Conduite en état Livresque

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Je suis donc resté près d'elle, contracté et silencieux, à peu près aussi utile qu'un frigidaire dans le grand Nord.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

jeudi 31 janvier 2008

jeudi
31
janvier 2008

*Laurence Gargantini.

Note: Ce billet aurait dû paraître le jeudi 31 janvier. Seulement, à force de publier des billets à l'avance, et de laisser le plugin Planification les mettre en ligne à la date désirée, je me suis emmêlé les pinceaux. J'avais oublié de mettre la bonne date sur le billet! Je l'ai rétablie et ai mis ce billet en ligne manuellement. Je suis désolée.
Bonne lecture!

Aujourd'hui, c'est Laurence Gargantini qui répond à mes questions.

La Livrophile: Comment en êtes-vous arrivée à enregistrer des livres?
Laurence Gargantini: Si j'ai eu envie d'enregistrer des livres, c'est parce que j'ai toujours aimé lire. J'ai eu beaucoup de plaisir à lire pour mes enfants quand ils étaient petits. Plus tard, je me suis renseignée à la bibliothèque Braille et l'on m'a invitée à faire un essai de voix... et c'est ainsi que cette belle aventure a débuté. Tout d'abord sur cassette et plus particulièrement pour les enfants, puis pour les adultes également. J'ajouterai que le fait de savoir que je fais plaisir à quelqu'un est extrêmement motivant. J'ai été en contact avec un Monsieur mal-voyant de langue allemande et j'ai vu son visage s'éclairer lorsqu'il a reçu ses CD ! Il les attendait impatiemment car souffrant d'un problème de locomotion, ses "livres" sont sa plus grande distraction. Lorsqu'il a appris que j'enregistrais des lectures, il m'a remerciée d'une manière touchante, m'expliquant par là même ce que nous, lecteurs, pouvons apporter à des personnes comme lui.

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres? De même, y a-t-il un genre de livres que vous n'aimez absolument pas?
L.G.: Ma préférence va aux romans policiers américains et aussi à des écrivains du terroir, comme Christian Signol, par exemple, dont j'apprécie le style et les descriptions. J'aime également les romans écrits par les femmes, et enfin, l'humour.
En revanche, je n'aime pas du tout les oeuvres futuristes (science-fiction), pas plus que l'Histoire Ancienne!
Et pour finir, je déteste la vulgarité.

L: Comment choisissez-vous quels livres vous allez enregistrer? Je suppose que vous n'enregistrez pas uniquement ceux que vous aimeriez lire.
L.G.: Le choix de la lecture est dicté en premier par les demandes, puis ensuite s'il est préférable que ce soit un homme ou une femme qui lise, surtout dans le cas d'un récit à la 1ère personne. Il m'arrive de proposer des lectures que j'ai appréciées ou d'en refuser pour les raisons citées plus haut!

L: Parmi les livres que vous avez enregistrés, quel est celui pue vous avez préféré?
L.G.: Je ne peux pas vous citer de livre préféré car j'en enregistre depuis 15 ans et je ne garde pas forcément de souvenir de ce que je lis... Mais il est évident que je vais préférer une lecture que j'ai moi-même suggérée!

L: Est-il arrivé qu'un livre à enregistrer vous tente, puis qu'après avoir approfondi, vous le trouviez beaucoup moins à votre goût? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples? A l'inverse, un livre qui ne vous tentait pas s'est-il révélé bien plus plaisant que prévu? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?
L.G.: Il arrive qu'un ouvrage se révèle décevant ou pénible. Dernièrement il m'est arrivé de lire une histoire qui se terminait fort mal et je reconnais que cela m'a été difficile d'aller jusqu'au bout, surtout que cela se déroulait en été 2003 et qu'il y avait beaucoup d'évocations d'événements bien réels liés à cet été-là qui laissaient à penser qu'il s'agissait peut-être d'un récit authentique. L'inverse ne s'est jamais encore produit: si je ne "sens" pas l'ouvrage, je préfère le laisser à quelqu'un d'autre qui le lira beaucoup mieux.

L: Combien de temps avez-vous pour vous approprier le livre avant de l'enregistrer? Le lisez-vous plusieurs fois? Lisez-vous un chapitre, puis l'enregistrez-vous? Découvrez-vous le livre au moment où vous l'enregistrez? Vous imaginez-vous facilement les personnages? Expliquez votre démarche, vos habitudes.
L.G.: Généralement, nous avons l'oeuvre dans les mains au moins 15 jours à l'avance. J'entre dans le livre au moment où le micro s'ouvre! Je le parcours avant, en général je me "promène" dans le nombre de pages que je vais enregistrer mais je le lis rarement entièrement (ce qui explique le paragraphe précédent...!), sauf évidemment s'il s'agit d'un roman que je propose après l'avoir lu! Je pense que si je le préparais mot par mot, mon ton serait un peu "appris par coeur" et donc ennuyeux. Mais votre avis m'intéresse aussi!
Oui, j'imagine les personnages, d'autant mieux si l'auteur les décrit!

L: Combien de temps dure une séance d'enregistrement? (Je sais que ça varie selon l'énergie et la disponibilité des lecteurs.)
L.G.: Une séance dure environ entre 1 heure et 1 heure et demie, une fois par semaine, à moins qu'il y ait une urgence! ce qui est rarement le cas. En fait, trajet compris, j'y consacre la matinée entière.

L: Lorsque vous enregistriez sur cassette, comment faisiez-vous lorsque vous vous trompiez de ton, par exemple, pour une réplique?
L.G.: A l'époque des cassettes, en cas d'erreur, ou de toux intempestive, je demandais l'aide du technicien afin d'effacer et de recommencer!

L: Qu'enregistrez-vous en ce moment?
L.G.: En ce moment j'enregistre un gros livre de l'américaine Barbara Taylor Bradford: "La dynastie Ravenscar", saga d'une famille anglaise au cours du 20ème siècle. C'est plaisant.

L: Faites-vous particulièrement attention à ne pas abîmer votre voix dans la vie de tous les jours?
L.G.: Je noue une écharpe autour de mon cou en hiver, mais, Dieu merci, je bénéficie d'une bonne santé! J'ai arrêté de fumer en 2006.

L: Avez-vous un métier en plus de cette activité de lectrice bénévole?
L.G.: Oui, j'exerce une autre activité qui m'oblige aussi à parler!

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?
L.G.: Je fais du sport presque chaque jour, j'aime beaucoup être avec ma famille, avec mes amis, et j'adore la nature et les animaux. J'en ai plusieurs. J'aime cuisiner pour les bons vivants et les gourmands!
J'aime beaucoup le Sud en général et les îles; les gens que l'on y rencontre, la végétation, le climat, les parfums, la mer et les épices.

L: Avez-vous une devise dans la vie?
L.G.: Ma devise est : "Carpe diem", profiter de chaque jour car on ne sait pas de quoi demain sera fait; dire aux gens qu'on les aime et le leur prouver tant qu'on le peut, et enfin, apprécier ce que l'on a en évitant de gémir sur ce que l'on n'a pas...!

L: Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter?
L.G.: Je voudrais ajouter que j'ai été infiniment touchée par ce que vous avez eu la gentillesse de dire à mon sujet sur votre "blog" et que j'espère pouvoir continuer encore longtemps à vous faire sourire, à vous émouvoir et à vous faire plaisir en vous prêtant mes yeux! C'est une magnifique motivation pour moi et je vous remercie sincèrement de l'intérêt que vous voulez bien me porter.
A bientôt!

Liste des livres enregistrés par Laurence Gargantini:
1993:
L'assassin: Jean Dutourd
Missouri; Arc-en-ciel; Le voyage de Plume; Plume en bateau: Christine Bauchau, Markus Pfister et Hans De Beer
Kiki la casse: Henriette Bichonnier
Le club des cinq en péril: Enid Blyton
L'étalon noir: Walter Farley
%Le journal secret de Marine: Sandrine Pernusch
Devenez populaire en cinq leçons: Marie-Aude Murail
L'idée du siècle: Daniel Pennac
Contes de Noël 93

1994:
Treize à la douzaine: Ernestine et Frank Gilbreth
Jazz: Toni Morrison
Immensités: Sylvie Germain
Michel et le brocanteur: Georges Bayard
Un sacré menteur: Bruce Clements
Encore une histoire de sorcière: Valérie Cluzot
L'appel de la forêt: Jack London
L'enfant du dimanche: Gudrun Mebs
L'île du docteur Moreau: Herbert-George Wells
La tarte volante: Gianni Rodari
Le cadeau d'Arthur: Guillaume de Sancy
Madame Bigote-Gigote: Betty Macdonald
Contes de Noël 94

1995:
Papa qui?: Claude Sarraute
La mousse-manie: Judy Blume
Le fantôme du troisième balcon: Caroline Quine
Le tigre des lagunes: Henri Vernes
L'huissier est pour jeudi: Claire Devarrieux
A la recherche du rat-trompette: Jean Joubert
Fables: Jean de La Fontaine
Contes de Noël 95

1996:
La saveur d'une fougasse: Michèle Joz-Roland
La jeune fille à l'avant-scène: Jean Piat
Jimmy Lalouette: Jean-François Ménard
Une soudaine solitude: Madeleine Chapsal
Présidente: Patrick Cauvin
Mourir au paradis: Philippe Graven
Raconte-moi la vie: plusieurs auteurs

1997:
Le secret de la villa Mimosa: Elizabeth Adler
Emportez-moi sans me briser: Isabelle Jarry
Joyeux Noël, Merry Christmas: Mary Higgins Clark
La trahison: Cécile Wajsbrot
Voix: Dacia Maraini
En attendant Noël, un conte par jour jusqu'à Noël: Philippe Fix

1998:
September: Rosamunde Pilcher
Vos droits d'assurés: plusieurs auteurs (et plusieurs lecteurs)
Rose Madder: Stéphen King
Petite chronique des cigales: Magali Fillol
Mariama et autres contes d'Afrique de l'Ouest: Mamadou Diallo
Le mystérieux docteur Xatan: Henri Vernes
Diana, la princesse abandonnée: Nicholas Davies

1999:
Une si longue nuit: Mary Higgins Clark
Misia, la vie de Misia Sert: Arthur Gold et Robert Fitzdale
Quelqu'un de bien: Guy Lagorce
Lâcher prise, dire oui à la vie: Rosette Poletti et Barbara Dobs
Gérer ses émotions, des réactions indispensables: Olivier Nunge et Simone Mortéra

2000:
Le roi des halles («Secret d'état«, tome 2): Juliette Benzoni
Et nous nous reverrons: Mary Higgins Clark
La nuit des pantins: Robert-Lawrence Stine
Arletty, de Frédérick Lemaître aux enfants du paradis: Michel Souvais (avec monsieur de Saugy)
Cadavre X: Patricia Cornwell

2001:
Complot de femmes: Christine Arnothy
Les noëls blancs («Ce que vivent les hommes«, tome 1): Christian Signol
La nuit tombe, Dieu regarde: Jean-Jacques Langendorf

2002:
Le labyrinthe des coeurs: Elizabeth Walker
Une taupe à la maison blanche: Jack Higgins
Je l'aimais: Anna Gavalda
La vallée des dinosaures («La cabane magique«, tome 1): Mary Pope Osborne
Nouvelles chroniques de San Francisco («Chroniques de San Francisco«, tome 2): Armistead Maupin
Une fille méga giga extra («Le monde délirant d'Ally«, tome 1): Karen Maccombie
Pomme, fille unique: Sylviane Degunst
Petit ami plus petite amie égale gros, gros soucis («Le monde délirant d'Ally«, tome 2): Karen Maccombie
Le match de foot qui dura tout un été, Bernard Chambaz
Une incroyable histoire: William Irish

2003:
Le baiser: Danielle Steel
Amour, racket et sales manies («Le monde délirant d'Ally«, tome 3): Karen Maccombie
Copains, faux copains et secrets très secrets («Le monde délirant d'Ally«, tome 4): Karen Maccombie
101 expériences de philosophie quotidienne: Roger-Paul Droit
Les yeux de diamant: Carol Higgins Clark
Le saint, par ici la monnaie: Leslie Charteris
La fiancée du crapaud («Sigrid et les mondes perdus«, tome 2): Serge Brussolo, 2003
Une seconde chance: Mary Higgins Clark
Cinq jours à Paris: Danielle Steel

2004:
La guerre des couronnes («La reine liberté«, tome 2): Christian Jacq
Portraits ge.ch, 30 genevois méconnus: Marie-Claire Lescaze
Les enquêtes d'Annika Bengtzon, Dead line: Lisa Marklund
Tatouages, tortue, et têtes à claques («Le monde délirant d'Ally«, tome 8): Karen Maccombie
Geneviève («Quatre soeurs«, tome 4): Malika Ferdjoukh
Nains de jardin, téloche, et grosse pétoche («Le monde délirant d'Ally«, tome 9): Karen Maccombie
Cadeau mortel pour Noël: plusieurs auteurs

2005:
Le secret d'Emma Harte («L'espace d'une vie«, tome 4): Barbara Taylor Bradford
On m'a dit à la ferme: Anne-Marie Prodon
Asticots, pari stupide, et faux départ («Le monde délirant d'Ally«, tome 12): Karen Maccombie
Terrain dangereux: Jack Higgins
Le talisman («La chaloupe«, tome 1): Janine Boissard, (plusieurs lecteurs)

2006:
L'oiseau-tempête: Dominique Martin
Le sang du temps: Maxime Chattam
A bon port: Danielle Steel
La succession d'Emma Harte («L'espace d'une vie«, tome 6): Barbara Taylor Bradford

2007:
Bois ton rais de soleil: Marie Mauron
Essai sur les bistrots de Russin
Saba samba («Le quadrille des assassins«, tome 3): Hervé Jubert
Canicule, prenez gardes aux ides d'Auguste: Monique Ferrero

jeudi 6 septembre 2007

jeudi
6
septembre 2007

*Eric Herson-Macarel.

Aujourd'hui, c'est Eric Herson-Macarel qui répond à mes questions.
Eric Herson-Macarel travaille pour les éditions Livraphone. C'est un lecteur de la première heure.
Pour moi, c'est un grand du livre enregistré. Sa lecture est toujours juste, il ne surjoue jamais. Sa diction est soignée. Il ne singe pas les accents étrangers.

La Livrophile: Racontez votre parcours. Comment en êtes-vous arrivé à enregistrer des livres audio?

Eric Herson-Macarel: J'en suis venu à enregistrer des livres par le plus grand des hasards, comme toujours dans l'existence et particulièrement dans mon métier. Si ma mémoire est bonne (elle me trahit souvent, sauf sur les plateaux de théâtre, allez comprendre), c'est un collègue comédien qui m'a traîné un beau jour dans la cave obscure où s'élaborait la genèse des éditions Livraphone, sous la houlette solitaire et obstinée de l'inénarrable Arnaud Mathon. A l'époque, outre un début de parcours au théâtre et dans l'audiovisuel, je faisais déjà du doublage et de la radio: le jeu de la lecture au micro - car c'est un jeu, bien sûr, avec ses règles, ses enjeux, ses victoires et ses défaites - m'a tout de suite plu. A l'heure qu'il est, je ne m'en suis toujours pas lassé...

L: Quel âge avez-vous?

E. H.-M.: J'ai eu quarante-trois ans aux nectarines. C'est un bel âge.

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres?
Et y a-t-il un genre que vous n'aimez absolument pas?

E. H.-M.: Pour mes lectures personnelles, je lis tout ce qui me tombe sous la main. Pour ça comme pour bien d'autres choses, je me fie au hasard, que je trouve infiniment plus riche et surprenant que l'étroit carcan de nos préférences ou de nos convictions. Je ne saurais définir un « genre » de livres que je préfèrerais à tout autre. Ce n'est pas parce que la « Recherche du temps perdu » est pour moi le livre total qui contient tous les autres que je ne vais lire que des romans autobiographiques toute ma vie - Dieu m'en préserve! Mais tout ce qui me semble être de quelque consistance dans le champ de la littérature, de l'Histoire ou des sciences humaines attire au moins ma curiosité - et plus si affinités. Je suis en train de dévorer l'intégrale des « Mille et une Nuits », simplement parce qu'on vient de me les offrir - quel luxe, et quel régal! Après, dans ma pile, il y a Gombrowicz, Dürrenmatt, Drewermann et Némirovsky - toujours par hasard. Je m'en pourlèche à l'avance.
Par contre, je trie, quand même. J'avoue que ma curiosité faiblit à l'approche des ouvrages de science-fiction, de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un « best-seller », des précis d'informatique et, plus surprenant peut-être pour les fidèles des éditions Livraphone, des romans policiers...! Heureusement qu'il y a des Arnaud Mathon pour m'obliger à en lire: quelques-uns sont réellement très bien, et ainsi mourrai-je moins bête...
Et puis, il y a tous les livres que j'aimerais lire, mais auxquels je ne comprends rien - philosophie, linguistique, théologie, sociologie, économie, astrophysique...Tant pis, je renonce. Dans une autre vie, peut-être?

L: Avant, les comédiens lisaient un livre à plusieurs. Aimiez-vous cette formule?
Comment cela se passait-il?
Etiez-vous tous dans la même cabine?
Aviez-vous un livre chacun?
Arnaud Mathon choisissait-il les rôles de chaque comédien, ou en discutiez-vous tous ensemble? (Je me souviens que vous lisiez souvent le rôle du narrateur.)

E. H.-M.: Ces questions ont toutes trait à « l'ancienne manière Livraphone ». Elle vaut certes d'être évoquée - réservoir inépuisable pour moi de souvenirs très folkloriques! Les livres, en effet, étaient polyphoniques - et pour commencer à répondre, je dirais sans ambages que je préfère de beaucoup la lecture à une voix, y compris d'un point de vue d'auditeur: elle traduit beaucoup mieux l'indispensable distance inhérente à l'écriture romanesque. Les livres à plusieurs voix semblent vouloir imiter le théâtre, ou du moins la fiction radiophonique, et annihilent du même coup cette distance propre à l'écriture d'un roman - en somme, ils le dénaturent. J'ai beaucoup applaudi à l'initiative d'Arnaud Mathon lorsqu'il a décidé de ne plus enregistrer les livres que comme ils ont été écrits: à une voix.
Cela dit, c'était rigolo: entassés tous dans la même cabine (la cave héroïque à laquelle je faisais allusion tout à l'heure), agglutinés acrobatiquement autour de deux malheureux micros, pas toujours tous dotés d'un exemplaire du livre, mais devant parfois lorgner sur celui du collègue pour lancer sa réplique au bon moment, ça fait des souvenirs... Tout de même, hommage soit ici rendu au dit Arnaud Mathon, qui, parti de rien, du fond de la cave de son appartement, a tenu contre vents et marées, n'a cessé d'affiner sa pratique, les conditions de travail et de rémunération de ses collaborateurs, pour finalement gagner son pari qui, à l'époque, paraissait un peu cinglé... C'est lui qui faisait tout: choix éditoriaux, castings (il décidait en effet de l'attribution des rôles pour tous les comédiens), enregistrements, post-production, commercialisation, jusqu'à la conception des jaquettes... Chapeau. En tant que papillon volage (un acteur...), j'admire les laboureurs acharnés d'un même sillon.

L: Est-il arrivé qu'un livre à enregistrer vous tente, puis qu'après avoir approfondi, vous le trouviez beaucoup moins à votre goût?
L'inverse s'est-il également produit?
Si un livre à enregistrer ne vous tente pas, il est sûrement plus difficile  à travailler en vue de l'enregistrement. Comment palliez-vous cette difficulté supplémentaire?
Comment vous appropriez-vous un livre à enregistrer? Lisez-vous des passages à haute voix chez vous? Vous imaginez-vous facilement les personnages?

E. H.-M.: Difficiles questions, qui ne se posent pas tout à fait en ces termes pour moi. Il en va en fait de ces livres comme de ceux sur lesquels je tombe - ou qui me tombent dessus - pour mes lectures personnelles: je fais confiance, j'y vais, et on voit après. Puisque je vous ai fait le redoutable aveu de mon goût très modéré pour les romans policiers, je peux continuer: à chaque fois qu'Arnaud me propose d'enregistrer un nouveau Connelly, je râle pour la forme, et puis je me mets au travail: c'est-à-dire que je lis le livre en question non pas en tant que lecteur ordinaire, mais dans la perspective de l'enregistrement et du plaisir immense, accessoirement, que je sais que j'y prendrai. Ce n'est pas moi qui lis, en somme, c'est l'acteur qui apprivoise le matériau de son jeu. Et le jeu est ma passion, mon bonheur, ma raison de vivre. L'intérêt que moi, Eric, je trouve ou pas au livre devient secondaire. Ma tâche, dès lors que j'accepte le travail, est de restituer celui-ci le plus fidèlement possible - pour que ceux que ça intéresse y prennent le maximum de plaisir. Dans cette mesure, je fais peu de différence entre les livres qui m'enthousiasment (« En crabe », « le Silence de la mer » ou « le Grand Cahier ») et ceux qui m'indiffèrent davantage (« La mort est mon métier » ou un enième Michaël Connelly). A tous, j'ai pris, sans mentir, un immense plaisir à l'enregistrement, parce que là, ce n'est plus Robert Merle et ses maladresses prétentieuses ou Michaël Connelly et ses redondances fatiguées qui parlent: c'est moi. Et j'adore parler, surtout quand ce sont d'autres que moi qui parlent en moi. Est-on acteur pour autre chose?
Donc je lis, crayon en main pour noter les pièges qu'il faudra déjouer à la volée lors de l'enregistrement (comme telle ou telle indication sur l'humeur d'un dialogue, mais qu'on ne découvre que trois lignes après...). J'imagine, oui, les personnages - leur aspect physique, leur voix qu'il ne s'agira bien sûr pas de singer, mais d'incarner sans jamais se départir de la fameuse distance romanesque. Les bonnes écritures vous y aident très bien - dont celle de Michaël Connelly. Les mauvaises - telle celle de Robert Merle - vous enferment plus facilement dans les caricatures qu'elles dessinent. Tous les acteurs vous diront que c'est beaucoup plus facile de jouer un grand texte qu'un médiocre. Et je lis « à haute voix dans ma tête », si j'ose m'exprimer ainsi - dans la pensée permanente de l'enregistrement, de ce qu'il faudra accompagner, suspendre, laisser glisser, estomper ou éclairer le plus discrètement possible au moment crucial du jeu.
Mais il y a bien pire que les écritures médiocres: il y a les impostures manifestes. Une seule fois, j'ai tout bonnement refusé d'enregistrer un livre, après sa lecture intégrale. Il s'agissait des « Particules élémentaires ». Ca, j'ai dit, c'est sans moi - ça n'engage que moi, du reste. Mais je ne pouvais supporter l'idée d'incarner cette parole cyniquement fascisante et de surcroît écrite avec les pieds. Là, même chose: ma curiosité a trouvé sa limite - après examen, j' insiste.

L: Fumez-vous? (A vous entendre, je dirais que non.)

E. H.-M.: Je fume depuis vingt-cinq ans une quinzaine de brunes sans filtre par jour. Sincèrement navré de vous décevoir... Et en plus j'adore ça.

L: Si mes souvenirs sont bons, vous n'avez rien enregistré pendant deux ans environ (de 1997 à 1999). Aviez-vous envie de faire une pause à ce moment-là?

E. H.-M.: Si je n'ai rien enregistré entre 97 et 99 (quelle mémoire!), c'est purement le fruit du hasard, et des choix éditoriaux qu'a dû faire Arnaud à cette époque. Peut-être aussi étais-je beaucoup pris par ailleurs, je vous avoue que je ne me souviens plus très bien.

(Note de la Livrophile: Ma mémoire n'est pas si bonne que ça, vous le verrez à la lecture de la voxographie livresque d'Eric Herson-Macarel.)

L: Vous avez enregistré presque tous les Michael Connelly. Quel est votre préféré parmi ceux que vous avez enregistrés?

E. H.-M.: De Michaël Connelly, j'ai déjà beaucoup parlé - comme pour les cigarettes, j'espère ne vous avoir pas trop déçue... J'ai été cependant agréablement surpris par ma lecture du « Cadavre dans la Rolls », que je vais enregistrer incessamment. J'ai un bon souvenir également du « Dernier coyote », le premier que j'aie lu (mais peut-être est-ce parce que c'était le premier?...), et de la « Blonde en béton ». Mais encore une fois, je suis sans doute le plus mauvais critique de polar qu'on puisse rencontrer...

L: Que pensez-vous du personnage d'Harry Bosch?

E. H.-M.: Par la force des choses, - et Dieu sait qu'elles sont fortes -, je me suis bien sûr attaché au personnage d'Harry Bosch. Comment pourrait-il en être autrement? Pourtant sa rengaine de coyote solitaire, un peu systématique, m'agace un brin par moments. Mais au moins le personnage existe - hommage à l'auteur-, il a de la chair et du ragoût. Quelques préjugés hâtifs, aussi, mais c'est la Californie, on n'y peut rien... En fait je l'aime bien, même quand il m'énerve. Comme dans un vieux couple.

L: Laissez-moi vous raconter une anecdote amusante. Avant, vous enregistriez sous le nom d'Eric Dufay. Depuis 1999, les présentations sur les livres ont changé, et on peut entendre: "interprété par Eric Herson-Macarel". J'ai longtemps été persuadée que Dufay était votre vrai nom, et qu'Herson-Macarel était un pseudonyme. Un jour, je l'ai écrit sur mon blog, et votre cousin, Nicolas Herson-Macarel, est tombé dessus. Il m'a écrit pour m'expliquer qu'en fait, Herson-Macarel était votre vrai nom.
D'où la prochaine question: pourquoi avez-vous commencé par prendre un pseudonyme?

E. H.-M.: Erreur de jeunesse - qui n'en fait pas? : j'ai trouvé amusant, en commençant ce métier, de prendre un pseudonyme, juste pour rire. Ca ne m'a pas fait rire longtemps, en fait. Très vite, j'ai trouvé ça pesant et vaguement ridicule - mais il m'a fallu plusieurs années avant de décider de le jeter aux orties, et d'assumer les conséquences fâcheuses que ça n'a pas manqué d'avoir sur la lisibilité de mon parcours. Tout mon passé d'acteur, en effet, au théâtre, au cinéma, en doublage, à la radio et la télévision, s'appelait Eric Dufay. J'ai donc recouvré enfin mon identité: je m'appelle bien Eric Herson-Macarel, comme mon père et mes enfants. Et je ne changerai plus!

L: Comptez-vous continuer longtemps à enregistrer des livres?

E. H.-M.: Bien sûr, je compte continuer à enregistrer des livres - drôle de question! Mais j'aime par-dessus tout, comme vous l'aurez sans doute compris, ne pas savoir ce que je ferai le mois prochain.

L: Tenez-vous un site ou un blog?

E. H.-M.: Vu la minceur de mes compétences informatiques, je suis au regret de vous dire que je ne tiens ni site ni blog - ce serait une vraie catastrophe...

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?

E. H.-M.: La grande passion de ma vie, c'est la musique. La pratique musicale, mais aussi l'histoire de la musique, l'organologie, etc... Je joue (assez mal) de divers instruments, entre cornemuse et psaltérion, jusqu'au violoncelle auquel je me suis mis il y a un an et demi parce que je suis un peu cinglé. Puis viennent le cinéma (loin devant le théâtre, curieusement), l'architecture, et l'Histoire en tant qu'elle nous aide à débrouiller l'écheveau du monde contemporain. Voilà grosso-modo mes centres d'intérêt.

L: Quelle est votre devise dans la vie?

E. H.-M.: Je pense que si j'avais une devise, elle ressemblerait à « méfie-toi des devises, elles font passer à côté de plein de choses ». Mais je n'ai pas de devise.

L: Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter?

E. H.-M.: Ajouter quelque chose? Après une telle logorrhée, ce serait indécent, je trouve...
Donc j'en reste là, en espérant avoir en partie au moins satisfait votre attente. Ne m'en veuillez pas de la sincérité un peu brutale, peut-être, de certains de mes propos - mais à quoi bon se parler si c'est pour dire n'importe quoi?
Encore une fois, je vous remercie très chaleureusement du témoignage d'estime que vous m'avez adressé en m'invitant à répondre à vos questions.

Voici la liste des livres enregistrés par Eric Herson-Macarel:
(Note: Jusqu'en 1994, les livres étaient enregistrés à plusieurs voix. Pour les premiers livres, je préciserai donc (sauf pour «L'immoraliste«, car je ne m'en souviens plus), quel rôle il avait.)

1989:
L'immoraliste: André Gide
Le salaire de la peur: Georges Arnaud (narrateur)
Génitrix: François Mauriac (narrateur)

1990:
Le troisième homme: Graham Greene (Rollo Martins)
L'aiguille creuse: Maurice Leblanc (narrateur)
La demoiselle aux yeux verts: Maurice Leblanc (narrateur)
La barre-y-va: Maurice Leblanc (narrateur)

1991:
L'île aux trente cercueils: Maurice Leblanc (narrateur)
Malataverne: Bernard Clavel (narrateur)
Les aventures de Sherlock Holmes: Le pouce de l'ingénieur: Arthur Conan Doyle (l'ingénieur)

1992:
Salammbô: Gustave Flaubert (Naravas)

1993:
Le voyageur imprudent: René Barjavel (narrateur)
La paroi: Pierre Moustiers (narrateur)

1995:
La voie royale: André Malraux
L'aube: Elie Wiesel

1996:
La nuit du renard: Mary Higgins Clark
Dick Contino's blues: James Ellroy
Hollywood nocturnes: James Ellroy
Zigzagmovie: Elmore Leonard
Rue barbare: David Goodis

1997:
Là où dansent les morts: Tony Hillerman
Les sectes mercenaires (une aventure du Poulpe): Bertrand Delcour
Le père goriot: Honoré de Balzac
Le grand cahier: Agota Kristof

1999:
La preuve: Agota Kristof
Le troisième mensonge: Agota Kristof
La bête humaine: Emile Zola
Le silence de la mer: Vercors

2000:
Quand un roi perd la France: Maurice Druon
Le dernier coyote: Michael Connelly

2001:
L'envol des anges: Michael Connelly
La condition humaine: André Malraux

2002:
La glace noire: Michael Connelly
Wonderland avenue: Michael Connelly

2003:
En crabe: Günter Grass
Darling Lilly: Michael Connelly
Les soldats de l'aube: Deon Meyer

2004:
Lumière morte: Michael Connelly

2005:
Le poète: Michael Connelly
Deuil interdit: Michael Connelly

2006:
Les égouts de Los Angeles: Michael Connelly
La blonde en béton: Michael Connelly

2007:
La mort est mon métier: Robert Merle
Echo park: Michael Connelly

(Note: «Echo park« m'a été offert par les éditions Livraphone. Je ne ferai pas de critique de l'ouvrage afin de ne pas marcher sur les plates-bandes de la rédactrice qui l'a déjà fait ici. Je profite donc de l'interview du comédien qui a enregistré le livre pour remercier les éditions Livraphone pour ce cadeau.

jeudi 5 juillet 2007

jeudi
5
juillet 2007

*Jacqueline Candil Lopez.

Aujourd'hui, c'est Jacqueline Candil Lopez, lectrice bénévole, qui répond à mes questions.

La Livrophile: Comment en êtes-vous arrivée à enregistrer des livres?

Jacqueline Candil Lopez: J'avais une amie qui enregistrait pour le GIAA (une association où l'on trouve des livres enregistrés bénévolement), qui commençait à être trop âgée, à avoir la voix qui se cassait. Elle m'a parlé de cette activité, et ça m'a intéressée. J'ai essayé. Mon but était d'aider ceux qui en ont besoin. De plus, j'aime lire à haute voix. Je le faisais pour mon métier: j'étais institutrice.

L: Quel âge avez-vous?

J. C. L.: 69 ans.

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres?

J. C. L.: Quand je veux être sérieuse, je lis des documentaires. Sinon, j'aime bien les études psychologiques. En ce moment, je lis un rapport de Nicolas Hulo sur la planète. Mais on ne se plonge pas là-dedans comme dans un roman ou un récit.

L: De même, y a-t-il un genre de livres que vous n'aimez absolument pas?

J. C. L.: Les policiers, les thrillers. Ca m'impressionne quand même moins que les films policiers. Dès que ça devient dramatique, je ne supporte pas.
En littérature, je n'aime pas non plus le fantastique, la Science Fiction. Je n'accroche pas, je ne comprends pas ces mondes, donc ça ne m'intéresse pas.

L: Si un livre ne vous tente pas, acceptez-vous tout de même de l'enregistrer? Si oui, pourquoi? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

J. C. L.: Oui, j'accepte, sauf cas exceptionnels. Par exemple, une fois, j'avais lu une revue scientifique difficile. Je ne savais pas comment prononcer certains logos. Je les ai cherchés dans le dictionnaire. Donc, je ne préfère pas enregistrer un livre quand je n'y comprends absolument rien, de peur de mal faire.

L: Est-il arrivé qu'un livre à enregistrer vous tente, puis qu'après avoir approfondi, vous le trouviez beaucoup moins à votre goût? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

J. C. L.: En général, j'enregistre ce qu'on me demande. Il est très rarement arrivé que je choisisse. Donc, a priori aucun livre ne me tentait, car je ne le connaissais pas.

L: A l'inverse, un livre qui ne vous tentait pas s'est-il révélé bien plus plaisant que prévu? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

J. C. L.: C'est arrivé, oui, mais je n'ai pas d'exemples, car je ne note pas tous les livres que j'enregistre.
De toute façon, lorsqu'on choisit un livre pour sa lecture personnelle, on ne peut être sûr qu'il nous plaira ou pas. Donc, on peut avoir des surprises, qu'on ait choisi le livre ou pas.

L: Combien de temps prenez-vous pour vous approprier le livre avant de l'enregistrer? Le lisez-vous plusieurs fois? Lisez-vous un chapitre, puis l'enregistrez-vous? Découvrez-vous le livre au moment où vous l'enregistrez?

J. C. L.: Je découvre le livre au moment où je l'enregistre. Bien sûr, avant, je lis la quatrième de couverture pour me donner une idée du ton du livre, du climat dans lequel je vais être plongée, de l'ensemble. Je lis le livre avant de l'enregistrer lorsque c'est une lecture difficile.

L: Vous imaginez-vous facilement les personnages?

J. C. L.: Je n'ai pas de difficultés à entrer dans les bouquins, donc j'imagine facilement les personnages. J'ai l'habitude de lire, donc cela m'aide peut-être.

L: Combien de temps par semaine enregistrez-vous en moyenne?

J. C. L.: En ce moment, je n'enregistre pas, car j'ai des ennuis avec mes dents. Cela m'empêche de parler longtemps en continu. Mais sinon, c'est irrégulier. En général, j'enregistre tous les matins, pendant une demi-heure. Ca me fait un pôle d'intérêt, quelque chose de fixe, un peu comme un travail. C'est un rythme à prendre, c'est agréable.

L: Vous est-il déjà arrivé d'interrompre la lecture d'un livre à enregistrer quelques minutes, car un passage vous émouvait ou vous choquait trop? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

J. C. L.: Oui! L'émotion qui serre la gorge, je l'ai souvent connue en enregistrant! C'est pénible! C'est comme quand je lisais "La chèvre de monsieur Seguin" à mes élèves. Quand on est pris par l'émotion, on ne peut rien faire. Je serais incapable d'enregistrer "Oscar et la dame rose", d'Eric-Emmanuel Schmit, par exemple.

L: Faites-vous particulièrement attention à ne pas abîmer votre voix dans la vie de tous les jours?

J. C. L.: Non. Je ne dépends pas de ma voix pour gagner ma vie, donc je n'ai pas besoin d'y paire très attention. J'imagine que les comédiens prennent beaucoup de précautions.

L: Fumez-vous? (Je dirais que non.)

J. C. L.: Non. J'ai longtemps fumé passivement, car mon père et mon mari fumaient énormément.
J'ai la voix abîmée, et aussi une corde vocale plus ou moins paralysée, mais cela n'est pas dû au tabac, plutôt à mon ancien métier.

L: Avez-vous d'autres activités bénévoles?

J. C. L.: Non. Je n'en n'ai plus. J'ai aidé à la banque alimentaire, il y a quelques années. Ca ne me convenait pas, parce qu'il y avait des horraires et des jours fixes. Alors que la lecture, je la fais à mon rythme. C'est l'avantage.

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?

J. C. L.: La gym, la marche, la botannique, les oiseaux, et surtout, ma petite-fille!

L: Quelle est votre devise dans la vie?

J. C. L.: Je n'en n'ai pas. Je n'ai même pas de ligne de conduite dans la vie.

L: Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter?

J. C. L.: J'aimerais pouvoir vite recommencer à enregistrer des livres, et continuer longtemps. Je découvre d'autres choses grâce à cette activité: des livres que je n'aurais pas lus de moi-même, mais qui sont intéressants, par exemple, vous m'avez fait enregistrer les Georgia Nicolson, ça m'a montré la vie des adolescents d'aujourd'hui.

(Note de la Livrophile: J'espère, moi aussi, que Jacqueline pourra continuer longtemps cette activité bénévole, car je trouve qu'elle fait cela très bien.)

Voici la liste des livres enregistrés par Jacqueline Candil Lopez:

(Note: La plupart de ces livres a été enregistrée pour le GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes) de Bordeaux. C'est donc là qu'on peut les retrouver.)
1992:
La souricière: Marie Cardinal
Les mots pour le dire: Marie Cardinal
Autrement dit: Marie Cardinal
1492: Jacques Attali
La clé sur la porte: Marie Cardinal
La voyeuse interdite: Nina Bouraoui

1993:
Juliette a-t-elle un grand QI: Hélène Ray
La pluie d'été: Marguerite Durras
Le pays où l'on n'arrive jamais: André Dhôtel
Afin que nul ne meure: Frank Gil Slaughter
La Terre n'est qu'un seul pays: André Brugiroux
L'enfant noir: Camara Laye

1994:
Le perroquet qui bégayait: Alfred Hitchkock
L'interdite: Malika Mokeddem
Jeux de glaces: Agatha Christie
Celui qui s'échappa: Hélène Mac Cloy
L'avare: Molière
La mandarine: Christine De Rivoyre

1995:
Les oiseaux se cachent pour mourir: Coleen Macculough

1996:
Les coquelicots sont revenus: Michel Ragon
Les contemplations: Victor Hugo
Embrasser une fille qui fume: Randy Powell
César Birotteau: Honoré De Balzac

1997:
Le mystère Frontenac: François Mauriac
Un barrage contre le Pacifique: Marguerite Durras
Les loups de Lauzargues: Juliette Benzoni:
1: Jean de la nuit
2: Hortense au point du jour
3: Félicia au soleil couchant
La gommeuse: Elise Fontenaille
Dors tranquille Katherine: Charles Exbrayat

2000:
La maison de l'aigle: Serge Brussolo
Les carnets secrets d'un cambrioleur: Serge Brussolo
Le visiteur sans visage: Serge Brussolo
Pour tout l'or du Sud: Alexandra Ripley

2001:
Harry Potter: Joanne Kathleen Rowling
1: Harry Potter à l'école des sorciers
2: Harry Potter et la chambre des secrets
3: Harry Potter et le prisonnier d'Ascaban
L'incendie de Los Angeles: Nathaniel West
Les sept fous: Roberto Arlt

2002:
Coeur de cendre: ...
Edith Stein, ma tante: Suzanne Berdsdoff
Marie Therville (Titre officieux de la série, puisque donné par moi): Michelle Clément-Mainard:
1: La fourche à loups
2: La foire aux mules
3: Marie Mai
Série sans titre: Alison Macleay
1: Par vents et marées
2: La douceur de l'exil: Alison Macley

2003:
Du moment qu'elle me laisse le chat: Philippe Adler
Vladimir Nabokov, la poétique du masque: Christine Raguet-Bouvart
Les sortilèges de la passion
L'empreinte de l'ange: Nancy Huston
Usses et coutumes japonais: ...
Le guide du routard galactique: Douglas Addams:
1: Le guide du routard galactique
2: Le dernier restaurant avant la fin du monde
3: La vie, l'univers, et le reste
4: Salut, et encore merci pour le poisson
5: Globalement inoffensive
Les confessions de Georgia Nicolson: Louise Rennison:
1: Mon nez, mon chat, l'amour... et moi
2: Le bonheur est au bout de l'élastique
3: Entre mes nunga-nungas, mon coeur balance
4: A plus, Choupi-Trognon
L'avortement: Richard Brautigan

2004:
Gouverneurs de la rosée: Jacques Roumain
Rue cases-nègres: Joseph Zobel
Le monde délirant d'Ally: Karen Maccombie:
5: Garçons, frangins, et danse du ventre
6: Frangines, gros nuls et chansons ringardes
7: Bamboulas, petit chat et grosses catas
Midnight examiner: William Kotzwinkle
De bons présages: Terry Pratchett
L'art du roman: Milan Kundera
Leurs yeux se rencontrèrent: Jean Rousset

2005:
Les confessions de Georgia Nicolson:
5: Syndrome allumage taille cosmos: Louise Rennison, 2005
Le monde délirant d'Ally:
10: Mystère, mariage et maxi mini surprise
11: Coup de foudre, cache-cache, et coeur brisé
On n'enterre pas le dimanche: Fred Kassak
L'organisation: Dominique Viau
Trajet et itinéraire de l'oubli: Serge Brussolo

2006:
Sigrid et les mondes perdus: Serge Brussolo
3: Le grand serpent
4: Les mangeurs de murailles
Mange-monde: Serge Brussolo
Funnyway: Serge Brussolo
Subway: Serge Brussolo
Les confessions de Georgia Nicolson:
6: Escale au pays du nougat-en-folie
Attention, les enfants regardent: Laird Koenig

jeudi 7 juin 2007

jeudi
7
juin 2007

*Brigitte Bourge.

Aujourd'hui, c'est Brigitte Bourge, lectrice bénévole, qui répond à mes questions.

La Livrophile: -Comment en êtes-vous arrivée à enregistrer des livres?

Brigitte Bourge: -En 1992, après la naissance de mon deuxième enfant, mon bonheur était tel que je voulais en apporter un peu à d'autres personnes. J'avais donné des cours d'alphabétisation à des colombiens avec mon mari après notre mariage, et avais beaucoup aimé, mais le sort des non-voyants m'a toujours beaucoup touchée, et c'est en lisant une petite annonce du GIAA dans un journal gratuit que je me suis lancée, malgré ma voix peu mélodieuse.

(Note de La livrophile: Personnellement, j'aime beaucoup la voix de Brigitte, mais je comprends que certains puissent la trouver trop aiguë.)

B. B.: Dès le départ, j'ai été happée par ce passe-temps, surtout qu'à l'époque, l'association débutait dans un taudis, et j'avais vraiment envie d'y apporter ma contribution.

L: Quel âge avez-vous?

B. B.: 47 ans en juillet.

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres?

B. B.: Ma préférence va aux biographies, les prix divers et les bons policiers. Je lis les critiques dans les magazines et journaux, lis souvent par le biais de la bibliothèque, et achète si j'ai aimé, ou achète directement quand je suis sûre de mon choix, en poche, sinon, ça devient vite un gouffre au rythme auquel je lis.

L: -De même, y a-t-il un genre de livres que vous n'aimez absolument pas?

B. B.: Je n'aime absolument pas la science fiction, la collection " que sais-je ", et les romans à l'eau de rose.

L: Si un livre ne vous tente pas, acceptez-vous tout de même de l'enregistrer? Si oui, pourquoi? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

B. B.: Bien sûr que je lis un livre, même s'il ne me tente pas. Je ne lis pas pour ma satisfaction personnelle, mais pour permettre à quelqu'un de connaître un ouvrage. Ses choix ne me regardent pas. Par exemple, je n'ai pas aimé les " que sais-je " et les livres d'Alexandra RIPLEY.

(Note de La Livrophile: Arf, zut! C'est moi qui ai donné les Alexandra Ripley à enregistrer à Brigitte! ;-) )

L: Est-il arrivé qu'un livre à enregistrer vous tente, puis qu'après avoir approfondi, vous le trouviez beaucoup moins à votre goût? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

B. B.: Je prends comme exemple " Ethiopiques " de Sedar Senghor. J'étais curieuse, mais me suis vite lassée, car c'était trop technique.

L: A l'inverse, un livre qui ne vous tentait pas s'est-il révélé bien plus plaisant que prévu? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

B. B.: Oui. Les Jeannine Boissard ne me tentent jamais, mais je me laisse vite porter par l'histoire de cette smala bien sympathique. Il y a également certains Brussolo, comme les derniers que j'ai lus.

L: Si j'ai bien compris ce que vous m'avez dit une fois, vous découvrez un livre en même temps que vous l'enregistrez. Pourtant, vous jouez toujours sans surjouer, vous donnez vie aux personnages en cernant bien leurs caractères, et vous ne vous trompez pas souvent de ton. Comment faites-vous, alors que vous n'avez même pas lu le livre une fois pour vous-mêmes?

B. B.: Pour ce qui est de donner vie aux personnages, ça vient peut-être du fait que j'ai fait du théâtre de 10 à 15 ans, ou c'est parce que je lis beaucoup et devine un peu ce qui va se passer. Franchement, je ne sais pas.

L: Combien de temps enregistrez-vous en moyenne par semaine?

B. B.: C'est très variable. Quand je travaille, je n'enregistre pas. Si j'ai la journée de libre, une cassette par jour. Sinon, c'est une moyenne d'une face par jour, selon mes occupations et l'emploi du temps de la famille: il y a les préparations des repas, et le jardin à s'occuper. Je lis également si je suis sûre de ne pas être dérangée par les enfants ou même le chien! Je ne lis pas pendant le week-end et les vacances.

L: Vous est-il déjà arrivé d'interrompre votre lecture pendant l'enregistrement quelques minutes, car un passage vous émouvait ou vous choquait trop? Pouvez-vous donner des exemples?

B. B.: Oui. Dans ces cas-là, je relis le chapitre pour mieux comprendre pourquoi je n'avais pas envisagé cette scène, pourquoi je n'étais pas préparée à cette émotion.
Pour les émotions, je n'ai pas d'exemples précis, mais pour Serge Brussolo, parfois, j'arrête en me disant " c'est vraiment n'importe quoi ", et je respire un bon coup avant de reprendre !!!

L: Faites-vous particulièrement attention à ne pas abîmer votre voix dans la vie de tous les jours?

B. B.: Avec les enfants, c'est difficile de maîtriser sa voix, surtout que j'ai un tempérament assez fort, et crie facilement pour me faire entendre. Donc la réponse est : j'essaye, mais le naturel revient vite !

L: Fumez-vous? (Je dirais que non.)

B. B.: Oui. Désolée de vous décevoir : je fume en moyenne 3 cigares par jour.

L: En dehors de l'enregistrement bénévole de livres, quelles sont vos activités, aussi bien bénévoles que rémunérées?

B. B.: Depuis que je suis à Nantes, j'ai arrêté tout bénévolat au sein de la scolarité de mes enfants. D'abord parce qu'ils me l'ont demandé, et mon mari ne voulait plus me voir me tracassser sans rien recevoir en retour. Il est vrai qu'entre les préparations de goûters pour les récréations d'hiver, l'aumônerie de classes entières, le CDI  avec les ados, la préparation des kermesses, l'entretien des livres de la bibliothèque, les accompagnements en sorties, les conseils de classe, et j'en passe, je ne pouvais pas souffler. Le problème, c'est que je ne sais pas me limiter à une activité, et me donner à fond n'est pas une solution. En cas de problème, on prend tout ! Ainsi, actuellement, je ne fais que de l'encadrement pour le plaisir, de la gym pour mes bourrelets, et un peu de secrétariat dans une école de commerce. Mon mari me freine dans mes élans, et a raison.

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?

B. B.: Mes intérêts sont la lecture, les expo, le cinéma, les voyages, et enfin la cuisine, mais ça, vous le saviez.

L: Quelle est votre devise dans la vie?

B. B.: Ne jamais remettre à demain ce qui peut être fait aujourd'hui.

(Note de la Livrophile: Je sais ce que tu penses, Sug. Je pense pareil, à savoir que M devrait en prendre de la graine.

L: Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter?

B. B.: Ce fut assez amusant de répondre à toutes ces questions !

L: Merci d'avoir pris le temps de me répondre. Merci également d'enregistrer des livres avec autant de bonne humeur.

Voici la liste des livres enregistrés par Brigitte Bourge:

(Note: la plupart de ces livres a été enregistrée pour le GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles ou Ambliopes) de Bordeaux. C'est donc là qu'on peut les trouver.)

1991:
La vie éternelle: Jacques Attali

1992:
La légende dorée des dieux et des héros: Mario Meunier
Autobiographie: Benazir Bhutto
La révolte à deux sous: Bernard Clavel
Histoire des régences: duc de Castries
La vie sauvage, mémoires d'Afrique: June Vendall Clark

1993:
L'empire des Ramsès: Claire Lalouette
Scarlett: Alexandra Ripley
Le flambeau: Agatha Christie
Un certain goût pour la mort: Phyllis Dorothy James
La grande rivière: Michelle Clément-Mainard

1994:
Nouvelle histoire romaine: G. Ferrero
Emily le saura: Nancy Rutledge
Marco Polo, espion de Venise: Jean Larteguy

1995:
Cent familles: J.-L. Lahaye

1996:
La douane de mer: Jean D'Ormesson
Souviens-toi: Mary Higgins Clark
Un jour, tu verras: Mary Higgins Clark

1997:
Le vallon: Agatha Christie
Chez Babouchka («Belle grand-mère«, tome 2): Janine Boissard
La petite fille au bout du chemin: Laird Koenig
Ni vue ni connue: Mary Higgins Clark
Je te quitterai toujours: Sandra Scoppettone

1998:
Gatsby le magnifique: Francis Scott Fitzgerald
Lolita: Vladimir Nabokov
A comme alibi: Sue Grafton
Sans retour: Patricia Macdonald
Ethiopiques: Leopold Sedar Senghor
Discours de la servitude volontaire: Etienne De Laboétie
Première leçon sur les Ethiopiques: Philippe Delavaux
Au coeur des ténèbres: Joseph Conrad, 98
Le maître de la lande: Ruth Rendell, 98

1999:
La règle du jeu: Jean Renoir
Envoie-moi au ciel, Scotty: Michael Ginzburg
Le journal de Bridget Jones: Helen Fielding

2000:
Maybe the moon: Armistead Maupin
Chroniques de San Francisco: Armistead Maupin:
3: Autres chroniques de San Francisco
4: Babycakes
5: D'un bord à l'autre
6: Bye-bye Barbary Lane
Bridget Jones: l'âge de raison: Helen Fielding
La demoiselle du Mississippi: Alexandra Ripley

2001:
Série sans titre d'Alexandra Ripley:
1: Charleston
2: Retour à Charleston
La rose du fleuve: Michelle Arneguy
Le sourire noir: Serge Brussolo
Avis de tempête: Serge Brussolo
La rose du fleuve: Michelle Clément-Mainard (Suite de «La grande rivière«.)
Série sans titre de Barbara Kingsolver:
1: L'arbre aux haricots
Des cochons au paradis

2002:
Série sans titre de Michelle Clément-Mainard:
1: Les sabots de la liberté
2: L'empreinte des sabots
Le manoir des sortilèges: Serge Brussolo
Les emmurés
Les ombres du jardin: Serge Brussolo

2003:
Iceberg LTD: Serge Brussolo
Peggy Sue et les fantômes: Serge Brussolo:
1: Le jour du chien bleu
2: Le sommeil du démon
Ma vie chez les morts: Serge Brussolo
Le château d'encre: Serge Brussolo
La nuit du bombardier: Serge Brussolo
Sommeil de sang: Serge Brussolo

2004:
Le syndrome du scaphandrier: Serge Brussolo
Le carnaval de fer: Serge Brussolo
L'homme aux yeux de napalm: Serge Brussolo

2005:
Allô, Babou? Viens vite, on a besoin de toi: Janine Boissard («Belle grand-mère«, tome 4.)

2006:
Peggy Sue et les fantômes: Serge Brussolo:
3: Le papillon des abîmes
4: Le zoo ensorcelé
5: Le château noir

2007:
Les enfants du crépuscule: Serge Brussolo
Le labyrinthe de Pharaon: Serge Brussolo
Baignade accompagnée: Serge Brussolo
La pure vérité: Jodi Picoult
Les roses de Guernesey: Charlotte Link

jeudi 3 mai 2007

jeudi
3
mai 2007

*Yves Mugler.

Aujourd'hui, c'est Yves Mugler, comédien, qui répond à mes questions.

Avant les questions, voici un commentaire du comédien que je trouve particulièrement pertinent:
"La voix est un domaine aussi vaste qu'insoupçonné et il y aurait énormément de choses à raconter au sujet de ses répercutions dans la vie quotidienne de chaque individu."

La Livrophile: Racontez votre parcours. Comment en êtes-vous arrivé à enregistrer des livres audio?

Yves Mugler: J'ai commencé à utiliser ma voix à la Radio en 1981, suivant les conseils de Jean-Luc Gallini (RMC) et Ann Sorel (France Inter) qui m’ont successivement formé aux techniques vocales. J'ai travaillé pendant plusieurs années comme animateur-présentateur, avant de me consacrer à la réalisation de Voix-Off pour des programmes audiovisuels, des bandes-annonces à la télévision, des doublage de films, des messages publicitaires…

En parallèle, passionné par l'interactivité vocale, j’ai aussi dirigé un programme national de recherches linguistiques en collaboration avec le Centre National des Etudes Téléphoniques (CNET), pour lequel j'ai produit les premiers « vocabulaires français de reconnaissance vocale».

L: Excusez mon ignorance, mais je ne connais pas les "Vocabulaires français de reconnaissance vocale". Qu'est-ce que c'est?

Y. M.: Les vocabulaires de reconnaissance vocales sont utilisés dans le fonctionnement des serveurs vocaux interactifs.
Lorsque vous appelez un "audiotel" (commençant généralement par 36), vous pouvez accéder à des informations vocales en navigant dans le service à l'aide des touches de votre téléphone ou en prononçant certains "mots-clefs" qui font partie d'un vocabulaire prédéterminé. Pour qu'un tel serveur puisse reconnaître le mot "sommaire" par exemple, il est nécessaire d'apprendre ce mot à la machine. Ainsi, sur la base de cette acquisition de connaissance, le serveur sera ensuite en mesure de re-connaître le mot "sommaire" lorsque l'utilisateur le prononcera au téléphone et agir en conséquence. Les vocabulaires sont construits à partir de l'enregistrement d'un panel de "locuteurs" auxquels on a demandé de prononcer certains mots choisis. La difficulté réside dans l'échantillonnage des locuteurs qui doivent être sélectionnés en fonction de leurs accents pour représenter l'utilisateur lambda. Ma collaboration avec le CNET a consisté à créer une carte des accents français, en partenariat avec des universitaires, et à prendre en charge la production (acquisition) de ces premiers vocabulaires.

En 1992, j’ai quitté Paris pour revenir vivre en Provence et c'est  à cette époque que les Editions VDB m'ont contacté pour interpréter le tout premier livre audio de leur production : "Disparue dans la nuit" de Yann Queffélec.

L: Tiens, je croyais que "Disparue dans la nuit" était sorti après... Je veux dire, il me semblait que ce titre était sorti un ou deux ans après que les éditions VDB ont commencé à faire paraître des livres en audio... En tout cas, c'est bien le premier livre interprété par vous que j'ai lu.

Y. M.: Il se peut que les éditions VDB aient effectivement commencé l'activité des livres audio avant la parution de "Disparue dans la nuit", mais, à ma connaissance, les enregistrements étaient auparavant réalisés dans un studio extérieur. Je crois me souvenir que c'est à partir de "Le bonheur en Provence" de Peter Mayle que la totalité de la production a été prise en charge par les éditions VDB. Mais il faudrait poser la question à Christine Van Den Bosch pour plus de précisions.

L: Quel âge avez-vous?

Y. M.: Je suis né le 25 janvier 1963.

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres? De même, y a-t-il un genre de livres que vous n'aimez absolument pas?

Y. M.: Personnellement, je suis plutôt attiré par des ouvrages portant sur la philosophie, mais en ce qui concerne les romans, j'ai une préférence pour les ouvrages qui sollicitent l'imaginaire et stimulent les émotions, dans lesquels l'auteur est suffisamment habile pour ne pas tout révéler, ne pas tout expliquer de façon systématique et ainsi me laisser suffisamment de liberté pour me permettre de compléter ce qui est évoqué avec ma propre vision des choses.

Quelques titres qui m'ont marqué :  "L'ombre du vent" de Carlos Ruiz Zaf?n, "Autobiographie d'une courgette" de Gilles Paris, "Ensemble, c'est tout" de Anna Gavalda, "Le soleil des Scorta" de Laurent Gaudé...

L: Si un livre ne vous tente pas, acceptez-vous tout de même de l'enregistrer? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

Y. M.: Jusqu'à présent je n'ai jamais refusé d'interpréter un livre, même si parfois certains d'entre eux m'inspirent plus que d'autres. Mon rôle d'interprète consiste avant toute chose à être le "porte-parole" d'un auteur, quel que soit son talent. Aussi, lorsqu'un ouvrage me tente moins, mon travail de préparation devient plus conséquent en ce qui concerne le "domptage" du texte pour réussir à l'intégrer en dépit de mes aspirations ou de mes goûts personnels. Le but du jeu étant de devenir son plus fidèle représentant vis-à-vis de l'auditeur. Ce n'est pas facile, mais toujours très intéressant.

L: Est-il arrivé qu'un livre à enregistrer vous tente, puis qu'après avoir approfondi, vous le trouviez beaucoup moins à votre goût? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?
A l'inverse, un livre qui ne vous tentait pas s'est-il révélé bien plus plaisant que prévu? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?

Y. M.: Il m'est difficile de répondre à cette question. Certains auteurs ont un style qui supporte avec plus ou moins de bonheur le passage de l'écrit à l'oral. Un même texte n'aura pas le même impact selon qu'il sera lu ou entendu... D'autre part, le lecteur (qui est actif) a des attentes différentes de celles de l'auditeur (qui est réceptif). Mon rôle d'interprète consiste donc à traduire au mieux la charge émotionnelle qui est véhiculée par l'écrit (intellect) dans une version sonore communiquée par la voix (émotionnel).

Il me semble surtout que la réalisation d'un ouvrage audio devrait obligatoirement passer par une phase d'adaptation, comme c'est le cas lorsqu'un film est réalisé à partir d'une oeuvre littéraire, réalisée en amont avec l'accord et la collaboration de l'auteur. Malheureusement, cette exigence artistique est rarement appliquée par les éditeurs de livres audio en raison des coûts de production qui seraient alors bien trop importants.

C'est donc à l'interprète que revient la tache d'effectuer cette transposition, avec toutes les limites que cela implique lorsque le texte doit être interprété dans son intégralité. C'est à ce niveau que l'on distingue la lecture de l'interprétation.

L: Je suis d'accord avec vous en ce qui concerne la phase d'adaptation qu'il devrait y avoir pour un ouvrage destiné à être enregistré. Je ne sais pas trop ce qui pourrait être adapté... par exemple, il faudrait peut-être un comédien par personnage, puis un comédien qui ferait le narrateur (s'il n'est pas le personnage principal). Mais tout cela doit être coûteux et dur à mettre en place. Les éditions Livraphone le faisaient avant, mais plus maintenant.

Y. M.: Oui, et même au delà... Imaginez un livre où (par exemple) tout ce qui est écrit concernant le sens de l'ouïe soit supprimé et directement illustré en matière sonore... Ce serait tellement plus évocateur, mais pourrait-on alors toujours parler de "livre" audio ?

L: Madame Van Den Bosch m'a expliqué que vous aviez un mois pour vous approprier un livre avant de l'enregistrer. Pendant ce mois, le lisez-vous plusieurs fois? Lisez-vous des passages à haute voix chez vous? Vous imaginez-vous facilement les personnages?
Expliquez votre démarche, vos habitudes.

Y. M.: Personnellement, je lis chaque livre plusieurs fois avant de l'enregistrer afin de me familiariser avec l'histoire, avec le style de l'auteur et pour mieux définir le caractère des personnages... Je lis une première fois le livre mentalement, comme tout le monde, simplement pour découvrir une nouvelle histoire. J'effectue ensuite une deuxième lecture au cours de laquelle  je prends des annotations personnelles à même le livre (tournures de pages, surlignage des dialogues, humeur des personnages...). A la troisième lecture, qui se fait en partie à haute voix, je cherche à m'imprégner du style de l'auteur, à me laisser porter par le rythme de son récit pour mieux en ressentir ses "respirations". Quitte à adapter quelques ponctuations écrites dans un style "parlé"... Au cours de la quatrième lecture, je "découpe" le texte en séquences, auxquelles j'attribue un titre indicatif qui me permettra de replonger instantanément dans le contexte du récit lors de l'enregistrement (une ambiance, une tonalité particulière...). Enfin, durant les quelques jours qui précèdent la séance d'enregistrement en studio, je travaille chaque séquence en les piochant au hasard (parfois plusieurs fois), sans obéir à la chronologie linéaire du récit.

L: Vous est-il déjà arrivé d'interrompre la lecture d'un livre à enregistrer quelques minutes, car un passage vous émouvait ou vous choquait trop?

Y. M.: S'il m'arrive d'interrompre la lecture d'un livre à cause d'un passage émouvant ou choquant, cela se produit pendant la période de préparation, car les lectures successives émoussent inévitablement le déroulement de l'histoire qui surprend de moins en moins... Pourtant, il est nécessaire de conserver ses émotions pour les faire resurgir "heureusement" au cours de l'enregistrement et  communiquer l'impact émotionnel original à l'auditeur qui, lui, découvre le texte pour la première fois.

Cependant, il arrive que l'enregistrement soit interrompu à cause de la tension du récit (ou de son contenu), qui peut engendrer d'énormes crises de fou-rires entre le comédien et l'ingénieur du son et qui, mises bout à bout, pourraient constituer un savoureux "bêtisier"...

L: Faites-vous particulièrement attention à ne pas abîmer votre voix dans la vie de tous les jours?

Y. M.:L'interprétation d'un livre audio sollicite énormément les cordes vocales, six heures par jour, parfois pendant plus d'une semaine. Il s'agit d'un travail d'endurance au cours duquel la gorge subit des tensions particulières, avec des répercutions possibles sur d'autres parties du corps. Personnellement, je pratique le chant harmonique pour entretenir ma voix et faire mes gammes... La sphère ORL est très complexe, alors je reste vigilant au quotidien sur tout ce qui concerne le nez, la gorge et les oreilles. Un simple rhume est pour moi un ennemi redoutable!

L: Si ce n'est pas trop indiscret, quelles sont les précautions que vous prenez quant au nez, à la gorge et aux oreilles? Je suppose que vous faites des lavages de nez quotidiens... des nettoyages d'oreilles quotidiens aussi, mais après...

Y. M.: A part les lavages réguliers, je fais des cures préventives homéopathiques au printemps et à l'automne, j'ai en permanence dans ma pharmacie des solutions buvables d'argent et de cuivre (en cas d'alerte) et, lorsque j'enregistre un livre audio, je prends de l'homéovox en préventif.

L: Fumez-vous? (A vous entendre, je pense que non.)

Y. M.: Ne pas se fier aux apparences, je suis fumeur... 

L: Il me semble qu'en ce moment, on vous entend moins. A mon avis, c'est dommage. Etes-vous moins disponible?

Y. M.: Je donne toujours dans mon emploi du temps la plus grande priorité aux livres audio, car je souhaiterais en faire davantage, mais ce sont les éditeurs qui décident des rôles en fonction de leurs besoins et de l'avis des auditeurs.

L: Quelles sont vos autres activités impliquant la voix?

Y. M.: Outre l'interprétation de livres audio, j'interviens pour la radio, la télévision et les applications multimédia dont le contenu nécessite l'intervention d'une voix. Il s'agit essentiellement de narrations et de commentaires, et je garde ma préférence pour tout ce qui touche à l'information, la formation, l'éducation.

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?

Y. M.: La photographie. Plusieurs expositions à mon actif et un livre sur "Le Mausolée du Maréchal de Saxe" (éditions Hirle).

L: Quelle est votre devise dans la vie?

Y. M.: Aucune.

L: Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter?

Y. M.: Vous remercier pour l'intérêt que vous portez à mon travail depuis plusieurs années, pour votre fidélité, et vous féliciter pour la fraîcheur du blog que vous avez créé.

Voici la liste des livres enregistrés par Yves Mugler:
1995:
Disparue dans la nuit: Yann Queffélec

1996:
Une année en Provence: Peter Mayle
Provence toujours: Peter Mayle
Guernica: Pierre Magnan (Nouvelle tirée du recueil "Les secrets de Laviolette".)

1997:
Votre très humble et très obéissant serviteur: Henri Troyat
Julie de bonne espérance: Jean-Guy Soumy
Les pages de notre amour: Nicholas Sparks (avec Frédérique Ribes)
Les aventures de Jehan de Montpéril: Serge Brussolo:
1: Le château des poisons
2: L'armure de vengeance

1998:
La nuit du Titanic: Walter Lord
L'amour n'en vaut pas la chandelle: John Gardner (Nouvelle tirée du recueil "Meurtres et passions".)
Argile rouge: Michael Malone (Nouvelle tirée du recueil "Meurtres et passions".)
Un vrai crime: Donna Tartt (Nouvelle tirée du recueil "Meurtres et passions".)
Un enfant trop curieux: Joseph Joffo

1999:
Encore un baiser: Daphné Du Maurier (Nouvelle tirée du recueil "Les oiseaux".)
Le chemin de Fontfroide: Yves Viollier
Les gens de Saint Libéral: Claude Michelet:
1: Des grives aux loups
2: Les palombes ne passeront plus
3: L'appel des engoulevents
4: La terre des Vialhe

2000:
Le bonheur en Provence: Peter Mayle

2001:
Un souper de neige: Jean Anglade
Ce que vivent les hommes: Christian Signol
1: Les noëls blancs
2: Les printemps de ce monde
L'apparition (avec Véronique Groux de Mieri)
Rendez-vous sur l'autre rive

2002:
La classe du brevet: michel Jeury
Où es-tu: Marc Lévy (avec Frédérique Ribes et Véronique Groux de Mieri)
Ce soir, je veillerai sur toi: Mary Higgins Clark
L'idée d'Agile: Gilbert Bordes (Nouvelle tirée du recueil "Dernières nouvelles de la Terre".)
Aventures dans la France gourmande: Peter Mayle

2003:
Les enfants de la patrie: Pierre Miquel:
1: Les pantalons rouges
2: La tranchée
3: Les serment de Verdun
4: Le chemin des dames
World trade center: Bruno Delinger
Une année de neige: Christian Signol
Une vie d'eau et de vent: Gilbert Bordes
Olivier 1940: Robert Sabatier
La réserve à charbon: Mary Higgins Clark (Nouvelle tirée du recueil "Le billet gagnant".)
Le billet gagnant: Mary Higgins Clark (Nouvelle tirée du recueil éponyme.)

2004:
La rivière espérance: Christian Signol:
1: La rivière espérance
2: Le royaume du fleuve
3: L'âme de la vallée
La prochaine fois: Marc Lévy (avec Christophe Caysac et Véronique Groux de Mieri)
Un fils pour mes terres: Antonin Malroux
Le tournant de la vie: Nicholas Sparks

2005:
Da vinci code: Dan Brown (avec Véronique Groux de Mieri)
La grande île: Christian Signol
Le pas de Merlin: Jean-Louis Fetjaine (avec Véronique Groux de Mieri)
Brocéliande: Jean-Louis Fetjaine (avec Véronique Groux de Mieri)
Le soleil des Scorta: Laurent Gaudé (avec Véronique Groux de Mieri)
Sauve-moi: Guillaume Musso (avec Véronique Groux de Mieri)

2006:
Anges et démons: Dan Brown (avec Véronique Groux de Mieri)
Le peuple des rennes: Megan Lindholm (avec Véronique Groux de Mieri):
1: Le peuple des rennes
2: Le frère du loup
Deux petites filles en bleu: Mary Higgins Clark
Un cadeau inespéré: Françoise Bourdin

2007:
Histoire de France pour les nuls: Jean-Joseph Julot (avec Véronique Groux de Mieri)