Conduite en état Livresque

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L'homme n'est rien, mais c'est cette conscience du rien qui fait de lui quelque chose.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 16 janvier 2012

lundi
16
janvier 2012

Les deniers du Gévaudan, de Laëtitia Bourgeois.

Les deniers du Gévaudan

L'ouvrage:
Gévaudan, 1363.
Les habitants de Marcouls tentent de faire face à un hiver très rude. C'est alors qu'un collecteur d'impôts disparaît. Cela terrifie la population. Barthélémy, le sergent de Marcouls, est chargé de le retrouver. Il a peu de temps.

Critique:
À l'instar d'Andréa H Japp, Laëtitia Bourgeois sait plonger son lecteur dans un décor et une atmosphère. Dès le début, nous voilà immergés dans un lieu et une époque. L'écriture est fluide et riche. Le style est agréable. Moi qui suis réfractaire aux romans que j'appelle «trop historiques», j'ai été ravie de lire la vie d'un village de l'époque. On sent que l'auteur maîtrise son sujet, et il semble qu'il lui est naturel d'évoquer l'époque, ses lieux, ses habitudes, les réactions des gens qui y vivaient...
Cette impression est renforcée par le personnage d'Ysabellis. La guérisseuse est appréciée pour son talent, mais quelque peu crainte parce qu'elle a la science des plantes. La réaction des villageois est bien décrite, là aussi.

L'énigme n'est pas vraiment palpitante. Elle est linéaire et assez prévisible: des meurtres, une quête, la découverte du coupable... Je n'ai pas trouvé cela trop gênant, car je pense que le plus important est la partie «sociale» du roman. L'auteur se sert de cette énigme pour parler de la société de l'époque.
N'étant pas vraiment habituée à lire des romans historiques policiers, j'ai plusieurs fois souri (je me moquais un peu de moi-même) en me demandant comment Barthélémy finirait par trouver la vérité sans les possibilités que nous avons actuellement.
Si on n'excuse pas le coupable, ses raisons d'agir sont bien expliquées, et mettent en évidence un autre aspect de l'époque: la féodalité, ses lois, ses conséquences.

Les deux personnages principaux sont sympathiques. C'est peut-être un peu convenu, mais j'ai préféré que cela soit ainsi. Ils sont peut-être un peu trop parfaits, mais l'auteur ne les décrit pas comme de pures merveilles, donc, cela n'est pas trop gênant.
Je pense que j'ai aussi excusé cela parce que j'ai été conquise par l'écriture de l'auteur, et son habileté à m'immerger dans la société décrite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuelle Lemée pour le service Lecture Sonore de l'Unadev

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lundi 14 novembre 2011

lundi
14
novembre 2011

Le brasier de justice: Les enquêtes de monsieur de Mortagne, bourreau d'Andréa H. Japp.

Le Brasier de Justice

L'ouvrage:
Mortagne, août 1305.
Hardouin Cadet-Venelle est le bourreau de la petite ville. Il doit à présent exécuter Marie de Salvin. La jeune femme avait accusé un ami de son mari de viol. Or, le jugement de Dieu (sous la forme d'un duel judiciaire), l'a désignée coupable de mensonge. Elle doit donc être brûlée vive. Jusqu'à la fin, elle clamera son innocence. Cela marquera Hardouin, et le poussera à vouloir que justice soit vraiment rendue, mais pas seulement dans l'affaire Marie de Salvin.

Critique:
Andréa H. Japp plonge parfaitement son lecteur dans l'époque qu'elle décrit. Elle sait planter un décor, rendre une ambiance. Elle s'attarde sur les lieux, les coutumes, les façons de faire, le quotidien du peuple, mais aussi des puissants. Elle articule habilement ses intrigues autour de complots de cour et de la justice des hommes. Histoire et contexte historique s'imbriquent à merveille pour former un écheveau propre à ensorceler le lecteur.

J'ai redécouvert comment on rendait la justice, à cette époque. On croyait fermement en le jugement de Dieu, même si, au départ, il était évident que la façon de procéder n'était pas équitable.
De la même façon, quelqu'un qui tue en légitime défense recevait le même châtiment que celui qui a tué une personne innocente et sans défense.

J'ai également redécouvert (j'en avais une vague idée à travers d'autres lectures), à quel point la condition d'un bourreau était inéluctable et pesante. C'est presque un état de paria. On a besoin de quelqu'un pour les basses besognes, mais on ne s'abaissera pas à le considérer... C'est un point de vue un peu hypocrite.
Heureusement (dans le roman, en tout cas), certains dépassent ce préjugé.
Hardouin sera, bien sûr, sympathique au lecteur. Il se résigne à son sort, mais ce qui arrive au début du roman le force à se battre pour une certaine justice. S'il fait ce qu'il a à faire, sa tâche ne l'a pas rendu insensible. J'ai apprécié, par exemple, la commisération dont il fait preuve au chapitre 26.

N'oublions pas la langue dans laquelle est écrite ce roman. Pour la deuxième fois, je me suis délectée du style d'Andréa H. Japp. Outre un vocabulaire recherché, elle emploie des tournures qui contribuent à l'immersion dans le contexte historique. Ce qui veut dire qu'elles sont parfois familières.

Si l'intrigue est classique, l'auteur a su ne pas la rendre ennuyeuse. D'abord, le contexte historique fait qu'on en apprend ou réapprend sur l'époque. Ensuite, la romancière entremêle plusieurs intrigues. On se doute bien qu'elles se rejoindront, mais on ne peut prévoir comment.
D'autre part, l'auteur ne s'amuse pas à disperser de faux indices pour essayer de berner le lecteur. Elle le laisse se forger son opinion. S'il se fourvoie (comme moi au sujet d'une affaire), elle a réussi son pari, mais elle n'en fait pas trop.

Si on peut penser que les livres de cette série pourront se lire indépendamment, quelque chose qui arrive presque à la fin de ce volume laisse tout de même entrevoir un lien qu'il vaut mieux connaître en commençant par le tome 1. Je verrai si l'auteur exploite la dernière découverte d'Hardouin dans la suite. Je l'espère, car il serait illogique qu'elle ne le fît pas.

Le seul reproche que je ferai concerne la surabondance des notes! Si j'ai trouvé la plupart appropriées et instructives, je pense que certaines sont inutiles. Il y en a qui expliquent quelque chose qui est indiqué juste après, au cours du récit. D'autres donnent la définition de mots qu'on peut trouver en cherchant dans le dictionnaire. Étant donné que le roman regorge de notes, il me semble que l'auteur aurait pu se passer de celles qui illustrent les exemples que je donne. Je ne suis pas pour l'absence de notes, car j'aime en apprendre toujours davantage. Je ne suis pas non plus pour un glossaire en début ou en fin d'ouvrage, car si on veut connaître ce qui se rapporte à un mot dès sa première occurrence, retourner au glossaire est plus fastidieux que de lire la note.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari. Ce livre m'a été offert par les éditions Flammarion par l'intermédiaire de l'agence de communication Gilles Paris.

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lundi 19 octobre 2009

lundi
19
octobre 2009

La vengeance de Bogis, de Jacques Pince.

L'ouvrage:
Fin du douzième siècle.
Bogis est serf.
Un jour, alors qu'il rentre chez lui, il voit des hommes à cheval enlever sa fille. Il ne peut rien faire pour la sauver. Quelques mois plus tard, sa femme meurt de chagrin.
Affligé et révolté, Bogis décide qu'il ne peut pas laisser ces crimes impunis. Il retrouvera sa filles et ses ravisseurs. La seule indication qu'il a est que l'un d'eux est balafré: il a une grande cicatrice sur le visage.

Critique:
Ce livre nous plonge au coeur du Moyen-Age: ses moeurs, sa société. L'auteur a renforcé cette immersion de son lecteur en insérant des mots et des expressions employés à cette époque. Le décor est donc bien planté, et tout au long du roman, cet aspect est bien décrit. Le lecteur qui serait rebuté par les documentaires sur le Moyen-Age pourra en apprendre plus tout en se divertissant grâce à ce roman.

En effet, l'intrigue est aussi bien menée que le décor est bien planté. C'est une espèce de roman d'aventures: le parcours d'un homme qui, a priori, n'aurait pas pu sortir de sa condition, et que la vie a poussé à en sortir.
Par la suite, toutes les aventures, les rebondissements du roman le rendent intéressant. Par ailleurs, les événements sont une note d'espoir. Malgré la rudesse de ce monde et de cette société, certains s'en sortent à force de persévérance.
Il y a bien un moment où je me suis un peu ennuyée (celui du siège du château), car j'ai trouvé cela un peu long, mais cet élément va bien avec l'intrigue et le décor.

Malheureusement, je n'ai pas aimé la fin. On me dira qu'elle va mieux au roman qu'une autre. Une fin différente aurait peut-être été invraisemblable. Bogis et sa fille ont déjà eu plus de chance que ce que le lecteur aurait pu penser au début du roman. Donc, même si je n'ai pas aimé cette fin, que je l'ai trouvée terriblement ironique et malvenue, je pense qu'elle ne détonne pas dans le roman. Donc, mon avis est totalement subjectif, et un autre lecteur ne pensera pas comme moi.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.
L'éditeur audio a su insérer la signification des mots d'une autre époque dans le roman. Lorsque l'un de ces mots apparaît, le lecteur marque une petite pause juste après, donne la signification en prenant le ton de voix approprié, marque une nouvelle minuscule pause, et reprend la lecture du texte. Je trouve cela bien fait, et tellement plus simple et pratique que ce que font certaines bibliothèques bénévoles!!! Ils nous précisent: "note", font des blancs de cinq secondes (beaucoup trop long), et ensuite, disent: "fin de la note", puis: "Reprise de la lecture du texte". En faisant cela, ils agacent le lecteur, et renforcent le cliché comme quoi personne aveugle est égale à personne stupide. Certains font les choses de manière encore moins pratique en indiquant la signification des mots en fin d'ouvrage!!!

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lundi 5 janvier 2009

lundi
5
janvier 2009

Les brumes de San Francisco, de Paul Couturiau.

Les brumes de San Francisco

L'ouvrage:
Les années 1840.
Catherine est jeune, mais elle sait ce qu'elle veut. Elle refuse absolument d'épouser celui que son père lui destine. Elle désire épouser Eugène Tourneur, un journaliste. Elle décide de fuir la France avec lui. Des rêves plein la tête, ils embarquent pour l'Amérique, immense pays regorgeant de terres encore inexplorées, et, pensent-ils, de possibilités innombrables de faire fortune.
Ils se marient. Bientôt, Catherine donne naissance à un enfant, Thomas. Mais San Francisco, ville où ils sont établis, n'est pas uniquement le pays de Cocagne auquel ils s'attendaient.

Critique:
A défaut de m'avoir vraiment plu, on peut reconnaître une qualité indéniable à ce roman, qualité que je recherche, et ne trouve pas assez souvent dans mes nombreuses lectures: il est réaliste. Catherine ne tombe pas amoureuse du premier gentil garçon venu, comme c'est trop souvent le cas, dans les romans.
Par ailleurs, les personnages agissent selon leurs convictions, leur coeur, se basent sur leur passé pour construire leur futur. Tout cela fait qu'ils sont épais et construits. Bien sûr, certains, comme Catherine, nous semblent implacables, aveuglés par la haine, mais elle n'est pas du tout caricaturale, son personnage est crédible.
Lorsqu'on finit par apprendre la vérité sur ce qui est arrivé à Eugène et à Thomas, l'auteur accomplit le tour de force de nous faire ressentir de la pitié pour celui qui commit ces actes barbares. Cela prouve encore une fois que le contexte, les circonstances, et surtout (comme je ne cesse de le répéter dans beaucoup de situations), le facteur humain sont les plus importants. Mais on comprend aussi la détermination de Catherine qui a passé son existence à essayer de survivre, et dont la haine était la seule raison d'être.

L'aspect qui m'a le plus dérangée ravira, j'en suis sûre, certains lecteurs. En fait, sur environ 60 ans, Paul Couturiau nous dépeint l'évolution de la ville. Son roman est tellement émaillé de faits divers et de descriptions, que cela en ferait presque un documentaire historique. Tous ces détails sur l'expansion et les événements de la ville sont captivants, surtout que l'Amérique en était à ses débuts en tant que pays "civilisé", mais je me suis trouvée noyée sous un flot de détails. Voilà pourquoi je pense que ce qui m'a rebutée en enchantera d'autres, car j'ai conscience que l'auteur s'est documenté, et a construit son livre avec une minutie rare. Il y a un contraste fascinant entre les endroits encore "sauvages" où les expéditions se perdent, et cette ville en plein essor où les tremblements de terre se déchaînent, où on n'hésite pas à commettre des atrocités, et où tout se développe. On ressent très bien le choc entre la "civilisation" et la "nature".

C'est l'une des rares fois où un livre n'a pas su me toucher, mais où je reconnais que c'est un bon ouvrage, ouvrage que je recommande, en fin de compte! ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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lundi 31 mars 2008

lundi
31
mars 2008

La peste noire, tome 1: La conjuration des lys, de Gilbert Bordes.

La peste noire, tome 1: La conjuration des lys

L'ouvrage:
Lorsqu'Eugénie d'Aignan apprend, de son père, Renaud d'Aignan, qu'elle est la fille de la reine Clémence de Hongrie, de nouvelles perspectives s'ouvrent à elle. Son père lui dit également qu'elle a un demi-frère, Jean Premier, fils de la reine et de Louis 10. Il aurait été assassiné lors de son baptême, mais le complot avait été éventé, et on lui avait substitué le fils d'une servante. Il ignore tout de sa royauté, et est marchand en Italie. Des conjurés se sont rassemblés pour détrôner Valois, l'usurpateur, et rendre ses droits à Jean. Eugénie décide de s'allier à cette conjuration.

Critique:
Il y a une quinzaine d'années, j'aurais adoré ce livre. Je l'aurais encensé. Le courage et le caractère de l'héroïne aurait fait d'elle une espèce d'égérie à mes yeux.
Aujourd'hui, mon opinion est plutôt mitigée.

Les aventures dans lesquelles nous entraîne l'auteur sont bien menées. On n'a pas le temps de souffler, les évènements s'enchaînent de manière fulgurante, et nous emportent dans leurs tourbillons.
Par ailleurs, le décor est très bien planté. Gilbert Bordes a su peindre les lieux, l'atmosphère de l'époque.
Ce livre nous rappelle également ce fléau mal connu que fut la peste: s'abattant sur n'importe qui n'importe quand, faisant fi des superstitions affirmant qu'elle ne s'attaquait qu'aux manants.

Néanmoins, l'héroïne m'a plutôt cassé les pieds. D'abord, elle s'est mariée sur un coup de tête. Ensuite, elle a une forte personnalité (ce qui est honorable), mais l'auteur ne perd pas une occasion de dire que c'est son sang royal qui parle.
Et bien sûr, Eugénie est très belle. Tellement belle que tous les hommes l'aiment.
Et puis, les rats noirs porteurs de peste la suivent où qu'elle aille, et sont annonciateurs de mort pour ceux qui l'entourent. Ils la suivent, mais elle ne sera jamais atteinte: ce sera toujours des gens près d'elle à ce moment-là. Cette aura de mystère nimbant la jeune femme (mystère qu'elle ne comprend pas elle-même, mystère qu'elle se contente d'accepter), m'a plus énervée qu'intriguée. Bientôt, vous allez voir qu'Eugénie va guérir par imposition des mains!, ai-je pensé.
Le coup de foudre teinté de ressentiment (dû aux évènements) m'a également ennuyée. Comme je l'ai dit à maintes reprises sur ce blog, je déteste les situations où deux personnages s'aiment au premier regard.

Il y a peu, je râlais après les lecteurs qui singent des voix pour chaque personnage. Ici, Frédérique Ribes, comédienne de talent, fait différentes voix, mais on ne dirait pas qu'elle se force, elle n'en fait pas trop, et cela ne fait pas caricatural. J'aime particulièrement la voix qu'elle fait à Charles de Navarre. On ressent la jeunesse du garçon, ainsi que son ambivalence. En outre, ce livre n'est pas un roman policier: la lectrice pouvait se permettre de faire des voix aux personnages. Je pense toujours qu'il vaut mieux ne pas faire de voix aux personnages (surtout pour un roman policier), mais si c'est fait avec la finesse de Frédérique Ribes, cela peut être une bonne chose.

La critique du tome 2 paraîtra plus tard, car je n'ai pas encore pu le lire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Ribes pour les éditions VDB.

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