Conduite en état Livresque

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La vie, c'est pas un stand de foire avec
tout un tas de lots bidons à décrocher. Et
si t'es assez dingue pour te mettre à miser,
tu t'aperçois vite que la roue s'arrête jamais
de tourner. Et c'est là que tu commences
à souffrir. Se fixer des buts dans la vie,
c'est s'entortiller dans des chaînes.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 29 septembre 2008

lundi
29
septembre 2008

Les tisserands de la Licorne, de Françoise Bourdon.

L'ouvrage:
1869.
Joséphine Tortel vit à Saint-Blaise, un petit village des Ardennes, avec son père, sa tante, et ses frères et soeurs. En effet, depuis la mort d'Aurélie, sa mère, sa tante, Catherine, est venue partager la vie de la maisonnée. Catherine travaille sans relâche pour assurer la survie de la famille. Joséphine ne peut la dissocier de son métier à tisser. Quant au père de la jeune fille, il passe ses journées à boire. Lorsqu'il est à la maison, il ne pense qu'à crier après sa famille.

Un jour, la scène que fait son père à Joséphine est une scène de trop. La jeune fille âgée de dix-sept ans décide de partir pour Sedan. Là-bas, elle se fait embaucher comme ouvrière dans la fabrique d'une puissante famille de drapiers: les Desprez.

Critique:
En général, j'aime bien ce genre de sagas. Mais peut-être en ai-je trop lu... J'ai trouvé "Les tisserands de la Licorne" trop cliché. Nous avons des ingrédients prometteurs, mais également assez caricaturaux: la belle jeune fille intrépide qui veut lutter pour avoir une vie meilleure, une histoire d'amour impossible, une mère castratrice et intolérante qui ne voit pas la personne, mais sa naissance.
On devine beaucoup de choses: on sait que Joséphine arrivera à se venger. On sait également ce qu'elle devra faire pour accomplir au mieux sa vengeance. On ne sait pas comment elle y parviendra, certes, mais on sait que ce sera la seule façon dont elle touchera vraiment son adversaire.

La seconde histoire d'amour traîne. Lorsqu'elle pourrait éclore, Joséphine agit stupidement, et le temps passe... Le lecteur averti connaît cette ficelle éculée: c'est juste pour retarder encore l'union des amants. C'est agaçant, à la longue.

la fin m'a déçue. La décision finale de Joséphine cadre avec son caractère. On aurait cependant pu penser qu'elle a tiré des leçons de son passé douloureux. Mais non. Elle n'a vécu que pour sa vengeance, ce qui a fait qu'elle s'est consacrée corps et âme à la fabrique de draps. On comprend tout de même sa décision finale. Il est vrai que l'espèce de chantage que lui fait son amant est exagéré. Cette absence de compromis fait que la fin est décevante.

La condition des ouvriers, des laineurs est bien décrite. Nous partageons la dureté de leur condition. On comprend bien pourquoi Gauthier devient amer et se tourne vers l'alcool, lorsque l'un de ses "outils de travail" lui est enlevé. On l'admire également, car après l'abattement, il trouve autre chose qui le réhausse à ses propres yeux.

Vous l'aurez compris, je ne recommande pas vraiment ce roman. Pour ceux qui ont beaucoup de livres en attente, n'y ajoutez pas celui-là, il ne vaut pas vraiment le détour, à mon avis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Charlot pour la Ligue Braille.
(Note: Les noms des lecteurs de la Ligue Braille ne sont écrits nulle part. Je dois donc deviner leur orthographe. Je présente ici mes excuses à ceux dont j'estropie les noms.

lundi 5 novembre 2007

lundi
5
novembre 2007

Un bouquet de dentelle, de Marie-Paule Armand.

L'ouvrage:
Emeline vit une enfance heureuse entre ses parents, son frère (Timothé), et sa grand-mère (Blanche). La famille n'est pas très riche, mais l'amour l'unit.
L'enfant adore également son parrain, Isidore (qu'elle appelle Dodore). Quant à la femme d'Isidore, Léocadie,elle fait peur à Emeline, car elle a toujours l'air revêche.

Un jour, Emeline découvre que les êtres humains ne sont pas éternels. La mort de sa Grand-mère était dans l'ordre des choses, même si ce deuil est terrible. Mais le père de la fillette meurt à son tour. La famille n'a d'autres solutions que de se disperser. Emeline ira vivre chez son parrain et Léocadie.

Critique:
Dans l'ensemble, on passe un bon moment avec ce livre. Pourtant, certaines choses sont un peu agaçantes.
La façon dont Emeline nous raconte ses malheurs fait penser aux romans larmoyants. Bien sûr, on la plaint et on compatit, mais j'ai trouvé qu'elle racontait ça d'une manière un peu grandiloquente. On a envie de lui dire d'agir au lieu de s'apitoyer sur son sort. Je sais que cette remarque n'est pas très justifiée, étant donné que les circonstances font qu'elle est soit trop jeune pour agir, soit prise entre le marteau et l'enclume. La seule fois où mon énervement à son égard a été justifié, c'est quand elle joue les saintes, et n'épouse pas l'homme qu'elle aime pour ne pas contrarier le père de ce dernier.
L'agacement vient aussi de ce qu'il lui arrive trop de malheurs pour que ce soit crédible. Je me suis plusieurs fois surprise à marmonner: "Mais c'est Cosette, Cendrillon, Sarah Crew, et Caliméro réunis, cette pauvre Emeline!"

On devine pas mal de choses avant qu'elles arrivent. Les coups de théâtre sont attendus. A peine sont-ils esquissés que nous savons ce qui va se passer.

J'ai trouvé la deuxième partie un peu bâclée. Le roman est construit comme "La maîtresse d'école", du même auteur: la première partie est narrée par Emeline, et la seconde par sa fille, Maxellende. Déjà, je n'aime pas trop cette construction, mais en plus, j'ai trouvé que Maxellende était ébauchée.

J'ai été déçue que monsieur Dorsel ne sache pas ce qui arrive vers la fin. Puisque les "méchants" ne sont pas toujours punis dans la réalité, j'aime qu'ils le soient dans les romans. On aurait d'ailleurs attendu cela de ce genre de livres.
La fin est bonne, surtout pour ce genre de romans. On est préparé à une telle fin, et elle ne déçoit pas, car quand on lit ces livres, on s'attend à ce que certains codes soient respectés, d'où mon étonnement et ma déception quant à monsieur Dorsel.

Je n'ai pas réussi à savoir à quelle période se situait exactement le roman, mais il doit chevaucher le dix-neuvième et le vingtième siècle. Cela permet à Marie-Paule Armand de montrer à son lecteur les différents métiers exercés par les ouvriers. Tout cela est passionnant. On se sent proche des roulotteuses, et plus tard, des femmes qui travaillent la dentelle.
On apprend aussi pourquoi les célèbres bêtises de Cambrai s'appellent bêtises.
De plus, il est intéressant de voir comment le personnage d'Emeline se construit. Après l'éducation qu'elle reçoit, elle côtoie des gens qui atténuent un peu ce qu'on lui a inculqué. Elle apprend à réfléchir, et à remettre en question certaines choses qu'on lui a apprises.

J'ai conscience d'être dure. J'attendais peut-être trop de ce roman, ayant aimé "Au bonheur du matin" et "Le cri du héron". Ce roman m'a semblé moins bien ficelé qu'"Au bonheur du matin". Dans ce dernier, les choses un peu attendues passaient mieux. L'héroïne était moins mièvre, m'a-t-il semblé. Pourtant, on passe un bon moment avec "Un bouquet de dentelle".

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nicole Baillon pour la Ligue braille.

lundi 9 juillet 2007

lundi
9
juillet 2007

Le jeune amour, de Michel Jeury.

L'ouvrage:
Les années 50.
Gil Jallas a dix-sept ans. Il rêve de devenir un grand écrivain. Il s'essaie d'ailleurs à écrire quelques textes, et participe même à un concours entre amis.
Après avoir passé la première partie de son bac, il songe à travailler, car ses parents ne roulent pas sur l'or. Sa mère, Félicia, travaille dans une usine. Justement, le patron de cette usine, Adrien Lécuyer, a trouvé un travail pour Gil. Il met juste quelques conditions à cela. L'une de ces conditions est que Félicia et Marie, une autre ouvrière, travaillent au nettoyage de maisons lui appartenant. Une condition sous-jacente est que Marie devienne sa maîtresse.
Il faudrait aussi que Félicia et Marie fussent ses oreilles à l'usine.

Gil est heureux d'entrer dans la vie active. Il se fait un ami en la personne d'Yvon Pelot, l'un de ses collègues. Les deux hommes deviennent très vite complices.
Yvon est le seul à connaître le secret de Giles: celui-ci est amoureux de Marie.

Critique:
Voilà un roman du terroir sympathique. Le décor de l'après-guerre, les émois d'un adolescent qui se cherche, des personnages qui s'aiment, ne s'aiment plus, se laissent prendre au jeu des apparences...

Gil est doux, attendrissant. Un drame va le pousser à grandir peut-être un peu vite. En même temps, il perdra sa candeur, et acquerra une nouvelle assurance. C'est également après ce drame, après que Gil aura traversé cette épreuve que son amour pour Marie se concrétisera.
Le drame arriveà un moment où le livre commençait à s'essouffler. Cela fait qu'il prend une tournure inattendue.

Le roman est majoritairement détendant. Il y a beaucoup de traits d'humour, et de situations cocasses. Par exemple, Yvon et Gil s'amusent du talent qu'a ce dernier à imiter une écriture, voire une signature. Ce don aurait d'ailleurs pu lui porter tort, après l'accident.
Une scène m'a donné le fou-rire. Rien que pour cette scène, le livre est à lire. Pour ceux qui écouteraient la version audio publiée par les éditions VDB, cette scène se trouve à la fin du CD numéro 3. Personnellement, je n'ai absolument pas vu venir la chute!

Certains personnages inspirent la compassion: Isabelle, Aurélie, le garde, Pierre... C'est le côté sombre du roman. Il est léger, mais les souffrances et les blessures de certains personnages le rendent plus grave, par moments.

C'est un roman sympathique, dont les personnages sont attachants, sauf un qui est vraiment cruel. Il réussit à détendre et à faire réfléchir à la fois.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christophe Caysac pour les éditions VDB.

jeudi 15 février 2007

jeudi
15
février 2007

Le bal des célibataires, de Michel Peyramaure.

Voir la critique du tome 1

L'ouvrage:
Première guerre mondiale.
Pierre doit partir combattre. La famille est désespérée. Malvina et Cécile l'accompagnent à la gare.
Pierre reviendra en permission. Mais à la fin de la guerre, il ne reviendra pas. Il est porté disparu. Cécile et lui se sont mariés pendant l'une de ses permissions. Cécile gardera un souvenir vivant de lui: un enfant.

Un jour, une femme, Sylvaine, se présente chez Cécile. Elle lui apprend qu'elle a été la maîtresse de Pierre, et qu'elle voulait connaître sa femme qu'il adorait. Après cette entrée en matière incongrue, et une réaction plutôt vive de la part de Cécile, (réaction compréhensible, avouons-le), les deux femmes cohabitent, et se lient d'une amitié teintée de ressentiments, lorsqu'elles évoquent Pierre.

D'un autre côté, le village de Saint-Roch est comme mort. Beaucoup d'hommes de ce petit village sont morts au combat. Les femmes ont besoin d'hommes pour les aider dans les travaux quotidiens, et aussi pour combler leur solitude.
C'est alors que Cécile et Sylvaine ont une idée.

Critique:
Pour la petite anecdote amusante, ce livre a d'abord été un téléfilm. En fait, "L'orange de Noël" a été adapté pour la télévision en 1997. Les créateurs du film ont décidé de lui inventer une suite télévisée. Michel Peyramaure a ensuite écrit l'adaptation en livre de ce téléfilm.

En général, la suite d'un livre est moins bien que le premier tome, si ce premier tome n'appelait pas de suite. Ici, mon sentiment est mitigé. L'idée du bal des célibataires est assez originale. Elle peut paraître saugrenue, mais il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Les femmes dépendaient plus des hommes que maintenant pour leur vie quotidienne. Il est également compréhensible qu'elles aient envie de compagnons. Et puis, ne voit-on pas ce genre de choses aujourd'hui, avec les sites de rencontres, par exemple?

Le personnage du maire est assez amusant. Il est mené à la baguette par sa femme, et essaie de faire croire que c'est lui qui porte la culotte dans le ménage.
Certaines histoires d'amour attendrissent le lecteur: celle de Thérèse et d'Armand, ou celle d'Emma Berthier.
En outre, Malvina explique que le bal des célibataires n'a pas été un succès pour tout le monde. Cela rend l'histoire plus crédible.

Une chose m'a fortement déplu: l'histoire entre Sylvaine, Robert, et Cécile. On dirait une espèce de remake de l'histoire entre Cécile, Pierre, et Sylvaine. Et puis, Robert semble avoir au moins de l'affection pour Sylvaine, et pourtant, il ne fait rien pour l'aider lorsque Cécile la chasse. Mieux: il reste chez Cécile, et finit par se mettre avec elle. Tout cela n'est pas très net, et est tiré par les cheveux. Lorsque Cécile a chassé Sylvaine, je pensais que Robert aurait la décence de s'en aller, même si, comme le résume Malvina, il n'a que du désir pour Sylvaine, et éprouve de l'amour pour Cécile. En fait, cette histoire a gâché le plaisir que j'ai eu à lire ce livre. Tout le reste du livre est sympathique, mais cette histoire-là est décevante, à mon avis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Ribes pour les éditions VDB.

lundi 12 février 2007

lundi
12
février 2007

L'orange de Noël, de Michel Peyramaure.

L'orange de noël L'ouvrage:
Septembre 1913.
Cécile Brunie est nommée institutrice dans le petit village de Saint-Roch, en basse Corrèze. Elle va prendre en main l'école laïque. Cécile est très mal accueillie par la majorité des villageois, car le curé, l'abbé Brissaud, leur a seriné que la laïcité était diabolique, et que cette institutrice était l'incarnation du mal, un "diable en jupons". Cécile ne se laisse pas démonter. Malgré le découragement qui s'emparera souvent d'elle, elle restera à Saint-Roch, et essaiera de faire son travail de son mieux.

La première enfant qu'elle rencontre est Malvina Delpeuch. Elle est sauvage et solitaire. De ce fait, sa famille et le village la pensent simple d'esprit, et la laissent courir les bois et se cacher dans les arbres. Malvina s'attache aux pas de Cécile par curiosité. En lui parlant, Cécile acquiert la conviction que l'enfant n'est ni sotte ni folle. Elle décide de l'instruire.

Critique:
Ce livre évoque certains thèmes qui pourraient paraître rebattus, par exemple l'institutrice qui va mettre toutes les chances du côté d'un élève studieux. Ici, c'est un peu différent, car Malvina n'a pas spécialement envie d'apprendre, au début. Et même lorsqu'elle s'y met, elle rechigne parfois.

D'autre part, les personnages ne sont pas des clichés du genre. En général, les parents de l'élève studieux préfèrent qu'il les aide à la maison, et ne comprennent pas à quoi pourraient lui servir les études. Ici, il est vrai que le frère aîné (Pierre) et la mère de Malvina ne comprennent pas trop à quoi cela pourrait lui servir, mais c'est aussi parce qu'ils la pensent idiote. Sa mère est assez réticente, et se montre parfois injuste, mais c'est aussi parce qu'elle-même se tue au travail, ainsi que Pierre, et la soeur cadette de Malvina, Flavie.
A propos de Flavie, je trouve injuste que celle-ci n'ait pas eu une nouvelle chance de s'en sortir. Soit, elle a tenté le certificat et ne l'a pas eu. Elle n'a pas pu redoubler, car sa mère avait besoin qu'elle travaille. Mais Cécile, qui met tant de feu à aider Malvina, aurait dû s'intéresser également à Flavie, dont la soif de savoir est bridée. Cécile aime son métier, et veut que le plus de monde possible puisse être instrruit. Dans ce cas, pourquoi n'aide-t-elle pas Flavie qui ne demande que ça? Pourquoi ne trouve-t-elle pas un moyen de la faire travailler? Elle ne voit que Malvina. Elle marque ostensiblement une préférence pour elle devant les autres élèves. Il est logique qu'une enseignante ait des préférences, mais elle se doit de ne pas les montrer, surtout à ce point.

L'histoire d'amour qui se dessine n'est pas téléphonée, pour une fois. On la sent un peu venir, mais pas tant que ça. Elle n'est pas trop mal amenée.

En outre, si l'abbé Brissaud est critiqué à cause de ce qu'il fait subir à Cécile, il n'y a pas d'amalgame avec la religion catholique. Cécile elle-même pratique certains rites religieux: elle va à la messe, par exemple. Elle tolère les enfants qui font la prière avant que la classe ne commence.

C'est donc un livre plein de sensibilité, qui prône la tolérance, et une merveilleuse histoire d'amitié. J'ai juste été déçue par quelque chose qui arrive vers la fin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Ribes pour les éditions VDB.