Conduite en état Livresque

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Le regard qu'elle m'envoyait était une variation furieuse et triste sur le thème de la douleur.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 13 février 2012

lundi
13
février 2012

1q84, livre 2, de Haruki Murakami.

1q84, livre 2

L'ouvrage:
Aomamé est confrontée à la mission la plus périlleuse de sa carrière de l'ombre. Elle souhaite l'accomplir, mais elle sait qu'elle n'y survivra peut-être pas.

Tengo se voit faire une étrange proposition par une curieuse association. Pendant ce temps, Fukaïri brille par son absence...

Critique:
J'ai d'abord retrouvé les deux personnages avec contentement. Je m'étais attachée à eux, j'avais envie de connaître la suite de leurs aventures.
D'autre part, ce que je craignais à la fin du tome 1 n'est pas arrivé, et je pense que cela n'arrivera pas. Je préfère qu'il en soit ainsi. Murakami aurait certainement fait quelque chose de brillant de cette idée, mais cette ficelle ayant été surexploitée, il m'aurait paru indigne de cet auteur qu'il l'employât.

Au fur et à mesure de mon avancée dans ce roman, j'ai eu la sensation d'entrer dans une espèce de labyrinthe onirique. Cela n'a pas été pour me déplaire, même si, parfois, j'ai trouvé l'auteur dur à suivre. J'ai aimé cette ambiance particulière qu'il distille avec art, cette atmosphère entre rêve et réalité.

Si le tome 1 présentait un petit côté fantastique, le tome 2 est beaucoup plus orienté dans ce sens. L'auteur utilise certains codes connus (les Little People sont des topoi du genre, même s'ils ne sont pas des répliques exacte de ce qu'on connaît). Ce mélange de fantastique et de délire aurait pu m'agacer, pourtant, l'intrigue est solide, et le fantastique s'y insère très bien. Ce que font les Little People est aussi quelque chose d'assez classique, mais c'est renouvelé par la façon dont ils s'y prennent. J'adore l'idée de construire une chrysalide à partir de fils attrapés dans l'air.

De par ce fantastique, le lecteur se retrouve confronté à deux points de vue radicalement différents. Si on prend l'histoire ancrée dans la réalité, on voit d'horribles actes commis par un pervers, des enfants détruits, des personnes assujetties. Si on prend en compte l'aspect fantastique, tous nos repères se trouvent mis à mal, et les choses ne sont pas du tout ce qu'elles paraissent. J'aime beaucoup ce glissement: l'auteur propose deux façons de voir totalement opposées, et pourtant, toutes deux peuvent cohabiter. Quel tour de force!
J'ai moins aimé l'idée que deux personnages doivent obligatoirement s'unir charnellement, parce que c'est dans l'ordre des choses voulues par l'aspect fantastique de l'histoire.

J'ai la sensation que tout est imbriqué. C'est-à-dire que des éléments qui semblent n'être pas rattachés à l'intrigue principale le sont. Par exemple, ce qui se passe avec le père de Tengo: c'est d'abord quelque chose qui aide le jeune homme à évoluer, à s'ouvrir. Mais je pense que c'est lié à l'intrigue principale. Je suis également convaincue que le caoutchouc défraîchi d'Aomamé aura une grande importance par la suite. Je verrai si le tome 3 me donne raison.

J'ai lu peu de romans de Murakami, mais je me rends compte qu'on retrouve certains thèmes qui lui sont chers. Par exemple, l'écriture. Ce thème est très présent. Plusieurs de ses facettes sont pertinemment explorées. D'autre part, l'écriture est étroitement mêlée à l'intrigue principale, et contribue à l'aspect labyrinthique de l'ouvrage.
Ce qui arrive au père de Tengo à la fin du tome 2 rappelle ce qui arrive à Nakata dans «Kafka sur le rivage». C'est seulement présenté sous une autre forme, et cela signifie autre chose.

J'ai apprécié la façon dont l'histoire d'amour est mise en place. Ce n'est pas vraiment un coup de foudre, pas une simple attirance... C'est comme si les personnages se devinaient l'un l'autre, comme si Aomamé avait tissé un lien invisible en serrant la main de Tengo. C'est mystérieux, romantique, insolite...

La fin du tome 2 fait qu'on sera pressé de lire le 3. En effet, ce qui se passe au chapitre 23 laisse le lecteur désemparé. Je ne peux pas m'empêcher d'espérer que quelque chose s'est déréglé, et que le geste n'a pas été suivi des faits, mais je n'y crois pas. Je me demande donc comment l'auteur va relancer son intrigue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck et Maïa Baran.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Outre les personnages, j'ai été ravie de retrouver les comédiens. Ils sont toujours aussi talentueux. Il me semble que Maïa Baran fait moins de manières lorsqu'il s'agit d'interpréter lavieille femme. Mais peut-être ai-je ressenti cela parce qu'on ne voit pas beaucoup ce personnage.
J'ai préféré la façon de Maïa Baran de prononcer «mother», «daughter», etc. Emmanuel Dekoninck y met un peu plus d'accent (pas énormément).

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vendredi 10 février 2012

vendredi
10
février 2012

Les petits succès sont un désastre, de Sonia David.

Les petits succès sont un désastre

L'ouvrage:
Rose (dite Zéro) est traductrice de romans anglophone et hispanophones. Elle a quarante ans. Elle a une petite bande d'amis (la Pap' Team) qu'elle retrouve au café le Papillon. Ils se racontent.
Un jour, Rose décide d'écrire un roman où elle raconterait la vie de cette petite bande. Elle veut écrire un roman sur la douceur de l'amitié, veut comprendre cette amitié.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. Ayant moyennement sympathisé avec l'héroïne, j'ai eu du mal à vraiment entrer dedans. Rose m'a plutôt agacée: elle a quarante ans et semble en avoir quinze. Je n'ai rien contre ceux qui gardent certains traits enfantins, je trouve d'ailleurs que la vie est bien plus intéressante avec un brin de fantaisie. Mais Rose a des attitudes d'adolescente qui se cherche. Elle n'a pas fini de grandir. Elle préfère fantasmer sa vie, écrire ses fantasmes, plutôt que de vivre. Elle a certaines manies qui, mises bout à bout, sont lassantes.
J'ai approuvé certaines de ses idées: par exemple, je pense, comme elle, qu'Emma ne devrait pas boire. J'approuve également que Rose, un jour où Emma, soûle, l'a appelée, l'ait laissée tomber. Je pense que ça aurait pu être un bon électrochoc. Seulement, Rose pense et agit ainsi pour de mauvaises raisons. Elle pense d'abord à elle.
Lorsqu'elle écrit son roman, Emma lui reproche de réduire chacun à une caractéristique. C'est en effet ce que j'ai ressenti. Cela montre une certaine immaturité de sa part. Étant donné que le roman qu'elle écrit et ce qu'elle vit sont étroitement mêlés, on perçoit aussi les personnages comme peu épais.
Cependant, l'auteur ne les a pas créés ainsi, car les seuls fois où ils paraissent vraiment réels, c'est lors des entretiens qu'ils accordent à Rose. Là, ils s'anime, vivent, ont de la chair. C'est donc bien elle qui les réduit à des protagonistes sans saveur parce que plats.
En outre, elle est assez narcissique. Tout tourne autour d'elle, elle pleurniche souvent pour des riens, elle ne supporte pas de ne pas être appréciée...

J'ai aussi eu du mal à apprécier certains personnages.
Emma qui se vautre dans son addiction, qui ne veut pas en voir les mauvais côtés, qui la revendique... J'ai eu envie de lui donner une bonne paire de gifles. Qu'on ne puisse pas décrocher, je le comprends, qu'on s'en glorifie, qu'on dise que c'est ça, le bonheur, je le comprends moins. Cela voudrait dire, si on creuse, qu'Emma s'ennuie tellement, qu'elle se fiche tellement de ceux qui l'aiment, qu'elle préfère l'euphorie provisoire et frelatée de l'alcool.
J'ai aimé Vincent, sa bonne humeur, ses petites bizarreries. J'ai même apprécié son jeu idiot des questions impossibles qui est un peu lourd. Je me retrouve un peu plus en lui, parce que ses bizarreries sont amusantes, mais qu'il n'a pas l'air de se préoccuper de problèmes futiles.
J'ai également apprécié Comar, Tikka et Léo qui, eux aussi, semblent plus évolués, plus posés, réfléchis.
J'ai aimé le côté fragile qu'on devine chez Fab.

La structure m'a un peu dérangée, mais finalement, cela ne m'a pas déplu. Elle semble brouillonne: on passe sans cesse de la réalité au roman et inversement (surtout dans la troisième partie). Je me suis retrouvée un peu embrouillée, et par moments, j'avais peur de ne plus savoir où j'étais. Mais c'est ce qu'a voulu l'auteur, et on sent qu'elle maîtrise ce chaos apparent. Donc, même si cela m'a un peu déroutée, j'ai apprécié cela. C'est à l'image du roman et de la vie de ses héros: aspect léger et chaotique, mais finalement, assez sérieux. Quand on creuse un peu la prose de Rose, on se rend compte que ces amis n'en sont pas de vrais. Là encore, c'est surtout l'héroïne qui ne semble pas être une véritable amie. Ce roman fait réfléchir sur l'amitié, les différents points de vue, la tolérance. C'est en cela qu'il est intéressant. L'auteur aborde avec pertinence le thème de l'écriture, de la barrière entre ce qui est, ce qu'on voudrait qui soit, ce qu'on a compris, ce qu'on voudrait avoir compris...

Il ne m'a pas plu que pendant l'histoire, Rose donne de petits indices annonçant la fin. Je n'aime pas que les auteurs fassent cela: ils gâchent eux-même la découverte.

Le style est agréable. On dirait que la jeune femme fait la conversation à son lecteur. Et au détour de son histoire, se cachent de petites phrases en forme de devise, des dialogues caustiques. Rose nous fait ses confidences. Ce style se prête assez bien aux digressions, ce dont l'héroïne ne se prive pas.

Remarque annexe:
Je savais que l'erreur concernant «apporter» et «amener» était une faute d'usage, mais je n'y faisais pas attention. Je penserai toujours à ce livre quand je l'entendrai.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Robert Laffont.

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lundi 6 février 2012

lundi
6
février 2012

Le mouroir aux alouettes, de Virginie Lauby.

Le mouroir aux alouettes

L'ouvrage:
Paulo s'installe aux Alouettes, une maison de retraite. La vie et les circonstances l'y obligent. Au départ, il a du mal à s'y faire, et puis, il trouve des amis: Marie, la jeune fille qui fait sa chambre; certains pensionnaires; et même Isabella, la directrice. C'est justement le jour où celle-ci quitte son poste que les choses changent. Elle est remplacée par Louisa Visconti, qui n'est pas très commode.
Petit à petit, l'un des amis de Paulo, Hortensia, change du tout au tout. Mais d'autres événements incongrus se produisent...

Critique:
Voilà un livre que je recommande pour sa sincérité. Sans fioritures, avec finesse, l'auteur nous raconte. Au-delà de l'espèce d'énigme créée autour d'événements étranges, c'est une façon de vivre, une société qu'elle dépeint. J'ai ressenti le désarroi de Paulo et de ses camarades, lorsqu'ils se rendent compte que leur situation fait qu'ils sont à la merci de n'importe qui, et que la maison de retraite est leur prison. C'est la première fois que je lis un livres où sont évoquées de manière si réalistes des sévices sur des personnes âgées. Je me doutais que cela existait, mais le lire exposé de manière si juste le rend plus réel. Bien sûr, on découvre une raison à cela dans le roman, mais malheureusement, je pense que dans la réalité, cela doit exister sans réelles raisons. Certaines personnes doivent juste être satisfaites d'exercer leur «pouvoir» sur plus faibles qu'elles.
Il y a aussi ceux qui infantilisent les personnes âgées par bêtise, par négligence, mais aussi par sadisme.

Dans une histoire qui ne tombe jamais dans le larmoyant, Virginie Lauby insère quelques notes humoristiques, notamment par certaines réflexions de Paulo, mais aussi par l'excentricité de certains personnages. Je pense à Hortensia et au poète.

Certains événements peuvent paraître un peu gros: notamment la façon dont une personne peut se faire passer pour ce qu'elle n'est pas, et obtenir justement le poste qu'elle veut par un concours de circonstances... Dans le même ordre d'idées, on pourrait dire que ce que fait Julien aurait dû et pu être fait depuis le début... Eh bien, moi qui n'accepte pas trop ce genre de choses, je n'ai pas été gênée. Je pardonne à l'auteur ces petits tours de passe passe, parce qu'ils lui ont permis de signer un très bon roman. Ces détails ne doivent donc pas lui être reprochés, à mon avis.

Les personnages, eux aussi, sont crédibles. Le personnage principal devant être sympathique au lecteur, l'auteur a joué le jeu. Cependant, elle a su créer un personnage complexe qui est loin d'être parfait. Il commet des erreurs, et ne les admets pas toujours, ou trop tard. À travers lui, la romancière pose la question de l'importance que revêt le travail et son investissement dans une cause. Pour moi, le narrateur a manqué une partie de sa vie à cause de cela. C'est d'ailleurs ce que laisse penser l'auteur.

La psychologie du personnage le plus détestable est bien analysée. Elle est crédible et cohérente. Le lecteur ne pourra se défendre d'un brin de compassion pour ce que fut cette personne, et pour ce qu'elle n'a pu être.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-louis Blonde pour le service Lecture Sonore de l'Unadev
Le lecteur a pris le parti de jouer, de théâtraliser. Ce n'est pas toujours facile, et beaucoup se cassent les dents, tombant dans le surjeu. Ce n'est absolument pas son cas. J'ai donc été ravie de son interprétation juste et dynamique. Il s'est très bien glissé dans la peau des personnages, et a rendu le livre plus vivant.

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vendredi 27 janvier 2012

vendredi
27
janvier 2012

La vie obstinée, de Wallace Stegner.

La vie obstinée

L'ouvrage:
Sur leurs vieux jours, Joe et Ruth Halston se sont retirés dans un coin de campagne où ils pensent pouvoir trouver une forme de paix. Ils ne savent pas que leur univers sera troublé par l'arrivée de Jim Peck, et par leurs nouveaux voisins, Maryann et John Caitlin.

Critique:
Ce livre évoque les mêmes personnages principaux que «Vue cavalière». Je n'arrive pas à dire avec certitude lequel se passe avant l'autre. Cependant, je pense que «La vie obstinée» se passe avant.
Le livre suit le même schéma: Joe raconte des souvenirs alors que ce pan de sa vie est terminé. Néanmoins, les souvenirs sont bien moins lointains que ceux évoqués dans «Vue cavalière».

J'ai retrouvé avec plaisir l'écriture de Wallace Stegner: posée, d'une douceur teintée d'amertume comme la musique de la vie qu'il nous décrit si bien. Le roman m'a semblé lent, mais je ne me suis pas ennuyée. Cette lenteur montre un auteur qui prend le temps de camper ses personnages, de décrire ses événements, et de raconter la vie dans toute sa simplicité, sa profondeur, sa beauté, sa cruauté.

Moins optimiste que «Vue cavalière», ce roman montre des gens au passé quelque peu tourmenté, dont le vécu fait qu'ils ne parviennent pas toujours à communiquer avec leurs semblables. Joe se dit plusieurs fois qu'il aurait peut-être dû prendre Jim Peck autrement, tout en reconnaissant que c'était au-dessus de ses forces.
À propos de Jim, j'ai aimé que l'auteur confronte deux points de vue radicalement opposés, et nous dise: pourquoi Jim n'aurait-il pas raison? Pourquoi ne pas respecter son point de vue? Malgré cet appel à la tolérance, il en montre les limites. Si les idées de Jim sont, dans une certaine mesure, défendables, il manque du respect et de la politesse les plus élémentaires. En effet, son expérience très importante, sa thérapie par le bruit, ne peut aller sans nuisance sonore. Il est regrettable que Joe ait dû se déplacer pour lui faire remarquer à quel point il était grossier envers le voisinage, et qu'en plus, Jim ait tenté de défendre sa position.
Outre cela, l'auteur ne manquera pas de souligner les contradictions du jeune homme, et la mauvaise influence que ses idées apporteront. Mauvaise influence qui sera quelque peu effacée à cause de ce qui se passe à la fin, et qui n'aurait peut-être pas été obtenu sans ces épreuves. Par ces situations exemptes de manichéisme, Wallace Stegner montre avec brio que tout n'est pas toujours simple.

J'ai également aimé les joutes verbales ayant trait à la nature entre Joe et Maryann. Force m'est de reconnaître que je n'ai pu prendre parti pour l'un ou l'autre. Je pencherais peut-être du côté de Joe, car Maryann a des idées qui me semblent extrêmes.

Outre une belle écriture, Wallace Stegner a su décrire la fureur muette, la résignation de personnages qui tentent toujours de tirer parti d'événements difficiles.
Maryann paraît admirable de courage et d'abnégation. J'avoue qu'elle m'a un peu agacée. D'abord, tout comme Joe, je pense qu'elle n'a pas eu la bonne attitude envers Debbie. Je comprends qu'elle n'ait pas voulu reproduire son traumatisme, mais il est évident que sa façon de faire perturbera Debbie, à terme. Il n'y a aucune bonne manière de présenter ce genre de choses. L'enfant en serait de toute façon ressortie anéantie. Cependant, je n'aurais pas agi comme Maryann.
Ensuite, je n'ai pas réussi à réellement apprécier Maryann. Je trouvais qu'elle en faisait trop dans tous les domaines. Elle m'a plus énervée qu'autre chose. Peut-être était-ce sa façon de vivre pleinement, intensément, et je n'ai pas à juger son comportement, surtout à cause de ce qui lui arrive. Malgré tout, ce personnage ne m'a pas été vraiment sympathique.

Ma préférence va, comme dans «Vue cavalière», à Joe et Ruth. Ils agissent au mieux possible, reconnaissent leurs erreurs (ce qui ne les empêche pas d'en commettre d'autres)... ils sont terriblement humains.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi 26 janvier 2012

jeudi
26
janvier 2012

Rosa Candida, d'Audur Ava Olafsdottir.

Rosa Candida

L'ouvrage:
Le narrateur a vingt-trois ans. Il a une fille qu'il a eue par accident. Sa mère est morte. Il quitte son père et son frère jumeau, emportant une certaine variété de fleurs. Il va devenir le jardinier d'un monastère.

Critique:
Malheureusement pour moi, je n'ai pas du tout sympathisé avec le personnage principal. Je pense que ceux qui apprécient ce roman aiment surtout ce personnage très particulier. Il est rêveur, a la possibilité de ne pas se soucier du lendemain, et donc de poursuivre son rêve. En soi, c'est une bonne chose. Cependant, beaucoup de choses chez lui m'ont exaspérée.
C'est très bien de tout faire pour accomplir ses rêves, mais je n'ai pas aimé l'irresponsabilité totale dont il fait preuve. Avoir un enfant par accident, c'est déjà discutable. Mais en plus, ne pas vraiment s'en occuper, fuir sa vie, se détourner de son père... tout cela m'a déplu. Je m'attendais à le voir mûrir au cours de son voyage. Je me disais que ce voyage était quelque peu initiatique, que le héros finirait par comprendre certaines choses... Pour moi, il ne grandit pas vraiment. Il apprend à vivre avec la souffrance des départs (définitifs ou non) que la vie lui inflige. Son père évolue puisqu'il finit par le comprendre. Mais lui...
Parfois, ses réactions font sourire, car il a l'air d'une espèce d'ingénu parachuté dans notre époque. Seulement, c'est plus agaçant qu'amusant. J'ai eu envie de le secouer, de lui dire de sortir de sa bulle... On dirait qu'il vit à côté du monde et non dedans. Je pense que c'est son décalage, sa rêverie, sa fragilité, son ingénuité, et même son immaturité, qui charment ceux qui tombent amoureux de ce roman. En effet, le personnage a un certain charisme. J'y ai été absolument insensible, mais je comprends qu'il puisse toucher. C'est un personnage qui invite à croire en soi. C'est très bien, mais lui a la possibilité matérielle de poursuivre son rêve. Tout le monde ne l'a pas. Je trouve un peu dommage qu'il n'ait pas eu à se battre davantage pour son rêve, ce qui l'aurait peut-être mûri. On me dira qu'il finit par avoir une grosse responsabilité, et que cela le fera mûrir... C'est vrai. Il commence à évoluer à partir du moment où il accepte cette responsabilité, mais l'évolution n'est pas flagrante. Elle débute avec cette acceptation.

Quant à l'histoire, il ne se passe pas grand-chose. En général, cela ne me dérange pas. Ici, j'ai été gênée parce que le lecteur se retrouve dans une espèce de huis clos avec le personnage, et pour moi qui ne l'appréciais pas, cela a été éprouvant. D'habitude, j'aime bien lire les petits détails d'un moment de la vie d'un personnage, et quand il ne se passe rien, mais qu'il y a une ambiance, et que les personnages sont sympathiques, cela me convient.

J'ai apprécié les parents du narrateur. Le père est touchant: il dispense une affection maladroite, mais sincère. Il veut ce qu'il y a de mieux pour ses fils, il veut garder vivante l'image de sa femme...
La mère était, elle aussi, une rêveuse. Elle s'entendait très bien avec le héros. Il me semble, pourtant, qu'elle n'avait que le côtés positifs de cette propension à la rêverie. La façon dont elle agit à la fin m'a émue. Elle prouve que l'amour est capable de nous faire accomplir l'impossible. En outre, sa délicatesse, sa préoccupation pour les siens jusqu'au bout font d'elle un être à part.
Le lecteur a d'autres aperçus d'elle, notamment à travers ses recettes et son amour des fleurs. Les recettes font sourire, car elles sont un peu loufoques, et nous montrent cette femme comme une magicienne. Quoi qu'elle fasse (soupe de cacao), quels que soient les ingrédients dont elle se serve (des pruneaux dans la soupe de poisson), et quelles que soient les doses (elle ne les a pas notées sur son cahier), ce sera toujours délicieux. C'est elle que l'on regrette d'avoir manquée, c'est sa fantaisie que l'on aurait voulu rencontrer au détour de ces pages, c'est avec elle qu'on aurait aimé cuisiner, rire, et peut-être même aimer les fleurs.

Je n'aime pas du tout les fleurs. Je me suis donc un peu ennuyée lorsque le narrateur en parlait, et détaillait certains de ses travaux. Cependant, j'ai la sensation qu'un personnage que j'aurais apprécié aurait bien mieux fait passer cela pour moi.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Guillaume Ravoire. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
Je ne connaissais pas du tout ce comédien. Sa voix est douce, agréable, empreinte de sérénité. Sa lecture est fluide. Il ne surjoue pas, et n'est pas monotone. Malgré mon aversion pour le personnage, je pense que le lecteur a réussi à entrer dans sa peau, et à interpréter le livre comme il le fallait.

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