vécut jusqu'en 1942, et elle eut le temps d'analyser sa société en temps de guerre, et d'en décrire les aspects les plus complexes. A mon avis, cette dame est l'un des grands esprits du vingtième siècle.

Je vous conseille la version audio éditée par Livrior, d'abord parce que la lectrice, Valérie Charpinet, interprète très bien le roman, et ensuite, parce qu'on peut y entendre la voix d'Irène Némirovsky. Au début, il y a l'extrait d'une interview d'elle.

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lundi 9 octobre 2006

lundi
9
octobre 2006

Ils n'étaient pas frères, et pourtant... Albanie 1943-1944, de Neshat Tozaj.

Ils n'étaient pas frères et pourtant... Aujourd'hui, la critique n'est pas de moi, mais de Claire.
J'ai tenu à publier sa critique, car elle fait surgir un pan de l'histoire trop facilement oublié.

Claire tient à disposition de ceux qui seraient intéressés un grand nombre de documents et de témoignages inhérents à ce sujet.
Voici son adresse e-mail (écrite de manière à éviter le spam):
c l a i r o u c h e 5 6 ( « a r o b a s e « ) y a h o o ( « p o i n t « ) f r
(Enlevez les espaces, les guillemets, les parenthèses, remplacez le mot arobase par un @, et le mot point par un . .)

HISTOIRE DE LA COMMUNAUTE JUIVE PROTEGEE EN ALBANIE SOUS L'OCCUPATION NAZIE.

Ils n'étaient pas frères et pourtant... Albanie 1943-1944, de Neshat TOZAJ.
Editions: La Société des Ecrivains. (S.d.E)
ISBN: 2748016998
2004
238 pages

PRESENTATION DE L'OUVRAGE:

UNE HISTOIRE MECONNUE

Dans son ouvrage « Ils n’étaient pas frères et pourtant… » Albanie 1943-1944 Neshat Tozaj décrit la communauté juive présente en Albanie depuis plusieurs siècles ainsi que les juifs d’autres pays accueillis au temps de la seconde guerre mondiale et qui furent épargnés car cachés et protégés. « Shalom » le titre original de l’ouvrage paru en Albanie a été modifié à l’usage des lecteurs français car l'auteur souhaitait toucher ces derniers dans leur diversité. C’est avec une approche différente de ce qu’on a l’habitude de lire, d’entendre ou de voir dans la plupart des documentaires que l’auteur aborde cette période. La communauté juive n’y est pas seulement dépeinte en tant que communauté persécutée mais aussi en tant que communauté albanaise vivant parmi d’autres Albanais, unis dans le même combat mené contre le nazisme et le fascisme. Combat livré pour protéger la vie, la dignité humaine, les biens de chacun et la richesse culturelle.

L’engagement commun dans cette lutte et l’amitié poussée jusqu’au sacrifice ultime de la part d’Albanais non juifs afin d’épargner leurs frères ou leurs hôtes constituent sans doute dans l’histoire un exemple quasi unique et particulièrement original. Ce roman très largement inspiré de faits authentiques est l’occasion de rendre hommage à un petit peuple oublié de tous qui ne fit qu’accomplir son devoir en des temps de barbarie. La publication de ce livre, outre le point d’histoire qu’il révèle, me semble essentielle et salutaire à bon nombre de français, à commencer par les plus jeunes, de toute origine, confession, ou autre appartenance philosophique. En effet, à notre époque où les problèmes de racisme, d’anti-sémitisme ou de communautarisme exacerbé sont à l’ordre du jour, cet ouvrage apporte un éclairage fort réconfortant. « Ils n’étaient pas frères et pourtant… » est aussi un message d’espoir et d’encouragement. Le livre de Neshat Tozaj volontairement rédigé sous forme de roman, l’homme est en effet avant tout écrivain et journaliste, est donc l’occasion d’approcher la résistance albanaise et de prendre connaissance de l’accueil particulièrement bienveillant réservé par le peuple albanais à la communauté juive en cette période dramatique.

J’ajoute que pour approfondir l’approche de la période décrite dans le roman de N. Tozaj, j’ai eu accès au remarquable ouvrage du Professeur Apostol Kotani, historien et très jeune résistant à l’époque : « The Hebrews in Albania during the centuries ». Cet ouvrage retrace l’histoire des Albanais juifs implantés dans le pays depuis l’antiquité et surtout nous permet de découvrir qu’en Albanie la communauté juive fut épargnée pendant la seconde guerre mondiale. M. Kotani a rassemblé au cours de longues années de recherche de nombreux témoignages poignants de survivants albanais juifs de souche ou réfugiés qui tous expriment leur reconnaissance éternelle envers ce « petit » pays qui sut honorer sa tradition du « Besa » : le partage du pain, du sel et du cœur avec quiconque se trouve dans la détresse, étranger, hôte ou semblable en terre albanaise. C’est spontanément que des survivants (qui pour beaucoup ont émigré après guerre en Israël ou aux Etats Unis) collaborèrent à l’ouvrage et tous y attestent qu’aucun juif n’a été déporté en Albanie sous occupation nazie et fasciste. Le discours de Monsieur l’Ambassadeur d’Albanie en France, Monsieur Ferit Hoxha, lors de la cérémonie organisée à l’occasion de la parution du livre en France « Ils n’étaient pas frères et pourtant… » Albanie 1943-1944, n’a du reste pas manqué de souligner que son pays était le seul Etat d’Europe où la population juive avait augmenté à la fin de la deuxième guerre mondiale. Messieurs Avner Shalev et Ismaïl Kadaré, entre autres personnalités, ont d'ailleurs déclaré en maintes occasions que le chiffre des personnes ayant trouvé refuge en Albanie par rapport à la population juive initiale du pays devait sans aucun doute être multiplié par dix. A souligner, toujours selon les déclarations de M. Avner Shalev, quau moins 2000 Yougoslaves juifs furent accueillis et cachés en Albanie sans parler de la communauté grecque et autrichienne... Tel fut le cas par exemple du Professeur Albert Einstein dont la première épouse était yougoslave.

Je précise que ces informations concernent l’Albanie définie dans ses frontières. Précisions dimportance car les rafles opérées à Pristina, Kosovo, malgré lattitude exemplaire de sa population et des autorités locales, ont parfois été imputées à l'Albanie en raison de l'annexion très éphémère effectuée par Mussolini et les nazis du Kosovo à l'Albanie.

"Ils n'étaient pas frères et pourtant...Albanie 1943-1944" se réfère directement à plusieurs événements authentiques que l'auteur a préféré nous présenter sous forme de roman avec bien entendu une part de fiction afin de s'adresser à un public qui ne soit pas uniquement composé d'historiens, d'universitaires ou de spécialistes des Balkans. L'homme en effet, avant tout écrivain, a toujours choisi ce mode d'écriture pour nous initier à l'histoire de son pays et en révéler des facettes inexplorées ou méconnues. Tel fut le cas du roman intitulé "Les couteaux" (préface de M. Ismaïl Kadaré) qui lors de sa publication fit l'effet d'une bombe et nous en apprit bien davantage sur les exactions commises par le Sigurimi que bien d'autres modes d'expression. "Les couteaux" paru chez Denoël en 1991 fut en son temps salué par l'ensemble de la communauté internationale et Neshat Tozaj est considéré par bon nombre d'observateurs, y compris par La Maison Blanche, comme l'un des principaux acteurs à l'origine de l'amorce de démocratie en Albanie.

Le sujet évoqué par Neshat Tozaj fit l'objet de plusieurs études en Italie, aux États Unis et outre-Manche notamment de la part des Professeurs Michele Sarfatti, Giovanni Armillotta, Lino Sciarra, Bernd Fisher et de Messieurs Stephen Schwartz, Jack Goldfarb et Harvey Sarner sans parler de Madame Antonia Young en Grande Bretagne. Cette page d'histoire fut également abordée en France par Messieurs Claude Wainstain et Meïr Waintrater mais à ce jour aucune étude approfondie n'y fut réellement consacrée.

Un dossier dédié au sujet mériterait d'ailleurs d'être publié en France à l'initiative d'historiens, de spécialistes du sauvetage des juifs en Europe occupée sous les nazis, d'associations d'anciens Résistants, de journalistes spécialistes de la Seconde Guerre Mondiale… Dossier auquel collaboreraient sans doute volontiers, à condition naturellement d'y être invités, l'écrivain M. Ismaïl Kadaré, Monsieur Alfred Moisiu, Président de la République d'Albanie très au fait du sujet dont les grands parents, ai-je lu à plusieurs reprises, information à vérifier, étaient albanais juifs, Monsieur Ferit Hoxha, Ambassadeur d'Albanie en France, M. Shaban Sinani, Directeur des Archives Nationales, M. Refif Veseli, Président de l'Albanian-IsraeI Friendship Society, le Professeur Artan Fuga, Son Excellence M. Mark Sofer, le Dr. Mordecai Paldiel, M. le Président Avner Shalev, le Dr. Anna Kohen, autres historiens, universitaires et théologiens sans oublier le remarquable Professeur Kotani. Professeur aujourd'hui très âgé qui essaie avec moult difficultés financières de faire paraître une deuxième édition de son ouvrage "The Hebrews in Albania during the centuries".

C’est naturellement à titre bénévole et amical que j’entreprends cette «campagne d’information». Si le sujet de cet ouvrage me tient tant à cœur c’est que je suis issue d’une famille d’enseignants composée de catholiques, de protestants, de juifs ou "d’athées totaux " aux nationalités également fort variées qui tous s’attachent depuis toujours à respecter les différences et à rassembler. L’ouvrage nous apprend et nous démontre en effet que cela fut possible en terre isolée, multiculturelle et multiconfessionnelle.

A noter par ailleurs la dernière oeuvre photographique et documentaire de Monsieur Norman Gershman consacrée aux nombreux Albanais du Kosovo, de Macédoine et du Monténégro qui aidèrent des juifs à franchir les frontières de l'Albanie. M. Gershman ayant travaillé avec l'Association The Albanian American Civic League et sa Fondation, tout juste de retour d'un voyage au Kosovo et au Monténégro, a photographié tous les Albanais ou leurs descendants qui ont sauvé des juifs pendant l'Holocauste et recueilli leurs témoignages. L'intégralité de son œuvre, dédiée à ce sujet, sera présentée à l'Institut Yad Vashem en 2007.

Sont accessibles sur Internet parmi D'autres ressources à disposition:

-Le discours de Monsieur Alfred Moisiu, Président de la République d'Albanie, prononcé à Oxford le 9/11/2005:
The Lecture of President Moisiu at the Oxford Forum

-Un article écrit par Madame Cloyes-DioGuardi, politologue et Executive Director de l'American Albanian Foundation:
"JEWISH SURVIVAL IN ALBANIA AND THE ETHICS OF BESA" Congress Monthly publication. January/february 2006.

Article disponible sur le site: www.Simbadi.com
Rubrique: Liens Préférés: " Jewish in Albania"

-La vidéo et l'enregistrement (extraits) d'un discours prononcé par le Sénateur Charles Schumer à l'occasion d'une soirée organisée par l'Albanian American Civic League le 10 mars 2006:
Senator Charles Schumer's address at the ALBANIAN AMERICAN Civic Leagues historic dinner.

-La résolution présentée au sénat des Etats-Unis par Messieurs les Sénateurs Charles Schumer et John McCain le 27 juin 2006.

lundi 27 février 2006

lundi
27
février 2006

La vingtième épouse, d'Indu Sundaresan.

La vingtième épouse L'ouvrage:
En 1577, Ghias, fils du vizir de Perse, est condamné à s'exiler de son pays, avec sa famille, à la mort de son père. Sa femme, Asmat, ses trois enfants et lui, partent sur les routes, et sont recueillis par des caravaniers. Seulement, la petite troupe est attaquée et dépouillée. C'est à ce moment qu'Asmat accouche de son quatrième enfant. Cette petite fille, née dans le dénuement total, Asmat veut l'appeler Mehrunnisa, ce qui signifie Soleil des femmes.

Cette naissance sera un bon présage pour Ghias et Asmat. En effet, c'est après cette naissance qu'ils rencontrent Massoud, un marchand qui propose de les emmener en Hindoustan, et de présenter Ghias à l'empereur Akbar.
Quelque temps après que le marchand les a pris sous son aile, Ghias décide d'abandonner Mehrunnisa. Asmat ne peut plus la nourrir, ils n'ont plus d'argent... L'enfant risque de mourir d'inanition. Ghias pense que quelqu'un la trouvera, et s'en occupera bien. En effet, c'est Massoud qui la trouve. Et c'est cet homme infiniment bon qui la rend à ses parents, et trouve le moyen de pallier leur manque d'argent, en faisant passer cela pour une dette de sa part.

En Hindoustan, la famille commence une nouvelle vie. A huit ans, Mehrunnisa rencontrera le prince Salim, fils de l'empereur Akbar. A ce moment, elle décide qu'elle l'épousera.

Critique:
La romancière précise que cette histoire est largement inspirée des faits. C'est donc une biographie très romancée. Indu Sundaresan a souhaité écrire sur Mehrunnisa, car elle a été intriguée de voir que cette femme, vingtième épouse du prince Salim, devenu l'empereur Jahangir, a semblé avoir tant d'importance pour lui. Elle a donc voulu écrire la vie de Mehrunnisa avant son mariage avec l'empereur Jahangir.

Elle nous montre une petite fille, puis une femme volontaire, au caractère bien trempé, mais qui se soumettra tout de même, lorsque ses parents, après la demande (l'ordre donc), de l'empereur Akbar, lui feront épouser le soldat Ali Quli. Mehrunnisa ne se laissera jamais abattre, malgré des périodes de grande peine, dues aux désillusions de ce mariage sans amour. Indu Sundaresan a choisi de faire naître l'amour entre Mehrunnisa et le prince Salim avant ce mariage. Mehrunnisa et Salim vivront donc une grande frustration, avant de pouvoir connaître quinze ans de bonheur.
Jahangir adorera Mehrunnisa, qui sera sa dernière épouse, et la seule qu'il aura épousée par amour, et pas pour des raisons politiques. Il lui donnera le titre de Nur Jahan: la Lumière du monde; il fera battre des pièces de monnaie à son nom, etc.

Le livre nous dépeint une cour pleine de complots. Cela montre, si besoin est, que le pouvoir pervertit les âmes. Des enfants complotent contre leurs parents, et cela semble être monnaie courante. Indu Sundaresan précise que tous les complots qu'elle a relatés ont bel et bien existé. Le prince Salim, tel qu'elle nous le dépeint, peut être compréhensible, semblant assez influençable, et étant aveuglé par son désir de pouvoir. Mais lorsqu'Akbar évoque l'enfance de Salim, lorsqu'il évoque l'indéfectible amour qui existait entre eux, on ne peut s'empêcher de déplorer ce que peut faire un homme obsédé par le pouvoir.
D'ailleurs, le père de Mehrunnisa, si droit, est lui-même "contaminé" par cela. Il accepte des pots de vin, et détourne même de l'argent. Pourtant, c'est un homme honnête... Il finit, bien sûr, par se repentir, mais c'est une preuve de plus du danger de la proximité du pouvoir.

J'ai beaucoup aimé ce roman. Les complots peuvent sembler répétitifs, mais apparemment, cela se passait bien ainsi.
On a peur que le livre se traîne jusqu'à la fin, jusqu'au mariage de Mehrunnisa et de Jahangir, mais en fait, la romancière sait nous passionner avec un récit qui ne traîne pas, et des personnages intéressants.

J'ai également apprécié la sincérité de la romancière, qui, en épilogue, explique ses motivations, ses recherches, et dit qu'à certains moments, elle a utilisé son imagination. Cela change de tous ces auteurs qui essaient de faire passer pour vraies des histoires sorties de leur imagination, même s'ils se sont documentés sur le sujet. En outre, Indu Sundaresan, au début de chaque chapitre, cite des passages de livres dans lesquels elle a puisé des renseignements pour son ouvrage. C'est également une preuve d'honnêteté: si on veut, on peut chercher ces livres, et les lire ou les feuilleter, afin de vérifier ce que dit Indu Sundaresan.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

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