Conduite en état Livresque

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D'habitude, les gens ne supportent bien que le malheur des autres. Ils te trouveront plus sympathique si tu te casses une patte que si tu gagnes au loto.
Claude Courchay dans "Retour à Malaveil".

lundi 12 février 2007

lundi
12
février 2007

L'orange de Noël, de Michel Peyramaure.

L'orange de noël L'ouvrage:
Septembre 1913.
Cécile Brunie est nommée institutrice dans le petit village de Saint-Roch, en basse Corrèze. Elle va prendre en main l'école laïque. Cécile est très mal accueillie par la majorité des villageois, car le curé, l'abbé Brissaud, leur a seriné que la laïcité était diabolique, et que cette institutrice était l'incarnation du mal, un "diable en jupons". Cécile ne se laisse pas démonter. Malgré le découragement qui s'emparera souvent d'elle, elle restera à Saint-Roch, et essaiera de faire son travail de son mieux.

La première enfant qu'elle rencontre est Malvina Delpeuch. Elle est sauvage et solitaire. De ce fait, sa famille et le village la pensent simple d'esprit, et la laissent courir les bois et se cacher dans les arbres. Malvina s'attache aux pas de Cécile par curiosité. En lui parlant, Cécile acquiert la conviction que l'enfant n'est ni sotte ni folle. Elle décide de l'instruire.

Critique:
Ce livre évoque certains thèmes qui pourraient paraître rebattus, par exemple l'institutrice qui va mettre toutes les chances du côté d'un élève studieux. Ici, c'est un peu différent, car Malvina n'a pas spécialement envie d'apprendre, au début. Et même lorsqu'elle s'y met, elle rechigne parfois.

D'autre part, les personnages ne sont pas des clichés du genre. En général, les parents de l'élève studieux préfèrent qu'il les aide à la maison, et ne comprennent pas à quoi pourraient lui servir les études. Ici, il est vrai que le frère aîné (Pierre) et la mère de Malvina ne comprennent pas trop à quoi cela pourrait lui servir, mais c'est aussi parce qu'ils la pensent idiote. Sa mère est assez réticente, et se montre parfois injuste, mais c'est aussi parce qu'elle-même se tue au travail, ainsi que Pierre, et la soeur cadette de Malvina, Flavie.
A propos de Flavie, je trouve injuste que celle-ci n'ait pas eu une nouvelle chance de s'en sortir. Soit, elle a tenté le certificat et ne l'a pas eu. Elle n'a pas pu redoubler, car sa mère avait besoin qu'elle travaille. Mais Cécile, qui met tant de feu à aider Malvina, aurait dû s'intéresser également à Flavie, dont la soif de savoir est bridée. Cécile aime son métier, et veut que le plus de monde possible puisse être instruit. Dans ce cas, pourquoi n'aide-t-elle pas Flavie qui ne demande que ça? Pourquoi ne trouve-t-elle pas un moyen de la faire travailler? Elle ne voit que Malvina. Elle marque ostensiblement une préférence pour elle devant les autres élèves. Il est logique qu'une enseignante ait des préférences, mais elle se doit de ne pas les montrer, surtout à ce point.

L'histoire d'amour qui se dessine n'est pas téléphonée, pour une fois. On la sent un peu venir, mais pas tant que ça. Elle n'est pas trop mal amenée.

En outre, si l'abbé Brissaud est critiqué à cause de ce qu'il fait subir à Cécile, il n'y a pas d'amalgame avec la religion catholique. Cécile elle-même pratique certains rites religieux: elle va à la messe, par exemple. Elle tolère les enfants qui font la prière avant que la classe ne commence.

C'est donc un livre plein de sensibilité, qui prône la tolérance, et une merveilleuse histoire d'amitié. J'ai juste été déçue par quelque chose qui arrive vers la fin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Ribes pour les éditions VDB.

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lundi 29 janvier 2007

lundi
29
janvier 2007

Le roi en son moulin, de Gilbert Bordes.

Le roi en son moulin L'ouvrage:
Beaucoup d'hommes moururent à la guerre du début du vingtième siècle. D'autres revinrent blessés physiquement et moralement. Dans le petit village de Plumozelle, en Corrèze, très peu d'hommes revinrent intacts.
Jean Charias, dit le Rouge, à cause de ses cheveux roux, est l'un des rares à avoir survécu, et, qui plus est, est revenu indemne des combats. C'est un gaillard costaud, un solide paysan, à qui le travail ne fait pas peur.
Baptiste Simoneau, le maître du moulin de la Farge, voit en Jean une aubaine. En effet, ses deux fils sont morts à la guerre, sa seule descendance est sa fille, Pauline. Baptiste décide que Pauline épousera Jean. Ce dernier assurera la continuité du moulin, même s'il préfère travailler la terre plutôt que moudre le blé. Baptiste se fait fort d'en faire un meunier.
Pauline ne veut pas de ce mariage. Depuis la mort de son frère jumeau, elle s'est enfermée dans sa douleur, et semble refuser la vie. En outre, le Rouge ne lui a jamais plu.
Baptiste ne tient pas compte de ce que pense Pauline. Une fille doit obéir à son père, dit-il, aussitôt imité par sa femme, Camille. Le mariage se fait donc, et Baptiste enseigne à Jean comment devenir meunier.

Jean respecte Pauline, et voit en elle une espèce de princesse qu'il révère. Ils n'aurait jamais osé penser l'épouser. Seulement, maintenant qu'ils sont mariés, Pauline rejette cet homme dont elle ne veut pas, qu'on lui a imposé. Elle le voit le moins possible, et refuse de partager sa couche.
Elle laisse travailler les hommes au moulin, et sa mère à la maison. Elle passe ses journées à se promener...
Le jour où elle apprend à la famille qu'elle est enceinte, Jean, excédé et terrassé par le chagrin, s'en va.

Critique:
Ce livre fait passer un moment. Il n'est pas désagréable à lire, mais il ne me laissera pas un souvenir impérissable. Je l'ai trouvé un peu fade. Certes, des sentiments forts y sont décrits, et la psychologie de certains personnages est intéressante. Par exemple, Jean est un homme bon, qui n'hésite pas à travailler dur pour que le moulin tourne bien, pour que Baptiste soit content... Il aime Pauline d'un amour impossible, et cela fait qu'il lui passe tous ses caprices: elle ne veut pas dormir avec lui, et donc, ne veut pas coucher avec lui, il la laisse tranquille. Il pourrait, pourtant, user de son droit d'époux, surtout à cette époque. Mais par amour, il accepte la répulsion qu'il inspire à sa femme. Il n'est tout de même pas stupide, et lorsqu'il a des preuves de l'infidélité de cette dernière, il entre dans des colères noires, et châtie l'homme à qui Pauline accorde ce qu'elle lui refuse. Il est tourmenté.

D'autre part, il y a une petite touche d'humour. Le personnage de Camille fait sourire le lecteur. Elle est complètement décalée par rapport à la réalité. Elle ne comprend pas le mal être de Pauline. De plus, elle ne comprend pas tout ce qui se passe chez elle. Par exemple, Baptiste renvoie Julien, voyant bien qu'il tourne autour de Pauline: Camille se plaint, et lui reproche de mettre à la porte quelqu'un qui faisait du bon travail.

Pauline est un peu bizarre. Elle a souffert de la mort de son frère, et ne s'en remet pas. Cela se comprend. Ce n'est pas une raison pour aller batifoler avec n'importe qui. Surtout qu'elle se rend compte qu'elle n'aime pas réellement ces hommes.

Gilbert Bordes a pris une trame dangereuse. En effet, comment peut-il faire une fin? Comment peut-il débloquer la situation? Pauline n'aime pas Jean, elle ne va pas se mettre à l'aimer tout d'un coup. Il s'en sort par une pirouette, car au fil du roman, Pauline s'habitue à Jean, puis il lui devient indispensable. Ensuite, autre chose arrive qui fait qu'on pense que Pauline lui ouvrira peut-être son coeur. L'épilogue reste assez vague, mais on peut quand même déduire certaines choses de cette fin.

En conclusion, ce livre n'est pas trop mal, mais il y a bien mieux. Je ne l'ai pas trouvé désagréable du tout, il se laisse lire, mais il n'a pas déchaîné mon enthousiasme.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi 28 décembre 2006

jeudi
28
décembre 2006

Juste un coin de ciel bleu, de Gilbert Bordes.

Juste un coin de ciel bleu L'ouvrage:
Aurélien Leconte a la quarantaine. Il est aveugle. Il habite avec son chien, Nestor, dans la maison de sa famille. Depuis que sa mère est morte, il y habite seul. Il adore se disputer avec sa voisine, Marguerite. Ça apporte du piment à sa vie solitaire.
Son frère, Jacques, voudrait vendre la maison familiale, et mettre Aurélien dans un centre pour handicapés. Aurélien s'y refuse. Leurs deux soeurs, Paule et Marie, seraient plutôt d'accord avec Jacques, mais plus par fatalisme que par conviction.
Aurélien décide de contrer les projets de son frère. Il est sûr que s'il va à Lourdes, un miracle aura lieu, et il pourra voir. S'il voit, ses problèmes seront résolus. Il ne devra plus aller dans un centre pour handicapés, et gardera la maison. Il va demander à son ami, François, de l'emmener dans la ville des miracles.

Danielle n'aime plus son mari, Jean-Paul, avec qui elle a eu une fille, Clotilde. Il lui semble même qu'elle ne l'a jamais aimé. Il boit, et cela n'arrange pas ses rapports avec sa femme. Cette fois, c'est sûr, elle va le quitter. Elle va aller s'installer chez son amant, Alain. Seulement, chez Alain, il n'y a pas de place pour les enfants. Danielle doit donc laisser Clotilde chez sa mère, Marguerite.
Clotilde se sent exclue, rejetée. Elle voudrait se faire remarquer. Il faudrait qu'elle fasse une grosse bêtise, pense-t-elle. Là, on la regarderait, elle serait le centre de l'attention.

Critique:
Ce livre ne m'a pas trop plu... Il y a pourtant certaines bonnes choses. Par exemple, la "grosse bêtise" de Clotilde force ses parents à se remettre en question. Ce qu'ils font à la fin est logique. Ils se sont remis en question, ont pris de bonnes résolutions pendant une période de crise, mais vont-ils s'y tenir? Danielle fera-t-elle plus attention à sa fille? Quant à Jean-Paul, il semblerait que sa résolution n'ait pu être tenue... Est-ce parce que quoi qu'il en dise, il avait pris cette résolution en espérant le retour de Danielle?

En outre, il y a un passage amusant, lorsqu'Aurélien devient soudain presque bigot par intérêt, et que François le lui fait remarquer.

Deux personnages trouvent la force de suivre leurs coeurs. Eux sortent vraiment différents des événements qui font le noeud de l'histoire.

Malgré cela, les choses qui m'ont déplu ont été plus fortes que celles sus citées. Par exemple, Aurélien est aveugle, et quand sa mère a essayé de lui trouver une femme, c'était forcément une femme aveugle. Cette façon de penser montre un esprit assez étroit. S'il avait eu un bras cassé, sa femme aurait obligatoirement dû avoir le bras cassé?!
Par ailleurs, il ne voit pas comment est faite une maison, par exemple. Mais il peut l'imaginer. Lorsque Clotilde lui décrit une maison, ce qu'elle dit est logique pour moi. La description qu'en a faite Aurélien était peut-être logique, mais il aurait pu faire celle qu'a faite Clotilde, malgré son handicap.
Pour en finir avec Aurélien, à un moment, il se rend compte qu'en fait, il ne veut pas voir. Il est trop tard, pense-t-il. Il veut rester tel qu'il est. C'est aberrant, de mon point de vue. Pour une personne handicapée, surtout dans notre société, si son handicap pouvait être "guéri", cela lui faciliterait la vie sur bien des points. Je pense donc que la réaction d'Aurélien n'est pas vraisemblable.
Pour moi, l'auteur a donc commis plusieurs maladresses en traitant ce sujet.

Le personnage de Danielle n'est pas sympathique. Elle est centrée sur elle-même: la pauvre petite Danielle dont le mari boit. Elle ne pouvait pas faire autrement qu'abandonner sa fille. elle n'avait pas d'autre choix, pauvre d'elle.
Jacques non plus n'est pas sympathique, mais il est caricatural. On n'arrive pas à le détester tellement il est cliché.

Encore un livre qui n'a pas vraiment su m'émouvoir. Il n'est pas mauvais, mais pas indispensable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé et Véronique Groux de Mieri pour les éditions VDB.

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lundi 20 février 2006

lundi
20
février 2006

Un été prodigue, de Barbara Kingsolver.

Un été prodigue L'auteur:
Barbara Kingsolver a écrit d'autres romans, qui ont tous été couronnés de succès. Pour avoir lu "L'arbre aux haricots" et "Des cochons au paradis" (qui en est la suite), je peux affirmer que je pense ce succès mérité. Le lecteur gagne à connaître cette romancière à l'écriture juste, qui ne se contente pas de petits romans sans consistance qu'on oubliera vite.
Elle a également écrit "Les yeux dans les arbres" que je compte lire bientôt.
Quant à ses essais, je n'en n'ai lu aucun.

L'ouvrage:
Deanna Wolfe travaille pour l'office des forêts. Dans la montagne des Appalaches, elle étudie la faune. Elle est coupée du monde, et elle en est très heureuse. C'est une amoureuse de la nature, et elle se sent très bien ainsi. Son espace va être envahi, sa tranquillité sera troublée par la venue d'Eddie Bondo, un jeune chasseur. Outre qu'il dérange Deanna, il veut chasser les coyotes, et elle est absolument contre cela.

Lusa et Cole ont eu le coup de foudre. Ils se sont mariés, et Lusa est venue vivre au milieu de la grande famille de son mari. A la mort accidentelle de Cole, Lusa héritera de la ferme familiale, étant sa femme. Elle se sent rejetée par la famille de Cole. Elle sent qu'elle devra prouver qu'elle aussi est attachée à cette terre, à cette ferme.

Garnett Walker essaie de faire pousser une nouvelle variété de châtaigners.
Nannie Rawley est sa voisine. Elle cultive des pommes biologiques.
Au cours de l'été raconté dans le roman, ils vont se disputer à propos de religion, de pesticides, d'eux-mêmes...

Critique:
J'ai adoré ce roman! Il se lit très bien, et on y apprend une foule de choses sur la nature. Les relations humaines y sont analysées avec justesse.

Deanna, l'amoureuse de la nature, des animaux, de la vie à la montagne est un personnage passionnant. Sa théorie qu'il ne faut pas tuer les prédateurs est très intéressante. En outre, elle nous apprend beaucoup sur les animaux.
On s'identifie assez à elle, (ainsi qu'à Lusa, d'ailleurs).

Lusa se sent rejetée, et agit en conséquences. Plus tard, elle apprend ce qu'onlui "reproche" vraiment, et c'est beaucoup plus compliqué, et donc plus intéressant,que ce qu'elle croit au premier abord. En outre, on imagine déjà toute la famille de Cole se liguant contre elle. Or, il n'en n'est rien. Certains d'entre eux aiment bien Lusa, d'autres ne la comprennent pas bien, et d'autres la rejettent.
Par ailleurs, Lusa refuse de cultiver du tabac, ce qui se fait dans la famille de Cole. Elle a une idée toute autre, une idée révolutionnaire, qui lui attirera également les critiques de certains.
Enfin, si Deanna nous apprend beaucoup sur la faune, Lusa nous en apprend sur la flore, ainsi que Nannie et Garnett, d'ailleurs.

Garnett peut paraître acariâtre et aigri. On peut croire qu'il fait tout pour empoisonner la vie de Nannie. Pourtant, il n'est pas si mauvais. Nannie le sait bien, puisqu'elle cherche toujours le dialogue avec lui.

Nannie a beaucoup souffert, dans sa vie. Elle est humble, respectueuse de la vie, de la nature, des gens. Elle se révèle très sage lors des échanges entre Garnett et elle.

Au cours de cet été, tous les personnages vont vivre des événements qui décideront du reste de leur vie. La vie de Deanna prendra un tournant inattendu. Lusa va découvrir certaines choses sur elle-même et sur la vie, grâce à Jewel et à ses enfants. Quant à Garnett, il finira par faire tomber ses barrières, sa carapace. Cela se voit surtout dans une scène très amusante: lorsqu'il est jaloux de l'homme qu'il voit depuis plusieurs jours chez Nannie...

Ce roman de Barbara Kingsolver est une ode à la nature, un chant d'espoir et d'amour. Je le recommande absolument!

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi 19 décembre 2005

lundi
19
décembre 2005

La petite école dans la montagne, de Michel Jeury.

La petite école dans la montagne L'ouvrage:
1908.
Victor Chambost, 29 ans, est instituteur. Il est nommé dans le petit village de Saint-Just, dans le mont Pilat. Le maire, Louis Malatret, aurait voulu une école mixte, mais les moeurs sont encore trop frileuses, et il y a une classe de garçons, où officiera Victor, et une classe de filles, où travaille Emilie Gilbert, depuis quelques années.

Dans sa classe, Victor fait une découverte: un jeune berger, quasi abandonné, Colin Plasson (dit Colinet), qui a la soif d'apprendre. Il dévore ses livres de classe, s'attaque aux problèmes les plus ardus... C'est lui, la locomotive de la classe. Grâce à lui, certains s'accrochent, et Victor espère avoir au moins trois ou quatre candidats au certificat.

Mais un jour, tout bascule. La mère de Colinet meurt, et son oncle trouve inutile que l'enfant continue ses études. Il veut faire de lui un meunier, comme lui-même. Colinet aurait pu se résigner, n'étant qu'un enfant, mais le petit garçon hypersensible qui versait des torrents de larmes parce que les chiens dans "Rémi sans famille" étaient morts, vivra cela comme une tragédie, et une trahison de la part de Victor, qui, pourtant, fera tout pour l'aider.

Critique:
Je m'attendais au genre de livres comme "Le fils du pauvre" de Mouloud Feraoun ou "La rue cases nègres" de Joseph Zobel. Je pensais: un instituteur découvre un jeune prodige, il va le hisser jusqu'à de brillantes études. Ça avait l'air sympathique, mais un peu rebattu, comme thème. Surtout que quand on a lu "L'année du certif" et "La classe du brevet", du même auteur, on s'attend à un livre de ce genre. Heureusement, il se passe des choses qui détourne le livre de la voie qu'on lui trace. D'abord, Colinet ne peut pas continuer ses études. Il est condamné à être confiné dans un travail qu'il n'aime pas, dans une famille qu'il n'apprécie peut-être pas, puisqu'elle l'empêche de s'adonner à sa passion. On imagine pour lui une vie étriquée, pleine de déceptions, une vie qu'il passerait à en mourir. Là encore, cela ne se passe pas ainsi. Michel Jeury arrive à nous surprendre, et c'est très bien.

Il y a une chose à laquelle on s'attend un peu: l'histoire d'amour. On n'en n'est pas absolument sûr, mais on la voit venir. Pourtant, elle ne déçoit pas, lorsqu'elle arrive. Elle est attendue, mais pas téléphonée. Je la trouve assez jolie.

D'autre part, certains personnages sont très intéressants.
Victor est attachant.
Le maire est intéressant, car il a l'air d'être ouvert, et d'avoir des idées progressistes, tout comme sa femme, "la Reine Constance".
Julie est un peu l'archétype du personnage prisonnier qui veut s'en sortir. On est content qu'elle puisse réaliser son rêve.
Quant à Emilie, elle est parfois agaçante. Elle a des idées que je partage, mais, peut-être à force d'être brimée, à force de voir à quel point certains sont rétrogrades, elle est très sarcastique, ironique, et parfois, agressive. Elle veut faire passer ses idées, mais ne s'y prend pas correctement. On est d'accord avec ce qu'elle veut faire passer, mais sa méthode fait grincer des dents. Pourtant, on ne peut s'empêcher de se demander comment on réagirait à sa place.

C'est un livre très plaisant, que j'ai beaucoup aimé lire. ... La déception de la fin fut d'autant plus cruelle. En effet, quelque chose qui ne m'a pas plu arrive à la fin, quelque chose de totalement inattendu, et de gratuit. Bien sûr, je suis soucieuse de réalisme et de vraisemblance dans les romans, et on me dira que cette fin est tout à fait réaliste, et vraisemblable. Soit, mais si la chose qui ne m'a pas plu n'était pas arrivée, le livre aurait été tout aussi vraisemblable et réaliste. Dans les romans, quand une fin heureuse n'est pas tirée par les cheveux, je la préfère nettement à une fin triste. Et là, cela n'aurait pas été tiré par les cheveux. En outre, quand on connaît Jeury pour les deux ouvrages précédemment cités, on s'étonne de cette fin. J'aimerais bien savoir pourquoi il a fait une telle fin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christophe Caysac pour les éditions VDB.

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