Conduite en état Livresque

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J'étais dans la position du type qui regarde grimper dangereusement la pression de sa chaudière, et qui espère que les robinets vont se fermer tous seuls.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

jeudi 7 octobre 2010

jeudi
7
octobre 2010

Trois hommes, deux chiens, et une langouste, de Iain Levison.

Trois hommes, deux chiens, et une langouste

L'ouvrage:
Mitch travaille dans l'unique centre commercial de la petite ville de Wallstone, au rayon des désodorisants. Il partage un appartement avec Doug.
Kevin vient de sortir de prison où il avait été enfermé pour culture de Marie Juana. Il est maintenant promeneur de chiens. Il vit avec sa femme, Linda, et leur fille. Il fréquente Doug et Mitch.

Les trois compères vont détourner une télé à l'usage du propriétaire de Doug et Mitch, qui leur a promis deux mois de loyer gratuits en échange. Voyant qu'ils y parviennent sans problèmes, ils décident de se lancer dans des coups bien plus juteux.

Critique:
Voilà un livre sympathique: déjanté, désespéré, avec un soupçon de tendresse.
L'intrigue recèle à la fois des surprises et des clichés. D'abord, on ne peut s'empêcher d'être surpris et de rire lorsqu'on lit les aventures de ces trois voyous à la manque. Ils élaborent des plans sophistiqués, et ne prévoient pas certains détails, ce qui fait qu'ils se plantent lamentablement.

Certaines situation sont amusantes, par exemple, ce que vit Mitch au centre commercial, les tourments de Doug après sa «trahison», Kevin s'énervant (parce qu'il se rend compte de l'absurdité de la situation, et peut-être aussi, de sa propre stupidité), lorsqu'il trouve le chien dans sa voiture.
La scène où Doug montre à quel point il est fou des comprimés est à la fois drôle, pathétique, et un peu effrayante.
Et que dire des scènes rocambolesques et hilarantes qui ont trait à la ferrari?

Mais il y a aussi des situations agaçantes parce que téléphonées, voire invraisemblables. Par exemple, la pseudo histoire d'amour. C'est l'aspect du roman qui m'a le moins plu. Elle n'est pas crédible, et on la prévoit très vite, ce qui fait qu'on s'ennuie un peu à lire son développement.

Les personnages sont à la fois attachants et exaspérants.
On plaint Linda dont le mariage bat de l'aile, et on la blâme de s'en consoler ainsi. Elle n'a qu'à quitter Kevin.
On plaint Mitch qui végète dans son centre commercial, mais on le blâme de s'en consoler en faisant ce qu'il fait. Il semble qu'un personnage de ce genre ne peut que mal tourner... c'est un peu dommage.
On plaint Kevin qui cherche sa place, mais on le blâme de la façon dont il la cherche. Et puis, parfois, on se dit qu'il n'a pas inventé la poudre.
Quant à Doug, il fait rire, fait pitié, agace un peu...
Ces personnages marginaux et loufoques sont à la fois complexes et simplistes.

La fin va bien avec le reste du roman. Elle ne m'a pas déplu, même si j'aurais préféré que certaines choses se passent autrement. Seulement, si elles s'étaient passées autrement, la fin ne serait pas autant en accord avec le reste du livre. La toute fin rachète les choses qui ne m'ont pas plu.
Bref, je conseille ce livre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Épaillard pour les éditions de la Croix des Landes.
J'aime beaucoup Lionel Épaillard. Je trouve qu'il interprète de manière juste, sans trop en faire, et en mettant le ton approprié. Son interprétation de ce livre n'échappe pas à la règle.

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jeudi 12 août 2010

jeudi
12
août 2010

Et toi, tu vis toute seule?, d'Anne de Bartillat.

 Et toi, tu vis toute seule?

L'ouvrage:
La narratrice est divorcée. Elle vit donc avec ses deux filles.
Elle nous raconte quelques moments de sa vie avec ses enfants.

Critique:
C'est avec tonus qu'Anne de Bartillat nous conte ces petits moments de la vie de sa narratrice, tranches de vie, racontées en courts chapitres. C'est donc par le récit d'événements que la narratrice nous décrit le caractère de ses filles et le sien. Le style de l'auteur rappelle Nicole de Buron, d'abord parce que personne n'a de prénoms, la fille aînée est, pour le lecteur, la Petite Fille, et la seconde est Number Two, la narratrice n'est pas nommée; et aussi parce que ses anecdotes sont souvent amusantes, et racontées de manière humoristique. Mes préférées sont sûrement les expériences de Number Two avec le mercurochrome et le sèche-cheveux, ou la bouderie de la Petite Fille à qui une inconséquente a enlevé sa musique, ou l'histoire du chocolat en poudre renversé.

Anne de Bartillat sait également faire preuve de gravité. Il y a l'histoire du premier chien de la narratrice, celle de l'aïeule qu'aimait beaucoup la Petite Fille.
Ce rire et cette gravité entremêlés nous dépeignent des situations que nous comprenons d'autant mieux qu'elles nous sont très proches. Ce qu'elle nous raconte, ça pourrait nous arriver. On se plonge dans le quotidien de cette femme divorcée, à qui la vie n'a pas forcément fait de cadeaux, mais qui tente d'en prendre les bons côtés. Et tous ces événements nous semblent terriblement réels!

Il y a quand même des surprises dans ce livre. Par exemple, l'histoire d'amour entre la narratrice et un certain Eric. Je n'avais pas prévu la chute! D'autant moins que j'étais habituée à des événements ordinaires... et cela aussi, c'est réaliste. En effet, dans toute vie banale, on trouve des événements incongrus qui surprennent. Ici, l'événement provoque le rire, même si pour une fois, la narratrice ne rit pas avec son lecteur.

Ma critique n'est pas très longue, mais le livre étant très court, je ne dois pas trop vous en dévoiler!

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jeanine Wouters pour la Ligue Braille.

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mardi 29 juin 2010

mardi
29
juin 2010

La chute du British Museum, de David Lodge.

La chute du british Museum

L'ouvrage:
Adam Appleby a vingt-cinq ans. Il prépare une thèse. Tous les jours, il va étudier et faire des recherches au British Museum. Sa femme, Barbara, et lui ont trois enfants. Ils sont catholiques. Leur hantise est d'avoir un quatrième enfant. Ils n'en ont pas les moyens, et peut-être pas l'énergie. Ils tentent d'y échapper en se fiant à la prise de température matinale de Barbara.
Mais ce matin-là, la jeune femme annonce qu'elle a plusieurs jours de retard.

Critique:
Voilà un petit roman qui fait rire et donne à réfléchir. Je le trouve terriblement actuel, même s'il a été écrit dans les années 60.

Il vaut mieux lire une édition préfacée de ce roman. En effet, David Lodge y explique ce qu'il a parodié et dans quels passages du livre. Personnellement, je n'aurais pas vu les parodies si je n'avais pas lu la préface. Le roman reste amusant sans cela, mais il est plus intéressant de comprendre les clins d'oeil que l'auteur y a insérés.

David Lodge parvient à écrire ici un roman à la fois drôle, léger, et grave. Adam et Barbara sont obsédés par un éventuel quatrième enfant, et y pensent pratiquement tout le temps. Cela fait que le lecteur compatit, mais ne peut s'empêcher de rire, surtout si, comme moi, il n'est pas pratiquant, et prône la liberté de penser. Combien de fois ai-je eu envie de dire à Adam et Barbara que la pilule était ce qu'il leur fallait!
À travers les réflexions d'Adam, l'auteur analyse bien le problème avec lequel il se débat. Le rire qu'il provoque tourne un peu en ridicule (du moins, à mes yeux), cette obligation des catholiques pratiquants à ne pas utiliser de moyens de contraception. L'absurdité de la chose nous est montrée surtout parce qu'Adam et Barbara, sans utiliser de contraception, tentent d'empêcher une nouvelle naissance comme ils le peuvent. C'est cristalisé dans la scène où Barbara prend sa température avec deux thermomètres à deux endroits différents. Cette scène répétée, obligatoire, et exaspérante pour Barbara, montre tout le ridicule, le comique, et le pathétique de leur situation. Le lecteur ne blâmera en aucun cas le couple Appleby, mais ce dogme auquel ils veulent se conformer, et qui les enferme dans un carcan. Le couple est plutôt à plaindre, même si je n'ai pu m'empêcher de me dire qu'ils n'avaient qu'à envoyer promener leur religion. Mais bien sûr, ce n'est pas si simple.
Mais pourquoi ne pas les laisser utiliser un moyen de contraception plus fiable que la prise de température? C'est une solution encore plus hypocrite. La religion catholique dit qu'il ne faut pas contrarier la nature, mais on leur donne de petites astuces pour la contrarier. Alors pourquoi ne pas les laisser y aller franchement?

D'autres situations sont assez amusantes et font réfléchir à la fois, notamment une discussion entre Adam et ses amis quant à la religion. On dirait qu'ils suivent un dogme (surtout Adam) sans comprendre son bien fondé.
La scène d'amour entre George et Sally est également amusante, et donne à réfléchir. Là encore, elle montre qu'une croyance, si on tente de la suivre à la lettre, peut mener au désastre.

Il y a également des scènes et des situations qui sont simplement drôles: quelque chose que porte Adam, certaines répliques, et bien sûr, les parodies utilisées, surtout lorsqu'Adam doit faire refaire sa carte de bibliothèque.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice n'a pas souhaité donner son nom.

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dimanche 13 juin 2010

dimanche
13
juin 2010

Série Z, de J. M. Erre.

Série Z

L'ouvrage:
Félix vit depuis trois ans avec Sophie. Il est scénariste... raté. En effet, il ne finit pas ses scénarios, et donc, aucun d'eux n'est porté à l'écran.
Mais aujourd'hui, la chance va lui sourire: il a rendez-vous avec Isidore Boudini, un producteur. Il va lui proposer un scénario achevé: «L'hospice de l'angoisse». L'histoire se passe dans une maison de retraite pour acteurs où ont lieu de mystérieuses disparitions.
Les choses se gâtent lorsqu'après avoir lu le scénario, Isidore Boudini convoque Félix pour lui apprendre que l'hospice existe vraiment, et que les disparitions ont bien eu lieu.

Critique:
Le maître mot de ce roman est très certainement «humour». Il est exprimé de diverses façons: les situations, les personnages, le style de l'auteur, certaines répliques... C'est un livre déjanté, mais le lecteur ne sera pas perdu, car il y a une intrigue solide et logique.
Il y a longtemps qu'un livre ne m'avait pas tant amusée. J'ai eu plusieurs fois le fou rire, ainsi que la personne qui m'a enregistré ce roman.

J'avais peur que l'humour soit un prétexte pour créer une intrigue policière très grosse. Finalement, la solution se tient, et n'est pas tirée par les cheveux.
En outre, l'amateur de thrillers appréciera la parodie d'enquête à laquelle se livrent, avec ardeur et zèle, l'inspecteur Ernest Galachu et son fils, Virgile. Tous les codes du polar sont détournés, et mal exploités par nos deux détectives manqués. Ernest s'occupe plus de ses statistiques que de l'enquête, et Virgile interprète si bien les indices qu'il croit repérer!!!
Par ailleurs, les «rebondissages» et le «questionnage» (comme dirait Virgile), sont au rendez-vous. Le lecteur se doute bien de quelque chose, mais il ne met pas vraiment le doigt dessus. Et pourtant, la solution est évidente, une fois qu'on la connaît. Et puis, le lecteur n'a pas trop le temps de réfléchir: il est bien trop occupé avec la vie de l'hospice où l'on fornique, joue de sales tours à ses pairs, mais aussi avec la façon d'investiguer des policiers, l'apparition rocambolesque du triplé chez Félix, les réflexions de monsieur Hubert C., l'infiltration de l'hospice par deux femmes prêtes à tout... Et puis, le lecteur se forge une culture du cinéma bis. Tout cela assaisonné d'une louche d'humour qu'il soit noir, grinçant, ou suscite une franche rigolade.

Les personnages sont attachants.
Félix, le faible, l'éternel adolescent amateur de cinéma bis, et qui ne supporte pas l'évocation du malheur quelle qu'elle soit (ça le fait tourner de l'oeil).
Sophie, l'intégriste... euh pardon, l'écologiste convaincue, qui pose un oeil à la fois amusé, bienveillant, et agacé sur Félix. J'avoue que Sophie m'a parfois agacée.
Sans oublier Zoé, l'enfant terrible! Zoé qui, à un an, terrorise les autres enfants, prononce des mots que ses parents n'ont jamais dit en sa présence, ramène des cadeaux inattendus à la maison, et sait maîtriser un homme très en colère muni d'une arme à feu. Comment ne pas la trouver exquise?
Tous les autres personnages sont attachants à leur manière. Certains le sont parce qu'on se moque d'eux, comme les policiers...

On me dira que ces personnages sont invraisemblables. Pourtant, tout est si gros (tant leurs personnalités que ce qui leur arrive), que le lecteur en redemande. En tout cas, c'est mon cas. Je vais me précipiter sur les autres romans de J. M. Erre, en espérant qu'ils sont tous aussi déjantés et aussi bien construits.

Quant à la fin (la solution de l'énigme), elle va bien avec le roman, tout en étant plus grave. Ce qu'elle exprime est si vrai, si simple...
Si le livre est déjanté, il fait également réfléchir. Pour moi, c'est une réussite, un coup de coeur.

Je ne peux achever cette critique sans vous livrer l'une des réflexions de monsieur Hubert C.: «Lecture sans répit: martyre de la vessie.»

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Buchet-Chastel dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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lundi 24 mai 2010

lundi
24
mai 2010

Les dieux ne valent pas mieux!, de Marie Phillips.

Les dieux ne valent pas mieux!

L'ouvrage:
Les dieux de l'olympe ne sont plus ce qu'ils étaient. Actuellement, les plus importants vivent à Londres. Ils habitent dans une maison en ruines et très sale. Ils font tourner le monde et s'occupent comme ils le peuvent.
Artémis regrette ses chiens de chasse, alors, elle promène ceux des voisins en faisant son footing matinal.
Aphrodite, déesse de l'amour et de la beauté, fait du téléphone rose.
Apollon prédit l'avenir dans une émission télévisée.

C'est au cours de cette émission qu'Aphrodite va mettre en oeuvre sa vengeance. En effet, Apollon ayant refusé d'utiliser ses pouvoirs pour faire chauffer de l'eau pour la douche de la déesse, elle ne peut laisser ce crime impuni. De sa vengeance découleront tout un tas d'événements indissociables les uns des autres.

Critique:
Ce livre pourrait être un banal repose-cerveau. Il est certes divertissant, et invite le lecteur à se détendre, mais Marie Phillips s'y est prise intelligemment. On pourrait me dire qu'elle n'a fait qu'écrire des histoires de fesses, des vengeances idiotes, que le scénario est très facile. Ce à quoi je rétorquerai qu'elle a réussi son pari: transposer la mythologie grecque au vingt-et-unième siècle. Il est vrai que ce livre ressemble à un soap opera. Mais qu'est-ce que les histoires des dieux grecs? Ce sont les ancêtres de nos soap operas. Le premier du genre n'est pas le premier feuilleton télévisé qui date des années 50, non! C'est les histoires de fesses et de vengeances des dieux.
Toute l'histoire part d'une peccadille. Excellent parallèle avec la mythologie grecque où les dieux se tapaient dessus et se vengeaient les uns des autres pour des broutilles.
Outre cela, les caractères des dieux sont, eux aussi, bien retranscrits. Ils sont tels qu'on les imagine lorsqu'on lit leurs aventures dans la mythologie grecque, et ils sont très bien adaptés à notre monde actuel.

Quant aux références, le livre en foisonne: les Enfers, Orphée, etc. On retrouve aussi les façons de faire des dieux: certains agissent en enfants capricieux, et n'hésitent pas à recourir à des bassesses pour obtenir ce qu'ils veulent. L'auteur retranscrit parfaitement leur façon de faire.

Le livre est très léger, et ce qui fait sa force est justement l'idée de mettre en scène les dieux de l'olympe. Du coup, l'auteur pouvait s'amuser à écrire une comédie pleine d'énormes ficelles. On ne peut pas lui reprocher cela puisque c'est justement comme ça, chez les dieux. Il est évident que les ficelles sont énormes, qu'on prévoit certaines choses, et que j'aurais trouvé ce livre très mauvais si l'histoire racontée n'arrivait qu'à des humains. C'est la dimension divine qui change tout, et qui fait que l'auteur peut se permettre tout cela.

La plupart du temps, l'histoire est agréable, servie par des répliques piquantes, et des situations amusantes. On ne rit pas aux éclats, mais on sourit beaucoup.
Cependant, il y a quelques longueurs après qu'Artémis a décidé d'aller aux Enfers. On pardonne ces longueurs à l'auteur, car entre références mythologiques et modernité, le livre est réussi. En outre, il donne envie de se replonger dans les aventures des dieux grecs.

La fin pourra paraître facile à certains, mais étant donné l'esprit du roman, je pense qu'une autre fin aurait tout gâché. Pour moi, elle va très bien avec le reste de l'ouvrage.
En bref, un roman plaisant, sympathique, contenant de bonnes idées et une bonne ambiance. À lire!

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Mérat pour la Bibliothèque Braille Romande.

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