Romans et documentaires humoristiques

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lundi, 30 janvier 2017

Re-Vive l'empereur!, de Romain Puértolas.

Re-vive l'empereur

L'ouvrage:
Un pêcheur norvégien attrape deux corps pris dans les glaces: celui de Napoléon Bonaparte et de son cheval, le Vizir. Les glaces les ont conservés vivants. La première surprise passée, le pêcheur alerte des experts de Napoléon. L'un d'eux, le professeur Bartoli vient chercher l'empereur pour l'amener en Corse, afin qu'il y prenne sa retraite. Cependant, Napoléon entend parler du terrorisme. Il se dit qu'il est de son devoir d'aider la France à lutter contre ce fléau.

Critique:
Je n'ai pas aimé (je n'ai pas pu le finir) «L'extraordinaire voyage du fakir (...)» et n'ai pas voulu tenter «La petite fille (...)». J'ai voulu essayer ce roman parce que j'aime beaucoup le lecteur qui l'a enregistré, et parce que le style de scénario m'a rappelé «Il est de retour», de Timur Vermes. En effet, on retrouve le décalage: un homme découvre une époque totalement différente de la sienne. Napoléon s'adapte assez bien, et évidemment, certains quiproquos dus à ce décalage font sourire. Par exemple, l'empereur ne comprend pas comment sa Ferrari peut contenir plusieurs chevaux dans son moteur... Il appelle le Coca Light le champagne noir, etc. Ceci n'est qu'une infime partie des drôleries du roman. Certaines choses sont parfois un peu lourdes (comme la répétition d'une espèce de sentence qui veut que les fous ne comprennent pas les blagues), mais cela ne m'a pas trop gênée, car globalement, le livre m'a plu. En outre, le pari n'était pas facile à relever. Cela aurait pu devenir du grand n'importe quoi.

Dans ce roman, l'auteur aborde la question du terrorisme. Thème assez délicat. Pour moi, il s'en tire bien. Il rappelle diverses atrocités humaines commises. Napoléon lui-même se souvient de massacres qu'il perpétra en se disant qu'ils étaient nécessaires au bien commun, et décide d'aborder les choses sous un autre angle, allant plus loin dans le raisonnement, pensant différemment. Chacun appréciera ou non le plan imaginé par notre héros pour débarrasser le monde du terrorisme. S'il paraît gros à certains, il ne faut pas oublier que ce roman est avant tout drôle.
L'auteur montre aussi les différents points de vue de gens qui sont un peu perdus, et ne savent plus à quel saint se vouer, se demandent pour qui ils vont voter, et en viennent à envisager des extrêmes pour que les choses bougent. Je pense que l'auteur évoque assez bien tout cela: les interrogations des gens, les différentes façons de voir de tous, etc.

On s'attache aux personnages, et on s'identifie facilement à eux.

Je suis contente d'avoir redonné une chance à l'auteur, car ce roman m'a fait rire tout en me faisant réfléchir.

Éditeur: Le Dilettante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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jeudi, 27 octobre 2016

Comment se débarrasser d'un ado d'appartement, d'Anne de Rancourt.

Comment se débarrasser d'un ado d'appartement

L'ouvrage:
L'ado pénible a plus de vingt ans, il est devenu un adulescent. Il a gardé certains de ses défauts d'ado et larve sur le canapé sans chercher un travail, et donc ne songe pas à déménager. Voici comment s'en débarrasser.

Critique:
Ce petit livre est, comme son prédécesseur, placé sous le signe de l'humour. Là encore, on peut trouver que l'auteur en fait trop, mais ce qu'elle dit est pourtant vrai.

Elle donne donc des conseils pour faire fuir l'adulescent, et le forcer à se prendre en main. Au départ, les conseils sont amusants, car on imagine très bien les scènes, notamment celles où la mère fait honte à son adulescent, qu'il soit seul ou avec des amis. Ensuite, Anne de Rancourt passe à la vitesse supérieure, et tout en reconnaissant qu'elle est une horrible personne, donne des idées aussi insolites que perfides, idées qui ont ravi mon esprit sadique. Il y en a une que j'ai promis à mes élèves de mettre en oeuvre sur eux s'ils continuaient à ne pas être attentifs et à ne mas apprendre leurs leçons: équiper les chaises d'un appareil qui envoie des décharges électriques. Pour donner quelques autres exemples, inverser le chauffage pour qu'il fasse très chaud en été et très froid en hiver dans la chambre de l'adulescent, profiter d'une absence prolongée de l'adulescent pour déménager, etc.

Un passage est un peu plus sérieux (tout en restant amusant): celui où elle explique la différence entre les générations. Elle dit entre autres qu'avant, c'était plus sévère, mais peut-être mieux. En effet, il est plus difficile, à notre époque, de trouver un travail, mais encore faut-il le chercher. Pour dédramatiser un peu (c'est le but de ce petit livre, comme c'était celui du précédent), Anne de Rancourt imagine des emplois à proposer aux jeunes. Exemples: hurleur dans les oreilles: «Il faut chercher un travail!», dresseur de couvert, faiseur de courses (en ne pensant pas uniquement à soi), etc.

L'auteur n'oublie pas d'évoquer ce qui arrive lorsque l'adulescent se décide à quitter le nid. Là encore, c'est criant de vérité et de drôlerie.

Comme dans le livre précédent, il y a, çà et là, des citations amusantes d'adolescents. À la fin, il y a des témoignages, puis des conseils d'adulescents pour calmer les parents qui répètent toujours qu'il faut chercher du travail.

Remarque annexe:
J'aime beaucoup la conversation entre geeks.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Clélia Strambo pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 24 octobre 2016

Comment élever un ado d'appartement, d'Anne de Rancourt.

Comment élever un ado d'appartement

L'ouvrage:
Petit guide à l'usage des parents d'ados d'appartement.

Critique:
En général, l'attitude pénible de certains adolescents exaspère leur entourage (hormis les autres adolescents). Rien que pour cela, il est intéressant de lire ce petit ouvrage. En effet, tout les travers des adolescents y sont exposés avec humour. Cela aide beaucoup à dédramatiser! En outre, si les lecteurs reconnaissent leurs enfants dans ce qu'expose Anne de Rancourt, ils se sentiront soudain moins seuls.
Je n'ai pas d'enfants, mais je connais bien l'ado, car je le côtoie très souvent dans mon métier. Je sais donc que ce qu'on trouve dans ce livre est vrai. Par exemple, j'ai déjà eu droit à des remarques de mauvaise foi du genre: «Bah on me comprend, donc pourquoi je me fatiguerais à écrire et à parler comme vous voulez?»

J'ai bien conscience que cet ouvrage peut paraître cliché, car il réunit tous les défauts d'un adolescent. Ce n'est pas grave parce que l'ambition de l'auteur est le rire. Elle y parvient par plusieurs moyens. Son «guide» est rédigé comme un magazine, avec des «le saviez-vous» et des«conseils».
D'autre part, l'adolescent est abordé comme une étrange créature qui tient de l'animal de compagnie et dont il faut comprendre le comportement afin de réagir au mieux. Pour ne donner qu'un exemple, l'auteur nous explique qu'il est possible d'apprendre à l'ado à parler. Les phrases doivent être courtes, souvent répétées, et bien articulées. On parviendra, avec persévérance, à faire dire à l'ado des mots comme «s'il te plaît» ou «bonjour».
L'ouvrage étant placé sous le signe de l'humour, il y a quelques lourdeurs. Par exemple, la récurrence des brocolis. Cependant, je pardonne ces lourdeurs à l'auteur, car son livre est amusant et bien pensé.

J'ai particulièrement aimé qu'Anne de Rancourt égratigne la psychologie de bas étages qui ne cesse de répéter qu'il ne faut pas punir un enfant ou un adolescent.

Chaque chapitre évoque un aspect de l'ado: son comportement, son territoire, ses distractions, sa vie dehors, etc. Le dernier chapitre est consacré à des questions de parents et aux réponses (toujours drôles) apportées par l'auteur.

Remarque annexe:
Il y a un clin d'oeil amusant: les ados qui servent d'exemple dénigrent l'allemand tant qu'ils peuvent. Anne de Rancourt est professeur d'allemand.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claire Philippe pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 15 février 2016

Le grand n'importe quoi, de J. M. Erre.

Le grand n'importe quoi

L'ouvrage:
Village de Gourdiflot-le-Bombé, 7 juin 2042, 20h42. Après avoir été jeté hors de la fête d'anniversaire de Patrick, Arthur n'a d'autres solutions que de parcourir le village en attendant que sa petite amie (si elle l'est toujours) sorte de la soirée, car c'est elle qui a les clés de la voiture. À mesure de ses pérégrinations, il se rend compte que quelque chose ne va pas...

Critique:
Quelle joie pour moi de retrouver le style si particulier de J. M. Erre. En effet, dans ce roman, si l'intrigue compte, elle ne serait pas grand-chose sans ce style qui caractérise cet auteur, et qui le rend unique. Chaque phrase est une note d'humour. L'humour n'est pas le même partout. Il peut être très lourd comme très subtil. Comment ne pas rire lorsque le romancier met en évidence certaines références culturelles? Par exemple, lorsqu'il précise qu'un personnage, dont on aimerait bien qu'il se taise, continue «d'ouvrir son large bec»? Bien sûr, il n'est pas possible de reconnaître toutes les références (littéraires, musicales, télévisuelles) dont regorge ce roman (comme les autres romans de J. M. Erre), mais cela n'est pas grave, car elles s'insèrent parfaitement dans le propos et l'intrigue. Rien que cela, c'est un tour de force! Si J. M. Erre s'amuse à de faciles facéties (comme l'insertion des sirènes du port d'Alexandrie, ou des comparaisons fantaisistes), il nous propose également des phrases du genre: «(...) puis il prit en même temps une bouteille et un air menaçant. Face au danger du zeugma, Arthur ne put que s'incliner.» Le zeugma (procédé qui consiste à associer deux termes qui ne vont pas forcément ensemble grâce à un verbe, donnant un résultat souvent amusant) est une de mes figures de style favorites. Il me semble en avoir trouvé dans d'autres romans de J. M. Erre, ce qui me fait penser que lui aussi doit affectionner la loufoquerie provoquée par le zeugma.
Tout cela pour dire que sous des dehors faciles, le style de l'auteur est travaillé. Je le précise ici car j'ai lu une chronique d'une personne n'ayant pas aimé ce roman, et disant qu'elle était sûre de pouvoir faire mieux. Quant à moi, je suis admirative devant un style toujours aussi vivant et n'étant simple qu'en apparence.

Il est une scène qui m'a semblé très cinématographique: celle où Arthur, sur son ridicule petit vélo rouillé, poursuit Lucas qui tente de le retarder en lui envoyant... des poubelles. J'ai très bien imaginé cette scène en la lisant.

J. M. Erre use du cliché pour mieux le démonter. Par exemple, il parle d'un manuscrit trouvé (cliché du roman qu'on veut rendre crédible), des déboires de l'écrivain en manque d'inspiration (ce qui lui permet de faire de l'auto-dérision), des lieux communs concernant la science-fiction, des histoires d'amour niaises qui naissent en un claquement de doigts (niaiserie contrebalancée ici par les remarques de Philippe-José), etc. Avec pertinence et minutie, il détourne les codes, et parvient à faire rire en parodiant (entre autres) une scène pornographique.

Au milieu de tout cela, il glisse de petites phrases quant à l'homme en général, et ce que pourrait être notre société en 2042, si nous continuions comme maintenant. J'ai trouvé ces petites réflexions très bien pensées. En voici un exemple: «Car l'esprit humain, parmi tant d'extraordinaires facultés, en possède deux particulièrement fascinantes: la capacité à gober n'importe quoi et l'auto-satisfaction.»

Ce roman est un hommage à la série «Le guide du routard galactique», de Douglas Adams. Outre les allusions inratables pour quelqu'un qui connaît (Arthur, 42, les titres du tome 2 et 3 répétés, etc), la construction, certains événements, le caractère d'Arthur, et sûrement d'autres choses que je n'ai pas vues, rappellent cette série. L'hommage ne fait pas de ce roman une espèce de répétition de la série sus-citée, et c'en est une autre force. À trop vouloir rendre hommage, J. M. Erre aurait pu tomber dans l'excès, et son roman aurait pu être par trop ressemblant. Or, il n'en est rien. J'ai beaucoup apprécié cela. En bonne pinailleuse, je regrette que l'auteur se soit référé à la seconde traduction qui, pour moi, est un peu fade, puisqu'elle ne garde pas les noms comme Ford Escort et Zappy Bibicy. Certes, la seconde traduction reprend les noms originaux, et est donc plus fidèle, mais je pense qu'ici, la première est plus fidèle à l'esprit déjanté de la série (du moins concernant les noms). J. M. Erre n'a, heureusement parlé que du titre. Il évite Ford Escort et Zappy Bibicy, ainsi, il n'a pas à «choisir».

Semant un semblant de chaos (comme l'indique le titre du roman), l'écrivain maîtrise ses personnages, ses allusions humoristiques à telle ou telle chose, et l'aboutissement de son intrigue. Il sait où il va.
L'intrigue est, pour moi, un peu facile, moins prenante que celle de «Série Z» ou «Le mystère Sherlock», mais l'humour fait que j'ai volontiers pardonné cela à l'auteur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Buchet-Chastel.

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jeudi, 1 octobre 2015

Sors de ce corps, William!, de David Safier.

Sors de ce corps, William!

L'ouvrage:
Rosa ne peut se résoudre à oublier Ian. Celui-ci est maintenant en couple avec Olivia, ils vont se marier.
Un jour, Rosa rencontre un hypnotiseur qui lui propose de la renvoyer dans une vie antérieure. Elle ne sortira du sommeil hypnotique que lorsqu'elle aura découvert ce qu'est le véritable amour.

Critique:
On passe un bon moment avec ce roman amusant. Il ne faut pas s'attendre à des fous rires, mais l'histoire est sympathique, la situation est loufoque, et le livre est une petite note optimiste.

Rosa est renvoyée à une autre époque, ce qui permet à David Safier de jouer sur la différence entre les deux époques. C'est peut-être un peu usité, mais cela fait toujours sourire. Par exemple, Rosa conseillerait bien à certaines personnes du passé de faire une thérapie. Outre l'ambiance et les moeurs différentes, l'héroïne se rend compte, en observant ses lointains congénères, qu'il faudrait peut-être que chacun prenne le temps de vivre, de remercier ceux qui comptent, etc.
L'esprit de Rosa se retrouve dans le corps d'un homme. Là encore, c'est une ficelle facile qui permet à l'auteur de créer des situations cocasses. Par exemple, lorsqu'une jeune fille se jette à la tête de l'homme en question...

Les deux esprits cohabitant, il y a de fréquents échanges entre eux. C'est un peu comme quand on parle avec sa voix intérieure. En outre, comme chacun est la même âme à des siècles d'intervalle, chacun narre à la première personne du singulier. C'est parfois déroutant, car d'une phrase à l'autre, on change de narrateur.

David Safier n'oublie pas les répliques drôles. On en trouve surtout dans les échanges entre Rosa et son moi antérieur, entre eux et celui qui, dans le passé, veut la perte de cette âme, mais aussi entre Rosa et la reine... même si c'est parfois un peu lourd. Lorsque le livre est humoristique, il n'est pas rare de trouver des lourdeurs.

D'une manière générale, le romancier pousse son lecteur à être positif. C'est une bonne chose. Cependant, parfois, il semble dire que certaines choses sont très faciles, alors que c'est loin d'être le cas. Par exemple, Rosa fais un travail qu'elle n'aime pas. Son expérience la pousse à démissionner et à faire ce qu'elle souhaite vraiment. Or, pour beaucoup de gens, cela n'est pas aussi simple. C'est même extrêmement ardu. Il ne suffit pas de le vouloir et d'être prêt à s'en donner les moyens.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélanie Refine pour la Bibliothèque Braille Romande.

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