Conduite en état Livresque

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Seuls les ennuyeux s'ennuient.
Rosamunde Pilcher dans "La dame au portrait".

lundi 19 février 2007

lundi
19
février 2007

Les deux orphelines, d'Adolphe d'Ennery et Eugène Cormon.

L'ouvrage:
Michel et Thérèse sont très pauvres. Ils ont une fille, Henriette. Michel est ébéniste, mais il n'a pas beaucoup de travail.
Le couple est si démuni que Thérèse, qui ne mange pas à sa faim, n'a plus de lait pour nourrir sa fille. Désespéré, Michel décide d'aller déposer l'enfant devant une église. Elle sera trouvée par une personne attentionnée, pense-t-il. Quelqu'un la recueillera, et elle ne manquera de rien.
Michel dépose donc Henriette. Au moment où il va repartir, il entend un petit cri plaintif. Il découvre une enfant dont les parents ont sûrement eu la même idée que lui. Michel se rend compte qu'il ne peut se résoudre à abandonner sa fille. Il la ramène donc chez lui, ainsi que l'autre bébé. Il ne sait pas comment il fera, mais il doit sauver ces enfants.
C'est Thérèse qui découvrira ce qui est caché dans les langes du bébé trouvé par son mari. Le bébé en question s'appelle Louise.

Critique:
Il faut lire ce livre en se remettant dans le contexte de l'époque. Il ne faut jamais perdre cela de vue. Ce roman a été publié au dix-neuvième siècle, et fait partie de ce que l'on appelle les «romans larmoyants«. Effectivement, certains passages sont assez gnan gnan, surtout pour le lecteur d'aujourd'hui. Par exemple, Louise s'adresse souvent à tort et à travers à Dieu. De plus, pendant un assez long moment, Louise et Henriette sont séparées. A un moment, Louise pense que si on la ramène à l'endroit où sa soeur a été enlevée, celle-ci sera revenue et l'y attendra. Dès que Louise croit être au susdit endroit, elle se met à hurler quelque chose comme: «Mon Henriette, je suis là! C'est moi, ta Louise!« Sa geôlière, la Frochard, lui intime alors de ne pas crier. Elle dit cela car elle ne veut pas que les gens puissent penser qu'elle n'est pas la mère de Louise. Le lecteur, quant à lui, est d'accord avec la «méchante« sur le fait que Louise ne devrait pas crier comme ça. Il n'a pas les mêmes raisons que la Frochard, mais il se trouve gêné, car il est d'accord avec elle contre Louise. Il ne peut s'empêcher de rire, d'abord à cause de la façon dont Louise s'exprime, et aussi parce qu'elle croit qu'en hurlant dans la rue, elle va retrouver sa soeur. La pauvre Louise connaît bien des déboires, et le lecteur compatit à sa douleur, mais il ne peut s'empêcher de rire, parfois, à cause de l'attitude de Louise. Malheureusement, on a du mal à prendre ce personnage au sérieux, même si on compatit. Bien sûr, ceci est le point de vue d'une lectrice de 2007. A l'époque où le livre a été écrit, et étant donné les visées de ce livre, le comportement de Louise n'est pas risible ou agaçant.
D'une manière générale, tous les personnages sont un peu comme ça, mais Louise gagne le pompon.

Les méchants, Jacques Frochard et sa mère, sont très méchants. Ils veulent seulement qu'on leur donne le plus d'argent possible, afin de pouvoir boire tout leur soûl.@@@ Le personnage de Marianne représente la pêcheresse qu'une bonne action (un sacrifice, même), ramènera dans le droit chemin, et qui sera lavée de ses péchés.

Le livre est un peu facile. On se doute un peu de la fin, mais on ne sait pas trop par quelles péripéties les personnages vont passer. Certaines de ces aventures sont là pour faire traîner l'intrigue, et cela peut être agaçant, mais c'est la loi du genre. Et encore, certains romans de ce genre sont beaucoup plus longs et traînent beaucoup plus.@Ce roman m'a plu. En le prenant pour ce qu'il est, en le remettant dans son époque, on peut comprendre qu'il ait eu un grand succès, en tant que roman populaire. Il m'a un peu changée de ce que je lis habituellement. Certaines choses me paraissaient un peu grosses, mais j'ai trouvé cette lecture sympathique. Parfois, un bon mélodrame où tout se termine bien, ça ne fait pas de mal!@En complément de cette critique, vous pouvez lire ce qu'en dit Gallica.

Mention spéciale à Henriette Kunzli, la lectrice bénévole qui a enregistré ce roman. Elle a su rendre les intonations des personnages, qui a su jouer sans surjouer. En général, cette lectrice lit bien, mais j'ai été étonnée par sa façon juste de lire ce roman, qui, à notre époque, est assez difficile à interpréter, à mon avis.

mercredi 20 décembre 2006

mercredi
20
décembre 2006

Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier

Le Capitaine Fracasse

Le Baron de Sigognac, dernier descendant d'une famille désargentée, se morfond en son château gascon, seul en compagnie de son vieux serviteur Pierre, son chien, son chat et son cheval, tous aussi vieux et efflanqués les uns que les autres. Un soir, une troupe de comédiens frappe à la porte du château, demandant l'hospitalité pour la nuit. Au matin, ébloui par les yeux de la jeune ingénue de la troupe, Isabelle, le jeune Baron prend la décision de suivre le chariot de Thespis pour accompagner la troupe à Paris.
En cours de route, l'un des comédiens, connu sous le nom de Matamore, décède brusquement, pris dans une tempête de neige. Pour remercier la troupe de son accueil et de partager avec lui ses aventures et ses richesses, le Baron prend la décision de remplacer le comédien, sous le nom de Capitaine Fracasse. Malgré des débuts difficiles sur les planches, il remporte alors un large succès...
Lors d'une étape à Angers, la jeune Isabelle séduit à son insu le Duc de Vallombreuse, qui cherche à tout prix à gagner ses faveurs. Sous le refus de cette dernière, il la fait enlever et séquestrer dans son château...

Un grand classique de la littérature, que j'avais beaucoup aimé dans mon adolescence, et que j'ai repris, par curiosité, parce que je ne me souvenais plus de rien... Eh bien, j'ai retrouvé du Gautier de la plus pure espèce, avec des descriptions à n'en plus finir, sur des choses qui nous paraissent sans importance, mais sur lesquelles il s'attarde plus que de raison, des discours verbeux, pleins de phrases alambiquées et peu naturelles, des rebondissement prévisibles. Mais aussi une vision réjouissante de la vie des théâtreux au temps de Louis XIII, des histoires de coeur parfois compliquées, des personnages hauts en couleur, des actions dans une bonne tradition du roman de cape et d'épée...
Bref, si mes yeux de jeune femme se sont ennuyés à la lecture des longues descriptions (surtout au début, ensuite ça se calme un peu, ou du moins on s'y est habitués !), mon esprit s'est réjoui à la relecture des aventures du Capitaine Fracasse et de ses camarades, et la future prof de français que je suis (malheureusement) a trouvé dans ce roman une bonne approche, pour des scolaires, de la vie au théâtre, et des personnages-types qu'on y trouve. D'ailleurs, il paraît aujourd'hui à la mode, ou du moins conforme au programme, de le faire lire aux élèves de quatrième, voire même de s'en servir de base pour un exposé sur le théâtre ! Je suppose d'ailleurs que des les lecteurs et commentateurs de ce blog, nombre de jeunes auront eu à le lire en classe...

mercredi 11 janvier 2006

mercredi
11
janvier 2006

Le bossu, de Paul Féval

Le bossu

Fin du XVIIème siècle et du règne de Louis XIV. Philippe de Nevers, ami de Philippe de Gonzague et du Régent Philippe d'Orléans, a épousé en secret la belle et riche Inès de Caylus. C'est un champion d'escrime, rendu invincible par une fameuse passe, la "botte de Nevers", dont tous les duellistes cherchent à percer le secret, mais dont un seul recevra l'enseignement : Lagardère, un jeune escrimeur qui a été engagé pour tuer Nevers et qui, le reconnaissant, s'est mis à son service. Nevers et Lagardère sont en route pour retrouver la belle Inès dans son château et assister au baptême de l'enfant qui est né de cette union, prénommée Aurore. Mais en arrivant au château, ils tombent sur un guet-apens tendu par Gonzague, qui convoite également la fortune et Inès de Caylus, et dans l'affrontement Nevers est tué, non sans avoir confié à Lagardère les papiers légitimant son mariage et l'enfant qui en est né, l'enfant à protéger, et le secret de sa botte, tandis que Gonzague enlève la belle Inès pour l'épouser à Paris. Cependant, Lagardère parvient à blesser Gonzague à la main, jurant que par ce moyen il le retrouverait et vengerait la mort de Nevers, son ami. C'est le fameux : "Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi !"
Début du XVIIIème siècle, la Régence est en place, et différents bouleversements interviennent dans le royaume, par exemple l'invention du papier-monnaie et les spéculations qui en découlent. Lagardère et la jeune Aurore de Caylus (qui a maintenant 18 ans) reviennent à Paris, en secret, pour tenter de récupérer l'héritage de la jeune fille, retrouver sa mère, et venger la mort de son père. Mais la veuve de Nevers, trompée par les dires de Gonzague, a épousé celui-ci, tout en réservant sa fortune pour sa fille, qu'elle espère toujours retrouver. Gonzague lui a fait croire que Lagardère était l'instigateur du complot contre Nevers et qu'il avait enlevé le bébé dans l'espoir de demander une rançon, et la veuve, qui n'a rien su de l'affaire qui s'est déroulée dans son château, le croit. Pour déjouer ces machinations, Lagardère se déguise en bossu et s'introduit dans le cercle d'amis qui fréquente Gonzague, réussissant même à capter son attention, sa confiance même, et de devenir en quelque sorte son confident. Il apprend ainsi que Gonzague sait qu'il est revenu à Paris avec la jeune Aurore, et qu'il tente de les retrouver pour supprimer Aurore, mais qu'il ne réussit qu'à voler les preuves de son identité. Lagardère essaie alors de toucher le Régent et de lui parler de l'affaire, mais il est arrêté. Il obtient un jour de sursis qui lui permet de tirer Aurore des griffes de Gonzague et de la rendre à sa mère. Le jour prévu pour son exécution, grâce à l'amour d'Aurore et au soutien de sa mère, il parvient à se justifier et à démasquer Gonzague, qu'il tue en duel grâce à la "botte de Nevers".

Une fois n'est pas coutume, je catalogue une de mes critiques dans les "romans classiques". Deux raisons : d'abord cette rubrique est un peu vide, et surtout ce roman, qui pourrait être pris pour un roman historique, ne garde l'Histoire que comme toile de fond et ne met en scène que des personnages soit totalement inventés, soit très peu connus car ayant eu un tout petit rôle dans l'Histoire... Mais ce roman a été écrit il y a un bout de temps, il est assez peu étudié, ce qui est dommage, mais je l'ai tellement lu qu'il m'est devenu archi-familier, et est pour moi un classique...
L'intérêt de ce roman et le succès qu'il a reçu à sa sortie (sous la forme de roman-feuilleton, au milieu du 19ème siècle, moment où cette forme connaissait de toute façon un grand succès) résident dans la forme composite qu'il adopte. L'auteur a joué sur plusieurs codes, parfois pour les moquer, les caricaturer, mais aussi pour les mettre en valeur, et réhabiliter des personnages tombés en désamour du public. Ainsi, il montre un chevalier errant dans un monde où celui-ci est tourné en dérision, mais en réussissant à tourner le public en sa faveur, il mêle représentation historique de la Régence et, à travers elle, du monde moderne, il parodie le roman picaresque à travers le couple truculent formé par Cocardasse et Passepoil, dont même les noms font sourire, et le romantisme à travers le contraste saisissant entre l'affreux bossu Lagardère et la belle et jeune Aurore. C'est donc un roman populaire dans toute sa force, et de façon exemplaire.
Pour ma part, j'ai également lu la "littérature annexe" qui entoure ce roman, à savoir les romans et épisodes écrits par Paul Féval fils, poursuivant l'oeuvre de son père et le pastichant en racontant des moments de la vie de Lagardère qu'on ne connaît pas : son enfance (La jeunesse du Bossu), la suite du roman (Le fils de Lagardère), la mort du héros... Et je dois dire que tous ces éléments m'ont toujours enthousiasmée, à tel point que j'ai beau connaître l'ensemble par coeur, je pleure toujours au moment de la mort de Lagardère... On s'attache tellement à ce personnage que cela fait mal de le voir vieillir et mourir de cette façon, et je pense qu'il fait partie de ces personnages qu'on ne devrait jamais voir mourir... (voyez par exemple les scandales à la mort de Sherlock Holmes ou d'Arsène Lupin ! A tel point que les auteurs ont dû "ressusciter" leurs héros par la suite...)
Pour conclure, je dirais que le Bossu (ou le roman de Lagardère, comme on appelle l'ensemble de cette littérature des Paul Féval père et fils) a connu un réel succès à sa sortie, et encore aujourd'hui, ce qui se prouve à travers ses nombreuses adaptations en pièces de théâtre (déjà quatre ans après sa sortie, l'adaptation théâtrale par l'auteur était jouée très souvent !) et en films (je pense notamment à la version jouée par Jean Marais, ou à celle, plus récente, avec Daniel Auteuil...), et je pense que ce succès est mérité. Si vous ne savez pas quoi lire durant vos prochaines vacances, jetez-vous sur Lagardère, vous ne serez pas déçus ! Et n'oubliez pas : "Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi !"... ;)

lundi 25 avril 2005

lundi
25
avril 2005

Le joueur, de Fédor Dostoevski.

Le joueur L'ouvrage:
Le personnage principal, Alexis Ivanovitch, est précepteur chez un général. Il est éperdument amoureux de Pauline, la belle-fille du général. Il ferait n'importe quoi pour elle, même des choses stupides. Pauline a plutôt l'air de jouer avec ses sentiments, et de lui préférer Desgrieux. Un jour, la tante du général, (dite la grand-mère), débarque sans prévenir. Le général et sa famille la croyaient malade, (et elle l'était, mais n'a pas donné de nouvelles racontant sa guérison), et attendaient l'héritage. La grand-mère entraîne Alexis Ivanovitch au casino. C'est là qu'il se rend compte qu'il a la passion du jeu...

Critique:
Ce livre fait partie des classiques que je n'hésite pas à relire. On y retrouve plusieurs thèmes: l'amour passionné déçu, les rapaces intéressés par l'argent de la vieille parente, le casino... Alexis Ivanovitch nous apprend toutes les règles de la roulette, d'ailleurs. Les passages où la grand-mère se déchaîne au jeu sont loufoques, très amusants. Personnellement, j'aime moins le passage où Alexis Ivanovitch suit mademoiselle Blanche.

On reste quand même sur sa faim, car on ne sait pas ce que va faire Alexis Ivanovitch, à la fin. Il jure qu'il va choisir une route, mais monsieur Astley (un anglais rencontré lors de son préceptorat chez le général), est sûr qu'il suivra l'autre. Je veux croire qu'il fera ce qu'il dit, mais quelqu'un qui a la passion du jeu ne suivra-t-il pas plutôt la route indiquée par monsieur Astley? C'est peut-être au lecteur de décider, après tout...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Bonnaffé pour les éditions Thélème.