lundi 18 avril 2011
Prix clara 2009.
Par La Livrophile, Dans la rubrique Nouvelles

L'ouvrage:
Ce prix fut créé en l'honneur de Clara, adolescente passionnée de lecture qui mourut à l'âge de treize ans d'une leucémie.
Tous les ans (depuis 2007), des adolescents concourent, et les nouvelles choisies sont regroupées dans un recueil. Le produit de la vente de ce recueil va à l'ARCFA.
Présentation des nouvelles:
L'envoûtement des mots, de Marie Friess
Un avocat acquiert une maison dont l'intérêt principal est l'immense bibliothèque. C'est alors qu'il découvre un livre qui le fascine.
L'appareil photo, de Clara Gonin
Alors qu'elle vendait des bijoux à des touristes, Mina remarque que l'un d'eux a oublié son appareil photo sur un banc. Elle s'en empare. Il va devenir son bien le plus précieux.
La soumission et la haine, de Marie Lécuyer
Marcus Schwartsen, vingt-deux ans, comparaît devant un officier. Il raconte comment il a vécu la montée du nazisme...
La route du là-bas, de Charlotte Marsac-Mougenot
Maimouna vit en Afrique avec sa famille. Ses parents décident de tenter leur chance en Espagne.
On m'a volé la tour Eiffel, de Fabien Maurin
Ce matin-là, le président français est bien embêté: en effet, ses ministres lui apprennent que la tour Eiffel a disparu.
Agonie verte, de Claire Mercier
Taupe Aveugle, la vieille indienne, sait se débrouiller dans la forêt. Un jour qu'elle a beaucoup marché, et a trouvé du gibier, elle découvre une jeune femme blessée. Elle la ramène dans sa cabane pour la soigner.
Noé décentré, d'Hélène Pierson
Il est dans un centre. Il a des camarades. Parfois, il s'amuse avec eux, parfois non.
Frontières, de Tiphaine Scholer
Ils sont un groupe de résistants dans un pays en dictature. Ils ont des otages. Mais le chef du groupe remet tout en question: il est de moins en moins enclin à la violence.
Critique:
«L'envoûtement des mots» part sur de très bonnes idées. Cet homme coincé dans ses certitudes que les livres commenceront à faire rêver, c'est une bonne idée. Ensuite, l'auteur explique très bien la fascination éprouvée par un lecteur totalement pris par un ouvrage.
Si tout cela est pertinent, j'ai moins aimé la fin. Elle est un mélange de classique et de renouveau mal exploité. Je m'explique: il y a une part de déjà vu. Quant au reste, il n'est pas expliqué. On ne sait pas trop pourquoi la femme a agi ainsi. L'auteur veut peut-être dire que l'amour de la lecture ne doit pas se transformer en obsession, comme ce fut le cas pour son héros.
J'ai aimé «L'appareil photo». On me dira que certaines coïncidences sont un peu grosses, que la fin est un peu trop heureuse, mais pourquoi pas? Pourquoi ne pas apporter une part de rêve aux lecteurs? C'est une jolie nouvelle, un peu comme un conte de fées. Et après tout, pourquoi cela n'arriverait-il pas, parfois?
J'ai trouvé «La soumission et la haine» bien pensée. Elle est écrite avec sensibilité, et remet les choses à leur place. On comprend le jeune narrateur qui fut endoctriné par ceux qu'il aimait, eux-mêmes floués. Marie Lécuyer nous montre tous les points de vue, toutes les nuances, et on comprend mieux comment certains ont pu se laisser abuser.
Dans «La route du là-bas», l'auteur prend le temps de planter un décor, de camper des personnages. Elle explique la vie d'un petit village africain, puis le dépaysement, voire le mal du pays éprouvés par son héroïne. Elle montre bien que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Ce n'est pas parce que la famille a atteint un prétendu pays de Cocagne que tout ira tout de suite bien pour tout le monde.
Quant à la fin, j'avancerai les mêmes arguments que pour «L'appareil photo».
J'ai bien ri à la lecture de «On m'a volé la tour Eiffel». Petite nouvelle agréable et humoristique. Bien sûr, la fin est un peu facile, mais il est évident que l'auteur n'avait pas d'autres choix.
J'ai moins adhéré à «Agonie verte». J'ai eu du mal à entrer dans le texte, qui, au départ, est très descriptif. Ensuite, j'ai bien ressenti l'atmosphère pesante due à cette forêt dense dont on se retrouve prisonnier, mais n'ayant trouvé aucun personnage sympathique, j'ai eu du mal à prendre vraiment part à cette nouvelle. En outre, il y a une incohérence: si on entre dans cette mangrove, si dense et labyrinthique soit-elle, on doit pouvoir en sortir. Et quelqu'un qui la connaît bien doit y arriver.
Pour moi, «Noé décentré» est la meilleure nouvelle du recueil. L'auteur a fait un pari risqué, et s'en sort à merveille. Il n'y a aucune incohérence (ce qu'on trouve régulièrement quand les auteurs se lancent ce genre de défis). En outre, elle a su entrer dans la peau de son personnage, et est parvenue à adopter un style particulier, et à le conserver tout au long de la nouvelle.
«Frontières» est intéressante, car l'auteur tente de piétiner les clichés. Mais ce faisant, elle en créé d'autres. Le chef de la résistance qui réfléchit, qui ne veut plus commettre de barbaries, c'est intéressant, et ça doit arriver, mais je n'y ai cru qu'à moitié. Pourtant, c'est préparé par le fait que la règle a toujours été d'user de violence le moins possible, et par certains autres faits.
En outre, j'ai trouvé l'histoire d'amour un peu grosse...
D'une manière générale, je n'arrivais pas à me dire que le narrateur avait plus de quarante ans. pour moi, il en avait dix-huit.
D'autre part, j'ai remarqué des erreurs de syntaxe dans cette nouvelle.


2
-308 lectures













