Conduite en état Livresque

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On peut pas échapper complètement à la civilisation une fois qu'on a été mordu.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 19 octobre 2009

lundi
19
octobre 2009

La vengeance de Bogis, de Jacques Pince.

L'ouvrage:
Fin du douzième siècle.
Bogis est serf.
Un jour, alors qu'il rentre chez lui, il voit des hommes à cheval enlever sa fille. Il ne peut rien faire pour la sauver. Quelques mois plus tard, sa femme meurt de chagrin.
Affligé et révolté, Bogis décide qu'il ne peut pas laisser ces crimes impunis. Il retrouvera sa filles et ses ravisseurs. La seule indication qu'il a est que l'un d'eux est balafré: il a une grande cicatrice sur le visage.

Critique:
Ce livre nous plonge au coeur du Moyen-Age: ses moeurs, sa société. L'auteur a renforcé cette immersion de son lecteur en insérant des mots et des expressions employés à cette époque. Le décor est donc bien planté, et tout au long du roman, cet aspect est bien décrit. Le lecteur qui serait rebuté par les documentaires sur le Moyen-Age pourra en apprendre plus tout en se divertissant grâce à ce roman.

En effet, l'intrigue est aussi bien menée que le décor est bien planté. C'est une espèce de roman d'aventures: le parcours d'un homme qui, a priori, n'aurait pas pu sortir de sa condition, et que la vie a poussé à en sortir.
Par la suite, toutes les aventures, les rebondissements du roman le rendent intéressant. Par ailleurs, les événements sont une note d'espoir. Malgré la rudesse de ce monde et de cette société, certains s'en sortent à force de persévérance.
Il y a bien un moment où je me suis un peu ennuyée (celui du siège du château), car j'ai trouvé cela un peu long, mais cet élément va bien avec l'intrigue et le décor.

Malheureusement, je n'ai pas aimé la fin. On me dira qu'elle va mieux au roman qu'une autre. Une fin différente aurait peut-être été invraisemblable. Bogis et sa fille ont déjà eu plus de chance que ce que le lecteur aurait pu penser au début du roman. Donc, même si je n'ai pas aimé cette fin, que je l'ai trouvée terriblement ironique et malvenue, je pense qu'elle ne détonne pas dans le roman. Donc, mon avis est totalement subjectif, et un autre lecteur ne pensera pas comme moi.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.
L'éditeur audio a su insérer la signification des mots d'une autre époque dans le roman. Lorsque l'un de ces mots apparaît, le lecteur marque une petite pause juste après, donne la signification en prenant le ton de voix approprié, marque une nouvelle minuscule pause, et reprend la lecture du texte. Je trouve cela bien fait, et tellement plus simple et pratique que ce que font certaines bibliothèques bénévoles!!! Ils nous précisent: "note", font des blancs de cinq secondes (beaucoup trop long), et ensuite, disent: "fin de la note", puis: "Reprise de la lecture du texte". En faisant cela, ils agacent le lecteur, et renforcent le cliché comme quoi personne aveugle est égale à personne stupide. Certains font les choses de manière encore moins pratique en indiquant la signification des mots en fin d'ouvrage!!!

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mercredi 24 juin 2009

mercredi
24
juin 2009

Le Montespan, de Jean Teulé

Tout le monde connaît la marquise de Montespan, qui fut l'une des maîtresses les plus connues de Louis XIV, juste avant Mme de Maintenon. Mais qui connaît son mari, l'infortuné marquis de Montespan, tellement amoureux de sa femme qu'il fit poser des cornes de cerf sur son carrosse, et poursuivit de sa haine le plus puissant monarque d'Europe ?
De son coup de foudre et de ses années de bonheur avec la belle Françoise, jusqu'à sa déchéance et sa mort loin d'Athénaïs (le nom de cour de la belle), Jean Teulé nous retrace la vie de ce Gascon fou d'amour pour sa femme, que rien n'arrêtera dans sa reconquête, ni les offres alléchantes, ni les menaces, ni les procès, ni les tentatives d'assassinat. Il peut heureusement compter sur quelques fidèles qui le comprennent et le soutiennent.

Sous la plume de Jean Teulé, voici renaître le revers d'une période dorée de la France. Du XVIIème siècle, on ne retient en général que les fastes de Versailles, les folies dépensières du Roy de France, et les campagnes militaires pas toujours couronnées de succès contre le voisin Esapgnol. Mais on connaît moins la vie des gens "ordinaires", tenus loin de la cour et de ses fêtes. L'auteur a ici le mérite de faire vivre littéralement cette époque et de rendre plus présente la misère de ceux qui n'avaient pas l'heur de plaire au Roi-Soleil.
Le lecteur se laisse toucher par la détresse de cet amoureux transi, prêt à tout pour reprendre sa femme, se laissant aller à tous les désespoirs et à toutes les folies pour libérer celle qu'il croit prisonnière du Roi. On est avec lui dans son combat contre le plus puissant souverain de l'époque. On comprend sa lutte et son envie de se battre jusqu'au bout, à une heure où il était de bon ton de profiter des largesses offertes par le Roi au mari de sa favorite. On se désole des moqueries et des quolibets dont on accable le cocu malheureux.

Cependant, le langage très cru de ce siècle, que l'auteur a cru bon de resservir ici, avec moultes descriptions scabreuses et allusions à peine voilées (quand elles le sont), fait de ce court roman biographique un ouvrage à ne pas mettre sous tous les yeux, car certaines scènes peuvent choquer les lecteurs. A la fin, je le trouvais même plutôt malsain et cela m'a mise mal à l'aise, au point de sauter des passages quand cela devenait insupportable. Il a même réussi à me faire regretter de lire son livre, moi qui avait tant apprécié l'histoire de la rencontre de Julie de Montausier, fille de Catherine de Rambouillet, avec son futur époux (critique par ici), et voir cette dame ici tellement démystifiée m'a plutôt attristée, même si cela correspond aux moeurs de l'époque.
A réserver donc aux lecteurs avertis amateurs de cette époque et des oeuvres qui en retracent la vie.

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lundi 5 janvier 2009

lundi
5
janvier 2009

Les brumes de San Francisco, de Paul Couturiau.

L'ouvrage:
Les anées 1840.
Catherine est jeune, mais elle sait ce qu'elle veut. Elle refuse absolument d'épouser celui que son père lui destine. Elle désire épouser Eugène Tourneur, un journaliste. Elle décide de fuir la France avec lui. Des rêves plein la tête, ils embarquent pour l'Amérique, immense pays regorgeant de terres encore inexplorées, et, pensent-ils, de possibilités innombrables de faire fortune.
Ils se marient. Bientôt, Catherine donne naissance à un enfant, Thomas. Mais San Francisco, ville où ils sont établis, n'est pas uniquement le pays de Cocagne auquel ils s'attendaient.

Critique:
A défaut de m'avoir vraiment plu, on peut reconnaître une qualité indéniable à ce roman, qualité que je recherche, et ne trouve pas assez souvent dans mes nombreuses lectures: il est réaliste. Catherine ne tombe pas amoureuse du premier gentil garçon venu, comme c'est trop souvent le cas, dans les romans.
Par ailleurs, les personnages agissent selon leurs convictions, leur coeur, se basent sur leur passé pour construire leur futur. Tout cela fait qu'ils sont épais et construits. Bien sûr, certains, comme Catherine, nous semblent implacables, aveuglés par la haine, mais elle n'est pas du tout caricaturale, son personnage est crédible.
Lorsqu'on finit par apprendre la vérité sur ce qui est arrivé à Eugène et à Thomas, l'auteur accomplit le tour de force de nous faire ressentir de la pitié pour celui qui commit ces actes barbares. Cela prouve encore une fois que le contexte, les circonstances, et surtout (comme je ne cesse de le répéter dans beaucoup de situations), le facteur humain sont les plus importants. Mais on comprend aussi la détermination de Catherine qui a passé son existence à essayer de survivre, et dont la haine était la seule raison d'être.

L'aspect qui m'a le plus dérangée ravira, j'en suis sûre, certains lecteurs. En fait, sur environ 60 ans, Paul Couturiau nous dépeint l'évolution de la ville. Son roman est tellement émaillé de faits divers et de descriptions, que cela en ferait presque un documentaire historique. Tous ces détails sur l'expansion et les événements de la ville sont captivants, surtout que l'Amérique en était à ses débuts en tant que pays "civilisé", mais je me suis trouvée noyée sous un flot de détails. Voilà pourquoi je pense que ce qui m'a rebutée en enchantera d'autres, car j'ai conscience que l'auteur s'est documenté, et a construit son livre avec une minutie rare. Il y a un contraste fascinant entre les endroits encore "sauvages" où les expéditions se perdent, et cette ville en plein essor où les tremblements de terre se déchaînent, où on n'hésite pas à commettre des atrocités, et où tout se développe. On ressent très bien le choc entre la "civilisation" et la "nature".

C'est l'une des rares fois où un livre n'a pas su me toucher, mais où je reconnais que c'est un bon ouvrage, ouvrage que je recommande, en fin de compte! ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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lundi 31 mars 2008

lundi
31
mars 2008

La peste noire, tome 1: La conjuration des lys, de Gilbert Bordes.

L'ouvrage:
Lorsqu'Eugénie d'Aignan apprend, de son père, Renaud d'Aignan, qu'elle est la fille de la reine Clémence de Hongrie, de nouvelles perspectives s'ouvrent à elle. Son père lui dit également qu'elle a un demi-frère, Jean Premier, fils de la reine et de Louis 10. Il aurait été assassiné lors de son baptême, mais le complot avait été éventé, et on lui avait substitué le fils d'une servante. Il ignore tout de sa royauté, et est marchand en Italie. Des conjurés se sont rassemblés pour détrôner Valois, l'usurpateur, et rendre ses droits à Jean. Eugénie décide de s'allier à cette conjuration.

Critique:
Il y a une quinzaine d'années, j'aurais adoré ce livre. Je l'aurais encensé. Le courage et le caractère de l'héroïne aurait fait d'elle une espèce d'égérie à mes yeux.
Aujourd'hui, mon opinion est plutôt mitigée.

Les aventures dans lesquelles nous entraîne l'auteur sont bien menées. On n'a pas le temps de souffler, les évènements s'enchaînent de manière fulgurante, et nous emportent dans leurs tourbillons.
Par ailleurs, le décor est très bien planté. Gilbert Bordes a su peindre les lieux, l'atmosphère de l'époque.
Ce livre nous rappelle également ce fléau mal connu que fut la peste: s'abattant sur n'importe qui n'importe quand, faisant fi des superstitions affirmant qu'elle ne s'attaquait qu'aux manants.

Néanmoins, l'héroïne m'a plutôt cassé les pieds. D'abord, elle s'est mariée sur un coup de tête. Ensuite, elle a une forte personnalité (ce qui est honorable), mais l'auteur ne perd pas une occasion de dire que c'est son sang royal qui parle.
Et bien sûr, Eugénie est très belle. Tellement belle que tous les hommes l'aiment.
Et puis, les rats noirs porteurs de peste la suivent où qu'elle aille, et sont annonciateurs de mort pour ceux qui l'entourent. Ils la suivent, mais elle ne sera jamais atteinte: ce sera toujours des gens près d'elle à ce moment-là. Cette aura de mystère nimbant la jeune femme (mystère qu'elle ne comprend pas elle-même, mystère qu'elle se contente d'accepter), m'a plus énervée qu'intriguée. Bientôt, vous allez voir qu'Eugénie va guérir par imposition des mains!, ai-je pensé.
Le coup de foudre teinté de ressentiment (dû aux évènements) m'a également ennuyée. Comme je l'ai dit à maintes reprises sur ce blog, je déteste les situations où deux personnages s'aiment au premier regard.

Il y a peu, je râlais après les lecteurs qui singent des voix pour chaque personnage. Ici, Frédérique Ribes, comédienne de talent, fait différentes voix, mais on ne dirait pas qu'elle se force, elle n'en fait pas trop, et cela ne fait pas caricatural. J'aime particulièrement la voix qu'elle fait à Charles de Navarre. On ressent la jeunesse du garçon, ainsi que son ambivalence. En outre, ce livre n'est pas un roman policier: la lectrice pouvait se permettre de faire des voix aux personnages. Je pense toujours qu'il vaut mieux ne pas faire de voix aux personnages (surtout pour un roman policier), mais si c'est fait avec la finesse de Frédérique Ribes, cela peut être une bonne chose.

La critique du tome 2 paraîtra plus tard, car je n'ai pas encore pu le lire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Ribes pour les éditions VDB.

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lundi 17 mars 2008

lundi
17
mars 2008

Pourquoi j'ai construit une maison carrée, de Jean Guilaine.

L'ouvrage:
Huitième millénaire avant notre ère.
Cando habite sur l'île aux pierres vertes avec sa femme et ses trois enfants. Les enfants demandent souvent à leur père de leur raconter des histoirs. Ils aimeraient aussi qu'il leur dise ce qu'il faisait quand il avait leur âge. Cando est réticent: certains souvenirs sont heureux, mais d'autres sont douloureux. C'est normal.
Un jour, il se résout à raconter: la communauté dans laquelle il vivait, ses parents, le chef, le vieux Golluk qui refuse l'évolution, et qui ponctue ses phrases de «arcacum«.

Critique:
A ceux qui critiqueraient l'auteur et diraient qu'il a fait un livre fourmillant d'anacronismes, je répondrais que Jean Guilaine explique dans l'avant-propos qu'il l'a fait exprès. Son but était d'écrire un roman historique qui serait avant tout un divertissement, donc agréable à lire, et non truffé de jargon savant. En outre, l'humour est souvent de mise. L'auteur explique que si on veut, on peut le prendre autrement, mais que lui a écrit ce livre sur un ton humoristique. Effectivement, certaines situations sont amusantes: le mystère du blé qui disparaît, la façon de Golluk de tout ramener aux ancêtres et de dire «arcacum«, la façon dont Ménil s'obstine à chercher comment obtenir des récipients en argile qui ne se craquellent pas, la façon dont les cousins se moquent de la communauté de Cando qui s'habbille à l'ancienne, la fois où Cando se met à apprécier les ancêtres car ils sont favorables à son mariage, l'ambition d'Aladin quant à «son« mariage, etc.
Mais ces passages humoristiques sont l'illustration de ce que l'évolution entraîne. On sourit (sans mauvais jeu de mots) lorsque les habitants de la communauté sont confrontés au mystère du blé qui disparaît, mais l'élucidation de l'énigme montre une effroyable réalité cause de cette évolution. On trouve amusante la façon de Golluk de râler après l'évolution, de dire que "c'était mieux avant", mais l'attitude de Golluk est compréhensible: il pense que les choses sont bien comme ça, pourquoi les changer? Cet humour cache donc une certaine gravité. A un moment, Cando regarde ce qu'a fait le changement. Il en voit les côtés négatifs et les côtés positifs. Il se demande alors si le changement est positif ou négatif. Il en arrive à la conclusion que certaines choses sont bénéfiques et d'autres non. C'est le propre de beaucoup de situation. Le lecteur pressent tout cela, mais le fait que Cando y réfléchisse remet les choses en place.

Les attitudes décrites sont terriblement modernes. Certains sont pour le changement, d'autres sont pour rester comme avant, d'autres veulent le pouvoir, il y a des guerres de religion, à vouloir maîtriser la nature, on se fait rappeler à l'ordre par cette même nature.

J'ai été un peu déçue par quelque chose à la fin. Les choses évoluent, et la communauté de Cando ne va pas forcément vers le positif. L'un des personnages est désabusé, désappointé. J'aurais aimé que ce personnage partît avec Cando. J'aurais trouvé cela logique. Pourquoi Cando ne le lui a-t-il pas proposé?

C'est un livre agréable à lire, même si on s'ennuie un peu à certains moments. Il fais rire, fait réfléchir. Les personnages sont attachants, même si certains sont un peu caricaturaux: le conservateur, le progressiste, celui qui veut le pouvoir... Malgré ces clichés, le contraste entre Ménil et Golluk est intéressant.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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