Conduite en état Livresque

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La nature a tout prévu, sauf l'homme.
Kits Hilaire dans "Rosa colère".

lundi 12 mai 2008

lundi
12
mai 2008

Laisse-moi te dire, de Janine Boissard.

L'ouvrage:
Jean-Charles Madelmont et sa femme n'ont pas toujours su se comprendre. Aujourd'hui, il décide de lui écrire une longue lettre. Il raconte toute leur histoire, et s'arrête pour expliquer ce qui l'a blessé à l'époque des faits, et qu'il n'a pas pu ou pas su dire au moment où c'eit arrivé.

Jean-Charles est tout de suite tombé amoureux de Gabrielle, alors qu'il avait vingt-quatre ans et elle dix-huit ans. Dès leur première rencontre, le lecteur sait que leurs rapports seront toujours inégaux. Et pourtant, ils feront un long bout de chemin ensemble.

Critique:
Globalement, ce livre m'a plu, comme presque tous les romans de Janine Boissard. Mais certaines choses sont un peu grosses, ce qui fait que mon sentiment est mitigé.

Ici, la romancière a fait un nouveau pari. Après avoir imaginé les sentiments et la psychologie de ses héroïnes, elle décide que c'est un homme qui racontera l'histoire. C'est un homme au naturel doux, un homme sensible et gentil, qui vient d'une famille très unie, qui a des rêves, qui ne regarde pas les autres de haut. Janine Boissard s'en tire bien en nous narrant le portrait de cet homme.
Ce qui est un peu gros, c'est que Gabrielle est son portrait en creux. Elle semble dure et insensible, égoïste. Son ambition l'aveugle. Elle ne comprend pas qu'on pense autrement qu'elle. Elle ose dire que Marie est sa meilleure amie, mais se permet de juger sa façon de vivre, et est absolument persuadée que Marie n'est pas heureuse. Marie a choisi d'élever ses enfants, et de ne pas travailler, alors qu'une carrière de dessinatrice s'ouvrait à elle. Gabrielle n'admet pas qu'on puisse être heureux si on n'a pas une grande carrière. Elle refuse de comprendre que tout le monde n'a pas ses aspirations. Elle ne sait que mépriser ce qui ne lui ressemble pas, ce qu'elle ne contrôle pas.
On me dira que parfois, les contraires s'attirent. Soit. On peut expliquer l'amour de Gabrielle et de Jean-Charles l'un pour l'autre de cette façon, ainsi que l'amitié entre Gabrielle et Marie. Cependant, cela ne me convainc pas vraiment, car l'ouverture d'esprit n'est là que d'un côté.

En outre, Gabrielle a bâti sa vie sur un mensonge, quelque chose que son coeur d'enfant a inventé, et à cause de cela, elle s'arroge le droit de vouer une violente rancoeur à son père. Elle n'a aucune preuve de ce qu'elle croit, mais préfère le croire, et ainsi, se donner quelqu'un à accuser et à blâmer.
A ce propos, les personnes connaissant la vérité ne veulent pas la lui dire pour la protéger. Cet argument est fallacieux. Pourquoi avoir de la pitié et de la compassion envers celle qui n'en n'a jamais eu? Pourquoi ne pas la forcer à grandir et à cesser de se comporter en gamine capricieuse? De plus, si on voulait vraiment lui cacher la vérité, pourquoi ne pas l'édulcorer, comme Hugues l'a fait, au début avec Jean-Charles?

Le personnage de Gabrielle est la fausse note du roman. Il est trop facile de la détester. Elle est si engluée dans ses certitudes, si fermée que le lecteur ne peut pas la plaindre ou l'apprécier. Il aurait été bien plus intéressant qu'elle fût complexe, que sa psychologie fût moins simpliste. Jean-Charles est plus creusé. Il fait des erreurs, et sait qu'il n'est pas à l'abri d'en faire d'autres.

Donc, j'ai aimé ce livre, mais le personnage trop cliché, trop manichéen de Gabrielle m'a un peu gâché le plaisir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Grossenbacher pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 21 avril 2008

lundi
21
avril 2008

La forteresse, de Robert Asz.

L'ouvrage:
Le lieutenant Livius Maxim est bien content: dans deux semaines, il sera démobilisé. Il va rentrer chez lui, retrouver sa promise...
Pourtant, un événement inattendu va bouleverser ses plans. On l'envoie rejoindre d'autres hommes dans une autre base, base qui semble isolée.
Il y rencontre certains hommes sympathiques, d'autres un peu moins. Il se rend compte qu'on perd vite la notion du temps, ici. D'autre part, on ne semble pas vraiment respecter les grades.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce livre. Je vous le conseille vivement. Il fait partie des livres dont je me souviendrai longtemps.

Le lecteur se rend bien compte très vite que quelque chose ne va pas dans cette base, mais il ne sait pas exactement quoi jusqu'à ce que l'auteur décide de lui donner la clé de l'énigme.
En outre, on a tout le loisir de découvrir comment les hommes vivant dans cette base s'expliquent les phénomènes qui s'y passent. Les uns parlent d'événements divins, les autres évoquent les extra-terrestres... Livius n'étant pas là depuis longtemps, le lecteur se raccroche à sa rationnalisation des choses. On comprend que les hommes, vivant en autarcie, cherchent des explications à ce qu'ils subissent. Cela montre justement leur humanité. Ils sont esseulés, ne comprennent pas tout ce qui leur arrive, alors, ils cherchent une explication. Parfois, l'explication n'est pas vraiment convaincante, mais elle les aide à ne pas sombrer dans la folie. Elle les aide à accepter leur sort.

En outre, quelque chose dans la base ayant un curieux effet sur ses habitants, les hommes passent des heures à s'immerger dans leurs souvenirs. Ainsi, nous apprenons le passé de Livius. J'avoue que cette histoire de famille m'a moins plu que le présent de Livius. Pourtant, elle est intéressante, et nous présente des personnages blessés qui agissent et réagissent parfois brusquement et follement, des personnages que la vie et ses secrets ont malmenés, et qui essaient de s'en tirer malgré tout. Le père de Livius n'a pas toujours fait ce qu'il aurait fallu. Le vieux Fabrio ne parle pas beaucoup, semble être relativement épargné, mais sait ce qui s'est passé et comment cela s'est passé. Il en souffre en silence, il en prend son parti... Cécilia se rebelle contre ses parents, contre ce qui lui arrive sans qu'elle le demande. Cécilia est victime du passé de sa mère, et se révolte, se sentant flouée, car elle n'a rien choisi de tout cela.

La fin m'a laissée avec plusieurs questions. Certaines perspectives sont assez effrayantes...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 14 avril 2008

lundi
14
avril 2008

L'or des trembles, de Janet Dailey.

L'ouvrage:
Kit Masters a été élevée dans un ranch d'Aspen, dans le Colorado. Elle serait peut-être restée à Aspen toute sa vie si Tom Banon, son ami d'enfance avec qui elle avait une histoire d'amour sérieuse, ne lui avait pas brisé le coeur en épousant une autre femme, comme sur un coup de tête, sans lui donner la moindre explication.

Kit est actrice. Après des petits rôles, l'opportunité de tourner dans un film de John Travis, acteur et producteur, se présente à elle. C'est une chance inespérée qui fera de Kit une actrice célèbre.
Le film étant tourné à Aspen, Kit va revoir la maison de son enfance et de son adolescence... et Tom.

Critique:
Je ne connaissais pas du tout Janet Dailey. J'ai pris ce livre dans l'une de mes bibliothèques par curiosité, et aussi parce qu'il est lu par un lecteur que j'aime bien. C'est un livre facile, qu'on lit pour se détendre. On voit certaines choses venir. Le fait que Kit commence une idylle avec John Travis juste au moment où elle va revoir Tom est là pour compliquer les choses, mais cela ne les complique pas beaucoup.
Laura accepte Kit un peu vite. Cela fait plaisir, mais c'est un peu simpliste.
Le personnage de Sondra est un peu simple: elle est ambitieuse et habituée à obtenir ce qu'elle veut. Elle veut l'un des personnages, et ira jusqu'à commettre le pire. C'est la «vilaine méchante« du livre. On n'a pas vraiment envie de la plaindre, elle est trop manichéenne pour être vraisemblable.

Le personnage de Kit est un peu plus épais. Elle garde cette espèce de pureté de certains enfants. Cela se voit lorsqu'elle découvre les changements apportés au scénario du film dans lequel elle doit tourner. A l'instar de certains personnages, on se dit que Kit, dans le monde du show-business, sera brisée ou bien deviendra comme les autres.
Kit aime ses parents, et comprend les faiblesses de chacun. Elle se sent plus proche de son père, mais comprend sa mère.
Elle aime le ranch de son père, mais devra faire un choix cruel pour que sa mère puisse avoir une vie relativement agréable... Tout cela la rend plus humaine que Sondra.

S'il y a quelques topoi, il y a aussi l'histoire des parents de Kit qui s'aiment, mais ne peuvent plus vivre ensemble. Plus tard, Kit pensera que moins de fierté mal placée aurait peut-être arrangé les choses.

La fin est un peu rapide, à mon avis. Certaines choses ne sont pas expliquées. Bien sûr, on les suppose: on devine que l'un des perrsonnages a senti que quelque chose n'allait pas après avoir discuté avec un autre personnage, mais cela n'explique pas pourquoi il est sur les lieux juste à temps pour sauver tout le monde.
D'autre part, dans ce genre de livres, le «gentil« sauve le «méchant« du danger, même si le «méchant« est très méchant. Ici, le personnage pense bien que... et ne fait rien. Il eût été facile de mettre la «méchante personne« hors d'état de nuire ensuite. Là, cela s'appelle non-assistance à personne en danger.
A la fin, tout est réglé, mais je l'ai tout de même trouvée bâclée.

C'est donc un livre à lire si on n'a pas envie de se prendre la tête. Il ne va pas me marquer très longtemps, mais j'ai passé un bon moment avec.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

lundi 7 avril 2008

lundi
7
avril 2008

A bon port, de Danielle Steel.

L'ouvrage:
La jeune Pip McKenzie se sent bien seule. Depuis le drame qui réduisit sa vie et celle de sa mère à néant, cette dernière s'est refermée sur sa peine, et néglige de vivre. Elle néglige donc sa fille, même si c'est involontaire.
Cet été-là, Aurélie, la mère de Pip, a loué une maison à Safe Harbor, petit village tranquille près de la mer. Pip va souvent se promener sur la plage en compagnie de Mousse, son chien. Un jour, elle y rencontre Matt, peintre amateur. Une amitié se noue entre l'homme et la petite fille.

Critique:
Je n'aime pas trop Danielle Steel. Je trouve qu'elle écrit au kilomètre, et que ses romans fourmillent de clichés. Celui-ci ne fait pas exception. Je ne l'ai lu que pour une seule raison: il a été enregistré par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande. Puisque je l'ai lu, pourquoi ne pas en écrire une critique?

Voici donc la liste des clichés que l'on trouve dans ce roman.
Aurélie est française. L'auteur se permet donc de faire une comparaison qui n'est même pas un cliché, mais quelque chose qu'elle a dû inventer tellement c'est gros, entre les françaises et les américaines. Les américaines sont plus indépendantes, osent plus de choses, sont libres; les françaises se contentent d'être de gentilles petites femmes au foyer. C'est un prétexte pour expliquer qu'Aurélie a aveuglément aimé son mari, a passé l'éponge sur son infidélité, a excusé son mauvais caractère et son égoïsme. J'aurais préféré que Danielle Steel expliquât que l'amour aveugle et inconditionnel d'Aurélie était tout simplement dû à sa docilité et à ses rêves romantiques.

Matt est parfait. C'est un peu agaçant. Il est beau, riche, gentil, patient, attentionné, il a tout pour lui, comme tous les héros des romans de Danielle Steel.
Aurélie, également très riche, semble, elle aussi, parfaite: elle travaille bénévolement pour un centre de sans-abris. Mais elle ne se contente pas de travailler avec la patrouille de nuit (ce qui est déjà très dangereux), elle y va aussi deux ou trois jours par semaine.

Les trahisons des personnages sont également lieux communs. L'attitude de Sally quant aux enfants est tellement rebattue qu'on n'est pas surpris. De plus, il y a une incohérence, car avant de sortir cette carte de sa manche, Danielle Steel nous apprend que lorsque Matt allait voir ses enfants, eux-mêmes se montraient distants.

La trahison de l'un des personnages (je ne vous dirai pas qui) ne surprend pas, car la situation est également un topos du genre, de même que tout ce qui se passe à la fin. En effet, je ne peux pas donner d'autres exemples de clichés, car je dévoilerais des pans de l'intrigue (quoiqu'ils soient faciles à deviner).

Je n'ai pas passé mon temps à pester pendant ma lecture, trop heureuse d'entendre la lectrice. (Je peste déjà bien assez quand je découvre qu'elle a lu un Danielle Steel, un Mary Higgins Clark, un Patricia Cornwell, etc. J'espère qu'elle ne lira plus ce genre d'auteurs.) Et puis, j'ai lu ce livre pendant une période où j'étais très fatiguée: je n'avais pas besoin de trop réfléchir.

lundi 10 mars 2008

lundi
10
mars 2008

Hommes entre eux, de Jean-Paul Dubois.

L'ouvrage:
Paul Hasselbank est atteint d'une maladie orpheline, héritée de son père. Il doit se faire des injections, prendre des pilules.
Voilà trois ans qu'Anna, sa femme, l'a quitté. Il a un goût d'inachevé. Il aimerait la retrouver, et peut-être, la reconquérir. Il décide de partir à sa recherche: seul indice, Canada, Northbay, une petite ville de l'Ontario.

Floyd Paterson est un chasseur solitaire. Il ne s'attache pas aux femmes qui croisent sa vie. Il aime les plaisirs simples.

La quête de Paul va faire se rencontrer ces deux hommes.

Critique:
Comme je l'ai déjà dit, je n'aime pas trop Jean-Paul Dubois. Mais ayant été agréablement surprise par «Vous plaisantez, monsieur Tanner«, je me suis dit que je pouvais essayer. En outre, j'aime beaucoup le comédien qui a enregistré cet ouvrage: Jacques Frantz.

Jusqu'à peu avant la fin, le livre n'est pas une très grande réussite, ni même un livre que je recommanderais chaleureusement. L'auteur montre bien, l'inutilité et la barbarie des «ultimate fightings«. A travers Mathiew et le personnage obsédé par ces combats, il nous montre à quel point des hommes peuvent aller loin dans l'horreur: jusqu'à hausser ces actes empreints d'une sauvagerie sans limites au rang d'oeuvre d'art.

Par ailleurs, Hasselbank a appris quelque chose au terme de la tempête: comme le souligne Paterson, il a réussi à tenir trois jours sans ses médicaments. En outre, ce qu'il ressent en mangeant ke petit-déjeuner préparé par Paterson est également une victoire.

Le personnage du patron de l'hôtel inspire de la pitié et de la sympathie. Bien sûr, il est un peu agaçant à répéter toujours la même chose, mais on le comprend: il a perdu ses illusions, son hôtel vivote...

Paterson referme difficilement une blessure psychologique, le lecteur se met à sa place. C'est le personnage le plus sympathique du roman

La vulgarité présente tout au long du livre est gênante. On peut écrire des scènes un peu crues, sans pour autant faire du vulgaire à toutes les pages.

Ma critique aurait pu s'arrêter là. Mais il y a deux éléments finaux qui changent tout. Il y a d'abord ce que révèle la vidéo. D'ailleurs, elle n'en révèle pas assez. Que s'est-il exactement passé? Est-ce un accident ou un acte délibéré? Si oui, pourquoi?
Ensuite, il y a la toute fin. Où est son intérêt? Sa pertinence? Elle découle de ce que révèle la vidéo, mais pourquoi accomplir un tel acte? Le tort de Paterson a été de ne pas révéler la vérité à Hasselbank, mais cela n'appelle pas un tel acte, acte qui va justement à l'encontre de ce que préconise Hasselbank dans le roman. Ilaurait été plus logique et civilisé de demander une explication. J'ai bien compris que l'un des personnages reproduisait le schéma de l'autre, mais quel est le but? Est-il tout simplement devenu fou? Ce serait l'explication la plus plausible... Mais qu'est-ce qui a déclanché sa folie? Cette fin est mal venue. Surtout qu'après la tempête, les deux personnages ont évolué dans le bon sens, surtout Hasselbank.

Mis à part cette fin, pourquoi les personnages principaux de Jean-Paul Dubois s'appellent toujours Paul et Anna. C'est peut-être un clein d'oeil au lecteur régulier, mais ça devient pénible. Et puis, Paul et Anna sont toujours le mari et la femme. (Je ne parle pas pour tous les livres de l'auteur, seulement ceux que j'ai lus.)

Je trouve regrettable que les éditions Livraphone gâchent leurs comédiens sur les livres de Jean-paul Dubois. Mais s'ils continuent d'en éditer, ça veut dire que la majorité du public qui achète des livres audio n'est pas d'accord avec moi.

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