Conduite en état Livresque

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C'était les choses les plus compliquées qui m'attiraient. Elles m'attiraient parce que j'étais moi-même la chose la plus compliquée, la complication étant moi-même.
Jean-Jacques Langendorf dans "La nuit tombe, Dieu regarde".

mercredi 1 février 2006

mercredi
1
février 2006

Romain Gallo contre Charles Perrault, de Gérard Moncomble

Gérard Moncomble est connu pour ses différents ouvrages pour la jeunesse, pour tous les âges. Il est, par exemple, l'auteur des aventures de Georges Bouton, explomigrateur, des Monsieur Popotame ou des Raoul Taffin, entre autres, et est l'un des auteurs pour la jeunesse les plus lus aujourd'hui.

Romain Gallo contre Charles Perrault

L’agence de Romain Gallo, un privé méconnu, est située au cœur de la ZUP, au dix-septième étage d’un immeuble délabré... Dans chaque histoire, Gallo a comme client une personne accusée à tort par le commissaire Perrault. Tous ces clients ressemblent étrangement aux personnages des contes de l’auteur du même nom ! L’enquête du détective prouve l’innocence du client, dans une version moderne changeant radicalement du conte dont elle s’inspire.
Par exemple, dans le premier chapitre, "Une galette de trop", Mme Leloup demande à Gallo d’innocenter son mari, condamné pour avoir mangé la Petite Chaperon Rouge et sa mère-grand, alors qu’il est... végétarien ! Afin de ne pas ternir sa réputation de boucher, l’accusé n’a pas révélé ce détail au cours du procès, et a été condamné suite à l’enquête du commissaire Perrault et au témoignage accablant d’un bûcheron, M. Cognet. Gallo finit par confondre Cognet au moment où ce dernier rejoint la Petite Chaperon Rouge et sa grand-mère, bien vivantes et cachées dans une maisonnette au milieu des bois. Tous trois ont bien sûr touché la prime d’assurance-vie de la grand-mère ! Gallo prouve ainsi l’innocence de Leloup, mais se fait voler la vedette par le commissaire Perrault qui, loin de reconnaître son erreur passée, fait en sorte de passer pour un redresseur de torts !
Et il en est de même pour les autres histoires...

Chaque histoire-chapitre est indépendante, même si parfois, il est fait allusion à l'une ou l'autre affaire dans un autre passage. Il est très plaisant de réviser, par cette version décalée, les contes que l'on croit si bien connaître. Cependant, certains contes mis ici en scène ne sont pas des plus connus, ce qui peut nous faire passer un peu à côté des références et allusions qui apparaissent. Mais je pense que cela peut nous entraîner pour aller (re)lire les contes en question, et (re)découvrir ceux que l'on connaît moins... Enfin, pour de futurs profs de français au collège, je pense que ce livre, facile et très rapide à lire, peut permettre d'aborder de façon plaisante avec les collégiens, les genres littéraires du conte et du roman policier, et ainsi à la prof de s'amuser avec eux en recherchant les versions originales !
Les personnages sont aussi très agréables, parfois maladroits, de mauvaise foi, mais assez drôles, en général, et l'on peut reconnaître dans le personnage de Romain Gallo toujours floué par le commissaire Perrault, d'autres personnages qui laissent la vedette aux "autorités reconnues" en restant dans l'ombre, parfois de leur plein gré, plus souvent de leur mauvais gré, mais comment se faire reconnaître, quand notre parole ne vaut rien face à celle d'un policier ? ;)

Les aventures de Romain Gallo existent dans deux autres volumes, Les douze travaux de Romain Gallo (ai-je besoin de vous dire de quel mythe il s'agit de détourner l'histoire ? ;)) et Fabuleux Romain Gallo ! (que je n'ai pas lu - je compte bien combler cette lacune -, mais qui détourne, cette fois, les fables de la Fontaine...). Encore une fois, de petits livres agréables à lire, et faciles à aborder avec des enfants, permettant d'approcher de façon agréable d'autres genres littéraires, peut-être plus ardus au premier regard... Je vous ferai peut-être plus tard ces critiques ! ;)

lundi 2 janvier 2006

lundi
2
janvier 2006

Le cri du héron, de Marie-Paule Armand.

Le cri du Héron L'ouvrage:
C'est un recueil de six nouvelles.

"Le cri du héron":
Marie vit heureuse entre ses parents, son frère, son oncle, sa tante, et ses cousins. Sa tante Elisabeth est enceinte. Malheureusement, elle perd son enfant, et a beaucoup de mal à s'en remettre. Claude, le frère de Marie, et Michel, le fils d'Elisabeth, décident d'aller chercher un enfant dans les choux (ils sont très jeunes, et croient que c'est là qu'on les trouve) pour lui redonner le sourire. C'est là qu'arrive le drame...

"Les soeurs ennemies":
Henriette est une enfant illégitime. Elle vit avec sa mère qui s'acharne à lui faire sentir qu'elle n'a pas été désirée, qu'elle n'est que source d'ennuis. Elle n'a de réconfort qu'auprès de ses grands-parents, et plus tard de Maurice, l'homme avec qui sa mère se marie. Mais quand sa mère donne naissance à Aurore, tout bascule à nouveau. Aurore est la préférée, et elle en profite. Maurice essaie bien, parfois, de soutenir Henriette, surtout lorsque les injustices sont trop criantes, mais la petite fille est très malheureuse.

"Le journal d'Olivier":
Olivier a dix ans. Il vient d'avoir un cahier pour son anniversaire. Il va y écrire tout ce qui lui arrive, ainsi que ses rêves. Il veut être journaliste. Il a une petite soeur de cinq ans, Coralie. Les deux enfants sont entourés de leur parents et de leur grands-parents. C'est une joyeuse petite famille.
Mais un jour, Christophe, le père d'Olivier, rencontre Martine, et c'est le coup de foudre...

"Une conquête difficile":
Claudine vient de connaître un divorce difficile qui l'a beaucoup éprouvée. Un jour, son corps se rappelle à elle, et se révolte contre le surmenage: elle a un énorme coup de fatigue. C'est ainsi qu'elle rencontre Yves, le médecin qu'elle va consulter, Yves dont la femme est morte quatre ans plus tôt. Au bout de plusieurs rendez-vous, les choses deviennent sérieuses entre Yves et Claudine. Claudine fait donc la connaissance d'Aurélie, la fille d'Yves. La petite fille la rejette immédiatement.

"Un noël sans frontières":
Maurice a connu la guerre de 14-18. Il en est revenu défiguré. Contrairement à ce qu'il pensait, sa fiancée, Rolande, ne s'est pas enfuie en le voyant. Ils se sont mariés, et ont eu un enfant, Michel.
Plus tard, Maurice devra subir les allemands à nouveau, pendant la guerre de 39-45. Il se montrera entier, et ne voudra pas voir que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Lorsque son fils, Michel, lui annonce qu'il va épouser Ilse, une jeune allemande, il le chasse, rejetant sur elle, qu'il ne connaît pas, la faute de certains allemands.

"La fugue de Sandrine":
La mère de Sandrine est morte quand elle avait quelques mois. N'ayant pas de mère, Sandrine a reporté tout son amour sur son père, Bernard. C'est une gentille petite fille, Sandrine, elle donne sans compter. Lorsque son père commence à fréquenter Laure, elle en souffre, se sentant délaissée. Mais elle ne dit rien. Même chose lorsqu'ils se marient. Lorsque Laure donne naissance à Xavier,puis à Julie, Sandrine se sent totalement abandonnée. En outre, Laure souffrant fréquemment de migraines, elle se repose énormément sur Sandrine, sans bien se rendre compte que c'est encore une enfant.

Critique:
Ces nouvelles sont très plaisantes. Elles nous montrent des situations simples (une enfant qui refuse d'accepter sa belle-mère, une fille qui prend sa soeur comme souffre-douleur, un homme marié qui rencontre une autre femme, etc), et explore les sentiments humains avec justesse. Ces situations, on les voit presque tous les jours, les thèmes pourraient donc sembler rebattus. Pourtant, il n'en n'est rien. Ces nouvelles sont passionnantes et pleines d'espoir. Bien sûr, tout ne peut pas se terminer comme dans ces nouvelles, et on pourrait reprocher à Marie-Paule Armand de ne faire que des fins heureuses. Mais ces fins ne sont pas tirées par les cheveux. Alors, pourquoi pas?

Dans "Le cri du héron", on a envie de croire au miracle accompli par un petit hamster.

Dans "Les soeurs ennemies", il y a certaines lourdeurs, (par exemple, Henriette enfant sait que sa soeur fera tout ce qu'elle peut pour la persécuter, et elle n'essaie pas de cacher certains jouets chez une amie ou ses grands parents, et elle raconte certains pans de sa vie en famille, alors qu'elle sait qu'on ne lui répondra que par du sarcasme et du mépris), mais on est totalement captivé par l'histoire. Aurore est peut-être un peu caricaturale, mais en y réfléchissant bien, ça doit exister, des pestes comme ça.

Dans "Le journal d'Olivier", on pourrait penser que c'est un peu gros. C'est peut-être la nouvelle dont j'ai le moins apprécié la fin... C'est un peu trop facile, de tout oublier, comme ça... Et on pense que le père recommencera.
par contre, l'attitude de Martine nous sort des sentiers battus de la méchante marâtre qui pique sans vergogne un homme à sa femme, un père à ses enfants.
Le petit Olivier est mignon, et ce qu'il fait est émouvant.

Dans "Une conquête difficile", on entre dans les rapports compliqués entre un enfant et sa belle-mère. C'est quelque chose de classique. L'histoire est sympathique...

Dans "Un noël sans frontières", on découvre un homme qui a souffert à cause des allemands, et qui, par conséquent, les met tous dans le même sac. On le comprend, mais on le blâme. Ce qui se passe après sa mort est extrêmement touchant. C'est une belle leçon de tolérance. En effet, beaucoup de gens ont tendance à coller des étiquettes. Il faut toujours rappeler que les allemands ne sont pas tous des nazis, que les orientaux ne sont pas tous comme le personnage de "Jamais sans ma fille", etc. Il faut prendre chaque individu pour ce qu'il est, et pas parce qu'il est du même pays que certains qui ont commis des atrocités. Il y a des fous, des assoifés de pouvoir partout. Qu'un homme soit bon ou mauvais ne tient pas à sa religion, à sa race, ou à son pays.

Dans "La fugue de Sandrine", on prend en pitié cette adolescente qui souffre en silence, et qui porte presque le poids de la maison sur ses épaules. Le tort de Sandrine est de ne pas communiquer. Elle supporte, elle supporte... un jour, elle craque. Et c'est là que son père et Laure se rendent compte qu'ils ne lui ont pas assez montré qu'ils l'aimaient, et qu'ils lui en ont trop demandé. Cette nouvelle est donc un appel à la communication. Si quelque chose ne va pas, il faut le dire plutôt que d'accumuler, et de craquer plus tard.

En gros, ces nouvelles sonnent très juste, sauf peut-être "Le journal d'Olivier", mais elle est tout de même agréable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 28 novembre 2005

lundi
28
novembre 2005

Trajets et itinéraires de l'oubli, de Serge Brussolo.

L'auteur:
Voir le billet sur Serge Brussolo.

Trajets et itinéraires de l'oubli L'ouvrage:
Elsy travaille dans le grand musée de la ville. Son travail est particulier: elle doit faire un inventaire. Mais le musée est si grand qu'on estime qu'un inventaire dure au moins un an.
Georges, son mari, a un projet un peu fou: il visite le musée dans l'espoir de la retrouver, et aussi d'élucider une énigme.

Elsy est heureuse de ce travail austère, qui, de par sa monotonie et la solitude dans laquelle on l'effectue, pourrait plutôt rendre les gens fous. Elsy, elle, y voit une échappatoire. Mais à quoi?... Que fuit-elle?

Critique:
Cette nouvelle n'est pas trop mal. D'abord, il y a tout un monde, tout un décor complètement créé par l'imagination de l'auteur. Il y a ce musée si immense que les visiteurs peuvent y rester plusieurs jours, voire plusieurs mois. Tout est aménagé pour qu'on puiss y faire de longs séjours: chaque pièce est équipée d'une cabine de douche, d'une banquette pour dormir, et d'un distributeur de nourriture. Et si on se perd, on dispos d'un guide électronique qui nous emmène vers la sortie.
En outre, ce musée où un inventaire nécessite des jours et des jours de marche es impressionnant. Cet inventaire est un autre prétexte pour Brussolo, il lui permet de développer son imagination: par exemple, la carte magnétique qui permet de se servir aux distributeurs de nourriture ne fonctionne que si la personne marche au minimum huit heures par jour. En outre, cette carte ne peut être volée, elle ne peut être activée que par son propriétaire, etc.
Il y a un autre moment où Brussolo montre encore une imagination qui intéresse vivement le lecteur. C'est lorsqu'Elsy travaille sur l'énigme du cube.

D'autre part, La trame de la nouvelle est intéressante. Il y a un peu de suspense, lorsqu'on se demande pourquoi Elsy s'empresse d'aller s'abrutir dans ce musée.

Les personnages ne sont pas vraiment attachants, sauf peut-être Georgesÿ Elsy pourrait l'être, mais personnellement, je ne l'aime pas trop. On dirait qu'elle ne sais pas ce qu'elle veut: sa vie ne lui plaît pas, alors, elle fait autre chose, et elle se retrouve coincée. Puis, elle se réfugie dans le musée. Elle m'énerve un peu. En plus, je n'aime pas ce qu'elle finit par faire... Bon, au moins, à la fin, elle sait ce qu'elle veut. Et c'est vrai qu'il y a de quoi devenir dingue, à déambuler dans ce musée, donc, ce qu'elle fait peut s'expliquer.

Après avoir lu "Docteur squelette" et "La meute" qui m'ont extrêmement déçue, cette nouvelle, qui, à mon avis, est plus fournie en idées, m'a fait plaisir.

Note: cette nouvelle peut se trouver seule, ou bien dans le recueil "Aussi lourd que le vent".

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Candil Lopez.

lundi 15 août 2005

lundi
15
août 2005

L'homme au parapluie et autres nouvelles, de Roald Dahl.

L'homme au parapluie L'auteur:
On connaît surtout Roald Dahl pour ses romans pour la jeunesse, comme "Charlie et la chocolaterie", "Charlie et le grand ascenseur de verre" (qui est la suite, et qui est très drôle), "Le bon gros géant", "James et la grosse pêche", "Sacrées sorcières", etc. Il paraît que ses romans pour adultes sont noirs. N'en n'ayant jamais lu, je ne peut confirmer ou infirmer ce que j'ai entendu.

L'ouvrage:
Ici, nous avons affaire à quatre nouvelles: "L'homme au parapluie", "Monsieur Botibol", "A moi la vengeance, SARL", et "Le maître d'hôtel". Dans la première nouvelle, un homme propose un parapluie très élégant à une femme en échange d'une livre, car il a oublié son portefeuille, et veut se payer un taxi pour rentrer chez lui.
Dans la deuxième, un homme "invente" de merveilleuses symphonies.
Dans la troisième, deux hommes imaginent de gagner de l'argent en vengeant les gens offensés par un journaliste.
Dans la dernière, un homme apprend à découvrir et à apprécier le bon vin grâce à son maître d'hôtel.

Critique:
J'avoue que la deuxième nouvelle m'a un peu ennuyée. Je n'ai pas accroché. Au début, j'ai suivi l'histoire, et ensuite, j'ai décroché. Mais cela ne veut pas dire que la nouvelle n'est pas bonne. Ces nouvelles sont excentriques. Celle-ci l'était peut-être trop pour moi. Le début nous montre un homme qui, lorsqu'il s'allonge et ferme les yeux, s'évade et se retrouve, (en rêve si j'ai bien compris) en train de composer et de jouer de merveilleuses symphonies.

Les trois autres nouvelles m'ont beaucoup plu.
La troisième m'a même plusieurs fois fait éclater de rire. On ne peut pas s'empêcher de réagir comme la personne à qui les deux compères demandent d'imprimer leur cartes de visite. Leur idée est simple: les gens insultés ou compromis par les articles de certains journalistes ne peuvent pas se défendre. Soit ils n'osent pas, soit ils sont trop en vue pour cela. Alors, nos deux compères crééent une entreprise qui châtiera ces journalistes pour tous les gens qui ont été calomniés un jour par eux. Ils proposent quatre châtiments, et chaque châtiment a un tarif.
On rit beaucoup, et si on y réfléchit bien, on se dit qu'une telle entreprise aurait du succès. Cette nouvelle est très agréable, très amusante, et bon enfant.

La première est plutôt surprenante. Elle montre un esprit tordu. Sa chute est très étonnante, et on ne peut s'empêcher d'en rire, malgré sa rudesse.

Quant à la dernière nouvelle, elle nous laisse songeurs et nous fait réfléchir sur le pouvoir de l'auto-suggestion, et sur la rouerie de certaines personnes. La chute est également surprenante, et là encore, même si elle est dure, le lecteur l'apprécie. Il est assez content que le prétentieux monsieur qui donne des dîners, et qui assomme ses invités avec son pédantisme, se fasse remettre à sa place de manière plutôt spectaculaire, et devant ses invités, en plus.

Je recommande donc ce petit livre très sympathique et détendant, et qui, en plus, nous fait réfléchir sur le paraître, les apparences, le vraisemblable. Ces nouvelles bousculent les convenances, et le lecteur y prend plaisir. Le livre est à la fois drôle et grave.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par madame Junod pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 6 juin 2005

lundi
6
juin 2005

Cadeau mortel pour Noël, de plusieurs auteurs.

Cadeau mortel pour Noël

L'ouvrage:
Ce sont douze nouvelles policières, écrites par douze auteurs différents. Au début, il est expliqué que les auteurs ont essayé de trouver un thème commun. Ils ont choisi Noël. Pour corser un peu le tout, ils ont décidé que dans chacune de ces nouvelles devraient se retrouver sept éléments précis. Chaque auteur doit les insérer dans son énigme.

Critique:
Globalement, ces nouvelles m'ont plu. Il y en a une ou deux qui sont un peu bateau, et j'ai même trouvé qui avait tué dans celle d'Evelyne Brisou-Pellen ("Du sang sur la neige"), mais elles ont toutes un certain charme, une ambiance particulière et attrayante. Chaque nouvelle, bien sûr, joue le jeu, et on retrouve bien les sept éléments imposés. On pourrait accuser certains auteurs de ne pas les avoir introduits de manière très fine, comme par exemple dans "L'habit rouge", où l'évocation de l'île déserte est assez simpliste. L'auteur de la première nouvelle ("Réveillon chez Magali") a trouvé un moyen très simple d'introduire les sept éléments, mais c'est un peu agaçant, car le lecteur devine que chaque invité aura un indice qui est l'un de ces éléments. D'autres, comme l'auteur de "Zone d'ombre", ne s'en sortent pas trop mal. Mais si la recherche de ces éléments peut être amusante pour le lecteur, elle peut aussi être un peu agaçante. On se dit parfois: "Bon, là, il a fait 40 détours pour pouvoir mettre cet élément-là.", et c'est un peu lourd. Donc, les sept éléments obligatoires sont peut-être de trop. Ou alors, peut-être que peu d'auteurs ont su les mettre en finesse dans leur nouvelle. Cependant, cela n'enlève rien au fait que ces nouvelles sont agréables à lire.

J'ai un petit faible pour deux d'entre elles: la deuxième, ("Lettres au père Noël") et la onzième ("Zone d'ombre").
La deuxième ressemble à un conte, peut-être à cause de la petite fille, Fanny, qui croit très fort que son père va revenir. C'est une histoire simple, mais très mignone. Et la fin arrache une petite larme aux coeurs sensibles.
Quant à "Zone d'ombre", je trouve que le mystère est bien exploité, l'énigme est bien ficelée. Le thème de quelqu'un qui fait des rêves qui lui rappelle quelque chose qu'il a vécu puis oublié m'intéresse beaucoup, et me fascine. Ce thème est peut-être un peu simple, un peu rebattu, mais il reste intéressant, et l'auteur de la nouvelle l'exploite bien. En outre, le personnage du père est attachant.

"Comment j'ai tué mon grand-père" se termine en queue de poisson. L'idée de départ est bonne, mais à la fin, on a envie de dire "et alors?... et après?"
La chute de "L'habit rouge" rend la nouvelle vraisemblable.
La douzième ("Embûche de Noël") est surtout amusante. Ici, les sept éléments obligatoires passent bien.
"Meurtre à répétition" peut déranger certains lecteurs qui ne s'attendent pas à du surréalisme, ou, disons, à de la science fiction. Finalement, elle passe bien, malgré cette surprise initiale.
"Minuit en rouge et noir", "Pas de cadeau pour le père Noël", "Mauvaises fréquentations" et "L'ange de la mort" sont assez classiques, mais leurs chutes sont bonnes, et elles se distinguent par d'autres choses.
"Pas de cadeau pour le père Noël" utilise un décor particulier, un huiclos qui oppresse le lecteur. Cela rend la nouvelle très dense.
"L'ange de la mort" paraît très classique, mais sa chute est recherchée.
"Mauvaises fréquentations" a une chute assez surprenante, et il y a une jolie histoire d'amour.

J'ai moins aimé "Du sang sur la neige" et "Réveillon chez Magali". D'abord, j'ai trouvé qui avait tué dans "Du sang sur la neige". Je n'ai pas trouvé le mobile, mais le fait d'avoir trouvé l'assassin m'a déplu. Ensuite, même si l'ambiance est oppressante, la nouvelle me semble écrite à la va-vite...
Quant à "Réveillon chez Magali", elle m'a paru un peu simple, même la chute. Cependant, elle est assez réaliste. Elle dépeint avec cynisme le comportement hystérique de rapaces qui veulent fondre sur un héritage.

En tout cas, on passe un bon moment avec ce recueil. C'est très bien pour se détendre.

Attention: les auteurs de ces nouvelles ayant écrit des livres pour la jeunesse, le livre est classé en jeunesse. Personnellement, je ne l'aurais peut-être pas classé comme ça.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.