Conduite en état Livresque

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On n'a pas le temps de jouer trente-six rôles dans la vie.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

vendredi 11 mai 2012

vendredi
11
mai 2012

Un bonheur inattendu, de Lucy Clare.

Un bonheur inattendu

L'ouvrage:
La veille de ses cinquante ans, Lydie découvre qu'elle est enceinte. Elle ne peut se résoudre à en parler à Martin, son mari, car voilà plusieurs années qu'ils ne font plus l'amour. L'enfant est de Barney, un jeune homme avec qui Lydie a eu une aventure, et a rompu. Lydie a déjà trois grands enfants: Laura (qui a elle-même trois enfants), Miranda, et Alex.

Critique:
J'ai fini le livre parce que je voulais savoir comment l'auteur allait sortir ses personnages de la mélasse dans laquelle elle les avait plongés. Si l'intrigue se tient, la plupart des personnages sont absolument détestables.
Laura est frustrée, capricieuse, elle se sent incomprise, alors, elle se transforme en une mégère aigrie. On me dira qu'elle a certaines raisons. Sûrement, mais la comédie qu'elle fait pour s'approprier sa demi-soeur m'a donné envie de lui envoyer plusieurs paires de gifles. J'adore le passage où elle dit ses quatre vérités à chacun, mais ne se remet absolument pas en question. Heureusement, quelqu'un se charge de le faire.
D'autre part, sainte Laura adore son frère (surtout quand elle peut jouer à la poupée avec), mais n'arrive pas à accepter son homosexualité. Belle façon d'aimer quelqu'un pour ce qu'il est.

Miranda ne vaut pas mieux. Profondément égoïste, elle a gardé tous les mauvais côtés de l'enfance. Son égoïsme la rend puérile, simpliste, et on a souvent envie de lui envoyer un bon seau d'eau glacée à la figure. (Certains personnages font ressortir mes pulsions tortionnaires.) Miranda ne se remet pas non plus en question.
Elle souffre d'anorexie, mais on dirait qu'elle s'est fabriqué ses problèmes toute seule. À l'heure où des enfants sont réellement incompris de leurs parents, mademoiselle Miranda s'invente des souffrances, fait une montagne parce qu'elle n'a pas la personnalité de sa soeur (elle passera d'ailleurs tout son temps à vouloir ce qu'elle ne peut avoir). Bref, c'est une méprisable sotte.

Alex n'est pas aussi méprisable que ses soeurs, mais lui aussi voit des problèmes où il n'y en a pas. Il tente de percer dans le milieu artistique, pour de mauvaises raisons, et à côté de cela, autre chose lui plaît, et il faut le secouer pour qu'il accepte de dévier vers cette voie. Je trouve ça idiot. Qui ne saisirait l'opportunité, sans se faire prier, de faire ce qu'il aime?!

Lydie et Martin trouvent grâce à mes yeux, ainsi que Cyn et Cléo. On n'est pas forcément d'accord avec tout ce qu'ils font, mais on les comprend.
Mention spéciale à Cyn qui, malgré son mauvais caractère, attirera la sympathie du lecteur, d'abord parce que sa détresse est réelle, et en plus, parce qu'elle énonce souvent d'incontestables vérités.

Le thème de l'enfant désiré ou non est abordé de plusieurs manières. Si les personnages sont de vrais crétins, l'auteur soulève des questions intéressantes.
Miranda ne veut pas d'enfants parce qu'elle a peur d'être enceinte. Ensuite, elle veut bien voler sa demi-soeur, et la faire garder par une nourrice... Son but est de garder Richard. Elle ne l'aime même pas, elle a besoin de quelqu'un.
Laura veut désespérément un quatrième enfant. Que ne se contente-t-elle d'élever ses propres enfants. Cette imbécile n'arrive même pas à cerner ceux qu'elle a déjà faits, et elle en veut un autre! Apparemment, Laura ne sait s'occuper que de petits enfants. Donc, elle en aura un quatrième, et quand il aura six ans, il lui en faudra un autre pour recommencer à pouponner...
Si les personnages s'y prennent aussi mal, le thème est intéressant. Que faire quand un couple n'est absolument pas d'accord sur le fait d'avoir des enfants? J'ai du mal à croire qu'on puisse quitter quelqu'un qu'on aime vraiment à cause de cette divergence d'opinions, mais il est vrai que quelle que soit la décision prise, elle ne satisfera aucun des deux. Le plus sage est peut-être de ne pas avoir d'enfants, car il faut se dire que c'est eux qui pâtiront d'avoir un père ou une mère qui les a eus à contrecoeur, pour ne pas être quitté par l'être aimé.

Si la fin apporte des réponses, si les personnages ont l'air de s'être un peu remis en question, certaines choses ne sont pas vraiment crédibles, notamment la reprise en main de Miranda par elle-même. Quant à Laura, j'ai la sensation que c'est du reculer pour mieux sauter...

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Colette Stassard pour la Ligue Braille.

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jeudi 10 mai 2012

jeudi
10
mai 2012

Ma soeur, mon amour, de Chitra Banerjee Divakaruni.

Ma soeur, mon amour

L'ouvrage:
Inde.
Suda et Anju sont nées le même jour, et ont été élevées ensemble sous l'égide de leurs mères et de leur tante. Leurs pères sont morts avant leur naissance. Elles sont devenues inséparables. Chacune a son caractère, elles se complètent, se comprennent.
À cause de certaines circonstances, leurs mères voudront les marier le plus vite possible. Cela contrarie le désir d'indépendance de l'une et le coeur de l'autre. Cependant, la vie n'a pas fini de les surprendre.

Critique:
Voilà un très beau livre, magnifiquement écrit, décrivant à merveille les complexités d'un amour extrême, pour lequel on s'oublierait soi-même. Cet amour complice, total, est naturel à nos deux héroïnes. Rien, jamais, ne le ternira. L'une sacrifiera son bonheur pour l'autre; l'autre découvrira que sa «soeur» est désirée de celui qu'elle aime... Malgré cela, la pureté de leur attachement fera qu'il restera intact. Il sera piétiné par les jaloux, malmené par ceux qui refusent de le comprendre, égratigné par les découvertes de chacune des filles, mais finalement, il sera inchangé, voire grandi. En effet, rien ne régénère mieux chacune que la présence et l'amour inconditionnel de l'autre.

Ce livre invite également le lecteur à réfléchir. Des personnes font des choix par inconscience, par bêtise, par égoïsme. Tôt ou tard, ces personnes se retrouvent confrontées aux conséquences de leurs décisions. Elles se remettent en question, examinent leurs erreurs, etc. Certains personnages tirent les leçons qui s'imposent, mais pas tous. Cette diversité de caractères m'a plu.

L'auteur a un style remarquable. Son texte est souvent poétique. Elle décrit parfaitement des relations complexes entre des êtres qui s'aiment, mais ne se comprennent pas toujours, qui évoluent. Je pense que cette histoire, sous une autre plume, tournerait facilement au mélodrame. La mièvrerie aurait été présente à chaque page. Ici, les sentiments sont très bien expliqués, explorés, analysés, sans que cela soit larmoyant. Pourtant, l'auteur place ses protagonistes dans des situations extrêmes.

J'ai apprécié que les personnages ne mettent pas trop de temps à découvrir une chose qu'on voulait leur cacher, je pense plus particulièrement à Anju.
Moi qui suis anti-coup de foudre, j'ai bien aimé (cela m'a surtout fait rire) la rencontre entre Anju et son promis. D'ailleurs, ce n'était pas à proprement parler un coup de foudre: Anju a surtout aimé que ce ne soit pas un homme repoussant, aux idées arrêtées.
J'ai d'ailleurs trouvé très pertinente la manière dont évoluent les relations entre les jeunes filles et leurs maris. C'est très réaliste.
Il est dommage que l'histoire s'arrête ici. C'est un nouveau tournant, mais connaissant la situation, le lecteur sait que les choses peuvent évoluer de différentes manières. J'aurais aimé savoir celle qu'aurait privilégiée l'auteur.

J'ai apprécié l'alternance des points de vue. Comme souvent, cela apporte un plus.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi 4 mai 2012

vendredi
4
mai 2012

Quatuor, de Vikram Seth.

Quatuor

L'ouvrage:
Michael a trente ans. Il est violoniste. Il habite à Londres. Il fait partie d'un quatuor, le Magiore. Il ne parvient pas à oublier Julia, son seul amour, qui, pense-t-il, habite Vienne. Un jour, par hasard, il la croise.

Critique:
Voilà un beau roman plein de sensibilité, de douceur, de violence, le tout porté par une plume vive, aérienne, fluide, magnifique. L'auteur plonge son lecteur dans l'univers de la musique, et dans la vie de son héros. Moi qui ne suis pas férue de technique musicale, j'ai aimé lire ce qu'en disait Michael, et comment la musique était une partie de sa vie, comment elle l'emportait. Les deux raisons de vivre de Michael (la musique et Julia), se côtoient, s'emmêlent, se complètent...

L'auteur parvient à raconter une histoire d'amour sans mièvrerie. J'ai été très surprise qu'il évite tous les écueils que je déteste, ou bien qu'il crée des situations telles que je n'aie pas de motif de mécontentement. Par exemple, je ne supporte pas qu'une personne mariée et aimant son conjoint, le trompe, et dise qu'elle aime les deux. Cela m'insupporte, car pour moi, la personne se cherche des excuses. Ici, j'ai compris le personnage. J'ai compris son déchirement, et la raison pour laquelle elle aimait les deux, la différence entre ces deux «attachements». Néanmoins, il me semble qu'elle en aime un de manière totale et sincère, alors que c'est sa raison qui lui dit d'aimer l'autre. Là où j'accuse les autres de fourberie, je la sais sincère. Julia est un personnage fascinant, pour qui le lecteur se prendra de sympathie. Elle aspire au bonheur, mais est torturée à cause de son amour pour Michael, cet amour qui l'attire comme un aimant, qui fait qu'elle aura toutes les audaces tout en en étant mortifiée. La douce et sensible Julia qui a connu de grands bouleversements, et qui s'est toujours relevée.
À propos de Julia, il est autre chose dont je pourrais longuement parler, mais j'en dévoilerais trop. Je peux juste dire que l'auteur traite cela avec justesse et sensibilité.

Michael est sympathique, même s'il est la cause de son malheur. Il fera une espèce de parcours initiatique. Au début de l'histoire, il avoue son immaturité, ce qu'il vivra le fera mûrir. Il en ressortira meurtri, désemparé, à moitié fou, mais le lecteur a espoir qu'il en sera grandi, et finira par prendre certaines bonnes décisions.

Il est fascinant qu'un si grand amour, si pur, si sincère, soit à la fois destructeur. En effet, Julia et Michael sont heureux ensemble, mais ils sont souvent seuls pour diverses raisons. En outre, plus il se rapproche d'elle plus il s'éloigne de ses amis, refusant leurs avis et conseils. Ceux-ci ne sont pas toujours avisés, mais c'est Michael qui semble se fermer. Il semble que les deux ne soient pas conciliables, justement parce que cet amour mal vécu, source de bonheur et de frustration, blesse et consume ceux qui le ressentent et ceux qui sont autour. Pourtant, je ne pense pas que l'auteur fasse l'apologie d'une vie sans passion. Non. Il veut nous dire que dans ce genre de cas, chacun est responsable de ses actes. Il ne faut pas oublier que c'est Michael qui déclencha le mal-être qui l'enveloppe ainsi que Julia. Si la jeune femme a certains torts, ce n'est que plus tard.

Il ne pouvait pas y avoir plusieurs fins possibles. Il fallait bien que des décisions fussent prises. Les personnages n'auraient pas pu vivre avec ce compromis qui les souillait et les tuait à petits feux. J'ai apprécié que l'auteur prenne le temps de construire et de préparer cette fin. Elle ne paraît ni bâclée ni extravagante. Elle plaira ou pas, mais elle ne détone pas avec le reste du roman.

Remarque annexe:
J'aime beaucoup la scène des autobus. Elle est incroyable, folle, romantique, on dirait presque un conte de fée... Et elle préfigure un peu ce que sera l'histoire des deux héros.

Éditeur: éditions des écrivains.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La voix agréable et le ton de la lectrice étaient adaptés au livre. C'est toujours le cas avec elle, mais je le précise ici parce qu'il aurait été très facile de tomber dans le mièvre, de trop en faire.

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lundi 30 avril 2012

lundi
30
avril 2012

The Ivy chronicles, de Karen Quinn.

The Ivy Chronicles

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Ivy Ames est mariée et a deux filles. Elle fait un travail qu'elle n'aime pas, mais il lui permet de mener grand train de vie.
Un jour, l'un de ses collègues fait en sorte de prouver qu'on pourrait bien se passer d'elle, et Ivy se retrouve licenciée. Effondrée, elle rentre chez elle pour trouver son mari dans la baignoire avec Sassie, la femme du collègue traître. C'en est trop!
Ivy va devoir repartir de zéro.

Critique:
Au début, j'avais un peu peur que ce livre soit une insipide comédie sentimentale. Heureusement, malgré quelques aspects du genre, il a davantage de profondeur. Tout ce petit monde que nous décrit Ivy paraît terriblement artificiel. En effet, elle quitte un travail pour un autre où le faux-semblant, la poudre aux yeux, et les apparences sont rois. Les vraies valeurs sont prônées, mais elles sont, en fait, allègrement piétinées par tous. Tipper en est la plus belle illustration. Ivy elle-même doit composer avec ce qu'elle pense être bien et l'intérêt de ses clients.
Le principe même du nouveau travail d'Ivy est aberrant. Je ne pensais pas qu'on pouvait, dès le jardin d'enfants, courir après la meilleure école, et planifier ainsi la vie de son enfant... c'est vertigineux! C'est également écoeurant. Pourtant, je sais que Karen Quinn n'exagère pas, qu'elle dépeint la réalité d'un certain milieu. C'est en cela que ce livre, d'apparence légère, me semble plus creusé que les comédies auxquelles il ressemble un peu.
Quant aux clients d'Ivy, si certains sont un peu caricaturaux (comme Stu ou Omar), ils sont crédibles.

Si des événements sont quelque peu attendus, rien n'est gros ou mal amené.
Sassie est la «méchante» sans vraiment d'épaisseur. On attend bien sûr qu'elle soit anéantie sur place par des foudres vengeresses, après ce qu'elle fait à Ivy. La manière dont les choses finissent pour elle est inattendue, mais crédible. Et c'est moins cliché que si elle avait eu un retour de bâton plus classique ou trop extravagant.
Tout au long du roman, il y a quelques rebondissements qui conduisent à des choses un peu attendues, mais la façon de faire est assez à propos.

Ivy est intéressante parce qu'elle ne réagit pas comme le ferait une de ces petites dindes subitement privée de sa fortune. Il y a des moments où elle leur ressemble, surtout quand elle fait le compte de tout ce qu'elle dépense et de tout ce à quoi elle doit renoncer. Cependant, la manière dont elle fait face à son licenciement est crédible. Elle veut retrouver son train de vie d'antan, mais se comporte de manière responsable.
Quant aux hommes qui jalonnent sa nouvelle vie, là encore, j'ai été agréablement surprise, car si je m'attendais à certaines choses, la façon dont elles sont exposées fait qu'elles passent bien. Cela donne lieu à des scènes cocasses, comme celle de l'adolescent au portable, ou celle (teintée d'émotion) où Ivy se retrouve chantant, les pieds dans le plat de poisson de madame Gardoski.

L'auteur évite un écueil: celui de la meilleure amie traîtresse. Je n'ai pas franchement aimé Faith, mais c'est un personnage passe-partout. Elle joue assez bien son rôle de meilleure amie. À un moment, elle m'a fait rire en se plaignant des inconvénients qu'apportent sa grande richesse... À part ça, je l'ai trouvée un peu fade. Rien ne fait qu'elle se démarque.

Il y a quand même certains passages qui rappellent ces comédies dont je me défie. Je citerai entre autre ce qui se passe lorsqu'Ivy envoie sa candidature à un jeu de télé réalité (ce qui arrive est d'ailleurs bien plus amusant et inattendu que si elle avait été retenue), la façon dont Ivy est quelque peu vengée de ceux qui l'ont bafouée au travail, ce qui se passe lorsqu'Ivy découvre l'adultère, l'épisode George Clooney, et les cheveux teints de Stu.

Ivy et d'autres personnages évoluent, tirent certaines leçons de leurs expériences, deviennent plus responsables.
Ce livre est sympathique, il allie subtilement gravité et légèreté, et dépeint avec justesse un monde où il est parfois dur de rester intègre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.
Outre le fait que j'adore le naturel et la voix de Julia Gibson, j'ai bien ri quant à la voix qu'elle prend pour le personnage de Wendy. Par son jeu, elle renforce l'impression que je me fais des personnages. C'est une comédienne de grand talent.

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jeudi 26 avril 2012

jeudi
26
avril 2012

Chanson sans paroles, d'Anne Packer

Chanson sans paroles

L'ouvrage:
Liz et Sarabeth sont amies depuis leur adolescence. C'est chez Liz que Sarabeth est allée vivre, à seize ans, après le suicide de sa mère.

Aujourd'hui, Liz a un mari et deux enfants. Sarabeth sort d'une liaison avec un homme marié. Les deux femmes sont toujours aussi proches.
C'est alors qu'un drame se produit dans la petite vie bien rangée de Liz.

Critique:
J'ai aimé ce livre. L'auteur a su planter un décor et présenter ces personnages. On pourra trouver que tout cela démarre lentement, mais j'ai aimé prendre le temps de découvrir les vies de Liz et Sarabeth. Sans grandiloquence, Anne Packer raconte un pan de la vie de personnages moyens, qui essaient de faire du mieux qu'ils peuvent, qui s'aiment, souffrent, s'écorchent, tentent de se comprendre... Il sera très facile de s'identifier à eux.
Autre chose m'a plu: tout au long du roman, on ne peut prévoir où nous emmènera l'auteur. Il y a une chose dont on se doute, car le contraire aurait été impensable, mais sinon, on ne peut qu'émettre des suppositions sur la façon dont tout tournera. Au début, c'est encore plus probant: je me demandais comment Anne Packer allait construire son histoire autour de cette famille à l'air bien calme, bien rangée, sans histoires.
Ensuite, j'ai apprécié que l'auteur s'écarte des clichés. Si le couple de Liz connaît de mauvaises passes, si elle et Brody ne se comprennent pas toujours, ils ne tombent pas dans l'adultère. J'en ai assez que, dans les livres, les couples se trompent pour un oui ou pour un non. Ici, j'ai été reconnaissante à la romancière de ne pas utiliser cette ficelle.

L'un des personnages souffre de mal-être. Au départ, on se demande quelle en est la cause. J'ai cherché une cause tangible et précise. J'ai préféré la façon dont l'auteur explique ce mal-être. C'est beaucoup plus dur à concevoir, mais pas forcément invraisemblable. J'ai aussi aimé que Liz et Brody donne des pistes au lecteur pour comprendre cela.
Ce personnage m'a parfois agacée, mais je me suis efforcée de comprendre ce qui avait mené à son mal de vivre.

Au début, je trouvais Liz trop sûre d'elle, et à mesure du roman, j'ai vu qu'elle doutait, ne savait pas forcément comment réagir face à ses enfants... Je sais que j'aurais agi autrement, mais son incertitude est compréhensible, surtout qu'elle n'hésite pas à se remettre en question.
Brody suit un peu le même schéma, même s'il ne passe pas par les mêmes étapes.

Sarabeth m'a agacée. On me trouvera sévère: la pauvre a vécu un traumatisme, ses parents n'en ont jamais vraiment été... Soit, mais la famille de Liz l'a aimée et aidée à s'épanouir. Elle a souvent l'air d'un poids mort, d'un boulet pleurnicheur. Ce que Liz lui dit à un moment est vrai. En outre, elle larmoie sur Billy, mais je ne l'ai pas plainte un seul instant: voilà ce que c'est que d'aimer un homme marié. Dans l'histoire, c'est lui le plus fautif, Sarabeth est juste le dindon de la farce, mais la façon dont cette liaison s'est terminée était prévisible.

C'est aussi l'histoire d'une amitié vraie. Même si l'une doit blesser l'autre, elles finissent toujours par se dire la vérité. Même si elles pensent s'être fait trop mal pour que leur amitié soit rescapée, chacune a eu la force d'être vraie. La véritable amitié, c'est cela: c'est pouvoir tout se dire.

Un livre qui explore avec délicatesse la complexité des relations familiales et amicales.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Random house audio.
Cassandra Campbell a une voix très douce et agréable. Elle préfère lire de manière sobre. Si elle met le ton appropriée, j'ai trouvé qu'à certains moments, sa lecture était trop lente, et que sa voix était trop basse, rendant l'écoute poussive. Il est bon de ne pas trop en faire, mais à certains moments, on aurait dit qu'elle s'ennuyait un peu...

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