Conduite en état Livresque

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A la dispersion, je préfère la concentration. J'ai qu'une vie et ce qui m'intéresse, c'est de la faire briller.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

mercredi 26 mars 2008

mercredi
26
mars 2008

Le magasin des suicides, de Jean Teulé

Dans un avenir lointain et une ville moderne. La famille Tuvache est, depuis dix générations, spécialisée dans le suicide. Corde, couteaux, lames de rasoirs, poisons... vous trouverez tout ce qu'il vous faut pour réussir votre mort dans leur magasin. Tout est pensé pour que vous ne vous ratiez pas : par exemple, les lames de rasoir sont rouillées, car vous attraperez le tétanos si vous ratez la veine, ou si vous ne coupez pas assez bien ; Les kimono portent une grande croix rouge pour que vous sachiez où frapper pour mourir plus vite ; certains poisons tuent par contact, ingestion ou inhalation, tout à la fois...
Mishima et Lucrèce Tuvache ont deux enfants, Vincent et Marilyn, deux ados qu'ils élèvent dans cette culture qui est la leur depuis bien longtemps. D'ailleurs, Vincent est prénommé ainsi car Vincent Van Gogh, et Marilyn parce que Marilyn Monroe, deux suicidés célèbres.
Un jour où Mishima et Lucrère testent un de leur nouveau produit, le préservatif percé, un "accident" se produit, et neuf mois plus tard, le petit Alan (parce Alan Turing, inventeur de l'informatique moderne, et également suicidé par le biais d'une pomme empoisonnée - d'où le logo d'une célèbre boîte d'informatique) vient ajouter ses boucles blondes, ses sourires et sa joie de vivre dans le magasin. Malheureusement pour les Tuvache, l'optimisme et la bonne humeur du petit dernier sont incurables, et deviennent même vite contagieux au sein de la famille...

Dès les première lignes de ce roman, nous savons à quoi nous attendre : une merveille d'humour noir, une mine d'inventions macabres, un festival de désespérés. On se trouve un peu dérouté par le début, car il n'y a aucune notion de temps ou d'espace, nous ne savons pas où ni quand nous sommes. Mais très vite, on se laisse prendre par la plume de Jean Teulé, par sa verve et son humour, pour finalement ne pas lâcher le livre avant la fin.
Le quotidien ordinaire de cette famille pas comme les autres donne lieu à de nombreux décalages avec nous, avec notre époque, et cela contribue au plaisir que prend le lecteur à lire ce roman. Et les inventions toujours nouvelles des personnages nous font bien rire.
Cependant, j'ai été très déçue par la fin, car au fur et à mesure que s'installe le rose dans cette famille tout en noir, vient aussi l'ennui, la routine, et le démontage systématique des inventions que nous avions appréciées au début du récit. Et la "chute" (le mot est très bien choisi ici) m'a laissé un arrière-goût assez étrange dans la bouche. On a l'impression que l'auteur, ne sachant comment finir son récit, a choisi de le suicider, lui aussi, par cette fin plus qu'abrupte. Alors on laisse le roman de côté, et on se laisse aller à une réflexion sur le bonheur : pourquoi faut-il, quand il s'installe, que tout se lisse ainsi ? Faudrait-il garder une part de malheur et de dépression dans nos vies, pour vraiment profiter de notre bonheur ?
Bref, on passe un très bon moment de lecture, même si le roman est trop vite fini, mais à mon avis il faudrait s'arrêter avant la fin...

lundi 14 janvier 2008

lundi
14
janvier 2008

Brins de zinc, de Daniel Rocher.

L'ouvrage:
Daniel Rocher a recueilli ces saynètes dans divers bars , cafés et restaurants. Il nous livre ici un croustillant florilège.

Critique:
Ce livre qui rassemble des tranches de vie est à déguster sans modération. Certaines historiettes sont un peu étranges, voire surréalistes, comme par exemple, la conversation entre les deux hommes sur la femme à qui l'un d'eux a allumé une cigarette. Mais c'est justement cette incongruité, cette étrangeté qui font rire. On se dit qu'il est impossible qu'une telle scène ait eu lieu. Et pourtant, si.
D'autres scènes font franchement rire, comme celle du japonais qui va manger chez les institutrices. J'avais deviné ce qu'il avait compris avant la fin, et cela m'a donné le fou rire. Ce genre de scènes est habituel, cependant, la façon dont cela est raconté est très amusante. L'histoire est bien amenée.
Qu'elles soient incongrues, qu'elles fassent sourire ou rire, qu'elles donnent envie de frapper certains clients, ces petites histoires mettent de bonne humeur. Je n'ai qu'une envie: que Daniel Rocher (ou un autre) fasse d'autres compilations de ce genre d'histoires.

J'ai eu la chance d'entendre ce livre. Je suis convaincue que la version enregistrée apporte une autre dimension à cet ouvrage, et permet de mieux l'apprécier. Je pense que lire la version papier dans sa tête ne rendra pas le livre aussi vivant que ce qu'a fait Albert Morard, le lecteur qui l'a enregistrée pour la Bibliothèque Braille Romande. Bien sûr, il est impossible que ce livre soit lue de manière plate. J'ai souvent râlé après les lecteurs qui font des voix différentes aux personnages des livres. J'ai même parfois trouvé que ce lecteur (qui a pour habitude de faire différentes voix aux personnages pour chaque livre qu'il enregistre) exagérait un peu. Mais pour «Brins de zinc«, il est indispensable de le faire. Je dis également souvent que je préfère un livre qui n'est pas trop joué plutôt qu'un livre surjoué. Mais ici, la façon dont Albert Morard interprète ce livre est tout à fait adéquate! Je ne m'imaginais pas ce genre de livre lu autrement. Ici, le lecteur donne toute la mesure de son talent. Je ne peux que le féliciter pour son interprétation si juste! Il est exactement dans le ton. J'imaginais très bien les personnages décrits, et ce qu'ils faisaient. Je pense qu'il s'est autant amusé à interpréter ce livre que je me suis amusée à le lire. Sa façon de lire tendrait à prouver qu'il y a pris plaisir.

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mercredi 7 novembre 2007

mercredi
7
novembre 2007

Paraboles d'un curé de campagne, de Pierre Trevet

Savez-vous quelle explication les Juifs donnent pour ce "creux" que nous avons tous entre le nez et la lèvre supérieure ? Connaissez-vous la définition du Purgatoire ? Quand vous étiez enfants, comment voyiez-vous la confession, comment l'auriez-vous qualifiée ? Vous êtes-vous déjà interrogés sur certaines histoires d'amour, qui marchent alors que théoriquement, les gens sont si différents ?
Le Père Pierre Trevet, tout au long de son ministère, a receuilli ainsi une foule de petites histoires, parfois drôles, toujours sérieuses, qui nous révèlent certains aspects de la religion catholique. Ces petites histoires, ces paraboles, il nous les offre ici dans un recueil très souriant. Toutes ont été testées au cours d'homélies, retraites, auprès de jeunes et de moins jeunes, et leur efficacité à nous montrer du doigt un côté de la religion a été prouvée.
Toutes ces histoires et anecdotes sont suivies ou servent à illustrer un point précis du mystère religieux, par rapport à Dieu, à Son Fils et à ses souffrances, ou à l'Eglise elle-même ; elles nous aident à mieux percevoir le pourquoi de certaines épreuves : maladie, souffrance, deuil ; à mieux saisir le sens de certains événements et sacrement : prêtrise, mariage, sacrement des malades... Bref, de petites histoire efficaces, qui font du bien quand on les lit.
Si vous cherchez à expliquer un point précis de l'Eglise, ou si vous cherchez une accroche pour une explication, une intervention d'évangélisation, ou une animation de retraite spirituelle, ce petit recueil est fait pour vous, vous y trouverez votre compte !

Pour ceux qui ne sont pas dans cette spiritualité, eh bien, faites comme si vous n'aviez pas lu cette critique... et s'il vous plaît, ne m'incendiez pas dans les commentaires ! Mais ce blog ne sert-il pas à faire partager nos lectures et nos coups de coeur ?

mercredi 23 mai 2007

mercredi
23
mai 2007

Oh, toi, le Belge, ta gueule !, de Philippe Geluck

Philippe Geluck, auteur du Chat et de ses réflexions humoristiques, nous offre ici un recueil des lettres et dessins qu’il a adressés à tous les invités des émissions Vivement Dimanche et Vivement Dimanche Prochain, de Michel Drucker (le dimanche après-midi sur France 3), pendant les sept années qu’il a passées en cette compagnie. Il nous donne ainsi l’occasion de (re)lire les portraits et témoignages qu’il a dressés à cette occasion, et nous permet de sourire (car rire aux éclats pendant qu’on surveille une étude ou un devoir n’est généralement pas très bien vu au collège ni au lycée !) très souvent dans une journée pas toujours drôle.
L’on découvre à travers ces lettres et dessins le regard parfois décalé, parfois tendre, parfois émouvant, souvent drôle, qui fait la caractéristique du Chat… euh, non, de Geluck ! Très souvent aussi, l’auteur fait preuve de beaucoup d’humour sur lui-même, et sur son complice, Michel Drucker, que l’on voyait souvent rire aux larmes à l’écoute de ces lettres.
Enfin, de même que je vous avais parlé des portraits de Rocca et de la nécessité de les lire parfois à voix haute pour entendre tous les jeux de mots dont il truffe sa prose, je vous conseille de faire ainsi pour les lettres de Geluck, car se cachent parfois dans ses lettres des calembours et agglomérats savoureux, qui ne sautent pas à l’œil mais qui passent très bien à l’oreille.

Ah oui, juste un mot sur le titre : il fut gracieusement offert par Alain Delon le jour où il passa dans l’émission, et interrompit Geluck avant même qu’il ouvre la bouche, de cette façon certes un peu cavalière, et cependant tellement bienvenue ici !! (Ceci dit, il fut tout de même obligé de subir la lecture de la lettre le concernant, hein, il aurait eu du mal à y couper… (-.^))

lundi 7 mai 2007

lundi
7
mai 2007

Mehdi met du rouge à lèvres, de David Dumortier.

Medhi met du rouge à lèvres L'ouvrage:
Mehdi est un petit garçon.
Il met du rouge à lèvres pour que ses bises restent plus longtemps sur les gens à qui il les fait.
Il aime la couleur rose.
Il emmène une barbie à l'école, et l'habille bien pour qu'elle puisse trouver un copain.
Il rêve de porter beaucoup de colliers.

Critique:
Mehdi est un petit garçon pas comme les autres. Ses idées amusantes apportent de la fantaisie dans la vie de ses amis. Il affiche sans complexes sa préférence pour des poupées, des couleurs dites pour filles. Pourquoi devrait-il faire comme tout le monde, du moment qu'il n'embête personne? Certains se moquent de lui. D'autres l'emmènent voir un psychologue. A ces moqueries, à cette intolérance, à ce refus de l'accepter, Mehdi répond par des traits d'humour. Par exemple, lorsque les garçons lui disent d'aller se changer dans les vestiaires des filles, à la piscine, il pense que puisqu'il n'est pas considéré comme un garçon, et qu'il n'est pas une fille, il pourrait peut-être se baigner tout nu.

Ce livre est tout petit: 43 pages. C'est un ouvrage pour la jeunesse. Par de jolies illustrations, et un texte à la fois amusant et poétique, il essaie de montrer ce qu'est la tolérance, l'acceptation de l'autre. Si les enfants sont cruels, les adultes font preuve de fermeture d'esprit. Par exemple, on emmène Mehdi chez le psychologue. Pourtant, celui-ci n'est pas mal dans sa peau. Sa différence se voit beaucoup, et cela en gêne certains.
Ce livre est pour la jeunesse, mais il peut être lu à n'importe quel âge. Il donne une petite leçon de tolérance que certains adultes n'ont toujours pas comprise. L'auteur exagère peut-être un peu, mais je pense que c'est fait exprès.

Je ne savais pas trop dans quelle catégorie mettre ce livre. Il est comme son héros: on ne peut pas le ranger dans une catégorie, lui coller une étiquette. J'ai choisi la catégorie "humour", car beaucoup de répliques et de situations sont amusantes, même si le livre ne se résume pas à cela.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.